CI.., tTC
au sujet de sa défection , lai euseeirt
montré qu'elle n'était pas dans l'intention de le sacritier» soit qu'il prévît déjà ua revirement ministériel à Londiest soit enfin paroe que, tout en menant des négociations avec la Russie , Napoléon n'en avait pas moins formé la confédération du Khin (13 juillet) à laquelle il avait promit de renoneer , ri Ton oonientait à la paix. Le IS ee|ile|nbre, Fox mourut. On comprend maintenant pourquoi Napoléon fut si cruellement affligé de ce contre-temps. Si Fox avait vécu plus iongtempe, en effet, l'Angleterre et la Russie auraient eu beaucoup de peine à se réunir, et leur séparatiou aurait rendu l'empereur maître du terrain, presque eana coup férir. Mais , toujours est-il que , malgré la réconciliation de l'Angleterre et de la Russie , la confédération du Khiu était formée 9 et qu'elle recotmaissait Napoléon pour protecteur. Voilà certes un nouveau chef-d'œuvre de diplomatie, mais de cette diplomatie envahissante plutôt que profonde , pour qui la politique n'est qu'un jeu d'écbecB où il dut toujours gagner quelque diose. Pour l'empereur, les royautnes et les provinces étaient les pièces de l'échiquier ; l'enjeu , c'était 1 Europe , mais l'Europe matérielle bien plus que l'Europe morale , la domination sur le territoire bien plus que la domination sur les ooeurs. De là, cette néeesiité de toujours ruser, de toujours frapper; de la, un système de macbiavélisme et de terreur.
Moins prudente que rÀutriehe, la Prusse témoigna ouvertement son mé* contentement contre la formation de la confédération du Rhin , qui , d'un seul coup, ruinait tous ses rêves d'avenir et mettait en péril sa propre indépendance. En elle-même la destruction de l'empire germanique ne lui déplaisait
f)as ; elle voyait même avec piai&ir 'Autriche, sa rivale , dépouillée de ses prérogatives ; mais c'était dans l'espoir que l'néritage de l'Autriche lui reviendrait à elle-même et non pas à un nouveau Gharlemagne. Quand elle s'anerçut qu'elle avait été trompée, son dépit ne connut plus de bornes. Cependant elle n'éclata pas, tant que la l^'rance entretint des n^oeiations avec TAngle-
terre et la Rossie ; ee ne fut que lorsque la rupture parut certaine, que le cabinet de Berlin commença à s'exprimer avec franchise. Peu à peu, il éleva la voix , il s'owupa de fbrmer une confédération du Nord pour faire équilibre à la confédération au Rhin; puis enfin, lorsqu'il eut appris que l'empereur avait offert le Hanovre au fiouvemement anglais , il se décida à la guerre. Alors, de toutes parts , on courut aux armes , on proféra des menaces contre la France, et on compta sur une victoire facile.
Vers le milieu de septembre , les troupes prussiennes envahirent la Saxe , dont l'électeur protesta vainement de sa neutralité. Le duc de Brunswick, Tautenr du manifeste de 179S, prit le commandement de toute l'armée , qui était forte de 300,000 hommes , et que le roi et la reine , vêtue en costume de dragons , vinrent animer de leur présence.
Il était trop tard , l'empereur se trouvait en mesure depuis longtemps. Le 7 octobre ,''il était à Bamberg, où il reçut WUtimatum du roi de Prusse; ce prince se plaignait d'avoir été irmtilement neutre, ami, allié même; il exigeait que les troupes françaises repassassent incessamment le Rhin , et que la France cessât de mettre obstacle à la formation de la ligue du INord, où entreraient tous les Etats non nommés dans l'acte fondamental de la confédération du Rhin. En recevant cette pièce , l'empereur dit à Berthier : « Maréchal , on
nous donne rendez-vous pour le 8 ; jam mais. un Français n*y a manqué. Mais « il y a, dit-on, une belle reine qui veut « être témoin des combats; soyons conr- « tois, et marchons, sans nous coucher, « Dour la Saxe. » St pt jours après (14 oetoore), l'armée française prit, à léna, la revanche de la défaite de Rosbarh , et la bataille d'Auerstaedl, gagnée presqu'eu même temps, vint achever les Prussiens. Le 35 octobre , nos troupes entraient à Iî*Tlin. Le 16 novembre, la conquête de toutes les provinces prussiennes, jusqu'à la Vistule, était terminée. L'empereur se montra alors disposé à accorder un armistice au roi de Prusse ; mais celui-ci , comptant sur l'arrivée des Russes, ne voulut pas l'accepter. L'empereur tt alors passer rôder à set
BMMBB (Pïaa^) FRAI
troupes ; et , le 28 novembre , l*avant-
Çarde de Tannée pénétrait dans Varsovie. Dans toute la Pologne , les Franrais furent accueillis comme des libérateurs; mais déjà ?japoléon laissa percer, à l'égard oe la Pologne, ce système d'in- (!éci\sion qui , plus tard , lui devint si fat;il. Au milieu de décembre , toute la Prusse , à part quelques places de la Silésie et de la Poméranie , était en notre possession ; mais il nous restait encore a vaincre les Russes.
La campagne de 1806 n'en avait pas tnoins été encore' plus funeste pour la Prusse que la campaj^ne de 1805 pour l'Autriche. A moins d'un l)rusque chan-
Sèment de la fortune en faveur des Lusses, changement peu probable, puisqu'ils allaient se trouver seuls, TAllemagne tout entière étnit désormais à la discrétion de l'empereur. Son premier soin fut d'augmenter les forces de la confédération du Rhin, dont il était le protecteur. Aussitôt après la hatnille d'Iéna, il avait renvoyé les prisonniers saxons, en leur disant qu'il venait délivrer leur pays , qui , depuis deux cents ans, était sous la protection de la France. L'électeur rappela ses troupes, se déclara neutre , et ouvrit avec nous des négociations qui aboutirent , le 1 1 décembre, à un traité en vertu duquel il prit le titre de roi entra dans la confédération du Rhin , et y fit entrer avec lui les quatre ducs souverains de la maison de Saxe , ce ^ui augmenta le noyau des troupes fédérées n'environ vingtcinq mille hommes. La campagne de 1805 avait créé deux nouveaux royaumes; la campagne de 1800 en créa deux autres, car, bientôt après, 1 1 Westpbalie fut élevée au même rang que la Saxe.
11 nous reste à parler du décret de Berlin, et du svstème continental dont ce décret fut l'introduction. La défaite de la Prusse venant après la défaite de r Autriche, et après la formation de la confédération du Rliin, avait changé en une véritable dictature la prépondérance de la France impériale ; Napoléon jugea que le moment était venu de se venger de la dominatrice des mers , et de lui parler en maître du continent.
tiCSl novembre, il rendit, à Berlin, on décret ^ui dédvait les lies Britan-
[CE. ■!!»»■ Ofttm^) m
niques en état de blocus; interdisait tout commerce , toute conrctpondanoo
avpc les Anglais; ordonnait de faire prisonnier de guerre tout individu sujet de l'Angleterre, qui serait trouvé dans les pays occupés far nos troupes ou par celles de nos alliés; défendait de recevoir dans aucun port les bâtiments venant directement de l'Angleterre ou des colonies anglaises, etc. C était une mesure de représailles contre le cabinet de Saint-James, qui , pendant la tourmente révolutionnaire, avait essayé d'alïamer la Francs, et qui , après la victoire do Trafaigar, avait ose de nouveau, par son décret du 21 octobre 1806, déclarer la France entière en état de blocus.
Aussi , dans les considérants qui précèdent le décret de Berlin , l'empereur fonda sa conduite sur ce que l'Angleterre n'admet pas le droit des gens suivi universellement par tous les peuplée policés...; qu'elle déclare bloquées des places devant lesquelles elle n a pas un seul bâtiment de guerre ; qu'elle aéciare même en état de blocus des lieux que toutes ses forces réunies seraient incapables de bloquer, des côtes entières et tout un empure; que cet abus monstrueux du aroit des gens n*a d*autre but que d'empêcher les communicatiODt entre les peuples, et d'élever le commerce et l'industrie de l'Angleterre sur la ruine de l'industrie et du commerce du continent... ; qu'il est de droit naturel d'opposer à l'ennemi les armes dont il se sert , et de le combattre de la même manière qu'il combat, lorsqu'il méconnaît toutes les idées de justice et tous les sentiments lil etaux, résultat de la civilisation parmi les hommes, etc.
Tel fut le commencement du blocus continental , qui retournait contre l'Angleterre son propre triomphe , et qui la mettait au han du continent, comme elle avait mis la France au ban des mer$. Mais il avait cet inconvénient qu'il bouleversait tout à coup les intérêts commerciaux <run grand nombre 4e peuples auxquels la France , faute de marine , ne pouvait fournir les denrées coloniales qu'elle leur défendait de recevoir de la main des Anglais. Destiné à favoriser le développement de l'industrie européenne dans l'avenir, le blocus continental mettait, pour le moment t
176 UFIM (Pranoiifa) L*UNtVEItS. KttMBE (Pnoçits)
une fouie d'intérêts en souffrance , et flondamnait les habitants d'une grande
partie du continent à des privations dont ils voyaient d'autant moins la nécessité, que la lutte avait lieu entre deux puisaanees ambitieuses, qui , l*une et l'autre, ne tenaient aucun compte des droits des autres nations.
Voilà quelles avaient été les censéoueneaa de la politique envahissante de rcmpereur et de la rapacité sordide de l'Angleterre. L'Europe se trouvait alors à peu près dans la même situation (pie la Grèce à l'époque de la guerre du Péloponèse : il ne s'agissait plus que de savoir qui l'emporterait de Sparte ou d'Athènes. Dans celte guerre de rivalité, dont le champ, loin d'être circonscrit dans on petit coin de terre, embrassait le monde entier, le czar, prince à moitié asiatique, srnibl iit avoir pris à tàcUe de représenter le grand rni des Perses, toujours prêt à exploiter les divisions des Atliéniens et des Spartiates, mais inclinant vers ces derniers, parce qu'ils étaient ennemis du progrès et de Tégalité. La seule différence, c'est qu'au lieu de régner sur les mers , comme Athènes, la France rcî^nait sur le continent, et que les (>riii{'ipales forces de l'Angleterre étaient sur les flots au lieu d'être sur ta terre ferme comme celles de Sparte; du reste, mêmes analogies dans les deux ramps, et, du coté de la France, un Periciès, mais un Périclès couronné, et déjà aussi près d'Alexandre que de Pisistrate.
Malheureusement, en suivant les Anglais sur le terrain des intérêts matériels, la France perdait la plus grande partie de ses avantages. C'était une belle et grande idée de vouloir former une coalition maritinie contre l'Angleterre, principal agent de toutes les coalitions continentales contre la France; mais il aurait fallu employer d'autres moyens que ceux du blocus continental , qui avait cela de choauant, que, sans faire une attaque directe contre PAngleterre, la France violait la liberté des neîitres , entravait les relations commerciales de tout Tunivers, et paraissait condamnée à les entraver pour longtemps , car l'Angleterre ne manquait ni d'énergie ni de ressources pour >e défendre. Chose bizarre! le décret de Ber-
lin allait changer les rôles en faveur de nos ennemis : au nom de la liberté des
mers, Napoléon interdisait la liberté du commerce; tandis que, pour garder la tyrannie maritime et pour recouvrer son monopole commercial , le cabinet de Saint- James ne .se faisait pas faute de mettre en avant le principe de la liberté du commerce.
Go mauvais e5té du blœus eontinen« tal n*avait pas , sans doute, échappé a la perspicacité de l'empereur; si lui-tnême ne s'en fût pas aperçu d'abord, les violentes critiques de ses ennemis, les plaintes de ses alliés, le mécontentement de la France, la résistance d'un de SCS frères et les avertissements de plusieurs conseillers, lui eussent sans doute dessillé les yeux; mais il avait de graves motifs pour se refuser à reconnaître ces imperfections, i-t voilà pourquoi toutes les prières et toutes les menaces ne purent rien changer à sa détermination. Quels étaient ces graves motifs.' Les voici : c'est que le blocus continental n'était pas seuiemiNit dirigé contre l'Angleterre, mais qu'il avait encore pour but d'atteindre l'Europe (voyez Hlociis continental). C'était une arme à deux Irancliants (jue l'empereur tenait sans cesse levée sur la téte des An^lais, mais avec laquelle il frappait surtout ses ennemis du continent; trop heureux ses alliés, ses amis et ses frères , auand il ne la tournait pas contre eux-m«nes.
Le blocus continental, en effet, lui servait de prétexte [)Our intervenir d'uis les affaires de tous les peuples de I Europe et pour les habituer a suivre ses ordres. Recevoir des marchandises anglaises, c'était manquer au respect qui lui était dd, et dès qu'un peuple se rendait coupable de ce crime, il l'en punissait en conlisqunnt son territoire. 1^ blocus continental affaiblissait l'Angleterre, cela std'Iisait pour le moment; avant de porter le dernier coup aux iles Britanniques , Napoléon voulait d'abord en finir avec le continent, certain qu'une fois maître de riùirope, il aurait facilement raison de ses voisins d'outre- Manche. Dorénavant, et pendant près de six années, nous allons voir le blocus continental servir de base à toutes les négociations et à toutes les guerres de
BMPIEB (FrançaU) ir iiAr^CË. SMPiEB (Fnui^) 377
PEmpira. An nom de la liberté maritime, et en affranchissant l'industrie européenne des entraves qui menaçaient de la replonger dans l'enfance « remppreur va jeter un voile sur sa propre ambition, et se mf'na.ier les moyens de conduire pnr degrés , de transition en transition, tous les peuples du continent à une obéissance définitive. En ayant Pair de combattre pour l'équilibre, il ne marchera que plus sûrement à la dictature , et mettra , pour ainsi dire, la conquête en permanence^, toujours prêt, suivant ropporlunitc drs circonstances, à abaisser la main sur telle ou telle pièce de Téchiquier européen.
A ce point de vue, le blocus continental est peut-être In plus grande combinaison qu'ait enfantée le génie de Tempereur; ce fut, pour ainsi dire, lé dernier mot de son système personnel; et ce n'est pas ?ans motif que le premier non) fut bientôt changé en celui de système eontlnentai. Quoique le blocus ait été la conséquence de la destru> tion de la marine française, et, de la sorte, l'œuvre des circonstances plutôt qu'une eréation orîdnale , cejiendant la manière dont Napoléon sut en tirer parti, l'esprit d'à-propos avec lequel il en (it le
f)rincipal ressort de son plan d'attaque, a profondeur avec laquelle il le coordonna et le mit à exécution, suffisaient presque pour l'élever à la hauteur d'une conception nouvelle. La violence déployée par la Grande-Bretagne pour anéantir la liberté maritime et usurper l'empire des mers; la supérin itr de ses manufactures, qui lui valait dis bénéiices immodérés, et l'investissait du monopole du commerce; les manœuvres
honteuses du rnblnot de Saint-James pour entretenir et exploiter les divisions de Thlurope, étaient autant de griefs qui créaient un intérêt commun pour tous les peuples, et qui leur inspiraient de ranimosiié contre la nation anglaise, rïapoléon entrevit la possibilité de leur faire comprendre qu'ayant un mime intérêt, ils devaient aussi n*avoir qirun seul but, celui de se coaliser contre les envahissements de l'Angleterre. A cette coalition, îl fallait naturellement un chef; et quel autre pouvait mieux en remplir les fonctions que le liéros contre
lequel le gouvernement anglais n*avait
cessé de déverser les injures et de diriger ses coups? Une fois investi de cette suprématie , qui en apparence ne devait être que passagère, Napoléon comptait bien avoir le temps et trouver les moyens de la changer en une suprématie permanente. Il était difficile de rien imaginer de plus favorable au développement de la puissance de TVapoléon. Son grand art, depuis son retour d Kgypte, a toujours été de motiver ses a|(randissements sur la nécessité de résister aux Anglais. Avant le décret de Berlin , il avait, pour cette raison , réuni le Piémont et Gènes à la France, imposé deux de ses frères pour rois aux >'apoiitains et aux Hollandais, etc.
Après ce décret, il ne lit plus un seul pas en avant qui n'eût la même nécessité pour excuse.
Mais autant le système continental était bien combiné dans l'intérêt personnel de l'empereur, autant il était imparfait sous d'autres rapports, autant il était ( ontraire au droit commun et à l'indépendancf de tous les peuples de I Kurope; en sorte que la supériorité même de cette puissante machine de guerre est une des plus fortes critiques qui |)uisse être faite de la politique de l'empereur. Il eu était venu, par trop d'ambition, à cette dure extrémité, que ' plus ses plans étaient profonds, plus ils étaient attentatoires à la dignité de la France et de l'Europe. Il est évident qu'il en fut ain.si, c<'ir, mal|;ré les nombreuses victoires qui devaient se succéder pendant six années encore, on peut dire que la décadence de l'Empire deviul certaine des la (in de l'année 1806, c*est^dlre, dès que, par suite de la mise a exécution du blocus continental, le système de Napoléon fut complet dans sou ensemble et dans ses détails.
Année 1807. La défaite des Russes consommée par la victoire de Friediand; le traite de Tilsitt qui créa le royaume de Westphalie pour Jérôme Bonaparte, et qui donna le grand-duché de Varsovie au roi de Save; la suppression du tribunat, l'organisation de la noblesse, la conquête de la Finlande par les Russes, l'occupation de Rome et l'invasion du Portugal par les Français, tels furent les
278 EMPIRK (Francai*;
L'LMVERS. EMPIRE (Françait)
principnux événements de cette année.
T.es Hiissps étaient enfin arrivés au secours des Prussiens, et leur présence avait décidé le roi de Prusse à refbser l'armistice de Charlottembourg; mais Iwcntôt il eut lieu de s'en repentir.
Malgré les rigueurs de l'hiver, Napoléon attaqua les Russes, qui ne turent pas plus heureux à Eylau et à Friediand qu'ils ne l'avaient été à Zurich et à Austerlitz. La bataille de Friediand surtout fiit décisive (14 juin 1807) ; les Prussiens et les -Russes y reçurent le coup de grâce; aussi ^apoléo^ In rangeait-il au nombre de ses |ilus grandes victoires, et sur la même ligne ^ue Manngo, Austerliti et léna, Friediand brisa la quatrième coalition avec autant d'éclat qu'Austerlitz avait rompu la troisième, et Alexandre se décida à demander la paix.
Le Sljuin, deux jours après son entrée à Tilsitt, Napoléon accorda une suspension d'armes aux Russes, et peu de jours aprte aux Prussiens. Le 36, eut lieu, sur un radeau construit au milieu du Niémen, la première entrevuedes deux empereurs. « Je hais les Anglais, » dit Alexandre en embrassant Napoléon, « autant que vous les baisses ;Jeserai vo- « tre second dans tout ce que vous ferez «• contre eux.» — En ce cas, « repondit Napoléon, d la paix est faite.» Comme on le pense bien, elle se fit aux dépens du roi de Prusse, à qui Napoléon ne consentit à pardonner que par é}j;ard (uiur l'empereur Alexandre. La nionarclne fNTOssienne fat diminuée de moitié; elle perdit ses provinces situées entre le Rhin et l'Elbe et ses provinces polonaises. Les premières formèrent, avec la Hesse, le Brunswick et une partie du Hanovre, un nouveau royaume, celui de Westpholie, qui fut donné à lérome l]onaparte. Les provinces polonaises formèrent le grand-duché de Varsovie, qui fut donné au roi de Saxe. Danzig lut déclarée ville libre. Les duchés d'Oldenbourj; et de Meklembourg, occupes par uos troupes ^udant la dernière guerre^ furent restitués à leurs possesseurs, nvec cette restriction motivée par le système continental, que les ports auraient garnison fran^^aise jusqu'à la paix générale.
La paix lot à Tilsitt, le 7 juiN
let , avec la Rusiie» et , le i> iuillit, me
la Prusse.
La Russie reconnut le duché de Varsovieetle royaume de "Westphalie; elle • reconnut Joseph Pionapnrtc pour roi de Tsaples, Louis pour roi de Hollande, et Jérôme pour roi de Westuhalie; elle reconnut la confédération du Rhin, non»
seulement dans son état actuel, mais encore dans ses njîrandissements futurs , sur le simple avis qui eu serait donoé. En revanche, une partie de la nouvelle Prusse orientale et le gouvernement de Byalistock furent cédés à la Ru5;sie ; les provinces à rendre a la Prusse furent désignées; Danzig fut de nouveau déclareÎB ville libre. La France et la Russie se garantirent réciproquement leurs propres États, et ceux de leurs alliés compris dans le traité. En même teiiips, la Russie accepta la médiation de Napoléon pour le rèiilement de ses difficultés avec la sublime Porte, et elle signa avec les Turcs un armistice en vertu duquel la Moldavie et la Vatacbie durent être évacuées par ces derniers et par les troupes russes. De son côté, Napoléon accepta Ja médiation d'Alexandre pour fa conclusion de la paix avec l'Angleterre, à condition que rAih leterre donnerait son consentement ans le délai d'un mois après l'échange des ratifications du traite actuel.
Quant à la Prusse, elle abandonna, pour qu'il en fût disposé par Tempereur des Français, toutes ses possessions entre 1 Elbe et le Rhin, sans exception (incorporées dans le rovaume de Westphalie) ; elle abandonna le cercle de Coblents et toutes ses acquisitions en Pologne depuis 1772, qui furent cédées à la Saixe, sous le nom de duché de Varsovie; elle abandonna la ville de Danzig et son territoire; elle reconnut le royaume de Westplialie, le rovaume deNaples, le royaume de Hollande et le royaume de Saxe; enfin elle entra dans le système coiitinfntal , et prit l'en-^agenient de fermer iusqu'à la paix tous ses ports et toutes les autres parties de son territoire aux vaisseaux et au commerce anglais. Il fut convenu qu'une convention ultérieure réglerait tout ce qui était relatif à la restitution des places fortes et à l'évaciiatioii des provlnoea restituée» à la Prusse.
Smit (Françau) FRANGE. ^Blimt (Prançai's) 379
Telle fut , dans ses stipulations officielles, la paix de Tilsitt qui, dictée par la même pensée que la paix de Prèsbourg, complétnît tout ce que nette der- * nière avait si bien commencé. L'affaiblissement de la Prusse , réduite , encore plus mie PAutriche , au rôle d'une puissance de second ordre ; la création au royaume de Westphalie, gouverné par uii frère de Napoléon ; la formation du royaume de Saxe accru du duché de Varsovie; raccession de ces deux nouveaux royaumes à la confédération du Rhin , plaçaient év idemment l'Allemagne dans la dépendance de Napoléon,
3ui, depuis Marengo, s'efforçait d'étenre sur elle la même domination que sur ritalie. Sous ce rapport , il devait se réjouir, son but était presque entièrement atteint.
Mais, à Tilsitt comme à Presbourg, Tempereur avait beaucoup plus fait pour BOn ambition perionnelle que pour Tin* térét général de PEurope ; et , loin que la révolution eût gagné quelque chose à ses nouveaux triomphes, elle avait été ouvertement abandonnée per lui , dèi ^*il B*était senti assez fort pour pactiser avec les rois. Sa conduite envers la Pologne surtout avait aflligé tous les ccenrs vraiment français. Après la bataille de Friediand , l'Europe entière s'attendait à voir enfin réparer l'iniquité du partage de la Pologne ; l'honneur, la générosité, son propre intérêt, tout oonaeîllait à la France de s'acquitter envers cette noble nation qui avait payé pôur nous . pendant la tourmente révolutionnaire , et dont les fils combattaient dans nos rangs. Comment croire que Napoléon ratiCerait les trois partages en se bornant à donner pour maître aux Polonais , le roi de Saxe au lieu du roi de Prusse? Comment croire surtout qu'au lieu d'obtenir de la Russie la restitution de quelques-unes des provinces polonaises , il lui fournirait un gage de sécurité en lui cédant une portion de la Pologne prussienne? C'est cependant ce que fit l'empereur. La portion cédée était exiguë ; elle n'était accordée que eous le prétexte d'arrondir les flrotttières ; mais les principes n'en étaient pas moins sacrifiés, et le partage de la Pologne se trouvait à moitié sanctionné.
On s'étonneiait de voir Napoléon
manquer ainsi à la fortune , à la révolution et même aux traditions de la politique française , si l'on ne se rappelait pas que, lom de vouloir créer des nations nouvelles, il cherchait à fondre les nations anciennes dans une immense agglomération. Avec de pareilles dispositions , il pouvait bien tolérer provisoirement une demi - nationalité , comme dans les royaumes d'Italie et d'Allemagne fondés par lui ; mais nulle part , dans In duché de Varsovie pas ijlus qu'en Saxe , en Westphalie ou ailleurs , il ne voulait une nationalité véritable. Une Pologne forte et Indépendante aurait nu devenir un obstacle à ses propres desseins; il préférait un duché de Pologne, indirectement placé sous sa dépendance, puisqu'il obéissait à un membre de la confédération germanique, assez fort pour résister à une surprise , trop faible pour se passer du protecteur, et pouvant servir d'avant* garde, soit contre la Russie , soit contre la Prusse, soit contre l'Autriche.
