CHAPITRE XIII
Les divisions Montaudon, Nayral et Metman {3"" corps)
La division Montaudon au matin du 16 août. — Ordres de Bazaine. — Départ de Montigny. — Arrivée à Gravelotte. — Marche sur Ars-sur-Moselle. — La !»• brigade rétrograde sur Gravelotte. — Marche du 95'. — Pertes du 81«. — Pertes de la 5* batterie du i« d'artillerie. — Marche de la division NayraJ. — •Sa position entre Saint-Marcel et Bru ville. — Son rôle pendant la bataille. » Les Q», !!• et 12* batteries du i« d'artillerie. — La division Metman est immobilisée. — Bruits de la bataille. — « A Tennemil » — Routes encombrées. — Un ordre fatal. — Marche et contre-marche. — Arrivée à la nuit. — L'artillerie de réserve du 8« corps. — tes 7* et 10« batteries du i« d'artillerie contre la Voie romaine. — Leurs pertes. — Les !'•, 2% 3* et i* batteries du 17' d'artillerie. — Attitude des batteries ennemies. — Mouvements à bras. — Leurs pertes. — Habiles dispositions. — Les 11* et 12* batteries du 11* d'artillerie.
Le 16 août au matin, la division Montaudon (1«' du 3« corps) se trouvait en grande partie entre Amanvillers, Montigny et la ferme de Villers-aux-Bois. Le 3« corps d'armée, placé sous les ordres du maréchal Le Bœuf, après la blessure du brave Decaen, le 14 août, à Borny, avait, comme on le sait, subi des retards qui nous furent très préjudiciables. Le commandant en chef avait écrit le matin même à ce maréchal :
« Je suspends jusqu'à cette après-midi la marche de Tarmée. Faites rallier sans retard les divisions en arrière.
« Il n'y a pas d'ennemis sur notre droite ; le danger pour nous est vers Gorze : faites donc reconnaître les routes sur votre gauche, afiit de venir vous mettre en seconde ligna derrière les 2« et 6« corps, dans le cas d'un combat aujourd'hui. »
Les premières heures de la matinée se passent tranquillement dans les bivouacs de la division Montaudon. On attend des ordres, tout
BèM'inrûle (16 août 1870). — Engagement de la division Tixier (6« corps), en avant de Résonville.
en formant par chaque régiment les éléments d'une compagnie d'éclaireurs volontaires; les soldats viennent de manger la soupe, lorsque tout à coup, vers neuf heures et demie, une canonnade bientôt suivie d'une violente fusillade éclate sur la gauche. A onze heures, le vacarme de la bataille est assourdissant et a gagné toute la ligne de Gravelotte à Mars-Ia-Tour.
On attend en trépignant d'impatience. Enfin, à midi, la division prend les armes, quitte son campement de Montigny et se dirige au canon, chaque brigade formant une colonne, l'artillerie divisionnaire (5% 6^ et 8* batteries du 4" d'artillerie) au centre. Le 62» de ligne est en queue, avec son 3« bataillon d'arrière-garde au convoi.
*** Garnibr Fkbres, éditeurs. ^^
On se porte en avant de Bagneux vers la ferme de Villers-aux-Bois. Toute la division laisse ses sacs derrière le bois, qui se trouve entre la ferme de Bagneux et Gravelotte, se disposant à prendre part à la lutte déjà fortement engagée et se place : la 2^^ brigade (général Clincliant), le 81' dans le bois de Rézonville, où son 2*= bataillon est déployé en tirailleurs, le 95» en soutien à rarrière; la 1" brigade (18^' bataillon de chasseurs, 51* et 62" de ligne) se prolonge à droite sur la route de Briey.
Cette première division demeure longtemps sans ordres précis. On ne se met en mouvement que vers trois heures, lorsque déjà Taile gauche ennemie a faibli devant les attaques redoutables dont elle a été l'objet. La division se porte alors vers Gravelotte, passe en arrière de Rézonville, traverse le village de Gravelotte, s'avance dans le ravin qui conduit à Ars-sur-Moselle jusqu'à cinq cents mètres du village, puis remonte sur le plateau entre les bois de Vaux et des Ognons, pour couper à Fennemi sa retraite sur Ars-sur-Moselle.
