‹ Français et russes: Moscou et Sévastopol, 1812-1854Chapitre 49 sur 51 · ET LE VOLONTAIRE FRANÇAIS D'DN AN · texte numérisé non relu

ET LE VOLONTAIRE FRANÇAIS D'DN AN

Dans le Viestnik Evropy {Messager d'Europe, revue russe mensuelle) du mois d'octobre 1875, on trouve deux études, en quelque sorte parallèles, sur le volontaire français d'un an et sur V appelé russe de six mois ; on verra plus loin pourquoi nous ne disons pas le volontaire russe.

Le premier article est une analyse du livre de M. Vallery-Radot, le Journal d'un Volontaire d'un an. Le critique de Saint-Pétersbourg lui est fort sympathique. L'écrivain russe s'est laissé gagner par la bonne humeur et la bonne volonté du jeune guerrier. Il voit dans ces

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heureuses dispositions la preuve d'ua réveil du patriotisme et des vertus militaires de la France.

Aucuae des anecdotes caractéristiques rapportées par M. Vallery-Radot ne lui aécbappé. Il note ce que raconte notre volontaire de l'enseignement de la géographie daos les écoles régimentaires : à chacun des soldats on montre avec une baguette de fusil son départemeDt d'origine, avec-Jes arrondissements, les cantons et le village natal ; mais à tous on montre l'Alsace et la Lorraine.

Le critique russe se laisse même aller à fredonner, après M. Vallery-Radot, cette chanson ' qu'on répète à la chambrée : le Maître d'école alsacien :

Les jeuz tournés vers la patrie, Grandissez, l'heure sonnera.

Entre le iournal du volontaire français et russe, que nous allons analyfférence qu'ont fort bien saisie I Viestnik Evropy.

e est moins jeune d'âge et de

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caractère, moins naïf, moins ardent que le français. On voit que celui-ci est aussitôt empoigné par cette vie nouvelle qui lui est imposée, qu'il l'accepte allègrement et qu'il en sait la raison d'être patriotique. Il se plongé avec une certaine ferveur dans les détails et les minuties du métier ; il se complaît dans ce milieu nouveau, dont il attend, pour luimême et pour le pays, une sorte de transformation. Il se pénètre de ses devoirs militaires, il s'imprègne des idées guerrières qui flottent autour de lui ; il fait siens et la caserne, et Je règlement, et les camarades, et les oflSiciers ; il ne subit pas la vie militaire : il en est un acteur convaincu et dévoué.

L'autre, le Russe, a vingt et un ans; il sort de l'Université; à travers ses récits, on croit le voir grand, un peu pâle, myope, des lunettes sur le nez (il avoue la myopie et les lunettes), resté un homme d'études sous le harnais, d'esprit rassis, de sang-froid, obéissant à l'obligation de rester six mois dans la caserne, profitant de l'occasion pour donner une direction nouvelle à ses habitudes d'observation, regar-

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dant curieusement le monde qui l'entoure, étonné de s'y voir lui-même, ne se livrant pas à lui, spectateur calme et presque désintéressé, fort peu disposé à devenir acteur, mais notaat avec d'autant plus d'exactitude et de cldrvoyance les vices ou les avantages de Tinstitution.

On dirait volontiers, en employant le jargon d'outre-Rhin, que M. Vallery-Radot a étudie le volontariat d'une manière subjective, et que V. P. (nous ne connaissons de notre étudiant russe que ces initiales) a étudié la vie de caserne d'une manière objective.

Chez nous, il n'y a qu'une catégorie de privilégiés militaires : le volontaire d'un an. Il n'en est pas de même en Russie, on la loi nouvelle a établi une classification assez compliquée. D'abord elle institue non pas précisément l'obligation universelle du service militaire fies finances de l'empire ne pourretenir une telle population jien plutôt l'obligation uniau sort. En définitive, il n'y ers des jeunes gens de cha-

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que classe qui soient appelés sous les drapeaux.