On a dit que l'empereur désirait sincèrement le rétablissement de la Pologne, mais qu'il avait été retenu par la crainte de réunir contre lui-même la Russie, 1 Autriche et la Prusse , toutes trois pîarties intéressées dans la question. Cette crainte dut en effet lui enchaîner le bras ; mais il est certain aussi que s'il voulait accroître le duché de Varsovie, il n'entendait en aucune manière changer sa condition de puissance vassale de la France. D'ailleurs à qui la faute si , après tant de victoires , il ne se croyait pas assez fort pour ressusciter la nationalité polonaise? Évidemment à lui -même, à sa politique contre - révolutionnaire qui taisait si médiocrement profiter nos triomphes a la cause des peuples. Aurait-tl autant redouté l'Antriche et la Prusse , si , après Austerlitz, rl avait donné une représentation nationale aux Autricliiens; si, après léna, il avait donné une constitution aux Prussiens ? Que lui aurait fait la mauvaise volonté des deux cabinets de Vienne et de Berlin , s'il avait eu pour lui le suflfrage de leurs peuples ? Or, ce suffrage ne lui aurait
f>as manqué pour le rétablissement de a Pologne, car, en Allemagne, il n'y a que les complices du partage qui aient
SMPIRS (Fnn^M) ]^*UNIVKRS. BHPIBB (Francis)
l'impudeur de le défendre, et des événements récents ont prouvé que la nation allemande tout entière désapprouve de pareilles violations du droit des gens.
Aussi bien que les Français et que les Italiens, les Allemandsauraient soutenu l'empereur s'il avait vengé la Pologne, et le rétablissement de ces anciens auxiliaires de la liberté et de la civilisation aurait été à la fois une leçon et une menace pour la Russie que cette barrière aurait einpcchee de déborder sur l'Europe. Du même coup , JVapoléon aurait intimidé et eontenu rAutriche, la Prusse et la Russie; tandis que , en préférant l'alliance des roîs à celle des peuples, il se créait à lui-même des obstacles presque insurmontables. Ainsi, il trouvait sa punition dans son propre système; il est vrai qu'intérieurefiient il croyait se sentir assez de génie pour triompher de toutes ces résistances , et
C>ur dompter les rois aussi bien que s peuples; mais il oubliait que si la Providence accorde du génie aux grands hommes, c'est pour le mettre au servioe de ceux à qui ils commandent , et non pour l'employer dans l'intérêt de leur propre ambition.
Et combien de fois son ambition ne Ta-t-elle pas aveuglé Jusqu'au point de manquer a l'avenir ! On ronroit jusqu'à certam point que le traite de l^resbourg n'ait pas stipulé de constitution en faveur des Autrichiens, qui n'étaient pas mûrs pour la liberté. D'ailleurs, après Austerlitz, ISapoléon avait peut-être encore de grands ménagements à garder envers la Russie et envers la Prusse.
Mais après léna, mais après Friediand, qu'avait il à craindre de In Prusse qui,
Eour ainsi dire, n existait plus, et de I Russie, dont le czar venait mendier la paix? Et puis, il s'en fallait de beaucoup qu'une constitution fiil un fruit précoce pour la nation prussienne. Autant les Autrichiens sont dociles , ignorants, et disposés à se contenter de satisfactions matérielles , autant les Prussiens , maigre quelques défauts regrettables, sont fiers, éclairés , et portés à
8 référer l'indépendance morale au bien* tre, la liberté politique à la richesse ; la Prusse est évidemment destinée à prendre rang parmi les nations constitutionnelles et à faire» pour la politique
.de l'Allemagne , ce que les Saxons ont fait pour ses doctrines religieuses. Cda
est SI vrai qu'alors, et même déjà auparavant , le gouvernement prussien avait été forcé de faire des concussions oui rendaient le régime de la Prusse treSlibéral ; depuis , on a vu les Prussiens manifester, dans une foule de circonstances, leur vif désir de développer le commencement de s^'stème repr^ntatif (|u'ils |)ossèdent, êt particulièrement en 1814, arrachera leur gouvernement une promesse de constitution, promesse violée depuis, mais qu'il faudra bien exécuter tôt ou tard. Et c*est sur un pareil peuple que Pejupereur se vencea si durement des fautes que le roi, la reine et la noblesse de Prusse avaient commises, malgré le vœu de la masse et de la bouri!;eoisie , qui avaient placé leur espoir dans In France! Sous ce rapport, la conduite de Napoléon envers la Prusse fut aussi dénuée de véritable profondeur que sa conduite envers la Pologne, et la postérité lui reprochera, avec une égale sévérité , de n avoir pas donné une constitution à la Prusse, sur le champ de bataille (fléna , ( t de n'avoir pas rétabli la Pologne , sur le champ de bataille de Friediand ; deux bienfaits qui auraient renouvelé la face de l'Europe, et qui auraient rendu impossibles , sinon le désastre de 1812, du moins ceux de 18ia, de 1814 et de
Voilà les reproches que l'on peut adresser au traité de Tdsitt; mais les conventions secrètes de ce traité méritent un blâmt* beaucoup plus sévère, et elles prouvent qu'on ne se trompe pas lorsqu'on accuse l'empereur d'avoir saci ilié la grandeur morale à la grandeur matérielle. Maître de l'Italie et de l'Allemagne, il tourna sa pensée dévorante vers le Portugal et vers l'Espagne; il s'entendit à ce sujet avec Alexandre , dont il acheta la complaisance en lui permettant de faire la conquête de la Finlande , de la Valarhie et ae la Moldavie. Peut-étie même les deux empereurs allèrent-ils plus loin, et essayèrent-ils de Jeter les bases d'un plan de partage qui embrassait la plus grande [)artie de l'ancien monde. « Au « lieu de vous épuiser dans des guer- « res inutiles contre moi , • dut dire
SMPIHB (FnineaU) FR
Napoléon à l'autocrate du Nord , « de- « venez mon èmf ; vous vous étendrez
« vers rOrient aussi loin quR possi- « ble , pourvu que vous nriibaiulon- « niez tout TOccident ; notre union «portera un coup mortel à TAngle»
«terre, et nous partagerons ses dé- « poullles. ■ Après la leçon d'Austerlitz et de Friediand , il aurait fallu que le czar fût bien intraitable pour ne pas accueillir de pareilles propositions; on le vit du moins prendre hautement le titre d'admirateur et d ami du grand homme.
Hais, comme tous les sentiments qui ne reposent que sur fintérét , Tamitié des deux empereurs n'exciuait ni les arrière- pensées ni la défiance; elle était diplomatique plutôt que sincère, et, par conséquent, peu solide. Chacun voulait faire un bon marche : << Quand a la Russie m'aura aidé à ruiner TAn- « gleterre, » se disait sans doute Napoléon, car le propre de Tambition est d't'trc iiis;itial)le, « quand j'.'imai tout « rOcfîdt nt, il me sera facilt- de forcer « rUrn nt à reconnaître nia supério- «rité; entre les peuples barbares et a les n;itioi.s civilisées, l'issue d'une « lutte ne iianrait être douteuse. » De son côte, Alexandre, plus renommé pour son iliuminisme que pour sa bonne foi, devait se dire : « Proîiton» d'abord « des bonnes dispositions du vainqueur a pour prendre ia ir uiiande, plus fa- « ciie à conquérir et à garder que TEs- « p.i^ue; acceptons tout ce qu'il nous « cède, tant qu'il sera le plus fort; « s'il arrive , comme c'est probable , « que son ambition excessive soulève « contre lui l'Europe, au premier re- « vers de ses armes , nous passea rons du côté des plus nombreux, «et, sans avoir son génie, nous « hériterons .de sa prépondérance. »
D'ailleurs , sans chercher à pénétrer aussi avant dans les replis du cœur des deux amis, une f^rave difficulté 8*élevait entre eux : c'était de fixer la ligue de partafz;e entre les deux empires. Où conmiencerait rOccident pour ia Russie? où finirait TOrient pour Napoléon?
questions .graves (jul touchaient en même temps à la Pologne, à I;) Suède et à la Turquie. De plus fortes amitiés que celles des rois auraient couru le risque de se briser contre un pareil écueil.
lNGE. EMPIRE (rnnçaU) Ml
D'aurès le document publié sous le nom «le Tr€dté secret de Tilsiti, par
TM. Lewis Goldsmith, dans son Histoire secrète du cabinet de Saint-Cloud, les copartageants auraient déterminé les lots de la manière suivante. « A la Russie : In Turquie d'Europe et la faculté d'étendre ses conquêtes en As'e aussi loin qu'elle le Jtigerait convenable. A la France : TÉgypte, Malte, et les villes du littoral de l'Afrique, telles que Tunis, Alger, Bone, Oran. « Il aurait été convenu , en outre, que ?iapoléun pourrait placer un' prince de sa famille sur le trône d'Espagne et de Portugal, dé* pouiller le p ipe de son autorité temporelle , et reunir ses États au rovaume d'Italie; que la Russie fournirait à la France le concours de sa marine pour s'emparer de Oi!)rnltrir; que les Anfîlais seraient exclus dt la Med terranee, dont la navigation ne serait libre que pour les Russes, les Français, les Autrichiens, les Kspa£;nols et les Italiens ; que la France et la Russie s'entendraient pour les arrangements d'un traité maritime qui exigerait Tentretien (l'un certain nombre de vaisseaux de fiuerre par les Ét.its (jui voudraient jouir des avantages d'une marine marchande.
Quoique M. Goldsmith assigne à ce prétendu traité secret la date du 1 1 juillet 1807, et qu'il donne M. de Talleyrand et le prince Kurakin pour signataires, il est fort difficile de le regarder comme authentique. D'abord, de pareilles conventions ne sauraient se faire par écrit sans une grave imprudence; ensuite le document en question ne dit pas un mot de la Finlande, que la Russie cependant ne tarda uas a conc[uérir, avec le consentement oe Napoléon. Ce ni prouve qu'il ne fut alors rien écrit e bien positif, c'est qu'un an plus tard, JNapoieon sentit le besoin d'avoir une conférence avec Alexandre pour prévenir les malentendus, et une cette conférence eut lieu à Erfurlli. Si donc, la pièce publiée par M. Goldsmith n'est pas supposée, il est probable que ce n'est qu*un pi'ojet de traité secret , et tout
f)orte à croire que. ce projet émanait de a chancellerie russe plutôt que de la chancellerie française. Son principal mérite, c*est de montrer sur quel terrain
383 nVlRE (Français) L*UNIVER& BHMRB (Ftançais)
le vainqueur de Friedland avait accepté la discussion.
Mais toujours est-il certain que, dès
lors, furent pris de pnrt et d*autre drs engagements secrets, et que les deux empereurs se sacrifièrent mutuellement leora dliés. Il fiit eomnu, d*une part, que « si l'Angleterre n'avait pas consenti, au I"" novembre , à conclure la
Saix, en reconnaissant que les pavillons e toutes les puissanœs doivent jouir d*une égale et parfaite indépendance sur les mers , et en restituant les con-
3uêtes faites sur ta France et ses alliés epuis 1805 , la Rdisle feraU cause commune contre eUe avec la France, et entraînerait les cours de T.isboime , de Stockholm et de Copenhague. »
D*autre part, on conviât que si la Porte ottomane n'acceptait pas la médiation de la France , ou si les négociations ne conduisaient pas à un résultat satisfaisant, la France ferait cause commune avec la Russie contre la Porte, et que les deux hautes puissances contractantes s'entendraient pour soustraire toutes les provinces de l'empire ottoman en Europe , la ville de Comtantinople ei la Homélie exceptées , au joug et aux vexations des Turcs. » Enfin, Alexandre donna carte blanclie a JNapoléon pour rÊspagne, le Portugal et les États du pape, à condition que l'empereur des Fiançais lui donnf^'rait carte blanche
{>our 'la Finlande, la ftJoldavie et la V aacliie,et renoncerait à rétablir la Po* logne. Ainsi donc, voilà l'ancien chef de la révolution pactisant avec l'autocrate de toutes les Kussies-, le voilà sacnliant, dans one arrière-pensée d'ambition, la Pologne , la Suéde et la Turquie , les trois alliées naturelles de la France; le voilà transformé en despote de l'Occident , et permettant momentanément à son ami as rester le despote de l'Orient. Après une pareille apostasie, avonsnous eu tort de dire que , chez Tempepereur, l'homme politique dégénérait à mesure que le conquérant grandissait ?
Il avait raison de vouloir renverser la tyrannie maritime des Anglais; mais n'était-ce que dans ce faut qu'il se dis* posait à envahir l'Espagne? et, dans tous les cas, pour obtenir l'alliance de la Russie , avait-il le droit de trahir la Turquie, la Suède, et fortoitt la Pologne?*
Comme les victoires précédentes, léna et Friedland furent suivies de mesures réactionnaires à Flntériemr ; cela était logique : en effet, plus un empire est f^rand, plus il est nécessaire de serrer les liens de sou unité. Le 18 septembre, le Trîbunat fiit supprimé, « comme n'offrant plus , dans 1 édifice public, qu'une pièce inutile, déplacée et discordante. » On le remplaça , pour la discussion des lois , par trois commissions du Corps législatif, délibérant séarément, et ayant chacune sept inemres. Cependant le Tribunal exerça ses fonctions encore pendant trois mois, le sénatus-consalte qui le supprimait ne devant être mis à exécution qu'au commencement de Tannée suivante. Le principe de l'égalité reçut un nouveau coup nar l'intrusion des nu^orats dans le Coae civil ; ainsi l'empereur prouva que ce qu'il respectait le plus dans ce monument élevé par lui-méme à sa gloire, n'était pas ce que la France admirait davantage et ce qu'avaient si bien défendu nos assemblées révolutionnaires, par qui de si larges bases avaient été préparées j)Our notre droit civil. Les autres résultats les plus importants de la session législative de 1807 furent l'adoption du Code de commerce et la création de la cour des compte^.
Au dehors, de graves événements ne tardèrent pas à avoir lieu. Exclue d'une grande partie du continent par suite de l'alliance de la Russie avec la France, et de l'acression dr la Pruî^se au blocus continental , l'Angleterre ne se regarda pas comme vaincue pour cela, et, malgré la coalition maritime dont elle était menacée , elle refusa de consentir à la paix. Elle avait en réserve une de ces armes qui sont propres à son gouvernement. Le 8 août, au moment où on s'y attendait le moins, la flotte anglaise apparut devant Copenhague, et somma le prince régent de faire alliance avec l'Angleterre et de loi livrer ses vaisseaux; ■ attendu que le Danemark ne pouvant conserver sa neutralité, la Grande- Bretagne avait intérêt à ce que les forces des neutres ne fussent pas employées contre elle. » Le gouvernement danois ayant repoussé ces hontetises propositions, les Anglais investirent Copenhague par mer et par terre, et la faom-
KMPIRE (Français)
FRANCE. EHPIEB (Francis) 388
bnrdèrent pendant six jours. Le 7 septembre, après une résistance héroïque, les Danois capitulèrent. Alors les Anfflais s'emparèrent de 18 vaisseaux, IS frégates, 6 bricks, 25 chaloupes c.monnières, en tout 2,000 canons; ils détruisirent les chantiers et les arsenaux ; ils emportèrentjusqu'auxbois, aux fers, aux cordages. Cet acte infâme de piraterie, que l'Angleterre regardait comme une réponse au traité de ïilsitt, fut suivi d'un traité d'aDiance entre le Da» nemark et Napoléon , mais la marine danoise n*eo resta pas moins aux Anglais.
Après le bombardement de Copenhague, Alexandre somma la Suède d'entrer dans le système continental. Sur son refus, il envoya 50,000 houmies dans la Finlande. Le Portugal fut aussi bientôt victime de son refUs d'adhérer au système conlinental ; mais ce qui prouve que, dans les mains de Napoléon comme dans celles d'Alexandre, ce système n*était pas seulement une arme contre les Anglais, c'est que, malgré l'engagement pris par la cour de Lisbonne de fermer ses ports aux Anglais, Junot entra, le 30 novembre, dans Lisbonne. Dès le 27 octobre, le traité de Fontainebleau , passé entre l'empereur et le roi d'Espagne, avait fixé le partage du Portugal. Il fut convenu qu*on ferait trois lots : le nord devait être céd»^ au •■ni à\Étruriey qui , en retour, céderait la Toscane à la France ; le midi devait être érigé en souveraineté pour Godoî; le centre devait rester sous le séquestre. Une poignée de conscrits furent suffisants pour conquérir le Portugal et pour fiiire lïiir la famille de Bra^auce , qui tnit cl la voile pour le Brésil la veille de l'entrée des Français à Lisbonne.
Dès le 16 novembre, sans doute pour mieux cacher ses desseins sur l'Espagne,
qui' venait de se compromettre avec tant d'imprudence , Napoléon partit pour l'Italie, où, d'ailleurs, sa présence n'était pas inutile pour contenir l'Autriche , mécontente de la cession de la Toscane, et pour obtenir l'accession du cabinet de Vienne au système continental. Il alla visiter Milan et Venise ; partotit il fut reçu avec de grands honneurs. Le 10 décembre, la reine d'É-
trurie renonça au royaume, au nom de son fils mineur ; et les Français prirent possession de la Toscane. Le 20, l'adoption du prince Eugène par Napoléon fut proclamée dans rassemblée des collèges électoraux du royaume d*Ital!e.
Eugène-Napoléon reçut le titre de prince de Venise. Trois jours auparavant, le 17 décembre , Tempereur avait lancé son décret de Milan, nui augmentait encore les rigueurs du blocus continental ordonné par le décret de Berlin. Le décret de Milan , 17 décembre 1807, déclarait dénationalisé tout vaisseau qui paverait un impôt à l'Angleterre. C'était une réponse à Tordre du conseil britanniue, en date du II novembre 1807, qui éclarait que tous les l àtinicnts, à quelque nation qu'ils appartinssent, si relient soumis à la visite des croisières anglaises , et qui leur faisait une loi de toucher dans un port d'Angleterre et d'y acquitter une taxe avant de pouvoir se rendre dans un port étranger.
TeHe fut Tannée 1807, qui vit la Prusse, la Russie, l'Autrirhe, toute l'Allemagne et toute l'Italie entrer dans le système continental. De son coté, l'Angleterre consolidait sa dictature maritime et faisait main-basse sur tous les pays qui lui paraissaient à sa convenance. Cependant elle n'avait pas été aussi heureuse dans son expédition contre Constantinople et dans sa descente en Égypte que contre les malheureux Danois. Méhémet-Ali, alors pacha du Caire et depuis vice-roi d*Égypte, dus* sa honteusement les troupes anglaises du pays iiui avait vu nos soldats accomplir tant de merveilles. La puissance de Napoléon sembhiit arrivée à son apogée; mais il marchait sur un terrain plissant, et quoique l'Angleterre et la Russie fussent momentanément brouillées, elles étalent prêtes, Tune et l'autre, à se réunir , dès qu'il se présenterait une occasion favoraljle. Il y avait cela de remarquable , surtout ^ que ^'apoléon et l'Angleterre cachaient leur ambition réciproque sous des dehors favorables à l'indéfiendance des natiotis. A entendre Napoléon, il ne taisait des conquêtes que pour affranchir les mers; à entendrel'An^eterre, elle ne s'emparait des possessions maritimes de tous les peuples, elle ne volait la flotte du
984 tHPnE (Français) UUMVERS* OTIBE (Français)
Danemark, elle n'instituait le droit de visite et n'imposait des taxes à tous les bâtiments neutres , que pour affranchir le continent. C'clnit à qui gni^nerait le plus de terrain, et personne ne voulait céder. Napoléon comptait sur sou génie; 1* Angleterre spéculait sur un de ces retours de la fortune qui viennent presque toujours renverser l'édifice des plus grands conquérants. On peut s'en confaincre par le passage suivant de la déclaration du roi d* Angleterre (18 décembre), en réponse ;in\ <^'riefs oxprimés par la déclaration de rempereur de Russie (31 oi;tobre) : « ....Les principes de la loi mariiime adoptés par l'Angleterre sont devenus d'une importance incalculable, à ime époque où la puissance maritime de la Grande-Bretagne est le seul boulevard existant contre les usurpations sans cesse renaissait' tes df la France^ et le seul refuse auquel d autres nations puissent avoir recours dans des temps plus heureux*.,^
Année 1808. Cette année voit commencer la fîuerre d'Espniine, qni, avec des alternatives de succès et de revers, devait durer jusqu'à la tin de rEmpire, et ouvrir aux Anglais le chemin de la Fr,n)ce. Le cnnictère grave de Tinsurrection nécessite la j)résence de l'enipereur en Espagne; après une nouvelle entrevue avec Alexandre, entrevue devenue ('< lébrp sous le nom de conférence d" Erjurth , Tempereiir passe les Pyrénées et ran)ène momentanément la victoire sous nos drapeaux. Après la guerre d'Espagne, les démêlés de l'empereur avec le pape sont révénement Je plus important de Tannée 1808.
Un mot d*abord sur ces démêlés, qui , dans leurs causes et dans leurs résultats, ont souvent manqué de dijnité et d'élévation. D'un côté, le pape ne se montrait pas moins jaloux de son autorité temporelle que de son autorité spirituelle; tandis que Nnpolétui ne voyait dans le pontife romain qu'un instrument docile de ses projets, et ne voulait pas souffrir que, pour le gouvernement de ses États, il se conduisît en souverain indépendant ; h ses yeux , le
Sontil'e romain du dix-neuvienie siècle evait relever de l'empereur comme le
{)0ntife d'i luiitièine siècle. Quoique '^m^ereur fUt iatéressé a penser ainsi.
il faut convenir que la puissance politique des papes a toujours été un grand embarras pour la religion , et que olus elle s'est développée, plus elle leur a fait négliger les devoirs de leur véritable minfstère. Sous ce rapport , la position du pape vis-à-vis de Napoléon était d'autant plus malheureuse que l'exiguïté des États romains donnait aux prétentions de la cour de Rome quelque chose de ridicule. Il n*en aurait pas été de même si , au lieu de
f)ar!er en prince régnant à l'empereur, e pape lui avait parlé en prince des apôtres. Malheureusement, Fie VII avait oublié les sentiments démocratiques et vraiment chrétiens de Févêque d'Iinola ; en prenant po.ssession de la cliaire de Saint-Pierre, il avait passé du camp du pauvre dans celui du riche ; et sa conversion avait été si complète, qu'il était devenu un des plus ardents défenseurs du passé. J^'ivresse du pouvoir avait
Srodoit sur lui le même effet que sur lapoléon ; mais, dans ce retour en arrière, le pape avait été encore plus loin que i'enipereur, et il avait repoussé les concessions qfue ce dernier jugeait oonvenab'e de faire aux lumières du siècle. Dès lors. Pie ne se présentait plus, dans la lutte, comme le successeur de ces papes qui avaient commandé aux rois, parce qu*eux-mémes n'étaient que les serviteurs é( Inires des peuples; il accp|)tait le rôle d'un petit propriétaire dont les droits sont contestables, et que rhumîlité de ses moyens de défense déci<le à implorer le secours d'étrangers, hostiles à sa foi, conmie étaient les Anglais et les Russes pour rhéritier des Grégoire VII et des Sixte- Quint.
Dans de pareilles dispositions , l'accord établi entre le pape et le premier consul , par la conclusion du concordat, ne pouvait être de longue durée. La querelle éclata peu de temps après que le premier consul fut devenu empereur.
Pendant la campagne de 180.^, Napoléon , mécontent que le pape s'opposât à l'introduction du concordat en Italie, et ouvrît ses ports aux Anglais el aux Russes, avait fait occuper Ancône.
Pie VII s'étaiit plaint de cet attentat à son indépendance , Napoléon lui répondit : a Je me suis considéré comme le
Di^ilizoo by LiO
FRANCE
IMPIIB (l^uietit)
protecteur du saint-siége, et j*ai occupé Ancône à ce titre... Votre Sainteté est souveraine de Rome, mais j'en suis Vempereur. » — « souverain pontife, répomiit le pape, n'a jamais reconnu et ne reconnaît point de puissance supérieure la .sienne. Aucun empereur n'a le moindre droit sur Rome : l'empereur de Rome n'existe point. » Kt il persista dans sa neutralité, en disant " que le vicaire de Dieu devait conserver la paix avec tous , sans distinetion de catlioliques et u 'hérétiques. » L'empereur répondit par cet ultimatum:
«Une alliance offensive et défensive sera conclue entre le pape et les rois d'Italie et de IN ;i pies, contre les Anglais et les Tuf€s; le pape adhérera oomolétement au bloeus continental ; les forteresses romaines seront occupées par les troupes françaises dès qu'une armée aura menacé fie débaruuer en Italie j le pape reconnaîtra Josepli comme roi de >;iples; le tiers des cardinaux sera français; le concordat sera admis dans les provinces italiennes. » Le pape consentit à fermer ses ports aux Anglais, et demanda à nétiocier sur le reste; mais, nouvelle preuve que le système continental avait un double but, laccession du pape à ce système ne le sauva pas. Napoléon essnv.i de lui montrer que Vempereur de Rome existait ^ en faisant occuper Ruine par une petite armée, et en déclarant les trois provinces dUrbin, d'Ancône et de Camerino réunies au royaume d'Itdie. Il lit incorporer les troupes pontilicales dans Taniiée française , enlever de force les cardinaux , et tran.sporter dans leurs diocèses les évéques qui résist tient à sa volonté; le pape lui-mcnie fut surveillé , et il commença à se considérer comme prisonnier. Des lors, Topinion publique se prononça pour le pontife romain ; tant gu'il s'était borne a négocier pour des intérêts matériels et a réclamer la restitution de quelques petites provinces, l'Furope s'était médiocrement intéressée a son sort; elle s'émut en sa fa\eur, quand elle le vit opprimé; elle épousa la cause du faible qui ré* sistnit au fort, et elle admira sa résignation en même temps que sa résistance. Ainsi, non-seulement Napoléon se matérialisait tous les jours davan-
tage , mais il ne voulait pas même souffrir, à c^té de lui, l'apparence d*uil
pouvoir moral ; nous avons dit l'apparence, parce que Pie VII était loin de comprendre les devoirs de la papauté avec toute Télévatijon d'idées qui avait distingué les pontifes des firands siècles.
