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France-Canada

Le comité France-Amérique a continué le 3 décembre la série de ses dîners mensuels, réservés aux membres du Comité. Ce dîner consacré au Canada, a été très brillant et nombreux. M. Alexis Rostand, président du Conseil d'administration du Comptoir national d'Escompte, a bien voulu le présider; il était assiste île M. Roy, commissaire général du Canada. M. Kleczkowski, ministre de France, ancien consul général de France au Canada, M. /.'tienne Lamy, de l'Académie française, M. Gabriel Ilunotau.v. de l'Académie française, président du Comité France-Amérique, Mme Roy. Parmi les autres personnes présentes, on pouvait remarquer : MM. le vicomte H. de Cai.v de Saint-Aymour, vice-président du comité France-Amérique; Carpentier; Chabaud, Jean Cordier, Corréard, inspecteur des finances, Gaston Deschamps. du Temps; Desprez, ministre de France; Dubern, Jean Dumas, Flelcher, président de la section canadienne de lu Chambre britannique ; Foursin. MortOH Fullerton, Gaillard, le peintre Gelhay, le sculpteur Germain, Hodent, secré-

tairegénéral de la Canadienne; Guillain, ancien ministre; Honnorat, Javey,

Labrousse, secrétaire général dit Comptoir national d' Escompte ; de La lande, ministre de France au Brésil; de Lasteyrie, inspecteur des finances, Lefort, Le Moyne de Martigny, Leprince, Leriche, directeur de la Banque de Rio de laPlata. Raphaël-Georges Lévy, professeur à l'École des Sciences Politiques, Lewandoa-ski, sous-directeur du Comptoir national d'Escompte; le major Mahan. Baron Antonin de Mandat-Grancey, Meynadier. Naggiar, le capitaine Perrier, le professeur Pozzi, dal Piaz, directeur de la Compagnie Transatlantique; Quellennec, président du Brasil Railway, Renguel, Révillon, Jean Rouillé, attaché d'ambassade, Paul de Rouziers, secrétaire général des armateurs de France, Saudray, Scelle, professeur à l'Université de Dijon, Jules Siegfried, député, ancien ministre; de Sillac, secrétaire ^l'ambassade, Silhol. Thierry, député, Charles de Tinseau, etc., etc.

A la fin du dîner, MM. Alexis Rostand, Roy. KleczkowsM et Gabriel Ha notaux, prirent la parole. Nous sommes heureux de reproduire in-extenso dans ce numéro et dans le suivant leurs discours, fréquemment applaudis.

Discours de M. Alexis Rostand,

président du Conseil d'administration du Comptoir national d'Escompte.-

Messieurs,

Dans certaines familles, — surtout parmi les plus nombreuses, — il y a des membres qui, à l'âge des longs espoirs et des belles audaces, quittent le foyer paternel pour chercher fortune au delà des mers. Ils vont vers des pays qu'on leur dit merveilleux et qui tentent leur goût d'aventure et leur ambition. Il arrive qu'il ne sont pas déçus ; ces pays exercent sur eux une séduction d'autant plus irrésistible qu'elle est plus lente. Ils les enserrent de mille liens qu'on ne sent pas, et qui retiennent ; finalement, ils les gardent pour toujours.

Mais l'empreinte natale et le pli des vieilles habitudes demeurent. De 'génération en génération, les fils, les petits-fils et les arrière petits-fils de ces exilés volontaires se transmettent des traits particuliers de physionomie, des gestes, des attitudes, des locutions familières, en un mot, des manières d'être qui décèlent la race. Peu à peu, il se fait dans leur esprit une évolution inverse de celle qui les a déracinés ; c'est maintenant la patrie d'origine qui hante leurs imaginations. Elle leur apparaît lointaine, et comme enveloppée d'une sorte de buée de rêve qui l'auréole et la grandit. C'est que de là viennent toutes les traditions qui ont façonné leurs âmes. C'est l'Histoire Nationale, avec ses alternatives de succès et de revers, qui, à certains moments, devient romanesque, légendaire, parfois même surnaturelle. C'est la Religion deux fois millénaire des Aïeux qui, du berceau à la tombe, fut étroitement mêlée à tous les actes importants de la vie familiale. Ce sont les Lettres, les Arts, les

Sri. •nri\s, les modalités d'éducation, toute l'activité intellectuelle qui féconde la terre hospitalière abandonnée par eux et à laquelle ils ne peuvent songer sans regret. C'est le coin de France, c'esl la maison même où sont nés et ont été élevés les parents d'autrefois; c'est le jardin où ils ont joué et grandi. Que sais-je ! Ce sont mille choses, petites en elles-mêmes, mais grandes par les idées et les convictions qu'elles représentent et qui, parla, concourent à la formation de notre sensibilité.