Les trois batteries divisionnaires stationnent une partie de la journée près de Gravelotte et ensuite le long du bois des Ognons.
Pendant ce mouvement en avant de la division Montaudon, sa 1" brigade, au moment où elle va s'engager dans le bois des Ognons, reçoit l'ordre de rétrograder sur Gravelotte, point fortement menacé, et est immédiatement dirigée sur le champ de bataille, où elle se trouve aussitôt en ligne et sous le feu de l'ennemi, vers cinq heures du soir, sa droite vers Rézonville et sa gauche au bois des Ognons.
Nous raconterons plus loin la lutte héroïque que soutinrent les deux braves régiments (51' et 62* de ligne) de cette brigade.
La 2« brigade est restée* en avant de Gravelotte, à l'entrée du ravin d' Ars-sur-Moselle.
Vers trois heures, le 1" bataillon du 81* est lancé dans le bois des Ognons. Le 3* bataillon demeure hors du bois de la Jurée, en arrière de Rézonville. Le 2* bataillon rejoint le 3% et, la nuit étant survenue, on garde ces positions et on bivouaque. Les pertes du Si* de ligne sont, ce jour-là: deux officiers blessés, le commandant Grillet et le capitaine Guillemann ; trois hommes tués et sept blessés.
Le 95* de ligne a été également arrêté par de nouveaux ordres, au moment où il pénétrait dans les bois, et a été dirigé siir Gravelotte. Une pointe a môme été poussée sur Ars-sur-Moselle, mais l'arrivée de nouveaux corps ennemis fait rapidement revenir nos troupes sur leurs pas.
Le 95* est alors dirigé sur Rézonville, qui est l'objectif des efforts
LES DIVISIONS MONTAUDON, NAYRAL ET METMAN 210
de nos adversaires. En traversant un ravin, plusieurs obus arrivent dans la colonne ; un des projectiles éclate en plein centre d'une section de la 4* compagnie du 2* bataillon et met onze hommes hors do combat.
Placé en avant du village et derrière des murs, le régiment est exposé au feu d'une formidable artillerie, mais conserve ses positions sans essuyer de nouvelles pertes, l'ennemi n'ayant pu arriver jusqu'au 95*, au moment de ses derniers efforts.
En même temps que le 95* de hgne, les deux batteries de 4 (5« et G^ du 4* d'artillerie) ont été envoyées à Rézonville pour soutenir le 6» corps et ouvrent leur feu contre les formidables batteries ennemies de Vionville. La 5a batterie perd un officier et cinq hommes blessés, trois chevaux tués et quatre blessés; la 6* n'éprouve aucune perte.
Quant à la 8* batterie (mitrailleuses), elle est restée en batterie à rentrée du ravin d'Ars-sur -Moselle, ayant comme soutien la l*^' section de la 5« compagnie du 18* bataillon de chasseurs à pied, lequel bataillon reste en réserve sur ce point, où il bivouaque à la fin de la journée.
Vers une heure et demie du matin, les troupes de la division Montaudon se replient sur Gravelotte et se rallient derrière le bois des Ognons, puis au jour vont chercher leurs sacs à l'endroit où elles les ont déposés la veille, le long de la route d'Étain, contre la ferme de Bagneux.
— La 2» division (général Nayral), plus au sud que la 1" division, était réunie à Verneville entre les bois de la Cuve et des Génivaux.
Les troupes qui la composaient n'étaient arrivées au bivouac que le 16 août, à cinq heures du matin, vu l'extrême difficulté d'avancer sur une route encombrée d'artillerie et de bagages.
Vers neuf heures du matin, le canon se fait entendre à l'ouest. Aussitôt, tous les soldats, oubliant leurs fatigues, demandent à grands cris de marcher aux Prussiens ; mais ces braves gens, abandonnés longtemps à eux-mêmes, sont agités de la plus vive indignation.
Quand ils reçoivent l'ordre de marche, la bataille est engagée depuis plusieurs heures entre Mars-la-Tour et Gravelotte.
