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CHAPITRE VI

La Révolution. — Dernières Années de Fragonard. — Sa Ruine. — Sa Mort.

« Tout finit par des chansons », disait Bridoison dans le charmant vaudeville joint par Beaumarchais à son profond et pimpant Mariage. Le xviii° siècle lui-même s'acheva au milieu de chansons, mais d'un genre particulier, et où figuraient, indépendamment de la Marseillaise, la Carmagnole et le Ça ira !

La vie intellectuelle ne put être évidemment fort encouragée par des circonstances politiques qui causaient la mort d'hommes comme Lavoisier, comme Gondorcet, comme Ghénier. Il en fut de même", tout d'abord, pour la vie artistique.

Mme Fragonard était au nombre des femmes qui, le 7 septembre 1789, vinrent, en guise d'hommage et de sacrifice à la patrie, déposer leurs bijoux sur le bureau de l'Assemblée. Cette manifestation touchante, ce féminin « vœu national «, ne rappellent-ils pas, assez inopinément dans l'âge moderne, des épisodes de la légendaire histoire biblique : Aaron, pour fabriquer son idole, disant au peuple : « Mettez en pièces les bagues d'or qui sont aux oreilles de vos femmes, de vos fils et de vos filles et apportez-les-moi » (Exode, xxxii, 2) ? ou encore Moïse façonnant la « cuve d'airain et son soubassement d'airain des miroirs des femmes, qui s'étaient assemblées par troupes, et qui s'étaient rendues à la porte du tabernacle d'assignation » (Ibid., xxxvni, 8) ?

Fragonard devait être grièvement offensé, dans ses goûts de raffiné mondain et aristocrate, par les brutalités de ce temps de crise. C'était le moment où des politiques tels que Barbaroux s'écriaient tristement : « Cette populace n'est pas plus faite pour un gouvernement philosophique que les lazzaroni de Naples ou les anthropophages de l'Amérique » K

Le peintre fut, par la réduction des rentes, fortement lésé dans ses intérêts. Aussi bien, ce genre de blessure ne lui était pas très sensible. Assez philosophe sur ce point, il supporta gaiement cette catastrophe qui pour lui, à la plus confortable aisance, substituait une gêne véritable.

Auprès de la Convention et des Comités, il fut utilement protégé par Louis David ^. C'est à celte influence qu'il dut d'être admis au nombre des « Membres du Muséum national des Arts», et plus tard dans le « Jury des Arts » remplaçant les anciennes Académies.

Fragonard se sentait dépaysé, menacé; il s'apercevait bien que son art était d'une autre saison, ne convenait plus à ces temps rudes et énergiques. Il se prêtait de son mieux à cette transformation, s'appliquait à deux compositions allégoriques, passablement insipides [Le Sénat assemblé pour décider la paix ou la guerre, et la Fermeture du Temple de Janus). Il assistait, dans la cour du Louvre, à la plantation d'un arbre de la Liberté. Il se faisait délivrer des attestations de résidence et de civisme. Mais bientôt, frustré de sa place de Conservateur au

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