OFFICIERS TROUPES
BLBSt&S, DISPA-RUt T0B8, BLUSBt, DlftPAROI
III* corps et 6* division de cavalerie.
X» corps et 5» division de cavalerie.
VII* et IX» corps, et dragons de la
garde
Total général 16.447
Sur dix-neuf régiments de cavalerie allemande présents sur .le champ de bataille, avec un eflfectif de dix mille sept cent quatre-vingts
Soldat d'infanterie (tenue de campagne;.
chevaux, le total des pertes de la journée s'élevait à quatre-vingt-seize officiers, quatorze cant vingt-cinq hommes, dix-huit-cent trente sept chevaux, ce qui donne, comme proportion, un homme hors de combat sur sept ; un cheval sur six.
Plusieurs régiments d'infanterie allemande, les 40% 32», 57* et 24% étaient plus que décimés. Le 16* régiment (hessois) était complètement anéanti et avait perdu le drapeau de son 2' bataillon, enlevé par le souslieutenant Chabal, du 57* de ligne (division de Cissey).
Le 24* régiment, fut, après cette bataille, envoyé en Poméranie pour s'y reformer : plus tard, il revint à l'armée de l'Est et, à la bataille de Villersexel, fut de nouveau à peu près détruit.
*♦* G ARMER FrBRBS, KDITBUR9. 59
— On voit, comme nous l'avons déjà dit, quo de part et d'autre les pertes furent énormes et à peu près égales.
Mais chez les Prussiens, morts et blessés tombèrent surtout sous Taction de notre feu d'infanterie, tandis que la plupart de nos soldats atteints succombèrent sous les obus de Tartillerie ennemie, en raison d'une tactique vicieuse, qui maintenait les lignes sous le feu des batteries prussiennes, et aussi en raison de l'obstination de Bazaine à faire décimer notre infanterie sur place, en Tempèchant de donner de l'avant.
L'artillerie allemande écrasait nos bataillons, maladroitement offerts comme cible à ses coups Aussi il ne faut pas conclure à une supériorité de courage du côté des Allemands.
— Dans cette bataille, Bazaine avait donc fait combattre l'armée française contre tout son génie et contre toutes ses traditions, en lui imposant une défensive passive, la pire de toutes les combinaisons, tandis que l'armée prussienne voulut toujours, et quand même, prendre l'offensive.
— Le chiffre des troupes qui, des deux côtés, prirent part à la lutte a été discuté : les Allemands, exagérant nos effectifs et diminuant volontiers les leurs, ont avancé que nous étions deux contre un; il n'est donc pas inutile de citer des chiffres positifs.
Les Français avaient en ligne de cent dix à cent quinze mille hommes : le 2* corps (moins la division de Laveaucoupet) ; le 6« corps, dont une division, la division Bisson, n'avait, on le sait, qu'un régiment; deux divisions du 3* corps (la division Metman non arrivée, la division Aymard et la 2« brigade de la division Mautaudon non engagées; le 4* corps (moins la division de Lorencez), et la garde.
Les Allemands disposaient de deux corps d'armée entiers, c'est-àdire deux fois trente-sept mille hommes au minimum (chiffre officiel).
Ce qui fait, avec les deux divisions de cavalerie détachées de la II* armée, plus de quatre-vingt mille hommes.
En outre, la !'• brigade de la 25* division (IX* corps), une brigade du VHP corps, un régiment de la 18* division, une brigade hessoise, la brigade de Brandebourg des dragons de la garde, une batterie du VI* corps, une batterie de la garde.
Soit une masse de cent mille homme environ contre cent quinze mille au plus.
La supériorité numérique des Français n'était donc pas bien considérable; mais il faut surtout remarquer que, tandis que les Allemands avaient constamment maintenu au feu, jusqu'à la dernière minute, tous
leurs bataillons, nous n'avions engagé les nôtres que successivement.
Bazaine tenait nos forces hors portée d'atteindre l'ennemi, et quand ces forces étaient enfin en présence de nos adversaires, le maréchal les immobilisait.
Il était donc relativement facile aux troupes allemandes et aux renforts qui leur survenaient sans cesse de se maintenir contre nous.
— Au début, le 2» corps (Frossard) combattit seul ; il fut ensuite presque entièrement retiré de la lutte : le 3° corps agit peu ; le 4* s'arrêta après rengagement de cavalerie du plateau d'Yron.
En résumé, et c'est là l'opinion des historiens impartiaux, comme Lecomte, les efTectifs agissants furent sensiblement égaux. On ne saurait nier que, le 16 août 1870, l'armée française ne reçut qu'un seul ordre: « se maintenir sur ses positions. » Cet ordre, elle l'exécuta sans difficulté, et elle aurait obtenu des résultats plus décisifs, si on les lui avait demandés.
Ceci posé, est-il juste de vanter outre mesure, comme tous les historiens d'outre-Rhin, la valeur de l'infanterie allemande? En réalité, cette infanterie tenait parce que Bazaine refusait de la culbuter. Qu'on se rappelle ce qu'il advint de la brigade d'infanterie hessoise, qui fut écrasée et anéantie dans le ravin de Greyôre par cette admirable charge de notre infanterie, dont l'initiative est due au général de Ladmirault.
— Cette lutte de douze heures fut un succès incontestable pour notre armée.
« Comme le disait, dans le temps, un général russe, Mentschîkoff, la victoire appartient à celui qui doit enterrer les morts, et celui-là doit enterrer les morts, qui reste à côté deux, sur le champ de bataille. C'était notre lot, nous étions maîtres du champ de bataille ; par conséquent, nous étions victorieux ^ »
Nous étions victorieux en efifet. Malgré le décousu de l'action, malgré l'absence de toute direction de la part du commandant en chef, nos troupes avaient repoussé toute les tentatives de l'ennemi : sur la droite, sur ia gauche, comme au centre, notre armée gardait ses positions ; elle couchait sur son champ de bataille; elle était restée maltresse de Rézon ville, la clef de sa position, malgré les assauts furieux que Frédéric-Charles avait répétés jusqu'à six et sept fois sur ce point d'une importance capitale ; elle avait môme étendu sa hgne, vers le but qu'elle voulait atteindre, puisque sa droite, à la nuit, occupait Bruville et la
1. Dépoiition da maréchal Canrobert aa procèi Baxaine (1873).
468 FRANÇVIS ET ALLEMANDS
ferme de Greyère, et que la route de Verdun par Conflans et Doncourt, comme aussi celle de Briey, lui restaient complètement ouvertes.
Les Prussiens, au contraire, n'avaient pu conquérir le plateau de Gravelotte: toutes leurs attaques avaient échoué et l'armée allemande, repoussée de front par les 2» et 6* corps et par la garde, avait été prise en flanc par les 3* et 4* corps, qui s'étaient rabattus et établis en potence sur la droite de notre 6* corps. Cette armée n'avait rien gagné comme position, et n'avait même pu se maintenir qu'à Mars-la-Tour et à Vîonville (ce dernier village avait été évacué par nos troupes à midi).
Les troupes de Frédéric-Charles avaient donc été contraintes de descendre des bords du plateau de Gravelotte vers les contre-pentes boisées, traversées par les vallées des ruisseaux de Gorze et de la Mance, qui se déversent sur la rive gauche de la Moselle. L'armée prussienne passa la nuit dans les bas-fonds.
Les dépêches suivantes du maréchal Bazaine mettent le fait hors de doute et ne sont pas contredites par les Allemands :
Quartier générftl, 16 aoftt.
« Nous avons partout maintenu nos positions et infligé à Tennemi des pertes considérables. — A huit heures du soir, l'ennemi a été refoulé sur toute la ligne. »
17 août, 4 heures du soir.
« Hier, pendant toute la journée, j'ai livré bataille à Tarmée prussienne entre Doncourt et Vionville. L'ennemi a été repoussé et noiM avons passé la nuit sur les positions conquises. »
Cette dernière assertion est une impudente imposture ; on va voir comment le maréchal commençait à abandonner, dès la nuit précédente, ces excellentes positions.
En somme, toute armée qui se propose un but et ne l'atteint pas se trouve vaincue.
Tactiquement l'armée ennemie était repoussée partout.
Tactiquement, elle était, même à la dernière heure, dans une position précaire ; elle coucha sur son terrain, mais elle attaquait, et, pour être victorieuse, c'est sur le nôtre qu'elle aurait dû pouvoir établir ses bivouacs.
Stratégiquement, elle fut vaincue.
En efTet, son but pour couper la raute de Verdun, n'était pas atteint. Les roules par Étain et Briey étaient restées ouvertes.
Donc, nous étions victorieux. Si Bazaine, trahissant toujours, donna Tordre, comme nous allons le voir, de se replier le 17 août sur Metz, il ne faut en conclure rien autre que cette triste vérité : c'est que le maréchal ne voulait pas profiter de sa victoire.
— Dans toute la guerre de 1870» il n'y a peut-être pas eu d'heures plus graves que celles de la soirée qui suivit cette terrible journée de Rézonville.
Pour la première fois, depuis l'ouverture des hostilités, les forces se sont trouvées égalisées, et l'incontestable discipline* des Allemands, !a supériorité écrasante de leur artillerie, la confiance que leur donnaient les succès précédents, n'ont pu venir à bout de la valeur française.
Après douze heures d'une lutte sans trêve, ils sentent la victoire leur échapper; une division entière de leur infanterie a perdu un tiers de son effectif; d'autres régiments, comme le 16* le 37' allemands, le' détachement Lehmann, les cuirassiers de Magdebourg, les uhlans d'Altmark, semblent s'être'fondus dans la mêlée... L'accablement est sur tous les visages... Une charge désespérée de dragons de la garde royale a été foudroyée par l'infanterie française,.. Vers huit heures du soir, dans l'obscurité, les houzards de Ziethen tentent un effort suprême et vont se briser sur le village de Rézonville...
Les succès de notre droite et les avantages obtenus à notre gauche devaient décider le maréchal Bazaine à prendre rapidement roffensive, mais ce maréchal, qui était absolument incapable de faire manœuvrer une centaine de mille hommes, ne vit pas le parti immense qu'il pouvait tirer de la journée; il ne comprit pas qu'il n'avait qu'un signe à faire pour pousser les 4* et 6* corps en avant, sur notre droite, au delà de Mars-la-Tour, les appuyer avec le 3% qui était entré successivement en ligne, et se rendre ainsi maître de la seule route dé Verdun qui fût occupée par l'ennemi. Les cent mille Allemands qui se trouvaient devant nous étaient écrasés, culbutés dans les bas-fonds et jetés dans la Moselle.
— Une disposition défavorable de la ligne de bataille avait contribué à rendre meurtrière, pour nos troupes, la première phase du combat.
Notre ligne, dans la matinée, était presque pe?^pendiculaz7'e à la
1. C'est one légeode qna la discipline des Âllomands. Elle est incontestable^ mais elle est loin d'dtre usRVBiLLsnsB paroe que : 1* elle ne vaudrait rien pour une autre nation et que 2* elle ne resi siérait pas a de premiers revers (••pinion du vieux générât prussien Sieiimieiz).
1i a'exiâie pai au monde u'anneé plu4 disciplince que /a niée française, parce que sa discipline est aoa impntée bru aleinent mais acceptée et consentie : elle estnou paosive mais active. Dans notre armée avec des chefs l'a X^ siur le modèle de nos admirables otfîciers et sousofUciers de l'armée de Mets, tes iroïpes seront toi^ours disciplinées.
route de Verdun. Le commandant en chef, ne s'attendant pas encore à être attaqué par des forces considérables, avait laissé les 2* et 6« corps dans l'ordre où ils avaient marché et campé, ce qui n'était pas avantageux, dans l'hypothèse d'une attaque venant de la gauche.
La ligne de bataille aurait pu être, dès le début, ce qu'elle devint par la force môme des choses, vers trois heures de Taprès-midi, c'està-dire à peu près parallèle à la route.
Il aurait suffi, pour qu'il en fût ainsi, qu'on eût laissé le 2* corps continuer sa marche jusqu'à Mars-la-Tour, le 15 au matin, le 6" corps restant seul à Rézonville, Le 2* corps aurait alors formé la droite de la ligne, au lieu d'en tenir la gauche; les 3* et 4" corps d'armée, qui, retardés dans leur marche, avaient dû opérer un grand mouvement de conversion pour arriver à cette droite, auraient eu beaucoup moins de chemin à parcourir pour entrer efficacement en action, puisque leur conversion aurait pu être faite entre Rézonville et Saint-Marcel.
Les phases de la bataille eussent été tout autres, et les résultats bien plus marqués en notre faveur.
— Tandis que notre droite écrasait la gauche ennemie, Bazaine était toujours inquiet pour ses derrières et songeait à assurer sa ligne de retraite, alors qu'il n'eût dû s'occuper que d'achever son mouvement en avant.
Les charges de la cavalerie de Forton et de Valabrègue avaient dégagé entièrement le centre du champ de bataille. Après un brillant engagement, le maréchal Lebœuf s'était relié à la division Tixier, du 6* corps, à gauche et à la division Grenier, du 4* corps, à droite
Les grenadiers, les voltigeurs, les chasseurs à pied de la garde et la brigade Lapasset commandaient les ravins profonds de la Mance et de Gorze; nos batteries de mitrailleuses enfilaient le bois desOgnons et tous les ravins qui s'y rattachent.
Le corps de Canrobert avait dégagé les abords de Rézonville avec le concours de l'infanterie de la garde et n'avait plus rien devant lui.
La victoire était dans nos mains.
C'est dans ce moment suprême qu'il eût fallu de l'initiative. Les Prussiens avaient livré une bataille hasardée, après laquelle ils pouvaient être anéantis; mais, loin de combiner l'emploi actif et vigoureux de toutes les forces dont il disposait, notre commandant en chef laissa son armée dans l'expectative, au lieu d'achever sa victoire.
