‹ France Dictionnaire encyclopédique (volume 2)Chapitre 38 sur 97 · ENTRECASTEAUX · texte numérisé non relu

ENTRECASTEAUX

des arsenaux de marine. Pendant qu'il exerçait ces fouctions, un malheur inouï, arrivé dans sa famille , le détermina à demander sa retraite. Le maréchal de Castries, pour conserver ses services à la marine , et faire diversion à ses idées, le nomma commandant des forces navales dans l*Inde; en 1785, d'Entrecasteaux, parti pour sn destination, ne revit plus sa patrie. JNommé plus tard gouverneur de i'ile de France, il voulut aller en Chine; et s*avancant à Test par le détroit de la Sonde, il passa à travers les îles du m^me nnni et les IVÎoluques; puis, pénétrant dans le grand océan d'Asie, m arriva enfin à Canton , après avoir contourné par l'est et par le nord les Mariannes et les Philippines.

Cette route était nouvelle ; les talents qu'il montra pendant cette dangereuse navigation le tirent choisir pour aller à la r('( herclie de la Perouse,

I) Entrecasteaux était digne, soug tous les rapnorts, d'une mission si ho* norable;il s^en acquitta avec distûMS tion. Sans jamais perdre de vue l'objet capital de ses recherches, il reconnut en entier la côte occidt^ntale de la Nouvelle-Calédonie , la côte oèddentale d^ nie de nougainville, et la partie nord de l'archipel de la Eoui.slade, ayant toujours soin de serrer de très-près les côtes oà il pouvait espérer de rendoh* trer le malheureux la Pérouse, et de manière à ce qu'aucun des signaux que des naufragés auraient pu faire ne lui eût échappé. Pendant ces investiga« tions, il déÎDOUvrIt au sud dé la terre de Diémen une suite de canaux , de radet et de ports dans lesquels de belles rivières venaient se jfter; il reconnut plus de trots cents neues de côtes du sud-ouest de la Nouvelle-Hollande, c'està-dire, la terre de Lecuwin et celle de Nuitz; enfin il constata l'identité des lies Salomon de Mandana avec les terres vues par Surville et Shersiand. Il ne manqua à la gloire ou plutôt à la fortune de d' Entrecasteaux que de découvrir la plage où avait péri son illustre rédécesseur, honneur qui était réservé un autre fémps et à un officier étranger. Il avait atteint le terme de ses travaux, et il approchait de Tile de Java, lorsqu'il fut attagué du scorbai, et y sinoomba le SO juillet ITM* fien veyaie

a été rédigé par M. de Rossel , sous ce

titre : Voyage à la recherche de la Pérousfi , Paris, 1808, 2 vol. in-4».

Ou y â joint ua atlas dessiné avec une flMetitude remarquable, par M. Beautemps • Beaupré , ingéDiaur • géographe de I expédition.

Entb£C0ubs. — Ce moti dans son acception la plus générale, désignait anciennement le droit dont Jouislaientléfe habitants de deui seii^neiiries voisines^ d'aller les uns chez les autres en conservant leurs franchises. Il 3^ avait trois espèces d'entreceurs :

1" Suivant la première, lorsqu'elle existait entre deux seigneuries, les serfs de Tune qui allaient s'établir sur Tautre devenaient, eui et leurs enfants, serfs du possesseur de cette dernière seigneurie, sans que l< ur seij^neur originaire pût revendiquer par la suite aucun droit sur eux. Le serf ' de Tune des seiiïneuries entre lesquelles l'entrecours était établi pouvait se marier à une serve appartenant à l'autre seigneurie , sans être passible de la peine de for» mariage.

2" L'entrecours avait également lieu entre les personnes franches ou les bourgeois de diverses seigneuries. Il avait alors pour but d'assurer à celai qui de l'une allait s'ftablir dans l'autre, le droit de bourgeoisie avec les avantages qui en dépendaient. Le nouveau venu était d'ailleurs aasujetti envers M nouveau seigneur aux droits dont celui-ci jouissait sur les bourgeois du lieu, sans qu'il i'dt néc^'ssaire de lui faire faire aveu de bourgeoisie. Le nouveau bburgeois devenait absolument étranger h ' son ancien seigneur; et, dans quel-

Îiues seigneuries du moins, les enants quMI emmenait ne auosédaient paa même aux immeublea qu*il avait laissés dans la aeigoeurie qu*il aVait abandonnée.

8* On nommait aussi quelquefois éH^ frecours la réciprocité de pâtura^ entr0 les habitants de plusieurs villages B11 de plusieurs communautés.

ËNTBE-DEux -Gli£bs (1'), aucien GdBton du Oraisivaudan, dont le cheflieu était Sûinf'ChrUkpkê-eMrë-éeu»' Cuiers (Isère).

ëntbe-deux-Mers ( 1') , ancien pays du Bordelais, dont les principales loca- -

lités étaient JrOgiœê et Crém {OU

ronde).

F.îVTRF.-DoRDOriNE (T), tnteT Dordonia. ancien canton qui s'étendait sur la droite de la Bordoitne et de la Gironde, depuis Castillôn jusqu'au delà de Blaye. Ses principales localités étaient Liboume et Blaye (département de la Gironde).

Eentbées. Cétait ainsi que l'on appelait , avant la révolution , le droit qu'avaient certains personnages d'être admis aux réceptions journalières qui avaient Heu chez le roi, la reine, le dauphin , etc. On distinguait plusieurs espèces (ïentrées ; V entrée famifidre éid\t ua privilège exclusivement réservé aux prinees de la famille royale , et à (|uel- (jues grands seigneurs honorés d une raveur spéciale. Le privilépe des grandes et petites entrées appartenait de droit aux grands officiers de la couronne èt de la maison du roi, âux princes étrangers reconnus, aux ambns ardeurs, aux ducs et pairs, et aux grands d'Espagne ; oit l'aeoordatt en outre, par brevet « à quelques autrës seigneurs, comme une récompense de leur dévouement et de leurs services. L'entrée familière et les grandes et petités entrées ne différaient, d'ailleurs, que par rHeiiré plus ou moins matinale où ceux auxquels étaient conférés ces privilèges , pouvaient être admis chez le roi. L en- IfdedtieoMfie^du roi était rés^tvée allit ministres et secrétaires d'État , et ailt principaux officiers de la maison du roi. Du reste, le cérémonial des entrées chez ta reine, lé dauphin , et les autréS pei^ sonnages de la famille royale « était le même que chez le roi.

ËnvaÉBS BOYALES. Fios historiens iKHis ont transmis les détails dé plusieurs entrées solennelle des rois ei des reines dans les différentes villes de la France , et souvent leur récit offre des partimilafitéstrèl-enrieaiescommé peintures de mœurs. Parnii les prtîmières f^tes de ce genre , sut* lesquelles on trouve des rensfiïinements précis, figurent celles qu'offrirent à Philippe- Aufîtiste, après I4 brillante victoire de Bouvines, les populations placées sur son passage. Partout les villes, les villages même , étaient décorés de tapis OU d'aitil de teutote. tes ^arisleh* oè-

ENTRÉES ROYALES L'LtlSIVËRS. ENTREES ROYALES

lébrèrent avec autant de joie que les provinciaux cette grande époque de la gloire nationale. Lorsque le comte de Flandre , ayant des chaînes au cou et aux pieds, arriva devant le donjon du Louvre, sur un rhnr traîné par deux chevaux couleur de 1er, « le menu peuple, les femmes, les enfants , lui servoient de cortège , chantant par moqueries mêlées de brocards et maudissons :

Deux Ferrtntf Bien fcrrrz Traineiit Ferrand Bien enferré!

