LE MARÉCHAL BAZAINE, CONSULTÉ A CE SUJET, RÉPOND PAR UN REFUS
De nombreux convois de blessés reviennent du champ de bataille. Sur ces dures voitures rudement secouées — tous les chemins ont été défoncés par Tartillerie — nos blessés sont pêle-môle étendus sur un peu de paille.
Quelques-uns, les plus légèrement atteints, marchent à côté des voilures; ceux-là ont le bras, la tête ou la poitrine enveloppés d*un chiffon sanglant, la plupart ont le fusil en bandoulière. Loin de songer
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à leurs blessures, ils ne pensent qu*à leurs camarades plus grièvement atteints. Ils réunissent toutes leurs forces pour retenir le chariot, qui descend trop brusquement.
Pas une plainte, pas un cri, pas un soupir.
En marchant au combat, ils savaient que la lutte serait rude, et ils sont dans les heureux, car là-bas, dans la plaine, il y a les camarades qui sont tombés frappés en pleine poitrine.
Tout le long du chemin, ils songent à la mère, à laquelle il va falloir écrire, et ils ruminent je ne sais quel mensonge héroïque pour rassurer la pauvre vieille. Les amputés auront une égratignure, ceux qui ne seront que légèrement blessés se porteront à merveille.
Sur un cacolet un capitaine d'infanterie est étendu tout sanglant ; la grosse toile qui le recouvre à moitié, est raide de sang coagulé; parfois des filets humides saignent à travers la paille, et laissent sur la route une trace rougeâtre.
L'infortuné a eu les jambes emportées par un obus de plein fouet; de ses deux mains, il se cramponne convulsivement à la garniture de fer. La tète est affreusement contractée, la bouche laisse suinter une écume tachée de rouge.
Où va cette pensée? Sur ce chemin brûlé par le soleil, au milieu des soufTrances qui le dévorent, le malheureux regarde là-bas, biea loin. Il voit ceux qu'il aime : ils lisent la lettre de la veille, celle qui dit que tout s'est bien passé, qu'il n'y a pas de mal.
A une ambulance volante établie contre la Voie romaine, un vieux docteur à moustaches blanches opère un jeune soldat de la ligne : une balle a brisé l'index de ce dernier; le docteur désarticule la phalange, et le blessé, sans qu'aucun tressaillement révèle sa souffrance, regarde stoïquement mutiler sa main. Le docteur débarrasse ensuite un second soldat de deux balles logées dans l'épaule : celui-ci semble s'inspirer de la fermeté de son camarade, car ce genre de courage est contagieux.
Le blessé, quand on lui présente les lingots de plomb déformés, peut à peine croire qu'il les ait portés dans sa chair : il les palpe, il les soupèse, il les regarde curieusement avec une hésitation enfantine et finit par les mettre dans sa poche.
Un chasseur à pied du 9* bataillon, encore un enfant au visage imberbe, pâli par la souffrance, est apporté par deux camarades, qui le tiennent par les épaules et parles jambes. Il a été blessé au flanc droit. Le docteur élargit l'entrée de la plaie à l'aide d'un bistouri, et la pince ramène au.ssitôt un morceau de carton roulé. C'est une blessure
faite à bout portant : le culot en carton de la cartouche a été projeté avec assez de force pour s'enfoncer dans le sillon tracé par le projectile. Quant à la balle, il faut, bon gré mal gré, renoncer à Textraire, elle a pénétré trop profondément dans les chairs pour que la pince puisse y parvenir.
Le petit chasseur ne profère pas la moindre plainte durant cette douloureuse opération ; au contraire, il dit aux infirmiers qui le soutiennent : « C'est égal, il ne recommencera plus le Prussien qui m'a touché, je lui ai joliment fait son compte I »
— Canrobert, qui, froid et calme, a assisté à tous ces épisodes sanglants de la première phase de la bataille, a les yeux tournés vers le nord-est, où il espère voir poindre nos 3* et 4* corps.
En ce moment, les 2* et 6* corps de Tarmée française ont leur base aux nœuds des routes et des vallées qui s'inclinent vers Metz du côté de la Moselle. Ils peuvent donc manœuvrer facilement et nont rien à désirer sous le rapport tactique. Malheureusement, le grand éloignement de Taile droite, composée, comme nous venons de le voir, des 3' et 4* corps, n'est pas le seul inconvénient qu'on ait à redouter, car ces colonnes, qui marchent, en ce moment, au bruit du canon, ont à traverser des pays ( oupés de collines et couverts de ravins et de bois souvent inextricables.