Pendant ces douze heures d'action, Bazaine n'eut qu'une seule préoccupation : « maintenir sa ligne de retraite sur Metz, s'opposera un mouvement hypothétique des Allemands sur notre gauche. » A
cette pensée il sacrifia tout; il appela une division du 3* corps et fit venir le corps Frossard tout entier, après sa retraite opérée à Rézonville; enfin il garda, une partie de la journée, les voltigeurs de la ,::arde, et réunit même autour de Gravelotte, pour appuyer sa gauche, ([ui était solidement appuyée à des talus inabordables, dix régiments (le cavalerie, qui ne furent pas engagés, dont trois de la magnifique cavalerie de la garde impériale (carabiniers, chasseurs à cheval et guides;.
Quant à l'aile droite, le commandant en chef ne s'en occupa même pas : il n'envoya pas un seul aide de camp de ce côté pour se rensei- ;:ner ; il ne donna pas un ordre ; et ce n'est, qu'après sa déposition même, que le soir, par hasard, qu'il fut informé des succès et même (le l'arrivée du général de Ladmirault.
Et, cependant, c'était là le point capital ; la gauche c'était Metz, c'est-à-dire la place que l'on quittait, mais la droite c'était Verdun, la direction que nous devions gagner à tout prix.
Bazaine, en agissant ainsi, avait sans doute espéré que le commandant de notre 4* corps serait brusquement repoussé par des forces supérieures, que l'ennemi s'établirait sur la route de Verdun par Conflans et lui fournirait un prétexte pour se retirer vers Metz.
Cependant, les Prussiens n'avaient pas à leur gauche des forces menaçantes, comme il le présumait, et la bravoure des divisions Grenier et de Cissey avait déjoué son calcul. Il lui fallait exécuter son dessein en alléguant d'autres motifs. Il se rejeta sur la crainte qu'il avait de ne pas se trouver assez en forces à l'aile gauche pour repousser les tentatives que l'ennemi pouvait faire sur ce point, en débouchant d'Ars, dans le but de couper la retraite de notre armée vers Metz.
Mais nous croyons que les Prussiens, qui avaient fait de grands efforts, le 14 août, pour nous retenir sous Metz, n'eurent pas et ne pouvaient pas avoir Tintention de se jeter entre Metz et nous.
Leur but évident, comme leur intérêt, était de nous barrer les routes de Verdun, pour empêcher la jonction de notre armée de Metz avec celle que le maréchal de Mac-Mahon reconstituait au camp de Ghàlons.
Si, pendant la bataille du 16 août, les Allemands s'efforcèrent de déboucher en nombre par les ravins d'Ars et de Gorze, c'est parce qu'ils marchaient au plus près pour venir prendre part à Faction, suivant leur constante et prudente habitude de courir au canon. Mais leur projet n'était pas de nous couper de Metz.
Aussi le résultat immédiat de cette bataille gagnée par le courage
des soldats fut-il nul : nos positions nous restaient, mais Tennem: était maître de Mars-la-Tour, qu'il ne dépendait que de nous d'occuper, après les premiers et si réels succès du général de Ladmirault.
Des deux routes de Verdun, nous en tenions une, celle d*Étain, mais la plus importante était aux Allemands. L*obligation de faire avancer notre droite était si évidente, que le colonel d'état-major Loysel prit sur lui d'indiquer le mouvement au maréchal Bazaine» qui se refusa de donner un ordre.
— A rissue de la bataille de Rézonville, deux résolutions se présentaient : profiter du succès obtenu, pour marcher en toute hâte, en suivant la route d'Étain et celle de Briey, plus au nord; ou bien, atten dre au lendemain matin et recommencer Taction avec l'appui des deux divisions de Lorencez et Metman, qui n'avaient pas pris part au combat.
Nous n'aborderions pas ces questions, forcément très hypothétiques, si les débats du grand procès de Trianon n'avaient fourni, sur ce sujet, des renseignements si positifs, des opinions si autorisées, que Ton a le droit de conclure.
Marcher en avant, la nuit même du 16 au 17 août, était chose impossible; nos soldats n'étaient pas en état de se mettre en route, à rinstant, sans prendre le moindre repos; depuis le 14 au matin, ils étaient sur pied, et avaient livré deux batailles, après avoir piétiné sur place pendant vingt-quatre heures, sur la route de Verdun ou dans les défilés de Lessy.
Était-il prudent, d'ailleurs, de prêter ainsi le fianc à un ennemi que notre retraite allait encourager, que chaque minute devait renforcer, car moins de trois corps de la II* armée allemande avaient combattu, et nous ne pouvions manquer d'être rejoints dès le lendemain par les autres troupes de la II* armée, peut-être même par celles de la P* armée, accourues en toute hâte de Borny.
Dans ces conditions, entreprendre une marche aussi longue, non plus par la route directe de Verdun, mais par le chemin beaucoup plus long de Briey, c'était courir la chance très probable d'un combat, avec des chances de nombre et de positions très inférieures.
Tous les chefs de corps, interrogés à ce sujet par le président du conseil de guerre de Trianon, n'ont pas hésité à déclarer que l'opération eût été difficile, sinon même impossible.
Mais, si cette première solution d'une marche rapide dans la nuit du 16 au 17 devait être rejetâe, il restait la seconde hypothèse, celle d'une attaque décisive tentée le 17 au matin par l'armée française,
ReeoDDaiiiance de hoosards pnuiianB dam U Tallée de la Motelle.
victorieusç la veille et augmentée de la division de Lorencez du 4* corps, et des quatre divisions du 3* corps qui, à l'exception de la l** brigade de la division Montaudon, avaient peu ou pas du tout combattu à Rézonville.
Sur ce point, Tavis unanime des commandants était que Ton devait livrer bataille, et que Ton avait toute chance pour réussir.
11 suffit, d'ailleurs, d'un instant de réflexion pour voir que le combat s'imposait fatalement.
Il fallait, en effet, ou forcer le passage, ou nous retirer sous Metz,au lendemain même de la bataille de Rézonville.
Il est certain que la partie était moiiis'bellc le 17 août que le 16
■•• Q4RNIBR FrUrKS, koiTBURS. GO
nous n'avions que cinq divisions de plus, et Tennemi pouvait avoir reçu deux, peut-être trois corps d'armée de renfort ; mais, d'un autre côté, attendre plus longtemps, c'était augmenter encore les chances des Allemands ; nous n'avions plus à espérer l'appui d'un seul régiment et, à moins de vingt lieues, l'état-major prussien comptait près de deux cent cinquante mille hommes.
Certain le 16, probable le 17, le succès devenait plus tard très problématique : telle était la situation qui, le 16 au soir, devait S3 présenter à l'esprit du comihandant en chef et le décider à une action des plus énergiques.
— A proprement parler, la bataille de Rézonville est la deuxième phase d'une opération, laquelle, commencée par les Allemands à Borny, devait se terminer à Saint- Privât. Le but ou l'objet de cette dernière phase était, pour nos ennemis, de couper la retraite de l'armée française sur Verdun ou sur la vallée de la Meuse. •
Nous pouvions encore nous dégager par le faisceau des routes qui se dirigent de Metz sur Étain, par Conflanset Briey. Pour cela, il fallait faire attaquer les Prussiens, le 17, au point du jour, par les troupes françaises encore intactes, et livrer ainsi un combat d'arrière-garde pour nous donner le temps de filer.
On voit d'après cela que les Allemands n'avaient pas atteint le but de la bataille, celui de nous couper la retraite sur la Meuse, puisqu'il y avait encore des routes libres.
Quant à Bazaine, ce qui ressort de l'examen des faits et du procès de 1873, c'est qu'il ne s'était dirigé sur Verdun que pour obéir à la volonté de Napoléon III, et que, son souverain une fois parti, il n'avait plus songé qu'à ne pas s'éloigner de Metz, afin d'attendre les événements.
— Plus que jamais, il était nécessaire de continuer à marcher sur Verdun, après avoir livré bataille. Cette bataille, si tardive fût-elle, le 17 août au matin, était l'unique chance de salut pour l'armée française.
Les Prussiens s'attendaient à être, ce jour-là, attaqués dès l'aube par nos troupes, et, de leur propre aveu, la perspective de cet engagement leur causait de graves inquiétudes, car ils eussent été impuissants à ùous résister, surtout dans la première partie de la journée du 17 août.
L'anecdote suivante montrera combien ce mouvement en avant, tenté par notre armée, eût donné d'heureux résultats.
Le jour de la capitulation de Metz et au moment où les troupes allemandes allaient entrer dans la ville, le colonel d'état-major prus-
sien von Burg vint présenter ses hommages au général d'artillerie de la Jaille, sous les ordres duquel il avait fait la campagne du Mexique, en qualité d'attaché militaire étranger, et, durant la conversation, lui dit:
« Mon général, comment se fait-il que le 17 août vous n'ayez pas marché en avant? Le roi de Prusse, dont le quartier général était à Pont-â- Mousson, était arrivé pendant la soirée sur le champ de bataille et en repartant avait donné des ordres pour que le lendemain, si vos troupes recommençaient l'attaque, Ton battît aussitôt en retraite et l'on repassât la Meuse, en se faisant protéger par une arrière-garde, qui aurait été ainsi sacrifiée. Notre armée devait ensuite évacuer à marches forcées le territoire français et aller s'établir sur la frontière dans les positions qu elle occupait au moment de la déclaration de guerre.
« Déjà, pendant la nuit, le mouvement de retraite avait commencé pour les bagages et les ambulances. Aussi, le lendemain au point du jour, jugez combien furent grandes notre surprise et notre joie, quand nous aperçûmes votre armée, laquelle, à rencontre de toutes nos prévisions, se repliait sur Metz, en laissant la seule division Metman, en arrière-garde, sur le champ de bataille. »
— Le 16 août au soir, au moment où la nuit mit fin au combat, le maréchal Bazaine était en avant de Gravelotte, au milieu de notre première ligne de tirailleurs ; il dirigeait lui-môme une batterie de mitrailleuses, qui enfilait le ravin de Gorze et arrêtait le dernier effort que l'ennemi avait voulu tenter.
Le canon se tait : la fusillade s'arrête, nous sommes partout maîtres du champ de bataille, et tous, officiers et soldats, attendent, avec anxiété, les mesures qui vont être prises pour poursuivre l'ennemi et compléter la victoire.
Le maréchal se dirige alors vers Rézonville et de là vers la maison de poste située en avant de ce village, et où, à Tissue de la bataille, les commandants des corps d'armée, les maréchaux Canrobert, Lebœuf, les généraux Bourbaki, Frossard, de Ladmirault, se sont réunis en conseil de guerre, vers neuf heures du soir, sous la présidence du héros de Zaatcha et d'Inkermann.
Le conseil, après une vive discussion, décide de continuer le mouvement en avant, le lendemain matin, au point du jour, car on croit encore que le maréchal Bazaine a été enlevé et fait prisonnier, le matin même, par les houzards de Brunswick.
Au moment où les officiers généraux, qui composent ce conseil, vont se retirer, le maréchal Bazaine entre dans la salle, l'air tranquille,
insouciant : « Messieurs, dit-il aux autres généraux et en frappant à petits coups de sa cravache sur sa botte molle, j'ai fait le sous-lieutenant aujourd'hui. »
Tout d'abord on le félicite vivement de n'avoir pas été enlevé par les cavaliers allemands (que ne l'avait-il été! ),
Bazaine raconte alors qu'il est resté pendant longtemps avec la batterie de mitrailleuses, qui enfilait le ravin de Gorze, et qu'il a dirigé son tir sur des colonnes prussiennes en retraite vers la Moselle .
« Ce dernier fait, lui dit le brave Canrobert, vient corroborer la décision adoptée par nous tous, il y a quelques instants à peine : celle de marcher en avant demain, dès le point du jour. » Et il met Bazaine au courant de ce qui vient de se passer dans ce conseil.
A cette nouvelle, celui-ci prend un ton des plus raides et des plus cassants.
« Messieurs , dit-il aux commandants des corps d'armée, nous n'avons plus qu'à nous replier sur Metz et non à marcher en avant. •
Il commence alors par faire dire aux troupes qui l'entourent de rentrer dans les bivouacs du matin, puis il reprend silencieusement la route de Gravelotte et installe son quartier général dans Tauberge où avait couché Napoléon III.
Il fait appeler ensuite l'intendant en chef de l'armée et lui prescrit de se rendre à Metz, sur-le-champ, avec une partie de son personnel, pour y chercher un convoi de vivres et l'en ramener à la pointe du jour
Pourquoi ce mouvement fatal, opéré en arrière, si mal à propos?
Pourquoi alors, donner Tordre d'aller chercher un convoi de vivres et de l'amener dans les positions, que l'armée française venait de reprendre?
Pour abuser les troupes, déguiser l'intention du maréchal, et faire croire encore à la retraite sur l'Argonne.
D'ailleurs, il allait s'appuyer sur deux grands points, pour justifier sa honteuse conduite.
L'armée allait manquer de munitior.s!
L'armée allait manquer de vivres !
Le chef d'état-major du général Soleille, commandant en chef l'artillerie de l'armée, s*était rendu, aussitôt après la bataille, auprès du maréchal Bazaine et lui avait communiqué cette désastreuse nouvelle du manque de munitions, nouvelle des plus inexactes. Tous les témoignages en effet, depuis celui du général Cha^garnier jusqu'à celui du colonel d'Andlau, démentent cette imposture.
La réserve d'artillerie des corps, la réserve générale de l'armée
étaient là pour remplir les cartouchières et compléter Tapprovisionnement des coffres des avant-trains et des caissons; on pouvait y puiser sur les lieux mêmes, aussi bien qu'à une lieue en arrière, ou sur le plateau de Plappeville.
Que si Ton devait recourir aux ressources de l'arsenal de Metz, il était facile de les lui demander pendant la nuit, comme on avait si bien su le faire pour les approvisionnements. Et d'ailleurs, cette consommation avait-elle été si grande?... Dans Tartillerie, c'étaient des batteries de la réserve générale qui avaient été engagées le plus longtemps, et les pièces qui avaient le plus tiré n'avaient dépensé que cinquante-trois coups.
En résumé, des cent six mille coups de canon qu'elle avait emportés de Metz, l'armée n'en avait encore consommé que vingt-six mille.
Sur dix-sept millions de cartouches, on n'en avait brùlé qu'un million Il restait donc encore largement de quoi livrer trois grandes batailles, et Ton était sûr, d'après les nouvelles reçues, de pouvoir se réapprovisionner à Verdun.
