‹ France-Canada (volume 3)Chapitre 10 sur 39 · ON DEMANDE 50.000 HOMMES · texte numérisé non relu

ON DEMANDE 50.000 HOMMES

Dans l'éblouissement d'une seconde j'oubliais que j'étais en Amérique et, en bon Européen, devant cette affiche imposante, je pensais tout de suite à un appel sous les

drapeaux. Mon illusion n'eut que la durée d'un éclair. M'étant approché, je pus lire en caractères moins apparents que les oO.OOO hommes étaient invités à se rendre dans l'Ouest et à y faire la moisson moyennant une belle et honnête rémunération. De Québec à Winnipeg la distance à franchir est de 2.400 kilomètres. Pour la circonstance, le prix du voyage est abaissé à 10 dollars, 52 francs environ par personne. Avis aux moissonneurs de bonne volonté '.

De l'argent, il en faut aussi, il en faut beaucoup. La plupart des nouveaux colons apportent avec eux un petit pécule, mais, pour la très grande majorité, ce pécule ne suffit pas à couvrir la dépense d'une nouvelle installation agricole. La plupart empruntent sur hypothèque, lait digne de remarque, les débiteurs s'acquittent de leurs obligations avee une régularité remarquable, les défaillances sont tellement rares qu'elles ne comptent pas pour ainsi dire. L'enrichissement du sol par le travail permet de faire face à tout :

Fundit humo facilem victum justissima tellus. A coté de ceux qui achètent, et par conséquent choisissent leur terre, d'autres obtiennent des concessions gratuites du gouvernement. Le nombre des colons de cette classe peut être évalué à 'tO.OOO par an <n\ iron. Autant de clients nouveaux pour l< capitalistes aptes à prêter de l'argent sur bonnes garanties hypothécaire.

Quelques mots sur les villes, et j'aurai terminé. Leur développement suit naturellement le développement parallèle de l'agriculture ; il te devance parfois, ce qui n'est pas un mal, ou n'est qu'un mal léger et temporaire. Winnipeg est la plus importante des villes de la Prairie : c'est la capitale du Manitoba. On lui attribue volontiers IjO.OOO habitants, disons 135.000 pour être plus sûrs de ne point exagérer. Comme Regina, capitale de laprovince voisine de Saskatchewan, Winnipeg esl bâti dans une région extrêmement plate. Ni à l'une ni à l'autre il ne faut demander le pittoresque. Regina compte probablement 25.000 habitants; je dis probablement, car les habitants de la région parlent volontiers de chiffres beaucoup plus considérables. Plus auNord, dans la même province, la ville de Saskatoon mérite une mention à part. Elle n'existait pas, il y a sept ou huit ans. Elle prend déjà figure d'une grande ville de demain, par la largeur de ses rues, par l'ampleur des édifices qui s'y élèvent. Toutes les grandes banques rivalisent d'ardeur pour y prendre pied définitivement et attester leur importance par l'importance des constructions où,I.i comme ailleurs, s'affirmera leur vitalité. La région de Saskatoon est le paradis du blé ; la terre e>i bonne partout, et elle reste bonne, même en poussant beaucoup plu > au Nord jusqu'au 58' degré de latitude, et même au delà. Il n'en va pas de même du Manitoba où certains districts sont radicalement improductifs, ni de l'Alberta, où la sécheresse donne parfois des mécomptes dans certaines régions. La Compagnie du Canadian Pacific, pour remédier à cet inconvénient, a entrepris de grands travaux d'irrigation dont les effets bienfaisants se font déjà sentir et méritent d'être appréciés.

Les deux grandes villes de l'Alberta, celle des provinces de la Prairie qui confine aux Rocheuses et même empiète sur elles, sont Edmonton, et Calgary à 300 kilomètres plus au Sud. Cette dernière fille a passé, en dix ans, de i.000 à 41.000 habitants : la Compagnie du Canadian Pacific s'occupe d'y installer d'immenses ateliers pour la construction et l'entretien de son matériel : elle y doit employer plus de

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6.000 ouvriers. Ces ateliers pourront soutenir la comparaison avec ceux qu'elle possède à Montréal et qui sont connus sous le nom de « Angus shops ».