Deux Fcrrantt PortMt U tion F«RMdl

Autour du vaincu résonnoient les doux chants des clercs, les sons hanvonieux

des instruménts guerriers , et , en passant devant les éi^lises, il put veoirque la nuit y étoit aussi claire et brillante que lejoor (*). »

Quand Louis VIII revint à Paris, après la cérémonie de son sacre , il fit aussi, dans cette ville, son entrée avçc une pompe magnifique ; il était entouré des princes les pins puissants du royaume, et, suivant un poète contemporain (**), «• les bourgeois, pour témoigner leur joie, étalèrent à leurs fenêtres et devant leurs maisons leurs tapis et leurs richesses les plus précieuses. Des tables furent dressées pour les pauvres, daos tous tes carrefours; on ne voyoit > que vêtements resplendissants d'or et de

{(ierreries, que temples ornés de guirandes. La vielle, le sistre, le psaltérion, les tymbales, les guitares « s*aecordoient pour chanter d'aimables mélodies à la louange du nouveau roi ; le chemin par où il s'avancoit étoit jonché de fleurs. Il entra enfin joyeuse^ient dans son palais, et la ville de Paris lui offrit un présent magnifique {*•). »

Depuis lors, le présent de la ville , le droit de joyeuse entrée, paraît comme un accessoire essentiel et indispensable d'une entrée roynle. Encore si les bons bourgeois avaient rencontré des donataires reconnaissants ! Ce présent consistait en argent ou en vin, en épiées, en objets précieux, etc. Lorsque c'était une somme d'argent, le cadeau portait

(*) YiUeMOTe TiUU , Etât, de saint LonU, (**) yilIcMUTO TnaÊp owmge ciié.

le nom de droit de gîte , et , suivant l'usage établi pendant les voyages des rois, les bourgeois offraient un premier droit de gtte , l'évéque un seoond , et le chapitre un troisième. Rabelais prétend que saint Louis revenant de Palestine, après avoir passé auPuy, « alla à Saint- Pourrai n , en Auvergne, où il toucha 75 liv. ( 1 ,266 fr. ) de droit de gîte , et 120 (2,040 fr. ) au monastère de Saint- Austremoine. »

Arrivé à Vincennes , Louis IX , tout entier au chagrin que lui causaient le mauvais succès de son expédition et le souvenir des pertes qu'il avait faites, voulait se dérober à toute manifestation bruyante. Mais une nombreuse députation de bourgeois parisiens vint le supplier de faire une entrée solennelle dans leur ville. On le vit en effet , le 7 septembre 1354 . s'avancer au milieu des rues décorées de tapis et de ronronnes verdoyantes. « Il fut accueilli à grand honneur et triomphe connue naguère dans les villes et hameaux de son passage. Cependant, on remarqua bien* tôt qu'il portoit sur son visage une protonde tristesse , que les salutations respectueuses de ceux qui venoient audevant de lui « les présents qu'ils lut portoient en reconnaissance de sa seigneurie, ne l'engageoient pas à relever ses yeux ou à interrompre ses soupirs; car, en songeant à sa captivité, il se reprochoit la confusion générale dans laquelle il avoit jeté la chrétienté (*). » Craignant qu'un séjour prolongé à Paris n'y occasionnât de nouvelles dépenses, il se hâta de revenir au manoir de Philippe-Auguste. Aussitôt, a les Requiem succédèrent aux Te Deum, » et Ton se mit à pleurer les croisés ensevelis dans les sables de l'Orient.

Ce fut pour Ik norer l'entrée de Charles IV dans leurs murs que les habitants . de Toulouse imaginèrent, en 1S34, Tinstitution des jeux floraux. Le roi vint dans cette ville avec la reine son épouse, le roi Jean de Bohême son beau-frère, le comte Charles de Talois son oncle, et Sanche d'Aragon , roi de Mayorque.

Mais les hourgeois connaissaient mal les goûts de Clurles. Il n'attendit pas que les poètes provençaux lui récitas*

(*) Ifithim Fuis.

EHTE^BS EOTAUSS FRANCE. BHTBÉES ROYALES 889

sent leurs vers, et partit longtemps

avant le concours.

Le roi Jean revenant de sa captivité, « fut, dit Froissard, reçu partout grandement et noblement, et à Paris, à grands processions de tout le clergé , amené et aconvoyéjusquesau palais. Et là fut le dîner grand et noble et bien étoffé; si lui donna- 1- on de beaux dons. »

Mais la capitale vit , sous le successeur de ce prince, une entrée bien plus solennelle. Écoutons sur ce grand evénement, et sur les fêtes auxquelles il donna lieu , le récit naïf d'un auteur contemporain :

« A vint, en Tan 1877, dit Christine de Pisan , que Tempereur de Romme, Charles, le quart de ce nom , escripst de sa main au roy Charles V, qu'il le vQuloit venir veoir; de laquelle chose le ro^ftt moult joyeulx; et en toutes manières se pourpcnsa comment selon sa digneté le pourroit honnorer et festoyer ; et quant il sceut le temps, tantost envoya à Reims, jusques à Mouson et à l'entrée fie son royaume, par on l'empereur debvoit venir, le comte de Saie- Druche (*), etc.

Lï du comment V empereur se parti de Saint' Denis pour venir à Paris, et k* beaidx chevaulx pie k rotf M envoya.

« Le lundi ensuivant, quart jour de

i envier, pour ce que entrer debvoit à >ari8, se flst IVmpereur en ladiete esglise fîf Sajnt-Denis porter devant les corps sains, et se fist porter tout entour les chaces, et baiser les reliques, le cbief , le clou et la eooronne. Quant ses dévocions ot faictes, demanda à veoir les sépultures des roys , et par espécial du roy Charles et de la royue Jehanne sa femme , du roy Pheltppe et de la royne Jehanne sa femme, eaquelz cours, ce dit-il , avoit esté nourris en sa jeunece , et que moult de bien lui avoyent fait; aussi volt veoir le sépulcre do roy Jehan. L'abbé et le couvent pria affectueusement que, en présent, déissent à Dieu recommandacions des ames de ces bons seigneurs et dames qui là gisoyent ; laquelle chose fu faicte. Après, quant en sa chambre fu venus, vint en la court,

(*) Saarbrack.

devant ses fenestres , le sîgneur de la

Rivière, et Colart de Tanques, escuyer de corps ; et, de par le roy, luy présentèrent un bel destrier et un courcier moult richement ensellez , et à moult bel harnois aux armes de France : dont il mercia le roy grandement, et dist qu'il monteroit dessus à entrer à Paris. Se parti de Saint -Uenis et vint en littiere jusauesà la Chapelle, car grief lui estoit le cnevnuchier (*). Au-devant lui alerent le prévost de Paris et celluy des marehants, les esehevins, les bourgeois, tous vestus de livrée , en bel arroy et bien montez, jusques environ, que d'eulx que (**) des oïlicters du roy, quatre mille chevaulx ; le prévost de Paris , faisant la révérance, dist : « Nous, lesofiScim « du roy à Paris , le prévost des mar- « chants et les bourjïeois de sa bonne a ville, vous venons faire la révérance « et nous offrir à faire voz bons plal- « sirs ; car ainsi le veult le roy nostre « .seigneur , et le nous a commandé ; » et l'empereur en mercia le roy et eulx moult êradeusement.

« A la Chapelle descend! Tempereur, et fu montez sur le destrier que le roy lui ot envoyé, lequel estoit raorel (***), et semblabiement fu montez son filz ; et ne fu mie sanz avis envoyé, de celluy poil; car les empereurs, de' leur droit, quant ilz entrent és bonnes villes de leur seigneurie , ont accottstumé estre sus chevaulx blancs : si ne voult le roy qu^en son royaume le feist , affm qu'il n'y peust estre noté aucun signe ae dominacton.

Ci dit comment le roy Charles ala au-devant de Pemperentr.

« Adont de son paliais parti le roy, monté sur un grant palefroy blanc aux armes de France, richement abillié:

estoit vesto le roy d'un (|rant mantel

d'escarlate , fourré d'ermmes ; sus sa teste avoit un chapel royal à bec trésrichement couvert de perles. Jusques à my-voye de la Chapelle chevaucha le roy tant, que luy et l'empereur s'entrencontrèrenl. Quant vint a l'approchier, renrv* pereur osta sa barrette, et aussi le roy, et touchierent l'un à l'autre, et luy dist

(*) Car il avait peine à aller à cheval. (**) Que ^etUs mu .* Tiot d'eux que.

Ol^rhnw foncé.

390 SNTIléKS BQTALB8 LUIflVERS. BBTBte BOTALB8

le roy <* que trés-bien fust-il vepus, « et aussi à son fils ; et chevaucha le roy, ou mislieu des deux, tout le chemin ou-

quel la sage ordonnanre du roy avoit pourvu à Fencombre de celle presse, en telle manière; car, tout premièrement^ tl fist o^pniier que oeufac de la ville , pour ce que trop grant quantité pstoyont, deinoiirassent dehors, tant qu'il fusl entrez à Paris.

« 7lem , âvoit fait crier , le ioor devant, que nul ne fust si hardi dVnronirbrer les rues par où devoyent passer, et ne se bougeast le peuple des places que prises avoyent pour les veoir passer ; et, pour garder que ainssi fust faict, furent mis sergents par les rues, qui eardoyent le peuple d'eulx bougier de Kur places tant quMls fussent passez.