La communication inattendue, invraisemblable du général Soleille demandait donc une explication et, au besoin, une vérification, d'autant plus que le général de la Jaille, commandant en chef de l'artillerie, avait été renversé de cheval pendant la journée, était au lit à Gravelotte et n'avait pu faire un calcul bien précis. Mais le maréchal accepta sans examen les chiffres présentés.
— Pour les vivres, les renseignements transmis au commandant en chef avaient un caractère de certitude moins grand encore ; ils provenaient, en effet, de l'intendant de Préval, qui n'était que depuis trois jours chargé de la direction et qui reconnaissait lui-même « qu il n'était qu'imparfaitement au courant du service />. Il semblait donc naturel de procéder sur une question de cette nature à un examen plus approfondi, de demander des renseignements plus autorisés.
Mais pour les vivres, comme pour les munitions, le maréchal se contenta de ces avis, à coup sûr bien insuffisants.
Peu importait d'ailleurs : Metz se trouvait en arrière à douze kilomètres, quatorze au plus ; les routes étaient libres, rien de plus simple que de donner Tordre d'envoyer tout de suite, sans retard, les vivres et les munitions dont on avait besoin. De la sorte on était sûr d'être entièrement pourvu pour le lendemain njatin.
Le 16 août, le maréchal Bazaine avait eu le tort, malgré la résistance des intendants, de renvoyer à Plappeville, le convoi auxiliaire, chargé d'emporter les vivres nécessaires à l'armée. On pouvait donc
compter sur ces voitures revenues à Metz, à défaut des services militaires.
En résumé, le 16 au soir, le maréchal avait, sur le plateau, des vivres pour toutes les journées du 17, du 18 et une partie de celle du 19; à proximité se trouvait le reste des convois, qui pouvaient rejoindre dans la matinée du 17 ; enfin des approvisionnements étaient préparés à Verdun et sur la route.
En outre, l'intendant de Préval était allé chercher lui-même à Metz le convoi, qui s'y trouvait tout prêt à marcher : non content de cela, ce digne administrateur puisa largement dans les magasins de la place, d'où il enleva notamment tout le biscuit. Il amenait ce convoi le lendemain, au point du jour, sur le plateau, lorsqu'il fut arrêter par la nouvelle que Tarmée se repliait sur Metz.
Mais le ravitaillement de Tarmée, en vue de la retraite sur Verdun, était si peu dans les intentions de Bazaine, que, dans la nuit du 16, il adressait à l'intendant en chef un contre-ordre par lequel il l'avertissait de ne pas diriger sur Gravelotte le convoi de vivres demandé deux heures auparavant.
Aussi à cette heure, où le maréchal devait peser toutes les chances, envisager la situation sous tous ses aspects, au moment où cette question des vivres et des munitions se posait d'une façon si inattendue, le commandant en chef ne se demandait-il pas comment faisaient les Prussiens? Nous nous trouvions à douze kilomètres de notre centre de ravitaillement, ils avaient le leur à vingt lieues au moins ; une nuit nous suffisait pour nous ravitailler, il leur fallait deux jours, trois peut-être.
Tout était pour nous : le succès du jour, cette facilité ae communications qui révélait les difficultés que l'ennemi avait à surmonter ; nos troupes étaient remplies d'ardeur.
Le maréchal, il est vrai, a peint la situation de l'armée, le 16 au soir, sous un jour très sombre ; il a parlé de la nécessité de rétablir Tordre tactique.
Il semblerait qu'il fût impossible, le 17, de faire une marche. Mais la prise des positions assignées aux corps pour la bataille du 18 eut lieu le 17.
Il y eut donc marche. On ne signala aucune défaillance, aucun désordre. Pourquoi les troupes, se retirant sur Metz sans confusion et en ordre, n'auraient-elles pu se retirer ainsi sur Verdun ?
Du reste, l'esprit de l'armée était excellent, elle se sentait victorieuse ; elle eût fait merveilleusement son devoir.
La bataille du 18 prouva d'ailleurs d'une façon éclatante que Ton pouvait toujours compter sur nos soldats.
Cette reconstitiition tactiqus de Tarmée, dont Bazaine proclame la nécessité, est donc une excuse inadmissible.
— En outre, l'armée prussienne était dans un état bien autrement fâcheux que la nôtre : elle était totalement épuisée.
Notre armée avait combattu sur place, dans des positions occupées de là veille.
Les Allemands avaient dû fournir une longue étape, à laquelle s'étaient ajoutées les fatigues, soutenues de pied ferme par nos soldats.
De plus, cette armée prussienne était encore moins nombreuse que la nôtre dans la matinée du 17. Les corps qui devaient la renforcer, étaient encore très éloignés et ils n'auraient été à portée que très tard dans la soirée.
— En reprenant sa marche sur Verdun, par les routes d'Étain et de Briey, le 17, une fois les distributions faites, ravitaillé ainsi de deux à trois jours de vivres dans le havresac des soldats, et suffisamment réapprovisionné en munitions d'artillerie et d'infanterie, le maréchal avait encore une avance de vingt-quatre heures sur l'ennemi.
En effet, les corps allemands qui avaient combattu à Rézonville ne bougèrent pas, pendant la journée du 17, bien qu'ils ne restassent pas inactifs; ils employèrent le temps à se réorganiser, à se concentrer, et c'est seulement, grâce à des marches forcées, que les autres corps allemands purent venir prendre part à la bataille de Saint-Privat, livrée le 18.
On peut conclure de là que l'ennemi n'aurait jamais réussi, le 17, à nous arrêter dans la retraite sur Verdun.
Ce qui se passa au camp allemand le 16 au soir et le 17 au matin le prouve suffisamment.
En effet, le soir du 16 août, après la fin de la lutte, le prince Frédé rie-Charles était allé passer la nuit à Gorze; il revint le lendemain sur le champ de bataille. De leurs campements, les Prussiens apercevaient une ligne de tirailleurs jusqu'au delà de Rézonville et entendaient la voix des chefs qui donnaient des ordres. A six heures du matin, le roi Guillaume arrive de Pont-à-Mousson.
Les Prussiens ignoraient encore si les Français avaient conservé leurs positions de la veille et s'ils allaient prendre l'offensive pour mettre à profit leur supériorité numérique et l'avantage du terrain. Tous les officiers prussiens étaient persuadés que nous pouvions encore gagner Châlons.
A ce sujet, voici une nouvelle anecdote à Tappui de celle que nous avons précédemment racontée.
Le jour néfaste où les troupes de l'armée de Metz furent livrées entre les mains des Prussiens, après la capitulation, un colonel de notre garde impériale causa quelques minutes avec le prince Frédéric- Charles, qui avait tenu à assister à ce triste déQlé ; dans la conversa* tion, le prince lui demanda quel motif avait pu avoir le maréchal Bazaine pour ne pas l'attaquer de nouveau le 17 et compléter ainsi ses avantages de la veille ; il avoua qu'il l'avait craint toute la matinée et qu'il ne fut rassuré qu'après avoir été certain de notre retraite. « Ses renforts, ajouta-t-il, étaient encore trop éloignés, pour qu'il pût compter sur leur coopération. »
« Si Bazaine, a écrit de son côté un officier prussien, s'était avancé le 17 sur la route de Briey, les Allemands n'auraient pu lui faire obstacle, et il n'aurait plus été question que de savoir si la deuxième armée parviendrait, les Jours suivants, à diriger une attaque de flanc et à le détourner de Verdun.
« Son immobilité, au contraire, permit aux Prussiens de réunir des forces supérieures pour couper entièrement la ligne de retraite sur Châlons. »
Borbstaêdt, l'historien militaire allemand, avoue de son côté qu'il était impossible aux Allemands d'être en mesure d'agir le 17.
Du reste, ils ne voulaient, pas plus qu'ils ne pouvaient, nous attaquer ce jour.
— Les routes de Verdun étaient donc libres !
On pouvait partir.
Tout était pour nous, mais à la condition que nous ne perdrions pas une minute, que nous ne donnerions pas aux Allemands le temps qui leur était indispensable.
Nous devions livrer bataille le 17, dès l'aube, à l'armée allemande^ inférieure en nombre, et faire donner contre la gauche ennemie les quatre divisions fraîches dont nous disposions, ce qui eût été un mouvement tournant formidable et décisif. Tous les commandants de corps, Canrobert, Lebœuf, Bourbaki, de Ladmirault, Frôssard, étaient de cet avis.
Bazaine n'avait devant lui que cent mille Allemands accablés de lassitude et, en somme, vaincus.
Il disposait de cent quarante mille hommes pleins d'ardeur et pou fatigués pour la plupart.
En cas d'insuccès, on était toujours à même de se retirer sur
17 août. — Transport de blessés de Rézonville à la ferme de Moscou.
Verdun, tandis que les résultats d'une victoire eussent été incalculables.
L'armée de Frédéric-Charles, adossée à la Moselle, courait risque d'être détruite, et elle eût été, au moins, contrainte de reculer en toute hâte jusquau delà de la frontière, tandis que Tarmée du Prince royal, isolée au cœur delà France, avec ses communications coupées, se fût trouvée dans la situation la plus critique.
Tous nos autres chefs eussent tenté cette action hardie, dont lo succès était assuré. L'homme de Queretaro allait reculer sur Metz.
— Tout d'abord, Bazaine a paru vouloir continuer l'offensive pour le lendemain 17 août, mais tout à coup il change d'avis, et, vers dix
♦•• Garmer Frèrfs, lditklus. 61
heures du soir, il donne au général Jarras les instructions suivantes, qui sont transmises aussitôt aux commandants des corps d'armée et leur parviennent vers minuit :
« Après la bataille d'aujourd'hui, les corps ont dû reprendre à dix heures du soir leurs anciens campements; par suite de la grande consommation qui a été faite de munitions d'artillerie et d'infanterie, nous allons donc nous reporter sur le plateau de Plappeville.
« Le 2* corps occupera, pendant cette nuit même, les positions qui s'étendent entre le Point-du-Jour et RozérieuUes.
T . r^. — rps se placera, à sa droite, en avant de Ghâtel-Saint-Ger-
; fermes de Moscou et de Leipsick.
la droite du 3% vers Montigny-la-Grange et Amanvillers,
le chemin de fer, qui mène vers le centre de la France.
irps s'établira à Verneville.
le se placera en arrière, entre Lessy et le village de Plap-
ra porté le grand quartier général.
sion de cavalerie de Forton ira s'installer en avant de Lon-
5ion de cavalerie du Barail se placera à Saint-Privat, pour
rder la route de Briey.
rve d'artillerie suivra la garde et s'établira sur le plateau
3, entre le fort Saint-Quentin et le col de Lessy... C'est
Brie des corps d'armée devra venir demain recompléter
peut se figurer Tétonnement douloureux qu'éprouvèrent,
soir, les officiers qui entouraient Bazaine, quand ce der-
sauver l'armée française! Et pour cela, revenir sous
qui ne voulait pas rejoindre l'empereur à Châlons, livrait imands, depuis Vionville et Doncourt, les deux routes de jartent de Gravelotte. Il comptait bien que nos ennemis lient le plus tôt possible et lui fermeraient ces deux issues. t Prussiens les chaussées de Confians et de Mars-la-Tour, > assez; restait l'excellente route de Briey par laquelle luer la retraite; mais le 17, dans l'après-midi, cette voie, âtait encore ouverte vers l'intérieur de la France, allait e fermée par les Allemands.
3 plan subit, les troupes françaises devaient reculer juste du plateau de Gravelotte, jusque dans le voisinage des
ravins, qui forment une grande ligne depuis Rozérleullcs jusqu'à Saint- Privat, par Montigny-la-Grango et Amanvillers, le 6" corps placé un peu en flèche à Verneville.
L'injonction d'abandonner le terrain conquis, de rétrograder juscfue sur les crêtes qui bordent la vallée de la Moselle, frappa l'armée de consternation, puis d'indignation.
Le mouvement de retraite devait commencer à quatre heures du matin.
Dire la stupeur qui s empara de tous, en apprenant un pareil ordre, est impossii)le.
A Borny, on avait argué de la nécessité de continuer, sans retard, le mouvement de concentration sur Verdun, pour ne pas poursuivre l'ennemi, ni profiter du premier échec qu'on lui infligeait.
« Aujourd'hui, disait-on, c'est api'ès une bataille gagnée, au moment où l'armée prussienne est en retraite sur tous les points, où le passage peut nous être ouvert, qu'on vient alléguer d'autres motifs pour se retirer encore ; on n'ose même affirmer son succès, en s'avançant sur cette route, qui est devenue libre. »
Et l'armée sentait la trahison : offlcioi's et soldats obéissaient à contre-cœur.
Quand les premières troupes commencèrent leur mouvement de retraite, un clair de lune éclairait ces beaux régiments. On n'avait pas osé les faire battre en retraite, alors que le même soleil qui éclaira leur victoire brillait à l'horizon. Non, pour exécuter de semblables mouvements, on ne saurait trop profiter des ombres de la nuit.
Cette longue colonne marchait lourdement : pas un mot, pas un geste ne trahissaient ses sombres pensées.
Cette garde impériale qui s'était montrée si brillante pendant la journée était reléguée dans la banlieue de Metz!
Ce corps si remarquable par sa bravoure et sa discipline, dont on avait admiré la valeur pendant cette journée sanglante et qui semblait avoir pour devise les grandes traditions de son histoire, était relégué tout en arrière de l'armée française.
— Après une journée /le marche, notre artillerie, prétendait Bazaine, avait épuisé ses ressources. Les arsenaux de Metz regorgeaient, et, à quelques kilomètres, à peine, de la ville, nous n'avions plus de munitions...
« Le mouvement, ajoutait l'ordre du maréclial, devra commencer demain, à quatre heures du matin; il sera couvert par la division Metman, qui tiendra la position deGravelotte étira ensuite rallier son corps.
« Dans le cas où rennemi entreprendrait une attaque sur nos lignes, le mieux serait d'indiquer, comme point de ralliement, si cela était nécessaire, le plateau de Rozérieulles, entre l'auberge de Saint- Hubert et le Point-du-Jour.