INapoléon ne se montra pas moins au-dessous de lui-même dans sa conduite envers le peuple espagnol que dans ses procédés à l'égard du pape.
Pour son malheur, deux principales occasions se présentèrent, qui mirent r Espagne à sa disposition : d*une part, l'imprudence de la cour de Madrid , qui, dans l'espoir d'avoir sa part du Portugal , avait ouvert le territoire espagnol à nos troupes; de fautre, les disputes de famille qui divisaient la maison régnante. Charles IV, prince aussi lâche qu'imbécile, avait abandonné tout le gouvernement à Tamant dé sa femme , Manuel Godoî ancien garde du corps, devenu premier ministre, généralissime, grand amiral et prince de la Paix. Ferdinand, fils aîné de Charles IV, et prince des Asturies, était aussi nul que son père; mais l'aversion de sa niere pour lui, et les persécutions du prince de la Paix, qui le tenait ei<tterement éloigné des affaires, lui avaient concilié l'ainour des Espagnols. tiifli|înés de l'état d'abaissement et de dépendance où les trahisons du favori avaient fait tomber PEspa^ne.
Allié à la famille roy;ile par son mariage avec une cousine germaine du roi, Godoî voulut resserrer encore ses liens de parenté en faisant épouser sa bellesœur à Ferdinand. Celui-ci repoussa cette proposition; et, le \\ octobre 1807, il écrivit à Napoléon une lettre 4S>nfldentielle pour implorer sa protection, et pour le supplia* de lui dioisir une épouse dans le sein de sa familie. La reme, on ne sait comment, eut connaissance de cette démarche. Aussitôt le prince royal fut arrêté, sous l'accusation d'avoir voulu attenter à la couronne et aux jours de son père ; dans sps papiers, on avait trouvé un projet de (msret où il prenait le titre de roi, et donnait au duc de l'infantado le gouvernement des Castilles. Le 29 octobre 1807, cédant aux conseils de la reine, Charles IV écrivit, à sou tour, à Napo>
léon, pour (m'il Taidât à révoquer la loi qui appelait Ferdinand au trône. L'empereur se trouva donc appelé à jouer le rôle d'arbitre entre le père et le fils. Méaumoins, après que Ferdinand eut annié le complot et.dénonoé aea complices, Charles IV 86 raviaa, et consentit a pardonner.
Pendant ce temps , Napoléon faisait Hier dea tronpea len TEspagne, août prétexte de soutenir le corps d'armée de Junot, envoyé contre le Portugal.
Le 21 novembre, environ trente mille hommes, eommandés par Dupont , franchirent les Pyrénées et prirent des cantonnements sur le Douro. Le 9 janvier 1808, une troisième armée, à peu près de mêm forae , commandée par Moncey , vint s'établir dans les provinces basques. Le 9 février, un quatrième corps d'armée, fort de dix mille hommes, aux ordres de Dubesme, entra dans laCata* logne; un cinquième, commandé par Bessières, se rassemblai Rayonne; enfin de nouvelles divisions se dirigèrent sur les Pyrénées, et on lit une levée de quatre-vingt mille hommes. Moitié par audace, nioiiié par ruse, nos troupes s'emparèrent de Figuières, de Barcelone, de Pampelune, de Saint-Sébastien, etc. En ayant l'air de ne poursuivre que les Anglais et les Portugais leurs alliés, et comme pour délivrer Gibraltar, elles se répandirent dans toutes les directions, et elles commandèrent de la Bidassoa au Tage. Voilà comment Na-
Êoléon s'apprêtait à jouer le rôle d'aritre.
Le 1*' mars, quand toutes ses mesures furent prises et que le moment d'entrer en campagne fut venu. Napoléon chargea un agent de la cour de Madrid, Isquierdo, d'aller loi signifier que Vintérêt éB bi PtWMe et l'étai actuel de r Europe exigeaient impérieusement la réunion à l'Empire des provinces situéM entre TÈbre et les Pyrénées, mais que l'empereur offrait en compensation à Sa Majesté Catholique la totalité du Portugal. Ainsi que l'observe M. Lavallée, «c'était détruire tout le traité de Fontainebleau (27 octobre), traité dont la principale clause avait été exécutée : en effet, la reine d'Étriirie avait été dépossédée de son royaume^ qui allait être léuni à TEmpira minçais ;
c'était faire de l'Espagne une province de la France, puisque les pavs de TÈbre sont le boulevard de la Péninsule par l'âpreté de leur sol, l'importance de leurs places, le caractère belliqueux de leurs habitants; c'était enfin se jouer indignement de tout ce qu'il y a de sacré entre les peuples. » A cette nouvelle, la cour de Madrid fut atterrée; elle comprit dans quel piège l'avait entraînée sa propre convoitise sur le Portugnl. Cependant le lâche Godoï lui montra les dangers de la résistance, et, d'après ses conseils, Charles IV répondit, le 10 mars, uu'il consentait à céder à la France Ta ligne de l'Èbre. Les troupes françaises l'occupaient déjà et l'avaient dépassée. Leur nombre augmentait sans cesse, et, trois jours après la réponse favorable de Charles IV, Murât arriva à Burgos pour prendre le commandement en chef de l'armée d'Espagne, avec le titre de lieutenant de l'empereur. Alors, par une dernière trahison, sans doute, Godoï proposa aux Bourbons d'Espagne d'imtter la maison de Bra-
§ance, et de se retirer dans leurs États 'Amérique. Cet avis fut adopté : on fit à Aranjuez tous les préparatifs de départ, et il fut convenu tju'on se mettrait en route dans la nuit du 17 au 18 mars. Mais les Espagnols étaient moins faciles à abattre que les Portugais : la nouvelle du projet de départ excita la plus grandefermentation, qu'eurent soin d'entretenir les parîisins de Ferdinand.
Le 18 mars, une révolte éclata dans Aranjuez ; les troupes et le peuple entourèrent le château; le ni fht contraint de révoquer ses ordres de départ et de destituer Godoï. La maison de ce dernier fut saccagée; lui-même n'échappa à la fiircor populaire que grâce à la protection de Ferdinand. Il fut jeté en prison; mais le tumulte continua; et le peuple demandait sa téte, lorsque le vieux roi épouvanté, ne voyant plus d'autre moyen de sauver son paùore amif abdiqua en faveur de son fils.
Ferdinand fut proclamé roi d'Espagne à Aranjuez et à Madrid , aux applapdisse* ments unanimes de la population. Les Espagnols se croyaient sauvés.
lis ne reconnurent que trop tôt leur erreur. A peine Murât eut-il connais* sanoede Tinsumctiea d*An«jaesyqifU
EWIEK (Pran^aû) FRANGE. SMPIEB ^nuifai*) 987
se hâta d'arriver à Madrid. H y fît son « les passions politiques... Ezeieeraî<je
entrée le 24 , à la téte d'une brigade de « un grand acte de protectorat en pro-
la garde impériale, d'une division d'in- « nonçant entre le père et le fils? lime
fanterie, d'une brigade de cuirassiers et « semble difficile de faire régner Char-
d*un nombreux train d*artilierie. Le «les IV; son gouvernement et son fa«
même jour, Ferdinand entra dans Ma- « Tori sont tellement usés, qu'ils ne se
drid : il y fut accueilli par des transports « soutiendraient pas trois mois. Ferdi-
d'enthoûsiasme qui révélaient tout ce « nand est l'ennemi de la France : c'est
au'il y avait encore d'esprit national « pour cela qu*onl*a fait roi; le placer sur ans ce peuple avili par des rois imbé- « le trône, ce serait servir les factions «les. Ferdinand s'empressa de mani- « qui, depuis vingt-cinq ans, veulent l'afester le désir d'être reconnu par Napo- « néantissement de la France...» Il linisléon, et il proposa une seconde fois de sait en lui recommandant de faire en resserrer l'alliance de l'Espagne et de la sorte que les Espagnols ne pussent pas France par un mariage. De son côté, le soupçonner le parti qu'il prendrait, monarque déchu remit à Murât une « Cela ne sera pas difficile, ajoutait-il, protestation contre son abdication , qu'il «je n'en sais rien moi-même. » Malgré déclara nulle , comme ayant été arrachée cette dernière phrase , cette lettre qui par la violence. II écrivit à l'empereur contient d'ailleurs des passages si reune lettre où il accusait son fils d'avoir marquahies, témoigne que I empereur attenté à ses Jours et d'être Tennemi avait déjà à moitié pris sa résolution, des Français, n demanda, pour lui et la 11 lui semble difficile de faire régner reine, la permission de se retircàr en Charles IV; les Espagnols n'en veulent France avecleu)' pour re ami , leur uni- plus : quant à son fils, c'est impossible, que, ami, tami des Français, ÎNIurut il est l'ennemi de la France. Que faire garda une parfaite neutralité entre le donc' une démonstration audacieuse? prince qui venait de monter sur le trône Non; car il ne faut pas croire qu'on atet celui qui venait d'en descendre; il taque une nation désarmée et qu'on n'a rendit également <à l'un et à l'autre les que des troupes a montrer pour souhonneurs royaux. Mais il se hata.de mettre l'Espagne. Que comptait-il donc délivrer Godoî et de l'envoyer en France, fiiire , ne voulant ni Charles IV, ni Ferdidémarche qui confirma les Espagnols nand , ni unedémonstration audacieuse? dans l'idée que le prince de la Paix les II voulait arriver à son but par la ruse, avait vendus à la France. Pour tout le . comme on va bientôt le voir, et comme reste, il attendit les ordres de Tempe- ' l'indique sa reconmiandation de faire en reur. sorte que les Espagnols ne puissent pas L'insurrection d'Aranjuez avait dé- soupçonner le parti au'il va prendre, ran^é les plans de Napoléon; mais la Mais si la ruse, même lieureuse avec des protestation de Charles IV lui avait prince:> avilis, ne réussit pas auprès du rendu une partie de ses avantages, en peuple espagnol, alors il faudra avoir le rétablissant dans son rôle d'arbitre, recours à la violence, car Napoléon ne L'affaire lui parut assez compliquée et sait pas céder. Il aura beau savoir qu'il assez grjive pour ne pas confier à d autre a affaire a un peuple neuf ciui a tout le qu'à lui-même le soin de la conduire, courage et tout l'enthousiasme qu'on voici ce qu'il écrivait à Murât :« J'étais rencontre chez les hommes que n'ont « bien préparé à quelques changements; point usés les passions politi(|ues, rien u mais je crois voir a la tournure des ne pourra l'arrêter une foisTépée sortie « affaires qu'elles prennent une marche du fourreau. Voilà comment I ambition « tout autre que je ne croyais... Il ne et l'orgueil peuvent jeter un grand « faut pas croire qu'on attaque une na- homme tête baissée contre un écueil « tion désarmée et qu'on n'a que des qu'il a vu le premier, mais (ju'il n'a pas « troupes à montrer pour soumettre su éviter, parce qu'il n'a pas eu lu force « rEspagne. On a affaire à un peuple de se vaincre lui-même. « neuf; il a tout le courage et il aura Le 2 avril, Napoléon partit pour n tout l'enthousiasme qu'on rencontre Bayonne, et l'on répandit en Espagne « ciiez les honunes que n'ont point usés le bruit, qu'il se rendait à Madrid.
288 EllMSB (Français) L'iil^
Aussitôt les amis de Ferdinand et le
général Savary, que l'empereur avait envoyée'?? mis.sion auprès de ce prince, lui conseillèrent d'aller au-devant de Tempereur, qu'il devait rencootrer, dfsait-on f à Rurgos ou à ViUoria. Dan^ la crainte d'être prévenu par son père, ui se préparait à aller en France, ter- Inand partit le 10 avril, malgré les avertissements de plusieurs de ses su^ jets, indit'ués que le roi d'une aussi grande monarchie avilit publiquement sa dignité en allant menoier la reconnaissance d'un prince étranger. Arrivé à Vittoria, il se trouva au milieu des troupes françaises; il n'était plus libre de se retirer.* Cependant il eut un moment d'hésitation , et il écrivit à l'empereur pour le supplie' de (]issi[)pr les inquiétudes de ses sujets < ri le reconnaissant pour roi. JNapoiton iui rebondit, le 16 avril, qu*il ne pouvait le reconnaître tant qu'il ne lui serait pas démontré que ral)di( ation de Cliarles IV était de pur mouvement, et non pas forcée par rinsurrection et l'émeute d'Aranjuez. Malj^ré cette réponse, malgré le peuple qui se portait en armes sur la route pour arrêter sa marche, Ferdinand , moitié gagné , moitié intimidé par les invitations |ire88antes du général Savary, s'achemma vers Rayonne, où il arriva le 20. On dit qu'eii apprenant son arrivée, Napoléon s'écria : « Comment! il vient? r^on , cela n'est pas possible. >) Mais dès qu'il eut vu ce triste rejeton de Louis XIV, sa surprise cessa. « Jamais, dit-il, je ne pourrai compter « sur l'Espagne tant que les Bourbons en «occuperont le trône.» Kt, par son ordre, Savary demanda à Ferdinand sa renonciation a la couronne d'Fspagne, en son nom et en celui des autres princes, moyennant la Toscane en indemnité. Ferdinand refusa avec indignation.
L'empereur lui lit dire de se décider avant l'arrivée de son père, parce qu'il était sdr d'obtenir de lui toutes les concessions qu'il voudrait; puis il fit publier la protestation et la lettre de Charles IV. Ferdinand persista dans son refus. Le 80, le vieux mi et sa femme arrivèrent à Rayonne : ils furent reçus avec tous les honneurs royaux, et ils ne purent contenir leur joie en retrouvant là leur pawre ami, le prince de la Paix, que
l'empereur voulait filre servir d*instni-
ment à l'exécution de ses desseins.
Alors commencèrent une série d'intrigues et d'entrevues où eurent lieu les scènes les plus scandaleuses, et dont le i^ultat fut que Ferdinand , cédant aux menaces' de son père, de sa mère, et niémede Napoléon, abdiqua la couronne qu'il possédait depuis si peu de temps , et la rendit à son père. Charles IV, à son tour, par un traité en date du 5 mai, céda tous ses droits à l'empereur. Enfin, le 10, Ferdinand donna son ad* hésion à la cession faite par Charles IV. Son exemple fut suivi [inr don Carlos, son frère, d don Antonio, son oncle, qui renoncèrent aussi a tous leurs droits. Charles IV et Ferdinand firent une proclamation pour inviter les Kspagnols à attendre leur bonheur des sa<];es dispositions et de la puissance de Napoléon, et ils se retirèrent : Ferdinand , son frère et son oncle, à V;ilf ncrty; Charles IV, la reine et le favori, à Marseille.
C'est par de pareils movens que Napoléon aetrônait les Bourbons d'Espagne. Jusque-là, quoique toujours un peu trop enclin à la ruse et au machiavélisme, le négociateur de Campo-Formio, de bunéville , de PresbotiTg et de Tilsitt, l'auteur du système continental , ne s'était jamais oublié à ce point; c'était peut-être encore de l'habileté, mais cette habileté touchait de bien nrès à la rouerie. La prospérité et les natter les qui en sont la suite inévitable avaient corrompu cette àine forte , mais orgueilleuse et avide de domination.
Tandis que ces intrigues aillent lieu, les Kspaqnols commençaient à donner des siiznps non é(juivo(|ues de meconlentemenl. A la nouvelle que Ferdinand et toute la Âiniille royale étaieut dans les nminsde ^';ii)o!éon ' une insurrection éclata à Madrid , le 2 mai. Tous les soldats isolés furent massacrés, et un combat terrible 8*engai;ea dans les rues de cette capitale. Mais Murât parvint à comprimer le peuple, et cette insurrection tourna même en faveur de Napoléon, qui s'en fit un argument pour vaincre la résistance de Ferdinand, et mettre un terme aux conférences révoltantes de Rayonne.
Rientôt ces deux |)remiers avantaget furent suivis d'un troisième. Le 18 mai .
ËMPIEB (Français) FRAJKCE.
EMPIRE (Franqaw) 389
c^ant à l'influence de Murât, devenu son président, la junte de gouvernement instituée à Madrid par Ferdinand avant son départ demanda pour roi Joseph Bonaparte. Le but de Tempereur était donc enfin atteint! Comme on le pense, il ne se fît pas prier pour accéder à ce Toeu forcé, qui , joint aux actes par lesquels les Bourbons renouaient à la couronne, lui semblait un gage certain de succès. En conséquence, il convoqua à Bayonne, pour ie 15 juin, une grande junte d'État composée de députés du clergé, de la grandesse et de la bourgeoisie, au nombre de cent citKjuante, et cbargés de faire une coni»titution.
A cette occasion, il adressa au peuple espagnol une proclamation remarquable : «Espagnols, disait-il, après une « longue 2^onie, votre nation périssait; « j*ai vu Tos maux : je vais y porter re- « mède. Votre monarchie est vieille :
« ma mission est de la rajetifiir. J'amé- « liorerai toutes vos institutions, et je « TOUS ferai jouir, si vous me secondez, « des bioifaits d'une réforme sans frois- « sements , sans désordres , sans con* vulsions... »
Mais les Es^gnols refusèrent un bienfieiit auquel ils ne croyaient pas ou
qu'ils regardaient comme imposé. Le but de l'eiiipereur fut discrédite, à leurs yeux, par les moyens qu'il n'avait pas rougi d'employer. Assurément, tout despotique qu'il ftU , le gouvernement de ÎSapoleon aurait été salutaire pour l'Espagne, et l'aurait replacée à la hauteur des sociétés européennes ; mais Tindigiialîon des Espagnols ne leur permettait de rien voir autre chose que leur honneur outragé, et ils prirent les armes pour repousser le régénérateur qui débutait par la trahison. Toute TEurope et la France elle-même bLImèrent l'entrevue de liayonne, qui fut généralement regardée comme un guet-apens où les Bourbons avaient été amenés pour . s'y dépouiller les uns les autres- au profit de ÎSapoléoii.
L'imprudent Joseph ne craignit pas d'abdiquer sa paisible couronne de Na«
f)Ies, qui fut transférée à .Murât, pour e récompenser sans doute d'avoir suivi ses instructions avec autant d'inteUi-
Sence ^ue de docilité. Lorsque Joseph at arrivé à Bayonne, des Réputations
T. Tii. 19* lÀoraUm, (Digt. bngi
espagnoles vinrent l'accabler àe flatteries et de protestations de dévouement; Ferdinana lui-même, de sa retraite de Valençay, félicita Sa Mmesté Catholique; enfin la junte d'Etat adopta la constitution proposée par Napoléon, et conçue sur le modèle de la constitution impériale. Le 9 juillet , après avoir prêté serment à la nouvelle constitution, le nouveau roi partit pour Madrid. * Sur sa route , il ne rencontra plus de flatteurs comme à Bayonne ; il rencontra partout des populations en armes, au milieu desquelles il fallut que l'armée française lui ouvrît un passage.
Dès le 27 mai , le soulèvement était devenu général : les moines donnèrent l'élan au peuple, et le peuple entraîna la bourgeoisie et la noblesse qui paraissaient disposées à se soumettre. Les troupes se révoltèrent au nom de Ferdinand VII et fraternisèrent avec les insurgés; les étudiants s'enrôlèrent pour la liberté et formèrent des légions de Brulm. La haine de l'étranger réunit en un seul faisceau tous les éléments disparates dont se composait la nation; le passé , l'avenir et le présent conspirèrent ensemble pour résister à l'invasion déguisée. Outre la ruse et la violence , tous les moyens leur parurent bons, ils ne reculèrent mé^ie pas devant l'assassinat. « Les autorités qui voulurent parler d'ordre puhUe forent outragées ; plusieurs généraux et magistrats , qui essayèrent d'arrêter ou de régulariser le mouvement, furent massacrés; les Français qui se trouvaient en Espagne furent livrés partout à la vengeance populaire : à Valenee, 350 furent poignardes de sang-froid dans la^citadelle où le peuple les avait renfermés. C'était un mouvement démagogique qui réunissait le fanatisme religieux des temps de la ligue au fanatisme
{)olitique de 93 , et qui surpassa l'un et 'autre en atrocités. Des proclamations sanguinaires animaient les fureurs du peuple contre ces chiens de Français^ amis des juifs et des Turcs , qui venaient piller ses riches églises ; des catéchisincs grossiers prêchaient l'assassinat co n t re cei anciens ch rétiens deven us hérétiques , et enseignaient que NapO' Uon procède de Fenfer et du péché, MurtU de Napoléon^ Godùi de la far»
b., SIC.) 19
nication des deux emtm; il n y avait
r; d'église où la Vierge n'eât pro^é eri 06 toute l'Espagne : Mori aux
Français! Une insurrection si vaste, si sauvage , si anarchique , aurait conduit toute autre natiou à sa ruine ou l*auriit livrée npMenetit ati Mains de ses ennemis ; mais il n'est pas de pnys où la vie municipale et l'esprit de localité soient plus puissants qu'en Espagne , pas de pays oà létal «t In mœurs porteutdatanlage à la guerre civile, où l'on s'accommode plus facilement de l'anarchie : l'Espagne aime la vie d'aventures; le contret>andier et le brigand sont ehes alla des personnages populaires ; elle est restée huit siècl^ à guerroyez contre les Maures. Des juntes d'insurrection s'etabiirent donc parlout avec une facilité extrême, en monie temps que se formèrent de petites armées qui combattaient côte à rote, sans ensemble, sans plan général , mais qui tenaient tout le paya aoulavé; las routes étajemk coupées, les convois enlevés, les traînenrs massacrés et mutilé*!. T,n junte de SeviUe se déclara junte suprême et déclara une guerre à mort I la rance, jusqu'à ce que les Bourbons eOBsaot été rétablis et la nation raaoiaadaaaaoB indépendance (*). »
L'empereur de Russie avait-il prévu ae cpii arrivarait, lorsqu'à Tiltitt il donnait carte blanche a Napo'éon pour mettre un de ses frères sur le trône d'Espagne ? avait-il deviné que son ami raoaoatimit autant d'obstantoa da oe côté que lui en trouverait peu en Finlande? Dans tous les cas il dut ètrv satisfait , cnr il put saisir sa proie pour toujours, et IVapoléoa vit la aranna «ans ccase prêta è lui échapper. Les négociations de Rnyonne allumèrent un immense inrendie; dès ce jour, l'orgueil castillan et l'orgueil napoléonien se trouvèrent an préaenae , comme deux ennemis implacables; et l'Espagne devint
Eour l'Fjnpire quelque chose de semlable a ce qu'avait été la Vendée pour la république.
Quelque férocité sauvage et, pour ainsi dire , africaine qtr Ment déployée les Espagnols dai^ cette lutte deplora-
(*) Lavallce, Hbloire dci Thmçais, t. IT, ^ t7« il t^S.
Me, il faut reconnaître cependant qu'ils étaient danff leur droit en défendant tenr indépendance nationale, et quH y avait de l'héroïsme à affronter le courroux du grand capitaine qui , jusque-là, avait été invincible. L'alliance de l'Espagne avaa la république avatt mérité une meilleure récompense; depuis douze ans ce pays combattait avec nous contre les Anglais pour la liberté des mers ; eomme nous, il avait perdu sa marine ' dans cette lutte contre la dictature britannique. A quoi bon imiter servilement la politique de Louis XÏV , lorsque le temps des nactes de famille était passé? Ne valait-il pas mieux s'inspirer de la politique de h Convention et suivre l'exemple du comité de salut public qui . avait renouvelé l'alliance de la France av«e l'Espajîne et qui avait compris que le temps ctnit venti de substituer los pnetes des petiples aux pactes de famille.^ Le meilleur ciment oour agglomérer l'Europe , ce n'était ni la conquête, ni une alliance avec les rois , ni une extension du pacte de famille; r'i tnit !ine aUiance sincère avec les autres nations, comme nous avides de se débarraaser 4es langes de la féodalité , une alliance fondée sur le respect de Tindépendance de chacun , la sainte nlii;itire des peuples enfin , qui aurait de plus digne de ee nom que la sainte alliance des rois. Napoléon lui-même a reroiiTiu ses torts envers l'Espagne, mais quand il n'était plus temps de les réparer. « Ala plus «ranée faute , disait-il sur son rocher oe Sainte-Héicne, est d'avoir mis de l'importance à détrôner les Bourbons.
Charles IV était usé. J'aurais pu donuer iftne eonstitution libérale à la nation espagnole et charger Ferdinand de la mettre en pratique. S'il rexé( utait de bonne foi , l'Espagne prospérait et se mettait en harmonie avec nos mœurs nouvelles; s'il manquait à ses engagements, les Espagnols eiix-m/'ines T'auraient renvoyé, f ou.'i roulez vous créer un Iravail d'Hercule, me disait le principal conseiller de ce prince , lorsque nous n'avez sous la main qiiun jeu cVcn^ font. J'emh irqiini fort mal toute cette affaire. L'immoralité dut se montrer trop patente, l'injustice trop cynique; et l'attentat ne se présente plus que dans sa hideuse nudité, privé de tout
le grandiose et dçs oombreux bienfnits qui reniplissaient mon intention . La guerre d Espagne a été une véritable plaie et la cause première des malheurs de la France... c est ce qui m'a perdu.»