Quand un jeune homme est tombé au sort, il peut obtenir quatre espèces de réductions sur le temps du service effectif. S'il a reçu l'instruction supérieure des Universités et des Ecoles spéciales, il ne sert que six mois; s'il a reçu rinstruction secondaire, dix-huit mois ; s'il a reçu, l'instruction dans les écoles de troisième rang^ trois ans ; s'il sort de l'écoîe primaire, quatre ans.

Ce n'est pas tout, ceux qui devancent le tirage au sort et contractent un engagement spontané peuvent ne servir que trois mois dans le premier cas, que six mois dans le second, que deux ans dans le troisième. Ils sont, à proprement parler, des volontaires au même sens que les nôtres ; seulement, il jr en a parmi eux de trois catégories : ceux de trois mois, de six mois et de deux ans.

V. P., notre héros, n'est pas un volontaire y car il a dû tirer au sort, a ramené un mauvais numéro, n'a pu présenter aucun cas de dispense ou d'exemption. Voilà pourquoi il est

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soldat. Mais comme il a reçu l'instruction supérieure des Universités, il ne servira que six mois.

V. P. a, comme M. Vallerj-Kadot, étrenné les réceotes institutious. Son récit présente donc le même intérêt de nouveauté que le Joumald'un Volontaire. Tous deux sont parmi les premiers soldats de la nouvelle armée.

L'émotion produite en Russie par la promulgation de la loi militaire a été, ce semble, beaucoup plus vive qu'en France. « Ce fut, dit V. P., comme un coup de tonnerre qui éclata sur la terre russe. Tous s'attendaientà cette loi, tous en parlaient, mais quand l'attente devint certitude, quand la réalité prit la place des conjectures, la société fut en proie à un trouble étrange. Tout le monde discutait, disputait, faisait grand bruit. Chacun avait un fils, un frère, un neveu sous le coup de la loi; eux que leur âge dispensait de tout raient grand'peur. « Allons, on va me . — Mais non, la loi est formelle! leur I. — C'est possible, mais ça n'empêqu'on me prendra, b

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Alors naquirent des industries nouvelles.

Les libraires mirent en vente des éditions plus ou moins complètes du nouveau texte de loi.

Un seul libraire de Kharkof en vendait 300 exemplaires en deux jours. Puis apparurent des gens d'aflfaires, des messieurs avec des chapeaux de formes bizarres, qui pour une faible somme d'argent offraient aux naïfs, aux ignorants, de faire les démarches nécessaires pour les faire exempter : « L'affaire est dans nos mains », disaient-ils impudemment. Ils vendaient à beaux deniers comptants de prétendues dispenses du service. Les juifs notamment se montrèrent dans les localités les plus reculées, « oubliées de Dieu même » .

C'était surtout cette dénomination d'obligation universelle du service militaire, qui effarouchait tout le monde. « Vous voyez bien, disait un marchand, qu'on prendra tout le monde. Eh bien, non, ce n'est pas le bon ordre. Qu'on prenne un noble, parfait I ces gens-là ont le tempérament belliqueux. Mais ne touchez pas au marchand : le marchand est fait pour la marchandise. Le "marchand doit four-

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nir à Tarmée le blé, le drap, les cuirs; c'est par le marchand qu'on a tout cela. Ne me parlez pas de votre loi : c'est le désordre. »

Les paysans subirent la panique encore plus complètement que les marchands. Obligation universelle ! En beaucoup de contrées, ils crurent queTobligation s'étendait aussi aux jeunes filles : V. P. a entendu plusieurs fois des propos de ce genre.