Mais, comme on a fait prescrire aux commandants de poursuivre leur marche malgi'é tous les obstacles, on espère voir poindre incessamment les têtes des colonnes, qui permettront aux corps Frossard et Canrobert de prendre à leur tour une vigoureuse offensive.
Vers deux heures de l'après-midi, le maréchal Canrobert fait envoyer le 4« peloton du 3* escadron du 2* chasseurs à cheval sur la route d'Étain pour reconnaître si cette voie est encore libre et si des patrouilles ennemies ne sillonnent plus le terrain de ce côté. Ce peloton, sous les ordres du lieutenant Rouvray, se dirige par Saint- Marcel sur Bruville. Il continue ensuite sa route sur Jarmy, ne perdant pas de vue les avant-postes français. Ce petit détachement ne rencontre de ce côté que cinq médecins militaires prussiens ramenés par un sergent-major d un bataillon de chasseurs à pied en position à Doncourt. Ces prisonniers sont conduits au général de Bruchard, qui commande la brigade de cavalerie légère à laquelle appartient le 2' chasseurs à cheval.
Le peloton revient ensuite sur le champ de bataille par Doncourt et en suivant la route d'Étain. Il rencontre le long de sa route des débris de la charge du plateau de la Voie romaine et à Saint-Marcel un
groupement de prisonniers de la brigade von Bredow gardés par des troupes du 6* corps.
Ce détachement rentre à Tescadron à quatre heures et demie du soir.
Le 2* chasseurs a continué, pendant ce temps, ses mouvements sur le champ de bataille, observant toute la journée la canonnade, qui ne se termine qu'à huit heures et demie du soir. A neuf heures, il établit son campement sur l'emplacement qu'il a quitté le matin.
— Cependant, vers deux heures et demie de Taprès-midi, au moment où les derniers débris de la brigade von Bredow disparaissent
dans le bas-fond de Flavigny, de l'autre côté de la route de Mars-la- J
Tour, une violente canonnade se fait entendre plus au nord et s'étend !
de la droite à la gauche. Ce sont, en effet, les divisions Aymard et de '
Nayral du 3« corps (maréchal Le Bœuf), attendues avec impatience, qui viennent prendre position sur la droite du maréchal Canrobert, aux environs du village de Saint-Marcel, sans toutefois être encore enga- !
gées à fond contre l'ennemi, et escarmouchent seulement contre des *
coureurs allemands.
A ce moment, notre ligne de bataille va pouvoir s'étendre d'ellemême et prendre aussi plus de consistance et une direction meilleure, par rentrée en ligne de ces nouvelles divisions, qui commencent à menacer la gauche du général von Buddenbrock.
Une heure plus tard le général de Ladmirault survient à son tour avec une division du 4« corps. Les autres divisions suivent.
Près de quatre-vingt-dix mille Français s'avancent donc vers le bord du plateau pour culbuter et envelopper l'armée prussienne.
A ces forces menaçantes, le général von Alvensleben II ne peut alors opposer que les deux divisions du IIP corps, une brigade d'infanterie du X*, et deux divisions de cavalerie, en tout trente-sept mille hommes. C'est à quatre heures seulement qu'il reçoit d'importantsrenforts, que l'artillerie entière et une division du X* corps, bientôt suivie par d'autres troupes, atteignent le champ de bataille.
Il serait injuste de ne pas reconnaître que les Prussiens luttaient avec une bravoure opiniâtre et un dévouement absolu. Mais ce courage et cette abnégation ne les auraient pas sauvés, s'ils avaient eu en face d'eux un capitaine habile ou seulement décidé à vaincre.
— Que fait alors le maréchal Bazaine?
Va-t-il prescrire une attaque immédiate par les avant-gardes du 3* corps?
Va-t-il donner au maréchal Le Bœuf l'ordre de commencer, à droite
deCanrobert, sur la gauche ennemie, ce mouvement tournant si redouté du général von Buddenbrock?
