‹ Français et russes: Moscou et Sévastopol, 1812-1854Chapitre 32 sur 51 · PRÉPARATIFS DE RÉSISTANCE · texte numérisé non relu

PRÉPARATIFS DE RÉSISTANCE

Quand les troupes de Menchikof, après la bataille de l'Aima, entrèrent dans Sévastopol, grande fut Témotion des habitants. Depuis 1812, la Russie n'avait pas vu d'ennemis sur son territoire. La Crimée, protégée par une flotte formidable et surtout par le prestige de l'empereur Nicolas, se croyait mieux

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à Tabri que toute autre province. Les habitants furent comme éveillés en sursaut par cette double nouvelle : le débarquement des alliés et la défaite des Russes. L'envahisseur^ que Ton croyait si loin, était aux portes.

Nous avons eu de ces surprises.

D'abord ils s'en prirent aux soldats, qu'ils accusaient de s'être enfuis du champ de bataille. Le désarroi de certains régiments, les vêtements en désordre, les armes brisées ou perdues, semblaient donner raison aux accusateurs, a Une bonne femme que je voulais désabuser, raconte le major Gorbounof, ne voulut pas entendre mes explications. A tout, elle répondait : — Pourquoi allez-vous tête nue ? — Et en effet, je ne sais comment, j'avais perdu mon casque dans la bataille. >

On commençait à regarder de travers tous les visages nouveaux ; un inconnu ne pouvait être qu'un espion. Un aide de camp du général en chef, étant descendu chez un de "ses amis, fut assez étonné d'y voir arriver le maître de police, que d'officieux voisins lui avaient dépêché. Un mot inquiétant, qui avait déjà

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couru dans les rangs de l'armée, circulait en ville. Le soldat et Thomme du peuple ne sont pas en Russie plus parfaits que chez nous.

Autour des feux de bivouac, après rAlma comme après Inkerman, on se demandait c( s'il n'y avait pas eu de trahison ». Dans la ville, on affirmait que Menchikof avait dit : a J'avais l'intention de vendre Sébastopol, mais les Anglais ne m'en donnaient pas assez cher, j» Cette absurdité fut, dans les lettres des militaires et des habitants, portée jusqu'à Saint- Pétersbourg.

Pourtant, après le premier moment de panique et de confusion, pendant les cinq jours de répit que laissèrent les Français, on travailla vigoureusement. La grande forteresse se trouvait prise au dépourvu comme tant de places le furent chez aous dans la dernière guerre. « Elle n'était pas, dit le maréchal Niel, à l'abri d'une attaque de vive force » ; mais alors on vit se soulever de terre, sous l'effort de milliers de bras, des redoutes, des lunettes, des courtines pour relier entre eux les bastions, si fameux depuis, du Centre, du Mât,

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du Redan, de Malakof. En quelques jours, on répara des années de somnolence. Ce qu'on avait négligé d'élever en maçonnerie, on l'improvisait avec du sable et des fascines. On creusa des poudrières, on dressa des batteries. L'une d'elles fut élevée par certaines mains féminines et impures qu'on avait mises en réquisition ; elle porta jusqu'à la fin ce nom : Batterie des demoiselles.

Une partie de la flotte fut coulée à l'entrée de la rade. En fermant l'accès du port, on priva l'armée anglo-française de la diversion maritime qu'elle avait espérée. De cette flotte condamnée, on tira pour la défense d'immenses ressources : 14,000 ou 15,000 marins, admirables canonniers, devinrent l'âme de la résistance. Les remparts se garnirent des énormes bouches à feu de la marine. Comme à Paris les amiraux Pothuau, La Roncière, Saisset, à Sévastopol on vit les Kornilof, les Istomine, les Nakhimof, les Pamphilof, diriger la défense (*), Chaque bastion devint comme un

1*) Voyez la Marine (T aujourd'hui, la Flotte de la mer Noire, par M. Tamiral Jarien de La Gravière, dans

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yaisseau de guerre où le matelot retrouvait ses caronades^ ses chefs^ ses habitudes du bord^ — ou plutôt, suivant l'expression d'un oflScier russe, Sévastopol était comme un immense navire, aux flancs non plus de chêne, mais de terre et de gabions, qu'on allait pendant des mois entiers protéger contre l'abordage.

