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LA LEÇON DE MUSIQUE

Scpia de Fragonard. — (Collection de M. Alfred [,c (îliaii.)

a Muséum », effrayé, assez justement il faut le dire, par la recrudescence des arrestations et des exécutions, il se résolut à partir pour Grasse, où M. Maubert, un ami, lui offrait l'hospitalité. Il quitta Paris au commencement de l'année 1794, emportant sans doute les toiles peintes jadis pour la Du Barry, et qu'il compléta sur place par un cinquième panneau et des décorations accessoires

De retour à Paris, il ne travailla plus guère; il mena une vie mesquine, habitant toujours au Louvre; d'ailleurs sain et robuste, se plaisant aux promenades à pied, des promenades comme celles que Rousseau faisait à Clignancourt et à Ménilmontant. Un jour il prit, ayant chaud, une glace dans un café, et fut enlevé par une congestion cérébrale. C'était le 32 août 1806 ^.

Telle fut la fin, assez sombre, de cette carrière par moments si brillante. Dédaigné dans ses dernières années, plus tard injustement décrié, il a repris peu à peu, dans l'estime des connaisseurs et des artistes, la place éminente qui lui est due. En somme, de même que l'on admet que pour les arts de l'Italie, les xv^ et xvi^ siècles marquent la date de la plus grande expansion créatrice, de même on peut soutenir que la France, au xviii^ siècle, atteignit l'apogée de son développement, non encore influencé par des importations et des imitations trop étrangères à son tempérament, à ses traditions, à ses tendances séculaires. Quel temps que celui des Voltaire, des Montesquieu, des Diderot, des Beaumarchais ! Dans l'art aussi quelle époque que celle où se tiennent les Watteau et les Lancret, les Chardin et les Boucher ! Fragonard a son rang dans ce

1. « Afin de mettre la maison dans laquelle il recevait l'hospitalité à l'unissGn des ide'es du jour et lui enlever tout parfum suspect d'ancien régime, le peintre s'amusa à décorer l'escalier, par larges touches, d'attributs révolutionnaires, haches, faisceaux, bonnet phrygien, et, dans des mascarons, comme divinités protectrices bien éphémères toutefois, des masques de Robespierre et de l'abbé Grégoire, vestibule bizarre et inattendu à ce salon où trônent les peintures du plus pur ancien régime. » [Honoré Fragonard, sa vie et son œuvre, par le baron Roger Portalis, p. 240.)

2. Dans la rareté et l'insignifiance des témoignages épistolaires, il est assez malaisé de discerner quel fut son véritable caractère. Les Concourt, là-dessus, ont recueilli, auprès de Théophile Fragonard, une précieuse tradition orale. — Ne pas oublier ses accès de colère, sa brusquerie, un jour, envers Saint-Non, ses ruptures avec la Guimard et Bergeret. — D'ailleurs son humeur, que la vieillesse n'altéra point, paraît avoir été fort gaie; on connaît ses saillies; on sait avec quelle partie de son corps il se déclarait capable de peindre, tout au rebours du pianiste qui se vantait de pouvoir, au besoin, donner la note avec son nez.

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