A l'entrée de Paris, descendirent à pié trente sergents d'armes , à tout leur niaces d'argent et leur espées en eschar-

J)es, bien garnies et ouvrées, pristrent e travers ae la rue ; et comme Tempe» reur eust fait dire au roy « que , très « qu'il (') seroit à Paris, il ne vouloit « es tre servi ne mes f*) des gens du roy, « en lequel garde il se mectoit, » le foy luy octroya ; et , pour ce . ces dits ser-

teuts, poiir luy faire honneur et garder ,e la presse, estoyent environ luy. I^é içf âst convoyer clevant , par le seigneur de Coucy, les gens de l'empereur, et mener, au pallais : et, pour la garde et servise du corps de l'empereur, avoit le roy ordonné six de ses chambellans et quatre de ses huissiers d'armes ; r'est assa\oir le seigneur de la Rivière, messire Charles de Poitiers, messire Guillaume des Bordes , messire Hutin de Vermelles. messire Jehan deRerguetes, et ne sçay quel autre ; et quatre pour le roy des Hommains, et deux huissiers d'armes ; lesquels chevaliers et huissiers descendirent à l'entrer à Paris, tous à pié; et à la garde qui commise leur es-, toit se ordonnèrent en moult belle ordonnanoe.

CiéUt la beUe ordonnance et grant

magnificence qui fu à l'entrée de Par'iSj à la venue de l'empereur.

« Derechief enrore amenda l'ordonnance à l'entrée de la ville: car, après

(*) Dès qu'il.

{") Ne mm Sinon , 9 ce ^*«st<

les gens de l'empereur que le seigneur de Coucv menoit devant, venott la

flote '*) des chevaliers et gentilzhofnmes de France, dont tant en y avoit et en si bel arroy et monteure , que grant noblece estoit à veoir.

« Après , estoit le chancelier de France et les laiz conseilliers (**) du roy, puis estoyent de front, tout à pié, les portiers et variés de porte , vestus tout un(***) , bastons en leur maips; après, venoit à cheval le prévost de Pans, puis celluy des marchants; après, \e mareschal de Blainvilie; après, plusieurs seigneurs, contes et barons, et puis venoycnt les escuyers du corps, comme dessus est dit ; et, au plus prés de l'empereur et des deux roy s , avoit une rengé de chevaliers à pié , bastons en leur mains , en tel manière que nu^ ne les povoit approchier ; après , venoyent (es frères du roy, et ou mislieu d*eulx deux estoit le duc de Breban, frère de l'empereur, et oncle du roy et le leur; après, venoit le liseur (****') de rempereur,le duc de Saxonne (*****), le duc de Bourbon, le dnc de Bar, et autrès ducs aliemants : après ces barons venoyent les gens d'armes du roy à pié, qui pour garde de son corps tout temps estoyent establis , tous armez ; et , de* vani eulx , vingt-cinq arbalestriers serrez ensemble ét espées en leur mains, et gardoyent que la foule des j^ens, dont trop quantité y avoit, ne venist sus les princes ; et apras, venoit si grant quaiir tité de toutes gens , ceulx de Paris et autres, que c' estoit une grant merveille; nnais, pour la belle ei sage ordonnance, en pen de temps et sans encombrier fti l'empereur et les roys au pallais; dont maintes gens moult prisierent la prudence du roy, qui avoit sceu mettre en ordre en si grant quantité de gens , en tel maniera qu'il n*^ avoit oeiroy da presse.

a A la porte du pallais furent faictes barrières, et i rentrée ées meraeriea et

de la grant sale , et sergents d'armes

f>our les garder ; et fu ordonné que , à 'entrée de la porte du pallais, nulz (•) Multitude, foule.

(**) Les coiiseilten laïques.

{***•) Uniformément.

Feut-élre Velueur, l'électeur.

(*****) De Saxe , du lalîii Saxqdia*

chevaolx ne ifarrestassent, af ns paisas-

sent tout oiiltre ceulx qui là arrivcrovent, et s'espaiidissent par les rues, afâo que presse ne fust à l'entrer ; et ainssi fti fait : parquov, quant Tempereur elle roy arriva, il n'entra mie en la court plus de cent chevaulx , et tous à large y entrèrent lesdits princes et ainssi arrivèrent droit an perrop de marbre , enviroD trois lieares après midy ; et pour ce que aisiéement , pour cause de sa goutte , ne se povoit Teu)pereur soustenir , le roy fit estre preste sus ledit perron une chayere(*) couverte de drap d'or, et là fu porté entre bras, par les susdits chevaliers qui en avovent la garde, en ladicte chayere, et assis.

a du comment le roy chartu rêeeigii au pallais l'empereur.

« Si comme l'empereur en la chayere seoit, le roy à lui vint, et lui dist : « Que «bien fti8t*il venus, et que onques a prince plus vonlentiers n'avoit en son « pallais veu. « Adofit le bnisa, et IVinpereur du tout se detïubla et le uiercia. Lors fist le roy lever Tempereur à tout sa diayere, et oontremont les degrez porter en sa chambre ; et aloit le roy .cTun costé, et ainssi le convoya en sn ebambre de bois d*Irlande, qui* regarde sus les jardins et vers la Saincte-Chapelle, qu'il lui avoit fait richement appareillier; et toutes les autres chambres derrière laissa pour l'empereur et son filz; et il fu logié ès chambres et gala* tois que son père le roi Jehan fist faire.

adules présents que fa ville de Parit

fist à l'empereur.

« Leademaio , le prévost des marchants et les escbevins, à l'eure que l'empereur disnoit , entrèrent en la chambre, et, de par le roy, luy présentèrent une nef pesant neuf vingts et dis mars d'argent dorez et très-richement ouvrée , et deux grans ilacons d'argent esmailliez et dorez, du poix de soixantedix mars; et à son filz, une fontaine moult bien ouvrée et dorez , du poids de quatre-vingt et treize mars, avee deux grans poz dorez de trente mars;' dont 1 empereur grandement meicia la TÎUe , et eulx au^si.

OlJafcttisiqL

« Et fu le souper long et servi de tel

foison de divers mes , que longue chose seroit à recorder ; et , selon le rapport des hairaus , à celluy souper furent eo sale, tant du royaume de France comme d'estrangiers, bien environ mille chevaliers, sans l'autre multitude de gentilshommes et gens d'Ëslat, dont si grand presse y avoit que o'estoit merveilles.

Après soupper , se retray le roy , avec luy le filz de l'empereur, et tant de barons, comme entrer y pot, en la chambre du parlement ; et là jouèrent, selon la coustume , les menestriers de bas instrumeots SI doueement comme plus peut.

Ci du comment le roy încna tempe' reur au J. ouvre.

« Lendemain de la Tiphaine (*) , volt aler le roy disner au Louvre, et à la

fmintfî du pallais fut porté Tempereur : à estoit le bel balel du roy, qui estoit fait et ordonné comme uue belle maison, moult bien peint par dehors et paré di dens; là entrèrent et prisa moult ce beau batel l'ejnpereur. Au Louvre arrivèrent; le roy monstra à l'empereur les beaulz murs et maçonnages qu'il avoit fait au Louvre édifier. L'empereur, son niz et ses barons, moult bien logia , et partout estoit le lieu moult ien paré.

c Apres disner, par le commandement du roy, vint l'université de Paris devers l'empereur, et estoient de cbascune fÎMsulté douze, et des anciens vingt-quatre, vestus en leurs chappes et abis , et la révéranee vindrent faire à l'empereur ; et la colacion {**) notablement fist maistre Jehan de la Chaleur, maistre en théologie et diancelier de Notre-Dame, et en ycelle colacion recommanda (***) moult la personne de l'empereur , ses nobles fais , ses vertus et sa dignité, et aussi recommanda moult et ramena notablement le sens , estât et houneur du roy et du royaume de France, en louant et approuvant à l'empereur sa venue devers le roy, et enfin recommanda bien et sagement l'université, comme il appartenoit. L'empereur , en latin , de sa bouche respon-

(*) L'Épiphani^k

{**) Harangue. PMil^tra dut-il Urecondon, (***) iMt» fléMfaaik

m BNTSéSS BOTALm L^UNIVERS. EHTBÉBS BOYALB8

dy, en les merciant des honnorables

J)arolles que dictes luy avoyent, et dîct a causie que en ce royaume Tavoit amené , qui estoit venir à Sainl-Mor veoir les reliques , et principalement Tamour qu'il avoit au roy, dont souverainement et en beau langage loua et recommanda la prudence et sagece. «

Six ans après, au commencement d'un règne qui oevait être bien funeste à la France (fiévrier IS8S}, Charles VI revenait de la guerre de Flandre , violemment irrité de la révolte des Maillotins. Les Parisiens , qui n'ignoraient pas ses projets de vengeance , crurent Tapaiser en lui préparant une réception militaire. Ils allèrent au-devant de lui au nombre de plus de 20,000. « Mieux leur vaulsist, dit Froissard , que ils se fussent tenus oois en leurs maisons; car celle montre leur fut depuis convertie en grand'servitude... " Véez la orgueilleuse nbeau- « daille, dirent les courtisans; à quoi «faire montrent-ils maintenant leurs

« rstnts? » Ordre fut envoyé aux

bourgeois de se désarmer immédiatement et de retourner chacun chez: soi.