L'Angleterre le comprit ainsu Épuisée , at»andoniiée de fous ses alliés , déconsidérée par le bombardement de Copenhague, elle n\h\\i être contrainte à la paix, lorsque i losurrec^ou de pagne vint à son secours , lui permit de desie^ndre de nouveau sur le continents au moment où il paraissait ilevoir lui être fermé tout entier , ^t lui ouvrit de nouveaux débouchés en Amériç|ue.
Aussi la nouvelle de cette insurrection , qu'on avait fcincntéc , fut accueillie avec des acclamations d'entiiousiasme de l'autre çj^té 4u 4^t-roit. Lé ministère anglais tt 8Q|çQiliitei|iei)t alliaoce avec les juntes ; il leur envoya , en moins de six mois, 7C millions, 200,000 fusils, ^00 canons i ii préparu Hae afmée dé débarquement.
Bientôt , malgré des prodiges de valeur , nos troupes , qui avaient à faire une guerre toute nouvelle, essuyèrent quelques échecs. Peu importants m eux-mêmes, ces échecs enlevèrent aux drapeaux français leur prestige et enivrèrent d'orguVil les Kspafinols qui se crurent les ven^eur^» de rÉurope. Battus dans la Gastille, les insurgés ne pu* rent empêcher les nôtres d*instaUer Jo* ^pbà Madrid (14 juillet); mais, le 20
I'uiliet, ils prirent leur revanche dans es environs de Baylen , ville de rAndaloone. Enveloppé par des forces supé« rteures , le général Dupont capitula en rase campagne. Les résultats de cette capitulation , qui indigna l'empereur et Tarmée, forenlji désastreux : tous les corps français se replieront sur Madrid ; Desnotjcttcs abandonna Saragosse; Duliesme tut investi dans Barcelone. Le 1**^ août , Joseph fut obligé de sortir de Madrid et de se retirer derrière l'Èbre. Enfin , Junot se trouva i&oié dans le Portugal , qui avait imité TinsurrectloD de ri^pagne dès le 16 juin , et où le cabinet lîritannique envoya me armée, qui dpbnrqna le 2 août, sous le commandement de sir Arthur W< lu sley, depuis duc de Wellington. i>au:3 cette position difficile, Junot fit des pvodigas de coursie; mais coupé de
Tarmée d'Espagne, et dénué de lorces auiusanteSi il se vit coptraint de signer, le 30 août , la convention de Cintra , qai lui perrnpttaitd'^^vaouerlMKMiriWmiAt
le Portugal.
Apfès la capitulatiûu de Baylen et la convention de Cintra, Kapoléon ne pouvait plus reculer. U sentit que sa présence f'tnit né cessaire <'n Espa^^ne; mais 4es syuipiomt's d'iasuLTectioo iX)maiençident à se maoifoster aussi en AJkmagne. L'Autriche surtout devenait me* nncnnî ' i le moment arrivé
de déchirer le traite de Presbourg et de reprendre son ancien rang dans le système politique de l'Europe. Elle excita les Allemands, résolue à faire de la Germanie une autre Kspacne et d'appuyer ce souievemeut par des armées régulières. Elle introduiait la conscription et la garde nationale dans ses Étnts, prépara une armée de 400,000 ^Uiiueif ejt une réserva de 300,000 bom- Wis da land wéhr » renouvela seorèteprot m allianee aveo TAngleterre, négocia avec la Prusse et avec la Russie , couvrit rAllemugne de bes agents et de pamphlets , envoya des armes en Espagne , dans le Tyrol , dans la Dalmatie. L'alliance de la Russie ellemême s'était refroidie : plus que jamais Alexandre ï^e niunUait exigeant dans la quf^lion turque ; non content d'avoir la Finlande, il demandait Constantinople, cette clef de h porte sa maison; il voulait protiter de la nouvelle révolution qui avait édaté dans la capitale de Tempire ottoman , et qui avait eu pour suite In (icrhéance de Mustaplia et V:)vénement de Mahmoud au trône. Le czar caressait Caulaincourtj ambassadeur de Napoléon , se fâeliait , menaçait; il consentait i tout, conquête de l'Espagne , reunion de Kotne, dépouilleiuent de la Prusse ; ii blâmait les armements de TAutriehe , il peraiettait tout ce qu'on voudrait , pourvu qu*0ff lui sacrifiât les Turcs.
Dans oes graves circonstances , Napoléon résolut d*avoir une entrevue avec Tempereur de Russie , avant de marcher lui-même soit contre l'E-^pagne, soit contre l'Autriche. Amsi , déjà moins d un an après la conférence de Tilsitt , une nouvelle conférence était nécessaîN^ Il proposa donc à Aleiandii
m KHFIU (Français) L^UIOVERS. KMMftC (PrançaU)
une entrevue « dans iaguelle les affaires du monde se régleraient de manière qo*jl pdt être quatre ans tranquille sans mémeîifir p^plication. » Alexandre accepta avec empressement, et les deux empereurs se rendirent à Érfurth , où ils séjoaraèKDt pendant dix-huit joun dans la plus grande intimité et au milieu d'une cour de princes. Les rois de Wurtemberg , de Bavière , de Saxe , de tatoUande, de Westphalie, ainsi que presque tous les princes de la confédération du Rhin assistriient à cette réunion. Le roi de Prusse ne s'y rendit pas : îi venait de conclure avec Tempe reur un traité pour l'évacuation de ses États,
fiar lequel sa dette fut Gxée à 120 milions (8 septembre). L'empereur d'Autriche aurait désiré venir a Lriurth, mais sa demande tut écartée. Alors il envoya un de ses ministres , porteur d'une lettre où. il protestait de ses intentions paciiiques. Napoléon lui lit une réponse sévère, dans laquelle il le priait de ne pas remettre en question ce que quinze ans de guerre avaient décidé. Ce^ndant , la bonne intelligence qui s*était rétablie entre lui et Temperenr de Russie lui permit d'ordonner aux contingents de la confédération de se dissoudre et à la grande armée de revenir en France.
Le résultat des eonféreooes d*Erfurth fut, dit-on, une convention secrète ( 12 octobre ) par laquelle INnpoléon reconnaissait la possession de la Finlande, de la Moldavie et de la Valachie, et s'engageait à ne pas agrandir le duché de Varsovie. De son côté , Alexandre reconnaissait les changements survenus en Italie et en Espagne, et promettait, si l'Aiitrirhe faisait la guerre à la France , de fournir contre elle 100,000 hommes. £nfîn , pour donner un but apparent à leur reunion, les deui empereurs convinrent d'écrire en commun nii roi George III , pour l'engager de mettre lin à la guerre , mais en lui imposant la condition de reconnaître la Finlande , la Moldavie et la Valachic coiimie faisant partie de l'empire russe, et le nouvel ordre de choses établi en Espagne. Le robinet britannique répondit que l'Angleterre ne pouvait négocier que sur la base de la restitution de l'Espagne et de Kaples aux
Bourbons. I! s'effraya peu de TaUiancîe intime des deux empereurs ^ Alexandre avait eu soin de lui en révéler le secret. Ce même prince qui, au spectacle, à une représentation de VOEdipe de Voltaire, prenait avec effusion la main de ?iapoléon, au moment oà Pbiloctète dit :
L'amitié d'un grand bomme est on Ueofaît des dieaXt
ce même prince envoya en Angleterre un officier pour communiquer Texpression de la secrète satisfaction qu'il éprouvait de l'habileté qu'avait déployée la Grande-Bretagne, en devançant et en prévenant les projets de fa France par son attaaue de Copenhaguf'. et pour inviter les ministres anizlais à communiquer franchement avec le czar comme avec un prince qutt bien qu'obligé de céder aux dr* constances, n'en était pas moins attaché plus que Jamais à ta cause de Vindépendance européenne. C'est sans doute à ces faits que Tïapoléon faisait allusion lorsqu'il disait d'Alexandre :
C'est un Grec du Bas-Empire.
Les conférences d'£rfurtii ne furent donc qu*une répétition des conférences de Tilsitt.Les oeu\ empereurs y resserrèrent, pour (luelque temps encore , les liens de leur alliance aux dépens de leurs alliés. La Russie sacrifia le pape , je.Portugal et l'Espagne ; Napoléon sacrifia la Pologne, la Suède et l.i Turquie. Ce fut sans doute dans l espoir de faire renoncer Alexandre à ses plans de conquête sur Constantinople, qu'il lui accorda la Valachie et la Moldavie , et qu'il s'engagea, non-seulement à ne pas ressusciter la Pologne, mais encore à ne pas agrandir le duché de Varsovie.
C'est donc, très - probablement , à tort que l'on a supposé que Napoléon aurait consenti à abandonner Constantinople à la Russie, et que la cession de la Mol* davie et de la Valachie n'était qu'un moyen de préparer les esprits à une cession de toute la Turauie d'Europe, lorsque Napoléon serait lui - même en mesure de prendre l'Égypte. Tout porte à croire, au contraire, que le po<;sesseur de la Dalmatie et des îles Ioniennes avait des arrière- pensées de conquête plutôt que des idées d'abandon sur les Dardanelles et sur le Bosphore, dont la possession, suivant lui, aurait rendu la
Liyiiizuo by LiOOglc
nmt (Pnn^) FRANGE. t»nUB (Fnnçaii)
Russie maîtresse du commerce du Levant et même de Ilnde, en lui permettant d*être, quand elle le voudrait, aux portes de Corfou et de Toulon. Sous ce rapport, comme sous tant d'autres, la conférence d'Erfurth est un argument déplus contre l'authenticité du fraité secret de Tilsîtt, publié pai M. Goldsmith. Si Napoléon avait eu à faire de
t)areilies concessions, c'est en 1808 qu'il es aurait faites , alors que l'Espagne était en pleine révolte, que ry\!lemagne commençait à se redresser, et non pas en 1805, alors que la victoire dléna et eelle de Friedlanamientdécouragé tous ses ennemis.
Mais la conférence d'Erfurth n'en est pas moins une preuve affligeante que l'empereor était décidé à ne j«i8 revenir sur sa politique de domination et d'envahissement. Cette conférence montre, en outre, combien il s'abusait déjà sur le de^ de sa paîssanoe « {Riisqn'au lieu de reparer ses torts envers l'Espagne, il se montrait facile envers Alexandre, pour que Tailiance de ce prince lui permit de retirer ses troupes de rAllemagne et de les lancer contre la péninsule hispanique. Sans doute, il comptait regagner plus tard le terrain perdu du côté de fa Russie j mais Alexandre aussi avait pris ses précautions pour l'avenir, et c'était à lui que la fortune devait laisser l'avantage.
Le 18 octobre, Kapoléon était de retour à Saint •Gioud. Avant d'aller rejoindre ses troupes , il ouvrit la session du Corps législatif, le 25 octobre. Il lui annonça que l'empereur de Russie et lui étaiem éTaceorâ et InmifteMsml»!^ (mis pour la paix comme pour la guerre. Il lui dit en même temps qu'il allait se mettre à la tête de son armée, et, avec l'aide de Dieu , couronner dans Madrid le roi d Espagne , et planter ses aigles sur les forts de Lisbonne. U partit en effet quatre jours après.
La session législative de 1808 ne dura
que cinquante jours. Elle fut close le 31 décembre. Parmi les matières importantes qui furent votées, il faut ran-
{{er le Gode d'inatruetion criminelle et es décrets organiques qui perfectionnèrent l'institution de la noblesse et lies mjyorats, 0>aqiie aon^e, i'emperewr
défaisait quelque chose de ce que la révolution avait lait de plus beau.
Le 8 novembre , Napoléon arriva à Vittoria, où s'était retiré Joseph. Bientôt sa présence releva la gloire de nos armes dans la Péninsule ; les victoires de Burgos , d'Ëspinosa et de Tudela firent oublier la capitulation de Baylen et la convention de Cintra. T/empereui' était à la veille d'atteindre les Anglais, lorsqu'il reçut des nouvelles fâcheuses de I Autriche. Les armes frnnçaiscs étant victorieuses dans toute la Péninsule , il laissa la poursuite des Anglais à Soult , à qui il ordonna de kt Jeter dans la mer Cépée dans les reins , et il retourna à Valladolid pour revenir en France. Le 4 décembre , Madrid capitttia après la prise du Retiro. L'empereur, qui avait dirigé lui-même le sié^e, fit son entrée dans la capitale à la tote d'un grand nombre de troupes françaises. 11 signala sa victoire par de sages mesures qui, malheureusement, ne pouvaient être appréciées par les Espagnols, dans l'état d'exaltation où ils étaient. Il supprima l'inquisition , réduisit les couvents au tiers de leur nombre existant, et abolit les droits féodaux ainsi que les barrières de l'intérieur. Quel-
gues jours plus tard , ii supprima égairîient les justices seigneuriales , et il réunit au trésor de iT^tat les impositions aliénées, sans diminuer le nombre des mécontents qu'avait faits la suppression du conseil de Gastille. Le 7, Napoléon annonça la ferme résolution de traiter l'Espagne en pays conquis, si elle persistait a ne pas reconnaître le roi Joseph. Le 15, il fit cette ré» ponse à la députation de la ville de Madrid, qui venait le remercier du pardon qu'il daignait lui accorder : « J'ai « satisfait à ce que je devais à moi et à « ma nation ; la part de la vengeance « est faite... I>es armées anglaises ! je « les chasserai de la Péninsule... Il n'est « aucun obstacle capable de retarder « longtemps l'exécotion de mes volon- « tés... Les Bourbons ne peuvent plus « régner en Europe... Aucune puissance « ne peut exister sur le continent, in- « flaenoée par l'Angleterre. S'il en est « qui le désirent, leur désir est insensé « et produira tôt ou^tard leur ruine... « Il me serait facile /et je serais obligé
JM EMPIRE (Francis) L'UiMVËRS. EMPIRE (Pnoçab)
« de gouverner TEspagne, en y établisc sant autant de vice-rois qu il y a de « provinces. Cependant , je ne refuse « pas de céder mei droits de conquête « au roi, et de l'établir dans Madrid... « Vos neveux me béniront comnne votre » régénérateur ; ils placeront au nombre « des jours mémorables, oeox où j'ai « paru parmi vous; et de ces jours « datera la prospérité de l'Espagne.
« Voilà , M. le corrégidor, ma pensée « tout entière. »
Ainsi, à la fin de iM , la force était venue consacrer en Espagne ce que la ruse avait commencé; mais , comme la grandeur du but était discréditée par la petitesse des moyens, et par la crainte qu'inspirait l'ambition oéniesurée de I empereur, ses prédictions ne se réalisèrent pas; sa popularité reçut un terrible échec dans toute PEurope, et,
Îiuoiqu'il dût encore • avoir plus dNu our de triomphe , la fortune lui réservait de cruels retours.
yénnêe 1809. La défaite de TAutriche, qui s'était lancée dans les hasards d'une cinquième coalition; la réunion de Bonit' à l'Empire, la captivité du pape; la continuation de la guerre en Espagne; la tentative d*assassinat laite w la personne de l'empereur; le traité de Vienne , conséquence de la bat^iilie de Wagram; le divorce de l'empereur ; tels sont les principaui événeasents de l'année 1809.
Grâce à l'impulsion que lui avait donnée l'arrivée de i empereuiila guerre d'Espagne se poursuivit «veo bonheot.
Le 16 janvier , le général Moore fut battu par Soult et tué devant la Corogne. Trois jours après , la Corogue capitula ; le Ferrol suivit cet exemple, et, Bientôt après, toute la Galice se soumit. Lefebvre battit les déhris de Tarraé^ d'Estrauiadure à Almaraz, et Victor les débris de 1 armée d'Andalousie à Udes.
Ia Corogue s*ét«t rendue le 20 janvies. Deux jours après, Joseph rentra dans Madrid. ],o 21 février, le général Lannes .se rendit maître de^^ragofisa. Cette ville jréslstait depuis trois mois avee «m «piniâtreté héroïque qui rappelle les siéi^ee de Niimance et de Sagonle; les vainqueurs ne foulèr«ut aux pieds <|ue des ruines.
Les amienieiita4Qi*A«tMMetiea ap-
Dfôts d'une cinquième conlition avaient forcé Napoléon de quitter l'Espagne, au monoent où il se réjouissait de pouvoir enfin saisir «erpi à oorps les Anglais; cette fois encore, comme en 1805, l'Angleterre détourna ses coups en jetant, pour victiiuc expiatoire, l'Autriche sous ses pas»
Cependant, ai la levée de boncliers du cabinet d« Vienne était d'une audace extrême, il faut convenir que l'aveulienient de Napoléon pouvait bien faire .
eanoevoir quelques «péiHKes à sea ennemis. Son despotisme , ses tendances aristocratiques et contri-révolutionnaires, son alliance avec les rois et avec les Miblea emmnençaîeflità toi aliéner le cœur des pttiples ; son ambition insàtiable, ses envahissements perpétuels réunissaient secrètement contre lui tous Isa rois, ^i In! savaient gté d'avoir rtonié et vaincu la révolution, mais qui le craifïnaient d'autant plus que, s'il avait refusé le rôle de tribun des peuples, e^était pour prendre celui de dispensateur des couronnes, cHui d'arbitre et de dictateur. Les conférences de Bayonne et la guerre d'Espagne avaient détruit la haute idée que l'Europe s'était faite de son caractère; ehaqnè nation tremblait qu'il ne lui arrivât quelqtie chose de semblable. La dureté de ses procédés avec le pape avait révolté tous les catholi(]ues, et tourné contre Ini rélément religieux qu'il avait si habilement fait servir h son élévation; comment croire qu'U respecterait encore quelque chose, Hinqu'il ne respectait pas même le pO!^ tifs qni l*avait oooronné? Les prôK^ bitions risonreuses du f^ystème continental avaient mis tous les intérêts en souffrance. La continuité de la guerre, toujours renaissante , et n*amenant jamais d'autre résultat définitif que de nouvelles levées d'hommes , soulevait contre son ambition tous les sentiments tfinmMniK^ «omes lis Iffintions'dé f^>mille. Enfin , partout la réaction avait commencé contre le régime impérial.
On spéculait sur las ciiances de mort de l'afnpmirt oé MgiMft ^ iShànger In Ibmni^n gontiflelnent, si le poisnard d'un assassin on une balle cnneinie venait à frapper Isapoléon ; déjà Foudlé et Tulieyrand , sur le seuil de la dîH-
(FnnçH*) i^iiAXtCKi. (t—twi) 39$
vcngnr dès MliM ds wtUÈm qri , to ITimofri; Aleiaqdre , malgré Teagaee*
18 bnimaîre , pour arriver au pouvoir, inent pris par lui à Erfurth de marcner
avait si bien su employer leurs talents, contre elle, lui avait fait annoncer que
Voilà où en était venu Napoléon , apràf H tes premiers ef/orU étaient couron-
avoir imé des flots de sang ! Tout le nés de su/teè$ , la tdetmderait dans
monde voyait un obstacle en lui. Non- la délivrance de l'Europe occidentale,
seulement il n'avait pas fait triompher La cour de Vienne comptait aussi sur
la révolution suivant sonmandat, mais Id mécontentement qui se manifestait
là Yiolatioii des promesses les plus sa* ea France, el plue eooore sur ks iatri-
crées n'avait pas même nm( né la paix, gues ourdies par Fouché et par Talley*
La paix ! elle était beaucoup plus éloi- rand, qui cultivait ramitié de M. de Met-
§née avec l'Empire qu*avec la Ré{)u- temich avec pluB d'habileté que de pa-
llooe. triotîMie.
Autd , la dnqaième coalition se pré* Mais les espérances de la eiafttlènw
senta avec un caractère tout nouveau, coalition devaient être trompées : mal- Déjà la troisième et la quatrième avaient gré bien des (autes, ^apoleon n'était
etj cela de particulier, que les rois oon»' pas eoeON asses discrédité pour quli
battaient pour s'opposer aux progrès da idt aisé dé soidefer TEurope contre lui;
la révolution au dehors, tandis que, to«s les peuples, et l'Allemagne elledans h s deux premières, ils avaient pris même, espéraient qu'il finirait par reles armes pour étouffer la révolution connaître ses erreurs; ce n'est pas en dans son berceau , et pour faire subir à un jonr que l*on désespère ainsi d'un la France le méaie sort qu'à la Pologne, homme de génie: d'ailleurs, il était en- Cette fois, les coalisés se présentèrent, core trop puissant pour qu'une première non plus comme les ennemis de ia revo- attaque put 1 abiittre.. A peine arrivé à volothm française, dont il ne testait Paris, rempereorfitapfisiearM.deMelgoère que le souvenir, non plus \wmt ternich. « Qu'est-ce que cela signifie? comme les défenseurs des rois, mais « lui dit-il. Voulez-vous encore mettre comme les champions des peuples. A « le monde en combustion? Coounent! leur tGor, ih employaient oontra la « lorsque j'avais SMm armée en AUe> France Tanne qoe la Gon?ention et le « magne, vous ne trouviez pas votre Directoire avaient tournée contre eux : « existence menacée ; et c'est à préils cherchaient à nous af&iblir par des « sent qu'elle est en Espagne quç voua insurrections populatrai; eux aussi, ib « la trouvas eomprawiaii I » Il n'y eaaayeient de îsm de la propagande ; avait rien à répoadn àeda ; M. de He^ ils envoyaient des armes aux Espagnols, temich ne put trouver que dp'? lieux ils couvraient TAIlemagne de letnrsémisi* oouimuns. Les paroles suivantes, que saires; en tous lieux, les partisans de Napoléon adressa à ses intimes, mé- Tabsolutisme faisaient retentir le nom r4tent d'étns ailées ; elles mantrent dr I I îf!)erté. Quoique la sincérité de combien il se sentait fort à cette f'poleurs intentions fût plus que douteuse, que. « Il faut qu'il y ait quelques ctait un grand malheur que ranibitiott' « prqjets que je n ayevçoi» pas ; car ti de l'empereur edt iais de leov «dté «y a de la folie à -ne Isire4a f(«Kimi., d'auâsî telles apparences. T a cinquième « Et puis ils diront que c'est moi qui ne coalition , et cela résulte des aveux de « nuis rester eu repos, que j'ai de Tanil'Autriche, voulut /a^ itne ccmpagn^ « bition , lorsque ce sont leurs bétMi^, êe peuples centre ékspote, etwm « ma foiesnld^én avnir I » €a n*eït lacer (tfnsurreetihfu. L^AutHche sq que plus tan! qu'il s'aperçut qu*«n 4> présenta seule sur le continent pour af- forçant (l\umr de l^ambitim, les tditt ironter la puissance de Napoléon, il est avançaient le moment de sa perte : au vrai ; mais elle comptait, disait-elle, mr point' où il en était venu , chaque con^ ioufps iet tiàilanê ; nuls elle avait pour quête wmvelle anposntait le nombr» auxiliaires secrets tous les trônes. Le de ses ennemis; ils savaient donc bien cabinet prussien devait se déclarer pour ce qu'ils faisaient, rt^ux qui le forçaient elle, des qu'une armée anglaise de de toujours combattre, et c'e&t en' com> 4O,000liomi]Mâ aurait dtttt^ taiMln ««ttam d0 piiaiisa têHm ^'ijs m
296 £HPXaB (Fran^iOfl) LTJiaVERS. EMPIBB (Fna^)
fini par l'user et par le renverser.
Le 12 avril , l'empereur apprit par le télégraphe que les Autrichiens avaient commencé leur mouTement offensif et irassé rinn. Le 17, il était à Donau* wertli , occupé à réparer les fautes de Berthier, qui, au lieu de concentrer Tannés, Pavait disséminée; ce gui avait permis au prince Charles de faire quel-
Î|ucs progrès. Dès le ÎJO, les Autrichiens urent battus dans une suite de combats qui séparèrent complètement la gauche outricnienne de son centre, et qui reurent le nom de bataille d'Abensbcrg, )eux jours plus tard , fut remportée la l»ataiiie d'Ëllmuhl, et eut lieu le siège de RatisiMnne, qui fut enlevée d'assaut, et oiî Napoléon reçut une balle morte dans la jambe. Le 13 mai, Vienne était en notre pouvoir. Toute la noblesse Tavait évacuée ; cependant il y restait une princesse de la maison d'Autriche, l*ar^ chiduchesse Marie-Louise, que la maladie avait retenue dans le palais de ses pères. Pendant le .bombardement de la ville, qui avaitduré quatre heures, Tarchiducnesse avait couru les pîus grands dangers ; mais , prévenu des ravages Que" faisaient les bombes incendiaires dans les environs do palais où-elle se trouvait, Napoléon avait ordonné à l'artillerie française de ctiangec la direction du feu.
Bien que la capitale fttt prise, la campagne n^était pas terminée. Le prince Charles occupait une position formidable sur la rive gauche du Danube, où le général fitller était parvenu à opérer sa jonction avec lui. Il fallait donc franchir le Danube. Le 14, après avoir décrété la dissolution de la landwehr autrichienne, Napoléon ordonna de oommeiioer les travaux, nécessaires pour le passage du fleuve. On choisit un point à deux lieues de Vienne, où la masse des eaux est à la rive droite , et dft eiie est divisée d'abovd pur deux Iles et trois bras, ensuite par la grande Ile* trian^laire de Lobau, enfin par un bras qui forme , au moyen d'une des pointes de Ttle, un rentrant oonsidé* rable. T^n grand pont de cinquante* quatre bateaux fut jeté sur tous ces bras et ces lies; le 21 mai, trois divisions passèrent, se déployèrent dans la «Mie plaiiM de MaidiWt EUce s'éta*
blîssaient dans les villages d*Aspérn et d'EssIing , lorsqu'une crue subite du Danube, venant à rompre les ponts, les laissa sans communication avec la rive droite. Réduits à 30,000 hommes, contre des forces triples et deux cents canons, les nôtres, guidés par Lannes et Masséna, défendent les villages avec un acharnement héroïque , et parviennent à s'y maintenir. La nuit ayant suspendu le combat, l'empereur en prolite pour réparer les ponts, pour faire passer deux divisions à Masséna, une division à Lannes ; Davoust et les parcs devaient les suivre (22 mai). Alors nous prenons l'offensive avec 50,000 hommes : le centre ennemi est enfoncé du premier choc; notre ligne se trouve déjà déployée au milieu des Autrichiens, et Davoust va franchir le fleuve. Mais la crue des eaux, qui redouble, emporte et les ponts et les bateaux, à Teioeption de ceux du dernier bras.
