SCÈNE y
LOUISETTE, FRANCASTOR
LOUISETTE entrant par fa grille A gauche, un bouquet A la main. Elle porle un chapeau de paille élégant et une r< be de gare gonflée de ctinoline.
C’est tout de môme une drôle d’idée qu'a eue Saturnin de me faire passer pour sa sœur.
Hum! iium!
LOUISETTE, l’apercevant.
Ah!
FRANCASTOR, A paît.
Elle est z’emue ! (Haut.) Petite! (Aperceront Louiieiie.) Tiens, ce n’est pas Louisette... (saluant.) Pardon, madame!...
LOUISETTE, faitant une grande révérence.
Monsieur! j’ai bien l’honneur. * (a part.) Tâchons de prendre aussi ses manières.
FRANCASTOR, à part.
Quelle architecture!... Cherchons un moyen orlhodoxed’cngager la conversation, (a Louisette.) Madame habite ce local agreste?
LOUISETTE
J’y passe quelquefois l’été, près de mon frère qui est de ce village.
Ah ! oui, je me rappelle. Vous ôtes la sœur dont m'a parlé le lourdaud que j’ai vu tout à l’heure. 11 est bien laid !... vous lui ressemblez... (se reprenant.) Vous lui ressemblez, mais en, beau !
LOUISETTE
Vous me flattez, monsieur!
FRANCASTOR, avec transport et mettant la main sur son coeur.
A peine assez, madame, à peine assez! (lui présentant son brar.) Madame va se promener? Il fait un temps superbe!
LOUISETTE
Un peu chaud, pourtant.
Oh oui!... surtout à votre alentour! femme phosphorique !
* Francastor, Louisette.
Monsieur...
LOllSETTE.
Tel que tu me VOIS... (a pa rt .) Ah, sapristi! (Se reprenant, Loaiset ir ^ Tel que vous me voyez, permet) ez-moi (le vous réitérer que vous méritez cet hommage, car vous avez les cheveux de Pliaéton et la taille delà Vénus de Milon... déesse de l'agriculture et du commerce.
LOL'ISFTTE.
Quelle est cette Vénus?
C'est une estatue de femme.
LOUISETTE
Et Milon?
C'est un bonnetier qui en a une dans son escalier... pour quoi l’on dit la Vénus de Milon... (a part.) Quelle femme et
Î uelle mise ! (a Loniwtu .) Madame, vous habitez lh une robe 'un fier calibre !
LOUISETTE
N’est-ce pas que c’est gentil, beau tambour?
Beau tambour! Elle est vraiment espiritucllel
LOUISETTE, prenant de grands airs.
Quand on a, comme moi, dix mille francs d’appointements... on peut se permettre ces petites dépenses.
FRANCASTOR, à part.
Dix mille francs tous les ans... Crelotte! c’est ça qui mettrait du beurre dans mes ho.... non, je me trompe : (se reprenant.) C'est ça qui mettrait du foin dans mes épinards!
LOllSETTE.
Aussi, le luxe est ma vie, mon seul bonheur!
CODPLETS.
J’aime l’éclat et ta toilette.
J’ai des bijoux, des diamants,
Line calèche fort coquette.
Les parfums les plus enivrants.
Je liais la tristesse sévère,
Tous les plaisirs sont de mon goût.
Mais ce que j'aim’ par-dessus tout,
C’est d’être admirée et de plaire.
(Elle passe devant Francastor en lui faisant sentir son bouquet.)
J’aime la musique et la danse;
J’aime à chanter un gai refrain,
Il faut me voir quand je m’élance En fin corsage de satin.
J’aime à valser, vive et légère,
Dans un tourbillon gracieux ;
Mais, ce que j’aime encor bien mieux,
C'est d’étre admirée et de plaire.
FRANCASTOR, i part.
Délirante! enivrante! subjuguante! Elle m’a complètement ému z’et facciné ! De son côté particulier, elle ne paraît pas éloignée d’avoir une correspondance analogue... il faut se déclarer... (Arec ud grand gésir.) Madame!... (Louiselte passe à droite.)
LOUISETTE
Mais, monsieur!... (a pan.) Et Saturnin qui ne vient pas....
quel erilbaras! (Eutie Saluruiu appelant son cousin ; Louiselte sort par la grille, Francastor la suit, mais Saluruiu l arrête. — Il est déguisé en paysanne . grande coiffe, robe tiès-coorte, large tablier, bas bleus et sabots. Il tient à la main une tartine de fromage mou.)