‹ Français & Allemands (volume 2)Chapitre 32 sur 59 · APPEL AU DÉVOUEMENT DES HABITANTS DE METZ · texte numérisé non relu

APPEL AU DÉVOUEMENT DES HABITANTS DE METZ

« La bataille de Rézonville a été glorieuse pour nos armes ; Tennemi a été "vigoureusement repoussé.

ce Mais le nombre des blessés est très considérable ; nos casernes en sont remplies , il devient presque impossible de donner, à ces braves soldats, tous les soins qu*ils méritent.

a Dans cette circonstance, le commandant supérieur de Metz vient, avec une entière confiance, faire appel au patriotisme des habitants. Il n'est pas dans la ville un seul citoyen qui ne regarde comme un devoir sacré de recevoir dans son domicile un certain nombre de blessés.

a Les convois arrivent par la porte de France ; présentez- vous au Fort- Moselle, et recueillez chez vous les héros blessés de la bataille de Rézonville.

tt Le commandant supérieur de la place de Metz,

a COFPINIÉRES. »

« Met*, le 17 aoàt 1870. »

Bientôt arrive le navrant cortège.

Les blessés sont tellement nombreux que Ton a dû se servir, pour les rapporter, de toute espèce de moyen de transport. Outre les cacolets, où les uns sont assis, soutenus par une sangle, et les litières, où les plus malades sont étendus, ce sont des fourgons dont le couvercle a été rabattu, des charrettes bourrées de paille fraîche déjà rougie de sang, des voitures de louage et jusqu'à des voitures de maître.

Ceux dont la blessure est légère sourient à la foule accumulée pour les voir sur les trottoirs étroits de la rue : quelques-uns agitent leur képi, en essayant un cri de : « Vive la France I » qu'interrompt une grimace de douleur.

D'autres, pâles, couverts de boue, emmaillotés de linges sanglants,

répriment à grand'peine un cri de douleur, à chaque pas du paisible mulet qui les porte.

Il y en a enfin qui sont complètement étendus, les yeux fermés • blêmis par la perte de sang : on ne sait s'ils vivent encore. Spectacle affreux : un pauvre enfant qui n'a pas vingt ans et dont le corps mutilé ne présente plus que le tronc et la tête ; un paquet informe est à la place de ses jambes amputées et sert, sans doute, à arrêter une mortelle hémorragie.

La foule acclame ces héros de la veille, se précipite sur la chaussée pour leur donner à boire, du tabac, de l'argent, bref tous les petits présents que peut suggérer une ingénieuse charité. Le général Cofflnières n'a pas fait appel à des sourds.

On voit les braves Messins se disputer les soldats à qui des blessures légères ont permis de revenir à pied, et les emmener d'un air de triomphe.

Les femmes de toutes les conditions se transforment en sœurs de charité. La grande dame et la simple ouvrière luttent de courage et d'abnégation. Les soins les plus pénibles, les plus rebutants môme, ne lassent point leur pitié. Leur généreuse constance montre par des signes manifestes qu'elles sont bien du pays de Jeanne d'Arc « la J)onne Lorraine ».

Plus de deux mille blessés furent recueillis chez les habitants ; pour les soigner, les familles pauvres s'imposaient des privations. A Tincapable maréchal qui faisait tuer inutilement les soldats, les femmes de Metz donnaient des leçons d'humanité, de dévouement, d'honneur et de patriotisme.

Pertes françaises et allemanclcs. — Trente-quatre raille victimes. — Généraux français tués et blessés. — Pertes détaillées de la garde impériale. — Pertes des 2», 6« et 4« corp-^. — Pertes de la division Montaudon. — Corps décimés. — Lf 93» de ligne. — Pertes allemandes. — Pertes de la cavalerie allemande. — Chiffre des troup-s engagées dans la lutte. — Blessures occasionnées par l'artillerie et la mousqueterie. — Les corps français engagés un à un. — L'armée française garde ses positions. — Les troupes prussiennes refoulées dans

les bas-fonds de Gorze. — Deux dépêches de Bazaine. — L'armée allemande est vaincue tactiguement et stratégiquement. — Les routes de Verdun restent ouvertes aux Français. — Le soir de Rézonville. — Situation critique des Allemands.

— Bazaine ne voit rien. — Incapacité et mauvaise foi. — Péripéties de la bataille.

— Bazaine ne pense qu'à maintenir sa ligne de retraite sur Metz. — Deux partis à prendre : continuer aussitôt la route sur Verdun, ou livrer bataille le 17. — Marche de nuit impossible. — Succès certain le 16 et probable le 17, en vue d'un nouvel engagement. -- Prussiens inquiets. — Le général de la Jaille et le colonel von Burg. — Bazaine le soir de Rézonville. — On attend des ordres. — Le conseil de guerre à la maison de poste de Rézonville. — Décision prise le lendemain de continuer la bataille. — Apparition de Bazaine. — « J*ai fait le sous-lieutenant, aujourd'hui! » —En rc^traite. — Manque de vivres et de munitions. — Fausseté de ces deux allega ions — Courage et abnégation des so'dats français. — Inaction des iroupes allemand^.^ le 17 août. — Le prince Frédéric- Charles et le colonel français. — Aveux des Allemands. — OrJre de retraite envoyé par Bazaine. — Les nouvelles positions à occuper. — Etonnement douloureux de nos troupes. — Abandon aux Allemands des routes d'Ktain et de Briey. — Embarras et duplicité de Bazaine. — Son rapport à Napoléon III.

— Bazaine ne veut pas profiter de la victoire. ~ Après un triomphe, un maréchal de France recule/

La bataille de Rézonville avait duré près de douze heures. Les pertes des deux côtés étaient effroyables.

Dix-sept mille Prussiens, morts ou blessés, trempaient la terre de leur sang; un nombre à peu près égal de Français dormaient déjà du sommeil éternel, se débattaient dans les affres de Tagonie ou gisaient mutilés sur le sol. Le sang coulait lentement vers les bas-fonds.

Trente-quatre mille victimes dans un seul jour! C'est la population entière d'une grande ville.

Comme on le voit, les pertes sont égales de part et d'autre ; mais Bazaine, qui a taciiquement vaincu malgré lui, s'apprête déjà à prendre ses dispositions pour évacuer un champ de bataille dont il est resté le maître.

— Les pertes des Français étaient les suivantes :

OFFICIERS aéHBRAUX O^'ICIEM TROUPB TOTAL

Tués 3 14i 1.215 1.3G2

Blessés 2 595 9.523 10.120

Disparus 1 92 5.379 5.472

Les cinq mille quatre cent soixante-douze disparus étaient pour la plupart des blessés laissés dans les ambulances de Rézonville et de Gravelotte, qui furent occupées par les Allemands dans la matinée du 17 août.

Le général de division Legrand, les généraux de brigade Brayer et Marguenat avaient été tués; le général de division Bataille et le

général de brigade Letellier-Valazé étaient blessés; le général de bri gade de Montaigu était également blessé et avait disparu. Enfin sept colonels étaient atteints.

— Dans cette mémorable journée du 16 août 1870, les troupes de la garde impériale avaient fait preuve d'une bravoure et d'une solidité inébranlables sous la main de leurs chefs, dont Tintelligence et le sang- froid s'étaient montrés à la hauteur de toutes les difficultés. Voici leurs pertes :

Page 1