Ils obéirent. Alors le roi fit son entrée et s'en alla lof^cr nti T. ouvre. INlnis auparavant, « les feuilles des portes avoient été ostées et mises hors des gondSj et là, couchées de travers dessous le toit des portes, et les chaînes cîe toutes les rues ôtées et portées au palais. Adonc furent les Parisiens en grands transes quatre jours ; et n'osoit nul homme fssir hors de son hostel, ni ouvrir huis ni fenestre qu'il cust. Si leur cousta à plusieurs grand finance; car on les mandoit en la chambre du conseil cinq ou six au coup, et là estoient rançonnés, les utis de six mille, les autres âe trois mille, les autres de huit mille; et ainsi tant que ou leva bien de Paris, au profit du roi, on de ses oncles, ou de leurs ministres, la somme de neuf cent soixante mille

livres Encore avec tout ce, le roi et

son conseil en firent mettre en prison desquels que ils voulurent, si en ot beaucoup de noyés, etc. » (Froissard.) Le moine de Saint-Denis fait une peinture plus effrayante encore de cette entrée*

On ne peut s*empécher de se sentir profondément ému en voyant la bonhomie étonnante, nous dirons même la

simplicité de ces bourgeois parisiens , qui oublièrent si vite ces cruels traitements, et s'empressèrent, quelques années après, de préparer une f^te splendide et ruineuse, quand Charles VI « leur eut fait notifier que sa femme « Isabeau de Bavière alloit entrer dans « leur ville , et qu'ils eussent à se pré» « parer. » (Chron. de Saint-Den.)

La féte, que Froissard , témoin oculaire, décrit avec complaisance, eut lieu le dimanche 20 juin 1389. Isabeau , dans une litière « richement aournée, adextrée et suivie de dames et de seigneurs sur chars et sur palefrois , »

traversa , au milieu des cris répétés de Noël! Noël! la foule du peuple, si serrée, si nombreuse, a que il sembloit que tout le monde fust là mandé. A la première porte de Saint-Denis, y avoit un ciel tout estellé, et dedans ce ciel jeunes enfans appareillés et mis en ordonnance d'anges, lesquels chantoient moult mélodieusement et doucement... • Et avec tout ce, il y avoit une image de r^ostre-Dame qui tenoit un petit enfant s'ebâttant à part soi à un moulinet fait d*une grosse noix; et étoit le eiel armoyé très-riehemont. La fontaine en la rue Saint-Denis etoit toute parée d'un drap de lin azur semé de ilcurs de lis d*or, et donnoit par ses conduits daret et piment très-bon; et avoit là autour de la fontaine jeunes filles très-richement ornées, lesquelles chantoient mélodieusement. Et tenoient en leurs mains eoupes d*or , et ofRroient à boire à tous ceux qui boire vouloient. »

Plus loin, sur un échafaud, on voyait une grande bataille entre les chrétiens et les Sarrasins; puis, à la seconde porte Saint-Denis, près de l'impasse aux peintres, s'élevait « un ciel estellé où Dieu séoit en sa majesté , le Pere , le Fils et le Saint»Esprit. Lorsque la reine passa dessous, la porte du paradis ouvrit, et deux anges kssirent hors, et < tenoient en leurs mains une très-riche couronne d'or garnie de pierres pré* cieusps, et l'assirent doucement sur le chef de la reine, en chantant tels vers .

DenM «iid«M entre flaon de Ui t i Boim «Met ▼•«• de Psro , DeftaiiMetde tout le p*yu M DOS en râlions en paradis.

« £t sachez que toute la grandrue

SITTRÉES ROYALBS FRANGE. ENTREES ROYALES 393

Saint-Denis étoit couverte à ciel de dr:.ps camelots et de soie si richement * comme si on eust les draps pour néant ou que on fust en Alexandrie ou à Damas,....- . et toutes les maisons jusques au Chastelet , voire jusques au Grand-PoDt, étoient vestues de drap de haute-lîoede diverses histoires.» (Frotssaid.)

Devant le Châtelet, était un château en bois , entouré d'une ramée d'où s'échappaient un grand nombre de lièvres et ooisillons. Enfin , avant d'entrer à Notre-Dame, la reine trouva encore sur son chemin « une foule d'autres jeux qui grandement lui vinrent à plaisance. » Nou6 terminerons cette description en rappelant ce « maistre engiueur g(^nevois qui, habille en guise 'un anue , s'en vint tout chantant sur une corde tendue depuis la haute tour de Notre-Dame, et attachée sur la plus haute maison du pont Saint-Michel, et, comme la reine passoit, lui mit une belle couronne sur la tête. »

Ajoutons queOiarles VI, curieux de voir l'entrée de sa femme, se mêla incognito à la foule , et qu'il reçut des sergents « coups et horions sur les épaules bien assis (*). »

Toutes ces splendeurs finirent par une triste leçon donnée au peuple qui en avait fait les frais. Trois jours après l'entrée, les braves Parisiens avaient

Ç*) Ghroniquedtt religieux de Saint Denis. "Voici en quels termes Jean Jttvénal des Ursins raconte cette |>articularité : « Le roi dit à Savoisi : « Savoiri , je te prie que tu ce monfos sur mon bon cheval, et je monterai M derrière toi, et nous nous habillerons de m façon qu'on ne nous tognoisse point , « et iront voir l'eatrée de ma femme ...;>» et allèrent donc par la ville en divers lieux, et s'avancèrent pour venir au Chastelet, à 1*liettre que la reine passoit, où il y avoit moult de peuple et gr.uid presse , et foiioil de sergens à grosses houlaies, lesquels , pour empècner la presse , frappoient de costé et d'autre de leurs boulaies bien et fort , et le roi et Savoisi taschoient tonjoiirs d'.ipprochpr; et les sergens qiii ne cognoissoieul point le roi ni Savoisi, frappoient de leurs Ix)ulaics dessus, et en eut le roi plusieurs horions sur les épaules bien assis; et U; soir en présonre des dames et demoiselles, fut la chose recitt*e, et on commença d'en bien forcer, et le roi nème le fargoil des horions qn*il avoit re^ns. ••

encore envoyé au roi et à la reine de magnifiques présents valant plus de 60,000 couronnes d'or, et portes par des hommes déauisés , les uns en ours ou en licornes, les autres en Sarrasins. Mais tout cela ne les avança guère dans les bonnes grâces de Charles YI , dont Ils espéraient une diminution d*impdts. Apres leur avoir dit : « Grand « mercii bonnes p^ens, vos présents sont « beaux et riches , » les augustes personnages continuèrent pendant une semaine encore à banqueter et à s*ébattre, puis ils quittèrent Paris. « Aussitôt après on haussa la i^alvilc en leur nom, et l'on décria (*) la monnoie d'argent de 13 et de 4 deniers , qui avoit eu cours sous Charles V, avec défense de la passer sous peine de la vie, de sorte que , pendant longtemps , les pauvres gens ne trouvèrent personne qui vouliU, malgré leur faim et leur détresse, venir à leur secours. » (Religieux de Saint-Denis )

C'était alors le temps des' contrastes.

En 1481, les Parisiens renouvelèrent toutes ces pompes, déployèrent encore leurs tapisseries, élevèrent leurs échafauds , et représentèrent publiquement des mystères. Cette fois, ils célébraient l'entrée de Henri VI, roi dr France et d\4nglet('rre. Six ans après, mêmes réjouissances pour Charles VII, devant lequel se présentèrent, à son entrée dans la ville, les sept péchés inorteh , combattus par les trois vertus théologales et par les ^ua^re vertus cardli' nales ; puis les confrères de la Passion, qui jouaient des pièces religieuses sur des théâtres dressés depuis la porte Saint-Denis jusqu'à Notre-Dame.

Le programme de toutes ces entrées ne variait guère; quand Louis XI revint du sacre, on disposa encore à Paris , le long du passage du cortège , ie-

3uei étaitformé par 13à 14,000 hommes, es représentations dramatiques qui furent fort admirées; mais nulle n'attira plus les yeux des spectateurs que les sirènes de la fontaine du Ponceau , « lesquelles étoient représentées par « trois belles filles toutes nues, qui, en

{*) Oa appelait decri une ordonnance qui prohibait le cours dUme Baonnaie. Cette orflouiance se publiait par la voix du héraut.