£t pourtant, si le sacrifice de la flotte était nécessaire, l'accomplissement en fut pénible; officiers et matelots étaient désespérés de voir sombrer ces colosses sur lesquels ils avaient en triomphateurs parcouru les mers d'Orient.

Si prompte fut l'ex-écution qu'on oublia de retirer des bâtiments une partie de leur armement et presque tout l'avoir des équipages.

Le plus grand de ces navires, les Douze-Apôtrès y s'obstinait à ne pas mourir. Bien qu'on eût pratiqué des voies d'eau dans sa cale, il luttait contre l'envahissement des vagues comme un être vivant ; les marins qui en avaient formé l'équipage croyaient voir l'expression d'un désespoir presque humain dans le muet

la Revue des Deuo&'Mondes du 15 juillet et du 1*^' août

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-égard de ses sabords à demi submergés, et Jans Teffort convulsif avec lequel il élevait :antot sa poupe et tantôt sa proue au-dessus les flots. On fut obligé en quelque sorte de \' achever ; on tira à boulet au-dessous de la ligne de flottaison. On racontait aussi que, malgré ses blessures, il continuait à surnager jusqu'au moment où quelqu'un se rappela qu'on avait laissé dans les cabines une icône vénérée de tout l'équipage ; on courut chercher l'image, et alors seulement le navire consentit à sombrer.

Pendant ce temps, une partie de la population se faisait transporter à Simphéropol d'abord, puis à Odessa. Ce qui resta dans la place recueillait anxieusement les nouvelles. Les rumeurs les plus absurdes et même les plus fantastiques trouvaient des crédules.

flc Le bruit s'était répandu, raconte un officier russe, que la sentinelle en faction auprès du puits de la Quarantaine avait été témoin d'une chose étrange. Une femme était venue à ce soldat, le priant de la cacher ; surtout il ne devait pas dire qu'il l'avait vue, quand

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pnlatioB de deux millions d'âmes brusquement mise en présence avec toutes les férocités de la guerre ; il n'y avait pas là, accumulés sous le canon ennemi, toutes les œuvres d'art, tous les trésors intellectuels d'une grande métropole, si bien que le boulet qui tombe sur la pierre et le marbre semble plus destructeur que celui qui s'abat sur de la chair vivante.

Enfin il manque au siège de Sévastopol cet élément de tragique, la famine, qui rendit stériles tous les efforts de Paris, puisque le jour où l'on parvint à avoir des soldats on se trouva n'avoir plus de pain. A Sévastopol, ville de guerre et non pas capitale, où il y avait des casernes et des arsenaux, non des musées et des cathédrales, la population civile était trop peu nombreuse pour être une cause de faiblesse dans la défense (^). On ne craignait

(1) A la veille de la guerre, la statistique ne relevait dans Sébastopol que 4,505 femmes ; comme une grande partie étaient des femmes d'officiers , de soldats et de marins, on voit combien peu nombreuse était la population civile. En 1863, Sévastopol avait de population fixe 5,747 habitants, dont 1,978 seulement formaient

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pas le manque de vivres ; il n'y avait pas d'échéance fatale comme le fut pour nous celle de janvier 1871. On pouvait prendre non pas quatre mois, mais dix mois, mais un an pour écraser Tassiégeant. Le temps, qui travaillait avec tant d'âpreté contre Paris, était un allié pour la forteresse criméenne, et puis la garnison russe n'était pas livrée à l'isolement, à l'absence de nouvelles ; communiquant avec la patrie, elle échangeait parfois la boue de la tranchée et Tennui du bastion contre Tactîvité d'une armée d'opération. On se donnait du mouvement et de Tair à Inkerman et à la Tchernaïa.

