‹ Fragoletta, Nouv. édChapitre 84 sur 226 · CHAPITRE YIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE YIII

son tribunal. Il va parler après le roulement de tous

ses tambours. Écoutez-le.

— Qui es-tu, toi, bon vieux?

— L'archevêque de Naples.

— C'est toi qui nous excommuniais ? Escofiez-le.

— Grâce pour un vieillard !

— Demande cela à Dieu ^ moi, je ne peux pas.

— Ce Dieu, qui vous jugera, mon fils, recommande l'oubli des injures, il veut qu'on pardonne à ses ennemis.

— Oui-dà! et pardonne-t-il aux siens, ton Dieu? Va voir Satan.

Et Capecé Zurlo fut poussé sur trois baïonnettes plantées en terre ^ il y resta jusqu'à ce que son sang fût épuisé.

Le fort de Viviéna, qui s'était rendu depuis deux heures, sautait alors avec d'horribles détonations. Les élèves de Técole de médecine, qui l'avaient défendu , voyant leurs conditions violées , venaient de mourir pèle-méle avec leurs vainqueurs.

On redoubla de massacres dans les rues. Sous le porche des églises, sur l'escalier des maisons entr'ouvertes , partout des cadavres I On précipitait du haut des toits les victimes , comme pour venger à l'instant même une si héroïque résistance.

Un homme descendit brusquement de cheval au milieu des- vainqueurs et s'en sépara : il entra dans le palais Moliterno en se couvrant la face de ses deux mains , comme s'il craignait de voir par quels actes on commençait à restaurer la royauté et la foi. Mas- Irillo, qui le suivait, crut reconnaître le cardinal. J

Détournons comme eux nos regards vers un autre côté du tableau.

' — Messieurs , vous êtes informés de tout ce qui se passe : celte forteresse que nous défendons a encore des approvisionnemens pour dix jours ; mais les femmes , les enfans , les vieillards à qui nous avons donné asile rendent notre position périlleuse.

— Une sortie I

— Qu'attendons-nous ?

' — Aux armes I

— Faites ouvrir les portes.

— Marchons !

— Jeunes gens , jeunes gens, le courage et la prudence peuvent aller de compagnie. Soyons plus pressés de triompher que de mourir.

L'officier, déjà avancé en âge, qui parlait ainsi était Menlhoné, ministre de la guerre pendant les courts instans de la république et aujourd'hui commandant en chef du château de lOEuf. A une calme et profonde valeur il ne joignait qu'un défaut, celui de n'estimer pas assez les ressources de ses adversaires et de s'endormir dans la sécurité. Il poursuivit :

— Formez le cercle des officiers , je vais vous lire une lettre du comte Hector Caraffa, reçue ce malin môme. Je crois son avis profitable, bien qu'en vérité il soit donné avec une légèreté hors de saison :

« Mon cher camarade, s'il est vrai, comme dit un proverbe de nos lazzaroni, que quand Dieu s'ennuie

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