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LA MUSIQUE

(Musée du Louvre.)

Cliché Neurdein.

petite gorge naissante ; les Jalousies de C enfance , où deux marmots se disputent les caresses maternelles ; les Premières caresses du jour , où la mère se penche délicieusement sur son fils demi-nu; Y Heureuse fécondité , chefd’œuvre mouvementé et radieux; la Visite à la nourrice , dont il existe deux variantes, et qui fait penser à Greuze, avec des qualités de coloriste somptueux que Greuze n’eut pas, et un dessin plus libre, plus hâtif, moins modelé ; le Retour au logis enfin, où il y a également une analogie avec l’attendrissement de Greuze, qui est plus pensif, plus psychologue, mais très inférieur à Fragonard comme peintre, comme « artiste » surtout au sens moderne du mot. On ne peut rien imaginer de plus savant, de plus riche, de plus personnel que ces lumières blondes qui baignent les personnages, ces blancs laiteux ou nacrés surgissant d’une vapeur dorée, ces enveloppements d’une pâte grasse et souple et, dans cette moiteur de la coloration, dans cet impressionnisme qui accorde déjà à l’atmosphère toute l’importance que nos peintres lui ont redonnée, on ne peut souhaiter une exécution plus amoureusement précise des détails. Ce n’est plus là « le soufflé, le roullé, le tartouillis » des esquisses de nu. L’artiste garde de celles-ci sa verve, son audace de touche, son coloris fauve à la Jordaëns, son sentiment surprenant de l’enveloppe aérienne, ses pénombres ardentes, aux tonalités chantantes ; mais il associe ces qualités à la netteté, à la facture serrée et consciencieuse des œuvres de sa première manière, et ainsi l’on surprend ses préoccupations secrètes.

Sans nul doute, ce caractère équilibré et adroit savait, selon les acheteurs, varier son style tout en restant soimême. Aux uns les tableautins très faits, presque des vignettes, prêts pour la gravure, avec des détails très arrêtés, pourtant sans fignolage et sans cet aspect horrible que nous appelons « le léché ». Aux autres, plus artistes, plus amateurs de technique que de sujets, les belles esquisses rutilantes et fougueuses. Aux autres enfin, à la fois épris des deux manières ou peut-être craignant la sécheresse de l’une et la liberté de l’autre, une troisième façon faisant utilement le compromis souhaité. De là ces petits chefs-d'œuvre de grâce stricte où le plus sévère professeur n’aurait rien à reprendre et où, en même temps, la gaîté, l’humour, le libertinage de Frago se donnent carrière en narguant l’art solennel.

Ces tableaux campagnards, de la plus haute valeur, sont parfois encore grivois ou presque. Si Frago peint la Culbute ou les Pétards, pour continuer à plaire, mais songe à des sujets moins osés, il ne se prive pas cependant de peindre Annette à vingt ans poursuivie par un amoureux, ou la Leçon de danse.

Frago, même aux champs, reste Frago. Seulement ce n’est plus l’allégoriste vicieux, tel que le souhaitait une société affinée et corrompue : c’est un sensuel galant, aimant la naïveté, la gaucherie des demi-aveux, e,t les mêlant à la bonne humeur de la vie au grand air. Le cadre de ces scènes n’a rien de commun avec les décors de bergerades du xvne siècle. Les bergers de Fragonard n’ont pas de

Cliché Neurdein.

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