L'originalité du siège de 1854, c'est son irrégularité. Les Français ouvrirent la tranchée devant une place qu'ils n'avaient pu investir que sur un tiers de sa circonférence. ïV

rélément parement civil. (M. Séménof, Geogr, statiat. slovar roêstiskoï imperii, Saint-Pétersbourg 1872, article Sévastopol.) — Sévastopol, grand port de guerre, immense forteresse, était donc une fort petite ville, presque un bourg, inférieur en population civile à beaucoup de nos chefs-lieux de canton.

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y avait moins des assiégeants et des assiégés que deux armées retranchées qui s'attendaient. Laquelle des deux donnerait à l'autre Tassaut ? a Nous avons maintenant, écrit le capitaine Lesli à sa famille, deux Sévastopol qui se dressent l'un contre l'autre ; le Sévastopol des ^étrangers est peut-être plus important que le nôtre, car, si l'on on croit les gazettes, ils y ont établi des chemins de fer. » Ces deux Sévastopol s'étaient élevés en même temps ; pendant que nos travailleurs creusaient leurs parallèles, les Eusses élevaient nuitamment ces ouvrages de Trans-Balkan , de Selinghinsk, de Volhynie, de Kamtchatka, qui formaient à la place comme une couronne de forts détachés. De part et d'autre, sous le canon ennemi, on maniait avec un égal acharnement la pelle et la pioche. Si l'assiégeant poussait ses approches contre la ville, l'assiégé semblait courir au-devant de lui par ses contre-approches et investir à son tour le camp et les ouvrages ennemis. D'autre part, bien que les alliés opérassent à une telle distance de leur pays, comme ils étaient maîtres de la

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mer, on leur envoyait assez rapidement les renforts, les engins de guerre, les projectiles. Les Eusses recevaient tout cela par de lents convois de charrettes à travers les immenses plaines du Sud. Comme les envahisseurs avaient des bateaux à vapeur et que Tarmée du t?ar n'avait pas de chemins de fer, on peut dire qu'en Crimée les Français étaient plus près de la France que les Eusses de la Eussie.

Tels étaient pour nos ennemis les avantages et les inconvénients de la défense ; mais il faut d'abord leur rendre cette justice : ils ne se laissèrent décourager ni au commencement par rinsuflSsance originelle de leurs fortifications, ni à la fin par la supériorité bientôt décisive des approches françaises. Leur défense fut réellement active, offensive.

Dans cette guerre à coups de pioche, les soldats russes furent admirables. Travailler sous une grêle de projectiles, la nuit, sans pouvoir rendre coup pour coup, sans pouvoir un moment échanger la pelle contre le fusil, tomber sans vengeance un outil à la main, exige un courage supérieur à celui du champ

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de bataille. On avait ce courage dans les deux camps^ car l'assaillant passa^ lui aussi^ par les mêmes épreuves.

L'armée russe de secours livra trois batailles sanglantes^ quatre en comptant l'Âlma. Là garnison subit cinq bombardements qui allèrent toujours en augmentant de violence et d'intensité à mesure que s'accroissaient les batteries anglo-françaises. Il n'y eut bientôt plus de ville pour abriter les défenseurs; quand les Russes y rentrèrent après la paix, ils ne trouvèrent debout que quatorze maisons .(*). La canonnade s'entendait à plus de 110 kilomètres à la ronde. Jamais les assiégés, aux époques les plus calmes du siège, n'ont perdu moins de 40 hommes par jour.

Les bombardements de mai et de juin enlevaient quotidiennement 300 ou 400 hommes.

Celui du 17 août leur coûta 1,500 hommes ; les cinq jours suivants 5,000, et ainsi de suite jusqu'à l'assaut définitif. Du 17 août au 8 septembre, rien que par l'effet de la canon-

(*) Sur 2,000 peut-être. En 1864, Sévastopol en comptait 1,578. (Séménof, Geogr, etcUist. tlovar.)