Ce fut un terrible coup de la fortune : nous étions acculés à un fleuve immense, avec une armée double en nombre à contenir, et nos soldats manquaient de munitions. Vaincu pour la
Sremière fois, sinon par les hommes, n moins par les éléments, Tempereur ordonne la retraite. « L'ennemi se ranime; les deux villages sont encore le théâtre du plus terrible combat ; on se prend corps à corps ; les Français ne se servent plus que de la baïonnette ; enfin , après avoir perdu et repris six fois les villages, ils en restent les maîtres; les Autrichiens, rebutés, n'agissent plus que par une canonnade insignifiante : un de leurs derniers boulets enlève Lannes! Sa mort consterna l'armée : » C'était le brave des braves, dit « Napoléon ; son esprit avait grandi au « niveau de son courage ; il était devenu « un géant! » Tout le monde voulait
âu'on repassât sur-le-champ à la rive roite; mais on ne pouvait le faire qu'en bateaux, en abandonnant les blessés et l'artillerie, et sous le feu de l'ennemi, o Il/aid rester dans Lobau , dit « Napoléon , ou rUroffroder jusqttau ' <t /?/rm.Nous attendrons rarméedTtalie.
« Masséna , tu achèveras ce que tu as si « glorieusement commencé : il u'v a que « toi qui puisses en imposer à rarchiduc»*
Alora on fltp^^r daqa lea btai»
Liyiiizuo by v^O
iés, lei ewons, les débris de la bataille; Français. Le général tusse avait fiflicilé
ensuite Ica troupes évacuèrent les denx rarcfaiduc Ferdinand de ses succès,
villages, sans que l'ennemi, contenu par auxquels il espérait, disait-il, coopérer
Masséna , osât les inquiéter ; on s'en- bientôt *, ses troupes avaient refusé de
tassa dans Ttfe pendant trois jouia, chasser les Antrkliieiis de Varsovie, et
Jusqu'à ce que les ponts fussent réta- elles travaillèrent uniquement à apaiser
(lis; enfin l'armée repassa à la rive l'insurrection fomentée par Poniatow;ski
droite , en gardant Lobau comme tête de pont pour un deuxième passage.
« Napoléon avait reculé : les Autrichiens poussèrent des cris de victoire ; tous les ennemis de la France tressaillirent de joie-, les mécontents de Tintérieur s'agitèrent avec espérance ; le cabinet prussien leva 100,000 hommes; en(in l'Angleterre se disposa à jeter une armée dans TAUemagne du nord. Il fallait à la France ane grande victoire ; Pempereur la prrpara par un ropos de six semaines , et attendit les nouvelles des deux ailes extrêmes de lu grande armée, en Italie et en Gallicie (*). »
Une grande victoire était d'autant plus nécessaire que, si les insurrections partielles provoquées en Allemagne par
dans la Gallicie. Voici comment Butturlin explique la conduite de l'empereur Alexandre : « D'un cdté, il n'était pas de son intérêt de coopérer à la ruine de la seule puissance qui présentait encore une masse intermédiaire entre lui et l'empire de Napoléon ; d'un autre coté, il ne pouvait refuser lynssister la Frnnce sans violer ouverte^nent les en-
âageuients contractés envers elle, et ont aucune infraction de la part de Napoléon n*avait affaibli la sainteté Singulière excuse ! Pourquoi promettre ce qu'on ne voulait pas tenir , ce qu on pouvait refoser? Mais ce sont précisément les promesses accompagnées de rélicences qui ont valu à l'empereur moscovite le surnom de Grec du Bas-
des chds de bande avaiei^ à peu près Empire 1l\ est vrai que IVapoléon n*é-
échoué, l'insurrection du T3[rol, pays catholique et dévoué à la maison d'Autriche , présentait rénerjgie sauvage , le fanatisme et la fâtxité de Tinsurreotion espagnole. Après la retraite d*£s»> ling, les Tyroliens reprirent les armes avec un nouvel acharnement, et firent réyolter toutes les Alpes depuis Laybach jusqu'à Constance.
Cependant le prince Eugène , qui , d'abord repoussé par l'archiduc Jean jusqu'à l'Adige, avait ressaisi l'avantage,
()arvint à franchir le Semmering. Vers e milieu du mois de juin , après avoir complètement battu l'archiduc sur le
tait pas très-franc non plus, et qu'il entendait la bonne foi un peu à la manière du sénat romain ; mais comment oser
Krier de la sainteté des engagements, rs^uMl s'agit d'un prince pour qui le sentiinent de ramitié lui-même n*eut rien de sacré?
En attendant le moment de rouvrir la campagne. Napoléon prit une mesure d'une grande iniquité et d'une violence si extrême, qu'elle semblait un déJi jeté à ses ennemis, qui, disait-il, s'étaient tous donné renaez-vous sur sa tombe, mais qui u' osaient s'y réunir. Le 17 mai , pour mettre un terme a ses que-
Raab, Eugène, à la téte de ses braves, relies incessantes avec le pape, il signa, s. . • ' |g Schœnbrunn, un décret qui prononçait la réunion des États de l'Eglise à l'Enipire français. « Charlemagne, notre auguste prédécesseur, disait-il , en concédant certains domaines aux évéques de Rome , ne les leur avait donnés qu'à titre àe^fiefs, et sans que Rome cessât de faire partie de son
wint se rminir à la grande armée.
En Poloîjne , r.irfhidnc Ferdinand était entré (dans Varsovie, d'où Poniatowski l'obligea de sortir oar une marche aodaeleaas dana la Gallicie. Le V juin, Ferdinand évacua Varsovie «Hsr se replier sur Cracovie. Les 2.5,000 Russes que le czar avait envoyés bien à
regret dans le duché de Varsovie , se empire. » Malgré la force de cet arga-
condoisaient en alliés des Autrichiens meut historique, l'Europe fut indignée Dlutôt qu'en alliés des Pokmais et des de la brutalité de l'empereur envers le
pontife romaiu. Nier que les papes fus-
(*) Lavallée, Histoire des Francis,!. lY,
•Mt appeMs, pir loir mission, à eMf- atPiit recui M mmâM Mff le tiilw
O0r la puissance temporplle , c'était une pontiflcal.
thèse fort soutenable dans le dix-neu- Pour faire oublier cette injustice,
vième siècle, surtout après l'expérience Napoléon comptait sur quelque suc*
ëelaflMalilté; mats privtr le pape des oès éclatant. Le 5 juillet, à mimiife,
domaine-, ecclésiastiques, c'était plus et au milieu d'un terrible orage, la
qme nier sa puissance temporelle, c'était grande armée, trompant la vigilance de
h dépouiller de son autorité spirituelle l'ennemi , dont l'attention avait été at>
en même temps que de SM £tati. tirée daedié de Lebm par une atta^
Quelles garanties d'indépendance , en simulée, passa le fleuve sur quatre ponts
effet , pouvait encore présenter le chef improvises plus loin avec une rapidité
de l'Église catholique, dorénavant sou- sans exemple. Aux premiers rayons du
mis aux captieei d'un suzerain Kml- aeteil, elle se Ireuf a eu bataille sur Tex-
imieBant , n'ayant ni lieu rti Heu , et toii- tréne gauche de rennemi, ayant tourné
jours dans l'alternative de se soumettre ses camps retranchés, rendu inutiles
au premier signe du maître, ou de s'ex- des travaux de fortifications auxquels
poser au rôle de martyr à la moindre Us se livraient depuis six senaises, et
tentative de résistance ? Sans un terrain obligé ainsi les Autricbiens à sortir de
neutre et déclaré inviolable, évidemment leurs positions pour combattre sur le
il ne saurait exister aucune indépen- terrain choisi par l'empereur. Le prince
dance spirituelle pour le pape; réteuUue Charles, surpris de cette manœuvre,
ée ses Etats peut prêter matière à ooo- .unique dans rhisteire de la guerre, se
testation; mais ce qui est hors de doute, retira obliquement sur Wagrain, et re-
c'est qu'il faut que ses Étals soient in- forma ses lignes derrière le Russbach.
violables ou qu'il cesse d'exister. Le 30 Après quelques attaques que la nuit
juin , le pape répondit au âéeM de vint interrompre, la grande bataille fut
Schœnbninn par une bulle d'excommu- remise au lendemain. Comnie l'avait
nication qui fît une vive sensation en prédit l'empereur, elle tourna a notre
ltalie,en Allemagne, et même en France, avantage. Cependant, toute glorieuse
On a quelquefois reproché à Pie VII qu'elle fut, la victoire de Wagran était
d'avoir pris ce parti extrême pour un loin d'égaler celle d'Austerlitz : la perte
motif purement temporel -, mais, encore des vainqueurs était presque aussi fîran-
une fois , quel exercice peut faire de sa de que celle des vaincus ; le prinœ
f^issanee un dnf spirituel , sens un Charles restait avee une armée .de
asile inviolaUe. Ce guMl faut blâmer 150,00o hommes, et il allait être |oiiit
dans la conduite de Pie VII, suivant par l'archiduc Jean, qui avait déjà re-
nous, c'est bien moins son énergie dans passé la Marche. On se mit a la pour-
«ette circonstance, que ses idîéee rétro» suite des Autrichiens : après pkisteuni
flrades et sa liaison avec les ennemis de combats d'arrià#e-gttrde, on les atte i;^nif
la civilisation et du pr<^rès. T,a réponse à Znaïm, et une nouvelle bataille s'en-
à la bulle d'excommunication ne se lit gageait (12 juillet) , lorsc|ue le prince
pas loDgtepaps attendre : le b juillet, Cbarits proposa un armistice. IVapoléoli
sur Tordre de Muret, le général Miolils consentit à une suspension d'armes* flt
fit enlever le pape, qui protesta noble- des négociations s'ouvrirent à Altem-
niciit contre cette violence, mais qui bourg, puis à Vienne. L'Autriche ne
ji'en fut pas moins traostaré àGrenoMe. voulait. 4ue gagner du temps pour cour
It'empmur , qui , dift«OB, B*avi»ift pds centrer ses mees et fwur atteodve Fi»>
-ordonné cette mesure brutale , n'en ac- sue de la diversion que devaleoit opérsr
cepta pa-4 moins le bénéfice et la res- les Anglais dans le JNord.
ponsabilite : li donna des ordres pour En elïet, le cabinet de Saint-James
fue le pape fût eonduit à Savane, et avait jeté les yeus auf la Ddglque. Le
traité avec de grands honneumt mus le 8 aoât , une Hotte anglaise , composée
pontife resta dans sa chambre, prison- de 40 vaisseaux, de 30 frégates, et d'une
Bier, ioé^rafilable dans sa résistance, et foule d'autres bâtiments , débarqua
décidé à tout souffrir pour conserver 40,000 bomneaidaBi IHs de Wakteen.
intacts à ses saocessMii,lel Mts:4|tt'il Le 15 août, la ville de Flessivfue capir
tola, aprèf un kNÉbMkmsiitdi ttmàt lis taenret; mais les Anglais essayèrent
vainement de s'emparer d'Anvers. Lord Chatam, le frère atné de Pitt, fut obligé d'ordonner la retraite , après aroir perdu 10,000 bomoMsdms las marais de Walcheren. La garnison qu'il laissa dans Fiessingue fut obligée d'évacuer cette place le 24 décembre ; elle se vengia en dAtralsant tous les ooTrai^.
Ahni se termina, à la honte de l'Angleterre , cette fameuse expédition de Belgique f qui était destinée à soulever rÀNeniagne da nord. Les An« glais n'eurent pas même la consolation de dominer le cours de l'Escaut, ce ileuve qui menace la Tamise, ou de dé> ttnire Antws, cette viUe qui, svivaol une expression de Napoléon , était un pistolet ehsfgé an oœor de l'Angleterre.
tes espémiGes 4|n'a?ait fondéss I*Ab* tffebe sur les événementu d'Espagne <■»
rent on peu mieux remplira , sans cependant que son agression eût sauvé l'Espagne. Depuis le départ de i'empenor, il n'y avait pas d'unité dans le commandement ; Josepii n'était pas obéi; les maréchaux se jalousènnit entre eux, et tous, se rappelant que ISapiMon avait parlé de aiviser l'Espagne en un arond nombre de vice-royautés, visaient à des couronnes. La guerre d'Ëspagne, sans l'empereur qui pou- Tilt seol la oondolre, devait n*éire u'une série de tentatives avortées , 'expéditions sans lien, de combats et d'etïorts inutiles : l'Angleterre le savait Men , et voilà pourquoi elle n'avait re* onlé devant aucun sacrifice d'argent pour exciter un soulèvement en Allemagne et faire prendre les armes aux Aotridhieks. Soult essoya vainement de nyiimdre le Portugal ; mal soutenu par Mey et par Victor, il fut obligé de revenir sur ses pas , après s'être avancé jusqu'à Oporto. Dans tmite l'Espagne * ■as soldats •'éfiûsaient à vaincre { !«• armées battues se reformaient comme par enchantement avec les firisonniers qui s'édiappaient et les insurges de ekaquo provineo» Toutefois, dans VÂf raf^on et dans la Catalogne , Suchet et Saint-Cyr obtinrent des succès plus déeisife. Sucbet parvint à faire de l'Ara- 000 It pitovioM h 'fUm MoniM et to
leiléeà il y eftt fÉriliUeflieit we âdp
nainistiMimi frdnfaiie.
Quant à la Russie, l'Autriche n'avait aucun seœurs effectif à en attendre , nraintenant qu'elle était vaincue ; ce n'était qu'en cas de SMsès foe le cabinet de Saint-Pétersbourg avait promis son assistance. D'ailleurs, les armées du czar faisaient la guerre à la flnède et à la Turquie, seeriflén par Napoléon. Contre les Turcs , les succès des Russes se bornèrent a la prise d'Ismaïl et de Brahilow; mais en Suède, profitant de l'hiver t^i avait efaangé la ualtique en une plaine de glace, ils se rendirent maîtres des îles d'AIand, et vinrent menacer Stockholm. Alors , le IS mars, lès Suédois se révoltèrent contre Gustave 1V« qui fiit contraint d'abdiquer; le nouveau roi, Charles XIII , s'empressa de demander la paix a la Russie, qui ne l'accorda qu'au prix de la cession définitive de la FiniMde et des îles d'Ainnd. Quoique ayant obtenu plus qu'on ne lui avait promis, le czar ne se montra pas moins exigeant. . n Sans ma confiance en vous,» lui éeri*vait Napoléon , « plusieurs campagnes- « très-malheureuses n'eussent pu ame- « ner la France à dépouiller ainsi ses « anciens alliés ; la Moldavie et la Vala- « chie font le tiers de la Turquie d'Eu- « rope : c'est une conquête immense , « qui , en appuyant l'empire russe sur « le DanuM^ été toirte sa force à ia « Turquie , et, on (}eut même le dire, « anéantit l'empire ottoinan. De même, a dejiuis la réunion de la Finlande , qui « foitio tiers des Étals suédois, on peut « dire qu'il n'y a plus de Suède, puis- « que Stockholm est aux avant-postes « du royaume. » Cette lettre ne diminua SB rien les exigenoes d'Alexandre. Dans les nésooiatiens de Vienne, Napoléon ayant demandé à l'Autriclie la cession de la Gallicie, le czar s'y opposa. «L'idée (* de rétablir la Pologne, écri^t-ii, germe
• dans toutes Iss tites; elle n'y eeiMse «pas connue un vœu secret, elle se « prêche conutie une croisade. » Y.t il demanda l'eu^j^cment J'otmei lio ne jamais nétablir ce royaume. « Le rnsme, « est aasez grand , répondit I9apoléen, « pour que iwuh vuksions nous enfen-
• dre. » — « Su s'agit du rétablmf- « mefU4i^ P(ilogm\ réplique le oser,
Liyiiizuo by LiOOgle
100 amniBCFiRu^) L'univers, bhpibb (FnaçiM)
« NapMm te trompe : dam ce caB4à, * pour nous arranger le monde n^est « pas assez grand... » Était-ce donc là cet accord que devait établir la confémiee d'Erfiirtii, laquelle , diaprés Napoléon, devait r^er les affaires du monde, de manière qu'il prtt rester quatre ans tranquille sans même une explication ?
Le 13 octobre, la veille du jour où fut signé le traité de Vienne, Napoléon manqua d'être assassiné dans le parc de Sciiœnbrunn , au moment où il passait la revue des troupes. Berthier et Rapp étaient aux côtés de l'empereur.
Tout à coup un jeune homme de dixhuit ans , d uâe ligure noble et douce , s'efforce d'arriver jusqu'à Napoléon, en passant à travers les files de soldats ; son einpressement le rend suspect; on r^rréte, on le fouille, et l'on trouve sur lui un grand couteau nouvellement affilé , quatre frédérics d'or et un portrait de femme. C'était un fanatique, sacrilie par les meneurs des pietés secrètes; il se nommait Frédéric Staub; son père, ministre luthérien, avait une grande réputation de piété et de vertu. Napoléon voulut l'interroger lui-même : «... Que me vouliez-vous ? — « Vous demander la paix,'et vous poi- « enarder si vous refusiez de m'enten- « dre. — Quel mal vous ai-Je fait ? — « Vous opj)rimez ma patrie et le monde « entier. Si vous ne ftiltes point la paix , « votre mort est nécessaire au bonheur «de l'humanité. Vous tuer n'est pas « un crime , c'est un devoir que d'au- « très vrais Allemands rempliront après « moi; c'est la plus belle action qu'an « homme d'honneur puisse entrepren- «dre... Mais j'admirais vos talents; je « comptais sur votre raison , et, avant « de vous frapper , je voulais vous eon- « vaincre. — .... On a trouvé sur vous « un portrait de femme ? — Ma meil- « leure amie, lu fille adoptive de mon «vtttueux père. — Quoi! votre oeéàr « est ouvert a des sentnnents aussi doux, « et , en devenant assassin , vous n'avez « oas craint d' affliger , de perdre les « êtres que vous aimiez ? — J'ai cédé à « tme voix plus forte que la tendresse. « — Si je vous faisais grâce , quel usage « leriez-vous de votre liberté.^* — Mon « projet a échoué ; vous êtes sur vos
« ^stretet ... Je retoumerafs paisiMemsnt
« dans ma lamille. » Suivant une autre version, Staub aurait répondu à la dernière question de l'empereur : « Je ne « vous en tuerais pas moins. » Mais ce qui rend cette version peu probable, c'est que Napoléon incimait à la clémence; on ajoute même que, encore après la condamnation , il voulait lui taire grflGe.^Halhetireusement des circonstances inconnues, des révélations peut-être, gui lui firent voir, dans le jeune fanatique, un instrument de la oour de Vienne , l'empêchèrent de suivre ce généreux dessein. Le lendemain, après la conclusion du traité de paix, Staub , condamné à la ^eine capitale par une commission militaire, reçut la mort avec calme; En tombant sous' les bafles, il cria : f ive fa paiœ! vive la liberté! vive V Allemagne! Les mots glorieux de Mtrie et de liberté , que la France avait fait retentir la première , étaient donc maintenant , et par les fautes de l'empereur, prononcés par les étrangers comme une menace contre nous !
Comme on vient de le voir , la paix devienne fut signée, le 14 octobre, avec l'Autriche , après trois mois de négociations, pendant lesquelles les plé^ nipotentiaires furent changés de part et d'autre, aussi bien que le siège des conférences, d'abord en Hongrie, et ensuite à Schœnbrunn. Humiliant pour l'Autriche , le traité de Vienne ne valut à la France que des avantages purement matériels; ce fut un remaniement de territoire à notre profit , au profit de nos deux plus puissants alliés en Allemagne , et dans lequel la Russie trouva encore moyen de se faire donner quelque chose aux dépens des Polonais, comme à l'époque du traité de Tilsttt.
L'Autriche céda : à la France, llstria» la Croatie et la Carniole , qui reçurent depuis le nom de provinces i/h/riennes ; au roi de Bavière, le pays de Salzbourg, Braunau et les -districts sur Urni; em roi de Saxe, pour être réunie au duché de Varsovie, la Gallicie occidentale; enfin , à la Russie , une portion de la Gallicie orientale. Elle adhéra au sya«* tème contineatal, reconnut Joseph pour roi d'Espagne , renonça à la grande maîtrise de l'ordre Teutonique, paya 8d millions pour les frais de la guerre,
tfmil (IN»tlç«U) nLÂMCÈ. «Imtt (Françâk) SOI
et prit rengagement de n'avoir sur pi«! que 150,000 hommes. Trois ans aupararant, le traité de-Presbourg avait ré* duit la monarchie autrichienne, de 25 nii]iion.s de sujets, à 22 millions; le traité de Vienne lui en enleva encore S milliont et demi. De plvs, elle se trouva coupée de toute communication avec la mer ; entamée sur le Danube , par la Bavière \ entamée sur les Aipes Norigues , par la frontière française , qui fut portée à quarante lieaes de Vienne. Cette fois, l'Autriche était complètement isolée de l'Angleterre, et cernée de tous côtés par les aTant-postes de Tempereur.
Cependant c'était trop ou trop peu ; car de nombreux précédents avaient montré (jue des cessions de territoire ne pouvaient pas rétablir la paix d'une manière durable. L'empereur avait d'abord médité des changements plus sérieux ; il s'était demandé s'il ne serait pas plus prudent de démembrer la roonarcnie autrichienne en séparant les trois couronnes de Bohême, d'Autriche et de Hongrie ; il avait eu un moment l'idée de létrolatiooner tout l'Empire, en^détr^naiit Fïraiieois , à qui il aurait donné pour successeur Ferdinand , son frère, grand-duc de Wurtzbourg, en détruisant la noblesse féodale, et en accordant une constitution à chacun des trois nouveaux royaumes. Mais il n'eut pas l'audace de rt'.iliser ce projet; il fut eifravé de ce retour vers la politique révolutionnaire , dont il s'était si imprudemment écarté. Malgré la résistance opiniâtre des Espagnols , malgré les murmures de l'Allemagne et ses insurrections partielles , malgré la tentative d'assassinat de Staub, malgré le premier avertissement que semblaient avoir voulu lui donner les éléments à Essling, enfin , malgré la nature et les hommes, il se crut toujours assez fort pour assurer le triomphe de ses plans de domination universelle , qu'un pareil chan-
Sement de politique l'aurait contraint 'abandonner. Il est certain qu'avec un système franchement révolutionnaire, if aurait été difficile de conquérir ou seulement d'agglomérer les différents peuples de I Europe; mais n'y avait-il pas quelque dio^a de beai'.coup plus
grand encore à faire î X^'aurait-ii pas
été facile, tout en respectant le système fédératif qui sert de base au monde européen, de régénérer toutes les nations modernes , sans vouloir les pétrir à l'image de la France, et de devenir leur bienfaiteur, sans leur imposer des bienfaits qni cessftient de mériter w nom , puisqu'ils étaient miêlés de violence et d ambition? Au reste, n'ayant pas le courage de renoncer à ses illusions et de revenir franchement à son origine réfolutionnaire , Napoléon agit aveeprudenoi en ne démembrant pas la monarchie autrichienne. N'étant ni préparé par une conversion réelle, ni justifié par le besoin de faire prédominer les goiiver^ nements populaires sur les gouvernements absolus, ce coup d'audace aurait
f»u soulever l'Allemagne à Texeuipie de a péninsule hispanique, et permettre à l'Angleterre de monter une nouvelle coalition dans laquelle seraient entrées la Russie et la Prusse. Avec l'appui des peuples , tout était possible; sans leur assistance, il n*y avait plus que moyens dilatoires à employer , en attendant une occasion plus propice; occasion qui ne devait plus s'offrir , car déjà l'éUme de l'empereur, tout eUouiinnte ou'ello filt encore , penchait vers son déclin. Comme s'il prévoyait déjà lui-même quelque nouvelle défection de l'Autriche , il lui porta un dernier eoup avant de partir; il fît sauter les remparts de In cité de Vienne, pour que cette capitale restât découverte comme toutes les frontières de la monarchie. Tels hh rent ses adieux à l'Allemagne.