Edmonton. tout comme sa rivale Calgai y, est bâti dans un site agréable et pittoresque ; on y voit des arbres, on n'y retrouve plus la monotonie di,s terrains uniformément plats. Cette ville est maintenant la capitale de la nouvelle province d'AL berta ; elle ne comptait pas 2.000 habitants, quand je la visitai pour la première t'ois, il y a dix-sept ans; elle en doit compter plus de 30.000 aujourd'hui. Il faudrait dire 50.000 et même 60.000, si l'on s'en rapportait aux affirmations des enthousiastes.

L'enthousiasme est l'état d'esprit qui domine dans toutes ces villes de l'Ouest canadien.; Tant de gens y ont fait des fortunes rapides en spéculant sur la hausse des terrains que l'enthousiasme devient une forme de la reconnaissance. Au cours de ces cinq ou six dernières années, la hausse n'a subi aucun arrêt. Les mêmes lots changent de mains deux ou trois fois dans la même année ; chacun des vendeurs successifs réalise sur son opération des bénéfices de 40, 50 et même 100 pour cent- « Prenez garde, crient les « sages », cela ne peut pas continuer ainsi ; gare la crise ». On n'écoute pas les « sages », la crise n'est pas encore venue. Ce sont les << fous » qui ont toujours raison.

La même fièvre de spéculation s'observe sur l'autre versant des Montagnes Rocheuses, en Colombie Britannique, à Victoria, sa capitale insulaire, aussi bien qu'à Vancouver, son principal port continental. Nous ne sommes pas allés à Victoria dans notre dernier voyage. Quant à Vancouver, nous l'avons constaté, cette belle cité se développe d'une façon extraordinaire. C'est sans contredit la plus complétera plus homogène de toutes les villes de fondation récente qu'il nous ait été donné de visiter. Cette fois, je ne crois pas courir le risque d'exagérer en lui attribuant une population de 150.000 âmes. La Colombie Britannique toute entière, dont la superficie dépasse celle de la France, n'en compte pas plus de 350.000 ! La disproportion est énorme.

Toutes les villes qui viennent d'être citées, les grandes et les moins grandes, s'organisent avec les derniers perfectionnements modernes, l'artout la lumière électrique, le téléphone ; un bon service d'eau, de bonnes installations de bains dans tous les hôtels ; il en est de même, m'a-t-on assuré, dans les maisons particulières.

11 est impossible de passer dans les régions de l'Ouest, ne fut-ce que quelques jours, sans être saisi soi-même par l'optimisme débordant qui règne partout, l'n respire cet optimisme comme on respire l'air vivifiant de la prairie. Pas une voix ne s'élève pour y contredire. Tout le monde est d'accord, tout le monde est content, à chacun son lendemain parait assuré. Cette foi à demain fait voir tout en beau, elle porte à voir grand aussi. Dans les villes en formation, le voyageur est tenté de s'étonner de la dimension de certains édifices qui semblent ne pas correspondre à la stature actuelle du pays. C'est ainsi qu'à Edmonton, pour ne citer qu'un exemple, on ui' voit pas s'élever sans surprise, à côté du grand palais à coupole monumentale qui abritera législature et gouvernement, une construclion très vaste, elle aussi, el qui prefld dès maintenant le titre d'Université. Y a-t-il des maîtres ? Y a-t-il des élèves I Qu'importe ! Lorsque le roi François I" eut fondé le Collège de France, el qu'on lui fit observer qu'il avait négligé de le loger: «Je l'ai bâti en hommes », répondit-il. En Amérique on bâtit en pierre d'abord. Les hommes viendront toujours !

Un autre trait caractéristique de l'esprit qui souffle au Nord-Ouest, c'est le désir intense de se tenir au niveau de tous les progrès. Les cultivateurs entendent se munir, quoi qu'il en coûte, des machines agricoles les plus perfectionnées. Les habitants des centres urbains, eux, semblent mettre leur amour-propre dans l'acquisition des automobiles. L'importance relative des villes se mesure, pour ainsi dire, au nombre de véhicules de cette classe que chacune d'elles peut mettre en ligne. « Saskatoon en a (i.iù. nous en avons 900 ». nous disait un habitant d Edmonton. — " Nous en avons 1.000 >•, reprit un citoyen de Calgary.que nous entretenions de cette statistique comparative. A Vancouver, on ne manqua pas de nous apprendre que la Colombie Britannique possédait, pour sa part, deux mille automobiles. Cette fois, il n'y avait plus qu'à s'incliner : c'esi ce que nous limes. Mentionnons, en passant, que là où il y a des routes, les routes sont très bonnes : quand il n'y en a pas, la Prairie a des complaisances infinies ; et les automobiles, stimulés sans doute par 1 optimisme général, savent se prêter à tout.