« faisant voir leur beau sçin, chantoieat « petits motets et bergeretles (*). »

Du reste , ces cérémooiesi étaient or-

d.nairement très-longues, et les principaux acteurs devaient en éprouver une extrême fatigue; on en jugera par ia précaution que les ordonnateurs de la léie qui fut offerte à fa reine Anne de Bretaj^ne, h son entrée à Paris, crurent devoir prencire en cette circonstance : « On avait, dit Sainte-Foix {**), poussé l'attention jusqu'à placer <le distanee en distance des petites troupes de dix à dou;e personnes t a\ec des vases pour les dames et demoiselles qai se tfouveraient pressées de quelque besoin. »

Les entrées étaient assez ordinairement l'occasion choisie par les princes pour accorder au peuple une dimmution d'impôt ou quelque autre immunité.

Nous citerons un exemple curieux de cet usage ; le du Breul « dans son Théâtre des antiquitez de Pans (1612, in-4", p. 622), transcrit une épitaphe qui se trouvait dans la nef de l'église des Cordeliers (près de la porte S.iiut- Michel), et qui se terminait ainsi :

obiit anno Domini M. CCC. XXXVIH.

die dominica duobus Jovis , mensis Atigtisti (le dimanc'hede la semaine des deux jeudis). Puis il ajoute : « On dit qu*un pape voulant faire entrée dans Paris ail jeiidy, pource que il })leiit, elle fut différée jusqucs nii vendredy, auquel jour, pour la révérence de i'entre^i, on maneea chair, et fut nommé jeudy , et la semaine des deux jeudis. — Il faudroit que ce fut Benoi^t XII, lequel fut eleu pape en l'un 1334 et décéda l'an 1842. » Ce pape était venu en Franee en 133S, pour réconcilier Edouard III et Philippe de Valois

(*) Malin^r, Annales <h Paris.

(**) Esseùs hisl, sur Paris, t. I, p. aag. t (*'*) Toiâ an aniM csenple des fiivmin accordées par les prineet aux villes où ils

fai:>airnt leur entrée : •< Le ao janvier 14^', Charles, dauphin du Viennois, venant du Languedoc et passant par Limoges, fut reçu des habitants eu grand honneur; lequel entra par la porte Maoigae où sur lui fui [>orté, par six oonsols, un riche poêle, ei après s'être informé de la résistance que faisaieut les honr^i'ois de la ville contre les Anglais, pour accroître le cœur des habitants, donna des «niM|iiie8 i la ville, qui sont au chef

Les villes de province déployaient souvent une magnifieenoe extraordi* naire pour recevoir un roi. Voici com*

ment une chronique manuscrite raconte l'entrée de Henri II à Dieppe ^ le 1" octobre 1550: « Les bourgeois vêtus de soie et en armes allèrent audevant de Sa Majesté, f.a porte par où le prince devait passer était ornée de plusieurs chitTreSf au-dessus desquels étaient un Hereule et une Pallas vétut à l'anfique , avec cette devise : Donec totutn impleat orbem. Plus loin était un grand théâtre orné de tableaux et fUr lequel voltigeait on Pégase; let Musea, à Tentour, chantaient les louantes du roi. Dans la place du Marché, il y avait une grande mer où na> geaient un Neptune, dei sirènes et un grand nombre de tritons, dauphins , et autres gros poissons chamarrés des armes du roi et de la ville. Il y avait encore quantité d'autres théâtres plus petits, ornés de chiffres, devises etnyin« phes dansantes. A l'arrivée du roi, on salua Sa Majesté d'une décharge de tout le canon , etc. (*). >•

Ces détails caractérisent bien le goût du siècle , cet amour de mythologie qui tenait toutes les imaginations. Ile programme montre, du reste^ combien la situation de Dieppe était florissante ao seizième siècle.

Les entrées à Reims , la ville du sacre, étaient accompagnées d'une grande pompe. Le roi montait une haquenée nlanche. Précédé de ses hérauts, et suivi des seigneurs de la cour, il arrivnit à ia première porte de la ville où , depuis l'avènement de Chartes YIIl, il était d*ttsage qu'il reçût les clefs des mains de la Pucelle , enfjblème de la ville.

« C'était une belle jeune tille ayant de

d'argent eo champ de gueules, une bande •«aiuree aia trois fleurs de lys dW. n donna privilège aux consuls de la ville, et à leurs successeurs à perpétuité , puissance de tenir fiefs nobles frauchcnicni ; d cuniuianda aussi aux consuls de faire changer la Im^ de coiffape des femmes bourgeoises et prendre tel coiffage qu'il leur plairait prendra au port de France. [JEstrait des ehroniquts mtmitS' cri tes Je limoges). >>

(*) Cité par Vitet dans sou Histoire des anciennes vUies de France, Dieppe^ 1. 1, p. i5&

beanx chereqx blonds qui loi pendaient de la ?ille , au-dfssqs de la dq roi ,

jusqu'à la ceinture, et, sur sa K'te, ' un poêle de velours rouge, un chapeau de toile d'argent doré et ~ " un de ûeurs dessus , vêtue d'une rube tétûffe de soie dont le corps et les manches étaient de couleur d'azur , semés de fleurs de lis d'or, portant des h^s blancs et un reseau de soie vertf par-dessus, tout 911 long (*). »

Henri II, venant recevoir la couronne à Reims, aperçut h l'entrée de la première porte un théâtre pos^ sur de^ piliers jaspés entre lesquels on avoiit mis des ngures dans des niches re^ipiiesde lis et de croissants, et au-des- Stts un grand croissant argenté, avec |a devise : Donec totum impleqt orbem.

«Dans ce théâtre était une machine d'une rare invention, laquelle faisait paraître un soleil fermé, en forme d'une pomme ronde, dans lequel étajt un cœur rouge , et, en ieelui , une jeune fille âgée de 9 à 10 ans, richement i)arée, vétur d'or et d'argent. Le roi approchant du théâtre, le soleil aussitôt 8*Quvrit pour donner passage au cœur, lequel s'étant séparé en deux, l'on aperçut cette belle jeune fille tenant les clefs de la ville qu'elle présenta au roi, eh disant )

très-clirétieti, fleor de nobililé, Kspoir de pais et de tranquillité.

Moi. TOlN ancelle, qui Reims vous n'i^ ccefir o«v«rt fltitk dt ftdéii(4.

Collée à mon roi «n lonle namiliti,, Les clefs do: portes huinblrment vous présente.

A l'instant la jeuue fille s'étant retirée dans le même cœur, il se ferma par ressort et ren^outa prendre sa place dan^ le soleil , qui 8*entr*Qqvrait de temps en temps eotnine nue fleur, pour don^ ner du plaisir aux passants {**). »

Élisabeth de Valois , fille de Henri 11^ mariée à Philippe d'Autriche, désirpnt voir la cérémonie du sacre de François II , fut reçue , à son entrée , sous un poêle de damas blanc porte par quatre des plus notables bourgeois. Fran^ çois II lui-même, qui la suivait avec tonte sa cour, reçut , comme ses prédécesseurs , les clefîi que lui présenta la pucelle a richement couverte et paréç à l'anti^e. » On porta, depuis la porte

(•) Histoire des sacres des rou. Reims,

O Oavnft dti.

INqus n'omettrons pas de mentionner l'entrée de François X' à Paris, en 1516. En effet , peu d'entré^ royales furent plus remarquables par la magnificenre qu'on y déploya. « C'étaient ici dç§ théâtres bù dansaient des figures mèrveilieusément contrefaites au natu?

rel , et se mouvant par ressorts; là Salomon , la reine Claude , et d'autres illustres personnages , rej^résentés vivants; niflei^rs, des fontàmes versant des flots de liqueurs précieuses; une grue dans une cage, dardant du vin de son bec ; des arcs de triomphe parmi lesquels on en vovait un tout couvert d'inscriptions dirigées contre les femmes , et invitant le roi à réprimer leur vanité et leur luxe (*).

Cette manifestation peu plante était sans doute une satire dirigée par les bourgeois de Paris cpntre les mœurs diss(dues de Loiiise de Savoie, mère du roi , de IVlarguerite sa fille « et des da^ mes de sa cour.

Ce ne fut pas , du reste, la seule fois que l'on vit les populations prolîter de 1 entrée d'un roi pour lui donner, à lui OU è ses courtisans , une sévère leçon. Régnier de la Planche et de Thou* racontent , à l'occasion d'une entrée que fit François il a Tours, en 1560, après la conjuration d'Amboise, iin fbit de ce genre : « Le rot, dit ce dernier historien, ayant résolu, par le conseil des Guises , de faire son entrée solennelle à Tburs ^ 11 arriva une chose que les habitants «flsoient être IVffetdu hasard, quoique je pense le contraire; elle pi-

Îua iusuu'au vif les princrs de Guise.

