‹ France-Canada (volume 2)Chapitre 2 sur 31 · EMILE SALONE · texte numérisé non relu

EMILE SALONE

A. 0. DE celle;....

Conservateur de la B fjliiy- Ihé'/ue du Parlement fédéral.

L' 0 Histoire du Canada »

de Garneau.

A la Conquête de la

Liberté (suite).

Vie économique

GUENARD La spéculation sur les

terrains : le krach de 1882 à Wianipeg.

Vie in'ellectuelle et sociale

HENRI FROIDEVAUX.

L"n cours d'iiistoire du Canada français à la Sorbonne.

Revue des Périodiques.

F. DE NOIRMONT. . . Périodii[ues canadiens et français.

Les faits du mois

M. G Novembre 1913.

L'« Histoire du Canada » de Garneau <*)

La publication, à Paris, et dans la Bibliothèque de France- Aiiitriquc, d'une nouvelle édition de r/^w/otVe du Canada àQ Garneau est un véritable événement. L'heure est bonne pour rappeler, en quelques lignes, ce que fut l'homme et ce qu'est l'œuvre.

Les Garneau sont originaires du Poitou. Ils sont venus en Canada dès le milieu du xvu° siècle. Pour préciser, le Garneau qui passa la mer en 1661 était un des compagnons de Pierre Boucher et s'établit aux Trois-Uivières. Celui qui devait illustrer le nom, François-Xavier Garneau, est né à Québec en 1809. De bonne heure, il a trouvé sa vocr.tion. Il nous a même raconté comment. Un jour qu'il se disputait avec quelques jeunes Anglais, ses camarades de cléricature chez le notaire Campbell, un de ses adversaires lui jeta cet argument qu'il croyait péremptoire : « Qu'êtes-vous donc, vous autres Canadiens français? vous n'avez pas d'histoire ! » Ce jour-là, Garneau se jura qu'il la ferait, cette histoire !

François-Xavier Garneau fut un homme fort et un homme heureux : il s'est tenu parole. Il n'y a aucune exagération à le dire : l'historien a consacré sa

(1) F.-X. G.ULNBAU, Histoire du Canada. Cinquième édition, revue et annotée par Hector Garneau. — Préface de M. 0. Hanolauz,de r.Vcadémie française, t. I. Librairie Félix .\lcan.

FRANCE-GMADA

vie entière à son histoire. On sait quel fut le résultat d'un pareil effort. Si Garneau, à parler strictement, n'a pas écrit le premier sur l'histoire du Canada, puisqu'il y a eu Bibaud, il est de toute justice de reconnaître que c'est Garneau qui a écrit la première histoire du Canada. Aussi bien, et c'est pour lui le grand honneur et la grande récompense, l'historien a agi puissamment sur les destinées de son peuple. Quand il donne son premier volume, les patriotes de 1837 viennent de succomber. Les petits-fils des héros d'Abraham et de Sainte-Foy vont-ils perdre courage, js'abandonner? Garneau arrive à temps pour relever les cœurs. II rend aux Français de Saint-Laurent, avec le souvenir de leur glorieux passé, la conscience de leur force, la certitude de la victoire. Pour le mettre à son rang, il faut placer Garneau parmi les fondateurs de la nation canadienne française.

En 1883, on donna une édition nouvelle de VHisfoiredu Canada. Cette édition n'était pas la réimpression pure et simple de celle que l'historien avait publiée, en 1839, à la veille de sa mort. On y constate quelques additions, quelques retranchements. Cela ne pouvait suffire. Etait-il permis de laisser vieillir l'histoire de Garneau ? Son fils se mit à l'œuvre. Ce que fut ce fils, on ne l'a su complètement que parla publication d'un délicieux recueil de poésies posthumes. Mais, lui aussi, Alfred Garneau mourut trop jeune. Le fils passa la main au petit-fils, et c'est ainsi que M. Gabriel Hanotaux présente au public canadien français et français la cinquièmejédilion de VHistoii e du Canada de François- Xavier Garneau, revue et annotée par Hector Garneau.

La tâche de M. Hector Garneau n'était pas aisée. Qu'il fût de taille à mettre au courant le livre de son aïeul, cela ne faisait pas question. M. Hector Garneau a été formé à la bonne école. Mais, en poursuivant cette mission jusqu'au bout, ne risquait-il pas de substituer une œuvre nouvelle à l'œuvre première? On peut se rassurer pleinement. M. Hector Garneau traite le texte de François- Xavier Garneau avec un infini respect. Quand il ne suffit pas de renvoyer aux notes ou aux appendices, M. Hector Garneau sait retoucher avec la plus grande délicatesse. Au surplus, s'il faut pousser la revision encore plus à fond, n'ayez point de souci ! L'esprit du grand-père inspire le petit-fils.

On n'ose point demander à M. Hector Garneau de se presser. Mais comme nous sommes loin du terme ! Ce premier volume s'arrête, pour le Canada proprement dit, en 1713, et il nous faut aller jusqu'à la moitié du xix° siècle. En attendant, les Français de France témoignent de toute leur gratitude à ces trois Garneau, François Xavier, Alfred, Hector qui, suivant l'heureuse expression de M. Hanotaux, leur apportent « la leçon du Canada ». Emile Salone.

A LA CONQUÊTE DE LA LffiERTÉ

R la conquête de la liberté ^^

La justice fut lente à veuir. L'impartialité doit dire qu'elle vint en mesure suffisante si l'on ne perd pas de vue le fait qu'elle se fait attendre ailleurs depuis des centaines d'années. Voyez la Pologne entre les griffes de la Russie et de l'Allemagne. Prenez garde que sous le régime de l'empereui- Guillaume, le Parlement prussien a voté une loi décrétant l'expropriation des Polonais pour amener dans ses domaines une assimilation restée aujourd'hui presque irréalisable.

Après tout, diront certains iriéconciliables, l'Angleterre n'a fait, il est vrai, que son devoir; mais ne devons-nous pas lui en savoir un gré infini quand il se trouve tant de gens qui ne le compiennent, ni ne le font? 11 suffit qu'elle ait eu la force de nous opprimer et qu'elle s'y soit refusée pour que ses homnics d'Etat méritent notre reconnaissance. Au regard des ministres anglais et des dé(>ulés attachés àleurcause, il se trouvait même alors au Canada, comme il a été dit plus haut, un nombre d'individus auxquels il n'aurait nullement répugné de faire de notre pays une autre Irlande, et des Canadiens des gens taillables et corvéables à merci.

Moins d'une année après que justice eut été rendue aux Canadiens, qui formaient alors les dix-neuf viugtièmes de la population, ils se ralliaient au nou\eau pouvoir, équitable à leur endroit, et faisaient échouer l'invasion américaine, sous les murs de Québec. La pi^litique du gouvernement n'avait pas été seulement généreuse, mais aussi habile et clairvoyante. Les hommes d Etat anglais avaient fait un excellent placement dont ils recueillaient le fruit, qui en valait la peine : la conservation du Canada à la couronne britannique.

Les Franco-Canadiens ont toujours récompensé largement la générosité de la mèrepati'ic à leur égard : à preuve nouvelle leur façon de se comporter enl812, alors que les Américains, vainqueurs par tout l'Ouest, voyaient leurs armes malheureuses dans la province du Bas-Canada. Il y a des souvenirs utiles à rappeler à cei laines personnes intéressées à n'avoir pas plus de mémoire que de coeur.

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