Admirons, Messieurs, admirons sans réserve cet optimisme universel de là-bas, car il fait entreprendre de grandes choses. Des sceptiques pourront sourire à certaines de ses manifestations, ils les trouveront naïves, peut-être. Oh : que j'aime celte naïveté, qui est faite de simplicité, de jeunesse >t de force. Comme j'admire aussi la fière confiance en soi qui nait d'un optimisme où s'exalte le besoin d'agir ' Gardonsnous de la confondre avec la présomption, qui n'en est que l'ombre illusoire et décevante, tandis que la confiance en soi est un levier puissant, quand une volonté énergique est toujours piété à la justifier. Heureux les peuples, heureux les hommes, qui portent en eux la flamme de cette confiance-là '. Elle les éclaire, elle les réchauffe, elle les fortifie. C'est par elle que l'avenir leur appartient ! Vifs applaudissements.

Discours de M. Gabriel Hanotaux,

de V Académie Française, Président du Comité France-Amérique.

S'il était nécessaire de justifier nos réunions, il me semble que celle éloquente soirée répond complètement à l'attente des convives iéuni> toi. Nous avons eu la bonne fortune d'entendre — c'est une preuve bien intéressante de l'extension el de la variété de la culture française — nous avons eu le plaisir d'entendre un homme d'affaires éminent, qui a parlé comme un poète; nous avons entendu, d'autre part, j'allais dire un étranger — le mot n'est pas juste, un Français d'Amérique [très bien qui a parlé la langue française comme peu de Français de France pourraient la parler [applaudissements), Nous avons entendu un diplomate qui, contrairement à ce qu'on dit généralement des diplomates, a parlé comme un orateur (sourires), de façon que nous avons joint le charme à la surprise en nous laissaut aller au plaisir d écouter nos amis.

Nous en remercions nos trois conférenciers, comme nous remercions tous

les assistants, comme nous vous remercions, Madame, d'avoir bien voulu venir parmi nous [applaudissements) .

Vous me permettrez de souligner une heureuse transformation. Autrefois, lorsque, en France, nous parlions du Canada, ce qui s'évoquait en nous, c'était surtout un sentiment. Le Canada, c'était comme une partie de notre famille perdue au delà des mers et toutes les fois que nous songions à ceux qui sont loin, c'était avec un élan et un serrement du cœur. Maintenant, àl'élan du cœur, il s'ajoute autre chose : nous avons la joie de nous trouver en face d'une grande puissance, d'une force qui se développe sans cesse, si bien que l'on pourrait dire que le sentiment s'est transformé et qu'au regret se joint aujourd'hui un réconfort, un orgueil, une admiration. Cette admiration,nous la ressentons plus vivement encore après avoir entendu nos trois conférenciers ; mais qu'ils me permettent de ne jamais oublier les origines et de rappeler que ce qui nous rattache au Canada, c'est évidemment le magnifique essor que vous nous avez indiqué, mais c'est aussi la sympathie tendre et délicate que nous éprouvons pour la partie de la famille qui a travaillé si noblement, si courageusement et avec de si magnifiques résultats au delà des mers (applaudissements).

J'ajouterai que, nous autres voyageurs récents du Canada, nous avons une raison toute particulière de rappeler un sentiment qui ne peut pas disparaître ; car, qu'avons-nous vu dans notre trop rapide voyage,? Assurément, l'immense pays, les vastes plaines, les grands fleuves, ces fleuves majestueux que nous dépeignait tout à l'heure en termes éloquents M. Kleczkowsky; nous avons vu ces populations laborieuses, ces villes en plein essor remuant la pierre et la terre, pour se renouveler et s'agrandir encore.