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nade, ils eurent 18,000 hommes hors de combat. Chaque journée de bombardement était meurtrière comme une bataille. Il y eut des batteries où il fallut renouveler plusieurs fois en un jour les servants et les officiers. Parfois huit ou dix projectiles s'abattaient en même temps autour d'une pièce. Un seul jour, assure un des narrateurs, 70,000 bombes ou boulets creux tombèrent sur la ville (*).

L'assiégé était assourdi par les détonations continuelles, les explosions de projectiles, de caissons, de poudrières. Les plus aguerris, comme le général Sémiakine, déclarent que ce la tête leur sautait d . Le rapport officiel de Gortchakof reproduisait une expression qui était dans toutes les bouches : un feu d'enfer.

En parcourant les récits des officiers russes, on voit que le 21* régiment a perdu 43 officiers sur 50 et 2,000 soldats sur 3,000, —

(') Suivant le maréchal Niel, on lança sur Sévastopol 510^000 boulets, 350,000 bombes, 236,000 obus, 8,000 grenades, etc., total, en comprenant ceux que lancèrent les Anglais, 1,500,000 projectiles, plus 25 millions de coups de fuslL

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que le régiment d'Olonetz, même avant le dernier assaut, est réduit à la moitié de son effectif, — que celui de Vladimir a pu être reformé à deux bataillons au lieu de quatre.

Le prince Sviatopolk-Mirski, sorti de l'hôpital, rencontre un clairon de son corps : a Quoi de nouveau dans le bataillon ? lui demandat-il. — Le soldat d'abord garde le silence, puis, non sans embarras, répond: — Que vous dirai-je ? On fait maintenant le gruau dans une seule marmite pour tout le bataillon ; nous ne sommes plus que 50. » Comme ces exemples sont pris au hasard, nous avons le droit de généraliser. On peut apprécier par ces faits Ténergie de la défense.

Pour combler tant de vides , il fallait sans cesse du fond de la Russie diriger sur cet insatiable Sévastopol de nouveaux renforts et de nouveaux officiers. Quelques-uns de ceux-ci nous ont laissé leurs impressions de voyage dans le steppe. Ils arrivaient, par exemple, comme le prince Sviatopolk-Mirski, par les ardeurs de Tété de Crimée. On marchait dans la poussière brûlante de la plaine desséchée,

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dépouillée de ses herbes. Le soleil apparaissait comme un disque rouge au milieu d'un air étouffant, à travers la poussière et le sable soulevés. L'hiver, c'étaient en revanche des routes défoncées qui allaient sans cesse s'élargissant par des ornières nouvelles, et qui semblaient bientôt de vastes marécages.

Dans cette poussière ou dans cette boue passaient en longs convois les arabas tatares, dont les roues de bois grinçaient sur les essieux de bois non graissés : les unes, allant à Sévastopol, charriaient des poudres et des projectiles; les autres, qui en venaient, cahotaient des blessés et des malades; tout le long du chemin, du bétail abattu, des chevaux morts, des voitures que les convoyeurs indigènes avaient abandonnées pour s'enfuir. Faute de chevaux aux relais, on ne voyageait plus en poste; à un certain moment, sur les routes de Crimée, on faisait 10 kilomètres par jour. Les villages étaient déserts, désolés. Si on rencontrait une maison de quelque apparence, il n'était point rare de la trouver pillée et dévastée. Ce n'était pas toujours l'œuvre des î'rançais ou des Kusses,

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c'était plus souvent celle des Tatars^ peu sympathiques à la race conquérante. Peut-être le voyageur militaire reprenait- il un peu courage lorsqu'il rencontrait une colonne de recrues dirigées sur SévastopoL