« Dans le cas où les troupes qui sont en position, depuis la bataille, y seraient encore, vous les rappelleriez dès à présent, si la sécurité de vos campements ne s'y oppose pas. »
— Bazaine ne savait comment apprendre à l'empereur et à la France sa détermination.
Son embarras et sa duplicité éclatent dans la série de dépêches et d'explications qu'il envoya à cette époque.
Le 16 août, à onze heures du soir, Bazaine adressa un rapport à l'empereur sur la bataille de Rézonville.
Le télégraphe était à sa disposition, pour rendre compte de l'issue du combat qu'il venait de livrer et de la situation de son armée. Mais il négligea de s'en servir; il ne jugea pas à propos d'informer l'empereur et le ministre de la guerre qu'il avait suspendu sa marche sur Verdun
C'est à un courrier que Bazaine confia son rapport, qui ne devait arriver que le lendemain, trop tard assurément pour que Napoléon III pût prendre une décision, d'après les circonstances, et lui réitérer peutêtre l'ordre de continuer sa marche.
Ce rapport était ainsi conçu :
«' Sire,
« Ce matin, à neuf heures, l'ennemi a attaqué la tète de nos campements à Uézonville. Le combat a duré depuis ce matin jusqu'à huit heures du soir. Cette bataille a été acharnée; nous sommes restés sur nos positions, après avoir éprouvé des pertes sensibles.
« La difficulté, aujourd'hui, gît principalement dans la diminution de nos parcs de réserve, et nous aurions peine à supporter une journée comme celle d'aujourd'hui, avec ce qui nous reste dans nos caissons.
M D'un autre côté, les vivres sont aussi rares que les munitions et je suis obligé de me reporter sur la route de Vigneules à Lessy pour me ravitailler.
M Les blessés ont été évacués ce soir sur J^etz.
« Il est probable, selon les nouvelles que j'aurai de la concentration des armées des princes, que je me verrai obligé de prendre la route de Verdun par le Nord. »
Ainsi, dans son appréciation, il allait se replier sur Metz et ne reprendre sa marche qu'après le ravitaillement de l'armée. C'était une
LA RETRAITE SUR METZ 4Sô
manière de préparer l'empereur et le pays à un plan de concentration sous Metz.
Mais il fallait donner à ses lieutenants des explications. La détermination du maréchal s'accentua, plus fortement encore, dans sa lettre écrite au général Bourbaki, le soir même de la bataille, à minuit et demi.
« Ainsi que nous iommes convenus, écrivait-il au commandant en chef de la garde impériale, vous avez dû, à dix heures, reprendre vos anciens campements en les resserrant. La grande consommation qui a été faite dans la journée d'aujourd'hui de munitions d'artillerie et infanterie, ainsi que le manque de vivres pour plusieurs jours, ne nous permettant pas de continuer la marche qui avait été tracée, nous allons donc nous reporter sur le plateau de Plappeville. »
Ainsi ce n'est pas la crainte de ne pouvoir s'ouvrir la route do Verdun, qui arrêtait le maréchal, mais seulement la pénurie de vivres et de munitions. Qu'y avait-il de vrai dans cette assertion?
Le maréchal n'aurait pas osé dire à son armée que la route était femice : chacun savait le contraire.
Et ce fut alors que l'armée prussienne était en retraite devant nos colonnes victorieuses, que le maréchal prit la résolution d'enterrer nos vaillants soldats sous les murs de Metz!
Jusqu'à la dernière heure, ce fait inouï ne devra s'oublier.
Les Prussiens fuyaient devant nos aigles : nous avions la victoire ; Bazainc ne voulut pas en profiter.
\os bataillons triomphants écrasaient nos ennemis et occupaient militairement la route de Verdun : seize mille Français et un nombre ôgal d'Allemands étaient couchés sans vie ou mutilés sur la terre froide et ensanglantée... et, à ce moment suprême, après un triomphe, un maréchal de France reculait î I
'< Le 19 août, tlisait un général, célèbre dans notre histoire militaire, l'armée du Rhin, au lieu de poursuivre ses succès de la veille, qui assuraient la jonction do Mac-Mnhon et de Bazaine, se retirait sur Metz et, du premier coup, jetait la France aux pieds de TAUemagne! »
La dianesur le plateau de Gravelotte. — Le général Bourbaki et le 1" voltigeurs.
— Le champ de bataille du 16. — On atiend. — Retraite des ambulance-. — L'ordre de retraite. ~ Étonnement et fureur de l'armée.— Marche du 2* corps.
— Position des divisions Vergé et Fauvart-Bastoul au Point-du-Jour. - La brigade mixte Lapas^et à Rozérieulles. -- La division de Valabrègue. — Reconnaissance du 5« escadron du 5» chasseurs. — La division de Forton. — Marche du 3« corps. — La division Montaudon à la ferme de Leipsick. — La division Nasral à Moscou. — Les divisions Metman et A\mard entre Saint-Hubert et Moscou. — La division de Cléramliault en avant de Châtel-Saint-German. — La division Metman protège la retraite de l'armée. — Le 4« corps. — Le général de Ladmirault d Montigny-la-Grange. — Les divisions de Cissey et Grenier. — La division do Lorencez en réserve. — Aspect des campements français. — Le 6« corps. — La division Tixier. — Le 100« de ligne éva'^ue Rézonville. — De Vcrneville à Saint-Privat. — Le 9« de ligne. — Incendie des approvisionnements. — Pas (.'e munitions. — Marche de la division Lafont de Villiers. — Arrivée fi la nuit à Saint-Privat. — Un maigre souper. — La division Levassor-Sorval. — Reconnaissance du 2» cha^^seurs d'Afrii^ue et du 3« chasseurs de Frarce. — Deux batteries restées seules sur le champ de bataille. — Marche de la garde impériale. — Une pénible ascension. — Longue étape de la cavalerie de la garde. — La réserve d'artillerie de l'armée. — Le grand quart er général à Pliippevillc.
Les premières clartés de Taurore du 17 août 1870 se répandent à peine à Thorizon, que les clairons français sonnent le réveil sur le plateau de Gravelotte. Notre vaillante armée a défendu iiitrépidemem la veille cette importante position et a repoussi, sur tous les points, les colonnes allemandes du prince Frédéric-Charles, qui ont passé la nuit dans les bas-fonds de Gorze et d'Ars-sur-Moselle.
C'est en vainqueurs, c'est-à-dire avec la conscience d'avoir infligé à l'ennemi un échec éclatant, que nos soldats, après cette rude journée du 16, se sont abandonnés au sommeil. Et, quoiqu'un tel repos n'ait pas été bien long, vu l'heure avancée à laquelle a fini la bataille, la diane ne les trouve pas moins dispos et prêts à reprendre le mouvement en avant. C'est donc avec un nouvel entrain qu'à cette sonnerie matinale toutes nos troupes se mettent sous les armes. Chacun est convaincu que la bataille ne tardera pas à recommencer.
L'atmosphère est encore trop chargée des brumes de la nuit, pour
que Ton puisse distinguer nettement les détails des objets qui s'ofîrent à la vue.
On attend Tarme au pied, ou la bride du cheval passée au bras droit. Les hommes, remplis d'espoir et d'ardeur, ne demandent qu'à marcher en avant.
Le général Bourbaki, accompagné de son état-major, passe devant le front du 1" voltigeurs de la garde, qui s'est avancé jusqu'à la crête du ravin de Rézonville, où il a pris une position d'attente.
« Allons, mes enfants, dit-iî à haute voix aux voltigeurs, il faut montrer à l'ennemi que nous sommes maîtres du champ de bataille. »
Bientôt le soleil se lève et éclaire de ses chauds rayons le terrain, qui porte encore la trace de la terriljle lutte de la veille. Le sol est à certains endroits complètement piétiné; on voit çà et là des rangées entières de havresacs, des bidons et d'autres objets de campement abandonnés. Des chevaux morts baignent dans des mares de sang. Les champs sont jonchés de cadavres, mais les blessés ont été tous relevés.
La plaine paraît abandonnée par les deux armées; çà et là des groupes peu nombreux semblent occupés à recueillir les derniers blessés, qui auraient pu échapper à leurs premières recherches. Les 8* et 67' de ligne, de la division Faiivart-BastouP (2° division, 2» corps), se mettent en marche pour aller chercher leurs havresacs abandonnés sur le terrain où ils ont campé la veille et se dirigent vers le sud do Rézonville.
Enfin les soldats retrouvent leurs havresacs, dont beaucoup ont été foulés aux pieds ou éventrés par les explosions des obus. Chacun prend le premier venu de ces sacs et se trouve muni tant bien que mal des objets les plus indispensables.
Les troupes attendent toujours... déployées à l'entrée du champ de bataille de la veille... Plusieurs heures s'écoulent sans qu'on entende un coup de canon et sans qu'on reçoive Tordre de se mettre en mouvement.
Cependant les ambulances de la cavalerie du 4® corps évacuent Jamy, ainsi que le château du Moncel, et s'engagent sur la route de Conflans pour se replier sur Metz en passant par Doncourt.
Le bruit se répand bientôt que les coureurs prussiens ont coupé cette route à Étain et qu'ils se sont montrés à Conflans. Cette nouvelle ayant causé du désordre dans la colonne des blessés, la brigade
1. La ^éniral de brigade Fauvart-Bastool avait remplacé, dans le commandement de cette dlTision, e général Bataille, blessé la Teille.
Véron de Bellecourt (division Grenier, 4« corps) s'établit face à ^'ouest pour protéger le défilé de ce long convoi.
En môme temps on fait évacuer les ambulances de Bruville et de Doncourt.
Terrain occupé par la division Vergé (2« corps), le 18 août 1S70.
Peu d'instants après, à la grande surprise de tous, arrive Tordre à notre armée d'exécuter un mouvement en arrière et d'aller camper en avant du fort Saint-Quentin, sur une ligne s étendant du village de Roncourt au plateau de Longeville.
Trompette de nhlans.
Cette retraite est ordonnée, dit-on, pour que nos troupes puissent se ravitailler en vivres et munitions.
Persuadés que l'armée française a remporté une grande victoire dans la journée du 16, nos soldats trouvent cette marche rétrograde incompréhensible. En apercevant les colonnes de poussière soulevées par les colonnes ennemies en marche dans la plaine de la rive droite de la Moselle, et qui accourent renforcer les troupes de Frédéric- Charles, ces braves gens disent tout d'abord : « Ce sont des Prussiens qui battent en retraite! » mais bientôt il faut se rendre à la triste réalité.
Ainsi, il va falloir reculer et abandonner le plateau de Gravelotte, maintenu la veille au prix de si sanglants sacrifices.
**• G ARMER Frsres, èditburs. 62
Notre admirable armée, qui vient, pendant près d3 douze heures, de lutter avec un courage surhumain, va se replier sur Metz, après avoir couché sur le champ de bataille.
— Aussitôt les ordres du maréchal Bazaine reçus, tous les régiments se mettent en mouvement et s'acheminent vers les emplacemenîs qui leur ont été assignés.
Les chemins sont encombrés par de longues files d'hommes et de voitures.
L'étonnement, la tristesse et l'inquiétude assombrissent tous les visages, ceux des officiers comme ceux des soldats. On obéit à contrecœur, on ne s'explique pas le mouvement ordonné, on sent la trahison dans l'air :
u Est-ce la conséquence naturelle de notre victoire, disent les uns, qu'on nous fasse battre en retraite?...
— C'était bien la peine de nous faire tuer, disent les autres, pour nous ramener où nous étions auparavant !. . .
— Pourquoi cette fuite? ajoute-t-on encore. Nous avons battu hier les Prussiens; nous les battrons aujourd'lmi, s'il le faut. »
L'armée entière est prise de lassitude. Elle pense que ses efforts soront désormais stériles; que tout le sang répandu ne profitera pas à la Patrie.
Cette tristesse navre le cœur.
Quelle différence avec la veille î
Au plus fort de la bataille, nos compagnies, quoiqu'à moitié détruites, conservaient cet entrain que donne la confiance dans l'avenir.
Maintenant elles défilent la tète basse, pour prendre les nouveaux campements qui leur sont assignés. Elles ne se détournent même plus des champs cultivés. Elles marchent indistinctement dans les blés ou dans les chemins frayés : rarement sur les routes, qui .sont presque constamment encombrées par les bagages, les convois et l'artillerie.
Dans cette marche rétrograde, on voit de vieux officiers pleurer de rage : ils se croient déshonorés.
De loin en loin, de rares cavaliers plantés dans les champs dévastés, immobiles comme des statues de bronze, indiquent machinalement aux chefs de corps la direction qu'ils doivent suivre.
Tout ce mouvement de retraite s'opère dans la journée du 17, sans que l'ennemi, qui reste sur son terrain de la veille, paraisse vouloir l'inquiéter.
11 prouve bien, comme nous l'avons dit dans le précédent volume, que Bazaine avait à tort parlé de la nécessité de se reconstituer.
Le maréchal déclare, en efîet, qu'il n'avait suspendu sa marcho sur Verdun qu'afln de se ravitailler et de so réorganiser.
Or, les faits le contredisent : l'armée était si solide et avait si peu besoin de se reformer, qu'on employa toute la journée du 17 à s'établir .sur la nouvelle ligne de bataille, où les corps d'armée ne purent ètr*e installés que dans l'après-midi ; le 6' corps, destiné à former l'aile droite, ne parvint môme à Saint-.Privat, comme on le verra, qu'après la nuit tombée.
— Le 2r corps doit former la gauche de notre nouvelle ligne de bataille, au nord de la route de Verdun, sur les hauteurs qui existent entre le Point-du-Jour et RozérieuUes. Il commence sa marche à cinq licures et demie du matin, revient sur ses pas et rejoint la route impériale, en laissant Gravelottc à gauche. Les batteries reprennent leur place entre les brigades.
Les troupes du général Frossard franchissent de nouveau, à la suite de la garde, Tétroit défilé que forme la route, au passage du ravin de la Mance.
La marche est fort lente, car, en outre des troupes et du matériel de Tartillerie, qui se croisent en tous sens, la route est couverte par les voitures d'ambulance et par celles de l'intendance et des convo eurs, vides pour la plupart.
