‹ Fragoletta, Nouv. édChapitre 5 sur 226 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

pense , au sommet du belvédère, qui domine celte campagne , et si elle vous a vu entrer ici , peut-être hésitera-t-elle à pénétrer jusqu'à ce salon.

Un rire dédaigneux et à moitié étouffé se fit entendre derrière le seigneur Lillo. Il se retourna et reconnut, demi-cachée par un rideau, Camille, que d'Hauteville considérait déjà depuis quelques momens avec un grand intérêt de curiosité. Les deux Français avaient rencontré celle jeune fille dans le jardin : elle semblait être venue au-devant d'eux dès qu'ils avaient frappé à la porte. Elle s'était tenue cependant à dix pas de distance, les avait suivis comme une ombre et enfin était entrée par une autre porte dans le salon où d'Hauteville se trouvait maintenant. L'uniforme et le langage du Français semblaient Toccuper plus que l'officier lui-même. Dés que d'Hauteville eut posé ses armes sur un sofa , Camille s'approcha curieusement pour les considérer, et elle tenait encore lépée à gland d'or de son hôte quand le seigneur Lillo avait parlé de ses appréhensions. Elle s'échappa à l'instant môme et courut s'occuper de sa toilette.

Le vieillard, après avoir remarqué qu'on entendait encore au loin quelques coups ^ de fusil tirés par intervalles, reprit lentrelien.

— Comme je vous disais, capitaine, nous sommes de ces serfs de Ferdinand à qui rintervenlion des vainqueurs n'a rien qui répugne. Yous connaissez ce gouvernement -, c'est celui d'une femme et d'un étranger, d'un Anglais et d'une Autrichienne. Si notre stupide suzerain se contentait d'aller vendre lui-même

le poisson de la baie à ses camarades les lazzaroni, à la bonne heure -, mais il laisse faire à Caroline et à Acton tout le mal qu'un peuple ne pourrait endurer sans bassesse. Monter à cheval était, il y a peu de jours , un crime pour les jeunes gens 5 lire , pour les hommes mûrs 5 le mot patrie témérairement prononcé établissait un crime de lèse-majesté. Quelquesuns de mes amis et moi, nous échappions en Sicile à l'inquisition de la fameuse Junte d'État- mais quand la cour est venue se réfugier à Palerme, nous n'avons pas cru devoir y rester. Nous nous sommes dispersés tous, et j'ai préféré pour ma part venir au-devant de vos baïonnettes que d'attendre là-bas la justice et la protection royales. Dieu veuille que les idées républicaines que vos triomphes apportent jusqu'ici se fassent enfln comprendre aux nalions !

— Je ne l'espère point , monsieur, dit d'Haulcvillc. Qu'attendre de générations élevées dans l'ignorance de leurs droits? Elles les ressaisissent comme si elles accomplissaient un vol. L'humanité , telle que les vieilles institutions l'avaient faite, doit élre ignorante et cruelle. Ce ne sont pas des hommes que des sujets d'hier-, la liberté n'est encore pour eux que la vengeance, et si par hasard ils ne sont pas aussi magnanimes que leurs tyrans étaient odieux, quelles représailles! Voyez ce qu'ont été chez nous les représentans de la colère de huit siècles contre les rois et les prèlrcs : des Robespierre et des Coulhon , monsieur I des monstres presque aussi détestables que Charles IX. La démocratie frappe aujourd'hui la féodalité avec les fers dont elle Ta chargée si longtemps.

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