Les journaux et les caricatures de l'Occident affectaient à cette époque de nous représenter ces conscrits sous les traits de mougiks poltrons que Ton traînait à la gloire enchaînés par le cou et à grand renfort de coups de fouet. Le paysan russe n'a jamais eu Jbeaucoup de passion pour rétat militaire : de tout temps, il a préféré sa cabane et son village à toutes les gloires de ce monde (*); mais la voix du tsar et les exhortations de rÉglise ne le trouvent point indifférent dans les grandes calamités de la patrie. Or là guerre de Crimée, qui n'était pour nous qu'une guerre politique, on n'avait pas manqué de la lui représenter comme une lutte nationale contre l'envahisseur de 1812, une sainte croisade contre le Turc et ses alliés hérétiques, les An-

(*) Les chants de lamentation sur le service, forment depuis le xvi* siècle, toute une branche de la poésie populaire. Voir ma Btusie épique, p. 302.

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glais^ ou schismatiques) les Français. L'empereur et les évêques l'appelaient à défendre « cette* terre bénie où saint Vladimir reçut Teau du baptême ». Il y marchait ce le fer à la main et la croix dans le cœur », suivant l'expression du tsar Nicolas L'image miraculeuse de saint Serge, envoyée par le monastère de Troïtsa, lui montrait le chemin.

Malgré l'irritation croissante que soulevait dans les masses rurales le maintien du servage, on peut tenir le table.au suivant pour plus exact que nos caricatures : « De l'autre côté de Mélétopol, dans la plaine déserte, au le ver du jour, dans un demi-sommeil', j'entendis tout à coup les chants de la prière matinale, et sur un côté de la route j'entrevis une troupe d'hommes. La. prière était finie, le tambour battit, les hommes se mirent en rang et entonnèrent une chanson russe (*). C'étaient des gens de la milice d'Orel en route sur Sévastopol. L'aspect de ces soldats produisait la plus favorable et la plus rassu-

(«) MM. Wessel et Albrecht (Saint-Pétersbourg, 1875) ont commencé récemment un intéressant recueil de ces cAflfMOfM et soldats, de cosaques et de matelots, qu*aiment

*204 MOSCOU ET SÉVASTOPOL.

rant€ impression. Leurs vêtements, leurs barbes, leurs façons, leurdémarchC; annonçaient des conscrits; mais avec leur liberté d'allure et de mouvements ils présentaient le véritable tableau du peuple russe se levant en masse contre rinvasion étrangère. Je rencontrai dès lors à chaque instant de ces détachements. Tous marchaient bravement, gaiment, évidemment résolus à sacrifier leurs os pour la défense de la patrie. Là se révélait une force plus puissante que toutes les landwehrs.du monde. »

Quand on approchait, non pas même encore de la forteresse, mais seulement de Simphéropol, on entendait de sourdes et lointaines détonations. C'était le retentissement de cette grande forge enflammée où pendant onze mois

rebondit sur la dure enclume russe le lourd

marteau d'Ocoident. Simphéropol était comme un vaste hôpital; ses rues étaient encombrées de convois funèbres. Pour celui qui arrivait de rintérieur, c'était déjà la guerre avec ses

à chanter en chœur les militaires russes pour charmer les longues marches ou les longues attentes. Tout régiment russe a sa compagnie de chantewre

fe

LES RUSSES A SÉVASTOPOL. 205

lorreurs; pour celui qui venait s'y guérir, y •espirer un peu au sortir du brasier de Sébas- ;opol, Simphéropol, c'était déjà presque la paix. Le nouveau- venu, oppressé par une émotion nconnue, y rencontrait, insouciants et enduriis, les officiers qui avaient quitté un moment leur poste de Malakof et du quatrième bastion, et qui venaient faire leurs emplettes dans les bazars.

Si le voyageur visitait les hauteurs d'Inkerman ou du Côté Nord, un spectacle inouï, merveilleux, la nuit surtout, éclatait à ses yeux : le panorama embrasé de Sévastopol.

