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de faim et qu'il voulait du pain... S^il y avait une goutte de vérité dans tout cela, ce serait une excellente affaire pour nous ; Tesprit révolutionnaire passerait en Crimée et pénétrerait dans l'armée française. Ce serait bien bon, si un beau matin ils arboraient le drapeau parlementaire, déclarant qu'ils ne veulent plus se battre. )>
Lesli se promettait beaucoup aussi des conférences de Vienne. Le plénipotentiaire anglais, assurait-on, s'y était brouillé avec le français, qu'il trouvait trop exigeant. La Prusse allait se déclarer pour la Russie ; TAutriche mettait ses troupes « sur le pied de paix, — c'est-à-dire, ajoute ce profond politique, sur le pied de guerre. » Déjà le tsar faisait marcher sa garde sur le Rhin et ses grenadiers sur Cracovie.
Le brave marin est tout le premier à déclarer que ces bruits sont faux, qu'ils sont absurdes, ridicules, insensés ; il ne peut s'empêcher d'ajouter tout bas : — Et pourtant si c'était vrai ? — Si c'était vrai ! et voilà ses réserves critiques emportées dans le torrent de l'imagination. Du bastion Malakof, il voit déjà les
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Français hors de Crimée , les Susses en Lorraine^ 1812 et 1814 qui recommencent^ Taigle à deux têtes arborée sur les murs de Paris. Quelquefois il s'amuse à interroger des prisonniers britanniques ; c'est par eux qu il apprend qu'une foule d'Anglais ne demandent qu'à déserter et qu'ils passeraient tous à Tennemi; si Ton n'avait posé des piquets et des cordons sanitaires tout autour de leur camp.
D'une source tout aussi certaine, il est instruit que les Français sont engourdis par l'hiver, gelés dans leurs tranchées, incapables de remuer leur fusil ; leurs officiers ne pourraient les pousser en avant qu'avec le knout et le bâton. Le knout dans la main des officiers français ! singulière revanche de nos caricatures !
A mesure que le temps se passe, fertile en déceptions, le caractère de l'assiégé commence à s'aigrir. Il en veut à ce tas de diplomates qui au congrès de Vienne n'ont pas su trouver, à eux tous, un moyen pour empêcher 200,000 braves gens de s'égorger. Il est furieux contre le parlement d'Angleterre, qui n'a pas voulu
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écouter les discours pacifiques de Cobden et de Bright : « Ce sont • évidemment des gens inhumains qui n'écoutent même pas ce qu'on leur dit. » Si au moins Palmerston, au lieu de bavarder sur un bon fauteuil, venait coucher un peu sous la tente et tâter de l'hiver russe ! « On dit maintenant que Sévastopol est à la mode et qu'à Saint-Pétersbourg les lions, ceux qui donnent le ton, ne vont plus qu'en grosses bottes et casquettes de toile cirée à la Sévastopol. Je voudrais bien un peu qu'on nous les envoyât ici avec leurs bottes et leurs casquettes ; nous verrions s'ils sont aussi crânes dans les batteries que sur la Perspective Nevski. »
A la fin du siège, les pensées du capitaine russe prennent une teinte de plus en plus mélancolique. Il ^oit que chaque jour le nombre des matelots et des officiers de marine diminue ; ce corps d'élite fond à vue d'œil. « Bientôt il n'y aura plus de flotte de la mer Noire. » Il est pris de dégoût pour cette horrible, cette affreuse guerre : « Ah ! Nadia, Nadia, écrit-il à sa sœur, quand donc finira-t-elle ? Si l'on
-^ a:x»* 1 •-TE !t» .;^xî esc c^k tombé de brares, A - iii? ;*î«Li .t1 t.: zL':«ir>nt encore, les cheveux ^ tr«*ïr:<iiT iîir JA •/.•*». Quelle idée a pris aux J'i^i'-iL^ £e T^zLr k Sêrastopol ! ce n'est pas Hf-Slr.^ir z*:*i:r «joi c^ie pour nons. Le service î»^^ zriz*:'x*t*iS' «54 azisâ pénible que celui de
Ccîix •: :iî iT^ect on instant de loisir allaient Ti'^î":e^ leors asiis blessés à rambnlance. L'amr:ilm'!e, lieu sinistre où les soins mêmes que prc^iîrniit la science semblaient ajouter aux s*: iiâ5rances des malheureux ! Là régnait le grand chirurgien Pirogof , opérateur d'une réputation européenne^ admiré des gens du métier ; mais comment n'eût-il pas inspiré de la terreur au patient ? L'entrée de M. Pirogof dans une salle d'hôpital annonçait toujours quelque redoutable et nécessaite opération.
Le lieutenant-colonel Eosine raconte les anxiétés de son ami Stankiévitch, cloué sur son lit d'hôpital par une blessure à la jambe. L'éminent chirurgien était sa terreur; son nom même lui donnait la fièvre. Chaque fois qu'une porte s'ouvrait dans la salle, il fris-
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sonnait, pâlissait, et ne se rassurait que pour trembler de nouveau. Un jour, elle s'ouvrit au grand large, un homme entra ; c'était Pirogof ! Tout un état-major médical raccompagnait. L'angoisse du blessé .était* à son comble. On approchait de son lit. « Comment va cette jambe? demande une voix brève. — Parfaitement ! — répond Stankiévitch, et, avec un effort inouï, héroïque, il montre qu'il peut la soulever et la mouvoir.
— Quel courage tu as ! dis-je à mon ami. — Oui, mais j'ai sauvé ma jambe ! »
Un autre officier, Korjénevski, s'arrête sous la porte de l'hôpital, iittendant des ordres, et contemple le défilé des civières. Ce jour-là, l'artillerie alliée tirait à pleines salves sur les bastions. Après une civière, une autre civière, et partout d'horribles blessures ; souvent on retrouvait sur un brancard l'ami qu'on avait laissé une demi-heure auparavant plein de santé sur le rempart. Les chirurgiens rentraient et sortaient d'un air affairé. L'un d'eux avise Korjénevski : c< Venez, lui dit-il brusquement; empoignez-moi ce brave homme »,