La division Nayral prend rapidement les armes, part de ses campements vers midi, après y avoir laissé tous ses sacs, et s'avance, à travers champs, en suivant les liauteurs, dans la direction du sudouest. Précédée par le 5* escadron du iO chasseurs à cheval déployé en fourrageurs, cette division, par une marche de flanc, débouche entre les bois de Doseuillons et de Bagneux, traverse la route d'Étain, se
dirige vers Saint-Marcel et se déploie en ordre de bataille, tout en continuant sa marche.
A deux heures, la division Nayral, après être passée entre les villages de Saint-Marcel et de Bruville, se place en troisième ligne au sud de ce premier village, faisant face à Vionville.
Elle a pris position à deux heures en avant du grand quartier général et de Tartillerie de réserve sur une hauteur assez élevée, et forme une ligne de bataille par bataillons en masse, à intervalles de trente pas, et quelques mètres au nord des villages de Rezonville et de Gravelotte. Cette division ne fut d'aucune utilité sur le champ de bataille, et son rôle se borna pendant l'après-midi à exécuter une série de marches et de contremarches entre les villages de Saint-Marcel et de Villers-au-Bois.
Vers trois heures, le combat devenant plus fort sur notre gauche (en avant de Rezonville), la division Nayral y marche dans la direction de Villers-aux-Bois.
A quatre heures, les Prussiens faisant un violent retour offensif sur notre aile droite, la division se porte de nouveau à cette aile, la 2* brigade en tète, le 69" à gauche, le 90" à droite. Les bataillons sont déployés en colonnes de division ; ils prennent position sur un plateau situé en face de la grande batterie prussienne de Vionville, qui leur envoie plusieurs obus.
Le 41* de ligne, colonel Saussier, se porte également en avant formé en ligne de bataillons en masse, ayant à sa droite le 12'' de ligne de la division Tixier (6* corps).
De son côté, le 69" de ligne quitte sa position de soutien, à cinq heures et demie du soir, et se porte en avant, déployé en colonnes de division, sur le bois de Vionville. Pendant un kilomètre, il effectue une marche sous les obus tirés par les batteries prussiennes de Vionville ; enfin, il s'arrête sur le bord de la Voie romaine et envoie dans ce bois les compagnies Drappier et Abeïehé, du 1" bataillon, afin de renforcer le 4* de ligne, qui appartient également à la division Tixier. En outre, quelques bons tireurs choisis dans toutes les compagnies sont placés en avant dans un bouquet de bois.
Le 69* de ligne reste dans cette position jusqu'à la nuit, constamment canonné par l'ennemi, mais ne perd que deux hommes tués et onze blessés.
Le 90 de ligne a lancé également quelques compagnies dans les bois de Vionville : ces compagnies prennent part à la fin de l'engagement sur ce point et ont douze hommes tués ou blessés.
LES DIVISIONS M'ONTAUDON, NAYRAL ET METMAN 221
Le 5* escadron du 10® chasseurs, qui précédemment éclaivait la division, a reçu Tordre, en arrivant sur le théâtre principal des opérations, de se tenir à deux cents mètres en arrière des lignes et de suivre leurs évolutions. L'escadron reste ainsi spectateur inactif de la lutte engagée en avant de lui et sur ses côtés.
L'artillerie divisionnaire, qui a été très éprouvée Tavant-veille (9% 11' et 12* batteries du 4* d'artillerie) prend une part très modeste à la bataille, appuyée par le 15* bataillon de chasseurs.
La batterie de mitrailleuses (9*) entre seulement en ligne vers deux heures, mais sans beaucoup de succès, contre les batteries ennemies. Notre batterie tire en moyenne soixante coups par pièce. L'infanterie ennemie ne se montre pas ; en revanche, deux escadrons de uhlans, qui s'apprêtaient à charger au débouché d'un bois, doivent s'enfuir en désordre, en laissant le terrain jonché de leurs morts et de leurs blessés.
La 12*» batterie (4 rayé) tire seulement une douzaine de coups par pièce : quant à la If batterie, bien qu'ayant pris position, elle n'a pas roccasion de faire feu une seule fois.
Le soir, ces trois batteries bivouaquaient sur le champ de bataille, près de Sajnt-Marcel.