Le 2* corps dépasse l'auberge de Saint-Hubert, la ferme du Pointdu-Jour et vers dix heures du matin bivouaque à quelque distance, à gauche de la route, au-dessous du plateau de RozérieuUes.
Vers midi, il reçoit l'ordre d'occuper les crêtes de ce plateau, audessus de la route descendant vers Metz, en avant du vallon de Châtel- Saint-Germain.
L'artillerie du 2* corps, qui a reconstitué ses attelages et s'est réapprovisionnée dans la nuit du 16 au 17, monte par le chemin de Gravelotte à RozérieuUes et traverse une ancienne Voie romaine, légèrement en saillie, au delà de laquelle campent toutes les troupes.
La 1'* division [Vey^gé) s'établit en colonne par brigade, à hauteur du coude de la route et des deux maisons dites de Belle-Vue et du PolnL-d\i-Jow\ où elle place son bataillon de chasseurs (le 3*) avec son artillerie.
Ces deux maisons sont mises en état de défense par la 9« compagnie de sapeurs du 3° régiment du génie, capitaine Bonnal, et reliées par une tranchée-abri. A droite et à gauche on construit des ôpaulementspour rartillerie. Ces travaux durent toute la journée.
En arrière du 3' bataillon de chasseurs se trouve la 1" brigade : le
32° de ligne à droite; à gauche, le 55° de ligne; la droite de ce régiment à cinq cents mètres de la ferme de Moscou, face aux maisons et jardins, garnissant le coude de la grand'route et tournant le dos à la Voie romaine, qui s'enfonce pour gagner Moulins-lès-Metz et Longeville.
La 2' brigade (général Jolivet, 76° et 77° de ligne) campe à hauteur de la ferme de Moscou, et place ses grand'gardes fort en avant de son front, le long de la route de Gravelotte et face au bois de Vaux.
L'iirtillerie divisionnaire se trouve placée entre les deux brigades, derrière la Voi(i romaine.
La division Vergé fait ainsi face à la route et au ravin de Gravelotte, prête à se déployer s'il y a lieu.
La journée du 17 se passe sans incident à cette division. Trois {leures le matin et trois heures le soir sont employées à l'instruction <lcs hommes rappelés, qui ont rejoint peu de jours auparavant et ont assisté à la bataille de Rézonville en connaissant à peine le maniement du chassepot.
Nous en étions là avec notre système de réserve d'alors.
— La 2' division {général Fauvart-Basioul) s'étend à gauche de la 1", le long de la Voie romaine, sur laquelle sont mises en batterie les pièces de son artillerie, qui dominent le bois de Vaux et les pentes au milieu desquelles circule la route de Verdun.
La 1" brigade est établie en ligne, et campe à quelques pas en arrière de la Voie romaine. Les avant-postes du 12« bataillon de chasseurs, des 8° et 23° de ligne sont placés sur la crête qui domine la roule de Verdun.
La 2° brigade, si durement éprouvée la veille, est laissée en seconde ligne sur la lisière du petit bois de Châtel-Saint-Germain, faisant face au bois de Vaux. Le 66° se prolonge à gauche du 67' et s'appuie au village de Rozérieulles. Devant, s'étend un terrain complètement découvert, qui descend rapidement jusqu'aux bpis de Vaux et des Génivaux. On aperçoit, au delà, dans un pli de terrain, le village de Gravelotte.
— La 'brigade mixte Lapasset occupe à gauche du 2* corps l'extrémité du contrefort et la croupe arrondie, qui domine de haut Rozérieulles et Longeau.
Cette brigade, qui a passé la nuit en arrière du bois des Ognons, a vu au point du jour les régiments de la garde qui ont campé sur le champ de bataille, en avant et à droite de Rézonville, opérer un mouvement de retraite. Les troupes du général Lapasset suivent ce mouvement et, se mettant en marche à cinq heures du matin, se dirigent par Gravelotte sur Rozérieulles, où elles arrivent vers midi, après avoir
suivi des chemins impossibles. Il a fallu près de quatre heures pour parcourir deux kilomètres.
— La brigade mixte surveille par des grand'gardes du 97' de ligne étal)lies à Sainte-Rufflne et à Jussy les abords de ces deux villages, pour assurer nos communications avec Metz. Dans la soirée, le 3* bataillon en entier de ce régiment va occuper ces deux points importants.
Entre la brigade Lapasset et la 2* division du 2* corps, les batteries de cette division et les deux batteries de 12 de la réserve sont placées Rur le plateau, de manière à maîtriser les débouchés et le terrain en avant de cette partie de notre ligne.
Les quatre autres batteries de la réserve (6' et 10* du 15« d'artillerie, ?• et 8* du 17* d'artillerie) sont, en arrière des deux divisions, adossées à la lisière du petit bois de ChâtclSaint-Germain.
Le parc d'artillerie, pour se réapprovisionner sur Metz, est allé camper entre Moulins et Longeville.
-- La division de cavalerie de Valabrègue, du 2* corps, a reçu à cinq heures du matin Tordre de rétrograder sur Metz. Le 5* chasseurs à cheval prend aussitôt la tête de cette division, suit vers Test la Voie romaine, traverse le bois de la Juroe et arrive à la route départementale n» 3, qu'il remonte vers le nord. Cette route est encombrée par les troupes du 3* corps et de la garde, ainsi que par de nombreux équipages militaires.
Aussi, pour hâter sa marche, la colonne de cavalerie quitte-t-elle la route et prend-elle à travers le bois des Génivaux un étroit sentier, qui l'amène dans la vallée de la Mance, petit ruisseau où ont bu, le 15, les chevaux du 5*" chasseurs.
On remonte cette vallée vers le nord, jusqu'à la ferme de Chanterenne, où Ton trouve une route libre menant à l'est et que l'on suit jusque dans un ravin encaissé, à l'extrémité duquel se trouve la ferme de la Folie.
Après une halte de courte durée en cet endioit, pendant laquelle les dragons du général Bachelier (7° et 12' régiments) prennent la tête delà colonne, on remonte sur le plateau, que l'on ne quitte plus.
La colonne passe successivement à la ferme de Leipsick, au point géodésique « Ar})remort », au point coté 342 sur la carte d'état-major, longe aussi les derrières des campements de la brigade Lapasset et descend au sud de Chàtel-Saint-Germain, parla Voie romaine.
La division de Valabrègue campe dans une vallée encaissée : les dragons près du ruisseau qui coule au fond de cette vallée ; le 5* chasseurs à cheval, au-dessus, sur le flanc occidental; le 4* chasseurs à
40i FRANÇAIS ET ALLEMANDS
cheval, qui d'aljord a pris position en arrière du Point-du-Jour, près de la 1'= division du 2* corps, vient plus tard camper dans le bas de la vallOo.
Ainsi établie, la division de Valabrègue est en mesure d'agir, s'il est nécessaire, au débouché du vallon de Chàtel, vers Moulins, de concert avec la division de Forton, qui, elle aussi, a pris position, au moulin de Longeau, à droite du 5* chasseurs, vers RozérieuUes: contre ce dernier village bivouaque également le 3** lanciers.
A gauche du 5' chasseurs se trouvent les parcs et les troupes de radniinistration du 2" corps.
Une interminable colonne de voitures et de bagages traverse Chàtel-Saint-Germain ; les bagages sont, cependant, considérablement réduits depuis la surprise de la veille en avant de Vionville, où bon nombre de voitures ont été abandonnées à l'ennemi. Le 5' chasseurs à cheval a perdu, pour sa part, quatre voitures à bagages d'officiers et une voiture de cantinière
Les voitures qu'on a pu sauver arrivent dans la journée. La division de Valabrègue est là, sous le canon du Saint-Quentin, dont les pentes forment le flanc oriental de la vallée. Dans l'après-midi arrive la division de cavalerie de la garde, qui campe au bas des pentes du Saint- Quentin. La journée est assez calme.
Le 5** escadron du 5* chasseurs reste le 17 avec la division Fauvart- Bastoul. Dans la matinée, sur l'ordre du capitaine Mouton, le 1" pelo ton, commandé par le lieutenant Braux, va chercher l'avoine que l'escadron a jetée la veille, au moment où il se préparait à charger; pendant cette mission, le peloton fait ramasser un certain nombre de blessés français restés sur le champ de bataille. Lorsqu'il a rejoint, le 5* escadron bat en retraite avec la division Fauvart-Bastoul et demeure le reste de la journée sur le plateau de Gravelotte.
— La division de Forion avait quitté Gravelotte à cinq heures du malin pour prendre position au moulin de Longeau, dans le ravin de RozérieuUes. Le défilé de la route par où cent mille hommes doivent s'écouler oppose son formidable obstacle à cette division, qui met trois heures pour franchir deux kilomètres.
Vers deux heures de l'après-midi, toute cette cavalerie fait une halte sur Bel-Air et à sept heures du soir arrive à sa place de campement, dans le ravin do RozérieuUes, près des bivouacs de la cavalerie du 2° corps et à côté de la cavalerie de la garde, dont elle est séparée par un petit ruisseau qui traverse le ravin. Oui! ces brèves dragons de Murât, ces redoutables cuirassiers de Grammont qui ont détruit la
LA RETRAITE SUR LES LIGNES D'AMANVILLERS 4î
veille plusieurs régiments ennemis, sont répartis dans les faubourgs de Metz î
— A la droite du 2« corps, continuant la ligne de bataille, s'est placé le 3* corps.
Le maréchal Lebœuf a reçu le IG, vers huit ou neuf heures du soir, l'ordre de se replier. Le quartier général du 3° corps est établi ;i une heure du matin à Saint-Marcel, à deux Ivilomôtres en arrière des positions primitivement occupées. Dans la nuit un second ordre prescrit de continuer le mouvement de retraite.
Le 17, au point du jour, le maréchal Lebœuf, escorté par le 3« escadron du 10' chasseurs à cheval, va bivouaquer entre la ferme de Leipsick à droite et celle de Moscou à gauche. Le campeineiit du quartier général du 3« corps est établi près d'un arl)re mort, qui est, comme nous Tavons déjà mentionné, un signal géodésique.
Dans la matinée du 17, le 3' corps, ayant à sa droite le 4" et à sa irauche le 2% s'établit sur le plateau qui fait face à Gravelotte. Ses quatre divisions occupent les fermes de Moscou, de Leipsick, de la Folie et le bois des Génivaux : les divisions Montaudon il'*) à droite, Motman (3') à gauche, Nayral (2°) au centre, Aymard (4") en réserve avec le gros de l'artillerie et de la cavalerie.
Division Montaitdon, — Au point du jour, cette division qui a bivouaqué autour de Gravelotte quitte ce campement pour aller reprendre ses Imvresacs déposés la veille en avant de ce village, afin d'accourir plus rapidement au secours de la garde impériale.
Les troupes font le café sur place, A six lieures du matin la division se met en marche et, après une halte des plus courtes contre Vcrneville* va camper par bataillon en colonne, face à Test, en arrière do Montigny-la-Grange entre la ferme de la Folie et celle de Leipsick. On occupe à peu près le même emplacement que le 15.
L'artillerie divisionnaire (5% 6% S** batteries du 4° d'artillerie) s'établit près de la ferme de Leipsick.
Le 3' bataillon du 62^ de ligne qui était resté au convoi rejoint alors son régiment.
La division Nayral (ancienne division de Castagny) a, le IG août au soir, appuyé sur Villers-aux-Bois, où elle a établi son bivouac vers onze heures du soir.
Le 17, au point du jour, ordre lui est donné de battre immédiatement en retraite. La division quitte cet emplacement et revient sur ses pas, passe derrière le bois des Génivaux et se dirige par Verneville, les fermes de Chanterenne et de Leipsick, vers Rozérieulles.
A une heure de raprès-niidi, les régiments du général Nayral viennent utal)lir leur camp entre Verneville et Chàtel-Saint-Germain à l'ouest et près de la ferme de Moscou, faisant face à Tauberge de Saint-Hubert et à Gravelotte.
La 3* et la 4' division du 3* corps sont placées à gauche, en avant de la ferme de Moscou; la 1'° division est à droite, face au bois des Génivaux.
Le 19* et le 41' de ligne (!'' brigade) sont placés en première ligne, b 7° bataillon de chasseurs à droite de ce dernier régiment.
La 2" bri?:ade est en seconde ligne : le 69* à droite près de Leipsick, le 90' à gauche.
Le 5' escadron du 10* chasseurs, attaché à la division Nayral, dresse ses tentes en arrière et à droite de cette division, à quelques mètres du chemin de grande communication venant de Verneville et à cinq cents mètres à Test de la ferme de Leipsick.
L'artillerie divisionnaire (9% 11* et 12^ batteries du4« d'artillerie), qui n a pas eu occasion, la veille, de tirer le moindre coup de canon, et qui a bivouaqué à Saint-Marcel, va parquer auprès de la ferme de Moscou.
La du-lsion Aymardy qui a établi son bivouac à l'est de Saint-Marcel, face à Rézonville, se réunit le 17 à cinq heures du matin et reprend la direction de Metz.
Le 2'' escadron du 10« chasseurs à cheval, qui vient de quitter la ferme de Constantine, où il a passé la nuit, prend la tète de la division Aymard.
Cette division va, vers deux heures du soir, se former en bataille, sur le plateau, qui s'étend de Chàtel-Saint-Germain à Gravelotte; la droite de la division est à trois cents mètres en arrière et à hauteur de la ferme de Moscou.
Le 60* est à droite, le 44* à gauche, un peu en arrière de cette ferme, la 2* brigade (80* et 85« régiments d'infanterie) est à gauche; le 11* bataillon de chasseurs à pied s'est établi, en deuxième ligne, à trois cents mètres environ derrière cette même ferme, avec le.2' escadrons du 10* chasseurs à chevalet rartillerie divisionnaire (8*, 9* et lO* batteries du 11" d'artillerie).
Dans la journée, le 3" bataillon du 60* de ligne reçoit Tordre d'aller s'établir dans le bois des Génivaux, situé en avant de la ferme de Moscou.
La réserve d'artillerie du 5"" corps (7% lO* batteries du 4* d'artillerie, 11* et 12« batteries (12 rayé) du 11" d'artillerie, 1", 2* et 4« du 17* d'artil-
Soldat de la landwahr.
lerie) et le parc du génie sont établis en deuxième ligne au centre de la position.