Ces magnifiques spectacles, certainement, nous en ont imposé, mais il y a quelque chose qui nous a intéressé davantage, les traces sans nombre laissées par les colons primitifs et notamment les petites maisons qu'ils ont habitées quand ils ont mis le pied sur la terre d'Amérique. Elles ressemblent tantôt à une petite maison hollandaise, tantôt à une petite maison anglaise, mais tantôt à une petite maison normande ou à une petite maison de la Rochelle. Ces petites maisons, gardez-les précieusement; ce sont les grand'mamans qu'on gâte et qu'on entoure de soins dans les familles parce qu'elles représentent le passé et la tradition (applaudissements). Classez-les, comme nous disons chez nous, parmi vos monuments historiques [sourires). Ne détruisez pas ces petites églises du cœur, ces petites maisons qui ressemblent presque aux cabines des vaisseaux dans lesquelles sont venus les premiers colons, car ces traditions, ce passé si touchant pour nous autres Européens, si elles venaient à disparaître complètement, emporteraient, avec elles, un souvenir qui, par la comparaison

même avec votre splendeur présente, n'est pas sans émotion et sans grandeur {applaudissements).

Avec le culte de la tradition, avec ce souci de la famille française que nous avons retrouvés au Canada, avec ce magnifique élan vers l'avenir que M. Roy et M. Kleczkowsky nous décrivaient tout à l'heure, il y a de quoi faire un grand peuple, une grande civilisation, et nous autres Français, nous sommes heureux de voir qu'il y a quelque chose de la France dans tout cela, et dans les petites maisons, qui gardent dans leur foyer la cendre encore chaude du passé, et dans ces magnifiques édifices qui s'élancent vers le ciel. Messieurs, je bois à l'avenir et à la prospérité du Canada [vifs applaudissements).

Le commerce entre la France

et l'Allemagne au Canada.

Nous avoas maintes fois signalé les progrès du commerce allemand au Canada depuis la fin delà guerre douanière que s'étaient déclarée les deux pays. M. Révol, ancien président de la Chambre de Commerce française de Montréal, a publié dans France-Canada un excellent article sur cette question. Il y faut revenir puisque des chiffres nouveaux ont paru et puisque nous avons, nos rivaux et nous, une situation maintenant équivalente, ce qui veut dire que les Allemands nous ont rattrapés et menacent de nous dépasser. Le Moniteur officiel du commerce publie à ce propos une communication de M. A. Wicarl, Conseiller du Commerce Extérieur.

Pour l'année fiscale 1911-1912 les importations canadiennes se sont élevées à 547.382.58-2 dollars, les exportations à 315. 317.280 dollars.

Les États-Unis sont les plus gros importateurs au Canada i356 388.179 dollars1. Les Anglais sont les meilleurs acheteurs (170.155.2Si dollars .

La France ne vend au Canada que pour 11.744.664 dollars.

L'Allemagne ne vend au Canada que pour 11.090.005 dollars.

C'est dire que les importations des deux pays sont équivalentes. Mais aux exportations nous ne sommes qu'au sixième rang, après la République Argentine, tandis que l'Allemagne est au troisième rang, c'est-à-dire immédiatement après l'Angleterre et les Etats-Unis, qui, par la force même des choses, jouent les premiers rôles auCanada.

L'Allemagne a acheté pour 3.814.914 dollars, marquant un progrèsde plus de l million de dollars sur l'année précédente tandis que nos achats diminuaient au contraire de 500.000 dollars dans la même période, nos exportations du Canada ne s'étant montées qu'à 2.123.705. C'est cet écart inquiétant que nous avions déjà signalé.

Les chiffres des 6 premiers mois de l'exercice 1912-1913 sont un peu plus réconfortants; les voici :

Importations au Canada. Etats-Unis 216.030.370 dollars

Angleterre 66.663.825 —

France 7. 891. 753 —

Allemagne 6.842.753 —

Exportations. Angleterre Si .136.567 dollars

Etats-Unis 75.230.612 —

Belgique 2.242.531 —

Allemagne 1.991.989 —

France 1.546.013 —

Ainsi nous avons, dans ces 6 mois, vendu pour 1 million de plus que les Allemands. Toutefois, il faut remarquer que le commerce des vins et celui des automobiles qui entrent dans ces chiffres se font surtout pendant les mois d'été. Notre avance peut donc ne se maintenir pas dans les mêmes proportions dans le semestre d'hiver.

