‹ Français et Anglais devant l'anarchie européenneChapitre 7 sur 15 · FRANÇAIS ET AKGLA1S DEVANT · texte numérisé non relu

FRANÇAIS ET AKGLA1S DEVANT

rait avoir une suite désastreuse pour les Anglais qui seront surpris par la saison avancée et, qu'en outre, le conflit parait d'autant plus mal fondé que le roi français a toujours tenu a vivre en paix avec son voisin. Les pourparlers furent couronnés de succès. Les deux rois, en suivant la voie des concessions mutuelles et guidés parleurs intérêts bien compris, ont fini non seulement par régler leurs différends à l'amiable, mais, chose plus curieuse, ils ont cru nécessaire de mettre fin à leurs velléités guerrières en se liant à l'avenir par un traité ^arbitrage permanent (1475). Et ce fut sans doute le premier traite de ce genre que nous retrouvons dans l'histoire du monde. Dans ce document précédant de 150 ans l'apparition de l'ouvrage de Grotius, et qui établit une relation juridique entre la France et l'Angleterre pour sept ans, nous trouvons, entre autres, ces pensées étonnantes pour l'époque et la mentalité de l'Europe d'autrefois:

Il ne sauraient plus à propos (les rois Edouard et Louis XI) ni plus loyalement mettre fin à cet état de choses qu'en remettant en d'autres mains le différend qui les sépare, « leurs revendications doivent être examinées conformément nu droit et

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résolues suivant la justice », alin d'éviter Tel sion du sang chrétien. II y était stipulé qu'au cune contravention à la trêve ne donnerait lieu a la rompre, mais serait déférée au jugement des conservateurs {de la paix) qui « puniraient infracteurs et non point l'autre ». Les arbitres désignés pour le roi d'Angleterre étaient : les ducs de Clarence et de Glocester, ses frères, le chancelier d'Angleterre, le garde des sceaux privé, le gouverneur des Cinq ports ou bien ceux de ses lieutenants résidant à Calais. De la part du roi de France, c'étaient le sire de Beaujeu et Jean, bâtard de Bourbon, amiral de France '.

Dans le môme ordre d'idées, également bien avant Grotius, la France donne un autre exemple à l'Europe politique du xvn* siècle. C'est chez elle que naquit un projet vaste et humanitaire ayan en vue de mettre fin aux guerres qui divisaient I monde moyenâgeux. Ce projet conçu par le r Henri IV, se troupe exposé dans les Éconoim Royales de Sully. Le roi avait émis l'idée d'att quer avant tout la maison d'Autriche en Allem

1. "Voir Barante : Histoire des ducs de Bourgogne, édil Stcfctrd, tome II et le Recueil des traités de Paix, rails parles i de France, publié par Léonard, 1&J3, tome I.

■ne et on Europe, lui enlever certaines provinces, ■efaire ensuite le partage de l'Europe et fonder ne république chrétienne, sous forme de fédéraon de tous les Etats européens. Les principaux pays d'Espagne, comme la Hollande, l'Angleterre, la république de Venise, les 'princes protestants de l'Allemagne lui ont promis leur appui pour le projet de transformer l'Europe et d'y fonder une. paix durable. L'Europe, dans l'idée de Henri IV ', devait être divisée en quinze parties presque égales. Leurs limites devaient être définies et sous aucun prétexte, on n'aurait permis aux participants d'en modifier l'étendue.

Afin de résoudre les différends qui auraient pu dater parmi les intéressés, un conseil général de fixante personnes devait être établi. Ce « Sénai ; la République chrétienne » devait statuer sur les querelles ou malentendus qui surgirent entre les puissances. Le Sénat, en qualité

.. Cerlains historiens, entre autres, Micbelel, ont essayé de railler projet de Henri IV, mais avec une rave incompréhension Je son ; M. Ancillon, dans son remarquable Tableau de révolution nés politiques 'le l'Europe (II), de même que M. Whcaton ■ son Histoire îles progrès du droit des gens, rendent pourtant :etle conception si humaine et si libérale pour le siècle i lui a donne n;

de magistrature suprême, avait la mission de veiller non seulement à ce que la paix ne cesse de régner entre les souverains, mais aussi à

que ces « derniers ne puissent oppresser leurs sujets ».

L'assassinat du roi Henri en iGiO a empêché ce projet d'aboutir. Mais les préoccupations pacifiques qui l'ont fait naître ont continué à se fain jour en France.