Division de Cléramhault, — Le 1" escadron du 10« chasseurs à cheval quitte son bivouac de la route d*Étain à quatre heures du matin, avec le 3* chasseurs à cheval, et se met en marche en prenant la direction de Verneville.
Un peloton de cet escadron est dispersé en tirailleurs sur le flanc gauche de la colonne. On aperçoit dans le lointain une division ennemie. La brigade légère de Bruchard, ainsi réduite à six escadrons, fait tète de colonne à droite et, après avoir été rejointe par le peloton, dispersé en tirailleurs, elle fait une courte halte vers six heures du matin et
*** Oârnier Fbêrbs, éditeurs 63
arrive, vers une heure de l'après-midi, en face du château de Verneville, où sont déjà installés les dragons du général de Clérambault et les bagages des 2% 3* et !()• régiments de chasseurs à cheval.
A deux heures du soir, la brigade légère remonte à cheval et, vers cinq heures, campe entre Amanvillers à droite et Châtel-Saint-Germain à gauche, le dos tourné au bois de Châtel.
A quatre heures du matin, la division de dragons du général de Clérambault a levé son camp;. quelques escadrons cherchent à faire boire leurs chevaux aux environs : les uns à Urcourt, d'autres très loin, à Verneville.
A cinq heures du matin, la 3" batterie du 17* d'artillerie à cheval, qui faisait partie de la réserve d'artillerie du 3« corps, est attachée, sous les ordres du lieutenant-colonel Delatte, à la division de Clérambault.
Sur ces entrefaites, les dragons montent à cheval, partent, se dirigent sur Bruville et, se formant en échelons par escadron, parcourent le champ de bataille.
} On n'aperçoit rien. La division de Clérambault reste quelque temps en position, puis se retire, en passant sur un terrain où sont abandonnés beaucoup de sabres de cavalerie.
Après une halte d'une heure à Verneville, cette division va camper au-dessus de Châtel-Saint-Germain et s'adosse au bois de ce nom. En avant et un peu à droite se trouve la ferme de Leipsick. Il faut faire une bonne demi-lieue et descendre une pente excessivement escarpée pour avoir de l'eau.
On entend sur la gauche retentir une canonnade très éloignée.
— La divisi07% Metman, qui a été chargée, en cas d'attaque, de protéger la retraite, arrive la dernière et campe à côté de la ferme de Moscou.
Cette division a protégé le mouvement rétrograde de notre armée, mouvement qui a duré toute la journée du 17.
Dès le petit jour, la cavalerie de la garde et les zouaves de la garde sont passés derrière les troupes du général Metman et se sont engagés . sur la route d'Étain en passant par la Malmaison : à ce moment ces troupes reçoivent Tordre, afin de soutenir et de protéger la retraite de l'armée, d'aller se placer en bataille sur le plateau qui s'étend entre les bois de la Jurée et la route de Verdun. Elles y restent jusqu'à neuf heures du matin.
Le 6* escadron du 10* chasseurs à cheval a pris position au point du jour en avant de la division Metman, dans l'angle compris entre les deux routes de Verdun, en avant de la ferme de Constantine. Un pelo-
ton est porté à un kilomètre en avant, avec mission de surveiller les mouvements des Allemands.
On voit des masses ennemies d'infanterie et de cavalerie derrière le bois des Ognons, sur la route de Gorze à Vionville, se dirigeant rapidement du côté de Verdun, parDoncourt. L*escadron de chasseurs reste dans cette position jusqu'à deux heures de l'après-midi.
A ce moment, les deux brigades déployées de la division Metman reçoivent Tordre de battre en retraite en échelons, toutes les troupes ayant achevé leur mouvement rétrograde. Ces deux brigades traversent la route d'Étain, le ravin de Gravelotte, le bois des Génivaux et remontent sur le plateau de Châtel-Saint-Germain, entre les fermes de Leipsick et de Moscou.
La 3' division dresse ses tentes au nord-est de la ferme de Moscou, dans laquelle le général Metman a installé son campement.
A mille mètres environ en avant et au pied des pentes du plateau de Chàtel-Saint-Germain, se voient les masses sombres du bois des Génivaux, où sont placées les grand'gardes de la division, jusqu'au petit ruisseau de la Mance, qui tombe dans la Moselle, près d'Ars.
Le !•' et le 2* bataillon, du 71* de ligne bivouaquent en colonne, en arrière du '59*; le 3* bataillon de ce premier régiment couvre l'espace qui s'étend entre la division Metman et le quartier général établi à r « Arbre mort ».
On exécute à la hâte des travaux de défense.
— A la droite du 3' corps, le général de Ladmirault, avec le 4* corps, continue la ligne par Montigny-la-Grange et Amanvillers. Ce dernier village est situé au pied d'une petite chaîne de hauteurs rocheuses, dans lesquelles on exploite de nombreuses carrières.
La partie orientale de ces hauteurs est couronnée par des bois portant le nom de bois de Vigneulles, bois de Saulny, forêt de Jaumont. La partie occidentale, dont le village de Saint-Privat-la-Montagne occupe le point culminant, est au contraire dénudée. Le chemin de fer de Metz à Verdun, encore inachevé, suit le pied de ces collines. D'un côté, il descend vers Metz par le ravin de Châtel-Saint-Germain ; de l'autre, il décrit une courbe pour se diriger vers Habonville et Jouaville.
Le général de Ladmirault établit son quartier général à Montignyla-Grange et fait camper le 4* corps sur deux lignes. La première s'installe face au sud-ouest, à droite et à gauche d' Amanvillers : la l'* division (de Cissey) entre le coude du chemin de fer et le village de Saint-Privat ; la 2* (Grenier) entre Amanvillers et Montigny. La seconde
ligne, formée par la cavalerie et par la 3* division (de Lorencez), constitue la réserve et occupe les hauteurs en arrière d'Amanvillers et du chemin de fer en construction de Metz à Verdun.
Ce n-est qu'à huit heures du matin, le 17, que le général de Ladmirault a reçu Tordre de battre en retraite. Pour décider les soldats à accepter avec résignation ce mouvement en arrière, on leur dit qu'il n'y a plus de munitions.
Dès le matin, des reconnaissances de Jiussards des 2* et 7* régiments ont été envoyées sur le champ de bataille ; elles rendent compte que les Prussiens se portent sur Bruville, et paraissent vouloir nous couper la route de Verdun par Conflans-en-Jarnisy et Étain.
On déjeune au camp et le départ commence à neuf heures du malin. La division de cavalerie (2% 7* hussards, 3« et !!• dragons) quitte le bivouac meurtrier de Doncourt et se met en marche à dix heures. Elle est chargée de flanquer le 4* corps d'armée, dont la marche rétrograde est lente et circonspecte ; la distance à parcourir est de dix à douze kilomètres.
Le 7* hussards couvre le flanc gauche du 4* corps, dans la direction de Briey.
— La division de Cissey, partie la première, arrive sans encombre entre les villages de Saint-Privat et d'Amanvillers, et établit aussitôt son campement. Vingt-quatre heures de repos sont accordées aux troupes pour se remettre des fatigues de la veille.
Au point du jour, la 6' compagnie du 20» bataillon de chasseurs à pied, commandée par le lieutenant Cremadello, est allée prendre la garde des prisonniers rassemblés à Bruville et les a conduits à Doncourt, où se trouvait le reste du bataillon, un peu sur la droite de la route de Metz à Étain.
Les trois batteries divisionnaires (5% 9* et i2* du 15' d'artillerie), qui ont été ramenées à Doncourt pendant la nuit, suivent le mouvement rétrograde de leur division et vont camper, dans l'après-midi, le long et à gauche du chemin d'Amanvillers à Saint-Privat.
Le 17 août, à minuit, la division Grenier ayant reçu Tordre de prendre les bivouacs sur lesquels elle a été dirigée le matin, les troupes se rendent aussitôt à Doncourt: le 1" bataillon du 98' de ligne ne quitte toutefois la ferme dé Greyère que vers deux heures du matin et y laisse même sa 1'* compagnie, qui ne rallie le régiment qu'à huit heures à Doncourt.
Vers midi, la division de Lorencez, revenant du plateau de Bruville, sur lequel elle a couché, traverse Doncourt et continue sa marche vers
LA RETRAITE SUR LES LIGNES D'AMAN v^ïLLERS 501
Jouaville. On emmène sous escorte quelques centaines de prisonniers appartenant tous au X* corps allemand.
Peu après le passage de la 3* division, les troupes du général Grenier reçoivent Tordre de partir pour Amanvillers. La marche est très lente, car on se règle sur les allures des ambulances, auxquelles le 5* bataillon de chasseurs à pied sert d'escorte. Le 3« dragons protège le flanc droit de la colonne. Les trois batteries divisionnaires. (5% 6* et 7' du i" d'artillerie) suivent le mouvement.
Arrivée & Jouaville, la division Grenier dépasse la division de Lorencez, qui s'est déployée, face au sud, pour repousser l'ennemi s'il essayait de nous suivre. Du reste, on n'aperçoit rien de suspect à l'horizon.
La division atteint vers quatre heures le village d' Amanvillers et campe, faisant face à Saint-Ail, au bois de la Cusse et à Verneville.
Peu de temps après son arrivée, elle voit défiler devant elle tout le G' corps qui abandonne Verneville, où il s'était d'abord établi, pour aller s'installer, à droite du 4' corps, sur les hauteurs de Saint- Privat.
— La division de Lorencez, qui est arrivée trop tard, le 16 août au soir, pour prendre part à Taclion, a bivouaqué sur lo champ de bataille, face au bois des Ognons.
A six heures du matin, quelques avis font craindre un retour offensif des Prussiens. Toute là division de Lorencez pi^nd les armes, ofit déployée avec son artillerie (8*, 9"* et 10* batteries du 1" d'artillerie), en arrière de son bivouac ; mais l'ennemi ne se présente pas. A trois heures et demie du matin, la lO batterie (capitaine Desveaux) a rejoint les troupes de la 3* division, en arrivant de Bruville.
A sept heures du matin, arrive l'ordre de partir pour Amanvillers; mais, peu de temps après, on annonce que des colonnes ennemies marchent vers Bruville; le mouvement en arrière de la division de Lorencez est arrêté : les trois batteries prennent position sur la crête près du village de Bruville et à l'extrême droite de la ligne de bataille. Les chevaux de cette artillerie, sellés le 15 août, à une heure de l'après-midi, restèrent harnachés cinquante-quatre heures.
Cette nouvelle alerte est encore fausse : aussi, vers neuf heures du matin, le mouvement sur Amanvillers est-il repris. La division de Lorencez traverse le village do Gravelotte et marche sur Doncourt, où elle reprend ses havresacs.
La !'• brigade (général Pajol, 15^ et 33"" de ligne) se met en marche la première, traverse Verneville, Amanvillers, la route de Briey et va
camper en avant de Norroy : le 33% la gauche appuyée à la route de Briey ; le 15« de ligne se trouve de l'autre côté de cette chaussée.
Le 2* bataillon de chasseurs établit, vers six heures du soir, son bivouac, entre le bois de Lorry et celui des Rappes, sur le prolongement du plateau de Plappeville, vers le nord-ouest. Au pied des flancs très escarpés de ce plateau, et en arrière du 4* corps, coule un ruisseau, qui, d'Amanvillers; se jette dans la Moselle, en passant par Châtel-Saint-Germain.
La 2» brigade (général Berger, 54» et 65® de ligne), qui forme l'arrière-garde, s est arrêtée à Doncourt et voit défiler devant elle les deux premières divisions et la 1" brigade de la 3* division du 4» corps.
La brigade Berger se met en marche à son tour vers six heures du soir, le flanc droit protégé par le 11* régiment de dragons, qui a été placé à l'extrême arrière-garde.
En arrivant à la hauteur d'Amanvillers, un spectacle magnifique s'ofTre aux regards. De tous côtés, jusqu'où la vue peut s'étendre, apparaissent des bataillons français : les armes sont placées en faisceaux, les baïonnettes étincellent au soleil couchant et mêlent leurs reflets aux uniformes variés des difl'érents corps d'infanterie, d'artillerie et de cavalerie.
L'enthousiasme, que les batailles de Borny et de Rézonville ont ravivé, augmente encore : tout le monde prévoit que cette brillante armée n'a pas été réunie là en vain, et que le lendemain sera un jour de bataille et de victoire !
Et cependant, ce lendemain même, l'armée française devait être à peu près surprise, et chaque corps d'armée, après une lutte héroïque, mais sans général en chef, qui sût en coordonner les mouvements, allait être refoulé sous les murs de Metz, pour ne plus en sortir!
Le passage à travers Amanvillers ne se fait qu'à grand'peine; tout le village est encombré. La 2« brigade reprend la route de Lessy, par laquelle elle est arrivée l'avant-veille, et vient camper à huit heures du soir, à un kilomètre environ d' Amanvillers, entre les bois de Châtel et de Vigneulles, dans le triangle marqué par les fermes Saint-Vincent, Saint-Maurice et le Chêne-de-la-Vierge.
— Partie à huit heures du matin pour se rendre à Amanvillers en passant par Verneville, la rèsa^e d'artillerie du 4* corps (!!• et 12* bat teries du 1" d'artillerie; — 6» et 9» du 8* d'artillerie; ~ 5* et 6» du i7* d'artillerie) est arrivée à deux heures à sa destination et campe près du château de Montigny-la-Grange.
— La division de cavalerie débouche sur le plateau vers quatre
heures du soir et établit son bivouac, la gauche s*appuyant au village d'Amanvillers et la droite non loin de Saint-Privat.
— Le 6* corps, qui a été très éprouvé dans la journée de la veille et se trouve dépourvu de réserve d'artillerie, a été envoyé, on se le rappelle, par ordre du maréchal Bazaine, à l'aile droite, dans la position de Verneville, pour se trouver moins exposé, dans le cas où Ton aurait à livrer une nouvelle bataille.