D'autre part, nous avons acheté aux Canadiens pour 300.000 dollars déplus dans ces six mois/jue dans la même période de l'année précédente, mais c'est encore insuffisant. Pour vendre nos marchandises de luxe, nous devons être acheteurs de matières premières. Le Canada peut nous vendre ses bois, ses bestiaux, son blé, ses homards, ses conserves et nous avons intérêt à les lui acheter plutôt que de nous adresser ailleurs. C'est dans cette voie qu'il faut résolument entrer et pour acheter comme pour vendre il est nécessaire que nous envoyions des hommes pour juger sur place desconditions du marché. Les Allemands le font avec un plein succès. Nos commerçants plus routiniers hésitent, parce qu'il y faut sacrifier quelque argent et qu'ils ne savent pas se concerter pour faire collectivement un effort que chacun d'eux se refuse à faire tout seul. Quelques-uns, pourtant, sentent la nécessité d'agir et nous espérons qu'ils secoueront bientôt leur inertie première.

M. Gl'ÉNARD.

En 1 honneur de Crémazie.

Nousavons retracé dans le numéro de décembre 1912. les cérémonies du Havre en l'honneur de l'illustre poète canadien. M. J. R. Genin, de Montréal, le promoteur du monument, n'a pu s'y rendre, mais on a lu en son nom un discours datts lequel il raconte comment la souscription en l'honneur de Crémazie a été lancée. L'auteur et linéiques amis s'arrêtent au Havre en retournant en Amérique; ils montent au cimetière de Sainte- Adresse; ici nous lui laissons la parole.

« Pondant une grande demi-heure nous cherchâmes à droite et à gauche dans les allées, parmi ces tombes, celle du poète. Nous ne la trouvions pas. Nous rencontrâmes, fort heureusement un vieillard, employé à l'entretien du cimetière, qui arrosait des tleurs. — Pardon, mon ami. lui dis-jc, pouvez-vous m'indiquèr où se trouve la tombe de Crémazie, s'il vous platl .' Après un moment d'hésitation.., Crémazie? « me dit-il, « le poète canadien, mais je connais très bien, j'étais dans l'administration à l'époque de son enterrement, c'est vous dire

que je m'en souviens rumine si c'était hier ».

« Et tout en nous conduisant, il nous dit, avec un hochement de tête : « Il y avait bien pi-u ih

monde, Messieurs, il a «té enterré uu jour triste de janvier. l'cndant longtemps, la tombe fut i régulièrement par un vieille dame qui déposait au pied de la croix un modeste bouquet • !• violettes, et puis les visites s'espacèrent. Elle ne Tenait plus, je crois, qu'à la Toussaint, ou à L'auniversaire de sa mort, et puis... je ne l'ai plus revue. Qui était-elle? Qu'cst-elle devenue ? Nul ue le sait. Elle est morte sans Joute. Et la tombe demeura solitaire pendant de longues années. Ah, c'est que voyez-vous, le Canada est bien loin et les visiteurs de chez vous sont bien rares... » 11 s'arrêta soudain. « Voici la tombe -, nous dit-il.

« Elle était à deux pas de la chapelle du ckaeliére. Nous nous arrêtâmes, profondément émus, el le spectacle qui s'offrait à notre vue nous 8t venir des larmes auxyetu : un petit terrain, entouré de fonte rouillee, au milieu d'un fouillis de hantes herbes. On avait peine a apercevoir des fragments de vieilles oouroniM 9 déposi es là par quelques amies, ou quel |œs rares compatriotes de passage : le tout, surmonte d'une grande croix noire penchée, portant en lettres blanches, à moitié effacées par le temps, ces simpli s mots : Octave Crémasie. Poète Canadien. 1S79.