L'instant est des plus favorables. Le 3« corps prend position à la droite du 6% laissant une division en réserve à la Malmaison. Le 4* corps va déboucher tout à l'heure de Verneville. Le maréchal Bazaine se trouve ainsi dans les meilleures conditions pour tourner le IIP corps prussien par sa gauche et le rejeter sur la Moselle.
Mais non ! Trahissant sa préoccupation constante de rester en communication avec Metz, au lieu d'occuper Tennemi sur son front, de pousser sa droite en avant et d'en finir avec les premières troupes allemandes engagées, qui peuvent être facilement culbutées dans les ravins, Bazaine ne songe qu'à accumuler des forces vers sa gauche dans les bois des Ognons et de Saint-Arnould.
Des paysans fuyant devant l'ennemi ont rapporté au maréchal Bazaine que des masses allemandes montent incessamment de la vallée de la Moselle sur Gorse. Ce renseignement ne peut qu'accroître les inquiétudes du maréchal relativement à sa gauche. Le 3« grenadiers de la garde est chargé, en conséquence, de relever la division Levassor-Sorval (6* corps), qui envoie une de ses brigades en soutien du général Picard (division des zouaves et grenadiers de la garde) en face de Vionville. Les voltigeurs de la garde et le bataillon de chasseurs de la garde sont placés au bois des Ognons et dans les ravins de la Jurée. Enfin, les deux divisions du 2* corps, qui ont été si éprouvées dès le début de la bataille, sont ramenées en face de la gorge d'Ars et dans la direction de Gravelotte, afin de parer aux éventualités d'une attaque de l'ennemi de ce côté.
Non content de garder une quarantaine de mille hommes immobiles, près Metz, pour garder ses communications avec cette place, Bazaine surtout ne veut remporter sur les Prussiens aucun avantage décisif, qui lui ouvrirait la route de Châlons et qui par suite le forcerait de rejoindre l'Empereur.
En conséquence, il suspend la marche du 3* corps et lui impose de se maintenir solidement dans ses lignes, adroite de Canrobert, vers Saint-Marcel, avec la division Nayral (le général Nayral vient de remplacer le général de Castagny, blessé Tavant-veille, 14 août, à Borny), et de se relier à la droite du 6« corps, par la division Aymard, qui vient seulement de rallier le 3* corps, après être sorti de Tefi'royable encombrement des routes, et enfin d'envoyer la division Montaudon vers Gravelotte, pour surveiller le débouché d'Ars-sur-Moselle.
Cette idée fixe du maréchal Bazaine, redoutant un mouvement
tournant qui nous aurait séparés de Metz doit d'autant plus nous frapper, que nous la retrouverons, le 18 août, c'est-à-dire dans deux jours, plus accusée encore et que le 15 déjà, obéissant à la même préoccupation, le commandant en chef avait, comme nous Tavons dit précédemment, fait sauter le pont de Longeville, sous le canon môme de la place.
Cependant, comme notre 4* corps est en retard, Bazaine ne donne qu'à lui seul la mission de tourner Tennemi.
C'est encore du temps de gagné pour retarder la victoire qui s'offre à nous. Les Prussiens seront peut-être en forces, grâce à ces délais, et ils seront enfin en mesure de conserver leurs positions de Vionville et Mars-la-Tour, sur la route directe de Verdun. Et nous ne pourrons pas passer, ce que désire ardemment le maréchal.
Ainsi la culpabilité de Bazaine se dessine nettement par son acharnement à retirer des forces de sa droite, qui est le point important, le nœud stratégique de la bataille.
Le maréchal Bazaine, qui ne veut pas enlever Mars-Ia-Tour et percer sur Verdun, retire à ses lieutenants de ce côté les forces nécessaires, il les enchaîne par des ordres qui les immobilisent.
La division Leva ssor-Sor val est ôtée à Canrobert. La division Montaudon est prise à Le Bœuf; la division de Lorencez est paralysée, la division Metman attardée.
Ladmirault est laissé sans ordre; on espère ne pas le voir arriver temps, et c'est à son apparition, supposée tardive, que Ton a subordonné lé mouvement en avant de Le Bœuf et de Canrobert.
. C'est enfin l'idée fixe de ne pas gagner Verd un, de rester à Metz, de se faire fermer la route.
C'est la trahison*!...