Le 26 octobre, l'empereur était de retour à Fontainebleau. Mû par le désir de consolider à jamais sa puissance, et voulant consommer son œuvre dynastique, il résolut de rompre son union avec Joséphine, qui ne. lui avait pas donné d'enfant. L*espoir de laisser un successeur, et le secret plaisir de faire entrer dans sa couche une princesse de saiig royal , le décidèrent à sacrifier la femme qu'il avait tant aimée et qui ne vivait que pour lui. C'était la conséquence naturelle des mariages aristocratiques qu'il avait faits dans sa famille : Eu.^ène avait épousé la ûlle du roi de Bavière ; Jérôme, une fille du roi de "Wurtemberg; deux nièces de Joséphine s'étaient alliées, Time au grand-
ait (HBHMi9Mi vuums. mmmwtmM
éuc de Bade, l'autre au duc à'Xtmbêvg ; toigÉMtoMix eux-roênies épmaiaildaf
princesses; Berthier avait pour femme une nièce du roi de Bavière , etc. Le 16 décembre 1809, un sénatus^ consulte prononça it diiioliitie» ém aiariage civil de renipereur et de l'impératrice , et Tofficialité de Paris la dissolution du mariage religieux. Aoeabiée de douleur, mail pleiae de iéiignalioo« teffMa»
ae nlira à la llalmaiaon. • C'est pour « l'empereur que je tremble, disait»
c elle. Qtd stUt où va lejporter son am- « MAkwf Cest à qui lui donnera une
• femme. Encore s il prenait une Fran^ « faiseî La dernière des bourgeoi- « ses serait plus agréable à la na- « tion qu une princesse étrangère
• Je neiwie nn Mmirede trime prea* « sentiments. Une étrangère livrera « les secrets de l'État, le trahira peut-
• étrei... V Joséphine avait bien (jueimm torU I loin de oMdérer Tanihititti cw Naiioléon , die ne Tavait que troa poussé à s'emparer de la couronne, à e'entourer d'émigrés et de partisans de Faneien régime ; m oe eew , alla étail un peu la canee de son malheur» Cape»* dent les Français n'en furent pas moins affligés du divorce de j>iapoléon; ils étaient habitués à regarder Joséphine eoannie ses te» ange ; en le voyant répudier, au moment de sa plus grande prospérité , la compagne qui n'avait pas été sans quelque inQueuce sur son eléftttion , ile eommenoèrent à douter de son coaur, et ils comprirent que son divorce avec la révolution était définitif. Us allèrent jusqu'à se demander si celui qui aacrfflait une fismine i>ar aanUtioa ne pouvait pas, par ambition aussi, jouer légèrement les destinées de la France, dans un but grandiose, mais par trop personnel. Leurs tristes presfentinaents, ausei bien que ceux de Joséphine , ne tardèrent pas à se réaliser.
La session de 1809 ne fut ouverte que le 3 décembre. Dans son discours, l'empereur annonça au Corps législatif que, a l'exception rfe l'Espagne, le continent étnit en paix. Fn effet, après le traité de Vienne , l'armée d'Italie avait soumis le Tyrol ; d'un autre côté , l'Angleterre avait été obligée d'évacuer Fiessingue; enfin , la Suéde elle-même avait mis bas les armes. Le Corps législatif
Képondit, comme d'habitude « par am adiease qui était un naodâla éTadMaHaa, Du reste , la session ne dura que ct»<
Suante jours, et elle fut peu intéressante. In vota plusieurs projets relatifs à des ^Matiana d'aénmiistratiatt loeaie ; maia
la loi la plus importante fut celle du budget. Tout pour les intérêts matérieLs et pour la grandeur physique; rieo pour lea droits politiques , pour la li« berté ou pour la grandeur aaoraia ; tdie paraissait être la deviae dn gouvarM»
ment impérial.
Le roi de Prusse avait adopté le sya« tème contraire : pour consoler les Prussiens de l'état d'abaissement où avait été réduite leur monarchie , il affichait des tendances hbérales et civilisatrices.
, en 1S07, il avait fondé les universités de Berlin et de Tlreslnu ; il avait supprimé les juridictions héréditaires, avec indemnité aux possesseurs ; ii avait atfaoé ia diatinetioB des lèvres noMea, donnant à chacun la liberté d'en acqué* rir et d'en disposer librement. Kn 1808, ii avait aboli les punitions corporelles dans l'armée; donné à tout aoMal, Quelle que flkt sa naissance, le droit d'aspirer au grade d'officier. En 1809, it ouvrit à tout le monde l'accès aux erades supérieurs , et il soumit ia no- Messe à Timp^ foncier.
Ainsi , pendant que Napoléon s'écartait, autant que possible, des [irincipes de la révolution française pour concen-* tver en lui une plus 'grande, fuissanoa dictatoriale, ses ennemis dierebalent des forces dans les principes de cette même révolution. Pendant qu'il détruisait la liberté en France, le roi de Prusse donnait un commencement d'ina* titutions libérales à ses sujets; pendant que l'empereur français portait atteinte au grand principe d'égalité dans le pays où il avait pris naissance, le roi d« Prusse appliquait dans ses T'itats cè même principe d'égalité proclamé par la Constituante et sanctionné par la Goiiventloii. L'An^eterre aflfeetait de vanter plus ipie jamais les avantages de son régune constitutionnel , et de représenter les Français comme un peuple d'esclaves, certaine de diminuer, par cette comparaison,, le crédit et la gloire de son ennemi personnel. L'Autriche elle -même semblait avoir secoué M
f ieiiie t«r{teiur ; ia créatîoQ de m niJiae fxèf^m ? Voilà (se que tout le monde
nationale (landwehr ) était tto pramiar ia denundail. Ppur lui > «omma il voii-
appel à la ftfoe populaire. Plus ^ia- iait luie aUiam polit'que en même
maig, le czar se montrait dur envers les temps qu*une alliance d'nmbition , qui,
nobles russes, et favorable aux es- en ajoutant à Hilustration de sa race,
daves et aux paysans. A mesure que la le plaçât sur le même rang que les rois
révolution perdait du terrain en France, de naissancet il y/il peu d^aFanti^erdana
die en gagnait cfaaz lea aulns penplaa un mariage avec une Française, et il
de TËurope. hésita entre une princesse saxonne, une
Ce diangement soudain , ee déplace- princesse russe et une princesse autri-
«ent dea loieea vives de rEarope an- drienne. I^jà son diinoroe eonunençait
rait dû avertir l'empereur des dançers à lui susciter de graves embarras. Une
que lui faisait courir son ambition, alliance avec une princesse russe aurait
Plus ia France grandissait enpuissanee eu l'avantage de resserrer les rapports
matérielle , plus elle dinrinuAil en jpnis* dlntimité spii eiiilaient entre lui et
eanee mornlo; et bien ^*elle mt k Aleiandre ; mais la difiBbenoa de reli-
Tapogée de la gloire , le moment appro- gion présentnit (ie graves inconvénients,
chait où elle cesserait d'être invincible. Jusque-là sa politique avait pris pour
iEii efflet, d'un côté, tous les intérêts point d'appui , ou , si l'on aime roiem,
politiques, indoUvIels et religieui ee pour instrument, le catholicisme, qui
réunissaient contre nous; de l'autre, lui paraissait un des liens les plus soli-
dans la première guerre générale , nous des pour cimenter Vunm?} de la Kr-int p,
allions être réduits à combattre, au de i'tspagne et de Tltalie. Eu épousant
nom de la foroe , eantre une noufelle une Rueae, if craignait de méeonlenter
coalition qui , cette fois , combattrait ces populations d'origine romane , et
au nom de la liberté : aver notre dra- d'ébranler tout ce qu'il avait déjà fait
peau , la victoire ne pouvait guère pour fondre ensemble les peuples ca-
tnanquer de passer , tdt ou taid , dans tboNques , smvomdans un moment où
ses rangs. Loin de prévenir ee change* ea brouille aivc le pape avait semé de
ment de rôles , Napoléon se crut assez nofiveaiiT ferments de discorde. Épou-
fort pour croire qu'avec le secours de ser une princesse allemande apparte-
non ^ie , il saurait dompter tous les nant au protestantisme , c'était s^expo-
mécontents, peuples et rois, avant ser au même danger , et de pins courir
qu'ils eussent !e temps de se réunir. Il le risque de mécontenter la Russie sans
expia cruellement cette erreur. une compensation suffisante de force
^fuiée 1810. Le orincipal événement ou d'honneur. Une princesse nutride cette année est le mariage de Napo- eliienne offrait cet avantage , que si , en léon. Se croyant consolida sur le trône sa qualité d'étrangère, elle pouvait isopar son alliance avec la maison d'Au- 1er l'empereur au milieu de la France, triche, l'empereur ne garde plus de me- du moins elle ne l'isolait pas de la comsure ; il devient plus despote que jamais ; munauté catholique. €ette alliance pon* il développe son système continental , vait compromettre ses rajpports avec la et en fait sortir l'incorporation de la Russie; mais elle lui répondait fil le Hollande et des villes anséatiques à croyait du moins) de l'amitié de l'Aurfimpire français ; enfin il se croit assez trfcne , et , par conséquent , de ia sonfort pour pouvoir se passer de la Rus- mission de r Allemagne. D'ailleurs , de sie, réduire le pape au rôle d'instrument tontes les puissances du continent, la subalterne, et se poser comme le seul seule qu'il n'eOt jamais humiliée autremaître de l'Europe. Les succès de ses meut que par des défaites , c'était la fiieutenants en Espagne le confirment Russie , et il ne devait pas être fiché encore dans cette idée. d'entrevoir l'épnqne où il lui appren-
Aussitot après l,i répudiation de Jo- drait a son tour à courber la téte de-
séphine , le mariage de l'empereur de- vant le nouveau Charlemagne.
vint la question à Tordre du jour. S'al- Cependant, soit qu'il doutât encore ,
lierait-il à une princesse russe ou à une soit qii*il voulût seulement mettre de
princesse allemande? Choisirait-il une son âté les convenances, il demanda
Liyiiizuo by LiOOgle
d'abord une sceur du czar. Celui-ci en témoigna vue vive satitAtetkHi; maif
un ukase de Paul P' donnait à sa veove le droit de disposer librement de ses filles. Sans doute pour ajouter plus de prisD à son consentement, l'impératrice mèra allégua la grande jeunesse de la princesse Anne. « Les idées de ma mère, « écrivit Alexandre, ne sont pas tou- « jours d'accord avec mes vœux, ni avec « la politique , ni même a?ecla raison. * Et il demanda du temps. Alors Napoléon se tourna du côté de TAutriclie.
£n quelques jours, l'accord fut conclu : Mane-Lottiiet cette même archiduchesse qui , pendant le bombardement de Vienne , avait couru de si grands dangers , partit pour la France, ou les estes les plus pompeuses (2 avril) oâébrèrent son union avec Tandon époux de Joséphine.
Au reste , voici comment Napoléon , dani'son exil , reodait compte de cet événement au docteur 0*Meara : « Dès « qu'on sut que les intérêts de la France « m'avaient engagé à rompre les liens « d'un premier niariagé, les plus grands « souverains de â*£iirope sollicitèrent « une alliance nvec moi. L'empereur « d'Autriche parut surpris qu'on n'eût ■ pas sougé à sa famille , et le témoigna « a Narbonne. On songeait alors à une « princesse russe ou saxonne. Le cabi- « net de Vienne envoya des instructions « à €e sujet au prince de Schwartzem- « berg, dors ambassadeur à Paris. On « reçut aussi des dépêches de Trinibas- « sadciir de Russie ; la volonté deTem- « pereur Alexandre était d'offrir sa « sœur la grande-duchesse Anne ; ce* « pendant quelques difficultés s'élevè- «1 rcrit à cause de la demande d'une « chapelle pour le rit grec à établir aux m Tuileries. On tint un conseil privé, et n la majorité fut pour une prinoesse «,d* Autriche.
' « J a u tur isai , en conséquence, le prince « Eugène à faire des ouvertures au « priuee de Schwartzemberg , et Ton « signa des articles de mariage sembla- « bles à ceux qui furent arrêtés pour « Louis XVi et Marie-Antoinette.
« L*empercur Alexandre fut mécono tent qu'on n'eut point donné de suite « a ses ouvertures; il crut qu'il avait « été trompé, et que deux négociations
« avaient été conduites en même temps, « ce qui n'était pas.
« On a dit que le mariage de Marie- « Louise était un des articles secrets « du traité de Vienne, conclu quelques « mois auparavant. Gela est entière»
« ment faux. On ne songeait point à « une alliance avec TAutricbe avant les « dépêches de Narbonne , concernant d les ouvertures qui lui avaient été fal» « tes par l'empereur François et par « Metternich. Le fait est que le mariage « avec l'impératrice Mane-Lduise fut • proposé au conseil, discuté, décidé et « signé dans les vingt • quatre heures, « ce qui peut être atteste par les mem- « hres du conseil encore vivants. Plua sieurs étaient d'avis que j'épousasse « une Française , et les arguments ea' « faveur de cette opinion étaient asses « forts pour me faire balancer un rao- « ment ; cependant , la cour d'Autriche « prétendit que le refus d'une princesse « d'une des maisons régnantes de l'Eu- « rope serait une déclaration tacite de « les renverser quand l'occasion s'en « présenterait. »
Ce document est d'autant plus grave qu'il montre combien les rois r^outaient un mariagede Napoléon avec une Française. Pour ne pas les mécontenter, il mécontenta la France en épousant une étrangère ; et bientôt le peuple, n'apercevant plus Joséphine à ses côtés, commença a ne voir en lui qu'un Corse marié à une Autrichienne. En revanebe, l'Autriche avait fait un excellent marché : ce mariage la relevait de l'abaissement où l'avait réduite ses nombreuses défaites; tant que Napoléon continuerait à être le plus fort, elle comptait profiter de ses droits de parenté; le jour, au contraire, où quelque retour de la fortune ébranlerait le colosse, elle était bien décidée à briser tous les liens du sang , et à faire payer un bon prix son assistance à ceux qui en auraient besoin. Voyant que jusqu'alors Tarme de la force avait été inutile , elle eut recours à la douceur ; elle sacrifia au démon delà démocratie la victime qui devait Tendormlr dans la confiance de sa fortune. « Ils l'ont avoué, disait-il 4 « Sainte Hélène ; c'i .st sous le masque « des alliances, du sang même, et sous « celui de l'amitié , qu'ils ont ourdi ma
« chute! » Ët il ajoutait qu'il aurait beaucoup mieux valu pour lut mourir
aous le poignard deStaub que d'épouser
la fille ue I empereur d'Autriche.
Comme pour confirmer le peuple dans ta croyance que VétoUe de Napoléon l'avait abandonné depuis son divorce nvoe Joséphine , les premières fêtes du mariage turent interrompues par le mauvais temps. Jusqu'alors , le soleil le plus resplendissant avait éclairé toutes les cérémonies dont il avait été le héros; pour la première fois, il se voyait trahi par les saisons. Il en fut ▼ivement afni(^é , soit par esprit de fatalisme, soit à cau>e clii mauvais effVt que cette circoiistnncc pouvait produire sur les masses habituées à voir en lui le maître des éléments, et il crut prudent de remettre les fBtes au mois de mai.
Jamais peut-être on n'en vit d'aussi brillantes ; mais le bal que donna , à cette occasion , l'ambassadeur d'Autrtcbe, fut troublé par un incendie qui manqua de devenir fatal à plusieurs personnes, et qui coûta la vie à la princesse Pauline , belle-sœur de Schwartzemberg. Séparée d'une de ses tilles, qui avait été sauvée, rnnis qu'elle ne retrouvait pas, cette niere généreuse rcfitra dans la salle enilummée , où elle pérît yictime de son héroïsme. Cette fois, le peuple se rappela involontairement le mariage de Louis XVI; il compara M I rie-Louise à Marie-Antoinette, et II se persuada de plus en plus que la bonne Joséphine avait été remplacée par un mauvais ange.
Cependant la puissance de l'empereur paraissait plus solide que Jamais. A part la guerre d'Espagne, qui continuait encore, la paix régnait sur le continent depuis le traité de Vienne, et l'Ktirope entière pliait sous l'ascendant de 1 empereur, qui faisait, défeisait ou remaniait à son gré les royaunies, et qui enrégimentait tous les peuples dans son système continental.
Dès le commencement de Tannée, 6 janvier, la paix avait été signée avec la Suède, qui avait enfin consenti à fermer ses ports aux Anglais ; plus tard (18 août), après la mort du prinoe Christian, et sur la proposition du prince régnant , les Suédois élurent pour néritier de la couronne un des lieute-
nants de INapoléon, Bernadotte, prince de Ponte-Corvo. La 14 janvier, Mec*
torat de Hanovre, moins le duché de Saxe-Lauembourg,est réuni au royaume de VVestphalie , gouverné par Jérâme , firère de l'empereur.
Le 17 février, un sénatus* consulte déclare que l'État de Rome sera divisé en deux (lej)artements de l'hluiftire français : le département de Rome et celui àc. Trasimene; que le département de Rome enverra sept déptités au Corps législatif , et celui de Trasimène quatre ; que la ville de Rome aura le titre de seconde ville de i'Rmpire; que le maire de Rome sera présent nu serment de Vemperenr h soti avènement; qu'il y aura à Rome un prmce du sang impérial ou un grand dignitaire de l'empire , qui tiendra la cour de Vempereur ; qu'après avoir été couronnés dans l'église de Notre-Dame de Paris, les em-
Sereurs seront couronnés dans l'église eSaint PierredeRomeavantIa dixième année de leur règne; que, lors de leur exaltation , les papes prêteront serment de ne jamais rien faire contre les quatre proiiositions de l'Église gallicane, arrêtées dans l'assemblée du clergé en 1682; qu'il sera préparé pour le pape des palais dans les différents lieux de l'Empire où il voudra résider; et qu'il en aura nécessairement un à Paris et un à Rome; que deux millions de revenus en biens ruraux s francs de toutes imposUioM, et sis dans les différentes parties de l'Empire, seront assignés au pape; enfin, que les dépenses du sacré collège et de la propagande à Rome rentreront dans les dépenses impériales.
Le 19 février, l'électorat de Francfort fut eri;ié en gran'i - duché , pour former un État hére;lit:iire au jour du décès du prini'e primat. Celui-ci ayant nommé le cardinal Fesch pour son héritier présomptif, un décret impérial, du I"^ mars, déclara cette nomination non aveiHie, par cette raison que les principes de l'Empire s'opposaient à ce que le sacerdoce fut réuni a aucune souveraineté temporelle. Ce même décret institua , pour successeur immédiat du
i)rince primat, le prince Eugène-Napoéon, lils adoptif de l'empereur. Xe grand - duché de Francfort se compo-
sait, à cette époque, de la ville de T. VII. 20* lÀoraiion, (Dicr. bncycl., etc.) 20
soc EimilE (Français) L'UIftVËRS. fiHFIftV (Vhinçais)
Francfort et de son territoire, de la principauté d'Ascbaffenbourg, de la plus grande partie des principautés de Hanau et de Fulde , et ae la ville de Wetziar. T<e 24 avril , un traité fut conclu , à Paris, sous les yeux de Teiupereur, entre le roi de Wurtemberg et le ^raudduc de Bade pour la fixation des limites de l^urs États. Le rn^me jour, un sénatus-consulte ori^anique réunit à l'Eni-
{)ire français tous les pays situés depuis es limitas du département de la Roér et de la Meuse Inférieure, en sui\ant le thalweg du Rhin jusqu'à la mer. Une
{ïartie de ces contrées enlevées a la Holande , qui ne respectait pas le blocus continental . contribuèrent à former le département des Bouches- du Rhin, qui eut Bois-le-Duc j)our chef-lieu. Le ti mai , un décret impérial rétmit les tles de WalcheriMi , Sud-Beveinnd , Nord- Beveland , Schonwen et Tholen, en un département oui prit le nom de département ifos ÉùueheS'de-^Eseaui, arec la ville de Middelbourg pour chef-iieu.
Le 22 niai , la partie méridionale du Tyrol fut enlevée à la Bavière et incor-
{)orée au royaume d'Italie. Kn échiinge, a ville et la principauté de Ratisbonne furent donures an roi de Bavière. Le 3 juin, le duc d'Olrante ( Fouclié ) fut nommé au gouvernement de Rome , et remplacé, à la police, par le général Savary, duc de Bovigo.
Le 9 juillet , la Hollande fut incorporée à 1 Empire français, pour la punir de ses infractions perpétuelles au blc^pus continental. La brouille de ^'apoléon avec son frère Louis, roi de Hollande, remontait beaucoup plus haut. Dès le i6 mars , un traité avait été imposé à la Hollande , par lequel le roi Louis sVngageait à fermer aux Anglais les ports de son royaume, et à interdire à ses sujets tout commerce avec l'Angleterre, jusqu'au jouroà seraient révoqués les ordrt s du conseil britannique de 1807. D^s troupes françaises devaient surveiller l'exécution de ce traité,
Î'iour garantie duquel le Brabant hol* andais et la Zélande , y compris l'île' de Schouwen, étaient cédés a la France. Ce traité avait placé le prince Louis dans une situation intolérable; pays esspntii 'li mf nt maritime, la Hollande ne pouvait vivre en respectant le blocus.
ni garder son indépendance en agissant d'une manière opj)osee à la volonté de l'empereur. Aussi, après avoir vainement essayé de fléchir son frère, le roi Louis, ne voulant pas subir le rôle d'instrument aveugle et trahir les intérêts de son peuple, résolut de descendre d'un trône où il ne pouvait rester sans déshonneur. Le 3 juillet, il ahdiuna la couronne de Hollande en faveur de son fils mineur. C'est alors que , six Jours après cette abdication, l'empereur rendit le décret suivant :
u Art. 1''. La Hollande est réunie à l'Empire.
«3. La ▼llte d'Amsterdam sera la
troisième ville de l'Empire.
« 3. La Hollande aura six sénateurs, six membres au conseil d'État, vingtcinq députés au Corps législatif, et deux juges à la cour de cassation.
«4. ...La garde royale hollandaise sera réunie à la garde impériale française. ' »
« 5. Le duc de Plaisance, ardiîtrésorier de l'Empire (Lebrun) , se rendra à Amsterdam , en qualité de lie jtenant général de l'empereur. 11 présidera le conseil des ministres, et aura l'expédition des afl'aires. Ses fonctions cesseront au r' janvier ISll, époque à laquelle l'administration française entrera en exercice.
« G. Tous les fonctionnaires publics, dequelque classe qu'ils soient, sootOOA> firmés dans leurs emplois. »
Si Temperenr s'emparait de la Hollande, c'était , disait-Il, pour compléter son système de guerre , de politique et de commerce, et il ajoutait : « D'ail- « leurs ce pays est réenement une por- « tion de la France, puistjii'il n'est que « l'alluvion du Rhin, de la Meuse et « de l'Kscaut, c'est-à-dire, des gran- « des artères de l'Empire; enfin, c'est « un pays nécessaire à la restaura* « tion de notre marine, et un coup « mortel porté à l'Angleterre. » De tels principes n'étaient pas de nature à rasmrer les différentes nations de TEurope sur le maintien de leur indépendance. Ils étaient, à la vérité, la conséquenre dn système continental; mais les {hi pies, qui ne partageaierit
{>.is les naines de l'empereur contre 'Angleterre, et qui ooiuinençaieiit à
Liyiiizuo by <jO
EMPIRE (Français) FRANCE.
Toir que le blocus était unè arme à deux tranchants, tournée contre eux aussi bien que contre les Anglais, se criaient contre la politique de Tempe»
renr. Les hommes d'État disaient avec raison que si le blocus portait préjudice aux intérêts financiers de l'Angleterre, ce mémo blocus lui apprenait a se pas* ser de l' Europe, et augmentait encore sa prépondérance sur les flots, en Tautorisant à opposer son système mari* time an système continental de Tempereur. Napoléon, qui n'avait plus pour lui que la force matérielle, mais qui croyait tout possible avec cette arme, son enne favorite, laissa crier TEurope et la France, qui Taccusaient de tyran* niser jusqu'à sa famille, et n'en garda pas moins la Hollande. D'une ancienne amie, 11 se fit une ennemie de plus; mais il s*en consola en pensant que la coittreb m^le nriglnise nvait perdu un de ses principaux débouchés, et que luimême avait ajouté à son territoire uue acquisition du plus haut prix.
Le 5 août, les départements de Rome et du Trasiinène, formés des États pontificaux, furent érigés en gouvernement général. L'administration de Tenregis* trement s'empara de tous les biens dei évêchés, des abbayes et des chapitres appartenant aux prélats q^ui avaient refasé de priSter serment a l'empereur.
Il n*y eut de conservé que les quatorze diocèses dont les évéques s'étaient soumis à la formalité du serment. Le 18 août, comme on Ta drja vu, les Suédois choisirent Bernadotte pour héri* tier présomptif de la couronne. Le 22, le prince Louis Napoléon, u;rand-ducde Berg, lils mineur de i'ex-roi de Hollande, ayant été amené à Saint-Clood , l'empereur Paccueillit avec tendresse jamais, au lieu de lui rendre la couronne que lui avait cédée son père, il pronon^ dee paroles qui eurent un grand retentissement dans toute l'Europe , et qui y produisirent presque autant d'effet qu'en aurait produit une nouvelle acquisition de territoire. «Yenex, mou (iis, lui « dit -il en l'embrassant; je serai fotre «père, et vous n*y perdrez rien. La « conduite de votre père afflige mon « cœur ; sa maladie seule peut Texpli- « qner. Quand vous serea grand, tous * ^eres m dette et la vdtn, iVMMni
EMPIRE (Français) 807
u Jamais, d.ins quelque position que « vous placent ma politique et l'intérêt « de mon empire, que vos premkn d«- «TOin sont envers moi, vos eeeaikb « envers la France : tous vos autres • devoi rs, même ceux envers les peuples « que je pourrais vous cot^/ier, ne vien-
nent qu'après. » Inséré dans le Mb* nîteur officiel^ ce langage ét;iit évidemment à l'adresse de tous les lieutenants de l'empereur qui occu{)aient des trônes étrangers; pour l'Europe, c'était Wk défi (jui voulait dire que Napoléon la regardait déjà et la traitait en province conquise.
