‹ Français et wallon; parallèle linguistiqueChapitre 1 sur 18 · Français et wallon; parallèle linguistique · texte numérisé non relu

Français et wallon; parallèle linguistique

Les langues sont des organismes vivants où s'incarne la pensée. Elles naissent, se développent et dépérissent d'après des lois physiologiques et pathologiques, dont le code, étudié dans ses causes, constitue la branche la plus élevée de l'histoire des races humaines. J'ai défini la Linguistique.

Ces organismes diffèrent entre eux comme les races qui lee ont spontanément créés. En fait, il existe un rapport intime , une concordance inévitable entre l'organisation cérébro -mentale d'une variété primitive de l'espèce humaine et le génie particulier de ses formes orales.

Or, les deux principaux organismes de la pensée sont :

La parole arienne;

La parole sémitique.

La parole sémitique est principalement représentée par l'hébreu, l'araméen, le syriaque et l'arabe.

La parole arienne comprend les six familles de langues indo-européennes : la famille indienne (sanskrit, pracrit, hindouslani, etc.) et la famille

persane (zend, pelilvi, parsi , etc.), en Asie; la famille celtique (welsh, calédonien, etc.), la famille slavonne (esclavon, russe, lithuanien, etc.), la famille germanique (suédois, hollandais, allemand, anglais, etc.), et la famille pélasgique ou gréco-latine, en Europe.

Toutes les langues composant ces six familles sont originairement identiques. Elles ne furent d'abord qu'une seule et même langue parlée par les premiers pères de la race arienne, et, aujourd'hui encore, elles n'ont au fond qu'un seul vocabulaire, une seule grammaire. Cette vérité, l'une des plus belles conquêtes de la science moderne, n'est plus ni contestable, ni contestée.

Parmi les quatre familles de langues ariennes d'Europe, il en est deux qui intéressent, à des titres différents, les Français et les Wallons : je veux parler de la famille germanique et de la famille gréco-latine.

Il y a quinze cents ans , la Gaule entière était romaine (je mets hors de compte ce bras de terre qu'on appelle Bretagne française) et le latin, — peu cicéronien déjà, — parlé par les soldats et les colons, le latin usant ses angles, contractant ses mots, perdant de plus en plus son caractère synthétique, devint graduellement, lentement, un latin nouveau, mais un latin vieilli, décomposé, gâté, de plus en plus gâté, ici d'une façon, là d'une autre, et, plus loin, d'une autre encore.

Telle fut l'origine des patois latins parlés en France et dans le pays wallon.

Ces patois, comme ceux d'Espagne, de Portugal et d'Italie, vécurent à côté du latin littéraire connu seulement des patriciens, des doctes, des religieux et des prêtres. Ils étaient latins, mais ils durent à la domination germanique d'AYOïR six à huit cents mots tudesques, gothiques, etc. Ils portèrent différents noms, parmi lesquels on a surtout remarqué ceux de lingua vulgaris, de lingua romana rustica.

Au midi de la Loire, ces dialectes néo-latins ont tous un même cachet de vocalisation romaine, franche, ouverte et vigoureusement accentuée. Au nord de ce même fleuve, les voyelles nasales, les sons sourds, surtout dans les désinences, la rareté des diphthongues réelles, une fréquence beaucoup plus grande des syncopes, tels sont les principaux caractères des patois, ou, pour être plus poli sans être plus exact, des langues romanes septentrionales.

Au moyen âge , l'ensemble des dialectes du Dauphiné, de la Saintonge, du Limousin et du Périgord portait les noms de langue provençale, de langue d'Oc, ou de langue des troubadours, tandis que les dialectes beaucoup moins mélodieux du nord de la France et de la Belgique wallonne s'appelaient langue d'Oï/, langue des trouvères.

Parmi ces derniers idiomes, nos pères, fort

ture orthographique de la langue wallonne. Dans la seconde partie, j'ai montré comment les mots français et wallons pouvaient être 1" ramenés à leur forme organique romaine et %^ réduits à leurs éléments constitutifs les plus simples, tels qu'on les retrouvr dam5--i?r-iîrfigue arienne primordiale. Cette langue arienne originelle, mère commune de toutes les langues indo-européennes, est celle que la science reconstitue à l'aide d'un parallèle rigoureux du sanskrit, du zend, du grec, du latin, de l'esclavon, du gothique et des autres idiomes congénères les plus anciens et les mieux conservés du système. Car le sanskrit n'est pas plus que le zend, le celtique ou le latin, ce qu'on peut, par une image très-médiocrement heureuse du reste, appeler une langue-mère. C'est un fils, une branche, ou plutôt encore une manière de devenir de l'arien primitif.

Ma tâche dans la troisième partie (phraséologie) était beaucoup plus facile, et il m'en a peu coûté pour faire ressortir la parfaite identité de la syntaxe wallonne et de la syntaxe française. Là encore j'ai essayé de tout ramener aux principes nécessaires de la logique, et la différence des constructions latines m'a été d'un grand secours pour mieux faire ressortir le génie particulier de nos idiomes analytiques.

Page 1