-— Le corps d'armée du maréchal Le Bœuf s'est donc mis en route de très bonne heure : à quatre heures du matin, le mouvement a commencé. Mais la marche, souvent retardée par un fatal encombrement, est lente et indécise. La division Aymard, qui a bivouaqué la nuit précédente dans un champ près du Ban-Saint-Martin, prend, au jour, la route de Verdun, traverse Longeville-lès-Metz et Rozérieulles, s'engage par un crochet fait à Verneville, dans un chemin étroit qui cou' duit par une pente très raide au vaste plateau de Saint-Marcel traversé par les routes de Verdun et de Briey, et se dirige vers le village de Sàint-Marcel.
Le 3« bataillon du 85* de ligne accompagne le convoi de la division et sert d'arrière-garde. Vers neuf heures du matin, la division
Chevau-Iéger bavaroii,
Aymard fait une halte. Presque aussitôt un grondement lointain, qui va bientôt se rapprochant, indique qu'une bataille est engagée dans la direction de Rézonville et Mars-la-Tour.
La divjsion reçoit Tordre de se porter en avant et de prendre part à un vaste mouvement de conversion à gauche exécuté par l'armée tout entière et dont le 4" corps forme Taile marchante.
Les troupes prennent les armes, font tête de colonne à gauche, traversent le bois et viennent déboucher en face de la ferme de Cautre, sur la route d'Étain.
On apprend alors que le prince Frédéric-Charles, avec son armée, a passé la Moselle à Novéant et à Pont-à-Mousson, à la faveur de Fat-
**♦ Garmibr Frères, bditburs. 27
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taque dirigée sur nous, lavant-veille, à Borny, par Tarmôe de von Steinmetz, et vient nous disputer la route de Verdun.
La division Aymard se déploie alors en bataille par bataillons en masse, la 2* brigade à droite.
Tandis que la !'• brigade et le 85* de ligne se portent sur Villersaux-Bois, le 80' de ligne se dirige de façon que sa droite rase le village de Samt-Marcel, en avant duquel l'action parait être vivement engagée.
Ces colonnes dépassent Saint-Marcel, prennent leurs intervalles et se déploient, puis, formant les colonnes de division, le 80 se porte en avant, tambours et musique jouant la marche du régiment. Les bataillons prennent position dans Tordre naturel sur la crête, où se trouvent déjà sérieusement engagées les batteries de la division (8% 9» et lO du 11* d'artillerie), contre une grande batterie prussienne établie sur la route de Mars-la-Tour, tout près de Vionville.
Les 1" et 2* bataillons du 60 et le 44" de ligne sont détachés par ordre du maréchal Bazaine pour appuyer un mouvement à Touest de Saint-Marcel.
Le !!• bataillon de chasseurs et le 3" bataillon, du 60* de ligne continuent leur marche à travers Saint-Marcel et prennent position dans les vergers, où ils reçoivent quelques projectiles.
Quant au 44« de ligne, il ne joue qu'un rôle dos plus secondaires dans cette action. Placé en réserve pour garder lartillerie, il ne perd riue quelques hommes, atteints par les projectiles ennemis.
En avant du 80* de ligne, protégé par les talus de la Voie romaine, combattent les 4* et lOO* de ligne du & corps (division Tixier), qui, à l'arrivée de ce secours, reprennent courage et redoublent de constance et d'énergie.
La compagnie Lespiau (2* du 1" du 80*) est lancée en tirailleurs vers le bois, qui couvre le flanc gauche de la ligne ennemie. La compagnie Monavon, du 2* bataillon se porte sur la Voie romaine pour appuyer un bataillon du 4* de ligne; le 3' bataillon menace la droite de la ligne ennemie dans la trouée entre les deux bois. Bientôt celle-ci plie et se retire en désordre vers la route de Mars-la-Tour et la batterie qui y est établie.
L'artillerie prussienne soutient cette retraite par une grêle d'obus, qui viennent tomber au milieu de nos bataillons et particulièrement sur le 3», qui perd là une vingtaine d'hommes mis hors de combat.
Bientôt la batterie ennemie se tait. Une charge vigoureuse, exécutée sur la droite par les troupes du corps de Ladmirault, semble
avoir déterminé la retraite de la batterie, qui était opposée au 80° de ligne et des troupes qui la couvraient. Le régiment reçoit Tordre de se rallier en avant de Saint-Marcel.