■ Et nous pensions : Voilà doue la tombe de celui qui a si merveilleusement chanté les gloires de la Domination française au Nouveau-Monde. île celui qui a rappelé, en des vers immortels, la bravoure de nos soldats! de celui i qui nou^ devons cette lidélite de souvenir qui fait que, malgré les événements du passé, la province de Québec, restée française, a conservé cette liere devise : « Je me souviens . A cet instant, je me souvins aussi de cet empire perdu après la capitulation de Québec, et ces vers du grand poète canadien Préchelte sonnèrent comme uu glas dans mon cœur :

Et notre vieux drapeau trempé de pleurs amers Ferma Bon aile blanche et repassa le- mers. « Je demandai au commandant Viaud : Vous serait-il possible de nie faire parvenir à Montréal une photographie de la tombe de Crémazie ? — Mais, volontiers, me dit-il très aima, blemcnt. Trois semaines après, je recevais cette photographie. Le lendemain, elle était reproduite dans les grands quotidiens de la province. Eu moins d'un mois, nous avions, avec l'aide de M. Gonzalve Désaulniers. avocat, trouvé les fonds nécessaires a ["érection du monument que vous avez devant vous, et nous avions trouvé le placement d'une s, mime à intérêt devant assurer l'entretien de ce monument à perpétuité. •

Les faits du mois au Canada.

octobre, novembre, décembre 1912.

l*r octobre. - La neige a fait son apparition dans la province de Québec. LesLaureutides sont couvertes d'une couche assez épaisse.

2 octobre. — Ou appreud que le gouvernement a créé des réserves de a. 000 milles carrés dans le Nord-Ouest autour du petit lac des Esclaves et du lac La Biche,

15 octobre. — Winnipeg a battu tous les records des villes américaines pour l'expédition des graius. En une seule journée. 1.342 wagons de grains ont été inspectes et expédiés, tandis que 1.200 autres attendaient leur tour.

16 octobre. — La lutte continue, très âpre, en Ontario, an sujet des écoles bilingues, entre les Orangistes t les franco-canadiens catholiques. Nombre d'Anglais pensent que la majorité protestante devrait se montrer plus libérale.

17 octobre. — L'honorable sénateur. A. Dandurand, commence une campagne pour la revision dis règlements scolaires canadiens et le relèvement du salaire des institutrices.

18 octobre. — M. Honk, ministre des Travaux publics et l'uni des personnalités les plus en vue du cabinet Borden, a offert sa démission au premier ministre parce que la politique du ministère conservateur au sujet de la contribution du Canada à la marine de l'Empire le mettait en contradiction avec les engagements qu'il avait pris vis à-vis de ses électeurs. M. Borden a accepte la démission de IL ftonk.

26 octobre. — Sir Lomer Gouin, premier ministre de la province de Québec, inaugure la nou-

•p11. école d'asrriculture de Sainte-Anne de la Pocatière et l'honorable J.-E. Caron, min.stre de rlïicïï ure'faU un exposé des progrès réalisés dans la province depuis dix ans.

,o , v„ M Borden a désigné le successeur de l'honorable M. Monk. ministre des Travaux 30 octobre. - M. Borden a a député d'Hochelaga. et Canadien français, qui

fSS^ffSS^i^iJl!^^ prend r»e secrétariat d'Etat et c'est M. Rogers qui

devient ministre des Travaux publics.

\l octobre - Une élection dans le comté de Richelieu a donné lieu à une lutte très vive entre

liWraux°et conservateurs. Le candidat conservateur. M. Morgan, était patrone par S.r R. Forget,

mais U a été battu par le candidat libéral I-A. Cardin.

i «mhrP La compagnie du Canadian Pacific dont le trafic est intense a cette époque de

l'anSrsfvouFênée P«uSe grève soudaine des ouvriers de manutention et portefaix. Trois

mille hommes ont quitté le travail.

k n..n,hrP - Ouverture de la législature provinciale. Sir Lomer Gouin indique quel sera le 5novembre -Ouverture ae i g £ci lemcnt les gestions relatives a 1 instruction

5 ub![qTemà fa colonisSaUon°aux routes et à*!' agriculture. On pense cependant que .a session sera

°°» ' i,,„ I p innsatlantiaue Royal-George s'est échoué dans le chenal du Saint-Laurent, | K^n.Tu- pa»ÏÏl" e? "^.ge son^t saufs, mais le navire est très endommage.

v T-hn„m-ahleL C.oderre secrétaire d'Etat. était, selon la loi canadienne, soumis

19 novembre^- L J0»"^^,^rn^t7ree. Le comté d'Hochelaga Fa élu avec une majotâS^%\!ÏÏnTi£Xiï£". Doyon. candidat nationaliste, perd son dépôt, le nombre de voix obtenu par lui étant insuffisant.

on „„ÏÏMi,rP - La session est ouverte à la Chambre des Communes avec une grande solen-

20 ^"^"^^"SeVministre, aura à discuter la difficile question de la marine de "uerre sfr WilMd Laurier, chef de l'opposition, dépose un contre-projet et , se peut que la d,s- 2us"on provoque des modifications assez sérieuses dans le programme m.mstenel.