« Ronflement du canon, pétillement de la fusillade, cris, hourrahs, raies lumineuses des bombes et des grenades qui se croisent dans les airs, tous les bruits de la lutte confondus, en un seul tumulte, plein d'épouvante et de mystère, voilà Sévastopol. C'est un enfer! tel est le cri qui involontairement vous échappait. Ce qu'on avait sous les yeux n'avait jamais été présenté aux regards de l'homme et n'avait pas de nom sur la terre. Quelquefois il se faisait un silence, mais ce silence semblait encore

î^-n M!l?v!»r ET SÉTAST(HH)L.

> :l^^T^iHft^ax^f«T5olenl!eLplïissolldainlescoups .r .-iH. :î î^ ift- ciameiiPB recommençaient avec iim T^Ttt ii(>i:^tdku ccmune si on touchait à la cî •^i:î.»>t t*: ai*:'is:ve minidie de ce drame gi-

. •• i'iîuir i- iK fiuit pas s^attarder à œtte .* M u iiziT''»!., ni. fi îiesi lin du HOU veau- venu. "^ u* ui u^."ui:i^ -Ll T a dix rides à combler. .V în AK j-:- -. V Uîùi. ut^ i«ires a passer sur le . ' . N.i^r i u- 1 ts: Sfparê du Coté Sud, Ipvé- .!;:.!: ] .1: îaTi^iljf, que par la rade. Ici t: .• îi»:-T-:'^ 5t SiTastopol, Cette « grande ,» :. T'.^ iiMr:> > i Li va sans cesse s'affrandis- Si.::. tC .'*-- .1- :rt*i:î»t :ia,jDej*.»urdcsoeDtâine< J»: T-ai-rn^ i.iXTtl't^ : Vieil heureux Foncier •j. : *,:^i :. jv!. « T».«T:r rd rsiSermir tes nerfs >. . . i»t I^. ;\-r^3L:.Lit T»i.> I'a*l»ord de suiTcfir

ILîi. :I :.5.î<Sir la l^ie eu l>arcasse, noa sa:i \ . .r . ..i! -^ 1». n-bes $e croiser an-dessLS i« sa :;]:r . u liîre ivjiîllîr Teau de la rade iizrrJ dv ]i:L II ârnre s^it à la ville, soit a la EiribelcîJd , ^^>^te de faubouj-g que dêlenif::: « grand et le petit redan et que domine k :.'i

LES RUSSES A SÉVASTOPOL. 207

ilakof. Cette double protection n'a d'ailleurs Lutre résultat que d'attirer sur les quartiers > plus rapproehés de ces ouvrages un ouran de projectiles.

Entrons avec le capitaine Dechtchinski dans

i des restaurants à la mode^ ou dans ce qui en

ste. a C'était là que les officiers se rassem-

aient pour souper. Le maître de de traktir

ait perdu les deux bras lors du premier bom-

irdement. Une bombe avait eflFondré le toit,

evé le plafond et dévasté le plancher. » Pour

1er aux remparts, on peut passer par la rue

? la Mer, autrefois si vivante et si belle,

aint^nant si complètement ruinée et si obsti-

»ment visitée parles projectiles qu'elle a mé-

té le nom de <c vallée de la mort », ou par le

chemin des blessés », ainsi nommé parce que

s civières s'y succèdent à la file.

Arrivé au bastion, le nouveau- venu a au

oins une peur, celle de paraître avoir peur.

es vieux matelots bronzés, debout à côté de

urs caronades, le regardent volontiers de tra-

ers, surtout s'il est un officier de l'armée de

jrre. Ils examinent du coin de l'œil sa conte-

Z" ^ nos? C ET ^TASTOPOL.