Les bataillons se niassent et se forment en ordre derrière la crête : les compagnies envoyées en tirailleurs ramènent une trentaine de prisonniers prussiens dont deux officiers qui se sont rendus au souj^îlieutenant Salvan, delà 2« compagnie du 1" bataillon.
Le SO* de ligne perd ce jour-là : quarante hommes tués ou blessés ; deux officiers, le capitaine Moynier et le sous-lieutenant Mancet, ont été blessés. Le colonel Janin a eu un cheval tué sous lui, en dirigeant les tirailleurs du 2* bataillon.
— Arrivés au pas gymnastique sur le terrain de Taction, les deux premiers bataillons du 85° de ligne ont manœuvré, pendant quelque temps, exposés au feu des batteries ennemies. Puis le 1" bataillon, avec le commandant Luccioni, sous les ordres du colonel Planchut et du lieutenant-colonel Fauchon, se porte en avant et va soutenir des batteries de notre artillerie fortement engagées et éprouvées par le feu de Tennemi.
Le 2« bataillon s*est formé en bataille sur la lisière du bois qui est longé par la Voie romaine et déploie aussitôt en tirailleurs ses 3% 4", 5' et 6* compagnies.
Enfin, apparaît le 3" bataillon, qui a accompagné le convoi jusqu'à Châtel-Saint-Germain, et vient prendre position à côté du 2% dans le but de boucher la trouée qui se fait entre le corps du maréchal Canrobert et la division Aymard.
Vers trois heures, les tirailleurs sont ralliés et les deux premiers bataillons du 85« font un mouvement pour se porter sur Rézonville, où on les déploie en arrière de Tartillerie de la garde, pour Tappuyer. Le 75« régiment occupe la droite de ce régiment. A la gauche se trouve la garde.
Pendant cette journée, la 6* compagnie du 2* bataillon est seule assez sérieusement engagée pour protéger le retour de la charge de la brigade de cuirassiers du général de Grammont et fait prisonniers dans cette circonstance sept cuirassiers de Magdebourg. Le chef de cette compagnie, le capitaine Harly de Pierrebourg, ayant été blessé dans cet engagement, le lieutenant Tatin en prend le commandement. Les pertes du 85* sont, ce jour-là, des plus minimes : un officier blessé ; sept hommes de troupes tués ; vingt-deux blessés et un disparu.
A la fin de la journée, l'ennemi s' étant retiré de notre droite pour tenter un puissant effort sur la gauche de notre armée, le maréchal
Bazaine fait, à ce moment, donner Tordre au ll^bataillon de chasseurs, ainsi qu'au 3' bataillon du 60* de ligne, d'appuyer fortement à gauche dans la direction de Rézonville. Les doux premiers bataillons de ce régiment restent en réserve.
Le bataillon de chasseurs et le bataillon du 60 de ligne se dirigent rapidement vers Rézonville, à travers les champs et les bois, et parcourent une partie du terrain de la lutte, notamment une clairière où viennent de se rencontrer deux colonnes de cavalerie : la terre est jonchée de débris de toutes sortes, et de cadavres percés de coups de sabre.
Partout des monceaux de cuirassiers blancs et de uhlans, puis, çà et là, des dragons et des cuirassiers français. C'est là que vient d'avoir lieu la furieuse mêlée de la cavalerie allemande de von Bredow et des divisions de Forton et de Valal)règue.
Le 3* bataillon du 60* de ligne va prendre position à gauche de Rézonville; en avant de lui sont les zouaves de la garde, ayant à leur gauche des voltigeurs.
Pendant la marche, ce bataillon, en traversant les clairières, a été aperçu par Tennemi et couvert de projectiles qui lui font peu de mal. Le chef de bataillon Gariel est blessé ; deux hommes de troupe sont tués et cinq blessés.
Quant au If bataillon de chasseurs, il est allé s'embusquer derrière les maisons de Rézonville, que Tennemi crible aussitôt d'obus. Quelques instants après, nos chasseurs abandonnent ce village et se portent un peu sur la gauche, à quelques mètres en avant de l'artillerie de la garde, ayant devant eux une ligne de bataille formée par les voltigeurs de la garde.
Les pertes du bataillon sont à peu près nulles : sept hommes de troupe hors de combat, dont deux tués.