21 novembre - M. Rolland, directeur de la Banque d'Hochelaga et l'une des personnalités les plus connues dans le monde des affaires, vient de mourir a Montréal .

2 décembre. - On a pu prolonger jusqu'à la date actuelle la période de navigation. Elle cessait d'ordinaire beaucoup plus tôt. Rnrjpn k JS„mkrP Dès l'ouverture du parlement fédéral, le premier ministre, sir R.-L Borden, 5 ™ Commune i de vote un Mil consacrant 35 millions de dollars à la manne impériale, propose aux Commune» aevoie. " . ,-^n(rleterre et celle-ci, en retour, s'engagerait a cou-

^TS^-K£^Wq^«rt U P'US ^V^ trancher ^ PaHement- En effet Imposition libérale est fortement hostile a cette mesure.

19 décembre - Sir W. Laurier, chef du parti libéral, en répondant au premier ministre.

12 dec e^°re;r T ff t ses fonds à n£e marine canadienne sous reserve que celle-ci prédemande que e Candi .*=^**| f? P ?™J certaius cas prévus. La discussion de cette question seera SS^^SSTSTlffittfcS même jusqu'à dire que des élections nouvelles se feront sur cette question. ,

«S décembre - L'élevage des renards à fourrure de prix semble devoir donner de beaux bénéfices U n Sïhomme rus°se a acheté au prix de 100 000 doUars une douzaine de renards noirs appartenant à la compagnie de Charlottetown llle du Prince-Edouard).

?n décembre - Sir Richard Mac Bride, premier ministre de la Colombie britannique, étudie le. moyens de résister à l'immigration asiatique qui envahit la prov.nce.

23 décembre - V la législature de la province de Saskatchewan, on proteste contre 1 insufu-

S^s uU^e^oïa^r^t^S" du vote des femmes sans arriver à condor..

LAdminirtrateur-gérant: A. de Poucauld. paris, «p. levé. HUE cassette, 17

Programme du Comité

Il s'esl l lé, à Paris, une institution due à l'initiative privée, qui entend se consai rei a uni

urgente de rapprochemenl el de sympathie mieux éclairée entre la Prance el l'Amériqne France- Amérique. Le n résume la pensée qui a présidé a la fondation

Unir, de plus en plus, les deux pays, faire mieux connaître l'Ami il t la Prance à

l'Amérique, tel est Bon programme, et j'aurais dû dire, tout de suite, pour ne laisser aucun doute let. deux Amériques. Car, si l'Amériqua du Nord offre une empri du Sud nous

invite a une sympathie plus étroite en raison de la race el de la cultu i tendance lai plus

accusée Cetti tendance i il i - rue répandue sur tout le conl li Magellan,

par le Mexique el les Etépub -. partout, une forte mixture di sai lans les

artères des ra i • neu es Mais, c'esl surtout à l'Amérique du Sud que s'applique le fameux pn américain: « Du sang, ce n'esl pa* de l'eau. »

Donc, les deux Amériques sollicitent, à destitri té. Quoique le champ soil

vaste jusqu'à en être effrayant, il n'en aucune partie L'hi reindre

et de spécialiser. Rien n'existe ; il faut créer d'al I L'avenii e débi ouillera.

Il ne peut s'agir, bien entendu, de pénétration ou d'expansion, mais bien il" collaboration et d'à Nous avons à emprunter, de l'Amérique, autan qu'à lui i ivilisation plus ancienne est

plus raffinée, comment ne se retournerait-elli pa< vers les exemples de vigueur, de réa

qui lui sont d tésparle villes onl leui leurs donjon

villes récentes onl leurs usines i I leur gratte ciels Nous suons l'histoire, il- respirenl l'avenir; toutes les grandeurs nui leur efficacité et leur poésie

La première pensée fui de grouper en Prance, les hommes qui s'intéressent aux Amériques, dans l'espoir île grouper, un jour, aux Amériques, li

possible, de réunir ces I a volontés d iei qui, par le simple rapprochement,

deviendrait une force.

