ACTE II
Les chances du commerce ou le métier des armes.
Ou des arts dans la paix vous savourez les charmes,
Et quand de vos projets vous avez fait le tour.
Vous trouvez le foyer qui sourit au retour...
Et nous, pauvres grillons, qui chantons dans la cendre... A nos torts puérils sachez mieux condescendre !
Votre honneur, dites- vous ! laissez-nous le garder,
Et sans vous aviser de trop nous demander.
Ne nous enviez point, prenant ailleurs vos aises,
La bonne liberté qui sied tant aux Françaises.
Vous ferez mieux, messieurs.
BENVENUTO, à p»rt.
' C’est charmant à penser
Que la querelle va finir par un baiser.
RAIMBAUT
Cette liberté fait qu’auprès de la meilleure,
Le mal en se glissant trouve toujours son heure !...
Grâce à la sœur du roi, maintenant le grand ton Veut qu’on lise aux boudoirs Aulugelle et Platon :
O femmes, dédaignant les grandes renommées, Contentez-vous plutôt d’aimer et d’être aimées;
Vos trésors naturels sont les plus enchanteurs,
Régentez d’un coup d’œil l’école et les docteurs !...
FRANCE
Eh bien, monsieur Raimbaut, c’est ce que je vais faire. Mes yeux n’ont, je le sais, qu’un feu bien ordinaire,.
Et je ne pense pas que pour vous régenter Un coup d’œil suffirait, mais on peut discuter.
Si j’ai mille défauts, il en reste encor d’autres.
Bien peu... mais quelques-uns, et vous avez les vôtres; Or, celui qui nous cause un éternel tourment.
Le plus fatal de tous, c’est le désœuvrement!...
Pour un homme l'amour n'est pas toute la vie,
Et votre inaction vous pèse, vous ennuie.
Vous rend intolérant; vous vous vengez sur moi ;
Dans toutes ses rigueurs vous m'appliquez la loi... Scènes qui ne sont pas à coup sûr bien terribles,
Mais reviennent souvent et sont toujours pénibles...
Une occupation, un intérêt, un but Que vous pourriez avoir serait notre salut :
L'esprit moins attristé, l’àme plus satisfaite.
Vous finiriez alors par me trouver... parfaite!
RAIMBAUT
Eh ! comment vous complaire?... Acerbe et dédaigneux, Je reste dans mon coin et songe à mes aïeux;
Il faut, pour m'éveiller, un grand coup de tonnerre!...
Je suis comme les lois, je dors!... Quelle, carrière Me conseilleriez-vous?
FRANCE
Les armes!... La valeur
Chez les nôtres toujours s’allie avec l’honneur!...
RAIMBAUT
Vous voulez m'éloigner!... Eh bien! quoiqu’il m'en coûte. Jetant la plume au vent, je veux me mettre en route. Aller vivre au hasard en pays étranger...
Les nobles de nos jours aiment à voyager.
Et je suivrai la mode!... Ah! je ne peux promettre Que je vous oublierai ; le cœur n’est pas le maître De briser une chaîne ou de la délier.
Et c’est se souvenir que vouloir oublier...
Mais l’absence sur vous, du moins...
FRANCE
Oh! ces paroles
Sont cruelles, Raimbaut. C’est en vain, pauvres folles,