COMBAT D'ARTILLERIE
de poussière jaunâtre. De nombreux obus prussiens tombent dans le bois de Grimont heureusement inoccupé.
Nos régiments d'infanterie et nos bataillons de chasseurs à pied ne souffrent guère, par bonheur, de ce feu formidable. Déployés sur plusieurs lignas et couchés dans les sillons, à la droite ou en arrière de nos batteries, ils attendent l'ordre de marcher en avant.
L'infanterie prussienne, fidèle à seïj prudentes habitudes, se tient abritée en arrière des batteries qui la protègent.
Bazaine pourrait encore, avec la ferme volonté de réussir, lutter avec avantage contre l'artillerie ennemie; en réunissant, à défaut de l'artillerie de réserve, les batteries divisionnaires et celles de la réserve de la garde, il mettrait encore en Hgne, seize batteries, ensemble quatre-vingt-seize bouches à feu, avec lesquelles il ferait infailliblement ployer l'armée prussienne. En cela, il suivrait l'exemple du prince Frédéric-Charles à Saint- Privât; mais cette fois encore, les plus rudes leçons doivent être inutiles.
Pendant plus de deux heures, ce duel d'artillerie se soutient avec acharnement. Nos canonniers, admirables de calme et de sang-froid, se maintiennent en position, sous ce tourbillon de fer et de plomb, qui creuse le sol tout autour d'eux, faisant voler au loin la terre et les pierres. Grâce à Dieu, la plupart des coups ne portent pas sur nos admirables artilleurs ; à peine voit-on quelques chevaux blessés errer tristement d'une batterie à l'autre.
La canonnade est des plus vives entre les batteries françaises placées en avant de la ferme de Grimont et les batteries prussiennes de Servigny d'un côté, et de l'autre entre les batteries françaises des Bordes et les batteries ennemies de Noisseville et de Montoy. Nos mitrailleuses font un tapage infernal vers Mey, d'où elles prennent en flanc l'artillerie allemande, qui perd presque tous ses attelages ; cent cavaliers pourraient cueillir vingt pièces, mais jamais on n'a su se servir utilement de notre cavalerie.
Vers quatre heures et demie, la 9« batterie du 45» d'artillerie, sous les ordres du capitaine Gibouin (division de Cissey), se met en batterie sur une crête à gauche du bois de Mey; elle ouvre le feu sur des batteries mobiles placées entre Servigny et Nouilly, et, les prenant en rouage, les force à la retraite. Mais, au bout de quelques salves, le tir des batteries de position de l*ennemi prend une trop grande supériorité et la batterie se retire en arrière de la crête. Jusqu'à sept heures, elle exécute cette manœuvre trois fois, h des intervalles variables, seule ou
avec la 12* batterie (à balles) du même régiment, ayant toujours pour but de contre-battre les batteries mobiles, qui viennent renforcer les batteries de position de Servigny. -Elle parvient ainsi à faire du mal à l'ennemi, sans éprouver aucune perte.
La 12« batterie, comme on vient de le voir, a opéré avec succès, de concert avec la 9«, contre les batteries mobiles placées entre Servigny et Nouilly. Elle se retire sous le feu des batteries de position prussiennes, revient à la charge contre les batteries mobiles rentrées en ligne, et ainsi de suite, jusqu'à quatre fois, sans subir de perte.
La troisième batterie de la division de Cissey, 5« du 15«, n'est pas engagée. Cependant son chef, le capitaine Gaillard, a son cheval tué sous lui et six autres chevaux des attelages sont abattus par le feu ennemi.
Le 20» bataillon de chasseurs à pied de la division de Cissey, affecté à la garde de ces batteries, reste couché, déployé sur la gauche du bois de Mey : la configuration du terrain le protège des obus qui éclatent, en avant, à gauche, près de la route et en arrière du bataillon. L'ennemi envoie sur ce point une quantité considérable de shrapnels; tous ses projectiles sont percutants. De nombreux obus éclatent également dans les rangs du 73" de ligne, sans occasionner de pertes trop cruelles.
Les deux batteries de 4 de la division Grenier (G« et 7* du 1" d'artillerie), écrasées par le feu des batteries ennemies, ne peu* vent leur tenir tête. Une section de mitrailleuses de la batterie Saint-Germain (5« du 1") se porte à hauteur et à droite de la batterie Florentin (11* du !•') armée de pièces de 12 pour la protéger contre les batteries ennemies et se retire au bout d'une demi-heure, après avoir tiré une trentaine de coups.
La batterie Saint-Germain perd le lieutenant Schneider blessé ainsi que^ deux servants. Les deux autres batteries, bien que n'ayant pas été engagées, comptent, la 6% six hommes blessés et la 7«, deux hommes mis hors de combat.
Le 13* de ligne déploie ses bataillons formés en colonne et se met, de son mieux, à l'abri des projectiles, qui tombent sur lui de face et de gauche. Vers cinq heures du soir, il déploie ses bataillons, le 1" et le 3« en première ligne : le 2«, sur un ordre du maréchal Bazaine, se tient à cent cinquante mètres en arrière; mais la 1" compagnie (lieutenant Grenier) mco^che avec le 3* bataillon, jusqu'à la fin du combat.