Le narrateur fait un curieux tableau du public qui se presse dans la salle du tirage au sort ou du conseil de révision :

ce Marchands, employés, bourgeois, se coudoyaient, s'interrogeaient, se disputaient, s'agitaient. Un jeune homme, apparemment sous rinfluence du vin, expliquait à deux auditeurs qu'il se souciait de tout cela comme d'un fétu, que s'il entrait au service, c'était parce qu'il le voulait bien, que si la chose ne lui eût pas convenu, personne n'aurait pu l'arracher à sa boutique. Ça et là brillaient, dans la foule épaisse, d'élégants jeunes gens en gants jaunes, aux mines singulièrement allongées, qui regardaient avec mépris cette vile populace à

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laquelle ils étaient obligés de se mêler. Dans un coin, des femmes pleuraient. A droite de rentrée principale était campé un gendarme colossal qui criait les noms et les numéros, a N** 150, Ivanof », grondait sa voix de basse. c(N** 150, Ivanof 3>, répétaient après lui, par toute la salle, quelques gendarmes subalternes, d'une taille moins imposante, et ils répétaient ce cri jusqu'à ce que la malheureuse victime se fût bien convaincue à la fin que c'était elle qu'on appelait, et non un autre. »

Sur 380 inscrits, on enrôla 80 recrues.

V. P., qui avait pourtant tiré le n® 166, fut pris, tant était grand le nombre des dispensés et des exemptés. Son n*" 166 devint le n° 34. Le voilà soldat !

La caserne où on le loge d'abord lui cause une impression assez désagréable.

« Je ne sais, dit-il, si on peut donner ce I

nom à deux petites maisons de bois, depuis longtemps destinées à être démolies. Des fenêtres brisées, où des feuilles de papier remplaçaient les carreaux cassés et dont le cadre menaçait ruine, des poêles de fonte qui don-

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naient plus de fîiniée que de fen dans ces froides chambres, des paillasses d'une saleté repoussante, remplies de je ne sais quels débris que le gardien, on ne sait trop pourquoi, appelait de la paille : Toilà sous quels auspices j^ntrai dans la carrière. Et malgré tout cela, malgré la pluie qui avec la neige fondue nous arait tremj^ jusqu'aux os, on ne trouvait plus trace de la mélancolie de naguère. Les o^niver?atîons, les rires, les plaisanteries ne chômaient pas. Il y avait surtout un gringalet de K^urgeois, avec un visage bouffi et gonflé par des orgies prolongées, qui avait le don d'égayer les autres. Il imitait le cri du coq, mettait à la raison les mécontents, hurlait d'une voix rauque je ne sais quelles chansons, et, en lin de compte, chaque fois qu'une société se Tendait au cabaret, ne manquait jamais de se joindre à elle. »

L'étudiant était devenu un conscrit; le conscrit est devenu un soldat : V. P. est passe dans la garde. La vraie vie de caserne a commencé pour lui. On est un peu à Tétroit :

dans une petite chambre on a bourré quinze

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ou vingt hommes. Les soldats sont réduits à coucher trois sur deux matelas, un homme et demi par lit. Un plancher toujours fangeux, malgré le soin qu'on prend à le nettoyer, un air épais et mal odorant, en dépit de la ventilation, des murailles jaunies et enfumées, qui n'ont d'autres parures que les brillants casques de cuivre et les rangées de fusils :

voilà le décor.

P. V. se loue cependant des attentions de ses chefs. Par égard pour une recrue qui appartenait à la première catégorie sous le rapport de l'instruction , on lui accorde une petite chambre particulière, qu'il partagera avec un autre étudiant. Elle était nue et froide, cette petite chambre; son poêle l'enfumait sans la chauffer; mais, en comparaison de la chambre commune, c'était une douceur inappréciable.

Dès lors, il peut examiner avec plus de liberté d'esprit ce qui se passe autour de lui.

Il assiste à la transformation des autres recrues. Déjà elles connaissent ce code militaire dont le premier article est celui-ci : ce Ne pas raisonner». Elles commencent à parler cou-

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rammeut la langue particulière aux casernes.

Naguère quand elles passaient dans la rue, les polissons leur criaient : « Hé, marchand I tu vas t'en donner sur les lits de plume! » Maintenant, leur démarche est celle de soldats.