A neuf heures du matin, le maréchal Canrobert arrive à Verneville pour reconnaître ses positions. Le commandant du 6* corps les trouve, avec juste raison, défectueuses et presque impossibles à défendre à cause des bois de la Gusse, des Génivaux, de la Jurée et de Doseuillons, dont elles sont entourées. Il demande donc au maréchal Bazaine à se placer, plus en arrière, à Saint-Privat-la-Montagne, formant ainsi l'extrême droite de la ligne de bataille de Tarmée française. Cette demande agréée, le maréchal Canrobert dirige ses troupes vers la nouvelle position ; mais les routes sont encombrées par le 4* corps, et ce Q'est qu'à la nuit que le 6* corps arrive à Saint-Privat.
— La division Tixier a employé la matinée du 17, depuis le point du jour jusqu'à six heures, à relever les blessés et les morts. Les ambulances se transportent sur le champ de bataille de la veille et font leur devoir.
A six heures du matin, la division Tixier reçoit l'ordre de prendre position sur les hauteurs de Saint-Marcel.
Le 4* de ligne se retire le premier. Arrivé à ce village, le 1" bataillon de ce régiment reprend ses positions dé défense de la veille et les tient pendant une heure.
Le lO*. de ligne suit ce mouvement et se porte sur Saint-Marcel, gardant ses derrières par des lignes de tirailleurs échelonnés, face au village, et va s'établir en ligne déployée sur les hauteurs qui sont au dessus.
Après une halte de deux heures, la brigade Péchot se remet en marche par sa gauche et se dirige vers Verneville pour y bivouaquer.
Le 1*' bataillon du 4« de ligne est reparti à la suite de son régiment toujours en arrière-garde, mais dè3 lors en colonne à distance entière par division.
On marche dans cet ordre jusqu'à midi, en se dirigeant vers le nord-^est.
Dès onze heures du matin, on traverse les différentes troupes du 6* corps d'armée déjà campées à Verneville, le dos tourné vers ce village.
Vers midi, la brigade Péchot reprend sa place en première ligne par un « en avant en bataille », par colonnes de division.
Là, elle est rejointe par la 2» brigade (général Lo Roy de Daisj.
tes 1" et 3* bataillons du iOO* de ligne, partis chacun du point où ils ont combattu la veille, sont venus se réunir sur l'emplacement de leur bivouac du 16 au matin, près do Villers-aiix-Bois, et se dirigent sur Verneville, en compagnie du 42* de ligne.
Plus tard, le lOO de ligne est rallié par son 2« bataillon. Ce bataillon, sous les ordres du colonel Grémion, occupait encore le 17 au matin le village de Rézonville, qu il avait mis en état de défense, c'està-dire que des barrîcâdes existaient aux débouchés des rues, et que les maisons étaient crénelées.
On s'attendait à uù retour offensif de rennemi.
Enfîn, à cinq heures du matin, lé bataillon du 40O de ligne reçoit Tordre dé se replier sur Verneville pour y rejoindre son régiment ; \e<> hommes mènent aussitôt sac au dois^et s'éloignent rapidement danè la direction du nord-est.
Ce rnalheuréu^ village de Rézonville présente* alors un aspect dos plus laméntiables. Les habîtàrits épfldrôs fuient leurs demeures en emportant sur des cbâfiots et à dôs d'homme tous les objets de quelque valeur; les femmes, les enfants poussent des 'gémissements'; les bôtcs des ferrries, sorties d'e leurs étables et effrayées de ce bruit inaccoutumé, courent affpléeà paf les rues.
Mais revenons à la division Tixier, ^ui vient de se trouver réunie à Verrievîlle; au moment même où cette division établit ses grand'gardes, elle. reçoit un nouvel ordre de mouvement vers Saint-Privat.
La 6" compagnie du 1*» bataillon du 4* de'lignô est alors Chargée de la garde de cent dix-sept prisonniers prussiens qu'elle conduit au quartier général du 6* corps d*ârmée: •
Le départ pour Vçrneville s'effectue, vers quatre heures du soir et après une halte de quatre heures environ, en colonne et suivant Tordre de bataille des différents corps.
On miarche d'abord pendant une heure, puis Ton fait une nouvelle halte de deux heures poui* laisser passer les troupes du 4* corps.
Le troisième départ amène la division Tixier, à la nuit, à Saint- Privat là-Montâgrie, village important isitué sur un plateau élevé, à quinze kilomètres au nord-ouest de Metz, sur la route de cette ville à Briey. Les convois divisionnaires sont installés à Saint-Privat même.
La brigade Péchot (4° et 10* de ligne) campe à cinq CGntâ mètres à Test de ce village; le 12« de ligne (brigade Leroy de Dais) au nord.
Convoi allemand ti;^Tersant la Lorrains.
Le 9* bataillon de chasseurs a suivi le mouvement de sa division et après avoir traversé les villages de Saint-Marcel et d'Amanvillers est allé dresser ses tentes, au nord de la route de Briey, à hauteur du hameau de Jérusalem.
Le iOO« de ligne, dont le 3' bataillon forme Tarrière-garde de tout le convoi du 6« corps d'armée, arrive seulement vers dix heures et demie du soir à hauteur du village de Saint-Privat. Ce régiment, n'ayant pas d'indication de campement, se place entre le 25* et le 28" de ligne de la division Levassor-Sorval (6« corps).
Toutefois, vers quatre heures du matin, le 100* de ligne, rallié par
*** Oarnibr Frbrbs. bditrurs. 64
son brigadier, le général Le Roy de Dais, et le 12" de ligne vont dresser leurs tentes à l'extrémité du 6* corps, vers le village de Roncourt.
Les quatre batteries de 4 rayé du 8" d'artillerie attachées à la division Tixier ont suivi le mouvement de cette division.
La 5« batterie se met en marche pour Verneville à six heures du matin et y établit son campement ; elle en décampe par suite d'une fausse alerte, repart vers quatre heures et arrive à 4ix heures du soir près de Saint-Privat-la-Montagne, par une nuit profonde.
La ?• batterie gagne le château de Villers-aux-Bois, traverse le défilé de Verneville et campe au delà de ce village. Elle se remet en marche vers quatre heures et à la nuit close campe près de Saint- Privat-la-Montagne.
La 8* batterie s'est mise en mouvement à cinq heures du matin, et rejoint les autres^ batteries du 8° d'artillerie attachées à la division Tixier. Elle arrive avec celles-ci sur le plateau près de Saint-Privat, où ces batteries parquent aussitôt.
Quant à la 12* batterie, qui a été laissée le matin à la disposition du général Aymard, commandant la 4' division du 3* corps, elle rejoint les autres batteries de la division Tixier et parque avec elles près de Saint-Privat.
— La division Bisson^ on se le rappelle, était composée du seul 9' de ligne. Le 17, à dix heures du matin, les deux portions de ce régiment, qui ont été séparées pendant la lutte de la veille, se réunissent à Verneville, où se trouve massé, dans un espace des plus restreints, -tout le 6* corps.
La partie du 9* de ligne campée à Rézonville s'est mise en marche à cinq heures du matin ; celle qui était campée en avant de Gravelotte, à huit heures et demie .
Vers deux heures de l'après-midi, une fausse alerte fait prendre les armes au 9*^ de ligne, qui attend des ordres.
A trois heures et demie le camp de Verneville est levé. On se met en marche à travers champs et l'on vient camper à neuf heures du soir, près de Saint-Privat-la-Montagne. Le régiment est établi en bataille, sur une ligne partant de Roncourt et passant à cinq cents mètres environ à droite de Sainte-Marie-aux-Chsnes, face au village de Montois, sa droite à environ trois cents mètres de Roncourt. A' gauche du 9* de ligne se trouve la 3* division (général Lafont de Villiers), du & corps; ce régiment n'a personne à sa droite et il forme l'extrémité de toute la ligne française.
Bivision Lafont de Villiers. — Le 17 août au matin, les colonels de
cstte division reçoivent l'ordre d'envoyer des corvées pour toucher des vivres à l'administration. Ces corvées trouvent l'administration dans le plus grand désordre : tout le monde prend ce qui lui plaît sans bons. Les corvées de la division Lafont de Villiers rapportent du biscuit, du sucre, etc., et de l'avoine pour les chevaux, tout cela sans la moindre écriture comptable.
Un moment après, une épaisse fumée apparaît dans la direction de l'emplacement des vivres : c'est l'administration militaire qui fait brûler tout ce qui reste de vivres sous le prétexte qu'elle n'a pas de moyens de transport pour les enlever : cependant, un moment auparavant, sont partis pour Metz seize ou dix-huit attelages haui-le-pied, qui auraient bien pu être employés au transport des vivres que l'on fait brûler. Triste et stupide autodafé, qui doit le lendemain coùtel' tous les bagages du 6* corps.
Cependant l'artillerie est allée à Metz pour y faire ses approvisionnements en munitions; les caissons d'artillerie et d'infanterie partis pendant la nuit de la bataille reviennent dans la matinée du 47 complètement vides ! On n'a trouvé dans la place ni une gargousse, ni une cartouche ! î . . .
Au matin, la division Lafont de Villiers se met en marche et se dirige de Gravelotte sur Verneville. Elle sort de la grande route peu de temps après son départ, se forme en colonne par division à demidistancé et chemine à travers champs, à gauche de la route. A onze heures, elle prend position près du château de Verneville et s'y arrête trois heures.
Cette marche aurait pu donner d'excellents résultats: mais pour cela il aurait fallu s avancer rapidement et ne pas perdre un temps infini à faire rallier les corps, par les portions de troupe égarées pendant les difTérentes phases du combat de la veille. Des ordres bien donnés auraient permis ces ralliements vers cinq heures du matin, tandis que le 6* corps est obligé de faire à Verneville une halte de plusieurs heures pour rallier les portions de corps éparses de tous côtés.
Le moment où la portion du 94° qui est restée avec le colonel de Geslin, retrouve les tronçons des trois bataillons qui ont suivi le général Colin, est un moment de véritable bonheur pour tous, au milieu des pénibles préoccupations dues à l'imbroglio dans lequel on est plongé : ce sont des serrements de main, des embrassades qui présentent un tableau des plus touchants.
Pendant cette halte, le bruit lointain de la canonnade et le dt'chirement strident des décharges des mitrailleuses se font entendre sur
la gauche et dans la direction de Gravelotte : le 3* corps donne la chasse à quelques partis ennemis, qui se montrent entre ce village et les pentes boisées du bois des Ognons.
A deux heures, la division Lafont de Villiers quitte le plateau de Verneville et se remet de nouveau en marche, vers le nord-est, toujours dans le même ordre que le matin.
La division passe entre le bois Doseuillons et le bois de la Cusse, tourne à droite pour longer la lisière de ce dernier bois et traverser la voie du chemin de fer en construction de Metz à Verdun, entre le bois de la Cusse et le village d'Habonville.
Après avoir franchi la route de Metz à Briey, à environ un kilomètre en avant de Saint-Privat-la-Montagne, on arrive, à la nuit, devant ce village et on établit le campement, non sans avoir perdu une heure au moins à prendre des alignements.
La division Lafont de Villiers est établie dans Tordre suivant: les deux brigades sont placées à cent mètres de distance Tune de Vautre, parallèlement à la route de Metz à Briey, qui passe entre elles deux; les régiments sont placés dans l'ordre inverse de chaque brigade.
Le 75* de ligne se trouve en première ligne et à l'extrême droite de Tarmée, entre Saint-Privat-la-Montagne et Roncourt; ce régiment couvre son flanc droit par deux compagnies de grand'garde regardant principalement le village de Montois-la-Montagne; aucun travail défensif n'a été fait dans Roncourt.
Les habitants affirment que les bois situés à notre droite ont été rendus par eux impraticables.
En arrière du 75* se trouvent, à cinq cents mètres derrière Roncourt, le 9* de ligne sous les ordres du général Bisson et une brigade de cavalerie légère composée du 2* chasseurs d'Afrique et du 3* cliasseurs de France.
Le flanc gauche du 75* est appuyé à la route de Metz à Briey par Saint-Privat-la-Montagne et Sainte-Marie-aux-Chcnes. Le 91% conservant sa place de bataille naturelle, est à gauche de ce premier régiment et campe au pied de Saint-Privat.
Le colonel Daguerre du 91% ayant été blessé la veille et évacué de Tambulance de Rézonville sur Metz, le lieutenant-colonel Champion prend le commandement du régiment.
Le 93* et le 94* campent en arrière de Saint-Privat. Les batteries divisionnaires du général Lafont do Villiers (5% 6** et 7' batteries du 14" d'artillerie), ainsi que la 7° compagnie de sapeurs du 3« régiment du génie, capitaine Belfort, ont suivi le mouvement de leur division en
passant entre les bois Doseuillons et de la Cusse, sur la droite d'Habonville, et arrivent à Saint- Privât à huit heures du soir.
Les campements sont à peine installés, que les hommes de la division Lafont de Villiers se répandent dans ce village pour y chercher quelques provisions : la plus grande partie reviennent les mains vides et se contentent de pommes de terre cuites à Teau.
Chacun croit qu'on va pouvoir retremper ses forces dans un sommeil réparateur.
On se berce d'une vaine illusion : vers onze heures du soir, une fausse alerte vient encore jeter Talarme dans les camps et tenir tout le monde dans Tanxiété d'une attaque qui n'a pas lieu.
— La division Levasso7*-Sorval a, de son côté, pris position en première ligne, à cinq cents mètres au sud de Saint-Privat-la-Montagne, reliant la gauche du 6* corps à la droite du 4'.
Le 25* de ligne, par suite d'une erreur, avait reçu, le 17, l'ordre de reprendre l'emplacement qu'il occupait le matin du 16 à six heures. Ce régiment lève le camp et se porte sur cet emplacement. Il n'y trouve personne et revient au point où il a passé la nuit.
A trois heures de l'après-midi, le 25® de ligne se remet en marche sur Saint-Privat-la-Montagne, en suivant la route de Verneville. Il arrive vers neuf heures du soir à cette première localité et y campe face au sud et ayant ce village à dos.
— Le 28« de ligne, on se le rappelle, avait la veille au soir, à l'issue de la bataille, occupé Rézonville avec le 100° de ligne. A onze heures du soir, le colonel de ce dernier régiment avait apporté, de la part du maréchal Bazaine, Tordre pour le 28° de se barricader dans ce village et de s'y défendre à outrance, afin de protéger par une résistance extrême les mouvements de marche du lendemain.