Une batterie de la division Grenier, placée en arrière du 43* de ligne, attire sur ce régiment les projectiles ennemis : les deux bataillons (1«' et 3") placés en réserve reçoivent ce feu avec calme, lorsque de nouvelles batteries apparaissent sur
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leur gauche et vont bientôt jeter la mort dans leurs rangs. Le commandant de Cherisey donne Tordre alors à ces deux bataillons d'appuyer à gauche ; là, se trouve un chemin creux, où ils sont protégés comme dans une tranchée-abri.
Les batteries placées en avant et en arrière du 98« de ligne (division Grenier) ont ouvert sur Servigny, un feu très peu nourri, auquel l'ennemi répond avec beaucoup de vivacité. Le 98* de ligne supporte avec constance ce feu, que la position des batteries rend très dangereux. Vers cinq heures du soir, la précision des coups sur nos lignes force à reculer leur position d'une centaine de mètres, la place manquant pour porter ces lignes en avant, à cause de la position d'une batterie ; ce léger mouvement en arrière se fait avec beaucoup d'ordre et le général de Ladmirault, commandant en chef le 4* corps, témoin de la fermeté du 98* de» ligne sous ce feu, envoie féliciter le lieutenant-colonel Régley de Kœnigsegg, qui commande momentanément le OB'" de ligne.
Les batteries divisionnaires du général de Lorencez restent en réserve avec leur division, assistent, toute la journée, au combat sans y prendre part et suivent le mouvement de la division, qui se porte en avant, tandis que le combat continue. Le 65* de ligne (2® brigade Berger, 3« division du 4« corps), qui occupe le bois de Grimont, que fouillent les projectiles de l'artillerie ennemie, a quelques hommes tués ou blessés.
Les batteries de 4 de la réserve d'artillerie du 4« corps assistent en simples spectatrices à ce duel d'artillerie ; pour le moment, on trouve leur caUbre trop faible. Ces batteries subissent, sans y répondre, le feu de l*ennemi, dont les projectiles portent en plein au milieu des pièces, des avant-trains et des caissons, mais comme, décidément, on renonce à se servir des feux de ces batteries, on les fait retirer par des mouvements successifs.
Les deux batteries de 12 de la réserve du 4« corps (il« et i2« du 1" d'artillerie), sous les ordres des capitaines Florentin et Gastine, restent seules pour soutenir le feu des pièces ennemies.
Quelques instants avant le commencement de la bataille, le capitaine Florentin, commandant la 11» batterie du 1«* d'artillerie, a cru devoir faire remarquer au général Soleille, que deux batteries fixes construites sur le versant de Rupigny à Vany, sont disposées de façon à le prendre d'écharpe, et lui a demandé de vouloir bien les faire inquiéter, le plus tôt possible, par Tartillerie du 6« corps, afin que nos pièces puissent riposter plus librement à l'artillerie, qui s'installe devant elles, près de Poixe.
Dès l'ouverture du feu, cette batterie de Poixe prend tout d'abord nos deux batteries de 12 comme objectif; puis, une bat-
terie arrivant par la route que nos pièces défendent, s'établit en face d'elle et du même côté de la route, à deux mille trois cents mètres environ, entièrement à découvert, contrairement aux habitudes des Prussiens ; mais le défaut des fusées percutantes, dont nous nous sommes servis dans toutes les autres affaires pour régler le tir, ne nous permet pas de prendre une supériorité immédiate.
Bientôt, les batteries placées à droite de la route reçoivent Tordre de se replier à quelques centaines de mètres, en arrière, pour prendre une position plus avantageuse, laissant ainsi les !!• et 12* batteries du 1" d artillerie, en sentinelles avancées.
Le commandant Lad range, qui s est tenu jusque-là avec les quatre pièces détachées, revient à la fraction principale. Les lieutenants Schneider et Chériot viennent la rejoi^dre avec leurs sections et se placent en potence, à la gauche des quatre pièces déjà installées de la batterie Gastine, pour essayer de faire taire deux batteries ennemies, qui n'ont pas même pris la peine de profiter des batteries fixes déjà construites et se sont établies plus près de Chieulles, pour nous prendre plus exactement en enfilade : Tartillerie du G» corps les laisse faire.
Un projectile venant de ces batteries, tue, du même coup, deux servants de la batterie Gastine (12").
Le capitaine Saint-Germain, commandant la batterie de mitrailleuses de la division Grenier (5« du i«'), comme nous venons de le dire, vient alors, avec une section de ses canons à balles, se placer en arrière de la batterie Florentin, à hauteur de ses caissons et tire, avec succès, une trentaine de coups de mitrailleuses.
Le capitaine Florentin et le lieutenant Legondat sont couverts de terre par Texplosion d'un obus, dont un des éclats arrache le sabre de ce capitaine.
Le lieutenant Schneider est jeté à terre par un obus, qui éclate presque sous lui.
Les maréchaux des logis Hacquin et Nief de la batterie Florentin, Dargent de la batterie Gastine, sont blessés. Plusieurs servants sont mis hors de combat, malgré la protection de leur abri.
A ce moment, vers six heures, le capitaine Florentin» grièvement blessé à Tavant-bras droit par un éclat d'obus, est emporté du champ de bataille et laisse le commandement de la batterie au Ueutenant en premier Legondat.
Dans la batterie Gastine, un projectile atteint directement une pièce et brise une roue de telle façon, qu'un changement il'affùt est nécessaire : cette opération, difficile dans un pareû