Le 17 novembre, le roi de Suède dé* Clara la guerre à rAnglelerre, ordonna la cessation de toute communication avec ce pays , et la saisie de tout bâtiment anglais qui pourrait se trouver dans les ports suédois. Quelques jours auparavant, les villesanséatiquesavaient été réunies à l'Kmpire français. Le IS novembre, un décret impérial avait également incorporé le Valais à la France i le 14 du même mois , le général Bcrthier en avait pris possession au notn de l'empereur.
Enfin, le 8 décembre, comoie po«r aanctionner toutea les aeqnisitioiis nouvelles, un sénatus - consulte organique déclara partie intégrante du territoire français : la Uollaude , les villes anséatiques, le Lauembourg, les paya situés entre la mer du !Sord et une lîi;ne tirée depuis le confluent de la Lippe dans le Khin jusqu'à Ualteren; de Halteren à l'Ema, au-dessus de T<4get; de l'Ems au confluent de la Werrn, dans le Weser ; et de Stolzenau sur l'Elbe, au - dessus du confluent de la Steckntete. Ces pays formèrent dix départements ainsi nommés : Zuyderzée, Bouches-de-la-Meuse , Yssel-SÛpérieiir, Bouch^*s-de-^Yssel , Frise, Ems-Occidental , Ems-Oriental , Bms-SupérleBr , Bouches-du-Weser , Bouches-de-l'Elbe.
Les villes d'Amsterdam , Rotterdam , H.nnbotirg , Brème et Lubeck furent comprises dans les bonnes villes dont les maires seraient préiieiits au eemient de Tenippreurà son avènement. Un autre séiuitus - consulte organique du même jour régularisa la réunion du Valais a la France, sona le nom de dé* Bartement duSinpioÉ.
EMPIRE (('lançais) L*l)NIVERS« EMPIRE (Fivinçais)
Une chose remarquable , c'est que le
f)remier sénatus-consulte qui confirmait a réunion de la Hollande, y avait ajouté comme accessoire , sans préambule et sans préparation , celle de toutes les côtes depuis l'Ems jusqu'à l'/'Ube, avec les villes anséatiques ; ce qui enlevait cinq cent mille âmes à la Westphalie, une partie du duché de B^rg, tout le duché d'Aremberg, la principayté de Saim, le duclié d'Oldenbourg, le duché de LÂuenbourg , les villes de Brème, de Hambourg, de Lubeck. «Un « nouvel ordre de clioses régit rimi- « vers, dit l'empereur. De nouvelles « garanties m'etnnt devenues nécessai- « res, la réunion des embouchures de « TKsnaut, de la Meuse , du Rhin . de « l'Kins, du Weser et (le I Klbe à TEm- « pire, m'a paru être ia plus impor- « tante. Des mdemnités seront données «-aux princes qui pourront se trouver « froisses par celle grande mesure que « commande la nécessite, et qui appuie • sur la Baltique la droite des frontières « de mon Empire. » Jusqu'à cette époque les incorporations avaient été faites avec quelques ménagements ; ce dernier agrandissement fut inattendu i brutal, et de plus déclaré permanent.
Par suite de ces agrandissements successifs, l'Empire français s'étendait de la Baltiiiue au Garigliano, de TAdriatique à I Océan. Il couvrait l'espace compris entre le 54' et le 4r dej^ré de latitude, et il embrassait 24 degrés de longitude. Sa surlace, d'environ 36,000 lieues carrées , était divisée en 130 dé* partements; sa population approchait de 43 millions d'habitants.
Souverain absolu de ce vaste territoire, qui, à Texception des provinces illyrieBaes,formait une masse compacte, l'empereur était en outre roi d Il.ilie, protecteur de ia confédération du Rhiu et médiateur de la Suisse. Enfin , par ses frères ou ses lieutenants, il régnait à iNa[)les, en Westphalic, prétendait régner dans la péninsule hispanique , et avait l'espoir de régner un jour en Suède et dans le grand • duché de Francfort. Pour le moment , son alliance avec la Suède et avec le Danemark isolait l'Angleterre de la Russie et de la Prusse.
Le royaume d'Italie et les provinces il« lyriennes isolaient cette nieuie Angle*
terre de TAutriche. Kii un mot, lont le continent européen était à la veille d'être fermé aux Anglais , qui ne tenaient plus qu'avec peine en Portugal. Dominée à Test par In frontière orientale de la France; dominée au nord par les villes anséatiques et la Hollande devenues françaises; dominée au midi par le royaume d'Italie et les provinces illyriennes, annexe de la France, la confédération du KUin, qui comptait parmi ses princes des princes français, n*était plus qu*un composé de fiets , plus ou moins étendus , et relevant tous du
grand Empire et de son chef. La Prusse, émembree et descendue au rang d'une puissanee subalterne, était , pour ainsi dire , coupée en deux par la Saxe et le grand-duché de Varsovie, qui communiquaient ensemble à travers une faible bande (lu territoire prussien. L'Autriche était devenue l'alliée de l'enipereur; mais, mieuî que ses promi sses, son affaiblissement et sa position précaire repondaient de sa tranquillité, pour quel* que temps du moins. Elle était contenue , à l'occident , par la Bavière et la Saxe; au sud-ouest, par les provinces Illyriennes; au nord, par le grand -duché de Varsovie. Enfin, ce même duché de Varsovie qui entamait la Prusse et qui pe.^ait sur l'Autriche, était une tête de pont contre la Russie , jusque-là intacte, mais commençant a tomber en disgrâce, depuis que le ^rand capitaine n'avait plus besoin de son alliance pour affaiblir ia Prusse et l'Autriche. Par le grand - duché de Varsovie , Napoléon avait prise sur le czar, et les provinces illyriennes , qui portaient la frontière francise jusqu'à l'Albanie , le rapprochaient de Constautinople, presque autant que la Moldavie et la Valachie en rapprochaient le czar. Maîtres du Danube, les Russes avaient encore les Balkans à franchir; pour les armées françaises, il n'y avait déjà plus de Balkans.
Un le voit, Napoléon savait mettre la paix à profit autant que la guerre. Partout, il avait placé des pierres d'attente pour des conquêtes nouvelles :
ici, la Hollande et les villes anséatiques qui menaçaient la conlederatiou du Rhin et la Prusse; là, les provinces illyriennes qui menaçaient la BavièrCt rAutri«
cbe et la Turquie ; ailleurs , le ^pné' duché de Varsovie , qui menaçait la Prusse, l'Autriche et la Russie! Tout le continent avait été remanié par lui el arrangé à sa confenance : joueur ha* bile, mais effréné, il avait fait de la carte de l'Europe un échiquier dont tontes les pièces p.ira ssaietU devoir tomber les unes api es les autres en sa puissance. En effet, qui aur.iit pu prévoir alors le désastre de 1812? Presque tout le monde eu France, et peut-être même eu Europe , partageait l'opinion du Sénat, qui applaudissait à cette phrase d'un rapport fait par M. de Sémonville (depuis pair de France et fort dévoué aux Bourbons) : <« Enfin ^ après « dix ans d*u^e latte glorieuse pour la « France, le génie le plus extraordinaire « qu'ait produit le monde réunit dans « ses mains triomphantes les débris de « Teinpire de Charlemagne. » S*il y avait quelque chose à reprendre dans cet éloge , c'était presque sa timidité, car, à la ûn de 1810, la grandeur matérielle de Napoléon dépassait déjà la prospérité de Charlemagne.
Mais en était - il de même pour la grandeur morale ? Nous ne le croyotjs pas. Car, à mesure que Napoléon accroissait son territoire, il s'aliénait le cœur, non pas de quelques petits princes féodaux, comme ChariemuLîue, mais le cœur de tous les peuples. Kn trahissant la révolution francise, en trahissant ses serments , il était parvenu à construire un empire colossal; mais cet empire était beaucoup plus remarquable par son volume que par ses for* ces vives. Gomme ces boules de neige poussées par des enfants, l'Empire avait d'autant plus grossi que la main puissante de Napoléon avait mieux su le promener et le rouler sur tous les champs de bataille de l'Europe; mais, comme ces boules de neige aussi , il devait se briser en mille éclats, dès qu'il viendrait à se heurter contre le roc. L'Espagne et la Russie étaient ce roc où il devait se briser, parce que , tians ces deux pays, il eut à lutter contre des insurrections nationales , et non plus contre des manœuvres diplomatiques.
Il n'en aurait pas été de même si , renonçant à tout agrandissement excessif de territoire, la fraqce s*était coatentée
CE. BMPIIIB (PfsoçiU) a09
du réle de libératrice de PEurope. Atissi
bien que la vieille féodalité du moyen âge , la tyrannie maritime des Anglais aurait été détruite par la révolution française, car n*ayant plus à nous craindre, tous les peuples se seraient rangés autour de nous pour faire respecter par les Anglais la liberté des mers. C'est en compromettant l'équilibre continental que N'ipoléon a empêché le rétahlissament de l'équilibre maritime. Dès son avènement au Consulat, l'Europe était entrée dans la voie des coalitions contre TAngleterre; l'ambition du premier consul a .seule amené contre nous le retour des coalitions européennes.
Ce qu'il y a de remarquable, c'est que tous les' envahissements de Tannée 1810, à l'exception de la conGscation du Valais, eurent lieu au nom du système continental. Telle était, en effet, la supériorité de ce système , envisagé comme moyen de conquête, qu'il permettait à l'empereur d'agrandir ses États en pleine paix, et d'intervenir dans le gouvernement de toutes les nations Toisines avec autant d*ascendant que si ses armées n'eussent pas cessé d'être en campai; ne.
Napo.^on ne se Gt pas faute non plus de causer aux Anglais tout le dommage que pouvait leur porter le blocus continental. Maître de l'Europe, il s'efforça d'attemdre les marchandises anglaises partout oà il put les rencontrer, et, sur mer, sa législation devint plus dure que jamais envers les neutres, sans pouvoir ceuendant contraindre les Américains à aéolarer la guerre à TAngleterre. le 18 Juin, un décret impérial prescrivit Tusage exclusif du sucre de raisin, dans tous les établissements publics. Le 5 août , les marchandises coloniales introduites en France furent soumises à un tarif trrs- élevé. Le 12 septembre, un décret impérial , daté de Trianon, porta à 60 oour 100 le droit à prélever sur toutes les denrées coloniales qui seraient trouvées chez les marchands. Ce décret, devenu célèbre sous le nom de décret de Trianon , ini-
EQsa à tous les alliés de la France 1*0ligntion de se conformer au même tarif <le GO pour 100. Le 18 octobre , des cours prévûtaks et des tribunaux d& ^mfies furent iQstiti,iés 1 le di'pit
910 niVIRE (Fnnçwt) L*U1
ds prononew, même sans recours en cassation y des peines afflirtives et infamantes, non- seulement envers les contrebandiers , mais encore envers leurs eonâueievrs, directeurs , intéres* ses et complices. Le lendemain parut le décret nnpérial de Fontainebleau , ainsi coocu : a ...A l'avenir , seront « brdl^s publiquement les marchan- « dises aiiulaises qui "se trouveraient « soit en France, en Hollande, dans R le grand-duché de Berg , dans les « villes anséatiqiies , et génératoment « depuis le Mein jusqu^à la mer , soit « dans notre royaume d'Italie , dans « les provinces illyriennes , dans le « royaume deNaples , dans les provin- « ces des Espagnes occupées par nos « troupes et pnrtout où ces marchan- « dises seraient à portée des lieux oc- « cu)>és par nos troupes. » Ces mesures violentes avaient en partie pour excuse de n'être que des représailles contre les Anglais , qui , dès le dix-huitième siècle, avaient otfert dans leur législation de nombreux exemples de ce genre de destruction, au détriment du commerce français. Le décret de Fontainebleau fut exécuté en plusieurs endroits avec rigueur, et avec le plus vif empressement par les petits princes de la confédération du Rhin. Sa mise à exécution fut d'autant plus préjudiciable aux Anglais, que, malgré toutes les prohibitions de Tempereur jusque-là, ils étaient parvenus , avec le secours de la contre bande , à inonder l'Europe de leur marchandise. Ce même décret de Fontainebleau, déjà si remarquable en luimême , est, en outre, un des documents historiques qui montrent le mieux jusqu'où s étendait, à cette époque, l'autorité directe de l'empereur en Lurope.
De renumération de pays faite par lui-même, il résulte que, à part l'Autriche, la Prusse, la Russie, la Suéde et le Danemark, toutes les autres nations, à un titre ou à un autre, lui devaient une entière obéissance. Quant aux puissances non désignées, il ne se sentait pas encore assez puissant pour les contraindre à brûler aussi les marehandises anglaises; mais ii exigeait qu'en leur qualité d'alliées elles s'opposassent à l'entrée des niarcliandises de l'ennemi d<<ns leurs États, et il fai-
VERS. BlIPIilE (FhkhMO
laît un eanu beUi de toute infinelfifii
au btocus continental. Après cela, avonsnous eu tort de dire que le blocus était une arme a deux tranchants dirigée à la fois contre l'Angleterre et contre le continent? Non -seulement le blocus était utile à l'empereur pour affaiblir l'Angleterre et pour lui faire subir la loi du talion, il lui était encore utile # en lui fournissant un prétexte pour gouverner directement les Étals qui, à un titre ou à un autre, relevaientdel'Ëmpire français, et pour maintenir sous sa dépendance tous les autres États, placés dans l'alternative d'accepter le rôle d'alliés ou de s'exposer à deseendre au rang de grands feiidataires. Aussi, tous • les princes tremblaient sur leur trône , et craignaient de voir s'accomplir la prédiction échappée à Napoléon dans un moment de colère : « Dans dix ans, ma dynastie sera la plus vieille de l'Europe. »
L'Angleterre était aux abois : ses finances se trouvaient dans le plus triste état; sa dette s*était accrue de 9 milliards depuis dix ans; elle regorgeait de denrées coloniales et de cotonnades ; les États-Unis se préparaient a lui l'aire la guerre pour i indépendance de leur pavillon; ses ouvriers, mourant de faim, malgré un subside de 180 millions donné par le gouvernement aux maiiutarturiers, brisaient les métiers et atta<|uaient les propriétés. En corn* pensation de tant de ntaux, TAngleterre n'avait pu que notis enlever nos colonies j dans le courant de 1810, elle avait pris la Guadeloupe, les lies de France et de Bourbon. Mais, malgré tant de revers , mêlés de si faibles avan* tages , elle persista dans sa politique ambitieuse, et, au lieu d»^ mettre bas les armes devant le système conimen^ ta!., elle ne s'occupa que de développer son système maritime. Ce qui lui donnait de l'espoir, c'était la prévision d'une latte prochaine entre la France et la Russie, ei la certitude nue jamais l'empereur ne parviendrait à lui fermer à la fois toutes les issues du continent. A d'éfiiot de l'Autriche, elle comptait sur la Russie; à défaut de la Russie, ' sur rKspnf^ne, sur la Suède ou sur la Turquie; elle savait bien tpi'il y aurait toujours place quelque ^art pour ses
. MtttrtbaiidierB. Elle ne se trompait p«:
le dernier jour de l'unnée 1810 , le çaar refusa de se soumettre plus longtemps au blocus continental. Un ukase ^0 $1 décembre autorisa rentrée des fleDiéescdooialei dans les ports russes, sous pavillon neutre, prohiba tous les
ijroduits industriels de la t rance, frappa es xioK français de droits énormes, et èréa une armée de 80,OOQ hptnmes pour assurer rexécution de ce règlement de douanes. Les m<)rcl)andises françaises furent brûlées dans les ports russes , aux grands applaudissements dn Anglais, dont le commerce retrouva go iparché de 40 millions d'individus. A cette pouvelle, iSapoléon indigné, s'écria : n Jf'aîmerais mieui recevoir un « soufïlet ftirla joue que de voir briller « les produits de l'industrie et du tra- « vail de mes sujets... La Russie né f pfut envahir notre territoire : elle « nous insulte dans le produit de nos
« arts! «•
La session de 1810 s'ouvrit le l*"^ février, huit jours après la clôture de la cession de 1809. Le code pénal fut présente à l'cidoption des députés et adopté par eux comme tout ce qu'on leur présentait; la peine de mort y était prodiguée aux attentats politiques, et la confiscation admise. Le 14 février, une loi pourvut aux frnis du culte dans les communes rurales. Le 8 mars, une autre loi régla les conditions et le mode des expropriations pour cause d'utilité publiuue. Une loi du 20 avril réorganisa I administration judiciaire; le personnel en fut augmenté; une partie des juges reçut le titre de conseillers de l'empereur, titre par lequel on marquait que toute justice émanait du tréne; enfin, on profita de cette réorganisation pour rappeler dans les cours tous les membres encore vivants des anciens parlements. Le budget fut fixé à 740 millions. La clôture de la session eut lieu le 81 avril.
Mais les questions importantes n'étaient pas apportées devant le Corps lé-
f;islatif. L'empereur attribuait au Sénat a solution de beaucoup d'affaires, ou il s'en réservait le soin à lui-même. Il .ne craignit pas de répéter le mot de Louis XIV : « VÉtat, c*est moi! » Le i fivrier , il réduisit le nombre des jour-
naux, s*attribna la propriété de ceux
qu'il laissait vivre, et en distribua les actions à des gens de lettres. Il rétablit la censure même sur les livres. La liberté individuelle ne fut pas plus respectée par lui que la liberté de la presse. Le 3 mars, huit prisons d'Rtat furent instituées , où le gouvernement lit enfermer, sans jugement et à sa volonté, les préven us d'attentat politique; le temps de la Bastille et des lettres de cachet était revenu avec le rappel des membre» des anciens parlements ; il ne manquait rien k la rtstauratipn du passe.
i^endant ce temps , ses ennemis secrets cherchaient a se rendre de jour en jour plus populaires. Les sociétés se • crêtes , favorisées par les gouvernements eux-mêmes, continuaient à réandre les idées de lii^erté en Allemagne, e conformant aui conseils du baron de Stein,qui avait établi les sociétés secrètes, le roi de Prusse s'aitaehait pou peuple en abolissant la servitude de la glèbe; en créant des municipalités électives, et en donnant le droit d*élection à tous les habitants; en supprimant les privilèges industriels et les corporations; en un mot, en faisant pour la Prusse le contraire de ce que Napoléon faisait pour la Fr mce. Il prenait le rôle qu'aurait pu s'attribuer si facilement l'empereur après la campagne dléna, et il prouvait à TAIlemagne ue le protecteur de la confédération u Rhin cachait un maître et un tvran, puisqu'il ne donnait à ses protégés au- Qune de ces institutions libérales que lui, roi de Prusse, donnait ô ses sur jets, et aurait données à la confédération du Mord, s'il lui avait été permis de rétablir.
Ainsi donc, malcré la prospérité apparente de TKmpire français , arrivée à son apogée de piiissanee matérielle, ries symptômes de décadence se utanifestâient de toutes parts. « L'opinion était mécontente et fatif^uée; la France n'était pas encore épuisée d'hommes, mais elle commençait à s'apercevoir qu'elle avait beaucoup perdu : les conscriptions, depuis la fin de 1805 jusqu'à la fin de 1809, lui avaient enlevé 556,000 hommes. Les finances paraissaient en très-boo état \ mais elles étaient iosuf-
finiitis pour ud étàt de j^enre pareil à celui qu'on eotralenait. Jus(|u*à ce
moment les supplémpnts de dépenses avaient été soldés avec 1^3 reveuus de ce qu'on appelait le domaine exîraordinaire* revenus dont on ne rendait pas compte au public, dont roriirine, aussi bien que l'emploi, était tenue secrète.
Ce revenu résultait des contributions de guerre et dea oonflscatioiis faites en pays piinpini. Or. les siources d*oij on le tir:iit devenaient moins abondantes chaque jour, et la paix devait les larir complètement; il ne pouvait j>a8 en être de même des dépenses. La nécessité d'entretenir une grande armée ne disparaîtrait pas, en effet, aussitôt. C'était seulement par la terreur armea que TEurope ébit maintenue dans notre alliance ; il fallait loPiîtemps continuer à lui imposer par une puissante armée , avant d'atteindre le jour où elle accepterait complètement les nouvelles destinées qu'on lui avait faites. Napoléon prévoyait donc le mornenl on il serait obligé de suffire , avec les seuls revenus de TEmpire, aux excessives dépenses auxquelles il satisfaisait encore par d'autres moyens. Il avait adopté pour système de multiplier, de |)erfectionner et d*aceroUre les impôts sur la consommation , et de diminuer les contributions foncières , afin de pouvoir, dans une circonstance donnée, trouver dans cette dernière espèce de revenu nne ressource aussi assurée que puissante (*). »
Année 18 U. La naissance du roi de Rome; la convocation d'un concile national pour rétablir Tordre dans le sein du clergé, et pour essayer de faire reconnaître en principe la supériorité de l'empereur sur le pape ; la protestation de la Russiecontre Pinvasion du duché d'Oldenbourg; la guerre prête à éclater entre les États-Unis et l'Angleterre , en même temps qu'elle se prépare entre la France et lasHussie ; ranaibllssement du blocus continental, que l'empereur enfreint lui - même par des mesures exceptionnelit^ ; la continuation des hostilités en Espagne avec des avantages V assez sérieux pour nos troupes ; quelques
(*) Histoire pari, de la rév. française, par MM. Budie» et Roux, t. XXXIX, p. 3o5.
agrandissements nouveaux et quelques
remaniements de territoire; tels sont les principaux événements de Tannée
Depuis le traité de Vienne , Tamitié de Napoléon et d'Alexandre s'était sin* gulièreint'tit refroidie. L'agrandissement du duché de Varsovie avait mécontenté le czar. Pour le tranquilliser.
Napoléon alla jusqu'à lui écrire <* qu'il «approuvait que le nom de Pologne et <* de Polonais disparût, non -seulement «de toute tiansaciion politique, mais « même de l'histoire • Alexandre eiigea une convention formelle dont il rédigea lui-même le premier article en ces termes : « Le royaume de Pologne « ne sera jamais rétabli. » Napoléon refusa de prononcer un arrêt semblable ; mais il consentit à s'eng.iger pour luimême et pour ses successeurs , nonseulement à ne pas rétablir la Pologne, mais à empêcher que personne ne la rétablit, et il rédiju'ea ainsi la convention : « L'empereur des Français s'eno gage à ue favoriser aucune entrotrise « tendant à rétablir le royaume de Polo* « pnc , à ne donner aucune assistance «' à toute puissanpe qui aurait cette vue, « ni appui direct ou indirect à toute in- «surrection des provinces composant « ce royaume. ■ Alexandre rejeta cette rédaction , et persista dans sa formule. Celte discussion étiit encore pendante, lorsque Napoléon épousa Marie-Louise, et il est tres-probable qu'une des causes «i empêcha son mariage avec la sœur 'Alexandre, fut son refus de s'engager formellement à ne jamais rétablir la Pologne. Après le mariage, Alexandre ne put caclier son dépit , et il exigea impérieusement ce qu'il s'était borne à demander jusque-là. Le V juillet, Napoléon écrivit à Caulaim ourt , son amnassadeur : « Que prétend la Russie «par un pareil langage? Veut-elle la « guerre.' Pourquoi ces plaintes , ces « soupçons injurieux ? Sifavais voulu « rétaùlir la Pologne , je raurnis dit , « et je n'aurais pas retiré mes troupes « d'Allemagne. Veut-elle me préparer à « sa défection? Je serai en guerre avee « elle le jour où elle sera en paix avec « l'Angleterre. N'est-ce pas la Russie a qui a recueilli tous les fruits de fal- « liance ? La Finlande, dontCatborine H
BIIMEB (Fno^n)
SU
« n'osait pas même ambitionner quel- « que démembrement, n'est^le pas de-
« venue tout entière une province russe? « Sans Tallinnce, la Moldavie et la Va- « Inchie resteraient-elles à la Russie ? « Et à quoi ralliance m*a-t-elte servi ? n Lui dois-je mes surcès dans la guerre «d'Autriche? J'étais à Vienne avant •« que l'armée russe filt r;i>Jseml)lée. Je « ne nie suis pas plaint ; niais certes « on ne doit pas se plaindre de moi. Je «■ ne vpiix pas rétoblir In Pologne 7?e « veux pas aller finir vies destinées « dan^ les sables de ses dénerts ; je me « dois à la France et à ses intérêts, et «je ne prendrai point les armes, à «t moins qu'on ne m'y force, pour des « î-ntéréts étrangers à mes peuples.
« Mais je ne veux pas me déshonorer « en dédarant que le royaume de Polo- « pne ne sera jat^ais rétabli , me rendre « ridicule en parlant, le langage de la Di- « vinité, flétrir ma mémoire en mettant « le sceau à cet aete d'une politique ma- « chiavélique; car c'est phis qu'avouer « le partage de la Pologne que de (ie- « clarer qu'elle ne sera jamais rétablie. « Non , je ne pois prendre rengagement «de m'armer contre des gens qui ne « m'ont rien fait, qui m'ont, au conu traire, bien servi, qui m'ont témoi- « gné une bonne volonté constante et « un grand dévouement. Non , je ne me « déclarerai pas leur ennemi ; je ne dirai « pas aux Français : Il faut que votre « sang coule pour mettre ta Pologne « sous le joug de la Russie (*). »
C'est alors que, voyant qu'il n'obtiendrait rien de plus avec des menaces qu'avec des prières, Alexandre rendit son ukase du SI décembre fsio, qui pouvait être regardé comme une rupture de Talliance, puisque la Russie abandonnait le système continental et brûlait dans ses ports les marchandises françaises. La reunion de la Hollande, du duché d'Oldenbourg et des villes anséatiques, contribua beaucoup à cette rupture de la Russie avec la France et à sa réconciliation avec TAngleterre/ Par les provinces illyriennes et Tes villes anséariques, l'Kmpire français enlaçait l'Europe par les deux flancs, et touchait, d*un côté à la Turquie, de l'autre a la
(*) fiigiion,tIX.
