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FRAGON A LID.
Corésus , il y avait six ans que Frago était célèbre, et que sa vraie vie d’art était décidée. Ayant payé son tribut à l’Ecole, il la quittait joyeusement.
Dès lors commença cette existence entre toutes caractéristique de l’artiste français au xvme siècle, et déjà si contemporaine cependant qu’il n’y a guère entre elle et celles de nos artistes d’aujourd’hui, que des nuances tout extérieures, des variations de sujets et d’accessoires.
Les Hasards heureux de h escarpolette inaugurèrent véritablement la grande vogue de Frago. On connaît la célèbre estampe de De Launay qui popularisa cette toile dont un seigneur avait dicté le sujet à Doyen qui, effaré, l’avait cédé à Fragonard ; celui-ci s’en tira à merveille. Il y a déjà là toutes ses qualités, l’esprit, le dessin saisissant, les intentions libertines mais nuancées de grâce tendre, le coloris d’une exquise harmonie, un sentiment de la nature beaucoup plus vif que chez tous les contemporains, et surtout une tonalité dorée, un peu fauve dans les roses, avec une opposition de tons froids, qui sépare complètement Frago des gammes de son maître Boucher, dont il n’a plus ni la mièvrerie ni l’aspect de porcelaine, tout en en gardant l’éclat. On sent là on ne sait quelle ardeur sourde, quelle distinction du ton, dont le souci est tout à fait devenu le nôtre.
C’était à ce moment une frénésie de luxe artistique qui s’emparait de la cour et de la ville. Seigneurs et linanciers, tous voulaient un hôtel de style délicat, des meubles rares, des décorations et des toiles. Fragonard fut
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donc recherché à l’envi. Il répondait trop aux désirs de son temps pour que chacun ne souhaitât pas quelque œuvre de sa main. Beaujon, Bergeret, Iiandon de Boisset, Bouret, fermiers généraux ou linanciers, ri va lisaient avec MM. de Yéri, de la Reynière, de Grammont, de Chabot, de Senueviile, de Sireul, de Boynes, de Yence, de Brissac, avec le fermier Varanchan de Saint-Geniès, le notaire Dnclos-Dufresnoy , l’amateur Watelet , l’architecte Trouard, le peintre Baudoin, le graveur de Launay. Ils achetaient des paysages, i Amour vainqueur , le Verrou , le Père de famille , l’exquise Visite à la nourrice , la Fontaine d’amour , des têtes, la Fuite à dessein , le Réveil de ta nature. Tou te cette série est d’une exécution extrêmement serrée, d’une science presque sévère, qui contraste avec le sentimentalisme galant, la préciosité allégorique des sujets. Mais bientôt Fragonard, cédant à son extraordinaire facilité, en vint à quitter cette manière de perfection minutieuse pour 11e plus donner que des esquisses, très largement traitées Et c’est là qu’il se révèle le plus admirable.
Rien de plus beau, au sens strictement pictural, que ces compositions moins finies où se décèle la fougue de sa nature. Un grand peintre apparaît, et la hardiesse de l’exécution, la largeur des [dans, l’intensité de la couleur, enlèvent aux sujets leur mesquinerie que soulignait trop la précédente manière trop serrée, trop patiente. L’artiste alors dépasse son époque et son genre. Il atteint au grand style dans des sujets badins, il se ressent de Rubens, de