Telles doivent être, j'imagine, Messieurs, les impressions de nos amis, — pardon, je dis mieux, de nos petits cousins du Canada dont il sera beaucoup parlé ce soir.

Eux aussi, jadis, ont fait partie de la grande famille française. La destinée les en a es; elle leur en adonné une nouvelle à laquelle ils sont sincèrement attachés, mais ils n'ont pas oublié l'ancienne; notre pays a toujours pour eux une vive attirance parce je ne sais quoi de cordial, de subtil, de lumineux, de généreux et de chevaleresque qui caractérise son génie.

Nous avons, Messieurs, pour Président, un ancien ministre des Affaires étrangères qui a un rare et noble entêtement.

Dégagé des soucis de sa charge, il a voulu conserver celui auquel tenait le plus son cœur de patriote ; il s'efforce, avec toute son énergie, de développer le rayonnement de la France au dehors Au service de cette tâche si intéressante, il met son beau talent d'écrivain, qui a pour support sa forte documentation d'historien ; il magnifie les principales gloires de la France; après Richelieu, Jeanne d'Arc. — Il s'emploie aussi avec une inlassable activité à créer des sympathies passionnées entre notre chère patrie et ces jeunes peuples qui, de l'autre côté de l'Océan, commencent à peine leur Histoire. 11 voudrait que chacun d'eux eût pour elle les sentiments que le troubadour provençal avait pour la Princesse lointaine.

Messieurs, je lève mou verre :

A la France,

Au Canada,

El à notre Président, M. Ilanotaux.

Discours de Thon. Philippe Roy,

Commissaire général t/it Canada à Paris.

Monsieur le Président, Mesdames el Messieurs.

Je ne chercherai pas à m'excuser d'avoir accepté avec joie l'invitation du Comité Franc car je me rends compte que j'accomplis tout simplement un

devoir.

A notre lernière i i union, M. Tardieu, qui nous a tenus sous le charme de sa parole

un temps beaucoup trop c iurt, a résumé toute la carrière de M. Uoosevell par un

mol « l'optimisme ». Je n'ai nullement la prétention de me comparer à M. Roo-

irlanlsisui un Irait de caractère on pouvait comparer deux hommes, je ne

repousserais pas le parallèle : je suis un optimiste résolu quand il s'agit du Canada.

Le sujet de la causerie de ce soir m'a été proposé, mais s'il n'est pas de mon choix, il n'en offre pas moins pour moi, de très grands avantages. Ce sujet c'est : « La mise en valeur du sol au Canada et le développement des villes canadiennes. »

C'est-à-dire que vous êtes désireux de savoir pourquoi le sol canadien et les villes canadiennes se développent d'une manière aussi prodigieuse.

Tous les effets ont des causes, et ces causes ne sont pas toujours de même nature : si ce principe est presque toujours vrai, il l'est encore plus, quand il s'agit du développement d'un pays.

Je classerai donc ces causes en deux catégories ; les causes générales et les causes locales.

Parmi les causes générales je choisirai les plus importantes, celles qui se présentent comme les plus essentielles à la mise en valeur du sol au Canada et au développement des villes canadiennes, et j'essayerai de vous en donner un aperçu aussi exact que possible ; ce sont : la richesse du sol, l'immigration, la production agricole, les voies de transport, les industries, les richesses minières, les forêts, la force motrice naturelle, les capitaux étrangers.

On sait aujourd'hui que la superficie du Canada est dix-huit fois plus grande que celle de la France, plus grande que celle de toute l'Europe. On sait également que sur cette vaste étendue de territoire, la population n'excède pas de beaucoup sept millions d'habitants.

