‹ Fragoletta, Nouv. édChapitre 3 sur 226 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

liment n'est le plus beau que parce quïl est le plus involontaire. Elle t'aura peut-être accablé de ses exigences , elle t'aura cédé trop tôt : ce n'est pas noire faute si elles flétrissent la plupart du temps le bonheur dans son germe, et l'on ne peut pas, au bout du compte, aimer les gens par la seule raison quils nous aiment.

— Honorine était un ange! s'écria d'Hautevilîe-, n'essaie pas des consolations qui doublent mes remords. Je me sens plus volontiers , quand tu me parles ainsi , disposé à te chercher querelle qu'à te remercier de l'intérêt que tu veux me montrer. A combien d'indignes objets n'ai-jepas prodigué des soins, des marques d'affection qui auraient fait vivre Honorine ! Elle eût été heureuse d'un sourire qui ne m'attirait ailleurs qu'une marque d'indifTérencc ou do perfidie. Mais voilà comme nous sommes ! 1\ nous faut de périlleuses maîtresses dont la conquête soit à faire tous les jours. Nous aimons ces capricieuses beautés, toujours prêles à retirer leurs faveurs, plus difficiles à fixer qu"à séduire. Nous préférons les triomphes de la vanité au charme du mystère -, nous consentons à servir en esclaves des femmes dont la grâce, exempte quelquefois de pudeur, est vantée en tous lieux, dont les pas sont suivis , les faveurs enviées ; on publie nos plaisirs avant qu'ils soient obtenus : nous n'imaginons pas une volupté dont on n'ait médit d'avance. Et nous le souffrons. Nous en sommes vains ! tandis que la vertu qui s'immole et qui pleure, tandis que le dévouement, l'inaltérable amour...... Tiens, commandant, il faudrait être

meilleurs que nous ne le sommes pour le comprendre et le sentir. L'amour, Yois-tu , c'est la vertu peutêtre, et ni toi ni moi nous n'avons jamais aimé.

Un roulement de tambours interrompit la conversation des deux officiers. L'irritation semblait dicter seule toutes les paroles du capitaine , et pourtant ses joues étaient sillonnées de larm.es 5 le colonel écoutait des reproches très-offensans, et pourtant il retenait la main de son jeune ami dans la plus affectueuse étreinte.

— Aux armes ! criait-on de toutes parts.

— Aux armes! répéta d'Hauteville avec joie, et courant se placer sur le front de sa compagnie, il descendit avec elle dans les fossés de cette petite forteresse qu'il s'agissait d'emporter d'assaut.

L'assaut ne fut pas long. Le chef de bataillon Gau- Ihrin ayant pointé deux pièces de campagne contre la porte dite de Salerne , cette porto s'ébranla et les chasseurs, croisant la baïonnette, pénétrèrent promptement sur une espèce de place où s'élevait un grand crucifix. Cette image du Sauveur était horriblement barbouillée d'ocre ou de sang. Dans la main droite de la statue était une lettre qui promettait aux habitans de Sorrente et la victoire et l'extermination de tous les Français.

D'Hauteville, parvenu dans la place par une brèche du rempart, trouva les rues barricadées, et du haut des toits, presque tous crénelés, on tirait sur sa faible troupe de manière à intimider les plus braves. Il gravit avec les siens une des terrasses qui, dans ce pays, couvrent la plupart des habitations , et le combat se

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