‹ FragonardChapitre 7 sur 18 · F IC. U RE DE FANTAISIE · texte numérisé non relu

F IC. U RE DE FANTAISIE

(Musée du Louvre.)

Cependant Fragonard commençait à se lasser de la vie de Frago, qui n’élait rien moins qu'édifiante. La nature raisonnable, l’esprit pratique et rassis du Provençal reparurent en l’artiste, qui songea à se marier. Précisément la famille Gérard, originaire d’Avignon mais fixée à Grasse, et amie de la sienne, se proposait de lui confier sa lille aînée Marie-Anne, âgée de dix-sept ans. La jeune fille, placée d’abord chez un parfumeur nommé Isnard (probablement parent du fameux conventionnel), s’essayait avec succès à la miniature, et l’on songeait à lui donner les précieux conseils de Fragonard. Le maître ne tarda pas à devenir l’époux de son élève, et le 17 juin 1769 la cérémonie fut accomplie à l’église Saint-Lambert de Vaugirard. Ce fut, selon l’usage d’alors, une noce de campagne, Vaugirard étant une fort agréable banlieue au xvnF siècle. Avec ce ménage s’installèrent la plus jeune sœur de Mme Fragonard, Marguerite Gérard, et son jeune frère Henri, lequel apprit la gravure.

Cette nouvelle existence modifia profondément les habitudes et le talent de Fragonard. Avec délices, il se fit villageois, se mit « au vert », et non pas avec la vision factice des bergerades en vogue, mais sincèrement, en pleine rusticité. Il eut bientôt des enfants, sa fille d'abord, Rosalie, qui devait mourir à la fleur de Page, puis, en

Fil A G ON A ItD.

1780, Alexandre-Evariste, qui fut peintre et graveur. Dans la vie familiale et champêtre, Fragonard devint presque un petit maître hollandais. Ses qualités de précision, de prestesse, son « impressionnisme », car il faut déjà prononcer le mot à son égard, trouvèrent une application inattendue. Pour la seconde fois le contact de la nature lui servit. A la villa d'Fste, il lui avait évité le péril de Pacadémisme : à Paris, il le préserva du maniérisme excessif auquel son effrayante facilité, et l'encouragement public, eussent pu le conduire. Cet artiste précieux, luxurieux et complexe se révéla un merveilleux peintre de l'ingénuité.

Pour décor, sa maison et son jardin; pour modèles, sa famille, et il n’en fallait pas davantage. Il fit bien encore, de temps à autre, des tableautins de son ancien genre, comme la Culbute, si fougueuse, ou le Verre d'eau qu’une soubrette lance si impudiquement vers une beauté effarée dans le désordre de son lit. Il fallait bien continuer à flatter les goûts des amateurs généreux. Mais de telles ccuvrettes se font rares dans la production de Frago, dont le gracieux génie est tout entier séduit par la mutinerie de Fenfance, et dès lors commence une série exquise, où la composition, la couleur, les attitudes, la technique atteignent à la perfection. Ainsi ï Education fait tout , où les enfants apprennent au chien de la maison à faire l’exercice; Dites donc , s il vous plaît ! où la jeune mère distribue le goûter; l’adorable Fillette aux chiens noirs , qui berce les deux bestioles en un geste qui découvre sa

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