‹ Français et russes: Moscou et Sévastopol, 1812-1854Chapitre 21 sur 51 · PRÉFACE. XXVII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XXVII

de Nancj et des environs dire qu'ils regardaient comme leur enfant le soldat russe logé chez eux ! Leur confiance en lui était telle, qu'ils laissaient entre ses mains les clefs de la maison, qu'ils lui confiaient le soin de veiller sur les petits enfants, et le soldat russe les aidait volontiers dans leurs travaux domestiques.

« Aussi quand le bruit se répandit à Nancy que la ville devait être évacuée par les Eusses et occupée par les Bavarois, les habitants disaient-ils qu'ils aimeraient mieux avoir à loger dix Russes qu'un Bavarois (*). »

(*) Nicolas Tourguénîef, la Russie et les Busses, t. P*^, Mémoires d'un proscrit, p. 69, Paris, 1847. — Dans la banlieue de Nancy, on voit encore le cimetière des Buises. — Les journaux de la localité et les archives monicipales ou départementales fournissent quelques faits sur le séjour des troupes russes à la caserne Sainte- Catherine de Nancy, et sur celui des officiers ou employés rosses dans la viUe. Entre autres curiosités^ mentionnons le 12 septembre 1815, une illumination « à 1 occasion de la fête de S. M. TEmpereur de Russie ». Le sieur Eloy Schmitz, ferblantier, présente, à ce propos, uie facture « pour fourniture, pose et allumage » de 2,819 lampions ou boîtes. Au contraire, en 1871, quand

XXVra PRÉFACE.

Ce témoignage de Nicolas Tourguénief se trouve confirmé par les traditions locales. Les Allemands de 1814 et de 1815 ont laissé dans nos campagnes de l'Est de tristes souvenirs^ que ceux de la dernière guerre sont peu propres à eflFacer. Les vieilles gens qui ont vu les anciennes invasions parlent au contraire des soldats russes comme d'hôtes faciles k vivre, se contentant de peu, très-reconnaissants de ce qu'on faisait pour eux, s'attachant aux habitants chez lesquels ils se trouvaient logés,

Tempereur d'Allemagne passa à Nancy, les négociants affectèrent de fermer boutique et protestèrent par leur attitude contre les réjouissances des Teutons ; plusieurs habitants furent même condamnés par l'adiMnistratioii prussienne à différentes peines. Mentionnons encore un ordre du commandant russe chargé de la surveiUance et police de l'hôpital de Lunéville : auparavant, quand on conduisait les militaires défunts au cimetière, un seul cercueil, en tête du cortège, était censé suffire pour tons les morts entassés dans la même charrette ; désormais il y aura un cercueil par défunt. — A Saint-Pétersbourg, à Notre-Dame de Kazan, on a fait trophée des clefs de Nancy. Or, Nancy, n'étant pas fortifié, n*a et n'avait alors pas de portes dans le sens militaire du mot, donc nas de clefê.

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