‹ Français & AllemandsChapitre 10 sur 37 · COMBAT D'ARTILLERIE · texte numérisé non relu

COMBAT D'ARTILLERIE

il se décide enfin à faire tirer le premier coup de canon. Nos pauvres soldats peuvent marcher à la mort, avec la certitude de ne jamais vaincre. La journée est très avancée. Le commandant en chef semble ne pas avoir prévu que même, après le succès de ses premières attaques, la nuit viendra trop tôt pour Tempêcher de poursuivre ses avantages. Mais, encore une fois, pourquoi donc attendre si tard? C'est le cri de toute Tarmée. On a une telle envie de se battre, de se bien battre, et de sortir de prison.

Tout à coup, un grondement sourd se fait entendre au milieu du silence qui continuait à régner sur le plateau du Saint-Julien. Le fort de ce nom se couronne de fumée. Toute Tarmée tressaille, .comme si elle n'avait qu'un seul cœur. On prête Toreille... L^ne... deux... trois détonations.

Il est quatre heures dix minutes du soir. Bazaine s'est enfin décidé à rompre la trêve... Ce sont les trois pièces de 24 court de la batterie élevée en avant du château de Grimont, sur la gauche de la route de Sainte-Barbe, qui viennent de faire feu, en entendant la salve tirée par le fort Saint-Julien. Le premier obus tombe sur une masse d'infanterie ennemie serrée en colonne, en avant de Sainte-Barbe, qui se trouve à sept kilomètres de notre front de bataille; l'effet est considérable, car tout s'éparpille comme dans une mare à grenouilles, qui recevrait une pierre de taille. Les soldats du 13* de ligne et du 5" bataillon de chasseurs, les plus rapprochés de cette batterie, applaudissent cet heureux début. Les deux autres obus tombent avec la même justesse et comme si on les plaçait avec la main.

A la triple détonation de là batterie de Grimont, réfpondent les pièces de 12 et de 4, placées en position sur le front du 3« et du 4« corps, et dont les obus vont fouiller les bois, pour en faire sortir les Prussiens.

Le feu s'allume aussitôt. Un duel formidable d'artillerie s'engage sur toute la ligne ; les pièces de 24 de la batterie de (irimont ont pour objectif Poixe et les pièces de 12 du 4« corps le village de Servigny et les retranchements, qui le couvrent en avant.de nous.

Les batteries, qui depuis le matin observaient en silence les positions ennemies, tonnent toutes à la fois et envoient de furieuses volées.

Aussitôt, un cercle de fumée blanchâtre se dessine autour de notre ligne de bataille, partant de la gauche de Tennemi e1 gagnant rapidement sa droite. Ce sont les batteries de position des Prussiens, qui répondent avec un formidable ensemble au défi que nous leur avons jeté.

Aux premiers coups de la batterie de 24 de Grimont, des troupes prussiennes massées près du village de Failly se portent sur leur droite. Des masses, qu'on distingue être de l'artillerie, s'ébranlent et s'avancent très bravement sur deux lignes, en avant de Poixe et de Servigny, sans se soucier des soutiens^ et se mettant en batterie dans un pli de terrain, où elles sont protégées, elles ouvrent un feu à volonté des plus rapides et des mieux nourris.

Nous allons voir, dès le début de Taction, à quoi servirent les trois pièces de 24, dont la mise en position a causé un retard peut-être fatal. Pendant que le maréchal Bazaine faisait péniblement élever cette batterie, les Prussiens ont pointé leurs pièces de position à loisir et assuré leur supériorité sur ce point.

Aussi, au signal donné par la première décharge de cette batterie, répondent-ils par une gréle de projectiles lancés avec une violence inouïe et une précision remarquable; en quelques minutes, les trois pièces de 24, logées derrière Tépaulement, sont écrasées, les artilleurs qui les servent, sont tués ou blessés. Dans l'impossibilité de tenir plus longtemps, on doit renvoyer au fort Saint-Julien, les pièces de 24 devenues inutiles. Voilà quelle utilité ont eue pour nos troupes, les apprêts du maréchal Bazaine, dans Tendroit où il a daigné se montrer.

Les batteries divisionnaires continuent crânement la lutte et ne sont guère mieux traitées. Le feu a gagné successivement toute notre ligne de bataille jusqu'à la Moselle.

Le fort Saint-Julien seconde à merveille le tir des batteries divisionnaires et môle la grosse voix de ses pièces de 24 au bruit plus strident des canons de campagne et au crépitement des mitrailleuses. Les habiles pointeurs du heutenant-colonel Protche dirigent sur Pennemi un feu violent, dont les résultats excitent Tadmiration des troupes massées sur les glacis du fort et foudroient tout ce qu ils visent : des caissons sautent^ des affûts sont brisés, des chevaux tués; le feu opposé se ralentit. Une pièce de 24 réduit au silence, après quelques coups, six pièces de canon prussiennes. Grâce à la justesse du tir du fort Saint-Julien, les batteries ennemies de Gras sont éteintes.

Furieux de cet incommode voisinage, les Allemands envoient plusieurs obus à toute volée, dans la direction du fort. Deux de ces projectiles tombent en avant : lun d'eux vient presque éclater au milieu d'un groupe de curieux, le deuxième tombe sur la route de Sainte-Barbe.

Le feu des batteries ennemies redouble de furie : leurs projectiles volent sur tout le plateau, jusqu'à la ferme de Grimont, et fouillent le sol avec rage. Partout s'élèvent des tourbillons

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