In poulaneer équipa de la manière suivante son uls qui vouloit voir le roi:

il couvrit de la maqte de sa femme un âne dont il se servoit pour aller ^u moulin ; il mit dessus son fils , qui avait iin bandeau sur les yeux et un eaïque de bois sur la tête. Deux jeunes gens qui représentoient des Éthiopiens, avant des habits étrangers et le visage barbouillé de noir, conduisoient Kâne par la bride. Tous disoient que cette représentation étoit uue vive image de l'état

n Relatv>Q manuscrite eonienrée au eabir net des estampes de k )tibUothëi|jiii9 royale*

L'iyiiizuo by LiOOgle

S06 BHTBisS ROTALBS L'UV

du royaume , gouverné par un roi en* core enfant, et qui avoit pour ministres des étrangers qui l'avoient rendu aveugle. Les éclievins dirent pour excuse que cette mascarade avoit ete imaginée par un homme grossier, qui n*y entendoit pas malice, etc. (*). »

La lettre suivante, adressée, en 1548, par le gouverneur de Bretagne au sénéehal de Nantes, prouverait, si cela était nécessaire , que les manifestations de la joie populaire, aux entrées des princes, n'étaient pas toujours sjpontanées. « Monsieur le aenesdial , je croy «que TOUS ares, de cetté heure, en-

(*) Deux ans apKvs, los bourgeois de Dieppe, zélés protestants, firent aussi une réreption •inçulière au duc de Bouillon , ()ue la régente anraiit mwyé dans leur ville «vee des pouvoirs socrels. Voyant les arqiiebiisin-s de la garde civique gravement rangés en haie sur son passage (5 mai i.'ïôz), il crut qu'on allait lui rendre les honneurs d'usage. Mais au lieu de décharger leurs armés, les boni ;,'Pois entonnèrent à l'envi les Psaumes de David, mis en vers par Marot. Mortifié de cet outrage, le duo, qui était bon catholique, quiUa aussitôt la ville , menaçant les habitants de leur filirecbanler d'autres litanies ; niais les bourgeois ne tinrent compte de ses menaces, et ils se mirent à romnoser des chansons et pasquinades sur la glorieuse entrée de M. U duc de BouiUoH en la ville de Dieppe, et sur sa très-pronintc sortie.

Comme on le voit par cet exemple, les rois et les reiues n'étaient pas les seuls personnages pour lesquels on fit les frais d'une entrée solennelle; on accordait le même honneur aux princes et princesses, lorsqu'ils visitaient les provinces, aux ambassadeurs étrangers, aux r\r'([iu-s lorsqu'ils venaient pv'eudre possession de leur diocèse, aux gouverneurs des provinces, aux ministres, etc.

Nous citerons pour exemples les entrées à Paris de George d'Amboise, en r5nt , et du cardinal Chigi, en 1664; celle de la duchesse de Montpensier, la grande medemoiseUe, à Orléans ; la réception du duc d"I'.|U'rnon à Rouen, etc. Celte dernière entrée lut un vériUifala triomphe : les maisons étaient tapisaées sur le passage du nouveau gouverneur, les rues étaient semées de fleurs ; d'Épernon montait un 8uperl)e cheval et avait pour . escorte toute la noblesse de la province; . La ville lui offrit une slaliic d'argetil qui représentait la Fortune tenant son buste ébt>itemcnt embrassé , avec cette devise iulienne : S per no AueiarH,

:V£RS.. BnmiBs royau»

« tendu la venue de la petite re> ne d'É* « cosse ( Marie Stuart) en Frarice, qui « doit descendre à Brest, et, à ce que « m'a mandé le roy, elle passera par tt IVantes et tout le grand chemin dudit « Brest, où ledit seigneur veult qu'elle « soit honorablement reçue , avec en- « trée et poisle, par les villes ou elle «passera, et petits présens et fruits , « vins et aultres nouveautés, de quoy je « vous ay bien voullu de bonne heure « advertir, et ce que je ui';jtten.s que « vous saurez bien conduire avec le « grand eueur que je congnois en eeux « de vostre ville, et qu'elle en portera « le bruit au - dessus de toutes les auU « très mais il ne faut pas oublier de « faire dresser quelques petites entre- « prinses, comme sur la rivière, auprès « du château où ladite dame logera, et « à son arrivée, tant par les mariniers tt que enfans de cette ville, ainsi gue le «mieux sçaurez adviser, aGn oe lui «donner du plaisir. Surtout vous ferez «entendre aux gentilshommes dudit «évéché la venue d'icelle dame, afin «que chacun délibère de s'v trouver « pour faire son devoir et lui porter «honneur, etc. Et sur ce, je prierai « Dieu , monsieur le senescnal , vous « donner ce que vous désirez. Des Es* «sarts, le xv'' jour d'noust (*). «

Henri IV ht unc entrée bien différente de celle de ses prédécesseurs dans la capitale , dont le comte de Brissac venait de lui vendre les clefs. Il portait sa cuirasse de guerre sur son coursier caparaçonné comme en un jour de bataille; se's gardes brisaient la foule silencieuse à son passage.

Le nu'inejour, quand les Espajinoîs sortirent par ia porte Saint-Deuis , le roi se mit à une fenêtre sur leur passaire , leur rendit leur salut avec une grande courtoisie, et ajouta ces mots : « Adieu , mes amis, recommandez-moi « bien à votre mattre; allez-vous-en , à « la bonne heure , mais n'y revenez « plus (**). «

£n 1622 , Louis XIII , après la guerre contre les huguenots, visita les provinces du Midi, et partout on lui fît une •magnifique réception. Les habitants

(0 Extrait dei «rcbivea de Ifanlas.

(**) Péréfixe, de Thou, ete.

FRANGE

ait

d'Arles surtout voulurent se distin- ' tinguer. « Ils avaient fiit éieyer sur le passage du roi un théâtre composé de

iialmes , de lauriers et de lierre , sur equel devait paraître un des plus anciens poètes du pays , qu'ils appelaient Troubadoiir,- et qui portait le costume le plus grotesque. Il devait déclamer des vers en style provençal ; mais l'arrivée inopinée du prince ne lui laissa pas le tem|» de jouer son rdle. » Sa pièce commençait ainsi :

Grand prioM» digne enfant de Vm* Que freecamcnt de tant d'etm,

Venez dr cutlir inilln pnhno», Dou ci-nw vous a prrdfaliiijit Per rendre his tempe^tos calmot, Et toal l'univers estonat. .... etc.

Le cérémonial des entrées s'était dès lors grandement simplifié. Cependant , le dais porté par les notables de la ville, les présents et les clefs offertes par le magistrat, eu étaient restes les priucipaus accessoires.

Aujourd'hui , l'antique formalité de la présentation des clefs , des harangues, un carrosse doré, un cortège plus OU moins nombreux , dee réceptions , un banquet, forment à peu près toute la solennité d'une entrée royale. Parmi les entrées qui ont eu lieu dans ces derniers temps , nous mentionnerons celle du comte d'Artois à Paris , le 12 avril 1814; celle de Louis XVIH, le 3 mai suivant; la rentrée de Napoléon , le .soir du 90 mars 1815 , à la lueur des flambeaux ; le retour de Louis XVIII , le 8 juillet I815;enlin, l'entrée solennelle de Charles X, le 6 juin 182ô, après son sacre.

On conserve au cabinet des estampes . de In bibliothèque royale, dans la collection de l'histoire dé France , des gravures où ont été représentées , par des artistes contemporains, toutes les entrées rovales qui ont eu lieu de})uis l'époque de l'invention de la gravure.

Dans la Bibliothèque historique du P.

Leiong , le chapitre des entrées occupe les n~ 26,110 à 20,581.

Entrr-Lothe et-Allier fi'), ancien pays dii jSivernais , dont le cheflieu était Saint-Pierre-le-Moutier ( département de la Nièvre ).

Entremets. — On appelait ainsi des spectacles à machines que les princes et les grands seigneurs aimaient à faire

représenter entre les différents met* ou services de leurs festins. Dès le douzième siècle, nos aïeux se récréaient ^

pendant les repas solennels, de « farces, mommeries, et auitres honnestes joyeusetés {*). » Mats ce ftit surtout è partir du quatorzième que l'on perfectionna ces diverti>^sements. Kn 1378, Charles V, traitant ^on oncle l'empereur Charles IV dans la grande salle du palais, le r^ala d'un entremets en deux actes, qui représentait la conquête de Jérusalem par Godefroy de Bouillon (*•). Froissard décrit un spectacle semblable donné dans la même salle en 1389, aux noces de Charles VI avec Jsabeau de Bavière : celui - ci représentait le siège de Troie. Quand les ambassadeurs de Ladîslas d'Autriche vinrent demander pour ce prince à Charles VIT la main de sa Ulle, le comte de Foix leur donna un banquet accompagne de plusieurs entremets (***). D*abord parut un château carré, sur les tourelles duquel étaient placés des enfants qui chantaient des vers ; à toutes les fenêtres paraissaient de Jeunes et jolies demoiselles dont tout le rôle était de se faire voir aux convives; six danseurs béarnais apportèrent une machine en forme de tigre et vomissant du feu ; puis on vit arriver, apportée par vingt-quatre autres personnages , une grande montagne de laquelle découlaient des ruisseaux d*e8u rose et d'ean musquée, et d'où sortirent des lapins, des oîseaui; des enfants sauvages et une jeune femme sauvage dansèrent ensuite une danse moresque. Un écuyer; monté sur un cheval automate , exécuta diverses évolutions, et présenta au roi un jardinet en cire, qui produisit tout à coup des fleurs. Enfin , sur un navire était un paon vivant, qui portait au cou les armes de la reine; et tout autour du vaisseau flottaient des banderoles aux armes des différentes dames présentes au festin , « lesquelles , dit Froissard , furent liien fières de ce que le Oomte leur a voit fait tant d'honneur. •

(*) Monstrelet.