Cependant, vers sept heures du soir, la division de cavalerie de Valabrègue (2* corps), s'étant formée sur deux lignes, en arrière de la gauche du 41% la grande batterie prussienne de Vionville redouble son feu, mais ce régiment ne souffre en aucune façon (un homme seulement est blessé), et oblige la cavalerie à se retirer.
A neuf heures du soir, le feu cesse complètement ; le combat est enfin terminé !
Lai" brigade bivouaque dans sa position de la soirée, face aux batteries ennemies établies à Vionville. Le 41* de ligne surtout, qui se trouve très près du bois de Vionville, place des petits postes et une ligne de sentinelles sur la lisière du bois et bivouaque sur le terrain où il se trouve.
A la fin de la journée, la 2« brigade se reporte un peu en arrière, afin de prendre un emplacement de repos et laisse pour se couvrir, le <iemi4)ataillon de droite du bataillon Collasse, établi en grand'garde <ievant la lisière du bois de Vionville, alors occupé par l'ennemi, et se '^elie avec le 41- à droite et le 69* à gauche.
Le 5' escadron du 10* chasseurs passe la nuit, la bride au bras, à quelques centaines de mètres en arrière de la droite de la division, soustrait à la vue de l'ennemi par la déclivité du terrain.
— La 3® division du 3* corps, commandée par le général Metman, qui avait déployé tant de bravoure à la bataille de Borny et qui eût été si heureuse d'entrer en ligne, car elle tressaillait au bruit du canon, fut, elle aussi, entièrement immobilisée.
Le 16 août, la division, qui était campée depuis la veille sur le plateau de Plappeville, voit passer contre elle, de très bonne heure, la division Aymard, du même corps d'armée, et reçoit Tordre de se tenir prête au premier signal.
Cependant les heures se passent, la division reste toujours immobile. Tout à coup, vers neuf heures et demie du matin, on entend du côté de Rézonville des coups d'artillerie de campagne ; le fort Saint- Quentin tire avec ses grosses pièces dans la direction de Gravelolto Les troupes, remplies d'ardeur, demandent à marcher h rennemi. De nombreux officiers et soldats se pressent autour du général Metman, qui interroge avec ses jumelles la partie sud-ouest de l'horizon, où s'élèvent de nombreux flocons blanchâtres.
« A l'ennemi I A l'ennemi ! » crient tous ces braves gens.
Sans doute, le général Metman a bien reçu l'ordre de se porter entre Verneville et Arnoux-la Grange (ce qui ne modifierait guère sa situation), mais cet ordre est inexécutable, car la seule route à suivre, celle qui passe par Châtel-Saînt-Germain, est encombrée de bagages et, comme cette voie est profondément encaissée, la 3" division semble condamnée à l'inaction. Telle n'est pas, cependant, la pensée de son commandant, le brave général Metman, qui décide de prendre le chemin difficile traversant le Ban-Saint-Martin, Moulinsrlès-Metz et l'ancienne Voie romaine. Par ces chemins ardus, il peut, en deux heures, arriver sur les hauteurs de Châtel-Saint-Germain, ou se jeter, avec ses dix-huit pièces d'artillerie, dans la direction d'Ars-sur-Moselle, qui sert de passage aux Prussiens.
Mais, comme si tout devait nous être fatal dans cette funeste guerre, il reçoit, au moment où il va se mettre en marche, l'ordre du commandant du 3* corps d'armée de suivre l'itinéraire que lui tracera un officier d'état-major qui lui est envoyé.
Vers une heure de l'après-midi, au moment où le bruit de la bataille redouble de violence du côté de Rézonville et de Vionville, la division Metman, précédée du 6* escadron du 10' chasseurs, se met en mouvement et descend au Ban-Saint-Martin, la 1" brigade en avant, la gauche en tête, une section d'artillerie ouvrant la marche. Cette division fait alors un à-gauche, contourne Plappeville, traverse Lorry, le bois de Lorry et s'arrête à deux heures à la ferme Saint-Vincent, d'où Ton
LES DIVISIONS MONTAUDON, NAYRAL ET METMAN 223
aperçoit les lignes de feux et de fumée des troupes engagées entre Rézonville et Vionville.