Uiiiy -- la siffeflieaj Les projectiles. Ils parie- ^., -.î"" 1 i *- i :sùi*ïn Ia b^e>y ou qu'il se fera -;\»r ^- -î'ïifîiT lar Iii première bombe. L'atti- *:; .- . i a *sr.jni la '^ci^jdoaest entre ces deux r :ir>. Jl 1*! fi.Tr pas de ridicule nervosité, :....> 1 ".lar ia.e ^tirtîiijie adresse à éviter les

»i 4 •-; ' ^}«.»ia v!t:c5î2rulG des blindac:e3 et

*. ; •*/.** ^"^ m'r-^r=e?^ mais raccroissement

: »-.!»• !••> ^i~riôf s jlliees compensait pres-

r : !«,' :*.'> 7*irfrCcL:aaements. C'étaient

^:^ .." j,> :.trÂ.>j:v-s :L:aTeIIement amenés

a i V ^ :. j i *> *^i- ^* Lrj.j55aient le plus de vic-

* ..-^^ fs ^ ■ itrs i .rAl«rnt pas encore fami-

.i.*>v< i -^- la. :• cz^ir:icî-^a du terrain, la

«^ >.'v^. , L i'^s i::::?^ Ia direction des batte-

^M <. ^'.î cv'^ «/^v 1< ^cilr::rs dêrX^UTerts à évi-

-;•*. ^l r *ri"* îi5Ci:x-^ ;i pracL^uer pour décliner

\ t Jk X.: : :>rjL..i ea hiut des parapets des 4.^.:;vi^^ ::^.v irvjLv'^ c\i::e lunette et couchés js y^>: "-v: :r^. ^cir" ^llliîe::: le tir des Français vC A vtr;::?^Lu: Irfur^ car^aradcs. On entendait v\ u>:vir^,uc::: .Ttcrr : ^ Une bombe! pour la bat.

LES RUSSES A SÉVASTOPOL. 209

îrîe Gervais! — un boulet ! pour le Quatrième! - Pour nous ! gare la bombe ! »

Voici comme un nouvel arrivé raconte la

jçon de prudence que lui donna un ancien de

îs amis : « Savez-vous ce qu'il faut faire, me

emand'a le major, quand une bombe tombe

après de nous? — Je le sais, répondis-je; il

lut se coucher à terre le plus près possible de

1 coquine. » — A ce moment, le guetteur le

lus rapproché cria : ce Une bombe!... » et

près un instant de silence il cria encore de

Dute la force de ses poumons : ce Pour nous!...

are la bombe! — Oui, reprit de son ton le

lus paisible le major, elle arrive droit sur

ous. La voyez- vous? — Non, répondis-je,

ai la vue faible et ne puis soutenir Téclat d'un

iel clair. — C'est un malheur, dit-il. Alors

ermettez-moi de vous gouverner à ma fan-

ftisie. — Il me prit par le bras droit, et, suivant

es yeux le projectile, il commença de manœu-

ter d'un côté et de l'autre. Tout à coup il me

bussa brusquement sur la droite, et au même

Itetaut, sur ma gauche, à deux ou trois pas de

loi, gronda une bombe. Le sol trembla, deux

r • jfT- il

î: :'}iii

i.'^T^::ir±:r ,.a;Ty- ti luL i;t -iili* ^"tsaît creusé

^ ""-"^iir- ZLJk ^'^T^-nr^ a.- -pi. Iiîsieî le siffD

^.- • ii^-.r ••: ^!^ ^ îl:^ciii!*i: r^xî ^'en sépaiaii T .-- -~ -^ 1 - tlT:. le n -tci'Xriit- Les éclai ^'' ^■LT'eir ^ •jiiu.'iîTiîi-"! ^ la» ôralles. Toi • v^-r^ lit T iitjàitîT^ ii.os i>: lis remîmes^ ' -1 :l .î^r-tri::"ï:i^Tr ^z.I"irmf, sanspouTO ^.* T-î T-ri- Ti T x^-s -^'JLtzr^T une paroît •. X-^ ~'-Z i~i~:- 1:^ TLir lÎT il :r5 le major. Vo ^*t rft^-'-T jt ': iTT-rzie de feu : vo n-n rt ît 11 :*. i.frrr:r ?êrastopolieuE L ;- T"^^ ji Ljyr^ iL TÎriili dans ce siés^ T 1^ ti:\rr "TL £* si près Thôte dési

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