{**) Chronique de Guillaume de Nangis.

(***) Ce fast ueux baroo« véoit volontiers dit Froissard, étranges entrctncls , et , iceux vus, tantô( les faisoit envoyer par le» tables des dwvalicr» cl des éonyen*»

VUKPftM.

Mais, 09 tous les entmnetsdont Vhtê' toire nous a transmis les détails, il n'en

est aucun qui é^ale en liizarre magnificence cptui que (ioiiiia à Lille, eu 1 l.>4, Philippe le lion, duc de Buurgogne.

< Cefutune féteqni coûta autant qu'une guerre, dit .M. iMichclet (*) ; une fêle monstrueuse, immense, d'une dépense telle que ceux oui en avaient fait Tordonnance en frémirent eux-ménies* »

Constantinople venait d*étre prise par Mahomet II, et l'Europe t>emblait.

Le duc de Bourgogue* charlatan de dwfalerîe, se posa comme lecbampion de la cbiétienté, et prépara ce ^a prodigieux pour publier sei engagements (**).

« Les intervalles des services étaient remplis par d'étranges spectocles, chants, roinrdies, représentations fictives, mêlées de réalités. Parmi les acteurs, il y en avait d automates; il y avait des animaux, par exemple, un ours chevauché par un fou, un sanglier par un lulin. A un poteau , l'on voynit bien tenu par une cliaîne un lion vivant qui gardait une telle Ggure de féittuie nue, vêtue de ses cheveux par derrière, par-deVant enveloppée « pour caeher où il appartenoit d une serviette déliée... escriptedelettresgrecques. » Cette ligure de femme jetait de I hypocras par la mamelle droite (***). Trois tables étaient dressées dans la salle. « Sur la moyenne, une é.glise croisée, verrée de geiite façon, où il y avoit une>eloche sortUante et 4 chantres... Tl y avoit un <'ii»tre entremets d'un petit enfant tout nu qui versoU (il y a un autre mot) eau rqse eontinuellehteiit. » Sur la seeoilde tablë, qui devait être prodigieuseitaéAt Ion* gue, on voyait neuf entremets ou petits spectacles avec leurs acteurs; entre antres, «uli pdsié dedans lequel avoit vingt-huit peifadunages vift jouant de

(*) Histoire df France, t. V, p. 365.

(*•) On trouve le récit abrégé de celle ftie dans MonUreM ; il y en 4 une deseriplion fort drinillép dnns Mathieu de Coucy (Hi»loire de Charles VII) it dans Olivier de h Mvciie, qui fut un de;* principaux «cteun, qui fit m ven, «te.

(***) Peiit-èlredfvait-elle pepré«enit r Constanlmople dépoiiillpc ; le lion qui 1h pai Jalt eût alorâ représenté le duc de Bourgogne.

divers instruments, etc. C). » Le second entremets fut «ne pantomime en

trois actes , représentant la conquête de la toihon d'or par Jason (**). Mais voit i l acté pieux de la fête : « l'entremets pitoyable, » comme TappelleOli* vier de la Marclie. n Un éléphant entra diins la salle, conduit par un géant sarrasin.... Sur son dos s'élevait uue tour aux créneaux de laquelle on vovait une nonne éplorée, vétoè de satin blane et noir : ce n'était pas moins que la sainte Église. JNotre chroniqueur Olivier » alors jeune et joveux coitipère , s'était chargé dd pérsdnnagé. l'ftglise, dans une longue et peu poétique complainte , implora les chevaliers , et les pria de jurer sur le faisan qu'ils viendraient à son secours. Le due jura, et tous après lui , etc. i ( VoyeÉ VdBOX [ f œu du faisan }. )

La féte se termina enfin par un bal où dansèrent douze Vertus en satin cramoisi , et par un brillant tournoi.

Au seizième siècle, le iroOt s'épurant, on proscrivit dans les entremets toutes ces poitipes disparates , cotifiises , pué* rites. On 'donna à ces spectacles unë harmonie plus galante, plus noble. Il y a déjà loin des monstrueuses fêtes de Philippe le Bon aux entremets oiFdonnés par Catherihe de Médicis , pendant le festiM pat* lequel elle célébra à Bâyoïme , en 1365, son entrevue et celle de son Qls avec le duc d'Albë et Isàbellede France, femmede Philippell d'Kspnsnp. Les détails en ont été conserves dans les Mémoires de la reine Marguerite, qui y assista. La , ce furent dés tablés dressées dans line sallé de verdui'e, des musiciens vêtus en dieux marins, en satyres; des bergères habillées de toiles d'or et de satin , servant le repas ; des nymphéa Sksises siir un rocher artificiel, puii dânsadt un ballet, etc.

L'invention de ce rocher plaisait sans dtilite beaucoup à là reine, car, neuf ans après , elle remploya encore pendant le festin qu'elle (!nntia aux arhbassadeurs [inlonnis. Cette fois, le rocher était d'argent. « Il portoit, dit

(*) Mirhelet, Histoire de fkanoe, t Y,

p. !JR5 et siiiv.

(**) î/orcli e de cette toison avàît été fondé par le duc vingt-trois ans auparavant.

Digilizea by CoOglc

BimvrAVX FRANCE. nrTwmuHT m

Brantôme, IG sièges en forme de nuages, sur lesquels étolent assises les 16 plus belles diiines de la cour, pour représenter les 16 provinces dont étoit alors composée la France. » Mû par une inécan*que cachée, il fit le tour de la salle pour exposer aux regards des convives les daines, qui flairent par danser un ballet.

Au dix-septième aîède, on «ingéniait encore à composer à Versailles, à Chan- ' tilly, de brillants entremets. Pendant les fêtes fameuses données par Louis XIV en 1664, et que Ton appela le$ plaisirs de tÛe enchantée, on vit entrer d;iiis la salle du festin les 4 sat^ sons, chevauchant un coursier espagnol , un élé|4iant, un chameau et un ours; puis Diane et Pan, pour offrir leurs tributs, desrendirent d'une grnnde machine représentant une montagne couverte d'arbres. On admira encore le.s ballets des 12 keuret et des 12 signes du zodiaque ; les services empressés des Jiis, des Jeux et des Plaisirs , apportant les mets sous la conduite de la Propreté, de W^bondanee, de la ^omie chàre et de la Joie...

Ainsi , Ton voyait la Joie aux fêtes célébrées a la cour. ISous doutons tort qu'elle assistât également aux repas du peuple qui faisait les frais de CCS pompes extravaj^antes.

£r<Tfi£VAiLs, ancien canton du Roussillon, dont les principales localités étaient Thuès -Entrevails et Entrevails pu Entravail (Pyrénées-Orientales).

. Entaevaux., petite ville forte de Tancienne haute Provence, aujourd*bu!

chef-lieu de canton du département des Basses- Alpes. Bâtie sur la rive gauche du Var, près des frontières du Piémont, dont elle faisait partie anciennement, elle fut prise et bHUée par Cbarles- Quint en 153G. La garnison fut passée au fii de l'épée et remplacée par des troupes espagnoles. Flusieiirs années après Téracuation de la Provence par les troupes espagnoles, une jeime nlle d'un courage néroïque réunit secrètement les jeunes paysans des environs, se mit à leur tête, surprit la garnison d'Entrcvaiix , et la chassa de la ville. Après ce brillant exploit; elle réunit les principaux habitants, et leur proposé de se mettra sous la pioteetion de

la France , ce qui fut adopté par acclamation. Le roi accueillit Vorne de la

ville, qui depuis, en effet, ne cessa de faire partie de la France. On y compte aujourd'hui environ 1,500 bab. (Voyez

GLANOàVBS.)