A.près une halte d une demi-heure, la division reprend son mouvement en avant, descend à travers des ravins et des fourrés presque inextricables la rampe du bois de Chàtel, franchit vers cinq heures du soir la ligne ferrée en construction de Verdun à Metz, ainsi que la route deBriey, marche au pas gymnastique jusqu'à Châtel-Saint-Germain, quelle traverse, et remonte l'ancienne Voie romaine, qui passe à Moscou et à la ferme Saint-Hubert.
Arrivée à ce dernier endroit, la division Metman prend la route de Gravelotte et la suit jusqu'à ce village.
Malheureusement, ce long détour a retardé l'arrivée de cette division, dont lavant-garde ne débouche dans Gravelotte qu'à la nuit close, au moment où se tirent les derniers coups de fusil. Il est dix heures du soir, Taction est terminée ! Pendant la marche, les troupes du général Metman ont appris la nouvelle d'un succès de l'armée française, et pas un homme n'est resté en arrière, malgré cette longue étape de neuf heures, des plus pénibles et excessivement précipitée, dans des chemins impossibles.
A peine arrivée, cette division est placée en avant de Gravelotte sur la route de Rézonville et reçoit Tordre, en cas d'attaque, de défendre cette importante position.
Le7' bataillon de chasseurs, après quelques heures passées à Gravelotte, où règne un grand désordre, rallie en dehors de ce village une partie de sa division et campe près du bois d'Ars.
Le 7* de ligne bivouaque d'abord sur les bas-côtés de la route, qui traverse Gravelotte, puis dans un champ en avant et à droite du village, ayant en avant de lui quelques artilleurs et à sa droite les débris du régiment des cuirassiers de la garde.
Le 29* de ligne passe la nuit dans les rues de Gravelotte. Le 59- et le ?!• (brigade Arnaudeau) campent à la Malmaison. Les trois batteries divisionnaires du général Metman (5% 6* et 7* du 11* lartillerie) sont restées en arrière avec la division et parquent à proximité de la ferme Mogador.
Quant au 6* escadron du 10* chasseurs, il est allé bivouaquer sur la route d'Élain. à un kilomètre en avant de la ferme de la Malmaison.
— On est en droit de se demander ce qui fût arrivé le 16 août si, au lieu d'immobiliser tout le 3* corps d'armée, le commandant en chef eût fait entrer celui-ci en ligne, et il le pouvait !
Si, dans cette journée du 16 août, l'infanterie du 3* corps fut peu ou
22i FRANÇAIS ET ALLEMANDS
pas engagée, à l'exception toutefois de la 1" brigade de la division Montaudon, la réserve d'artillerie de ce corps d*armée entra, au contraire, vigoureusement en action et fut d'un grand secours pour les troupes engagées.
Vers neuf heures et demie du matin, les 7** et lO* batteries du 4* d'artillerie (12 rayé), qui appartenaient à la réserve du 3* corps, étaient parquées entre Villers-aux-Bois et Saint-Marcel, quand, tout à coup, la fusillade se fait entendre en avant et une action générale ne tarde pas à s'engager.
Les batteries de réserve sont d'abord établies en bataille face à Saint-Marcel, à dix-huit cents mètres environ de ce village. Vers midi, un aide de camp du maréchal Le Bœuf vient réclamer les deux batteries de 12 du 4* d'artillerie, pour soutenir d'autres batteries fortement engagées à la gauche des bois de Villers, ainsi que le 6" corps, qui est vigoureusement attaqué. Les deux batteries sont ausistôt formées en colonne par sections et se rendent au trot vers l'endroit indiqué, la 10» batterie en tète, et sous la conduite du général de Berckeim, du colonel de Lajaille et du lieutenant-colonel Delatte.
Après avoir traversé le bois, les deux batteries vont s'établir sur la lisière, au sud de Villers, près de la Voie romaine, à dix-neuf cents mètres environ de Vionville, contre des batteries prussiennes placées en avant de ce village et qui ne tardent pas à leur répondre.
Le capitaine commandant la 10* batterie ayant rencontré l'ancienne Voie romaine, sise en contre bas des terrains environnants et protégée par une sorte d'épaulement naturel, établit ses pièces en batterie sur cette voie derrière l'épaulement, et laisse en arrière les caissons défiler par le bois, ainsi que la moitié des avant-trains.