Pendant toute la durée de l'action, le maréchal Le Bœuf, commandant 16 3" corps, qui s'est porté sur Gravelotte, accompagné du 3* escadron du 10* chasseurs, est constamment exposé aux projectiles ennemis, qui ne cessent d'être envoyés sur l'état-major général et l'escorte du maréchal.
Le 2* escadron de ce régiment, qui a été attaché comme cavalerie divisionnaire à la division Aymard, s'est, au bruit du canon, dirigé à travers champs dans la direction de Gravelotte, où il arrive à midi et se place en réserve avec sa division, à hauteur du village ; il reste presque toute la journée dans cette position.
Le canon, qui s'est fait entendre dès neuf heures et demie du
matin, ne cesse pas de gronder jusqu'à sept heures du soir sur la ligne qui s'étend de Rézonville à Mars-Ia-Tour et au delà.
A partir de ce moment, la canonnade va toujours de plus en plus en s'aifaiblissant.
Vers huit heures du soir, on n'entend plus rien que quelques coups de canon isolés ou des fusillades de tirailleurs, à l'adresse des traînards ou des égarés.
Le canon s'est tu partout ; tout semble terminé.
Les corps se rallient. On se hâte de faire la soupe ou le café.
La division Aymard bivouaque sur le champ de bataille.
Le !•' et le 2" bataillon du GOr de ligne prennent la direction de Rézonville, le 3* bataillon en revient et le régiment au complet établit son bivouac, contre le 44* de ligne, à l'est de Saint-Marcel, face à Rézonville.
Les deux premiers bataillons du 85* de ligne, après avoir exécuté une marche en bataille, vers sept heures du soir, sont allés occuper l'extrémité de la crête située en avant de Rézonville et y établissent leur campement, ainsi que le SO* de ligne.
Le If bataillon de chasseurs, la nuit venue, appuie à droite, dépasse Rézonville et va rejoindre la division Aymard, qui bivouaque à quelques kilomètres de ce village.
Plusieurs compagnies du 1" bataillon du 85' de ligne passent la nuit en tirailleurs et couvrent le front de la division. Le 11" bataillon de chasseurs est campé derrière cette ligne.
De son côté, le 3* bataillon du 44' de ligne va occuper une trouée dans les bois. Enfin le 2* escadron du 10* chasseurs à ciieval s'établit à la feniie de Constantin.
La nuit se passe sans alerte.
Division de Clèrambault. — A quatre heures du matin, le réveil a été sonné à la maison des Planches, dans les bivouacs de la division de dragons du général de Clérambault. A' cinq heures, les régiments niontent à cheval pour prendre la route de Verdun. Cette route, très accidentée, contourne le mont Saint-Quentin. Les dragons filent au trot, passant par Longueville, Moulins, Rozérieulles, Gravelotte, où cette route se bifurque. Beaucoup de troupes de ligne et de la garde, à cet endroit, à droite et à gauche de la chaussée, se tiennent prêtes à partir. Souvent on est obligé de prendre à travers champs, la voie étant encombrée par Tartillerie et Tinfanterie.
La division de Clérambault suit la route du Nord (Étain), jusqu'à la ferme de la Malmaison. Arrivés là, les escadrons se dirigent à travers
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les prés sur Verneville, où ils font halte derrière le village. Les bagages rejoignent en cet endroit. Les tentes sont dressées, on fait la soupe. Vers neuf heures, quelques escadrons vont faire boire au village, où sont aussi des chasseurs d'Afrique. Tout à coup, à neuf heures et demie, une canonnade éloignée se fait entendre vers le sud.
Le commandant de Lignières, du 2* dragons, qui, le matin au départ, avait reçu l'ordre de prendre, avec ses deux escadrons, Textrème gauche de la colonne, est arrivé à huit heures vers Verneville, et, à peine arrivé, en est aussitôt reparti afin de pousser une reconnaissance sur Bruville, Doncourt et toute la droite. L'ennemi occupe le plateau eii avant de Mars-la-Tour. Deux batteries d'artillerie française se trouvent à gauche de Bruville, sans aucune troupe de soutien. Le lieutenant-colonel d'artillerie qui dirige ces deux batteries prie le commandant de Lignières de lui laisser un détachement de cavalerie. Le peloton du sous-lieutenant Cuny est alors mis à sa disposition.