Envoûtement.— Ts'ousavonsdonné, à l'article Cékoplastique , la défini-^ tion de ce terme fort usité au quatorsîème siècle , pour désigner une espèce de maléfice ridicule. Lorsque l'on instruisit le procès d'Ktïcuerrand de Marigny, le comte de Valois prétendit que le magicien Jacques Delor, sa femme et son valet , avaient , à la persuasion ôe la femme et de la sneur de l'accusé , fait des images de cire pour envoUter le roi , ses oncles et ses frères , « de telle sorte qu'à mesure que ces images se seroïpiit fendues, lesdits roi et comtes n'eussent fait chacun jour que amenuiser, sécher, et , en brief , de maie mort mourir (*). » Tout espoir fut perdu pour le chancelier, lorsqu'il se vit accusé de la manœuvre magique qu'on rej^ardait conime la plus criminelle, la plus effroyable de toutes. En 1333, Robert d'Artois, ennemi juré de Philippe de Valois, appela auprès de. lui à INamnr, où il s'était réfugié, frère Henri Sagebran, moine de Tordre de la Trinité, chapelain d'un seigneur qui était à son service ; et , après lui avoir fait jurer Qu'il garderait sous le sceau de la confession le secret qu'il allait lui révéler* « il ouvrit, dit le témoin examiné pour rinstrurtion du procès du prince, un petit etui , et en tira une image de cire, enveloppée en un couvre-chef crêpé, laquelle image étoit à la semblance d'une fiçture d'un jeune homme, et étoit bien de la longueur d'un pied et demi , ce «emble au déposant ; et si la vit bic« clairement par le couvre-chef, qui étoit moult délie, et avoit autour le chef semblance de cheveux, ainsi comme un jeune homme. Le moine voulut y toucher. — « iS'y touchez, frère Henri, lui «dit Robert; icelui est tout baptisé; «i l'on me l'a envoyé de France tout fait « et tout baptisé; il n'y faut rien à cestui, « et est fait contre Jean de France (flls « aîné du roi' , en son nom et pour le «grever. Mais j'en voudrois avoir un

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«autre que je voudrois qui fût baptisé. « — Et pour qui est-ce ? — C'est contre « une diablesse, c'est contre la reine...

« Si vous prie que vous me le baptisiez, « rnr i! est tout (ait, il n'y faut que le « bautèine. J'ai tout prêts les parrains « et les marraines, et tout ce dont il est • besoin... »

Un deuxième prêtre déposa qu'il avait également été sollicité pour le baptême de ce vouUy et qu'il s^y était refusé comme le premier. La terreur de Philippe fut néanmoins extrême quand il apprit ces nouvelles; car il ne doutait point que si le vonit était une fois bien fait , et baptisé par un bon prêtre, on ne fît mourir de mort lente celui que cette image représentait, en la laissant fondre au soleil , ou ^n la perçant au cœur d'une épingle.

La durhpsse de !Montpensier renouvela encore contre Henri III cette pratique superstitieuse.

Enzbbsdorf (bataille d*). — L'archiduc généralissime de l'armée autrichienne avait, dans le but d'empêcher l'armée française , maîtresse de l'île de Lobnu , de passer sur la rive gauehe du Danube, élevi^, entre Asparn et Enzersdorf, de reiioutables retranchements. Mais Napoléon, dissimulant par d*habiles manœuvres ses véritables projpt<;, parvint à tromper l'ennemi; et le matin du juillet 1809 , lorsque l'archiduc chercha dans Ttie Tarmée française, qu'il croyait avoir mise dans l'impossibilité de franchir le fleuve, il la vit, avec une surprise extrême, rangée en bataille sur sa gauche, au delà de ses retranchements. Dans Fimpossibilité d'engager immédiatement le combat, il se retira sur AVagrnm, et parut reformer ses lignes derrière le Russbach.

L'empereur le suivit en se déployant parallèlementau Danube. L'armée dlta« lie, soutenue à droite {)nr Oudinot, à

{;auche par Bernadotte. eut ordre d'enever immédiatement les tiautenrs de Russbach ; elle s'y porta ; partout l'ennemi recula sans opposer une vive résistance. Enfin, à onze heures du soir, Tempereur fit cesser l'attaque sur tous les points.

Le lendemain eut lieu la bataille de W'agram.

ÉOK DE Beàumomi (Charles-Gene-

viève - Louise - Auguste - André - Timothéed'),run des personnages qui excitèrent le plus vivement la curiosité pu« blique pendant le siècle dernier, nnqiiit à Tonnerre en Champagne , le 5 octobre 1728, et lut baptisé le 7. Les fautes d'orthographe et les contradictions qu'on remarque à son article sur les registres de la paroisse, où on lui donna les prénoms de Charlotte^ etc., contribuèrent à jeter sur son sexe l'incertitude à laquelle il dut sa plus grande célébrité. Fils d'un avocat au parlement, conseiller du roi, il débuta avec distinction dans la carrière du barreau, que cependant i) abandonna bientôt pour celle de la diplomatie.

A la recommandation du prince de Conti, qui dirigeait le ministère secret de Louis XV, d'Éon fiit diargé d'une mission délicate à Is cour de Russie, où il arriva, en apparence, pour donner des leçons d'escrime au grand-duc ( depuis Pierre III ) , mais où il devait, en réalité , seconder le chevalier de Douglas, dont la mission était de ménager un traité d'alliance entre les deux couronnes. Il s'insinua dans l'esprit du grand-duc, ga^na les bonnes grâces de l'impératrice Klisabeth, et revint, avant la fin de l'année, à ^ersailies, rendre compte de Theureuse issue de ses négociations. Il ne tarda pas à retourner à Saint-Pétershoiiri;, et fut chargé, pendant cinq ans, de la correspondance secrète entre l'impératrice et Louis XV. L'adhésion de la Russie aux traités de Versailles de 1756, 1757 et 1758, entre la France et l'Autriche; sa renonciation aux subsides de l'Angleterre ; l'engagement qu'elle prit de faire marcher en faveur des cours de France et de Vienne, les 80,000 Russe§ qui , rassemblés en Courlande et en Livonie , devaient soutenir la Prusse et l'Anjuleterre; la dis*

grâce du grand chancelier Bêstucbeff , évoué à ces deux puissances , et son remplacement par le comte Woronzof , gagné aui intérêts de la France, furent les heureux résultats des démarches de d'Éon.

Cependant, en 1759, il sollicita son rappel pour raison de santé. Sa carrière politique se trouvant alors interrompue,

il embrassa l'état militaire, et fit, comme officier (If dragons , les dernières campu^uc6 de ia guerre de Sept ans.

EON DE BEALMONT

FRANCE

EON D£ BEACMONT

Mais , en 1762 , il quitta de nouveau répée pour la plume, fut envoyé à Lffbdies, comme seeréttdrecraiiibassade

du duc de Niveroois , et chargé de négocier la paix qui fut conclue en 1763. Il parvint a s'y rendre maître de plusieurs papiers importants dont il en* voya les copies à Versailles. Louis XY lui donna la croix de Saint-Louis avec 2,000 écus de (pension , et le nomma résident, puis ministre plénipotentiaire à Londres. Cependant de souides intrigues vinrent bientôt après renverser sa fortune et ses espérances. Il eut, au sujet du dernier traité de paix, une rixe avec un Français nommé Vergy.

Le roui te de Guercny, aml)nssn(leiir de France, ayant vainement interposé son autorité entre eux, adressa ses plaintes à la cour de France. Le chevalier d*Éon eut ordre de revenir à Paris ; niais il refusa d'obéir, et n*échappa aux persécutions de l'ambassadeur qu'en se retirant dans rinviolable asile de la cité de Londres. Assuré dès lors de Timpunité, il publia, au commencement de 1764 , un in-4° contenant les instructions qu'il avait reçues des ducs de Praslin et de Nivernois , et toute la correspondance du comte de Cuercliy, relative au traité de paix. Des poursuites turent dirigées contre lui ; mais on n'osa le faire arrêter, et il continua de résider à Londres, où il publia de nouveaux écrits, et correspondit avec Saint-Foix , Suard et Tabbé Arnaud , au sujet du Jmsrnat étranger, auquel il fournissait des articles.

Il vécut quatorze ans dans cet état de proscription, sans fonctions connues, mais jouissant, depuis 1766, d'un brevet de pension de 12,000 fr., qui lui fut régulièrement payé. Dans cet intervalle se renouvelèrent à Londres d'anciens soupçons sur le sexe du chevalier; des paris énormes furent ouverts à ce sujet. On prétend même que Louis XV, dont il était sans doute un des agents confidentiels, envoya un émissaire pour Térifier le fait.

Cette circonstance parut aux ministres de Louis XV I un prétexte plausible

Sour vaincre ropinifttreté du chevalier 'Ëon |X>ur leCaire rentrer enfrance, et pour empêcher un duel devenu inévitable entre lui et le fils d'un homme qu'il

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