Abritée par cet épaulement naturel de la Voie romaine, la 10« batterie peut soutenir le feu de l'ennemi toute la journée, sans éprouver de trop grandes pertes. L'approvisionnement de combat de cette batterie est consommé presque en entier. Ses pertes s'élèvent à un homme tué et cinq blessés. Trois chevaux sont tués.
La 7* batterie, placée, au contraire, sur un terrain complètement à découvert, souffre plus que sa voisine. Elle cesse son feu vers quatre heures du soir, cède à la lO batterie les obus qui lui restent et va se réapprovisionner au parc du 2' corps.
Elle revient ensuite à son premier emplacement, mais ne $'y arrête pas; l'ennemi battant franchement en retraite vers le sud, elle se porte beaucoup plus en avant et fait feu de nouveau, mais à une assez grande distance et sans éprouver aucune perte.
RéconrUU (16 aoftt 1870). — L« 93* d« ligiM ch&rg« par le 16* ahUns.
Dans sa première position, la batterie avait à sa droite la 10* batterie du i\ comme on le sait, et à sa gauche une batterie de mitrailleuses du 11* d'artillerie: cette dernière toutefois n*était pas à cet endroit dès le début. Dans sa deuxième position, la T batterie était restée isolée. Elle avait perdu dans cette journée : deux chefs de section, un chef de pièce tué, un chef de pièce grièvement atteint et cinq hommes blessés. Une dizaine de chevaux avaient été tués ou grièvement blessés.
Le soir, les deux batteries revinrent prendre leur campement de 1^ veille.
— Vers dix heures du matin, deux autres batteries de la réserve du 3* corps, les !'• et 2* du 17' d*artillerie, capitaines de Maillier et
*** Q^RtfiBR Prbkbs, bditburs. 29
Gebhart, sont allés, dès les premiers coups de canon, se mettre en position sur le plateau qui domine à droite le village de Saint-Marcel, faisant face à la plaine qui s'étend au delà de ce village, du côté de Mars-la-Tour.
De cet endroit, ces deux batteries peuvent observer, pendant la plus grande partie de la journée, les différentes phases de la bataille qui se livre à notre aile droite.
Vers six heures du soir, un vide se produisant dans la ligne de bataille, les deux batteries sont appelées à prendre part à racUon et viennent occuper ce vide avec d'autres batteries. Elles prennent position entre Saint-Marcel et le pied des pentes boisées de Vionville, à peu près parallèlement à la Voie romaine et à deux mille cinq cents mètres de fortes batteries prussiennes, qui, postées sur la route, un peu à l'ouest de Vionville, font un feu incessant sur les lignes françaises.
€es batteries ennemies, qui se sont couvertes par quelques travaux, n'ont pas cessé de tirer depuis le commencement de la journée et balayent de leurs projectiles la trouée des bois de Villers et le terrain plat qui s'étend de la lisière de ces bois à Saint-Marcel.
Le feu de nos batteries a surtout pour but d'en imposer à l'ennemi, car, vu la distance qui nous sépare de la crctc de Vionville (les hausses de nos pièces sont fixées à deux mille huit cents mètres) et l'infériorité de notre position, notre artillerie ne peut pas faire grand mal aux Allemands.
Pendant les premiers moments, le tir des batteries ennemies est trop long, mais il est promptement rectifié. Bientôt leurs projectiles tombent et éclatent en grand nombre au milieu de nos batteries; mais, vu l'altitude des canons prussiens, ces obus s'enfoncent profondément en terre et leurs éclats produisent peu d'effets.
En outre, les artilleurs des !'• et £• batteries du !?• ont eu soin de ménager de grands intervalles entre les pièces, afin de couvrir de feu toute rétendue de la trouée existant entre les bois; les caissons se trouvent à peu près abrités des vues de l'ennemi, dans un pli de terrain voisin de Saint-Marcel.
D'ailleurs, devant la précision du tir de l'ennemi, nos vaillants canonniers se sont portés « à bras en avant » d'une vingtaine de mètres pour rendre les coups de l'ennemi encore trop longs. Il leur faut ainsi changer de place plusieurs fois, soit en avant, soit en arrière, et, grâce à leurs larges intervalles (trente mètres) et à ces dispositions exécutées avec calme et sang-froid, ils ont la satisfaction de pouvoir soutenir le feu jusqu'à la nuit tombante
LES DIVISIONS MONTAUDON, NAYRAL ET METMAN 227
Ces deux batteries tirent en moyenne cent cinquante coups, et n'ont pas un seul blessé.
