‹ Fragoletta, Nouv. édChapitre 6 sur 226 · CHAPITRE I. li · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. li

— Vous ne sauriez vous faire l'idée juste , poursuivit le Sicilien, de ce qu'élaitce beau pays ily a à peine un mois. La cour avait senti que ses ennemis naturels étaient les hommes de probité et de lumière qui composent la classe mitoyenne. Les persécutions ouvertes ou clandestines atteignaient partout les magistrats, les négocians et les artistes , tout ce qui avait un nom, une vertu, une fortune, une industrie. A la tête de celte junîe, espèce d'inquisition politique dont les membres, appelés p^isiteurs, violaient nos domiciles et punissaient nos opinions 5 on avait placé un Vanni , un Guidobaldi , un Castel-Cicala ; vous en avez peut-être entendu parler. La cour une fois en fuite, nos patriotes firent ouvertement des vœux pour que votre présence vînt comprimer la rage de la populace, car cette populace de mendians est l'alliée fanatique de la cour. On accuse la reine d'avoir fait, en partant, distribuer des stylets aux lazzaroni et d'avoir voué à leur persécution , recommandé à leur fureur tout ce qui dépassait la condition de notaire. A l'approche de Championnet le désordre a été à son comble, une foule de citoyens ont été immolés par les agens royaux, et peut-être les Français se seraient dilTicilement emparés de Naples

— Comment, monsieur, interrompit d'Hauteville, frappé de la plus grande surprise, il est donc vrai I Championnet est à Naples ?

— Depuis deux jours, poursuivit Lillo. Vous pouviez ignorer ces événemens, parce que votre division arrive par Avellino, et que Micheroux coupait encore

ce matin vos communications à Castellamare ; mais les nouvelles de mer, qui sont arrivées ici depuis quelques heures, confirment tout ce que je vais vous dire.

Les lazzaroni ont fait une sanglante résistance : deux fois ils ont pris vos canons , et il a fallu pour les reprendre se résoudre à une grande perte de soldats. Il a fallu , pour pénétrer dans la rue de Tolède, que Championnet marchât sur des monceaux de cadavres. Il a combattu soixante heures contre soixante mille hommes , et il allait peut-être se rebuter, assourdi par le bruit des cloches et des vociférations de Fke le roi! quand nos patriotes sont venus le conjurer de poursuivre l'entreprise. Eux-mêmes , pour en aider Fexécution , car il y allait de leur vie, se sont emparés du fort Saint-Elme; et enfin, une promesse des Français de respecter les églises a achevé de leur aplanir les diflicultés de cette conquête.

— Mais Tarmée de Mack , dit d'Hauteville, qu'estelle devenue ?

— Dissipée comme un brouillard. Quelle pitié! monsieur, pour ceux qui avaient vu partir, il y a un mois, cette armée de soixante-dix mille hommes allant écraser seize mille Français, passée en revue par Caroline vêtue en amazone, que de voir revenir une cohue §ans canons, sans bagages et sans roi, car Ferdinand n'a fait qu un pas de sa dernière place forte dans un navire.

— Et Mack , son général autrichien ?

— 11 s'est allé réfugier dans le camp de ses adver-

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