Le Nom-eau Ci/tirc "il hhcourx d'Es/at, qui parut en 1623, se pose également le grave problème d'«cstaMir une paix gencralle et la Liberté du commerce par tout le monde ». Cet ouvrage i dû déjà correspondre aux préoccupations de la France médiévale, car une seconde édition en fut imprimée l'année suivante. Em. Cruce y prouve qu'il n'y a pas de plus grande hérésie que de mettre « la souveraine gloire en l'injustice » et il adjure les souverains de vouloir comprendre enfi que si « on voit brusler ou tomber la maison ( son voisin, qu'on a subject de crainte, vu que 1 société humaine est un corps dont tous les men bres ont une sympathie, de manière qu'il est in possible que les maladies de l'un ne se communiquent aux autres. » Le Nouveau Cym'e se nionti

déjà tellement antimilitariste, qu'il se demande, comment les pays peuvent se glorifier des victoires obtenues sur les champs de bataille ! Qu'est-ce qu'une telle gloire ? lit « quelle apparence y a-t-il d'estimer tant une chose, qui ne se vante sinon de faire ce que « les plus imbéciles animaux peuvent exécuter, car de nuire et tuer c'est une chose facile ». Examinant ensuite les misères qui affligent l'humanité, le « nouveau Cynée » ne s'étonne point que Plotin fût honteux d'être homme, et qu'il y ait parmi les hommes tant de « Timons solitaires! »

Presque tous les grands écrivains du xvu" et xviu" siècles se montrent animés des mêmes sentiments à l'égard de la guerre, de ses cruautés et de ses injustices. Et lorsque le magnanime abbé de Saint-Pierre lance son projet de <• paix perpéuelle » en 1713, l'accueil qui lui est réservé est oin d'être indifférent. D'après Rousseau, s'il était isé un seul jour, il aurait duré ensuite éterellement « tant chacun trouverait, par l'expé-

nce, son profit particulier dans le bien-être

nmun ».

Tiius les penseurs français de la seconde moi- 5 du xvm* siècle se déclarent contre la guerre et

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pour l'arbitrage entre nations. Voltaire qualifie la guerre entre les lilats européens de « guerre civile » (Siècle de Louis XIV). Les collaborateurs de la grande Révolution sont tous animés des mômes idées. Mirabeau, dans son discours du 2. r i avril 1790, exprimait bien cette pensée qui dominait V Assemblée constituante : « Il n'est pas loin do nous, peut-être, le moment où la Liberté, régnani sans rivale sur les deux mondes, réalisera le vo*u de la philosophie, absoudra l'espèce humaine <] crime de la guerre et proclamera la paix universelle ». Lafayette, Robespierre lui-même, au dii de Lamartine, effacèrent la guerre du symbok qu'ils présentaient à la nation. Quand la guerre éclata plus tard, nous dira-t-il, la « révolution avait dégénéré ».

Le 14 mai 1790, l'Assemblée proclama mêm l'abolition delà guerre, enannonçanlla«commu nauté de devoir qui doit unir tous les homn les conduire à la paix, suprême destination de nations'}.

Il y a, sans doute, quelque chose de fatal dai la contradiction qui se manifeste ensuite entre le tendances de l'élite de la nation française et le guerres, qui lui ont été imposées par les circona-

.nces et le génie guerrier Je Napoléon. Les &spiliuns pacifiques étaient pourtant dans l'air. Si on ne peut prendre à la lettre l'affirmation d'un istorien de Napoléon, que l'Empereur ne rêva ue la pais et que les guerres lui ont été toujours s par l'attitude des voisins, il ne faut pas ublier, d'autre part, que même pendant celte période des guerres à outrance, les tendances paciquesde la France se font jour dans maints écrits d'époque. Rappelons, entre autres, la tentative 3 Fourrier (1807) préconisant la paix universelle ui devait découler, d'après lui, de l'application t de l'élargissement scientifique du principe de 'association. L'école Saint-Simonicnne de môme que son fondateur (1814), prêche également le pprochement et la fraternité des peuples. Les ■avaux de Pierre Leroux en faveur de la fédéraon des peuples (1827) impressionnent vivement Europe et lui rappellent que les aspirations .nçaiscs vers la fraternité internationale n'ont nais tari. Que dire enfin des efforts des poètes urne Béranger (rappelons son ode: La sainte nce des peuple*), comme Lamartine (Marseîl- ? de la paix), ou des appels retentissants de ;or Hugo, qui ont éleetrisé le vieux monde en

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