Quand la nuit est tout à fait tombée, elles cessent leur tir et se retirent sans bruit pour rejoindre leur bivouac du matin. Le soir même, elles se réapprovisionnent au parc, en vue d'jine marche en avant pour le lendemain matin.
— Vers neuf heures du matin, les deux autres batteries du 17" d'artillerie attachées à la réserve du 3* corps (3« et 4% capitaines Limbourg et Loire) ont reçu Tordre, au bruit du canon, de monter à clieval. Elles traversent aussitôt au grand trot le village de Saint-Marcel en prenant position sur la route du village un peu en arrière du chemin qui conduit à Ville-sur-Yron. Cette position a été choisie pour battre un petit vallon qui se trouve à droite.
Le feu de ces batteries est dirigé contre des batteries prussiennes entre Vionville et Rézonville, dans une position qui commande la nôtre, ce qui rend notre tir très inférieur.
Vers midi, l'infanterie ennemie, qui occupe les bois de Vionville, ayant déployé ses tirailleurs sur la lisière de ces bois, la 3» batterie du 17* tire sur eux avec deux obus à balles. Pendant ce temps, la 4« batterie exécute un changement de front, l'aile gauche en avant, pour croiser son feu avec celui de la 3*, contre des masses d'infanterie, qui débouchent du bois, et sur une colonne de cavalerie qui descend le vallon sous la protection des batteries établies sur la route de Mars-la- Tour, Vionville et Rézonville.
L'ennemi ayant renoncé, grâce à Tefflcacité du tir, à se porter en avant, et s'étant retiré, notre feu se ralentit également; mais presque aussitôt les batteries prussiennes recommencent à nous canonner avec une extrême vivacité. Elles sont environ à deux mille huit cents mètres de la ligne des batteries de la réserve du 3* corps.
De notre côté, l'intensité du feu redouble au même moment. La *• batterie du 17" se met en mouvement, sur un ordre du général Berckeim, apporté par le colonel Lanty, pour aller appuyer l'attaque de plusieurs régiments du 3' corps contre l'infanterie ennemie postée dans les bois de Vionville.
La 3* batterie du 17* continue à répondre avec vigueur à l'artillerie allemande, sous la direction du commandant Bodet.
Vers six heures du soir, la 3* batterie, rejointe par la 4«, va reprendre une position peu éloignée du campement occupé le matin et que les batteries rejoignent vers six heures du soir.
La 3' batterie avait tiré cent cinquante et un coups de canon, dont
vingt-trois obus à balles. Dans la journée, elle avait eu un homme tué et sept blessés; deux chevaux tués et huit blessés.
La 4* batterie avait tiré cent cinquante-neuf coups de canon. Ses pertes s'élevaient à trois hommes blessés, un cheval tué, un disparu et six blessés.
Pour ces deux batteries, de même que pour les !'• et 2» batteries du même régiment, on avait eu la précaution de prendre de grands intervalles entre les pièces ; Tintervalle minimum avait été d'environ vingt à vingt-cinq mètres. Les caissons étaient défilés en arrière de la batterie et à environ cent mètres. Sans cette précaution, les pertes eussent été certainement plus considérables. De plus, on remarqua que beaucoup de projectiles ennemis, qui tous étaient armés de fusées percutantes, n'éclataient pas.
On doit attribuer ce résultat au peu de résistance du terrain, qui était détrempé par suite des grandes pluies des jours précédents. Les projectiles s'enfonçaient dans le sol et le choc n'était point assez violent pour faire percuter les fusées. D'autres projectiles éclataient, mais faisaient fougasse et leurs éclats étaient peu dangereux.
Citons aussi la brillante conduite dans cette journée de deux autres batteries de la réserve du 3* corps, les 11* et 12* du !!• d'artillerie, dont le personnel, officiers, servants, conducteurs, rivalisa de courage et de sang-froid avec celui des batteries des 4" et !?• régiments.