Pour se connaître, il faut s'instruire les uns lesautres. Le groupement France-Amérique entreprendra, d'abord de réunir el de coordonner tous le- renseignements ■! intérêt éi onom

fic|ue, intelle tuel, littéraire, artistique, etc . pouvant servir à l'éducation mutuelle Tel sera le rôle de la Revue en tête de laquelle paraisse nés. EH isera el publ ;nements, les

doc nts, toutes les précisions utiles aux rapporl Bt au > auns V l'heure es publi

cations au sujel de l'Amérique sonl nombreuses el intéresssanles : mais, dispei l'organe qui le- recueille.

i ' mi si ii uer en France un centre de renseignements de toute nature, mais, avant toul non

Républiques américaines el sur les rapports 'les industries el du c uer,. Français avec celles-ci; procédei

i des enquêtes exposant pai l'orgi les personnes compétent onsidérations u

connaître de pari el d'autre; i mprunter aux publications américaines, tra

tout ce qui peut être utile sans êtri fastidieux ou nbrai niques confiées à des

spécialistes d'autorité indiscutable, le détail de la vie publique en un mot, ri c est à cela que seront consai rés les forts. Dans chacun d

le l'Amérique, des c | dants attitrés, toul en veillant à la propagande, colligeronl les documents

essentiels (puhlicat - officielles, budgets, comptes rendus des principales soi iôtés, des chemins de fer ei

des ports, rapporl des consuls el des Chambres de c tei portantes). Ce bulletin,

ainsi que des articles de fond, eront la ri i elle di 11 Revue du Comité.

La publicité n'esl pas suffisan'e el la Kevin n'esl qu'un lien I aérique a le désir il»

fonder autre chose, un centre ei un lover Dans ce Paris, où passenl tant d'étrangers, " maison américaine ». in emlruit où. le- voyageurs d'oiitre-Atlaulique se senti i1- aienl la certitude de rencontrer des Français ainsi les jeunes gens, qui viennent achever le cycle de leu ir en Europe, savaient qu'ils trouveront en Prance, a Paris, unesorte d'annexé de no- institutions d'enseignement, s'ils j rencontraient, ■ lès l'arrivée, des relations el des appuis, on verrait, probablement, se mullipli idiants

américains en France El quand ces jeunes hommes rentre! i chez eux

toul a lait, l'accueil cordial qu'ils auraint n en ' r nie, ce foyi r panamêri

1 i | rra-t-ii se fonder un jour? Certes, le Comité Prano Amérique ne

le patron qui lui est donné, d'ores et déjà, par le « bureau des Kep i |ues iméi unes à Washington!.

Pourtant, l'accueil singulièi itle qu'il a reçu lui permi l d'abordi r

lourde tache que sa di il r« el aimer la Pra aérique el l'Ami

en Frani e.

I lABHIl I II ^

• le l'Académie fran

Objet du Comité France-Amérique

Le Comité 1-

\ ne i iqui a i

luit

1" De travailler au développemenl des relations de tous ordres entre la France el les ,leux Amériques . 8* De publier une Kovue qui lien, lia -es a Iherenls

au courant des faits coicernanl l'Amérique el renseignera -e- adhérents d'Amérique sur les parties de la vie française qui peuvent les intéresser .

3* D'encourager les études de toutes séries rela tives aux Amériques, les missions en Amérique, la connaissance en Prance des œuvres américai groupement- d'Amérique, amis de la culture française, d'une manière générale toute œuvre ou toute actiou qui défendra les intérêts français en Amérique

■que en l- rance ou la I ran ■

que

Les ressources du Comité consistent uniquement dans les souscriptions de ses adhérents, qui seront ainsi la mesure de son action.

Toutes les souscriptions sont publiées dans la Revue mensuelle du Comité.

Tous les fonds son I sabxlité,

par te Conseil de dirtetion du Comité France- Amérique qui en dispose librement, en les employant conformément au programme C>-dessus exposé.

Appel de la Ligue Française de propagande

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