Cette considération seule, il me semble, était suffisante pour faire réfléchir tous ceux qui désiraient améliorer leur sort.

C'est cet état de choses qui, avec le concours de la politique des gouvernements canadiens, a créé ce mouvement formidable d'immigration vers le Canada qui a peutêtre été la cause principale de la mise en valeur de notre sol et du développement de nos villes.

Les statistiques prouvent aujourd'hui que le sol canadien est capable d'une production supérieure, ce qui s'explique par le fait que ce sol est encore vierge. Seulement, pour obtenir cette production il fallait, et il faut encore, que des bras vigoureux viennent défricher ce sol et y jeter la semence productive.

Notre politique de colonisation a été celle qui pouvait favoriser le mieux le progrès agricole, c'est-à-dire qu'elle invita, toutes garanties de santé et de moralité étant acquises, les population ■. du monde entier à venir partager, gratuitement, avec nous, toutes les richesses que notre pays contenait, Nous avons offert aux colons 100 millions d'acres de terres fertiles, et cela en leur promettant la protection de nos lois. Il ne suffit pas, en effet, de donner au colon tout l'espace nécessaire pour qu'il y développe son énergie personnelle et y crée une famille. Pour obtenir ce résultat, il est indispensable qu'il se sente chez lui, à l'abri de tous les empiétements et des exigences capricieuses de ses voisins. Et je ne crois pas me trom per en affirmant que dans aucun pays du monde, cette protection si nécessaire au colon n'est mieux assurée qu'au Canada,

Il est nécessaire que je donne ici quelques chiffres pour vous faire bien apprécier les résultats de l'immigration au Canada.

En 1896, elle a été de 21.716 colons ; en 1901, elle était de 07 379 ; en 1906, de 189.064 et en 1911, de 31l.08i. Pour l'année présente, ces chiffres seront encore dépassés, les neuf premiers mois de 1912 ayant atteint le nombre de 292.516.

Il suffit de constater cette progression ascendante pour comprendre qu'avec un afflux de population aussi considérable, il était forcé que le sol du Canada bénéficie d'une grande plus-value et que les villes canadiennes atteignent un développement proportionnel.

Il n'est aucune industrie qui assure d'une manière plus normale et plus certaine le développement d'un pays que l'industrie agricole.

L'accroissement de la production agricole au Canada, depuis dix ans, peut être constaté dans le tableau suivant relatif aux seules céréali s.

Boisseaux. 1911 1901

Blé 2iS.8St.300 55. "2. 368

Orge.. 40.641 22.224.366

Avoine 348.187.000 151.497.407

Seigle 2. 694. 400 2.310.793

Maïg 18.772 25.875.919

Sarrasin 8.155.500 4.54, 159

Pois 4.536.100 12.348.943

Haricots 1.155.600 861.327

Pommes de terre 66.023 000 55.362.635

Navets 8 4.9.13.000 76.075.642

Foin 12.694.000 7.852.731

Ainsi nous constatons en dix ans une augmentation de 100 % .

Permettez-moi d'illustrer par un exemple ces progrès de la culture :

Un Fermier à 13 milles de Calgary province d'Alberta . ensemence 800 acres de terre en blé, en orge et en avoine; sa récolte et ses hallages terminés, il obtient 20.000 minois de céréales qui, au prix du marché actuel, représentent 10.000 dollars, c'est-à-dire 20 dollars par acre.

De même un autre fermier, dans la même région, récolte cette année 65 minots d'avoine, 20 minots de blé el 2i minois de graines de lin à l'acre.

On évalue à .'{"O.OOO.OOiJ d'acres le total des terres propres à la culture au Canada.

De ce total, 22 12 % seulement, sont cultivés et 286.205.000 d'acres restent disponibles. Si, maintenant, vous faites un tableau comparatif de l'augmentation, pendant les dix dernières années, du nombre d'acres cultivés, de l'accroissement de la production et de la population, vous pouvez, en supposant que la population continue d'augmenter dans la même proportion, vous expliquer avec quelle rapidité se réalise la mise en valeur future du sol au Canada et le développement des villes canadiennes.

Ceci m'amène immédiatement à vous indiquer une autre cause géni raie, tout à fait nécessaire pour que la cause précédente produise son effet, les transports.

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