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n’ait pu s'entendre avec feu M. Malvilan pour s’assurer cette œuvre admirable. C’est à elle qu’il faut revenir pour apprécier pleinement Fragonard décorateur. Il a fait des choses plus fougueuses, des paysages plus larges, des ligures plus fines, mais il n'a rien peint d’aussi soutenu, rien non plus qui révèle mieux le fond de mélancolie qu’a laissé rarement transparaître sa sensualité, la distinction, le charme tendre, la poésie subtile de son âme à certains jours. Le peintre osé et incomparable des ardeurs de la vingtième année, l’analyste troublant des premières velléités amoureuses de l’âge ingrat, s’est montré là plus capable de passion psychologique que tous les créateurs de son temps. Atténuant le libertinage et généralisant l’allégorie, il a su s’élever à la pensée pure.
Quelle distance parcourue depuis Boucher! C’est là le point essentiel du génie de Fragonard, c’est là ce qu’il portait en lui-même, son rêve que les circonstances, l’entrainement, le goût ambiant lui ont trop peu laissé montrer, c’est là enfin où il s’égaie à Watteau,un instant: à Watteau qui, moins dangereusement fêté, et dans une heure plus noblement sévère, put dire toute la mélancolie divine de sa grande âme. De Watteau à Frago, il y a toute la différence de l'amour au plaisir, de la contemplation à la verve, de la pensée à l’esprit, du style au caprice, de ! eurythmie à la grâce vive, de la beauté à l’élégance, toute la distance morale du xvne siècle au xvnie. Mais V Abandon % c’est le point de contact de ces deux maîtres, au-dessus de Boucher.
Cliché Neurdcin.
Fie, LIRE DE FANTAISIE
(Musée du Louvre )
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Cependant Fragonard commençait à se lasser de la vie de Frago, qui n’était rien moins qu’édifiante, La nature raisonnable, l’esprit pratique et rassis du Provençal reparurent en l’artiste, qui songea à se marier. Précisément la famille Gérard, originaire d’Avignon mais fixée à Grasse, et amie de la sienne, se proposait de lui confier, sa fille aînée Marie-Anne, âgée de dix-sept ans. La jeune fille, placée d’abord chez un parfumeur nommé Isnard (probablement parent du fameux conventionnel), s’essayait avec succès à la miniature, et l’on songeait à lui donner les précieux conseils de Fragonard. Le maître ne tarda pas à devenir l’époux de son élève, et le 17 juin 1769 la cérémonie fut accomplie à l’égl ise Sai nt-Lambert de Vaugirard. Ce fut, selon l’usage d’alors, une noce de campagne, Vaugirard étant une fort agréable banlieue au xvmu siècle. Avec ce ménage s’installèrent la plus jeune sœur de Mme Fragonard, Marguerite Gérard, et son jeune frère Henri, lequel apprit la gravure.
Cette nouvelle existence modifia profondément les habitudes et le talent de Fragonard. Avec délices, il se fit villageois, se mit « au vert », et non pas avec la vision factice des bergerades en vogue, mais sincèrement, en pleine rusticité. Il eut bientôt des enfants, sa I i lie d’abord, Rosalie, qui devait mourir à la Heur de l’âge, puis, en