De l^rs rapports avec les camarades, nos deux étudiants n'ont pas à se plaindre. Une certaine fraternité s'est établie entre les anciens et les nouveaux. Pourtant on continue à les traiter de monsieur. Ils restent des aristocrates, sous le niveau égalitaire.

Présentons au lecteur quelques types de sous-officiers. Voici Rodoniof, un bon enfant, qui, à jeun, a le plus grand souci de la dignité de son grade, et qui, pris de vin, ne rêve que plaies et bosses. Alors il attrape le premier bâton venu et supplie instamment ses camarades de lui indiquer la demeure du a Turc perfide (*)», afin de lui casser les reins une bonne fois pour toutes.

Voici Alexandrof qui vient souvent causer

(') La haine du Turc semble innée dans- les classes moyennes et les classes inférieures de la Russie. Depuis Pierre le Grand, la conquête de Constantinople pour

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avec nos jeunes gens et qui est un grand politique. Lui aussi veut la destruction du Turc, mais par la diplomatie, non par le bâton. Sans cesse il combine des alliances et des guerres, et s'il se perd dans ses propres combinaisons, il s'en tire en disant : a C'est égal, nous les battrons I »

Voici le soldat fanfaron , le vantard qui a fini par croire à ses propres vanteries, qui raconte sans cesse ses campagnes et ses blessures et qui, suivant le degré d'ivresse où il se trouve, diminue ou augmente le nombre des balles qui lui sont restées dans le corps.

Ce qui étonne notre étudiant chez ses nouveaux camarades, c'est la singulière morale que les plus honnêtes professent à l'égard du beau sexe. C'est une véritable exploitation de la femme. Quand ils rentrent à la caserne, ils font trophée de quelque argent extorqué à une tendre cuisinière, d'un foulard enlevé à une bonne, d'un bouillon bu aux dépens du bour-

les poUtiqnes, la délivrance des peuples chrétiens pour les orthodoxes, T affranchissement des Slaves popr les patriotes, restent le but toujours rêvé.

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geois, d'une razzia faite dans ses provisions. Four certains d'entre eux qui sont mariés, ces douces liaisons peuvent bien compter comme des infidélités. Mais bast ! que fait, de son côté, la femme qu'on a laissée au village? La même chose sans doute. D'ailleurs, pour le soldat de l'ancienne armée, nulle famille que le régiment : il y a longtemps qu'il a oublié l'autre.

Ce type de vieux soldats qui ne connaissent d'autres devoirs que ceux de la caserne, qui n'ont pas pour un camarade de plus sanglante injure que le nom de paysan (singulière réédition du mot de César à ses légionnaires!), qui considèrent la maraude et les petits larcins comme des gentillesses permises, qui sont, comme le dit V. P., dans leur genre, les Derniers des Mohicans, — ce type ne tardera pas à disparaître en Russie grâce à la loi nouvelle. Il n'y a plus de ces éternelles années de service oui sénaraient l'homme de son village et

iant un quart de siècle, publique, les soldats d'au-

! manières de serfs de la cou-

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ronne, d'esclaves en uniforme. V. P. constate le peu de considération dont ils jouissaient dans la masse de la nation. Le soldat était considéré par le bourgeois et l'homme du peuple comme un être à part, un étranger, presqu'un ennemi, dont il faut tout au moins se défier, quelque pitié qu'il mérite. A peine notre étudiant a-t-il endossé son uniforme, qu'il ressent déjà les effets du préjugé :

ce De longtemps je n'oublierai le grognement agressif, les cris de colère du suisse de la maison où demeurait mon frère, quand je passai devant lui pour monter chez ce dernier : <c Où cours-tu? Regarde la neige sur tes bottes ! Ce n'est pas une caserne ici, c'est une maison où habitent des messieurs. » Par la suite, il se radoucit, et pourtant, le dirai-je? je ne passais jamais devant lui sans un certain embarras. Autre cas encore plus caractéristique : un jour, le gardien d'une station sur le chemin de fer de la Baltique gratifia d'un formidable coup de poing sur la nuque un de mes camarades qui avait osé monter sur l'escalier qui conduisait aux secondes classes. Le gardien

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fut puni , mais probablement^ encore à cette heure, il n'a pas encore compris pourquoi. >

La loi nouvelle aura pour eflfet, en incorporant la nation dans l'armée, de relever celle-ci dans Testime de celle-là.

