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PHONOLOGIE ET PHOTOGRAPHIE

Car le mot, qu'on le sache, est un être vivant, V. Hugo, Les Contemplations.

Tout mot se compose :

1° D'une mne, c'est-à-dire d'une ou de plusieurs sensations avec ou sans combinaison d'une ou de plusieurs idées ;

2" D'un corp,9, c'est-à-dire d'un ou de plusieurs sons vocaux (voyelles), avec ou sans accompagnement d'un ou de plusieurs bruits (consonnes).

Ici, comme toujours, le corps détermine, individualise, exprime l'âme qui s'incarne en lui. Une syllabe sans signification n'est pas un mot. Le mot est un produit mixte : il est à la fois psychologique et physiologique.

Dans ce premier chapitre, nous n'avons point à nous préoccuper du côté psychologique des mots, mais seulement de la syllabe ou des syl-

labes qui consliluent leur corps, leur organisme phonétique (phonê, voix), leur forme orale enfin.

Or, la syllabe ne peut offrir que deux espèces (rélémenls auditibles : des voyelles et des consonnes.

La voyelle est un son laryngien modulé, soit

par le pharynx (gosier) et la bouche : a, i, o, soit par le pharynx et les fosses nasales : an, in, on.

La consonne est un bruit imprimé par la bouche à la colonne d'air expulsée des poumons. Ce bruit ou ce mouvement bruyant est une vibration (r, l), une explosion (p, t, k; b, d, g), un sifflement (f, s, cii, h ; V, z, j), ou une résonnance nasale (m, n, gn).

Ainsi, pour qu'il y ait consonne, il faut de l'air chassé des poumons et arrêté au passage par les organes de la bouche ; mais il n'est pas nécessaire que cet air soit sonore ou chargé de voix laryngienne. La consonne ou le bruit peut exister sans la voyelle. Il y a plus : à part les six explosives, toutes les consonnes, les sifflantes, les roulantes ou vibrantes et les nasales, sont des produits physiologiques tellement distincts qu'on peut les faire entendre, même à des distances considérables, sans le secours d'aucune voyelle. Sifflez, par exemple, durant dix ou douze secondes S, CH, Z, V, F sans mouler dans la bouche aucun son larvneien.

Que si vous faites suivre ces mêmes consonnes d'une voyelle, du son A, par exemple, vous ne pourrez mouler votre voyelle qu'en changeant la position des organes buccaux et seulement après en avoir fini avec chaque consonne, avec chaque bruit d'air, S, CH, Z, etc., etc. Tant que vous ferez entendre le sifflement qui caractérise la consonne, qui est la consonne considérée comme effet d'une fonction physiologique particulière, il vous sera impossible de faire entendre aucune voyelle, aucun son.

Ce qui n'empêchera pas de répéter longtemps encore cette curieuse définition : « La consonne est une lettre qu'on ne peut prononcer sans le secours des voyelles. » A coup sur, la consonne n'est pas une lettre ; à coup sûr encore, la consonne peut très-bien se prononcer sans le secours des voyelles, et cela est si vrai qu'elle repousse, la plupart du temps, leur émission simultanée. A cela près, la défmition est excellente.

Voyons maintenant quelles sont les voyelles françaises et wallonnes.

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