SCÈNE VI
FRANCASTOR, SATURNIN.
SATURNIN
Mon cousin, mon cousin !
FRANCASTOR, la regardant.
Quel est ce meuble champêtre?
’ SATURNIN
C’est-y vous qu’êtes mon cousin?
FRANCASTOR , à part.
Grand Dieu ! est-ce que ce serait là ma future! (Haut.) Seriezvous, par hasard, la cousine Louiselte, dont à laquelle je viens afin que...
SATURNIN
C’est moi tout de même. SouffriSSeZ... (il renl l’embrasser, «l lui touche la ligure arec sa tartine.)
FRANCASTOR le repoussant.
Allons donc! du fromage à la crème!... (il s’essuie le net et
* Louhette, Francastor.
goûle le fromage.) 11 Il’est pas mauvais. (Satnrnin se mnuclie brujamment.) Crelotte ! Je n’aime pas les femmes qui font de la trompette avec leur nez. (n eonaîdère saturnin.) Physique peu agréable, et bien mal développé dans ses aménagements. Eh bien ! vous me croirez si tu voudras : tel que tu me vois, je ne vous aurais nullement reconnue à la première revue.
SATURNIN
Dam ! Vous m’avez quittée si jeune, si petite ! (it regarde Fran-
catlor d on air piteux.)
11 est de fait. Et, malheureusement, vous n’avez pas beaucoup grossi, ni embelli de depuis.
SATURNIN
Comment, je n’ai ni belli, ni grossi?
A peine assez, petite, à peine assez!
SATURNIN montrant ta jambe.
Mais regardez-moi cette jambe, et ce pied... C’est -y ça un pied?
J’avoue que ce n’est pas la taille qui lui manque... On dirait une boîte à violon.
SATURNIN
Et puis, je n’ai pas de Caroline , moi... C'est naturel, ça,
mon grOS trognon! (il se paranc et montre sa taille.)
Cristi ! quelle surface ! C'est droit comme ma canne. L’autreétait bigrement plus soufflée! (a Louisette.) Enfin, c’est votre taille, vous ne pouvez pas m’en montrer plus que vous n'en avez individuellement.
SATURNIN
Bédam !
C’est égal , ça va me chiffonner d’avoir au bras une femme d’un si mince calibre, moi Victor-Anténor Francaslor, surnommé, tout d’abord, le beau tambour-major... c’est-à-dire, le plus beau des hommes, le tambour-major étant la crème de l’espèce.
SATURNIN
Ah! VOUS aimez la Crème; eh ben... (il lui présente la tartine de minière à lui barbouiller le nez.
Allons, bien, encore de la crcme! (il »’««««« et i* goûte.) Point mauvaise du tout.
SATURNIN
Dites-moi , cousin , est-ce que vous allez vous marier avec ça là-haut?
Quoi, ça, là-haut?
SATURNIN, détigoant le plumet.
, Eli ben , l’affaire qui remue... le plumeau?
Quelle est grue, cette naïade !
SATURNIN
Comment, je suis grue et naïade! Est-ce que vous ne voudriez plus de moi, maintenant?
Mais si fait, puisque ça m’est ordonné par le testament photographe de l’oncle Dandelou. (n lire un papier de sa poulie.)
SATURNIN
Ah ! voyons... défrichez - moi ça.
Ilien de plus facile... (u tourne i« tettament .u tout sons.) Est-ce que vous pourriez lire ce papier, vous?
SATURNIN
Moi? (a paît.) Finassons! (Haut.) Je ne sais pas... on ne m’a jamais appris...
C’est pourtant pas bien difficile... Tenez, par exemple, voyez-vous cette lettre qui est en tète et plus grande que les autres... comme cfui dirait un tambour-major?
SATURNIN, regardant. '
Cette grande lettre qui a trois jambes?
Juste. Voulez-vous savoir...
SATURNIN
C’est-y pas un O?
FRANCASTOR, riant.
Ça, un O!... c’est un Iscpie, ignorante.
SATURNIN
Allons, défrichez-moi ça..., le photographe.
FRA.NCASTOR.
Tout de suite, (a p»it, tetonroant le papier.) Si encore je savais lire! Les livres, ça va encore... mais, pour les papiers, j’ai de la peine... Par bonheur que je me suis fait apprendre celui-ci par mon ami le caporal, qui me fait mes lettres, (n le retomne
«ncçrc.)
SATURNIN
C’est peut-être votre trique qui vous gêne... passez-moi la
trique, (il prend la canne par le milieu.)
FRANCASTOR , la reprenant.
Laissez donc... Vous y avez encore fourré de la crème! (n . pore (es .cires. ) Heureusement quelle est bonne.
SATURNIN
Voyons ce testament.
Voici : « Moi, Pierre - Ignace - Pantaléon Dandelou, donnez-et lègue six mille francs à ma nièce Louisette... »
SATURNIN
C’est moi la nièce Louisette.
Hélas oui! (rc>' nrnnnt le testament. ) « Sous condition qu’elle épousera son couslit Francastor, » c’est moi, » à moins qu’il no refuse, (n met le testament dans ia poebe.) Mais je ne refuse point... pas si bêle : il y a six mille francs à encaisser, et il ne siérait pas à un tambour de dédaigner la caisse. (Riant.) Ob! ceci est une manière de calombourde à l’usage des gens d’esprit, appelée, je ne sais trop pourquoi, le coq et t’àne. (n ut.)
saturnin.
Comme ça c’est moi qui suis le coq, et c'est vous qui êtes...
Allons, pas de comparaisons inconsidérées!
SATURNIN
N’empêche pas que vous paraissez aimer diantremeiit la fortune.
A peine assez, petite. L’or n’est point une chimère,.., comme dit Figaro dans Guimauve Tell,... musique de Scribe.
Ainsi donc, pour quelques écus, vous m'épouserez malgré mon ignorance? (Louisette paraît à la grille.)
11 est vrai, nymphe des champs, que vous êtes passablement inculte z’et agreste... Mais, tant pis... tel que tu me vois, j’ai de l’esprit pour deux, (a pan, pendant que Louisette et SatlirniD se concertent an instant. )* C’est égal. Ce physique ne me sé-
duit point... Moi qui me faisais une idée superbe de ma cousine, et qui me plaisais à la comparer à une gravure que nous avons dans la chambrée, et qui représente la belle Judith tranchant la tête de Roméo ! Je trouve du déchet.
SATURNIN lui frappant sur l'épaule.
J’y pense, mon cousin, il fait chaud; vous voudriez peutêtre bien vous rafraîchir un brin?...
Ça n’est pas de refus !
SATURNIN
Il y a le puits, à côté...
Allons donc! le puits! est-ce que tu me prends pour un canard... sauvage?
LOUISETTE, descendant ta scène, à Saturnin.
Louisette !
FRANCASTOR, à part.
Dieu, ma belle!... attention, (il «a poser son bonnet et sa canne sur le banc.)