Le colonel Lamothe du 28* fait aussitôt prendre les armes à son régiment et passe le reste de la nuit à assigner à chacun son poste et à pénétrer officiers et soldats de la rude tache et du devoir suprême que l'on a à remplir. Les rues de Rézonville sont barricadées, et les maisons ainsi que les clôtures sont créne]ée.s.
De nouvelles mesures prises par le commandant en chef empêchent (le donner suite à ces préparatifs de défense.
Le 28" de ligne, prévenu le 17, à quatre heures du matin, évacue Rézonville et suit à son rang la marche du 6** corps d'armée.
Ce régiment, ainsi que le 70* de ligne, qui constitue avec lui la brigade de Chanaleilles, se dirige lentement vers Verneville, traverse une partie du champ de bataille de la veille, arrive vers dix heures du
matin à ce village et prend position sur un plateau, le dos à la ferme principale dépendant du château de ce nom.
Vers midi les troupes de la brigade de Clianaleilles font un changement de front sur la gauche, qui est appuyée au parc. Sur Tannonce de la présence de Tenncmi, le 1" bataillon du 28* de ligne est envoyé de giand'garde à une ferme à proximité de Gravelotte.
A trois heures du soir, la brigade de Chanaleilles prend les armes : le 6' corps se met en marche sur Amanvillers et Saint-Privatla-Montagne.
Cette marche s'efTectue en colonne par division depuis Verneville jusqu'à Saint-Privat.
Le 70* de ligne est placé en queue du G*» corps et est soutenu par deux escadrons du 2- chasseurs d'Afrique, qui forment son extrême arrière-garde. En outre, son flanc gauche est couvert par une forte ligne de tirailleurs.
A la nuit, ce régiment vient établir son campement parallèlement à la route d'Amanvillers à Saint-Privat, sa droite vers ce dernier village.
De son côté, le 28" de hgne dresse ses tentes en avant et à gauche de ce môme village.
Le 1" bataillon de ce régiment, qui est resté en arriére, en raison de son service do grand'garde, ne rejoint que fort tard dans la nuit et reprend son emplacement à gauche du 2" bataillon, qui a le 3" à sa droite. Le régiment s'est donc formé, par inversion, à droite en bataille, le dos au village et faisant face à la campagne.
Les deux batteries de 4 rayé attachées à la division Levassor- Sorval (7° et 8* du 18* régiment d'artillerie, chef d'escadron Kesner, capitaines-commandants Charpaux et Boyet) campent en avant et un peu à droite de Saint-Privat-la-Montagne.
— La cavalerie attachée au 6« corps et qui se compose seulement du 2" chasseurs d'Afrique, commandé par le général du Barail, et du 3» chasseurs de France, sous les ordres du général de Bruchard, s'établit en arrière de Saint-Privat, près de la grand'route de Metz à Verdun par Briey.
Les chasseurs d'Afrique sont arrivés le matin même vers cinq heures à Doncourt et en repartent une heure après pour Vernevilîe. A neuf heures, le régiment fait la grand'halte devant la ferme de Caulzc, arrive à dix heures et demie à Vernevilîe et campe au sud de ce village.
Après une vive alerte qui a lieu vers trois heures de l'après-midi.
le 2* chasseurs d'Afrique se remet en marche pour Saint-Privat, où il arrive à onze heures du soir et campe à Touest de ce village.
De son côté, dans la nuit du 16 au 18, le 3" chasseurs de France a reçu des ordres pour lever le bivouac dès la pointe du jour et se rendre à Verneville. Le régiment doit suivre des chemins de traverse. — Du château de Villers-aux-Bois à la Malmaison, il traverse des bois; de la Malmaison à Verneville, des terres labourées.
A dix heures et demie, il arrive au château de Verneville, établit son campement à Touest et est rejoint à cet endroit par le 2* chasseurs d'Afrique.
A midi, le 4* escadron du 3o chasseurs de France part en reconnaissance du côté de la Malmaison, à la nouvelle d'un engagement que des paysans viennent d'annoncer. En arrivant à cet endroit, le i régiment est reçu par plusieurs décharges des mitrailleuses françaises I de notre 3« corps placées en batterie à la ferme de Moscou et rentre I aussitôt au camp.
^ Le colonel Pelletier, qui a quitté le régiment le 14 août au soir, à
cause de sa blessure reçue le même jour à Borny, rejoint le 17 son régiment à Verneville.
A deux heures, la cavalerie reçoit Tordre de lever le camp pour marcher à quatre heures sur Saint-Privat-la-Montagne.
La marche de Verneville à Saint-Privat, bien que ne présentant qu'un parcours de cinq kilomètres, est des plus difficiles, car elle ne s'opère qu'au milieu des terres labourées. La colonne de cavalerie traverse le chemin de fer en voie de construction de Metz à Verdun et atteint Saint-Privat, le même soir, à dix heures et demie.
Le 6* corps tout entier occupe cette position, qui s'étend jusqu'à Roncourt et Sainte-Marie-aux-Chênes.
Le campement du 3® chasseurs de France est établi sur le versant ouest du coteau, qu'occupe Saint-Privat, à la droite des chasseurs d'Afrique et en arrière de plusieurs lignes d'infanterie.
— Les 5* et 9* batteries du 19« d'artillerie (chef d'escadron Loyer, capitaines-commandants Jaubert et Bédarrides), attachées aux chasseurs d'Afrique du général du Barail, avaient établi, le 16 au î^oir, leur bivouac à cinq cents mètres environ et à Touest du village cieBruville.
Le 17, au point du jour, les croassements des corbeaux attirés à proximité par l'odeur des charniers de Rézonville et de Vionville tiennent lieu de réveille-matin à ces deux batteries.
A peine sur pied, les artilleurs constatent, avant tout, avec quelque
étonnement mêlé d'émotion, qu'ils se trouvent seuls et fort isolés, très en avant de Tarmée repliée.
Deux simples batteries à cheval ont donc, de leur bivouac, tenu tête aux Prussiens! Et les journaux d'Allemagne ont chanté les nieiveilles du 16 août!
Du côté de nos artilleurs, il n'y eut pas grand mérite, il est vrai, à garder un poste d'honneur trop peu périlleux; car Tennemi, vertement étrillé, n'a pas eu le dessein, avant l'arrivée des renforts accourant par la rive droite de la Moselle, de sortir du massif des bois de Marsla-Tour et de Gorze.
Notre artillerie se porte du côté de Verneville, où, avant dix heures du matin, elle rejoint les chasseurs d'Afrique, dont elle a été séparée la veille, dans le désordre qui s'est produit à la suite de la charge du plateau d'Yron contre la cavalerie prussienne.
A six heures du soir, les deux batteries quittent Vei'ueville pour Saint-Privat-la-Montagne, où elles n'arrivent qu'à la nuit noire, vers dix heures du soir, et bivouaquent au nord de ce dernier village.
— Les 9« et 10'^ batteries du 13* d'artillerie (12 rayé), chef d'escadron Brunet, capitaines-commandants Lequeux et Lippmann, forment à elles seules la réserve d'artillerie du 6* corps, où elles ont été envoyées le matin même sous les ordres du lieutenant-colonel de Montluisant.
Ces deux batteries vont camper au sud du village de Saint-Privatla-Montagne, où elles arrivent vers neuf heures du soir.
— La gar^de impériale, destinée à former la réserve générale, va camper entre les deux forts de Plappeville et de Saint-Quentin, à environ neuf kilomètres de Saint-Privat-la-Montagne.
Dès l'aube du 17 août, les divisions Deligny et Picard se rallient et reçoivent l'ordre d'opérer un mouvement de retraite sur Metz.
La 2* brigade (général Le Poitevin de la Croix, 2*^ et 3* grenadiers de la 2* division) marche en tête avec la Z^ batterie du régiment monté d'artillerie de la garde, passe par Moulins et vient bivouaquer entre Longeville et le Ban-Saint-Martin. Les 4° et 6** batteries montées établissent leur campement avec la division Picard entre les forts de Saint- Quentin et de Plappeville. La 3* batterie les rejoint dans Taprèsmidi.
La 1" division (général Deligny) a reçu également l'ordre de se retirer en suivant l'ancienne Voie romaine.
Les deux premiers bataillons du 4« voltigeurs, qui ont bivouaqué sur le champ de bataille, quittent leurs positions à cinq heures et vont rejoindre le 3* bataillon, qui se trouve à Gravelottc.
L* garde du drapeau.
Après un repos d'un quart d'heure, la 2" brigade (général Garnier, 3* et 4« voltigeurs) se met en marche la première.
La 1'* brigade (général Brincourt, bataillon de chasseurs, 1" et 2* voltigf urs) suit le mouvement.
Le 3* bataillon du 1" voltigeurs, qui a passé la nuit en grand'garde au débouché du ravin de Gorze, a été relevé à trois heures et demie précises.
La brigade Brincourt se réunit à six heures et demie en arrière de Rézonville sur le terrain qu'elle occupait la veille et se met en marche à sept heures et demie.
A onze heures du matin, la division Deligny fait la grande halte,
*** Garnirr Frïîrbs, éditeurs. 63
5!4 FHANÇAIS ET ALLEiMANDS
en arrière de Gravclolto, sur les crêtes près de la ferme du Point-du- Jour, où elle a campé le 15 août au soir.
Après un repos de deux heures, la retraite continue : la division Deligny passe successivement à Ghàtel-Saint-Germain, au moulin do l.ongeau, à Lessy, et arrive à trois heures et demie sous le fort Saint-Quentin, dont elle doit occuper le versant nord.
L'état-major, qui doit avoir reconnu le terrain, dit qu'il n'y a pas d'eau h côté do l'endroit où la division Deligny va camper : on fait remplir les bidons, puis, au lieu de monter sur le plateau du Saint- Quentin par la route, on donne Tordre aux troupes de grimper par des hauteurs à pic.
Les hommes, fort chargés, portant de Teau, sont obligés de s'arrêter à chaque instant pour souffler : ils sont embarrassés par des vignes, des murs, des clôtures de toutes sortes, qu'il faut franchir ou contourner : chasseurs à pied et voltigeurs arrivent en haut de Saint- Quentin dispersés, éreintés, après avoir mis le double du temps ;que par la route, et une fois sur le plateau on trouve à quelques pas de l'endroit où Ton est campé de l'eau en quantité : l'état-major avait reconnu le terrain î !
La division Deligny campe, ainsi que nous Tavons dit, sur le versant nord du plateau que couronne le fort Saint-Quentin et formée sur deux lignes : en première ligne, la 2* brigade ; en deuxième, la 1" brigade (le bataillon de chasseurs ayant à sa droite les !•' et 2* voltigeurs).
L'après-midi de cette journée est employé par les artilleurs des batteries montées de la garde à réorganiser les attelages et à remplacer les munitions consommées.
Les quatre batteries du régiment d'artillerie à cheval de la garde qui forment la réserve d'artillerie du général Bourbaki campent également sur le Saint-Quentin.
— Après une nuit sans sommeil, aux premières heures du jour, on sonne à cheval dans les campements de la cavalerie de la garde. Cette cavalerie avec ses deux batteries se met en mouvement sous, le commandement de son chef, le général Desvaux; elle traverse Gravelolte, quitte à la Malmaison la route de Conflans et se dirige en longeant les bois vers Verneville.
La division traverse ce village, puis Amanvillers; on descend par les Rappes et le bois du Châtel, puis on remonte les rampes escarpées de la gorge que l'artillerie peut à peine gravir en doublant les attelages : on fait une halte d'environ deux heures sur le haut du plateau, près de
la ferme de Saint-Maurice, pour laisser manger les hommes et les chevaux.
On se remet ensuite en route; vers quatre heures, on arrive enfin sur la croupe du plateau de Plappeville, où l'on pense établir le bivouac; mais, sur de nouveaux ordres, on fait rétrograder et redescendre la division Desvaux par Lessy et les gorges de Chàtel-Saint- Germain.
Là, la division trouve ces routes étroites et escarpées tellement encombrées par des voitures et les équipages de pont, qu'elle se voit presque dans l'impossibilité d'avancer.
Enfin, après une marche extrêmement pénible, par une chaleur étouffante, les hommes et les chevaux tombant de besoin, la division Desvaux arrive au point où elle doit décidément établir son bivouac. C'est dans une très mauvaise position, sur la droite de la route de Chàtel-Saint-Germain à Moulin-lès-Metz, au fond du vallon de Sey et non loin du moulin de Longeau, où se trouve déjà, bivouaquée depuis longtemps la division de Forton, qui a également quitté le malin le champ de bataille de Rézonville.
— A cinq heures du matin, les 11" et 12' batteries du 13" d'artillerie (12 rayé), appartenant à la réserve générale d'artillerie de Metz, qui ont pris une part efficace à la bataille de la veille, partent de Gravelotte, s'engagent sur la route de Verneville, tournent le bois des Génivaux et arrivent par Châtel et Lessy sur le flanc oriental du Saint-Quentin, vers une heure et demie de Taprès-midi. Là, elles se réunissent aux 5% 6"^ 1* et 8" batteries de leur régiment, qui arrivent au même moment do Metz sous les ordres du colonel Salvador, ainsi qu'aux i'% 2% 3% 4*, 5», 6% 7* et 9" batteries du 18« régiment à cheval (colonel Toussaint, qui appartiennent aussi à la réserve générale d'artillerie.
— Déjà, dès cinq heures du matin, le grand quartier général s'est transporté au village de Plappeville, à la sortie duquel sont campés les deux escadrons d'escorte : 1" du 2" chasseurs à cheval (capitainecommandant Danloux) et 5* du 5' hussards (capitaine en second Guillouzlc).
Le mouvement que l'armée française vient d'exécuter est donc un changement de front en arrière, pendant lequel on a pivoté sur le 2' corps, dont la gauche occupe Rozérieulles, presque aux portes de Metz. On reçoit à la nuit Tordre d'établir immédiatement des mémoires de propositions permettant de remplir les vacances que les combats du 15 et du 46 ont faites dans presque tous les corps. Ce travail doit être envoyé dès le réveil aux commandants des corps d'armée.