FRAGON ARD
Jordaëns, clans ses nus, de Maës dans ses jeux de lumière, de Terburg môme dans son dessin d’étoffes. Il a vu ces maîtres, les a compris, assimilés, recomposés. 11 reste Frago, mais un Frago décidément enfui de 1 Italie académique et hanté du coloris chaud et sombre de Fart, septentrional ou, subitement, par un retour de sa maîtrise, de l’éclat des Vénitiens ou de la suavité de Murillo. La touche est grasse, violente et savoureuse, les contours perdent toute sécheresse, les lumières se vaporisent, les ombres suggestives sont ardemment colorées, le chant des tonalités s'éveille, une indication apparente contient tout ce qu'une vainc science y eût ajouté en lui ôtant son charme imprévu, les nus sont puissants. On dirait que derrière la sensualité du sujet il y a une beauté picturale qui préside à un second tableau élevé à la pureté du grand art éternel, et surtout ce qui place ces prodigieuses esquisses très au-dessus de leur époque, c'est 1 intense sincérité qu'on y sent, la vibration d’un être voluptueux ci nerveux qui comprend la passion à un point que le libertinage méconnaîtra toujours. Par là il y a quelque chose d’instinctif, de naturel et de profond dans Frago, de profond comme il en advient dès que l’artiste dépasse la vie extérieure et touche à un ressort secret du corps ou de l’âme. On ne songe plus à sourire devant l’esquisse de V Instant désira : le mouvement esl si ardent qu’il fait penser. L’élan des amants courant à la Fontaine d'amour a quelque chose de fatal, nue tension impressionnante