En arrivant à Bruville. le commandant trouve le général de Ladmirault qui le prie de se rallier à sa cavalerie, qu'il attend, et de faire une reconnaissance fort loin, sur la droite, pour voir s'il n'y a rien à craindre de ce côté.
La cavalerie du 4* corps est trouvée venant par Saint-Privat.
Vers onze heures du matin, le canon tonne déjà depuis plus d'une heure et demie, le commandant de Lignières avec ses éclaireurs traverse Doncourt et se porte rapidement sur Bruville.
Le maire de cette localité, interrogé, affirme qu'il n'a pas encore vu un Prussien, mais qu'un corps considérable est signalé sur la rive droite de la Moselle. Des sondages ont été exécutés la veille et le matin dans la rivière pour chercher un point de passage : il est donc certain que notre flanc droit ne sera pas attaqué le 16.
Le commandant de Lignières retourne à Verneville et se joint à la 2* brigade de sa division, ayant perdu un homme blessé et un cheval tué par les balles des éclaireurs prussiens.
Pendant ce temps, la division de Glérambault est montée à cheval vers onze heures et demie ; les quatre régiments de dragons et quatre escadrons de chasseurs de la brigade légère de Bruchard se mettent en mouvement pour rejoindre le 3* corps dont ils font partie.
Toute cette cavalerie se porte au grand trot, pleine d'élan et d'ardeur, vers la ferme de Cautre, traverse la route de Verdun, puis un grand ravin.
On se forme alors en colonnes serrées par régiment. De midi à
trois heures, la division de Clérambault cherche son corps d'armée et parcourt le champ de bataille en tous sens, sans pouvoir le rencontrer. Vers une heure, elle aperçoit des masses de cavalerie prussienne se prolongeant sur notre droite ; on ne s'en préoccupe pas.
Vers deux heures, le feu cesse presque complètement pour reprendre avec plus dintensité vers trois heures du soir. Un corps de secours prussien vient s'arrêter, précédé de vingt-quatre pièces de canon, auxquelles essaye de riposter une batterie française établie en avant du front de la division de Clérambault. A ce moment, cette division reçoit Tordre d'aller soutenir la division Legrand. Le général de Clérambault part aussitôt avec son chef d'état-major, le lieutenantcolonel deJoufifroy d'Abbans, la !'• brigade (général de Maubranches), 2* et 4» dragons, et quatre escadrons de chasseurs. La 2* brigade 15' et 8* dragons) est laissée derrière une batterie de mitrailleuses appartenant au 4* corps.
Nous raconterons plus tard la part glorieuse que prit la brigade de Maubranches à la grande charge de cavalerie, qui eut lieu sur le plateau d'Yron.
A quatre heures, un aide de camp du maréchal Le Bœuf, en cherchant le général de Clérambault avec sa division, ramène le général de Juniac avec la £• brigade au 3* corps, où le maréchal fait prendre position aux dragons sur le flanc d'un petit bois pour charger les Piiissiens, qui doivent en sortir. La brigade est formée sur deux lignes ; le 5' dragons en première ligne le 8' de larme en seconde.
A peine ces deux régiments sont-ils établis qu'une batterie ennemie placée sur leur gauche et pouvant les prtndre d'enfilade ouvre le feu à deux mille mètres.
Les obus viennent tomber au beau milieu des escadrons, mais, par un hasard providentiel, blessent seulement quelques cavaliers du 8' dragons.
On commande alors : « Par pelotons à droite! », et la brigade de Juniac va s'abriter à cinq cents mètres plus loin, derrière un pli de terrain. A six heures, le maréchal Le Bœuf envoie Tordre à cette brigade daller se placer près des réserves du 3* corps où elle reste jusqu'à la fin de la bataille.
Vers sept heures et demie, la canonnade cesse presque entièrement sur cette partie du champ de bataille.
La 2* brigade, ralliée parla 1", qui est revenue de la charge du plateau d'Yron, en colonne par escadron, rompt, passe par le petit village d'Urcourt et établit son bivouac à huit heures et demie du soir
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près de la route d'Étain, au-dessus de Saint-Marcel, où l'on fait des distributions.
Le campement de la division de Clérambault est à cheval sur le chemin d'Urcourtà Saint-Marcel. Toute la nuit il est traversé par des patrouilles des quatre régiments de dragons, allant en reconnaissance ou en revenant.