V. P. décrit ensuite en termes énergiques l'incurable, TeAFrayant ennui de la caserne, surtout les dimanches et jours de fêtes. D'abord on cherche à tuer le temps par tous les moyens possèdes. Finalement on en revient à la ressource suprême : qui a de l'argent court au cabaret.

On trouvera aussi dans le journal de V. P.

maint détail sur les écoles régimentaires. Il voudrait qu'on les complétât par des bibliothèques bien choisies. Même dans la garde^ ces bibliothèques laissent à désirer, ce Sauf quelques volumes de Paul de Kock , Frédéric Soulié^ Alexandre Dumas et quelques auteurs russes oubliés, je n'y ai absolument rien trouvé. »

Malgré toutes les difierences de caractère et de circonstances, les sentiments qu'éprouve l'étudiant russe en quittant le régiment sont

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presque ceux qu'exprime M. Vallery-Radot.

Il y a là une minute d'émotion :

<t Dans cette caserne cependant, mes amis et moi nous avons rencontré tant de bonté d'âme et d'affectueuse sympathie qu'entre les soldats et nous s'établirent très-vite les rapports les plus cordiaux. Comme les soldats concentrent toutes leurs affections sur la petite famille militaire de la compagnie, du jour où nous y fûmes incorporés jusqu'à la fin de notre temps de service, ils nous ont aidés et soutenus autant qu'il a été en eux. Il n'est pas étonnant que mon ami l'étudiant et moi nous ayons été sincèrement touchés, lorsqu'au moment de la séparation nous vîmes se rassembler autour de nous tous ces brades gens, avec lesquels nous avions vécu six mois entiers dans la plus complète intimité. Il y avait là le cher Rodionof, qui, dans sa douleur sincère, avait oublié le a Turc perfide d, et Alexandrof, qui avait laissé de côté la politique et les alliances, et une multitude d'autres amis, dont l'un ressemblait si parfaitement à l'autre que nous ne pouvions les distinguer que par leur nom de

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famille. Tous, du food du cœur, se réjouissaient de notre bonne fortune et nous souhai-

taient toutes sortes de prospérités. Ce fut une chère minute dans notre vie, et elle restera longtemps dans notre mémoire. Du régiment nous n'avons pas emporté un seul sentiment amer ; ces braves gens ne nous ont pas laissé un souvenir pénible. »

Cette analyse et ces extraits du journal de V. P. suflSront pour donner une idée de la vie quotidienne du soldat russe. On a dû apercevoir les différences qu'il y a entre la nouvelle loi militaire des Busses et la nôtre. Le titre commun de service obligatoire et universel ne doit pas faire illusion. Il s'en faut de beaucoup que la Russie appelle sous les drapeaux, comme le fait la France, la presque totalité de sa jeunesse, à l'exception des ecclésiastiques et des membres de l'enseignement.

On prétend chez nous que le volontariat d'un an comporte une trop faible durée de service pour avoir les effets qu'on en attend.

Que dira-t-on des appelés de six mois, des volontaires de trois mois en Russie ?

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Et pourtant le gouvernement russe croit avoir obtenu un grand résultat en proclamant tout au moins Tuniversalité de l'obligation du tirage au sort, en introduisant dans l'armée, ne fût-ce que pour trois mois, les jeunes, gens des classes cultivées, en essayant de faire du régiment l'école primaire de la nation, et du ministre de la guerre, au moins pour l'enseignement primaire, un autre ministre de l'instruction publique.

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Préface i-zzz

La Gsandb Abhéb a Moscou. (Récits de témoins

ociQaires russes.) . . . • ». 1

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