LES CONSÉQUENCES DE SEUVIGNY W
cela se concevrait ; mais pour le 4« et surtout pour le 3% sur lesquels, et principalement sur le dernier, portait tout Teifort de la bataille, on ne' peut comprendre comment le maréchal ne s'est pas montré à eux, tant pour juger les mouvements, que pour exciter le moral des troupes.
En outre, Bazaine s'est retiré, le 31 août, à cinq heures du soir, du champ de bataille c'est-à-dire au début de Faction.
On a encore trouvé une preuve du peu de désir que le maréchal avait de traverser les lignes ennemies dans ce fait significatif, en effet, (jue les bagages n'avaient pas d'ordre pour marcher et (jue, partout, ils restèrent au campement.
Quoi qu'il en soit, le maréchal s'est bien mal disculpé de tous les reproches qu'on lui adressait sur cette question. Dans le rapport sommaire qu'il a publié, il parle très lestement de ces deux journées, que nos troupes avaient cependant prises plus sérieusement : « L'opération, dit- il, réussit en partie le 31. » Pour ceux, qui ont vu de prés l'opiniâtreté de la lutte, honteuses sont ces paroles.
L'aumône est faible pour tant de sang versé. « Mais, ajouto-t-il, pendant la nuit, les troupes qui occupaient Servigny furent obligées de se replier, par suite d'un retour offensif de l'ennemi très supérieur en nombre. » Ici, par exemple, c'est autre chose.
Qui le maréchal croit-il trom[)er? A qui fera-t-il admettre qu'une armée de cent cinquante mille hommes, adossée à des forts, par conséquent absolument rassurée sur ses derrières, enhardie par un succès, ait trouvé devant elle un ennemi très supérieur? Il est bien évident, tout au contraire, que l'avantage de la supériorité numérique se trouvait de notre côté, l'ennemi ne pouvant dégarnir beaucoup ses lignes d'investissement, ne sachant pas si rattatjue, en un point donné, n'était pas une feinte.
Servigny fut repris pendant la nuit du 31 août au 1" septembre et il est notoire que cette position était insuffisamment gardée par nos troupes. Faut-il en conclure (jue l'intention du maréchal n'était pas de s'y maintenir? Alors pourquoi avoir pris ce village? Voulait-on percer les lignes ennemies et donner la main à Mac-Mahon, comme on l'a dit, alors pourquoi n'a-t-on pas attaqué plus tôt le premier jour, comme nous le •disons plus haut, et pour([Uoi n'avoir pas tiré parti de la victoire du 31? S'il no s'agissait, comme on en a répandu le bruit, ffue d'une reconnaissance offensive, celle du 26 août aurait dû suffire.
Le 1"" septembre, la lutte a recommencé très accentuée pendant quelques heures. On était sans ordres, le maréchal Bazaine étant allé se reposer la nuit précédente aii village de Saint- Julien, sans s'in([uiéter autrement des troupes. Celles-ci n'ont pas été ramenées; elles ont d'abord opiniâtrement résiste à des forces considérables, au feu meurtrier dune artillerie formidable, puis, voyant (|u'on ne s'occupait pas d'elles, sans avoir cédé un pouce de terrain, elles se sont retirées, ou plutôt elles ont cessé d'attaquer et se sont repliées, sans que l'ennemi osât les attaquer, pendant leur mouvement rétrograde.
Et quant à dire enfin! comme le miréchal Bazaine, dans son rapport sommaire ^ que « il était à craindre ((ue l'ennemi ne nous attaquât pendant notre retour », il était bien facile de remarquer de très bonne heure, au contraire, que l'ennemi ne s'occupait que de ressaisir ses positions de la veille.
Quand il les eut regagnées, il ne fit plus un pas en avant, sachant, sans doute, où commençait lo rayon d'action de nos forts.
— A la suite de co^ deux jours de combat, on s'attendait à un ordre du jour; mais, selon son habitude, le commandant en chef resta muet. On s'étonna beaucoup que le maréchal Bazaine n'ait pas cru devoir honorer les troupes de quelques paroles énergiques, constatant leur bravoure.
« Cela tient, dit le commandant *** de l'état-major, à la difficulté de rédiger cet ordre du jourl »
Il y eut dès lors un vif mécontentement dans larmée, qui sentait s'affaiblir sa confiance dans son chef et qui demandait pourquoi tant de sang répandu inutilement, et pourquoi la victoire du 31, due à son irrésistible élan, aboutissait à la retraite honteuse du 1"'.
C'est à partir de cette époque qu'on entendit émettre ouvertement cette opinion : « Bazaine ne veut pas sortir d'ici; il livre des semblants de batailles, pour donner satisfaction aux Messins, qui voient leurs vivres dévorés par notre armée; il donne aussi à cette brave armée, qui ne demande qu'à bien faire, un os à ronger, quand lui, Bazaine, poursuit des plans ambitieux et inavouables *. »
A l'heure môme où se livrait la seconde journée de cette inutile bataille de Sorvigny, le sort complétait l'œuvre infâme de l'homme du Mexique, réalisait l'autre partie de son programme, abattait l'Empire à Sedan et livrait aux Prussiens notre ariné« de Chàlons.
1 . Lieutenant-colonel Meyret, Carnet d'un prisonnier de giterre.