CHAPITRE V
La traversée de ce bateau de poste avait été si lente que minuit sonnait à toutes les églises quand le capitaine d'Hauteville, sauvé des flots, ainsi que Salvator, atteignit la haute plage de Sorrente, d'où l'on pouvait étendre la vue sur la mer. Il y promena les yeux avec anxiété et n'y découvrit aucune trace des deux embarcations.
— Qui vive? cria avec l'accent d'une de nos provinces du Nord un soldat français demi-caché dans des broussailles d'aloës et de myrte.
— Officier!
— Eh! mon capitaine, dit Bernard, vous ne savez donc pas ce qui se passe? Ils se sont révoltés contre nous, les enragés ! On dit qu'on égorge dans les maisons, et j'ai moi-même ordre de me replier à la masse si on tente ici^un débarquement. Vous êtes attendu à l'état-major^ vous n'avez pas un moment à perdre.
— Et ce bruit de cloches, demanda d'Hauteville à Salvator, qu'est-ce que c'est?
— Excellence, c'est le tocsin. N'entends-je pas aussi vos tambours?
— Ma foi, oui j on bat la générale. Il paraît qu'il y a ici à faire.