Russie. Alexandre fut effrayé de ce nouvel agrandissement, qui portait pour ainsi dire les avant-postes français
sur la frontière russe , déjà mise en ' échec par le grand-duché de Varsovie; mais, au lieu de céder, comme Napo« léon s'f attendait sans doute, il suivit les conseils de sa noblesse , qui demandait hautement l'alliance anglaise, et il se prépara secrètement à la guerre.
« Il s^Bppliqua dès lors , dit Botturlin, à organiser sourdement ses moyens de défense, et jugea nécessaire de rassembler la majeure partie de ses forces sur la frontière occidentale de son empire.»
Napoléon fut vivement contrarié de voir la Russie abandonner le blocus continental , au moment ou l'Amérique allait déclarer la guerre à l'Angleterre aux abois. Une vive discussion s'engagea entre les deux empereurs, d'une
{>art pour Oldenbourg, d'autre part pour 'ukase des douanes. Alexandre renou.
vela ses plaintes sur le « spectre de la Pologne qu'on promenait sur la frontière russe. » ^apoléon offrit la principauté d'Erfurth en échange d'Olden-' bourg; le czar refusa, et envoya à toutes les cours une protestation contre la réunion d'Oldenbourg. ÎSapoléon lui écrivit : « Le dernier ukase de Votre • Majesté, dans le fond et surtout dans « la forme, est spécialement dirigé « contre la France. Toute l'Europe l'a « envisagé ainsi ; et déjà notre alliance n n'existe plus dans l'opinion de l*An* « gleterre et de l'Europe. » Cependant il semblait hésiter, et il disait ailleurs : « Aucun de nos déhnts ne vaut un coup « de canon ; il l'aut qu'il y ait ici quel- « qne perfidie secrète bien' noire dont le « cabinet de Londres et les meneurs « du parti de la guerre à Pétersbourg « nous doivent la révélation. « NVtait-ce
Î|ue pour gagner du temps qu'il tenait ce engage? ou bien ne croyait il pas prudent d'entreprendre une pareille expédition , tant que la péninsule hispanique ne serait pas complètement soumise. Ce qu'il y a de certain, c'est que depuis longtemps une guerre contre la Russie lui paraissait indispensable à la réalisation de ses desseins , et à la consolidation des changements qu'il avait déjà intro<luits dans la société européenne, (^uo) qu'il eu soit, ou se prépara dea
Vmm (Fuirai*) I^UIKVKRS. «MWtB (FiMfii»)
deux ofttés à une lutte qui , dès la fin de 1811 , était devenue inévitable.
En présence de cette éventualité, |!îapoléon sentit plus que Jamais le besoin de mettre no terme aux troubles que la déchéance du pape et sa cap* tivité avaient fait naître dans le sein du clergé. Pie VII, retenu à Savone, refusait de donner l'institution aux évéques nommés par l'empereur. D'après le ronseil du cardinal îMaury, nommé depuis archevêque de Paris, on s'appuya sur tin décret du concile de Trente pour-faire élire par les chapitres, f!omme Yicaires apostoliques , les évoques nommés. Mais le pape défendit à ces vicaires , et prineipalemeut à IVIaury, de prendre radroinistratiou des diocèses. Pour en finir, Napoléon con* voqua un concile national, composé de tous les évéques de France et d'Italie, et dont l'ouverture eut lieu le 27 juin , à Paris. Les prélats étaient au nombre de 104 , dont 6 cardinaux , 9 archevêques, 80 evêques et 9 ecclésiastiques nommés à des évécbés. On n'avait pas TU tant d^évêques rassemblés de^is le concile de Trente. Maigre les soins du cardinal Fesch , oncle de l'empereur, pour gagner la majorité des prélats , le concile ne voulut pas se prononcer contre le pape. L'assemblée allait même rejeter un projet de décret tendant à suppléer , au bout de six mois, l'institution canonique* si elle était refusée
Î>ar le pape, lorsque Napoléon donna 'ordre de dissoudre le concile , pour éviter la fâcheuse impression que son refus de voter dans le sens du gouvernement n'aurait pas manqué de produire au dehors. La clôture du concile eut lieu le il juillet. Elle fut suivie de queluqes persécutions : l'évéuue de Gano , révéque de Totimay et révéque de Troyes furent arrêtés dans la nuit du 12 Juillet , et conduits au donjon de Vincennes.
Alors, ce qu'il n'avait pu obtenir du eoncile, le gouvernement impérial essaya de l'obtenir des prélats après leur séparation , et en les prenant , pour ainsi dire , cliacun en particulier. Moitié par voie d*intimidation , moitié par des moyens de séduction , le ministre des cultes leur ût signer, chez lui , un nouveau décret , dont les dispositions
différaient peu de celles du préoédent.
En voici la substance:» 1° Le concile « nationni est com|>étent pour statuer « sur 1 institution des évéques en cas « de nécessité; ^ une députation de « six évéques étant envoyée au pape, « si Sa Sainteté refuse de confirmer le' ft décret proposé par le concile , celui- « ci déclarera qu il y a nécessité. Dans « ce cas, il sera pris par le concile, de « concert avec l'empereur, des mesu- « res à l'effet de pourvoir à la noini- « nation, institution et consécration « des évéques , conformément aux ca- <( nons et aux usages des églises an- « térieurs aux concordats. » Plus de quatre - vingts évéques adhérèrent à ces propositious , avec ou sans modifications.
Le 5 riofit, eut lieu ime réunion générale où fut voté un décret qui, prévoyant le cas où le pape n'aurait pas donné l'institution canonique dans les six mois après la nomination de l'empereur, autorisait le métropolitain, ou, a son défaut, le plus ancien évé(|ue de la province, à procéder à Tinstitution de révéque nommé. Il était dit, en outre, que ce décret serait soumis à raf>probationdu pape, et que. à cet effet, Tempereuf serait supplié de permettre qu^une députation de six évéques se rendît auprès de Sa Sainteté, pour la prier de confirmer un décret qui, seul, pouvait mettre un terme aux maux des Eglises de France et d'Italie. Enfin « quatre-vingt-cinq évéques souscrivirent, le 19 août , une lettre commune dans laquelle ils priaient le pape de confirmer le décret, et lui faisaient espérer, à ce prix, la paix de l'Église et sa propre liberté. Apres avoir d'abord refusé de recevoir la députation de neuf prélats, qui lui apportèrent ces dépécbef à Savone , Pie VII se laissa fléchir , et , le 20 septembre, il confirma, par un bref, les articles du 5 aotit. Mais , dans ce bref, le pape ayant évité de reconnaître le concile national de 1811 , et ayant parlé avec trop de force des droits de la puissance spirituelle, l'empereur lui renvoya son acceptation pour qu'il prit soin de Tamender. Le 20 octobre,'» miniS' tre des cultes fit venir les évôques et leur annonça qu'ils devaient retourner dans leurs 'diocèses. Aiusi se termina
cette convocation de prélats à laquelle avait été d'abord donné le nom pQiih
peux de concile national. Le pape n'ayant pas jugé convenable de rlinnger son bref, elle n'eut d'autre résultat que de montrer à tous que Napoléon prétendait toujours être le maître , même en matière religieuse; et , quoique ayant cédé, mais pour ne pas avoir voulu aceepter Napoléon pour son supérieur^ le pape demeura captif. Cette dureté envers un vieillard fit beaucoup de lort à l'empereur; les chefs du clergé en furent d'autant plus affligés que |e plus
grand nombre d*entre eux avaient cédé ans l'espoir de rendre au pape son indépendance. Tout en blâmant la direction que Più \ il avait donnée au catholicisme, on ne peut nier que ce pontife n'eût le droit de défendre sa puis- •sance spirituelle, qui mnritjiinit de garantie depuis que l'enipeieur l'avait dépouillé oes États de ITgItse. A force de vouloir soumettre le clergé à la discipline militaire , l'empereur tourna contre lui cette arme du catholicisme, dont il avait jusque-là si bien profité dans l'intérêt de son élévation.
Mais, depuis quelques mois, Napoléon avait im successeur, et, plus que jamais, il se croyait sûr de l avenir. Le SO mars / l'impératrice Marie - Louise accoucha d'un fils , qui reçut le nom de François-Charles-Joseph Kapoléon, et auquel fut donné le titre de roi de Rome. Cette naissance excita la plus vive allégresse. » Au point du jour, dit le Journal de C Empire , la foule s'est portée vers les Tuileries. A neuf heures et demie, on voyait le peuple , dans les quartiers 1m plus éloignés do ebâteau, compter avec émotion les coups de canon : le vingt -deuxième coup, proclamant la naissance du roi de home y a été salué par les plus vives acclamations. On courait nu-devant les iins des antres; on s'embrassait en criant vive Vempereur ! de vieux soldats versaient des larmes de joie îtele$ik véritable caractère de la nation française. En
aue^ques heures, l'événement qu'attenai^utavec une égale impatience l'Empire et TEurope , sera devenu la fête particulière de toutes les familles. »
Dans sa joie, le Sénat conservateur constitua une pension viagère de 10,000
franes en fàmsr du pa^e de l'empereur qui lui apporta cette nouvelle. Trois ans plus tard , ce même Sénat fut le premier à proclntner In déchénnce de Napoléon et a écarter dédaigneusement son fils.
T. a session lé^^islative de Tannée 1811 s'ouvrit le 16 juin. Klle ne dura qu'environ six semaines, |a clôture ayant eu *lieo le 25 juillet. Une députation de l'assemblée alla féliciter fempereur à l'occasion de la naissance du roi de Rome Dans la réponse de l'empereur, on remarqua ce passage : « 1Vlon lilsré- « pondra à Tatténte ae la France'; il « aura pour vos enfants les sentiments « que je vous porte. Les Français n'ou- « blieront Jamais que leur bordieur et « leur gloire sont attachés à la prospé- € rité de ce trône que j'ai élevé, conson /idé ç{ agraudiasec eux et pour eux : n ie délire que ceci soit entendu de tous « les Français. Dans quelque position « que la Providence et ma volonté les « aient placés , le lien, l'amour de la « France, est leur premier devoir.» Ces dernières paroles s'adressaient surtout à Murât . a Joseph , à Bernadette , et à tous les lieutenants impériaux qui occupaient ou qui occuperaient un jour dés trônes étrangers ; mais , si elles étaient ftites pour flatter Tamour- propre et le patriotisme de la France, il faut avouer qu'elles avaient cpielque chose de peu rassurant et ii)éme d'injurieux pour les autres peuples de TEurope.
Cette année, on vit s asseoir sur les bnncsdti Corps législatif quelques membres nouveaux qu'on appelait les députés des départements de la Hollande, dl» villes anséatiques , des États romain-*, et du Valais. T.eur ('îfction était d'autant plus singulière qiie les collèges électoraux n'étaient pas encore orijanisés dans ces pays nouvellrroent incorporés. Les nouveaux venus n'avaient , pour eux qu'un seul titre : ils avaient été nommés par le Sénat , mais contrairement au texte de la loi , qui exigeait au moins qu'ils fussent choisis sur une liste de candidats arrêtée par les collèges électoraux des départements.
Ainsi, le gouvernement impérial ne respectait pas Dfitoe ses propres lois. L'intrusion de ces nouveaux membres ne devait que peu mlluer sur les délibéra-
lions du Corps législatif, toujours aussi dodie que muet; mais, au point de vue
impérial , elle avait cela d'important qu'elle onvrnit pour ainsi dir« aux étrangers les portes de la chambre fran« çaîse qui, de la sorte, commençait à prendre le caractère d*une assemblée européenne, où. Dieu aidant, il y aurait successivement place pour tout le monde. Moralement , jamais la repré* sentation nationale n'avait été aussi aW- - lie en France, depuis le romnienrernsnt de la révolution; niatcriell' ment , jamais elle n'avait été plus grande, pui^ qu'elle comptait des représentants de plusieurs pays situés en dehors des frontières naturelles de la France. l es extrémités du pouvoir électif prenaient d'autant plus de développement que son cœur et sa téte se desséchaient davan* tage.
Sous ce rapport, mais sous ce rapport seulement, le palais Bourbon reproduisait assez Odèlement Timn^e de TEmpire. Fn réalité, il n'y avait plusaucime représentation nationale, puisque Tenipereur, qui se prétendait runic|ue re* présentant de la France , représentait une idée personnelle plutôt que les idées de la majorité en France. Aussi avait-il soin de ne soumettre au vote du Corps législatif quHin très - petit nombre de projets de lois , et decidait-il par des décrets les qupst?<ins les. plus iniportantes. Loin de se plaindre de la courte durée de ses sessions , la chambre, ne savait comment les remplir. Pour se distraire, elle chargeait (juclqu'un de ses membres de lui faire un rapport sur les livres qo*on lui dédiait ou qu'on lui adressait. L'empereur lui permettait 08 petit plaisir littéraire.
D'après la situation de l'Empire, en 1811 , la France s'était augmentée de 16 départements, de 5 millions de population, de 100 millions de revenu , et de 150 myrianiètri s de côtes. Fn conséquence, les dépenses furent portées de 740 millions à 954. Mais, comme la représentation . le bu'lget n'était qu'illusoire : les crédits ou\-erts étaient toujours dépassés. En lbU8, 772 millions avaient été dépensés, au lieu de 740; en 1809, 786 au lieu de 740; en 1810, 795 au lieu de 740. Puis venaient \r< ilépenses secrètes |)rises sur les revenus
cachés de la police et du domaine extraordinaire r )• D'après ceméme exposé
de situation, la France avait 800,000 hommes sous les armes , dont 360,000 en Espagne.
Le 25 juillet , le conseiller d'État, comte de Ségur, qui vint dore la session au no n de l'empereur, affecta de repeter dans son discours que la France avait 800,000 hommes sur pied. Cette circonstance fut généralement regardée comme une menace contre la Russie et comme un indice de guerre. Ou a vu, par l'état des négociations , que l'opinion publique ne se trompait pas.
Celte même année , le ijouvernement redoubla encore de sévérité envers la presse , dont il se réserva presque le monopole. Déjà , l'année précédente, l'empereur avait décrété que, dans les^ départements autres que celui de la* Seine, il n'y aurait qu'un seul journal. Le 18 février 1811, il divisa la propriété du Journal de ^Empire (les Débats) en vinp;t quatre actions, ayant droit chacune a la même part dans les bénétices. Sur ces vingt - quatre actions , huit étaient données à la police , et perçues par elle pour constituer des pensions à des gens de lettres les seize autres devaient être di.stribuées comme recompenses de services rendus à l'empereur.
Le 17 septembre, un décret impérial supprima \e Journal du soir, le Journal ducommerce, le Courrier de V Europe, la FeulUe économique et le Journal des curés, ou, ce qui revient au même, les réunit sous le titre de Journal de Paris. Comme celle du Journal de PEtn^ pirCy la propriété de la nouvelle feuille était divisée en vingt -quatre actions, destinées au même emploi. Le 26 septembre , le gouvernement autorisa la publication de treize journaux scientifiques; enfin, le 13 octobre, il autorisa la piblication de quatre-vingt-treize feuilles périodiques d'annonces dans les départements. Le ministre de l'intérieur devait en régler le format, et tixer jusqu'au prix (les insertions à la ligne. Une presse ainsi constituée n'était guère plus dangereuse que le Corps législatif.
Amsi donc, à la veille de se lancer
n Voyez l'Hist. pari, de U rév. fran^MM^ par MM, huche; et l^oux*
EMPIRE (Français) FRANCE
BHmE (Français) 81T
dans uiiP guerre lointaine qui devait décider du sort de TEuropef JNapoiéon s'investissait lui - même d*un pouvoir dictatorial , plus étendu que jamais. Il
{)renait toutes ses mesures pour frapper egrand coup qui, selon lui, allait achever la ruine oe TAngleterre, en abaissant enfin la Russie , la seule puissance de TRurope (|tn s'avouât hautement ralliée du cabmet de Saint-James , et
S|ui pilt encore essayer de résistera la France sur le continent. L'Empire était donc arrivé à son moment suprême:
1111 '^nrcîès de plus, et aucun rival ne pourrait plus s'opposer à sa marche ascendante; un revers, un seul revers, et tout était remis en question, le pouvoir impérial aussi bien que le principe révolutionnaire. Malheurcus'îment, mal- .gré les apparences les plus pompeuses, toutts les chances favorables n'étaient pas du côté de la France. C'était par la terreur que Napoléon gouvernait l'Europe, et la crainte de se voir encore plus durement traités après rhumiliation de la Russie, portait presque tous les peuples à s'intéresser au sort de cette nation, qui , bien qu'encore h demi bar* bare, leur semblait, par suite des fautes de l'empereur, le dernier espoir d^* Piiidépendance européenne. La France elle- * même se fatiguait à suivre la course d'un héros qui l'entraînait vers un but toujours de plus en plus éloigné, et qui marchait sans cess»' (iii despotisme à la conquête, et de la conquête au despotisme; cercle vicieux , d'où il est si difticil'- de sortir. Nous allions avoir à combattre un? n;ition plus jejme, mais encore plus fanatique que l'Espagne, et comme elle décidée à vaincre ou a mourir. Enfin, nous allions avoir à lutter contre les élenienti; ; de tous nos ennemis, ce n'étaient pas les moins redoutables.
Mais Napoléon se croirait invincible ,
et coMifue pour mieux cimenter les diverses parties de son vaste empire, et .pour jeter un deli a l'Europe et a la fortune , il créa un nouvel ofefre Impé* r/rt/, Tordre de la Réunion, auquel il croyait sans doute des destinées aussi brillantes qu'à l'ordre de la Légion éPhtnmeur. Il fut institué le 18 octobre pour remplacer l'ordre royal del't/'nio» ik tioUande* Tous iessiiyets de r£mpire
français avaient le droit d'y prétendre, li se composait de deux cents grandscroix, de mille commandeurs , et de dit mille chevaliers ; la déroration était en or et le ruban bleu de ciel. Le duc de Cadore (Champ:igiiyj fut nommé grand chancelier de rordre de la Réunion , et M. Vander Goes Van Dirkiand, grand trésorier. CvUc innovation avait pour but de conlirmer les décrets impériaux et le spnatus-consolte organique qui avaient réuni à la France la Hollande, les États pontificaux, les villes anséatiques et le Valais Loin de rejiarder ces agrandissements comnie provisoires, et uniquement faits dans un intérêt de défense. Napoléon les déclarait permanents, irrévocables, et il prenait l'engagement d'honneur de les faire respecter comme tels. Un autre fait moins important, unis, à notre avis , non moins sij;ni(iratit. montrera qu'en 1811, iSapoléon, loin de cacher ses proiets de domination universelle , cherchait plu<tôt à y préparer ou même à y habituer les esprits. Environ un mois avant l'établissement de Tordre de la liéunion, il avait été visiter le camp de Boulogne et les ports de Vimereux et Anibleteuse, pendant que la flottille française repoussait les attaques de la station anglaise, forcée de prendre le large. De là, l'empereur poursuivit son voyage jus* • qu'à TEscaut pour se rendre à Anvers, où il fut rejoint par l'impératrice Marie-Louise. A Osteude , ou il s'était arrêté quelques jours , il visita les fortifications , et ordonna de nouveaux travaux de défense. Le lendemain, 26 septembre, il se rendit à bord de Tescadre, et, après avoir parcouru successivement toute la ligne, il fît arborer le pavillon impérial à bord du C/iarlemagney où il passa la nuit. Suivant son habitude de constater par un acte public son séjour dans un lieu remarquable, il rendit, sur ce m^ine vaisseau , un décret îm érial pour autoriser la publication d'une feuille périodique d'annonces dans quatre-vingts villes de l'Empire. Les diplo* mates sont un peu comme les Orientaux, ils aiment la langue des images; qu'on nous passe donc le jeu de mots.
SI nous disons que oe décret, rendu à bord du Charlema^ne, ressemblait luimême à une annonce. C'était un défi
âl8 £Ml»ItlE (Français) VW
du moins, surtout lorsqu'on se rappelle les paroles adressées la même année au jeune fils de rïapoléon et au Corps législatif. Cest ainsi que durent Tinteir*
f fréter les lieutenants de l'empereur et es peuples alliés de la France; TAllemagne surtout vit avec inquiétude un prince français, qui prenait Charlemacne pour modèle , instituer Tordre de la Réunion ; elle craignit de devenir nne provinbe française. Sous ce ra[)port, on peut accuser Napoléon d avoir manqué a sa réserve ordinaire, en avouant trop tôt des projets qui ne pouvaient être avoués qu'après rabnisseiiient dn la Russie. Mais il la voyait déjà vaincue et châtiée , comme autrefois les Avares par l'empereur carlovin^ien.
Jnriée 1812. Lp principal événement de Cf tte année , c'est la caiiipagne ou plutôt le désastre de Russie. Elle offre , en Outre, cette particularité que , pour la première fois , le Corps législatif ne fut pas convoqué.
Les négociations entre la France et la Russie prenaient de jour en jour une rouirur plus sombrR , et, flès le commencement de rnnnée 1812 , la guerre paraissait inévitable. On s-'y préparait activement des deux côtés.
Alexandre, qui avait 100,000 hommes sur le Niémen, eut, dit on, In pen«ée de
* surprendre INapoleon en se letant dans . la Pologne , pour entraîner la Prusse \
Mais le cabinet anglais Taurait détourné de ce projet téméraire en lui conseillant de taire mie guerre purement défensive , et toute nationale , comme la guerre d Espagne. Napoléon dirigea sur la Vist'ile sn grande arnicc et les contingents d'Italie et dV\!leinai;iie ; il uut sur pied les conscriptions de 1811 et de 1812; enfin , le 18 mars, il fit rendre au Sénat un sénatus-conswite par lequel la finrde nationale fut réorfîanisée en trois bans. Le premier, composé des hommes de SO a 3& ans , était destiné à la garde des frontières ; le deuxième ,
• composé des hommes de 26 à 40 , à la ^arde des départements; le troisièiue, a celle des communes.
Dans une guerre aussi lointaine, la question des iilliances était de la plus baule iujportance ; aussi les deux empereuis déployèrent-ils une grande activité dans cette lutte préparatoire. Na«
V £KS. EMPIRE (t^rançats)
Eoléon espérait entraîner dans son orite la Prusse, l'Autriche, la Suède et la Turquie ; ce qui aurait réduit le csar à risolement, TAngleterre, aoil
alliée naturelle, se trouvant dans l'impossibilité de commtmiquer avec lui et ne pouvant que faire diversion en Espagne.
Les négociations entamées aVeo la
Prusse et l'Autriche eurent un heureux résultat , en apparence du moins.
24 février , le roi de Prusse s'engagea à fournir contre la Russie iin contingent de 20,000 hommes. II avait rte le preniier à offrir de lier irrévocablement son sort a celui de la France. Quel était le motif de cet empressement?
.Frédéric-Guillaume ne cédait-il qu'à un sentiment de peur, ou bien savait-il les conseils secrets du cabinet anglais, qui n*épargnait aucune intrigue pour amener la guerre de Russie , certain qu'elle serait funeste 5 la France? (> qu'il y a de positif, c'est que Napoléon n'accepta pas sans déCance les propositions de la Prusse. Un article du traité du 34 février était ainsi conçu : « La Prusse ne fera aucune levée, aucun rassemlnement de troupes, aucun mouvenieut militaire, pendant que l'armée française occupera son territoire ou sera sur le territoire eimemi. » Et le maréchal Victor reçut l'ordre de rassembler 30,000 hommes à Berlin pour assurer les communications de Tarmée française, surveiller le goaveraemeot, occuper les places.
L'Autriche fut plus réservée : elle attendit qu'on lui demandât son alliance ; mais , à la première ouverture, elle s'emitnssa de la donner. Le 14 mars, un traité fut conclu, par lequel le cabinet de Vienne s'ipngageait à fournir contre la Russie 30,000 hommes.
A cette condition , ISapoIéon lui garantissait la |Jossession de la Gallicie , dans le cas ou le royaume de Pologne serait rétabli , en stipulant toutefois que cette province pourrait être échangée contre les provinces illyriennes. En outre, la France et l'Autriclie prirent rengagement de faire respecter l'empire ottoman.
Cette dernière clause était une avance à la Turquie pour lui faire oublier les conférences oe Tilsitt et d'Erfiurth. H
y avait aussi beaucoup de profondeur dans la clause précédente qui , tout en garantissant la Gallicie à TAutriche, prévoyait le cas où cette possession pourrait être échangée contre les provinces illyriennes. Ainsi , Tempereur espérait rassurer te sultan en iui faisant entrevoir un monient où il nhandonnerait ses possessions de l'Adriati-
auequi menaçaient Cbnstantinople; et, e plus , il laisf^ait entrevoir le rétablis* sèment de la Pologne accrue au moins de la Gallicie. Mais ces niénaîïements n'eurent pas le succès que Tempereur ^eii était promis. Les revers des campagnes de 1810 et tStl , la perte de la plupart des places du Danube avaient lorce la Turquie a demander la paix au csar, et à ouvrir un congrès à Bucharrst. Napoléon fit de vains efforts pour entraver les négociations et pour exciter Mahmoud à passer le Danube avec 100,000 hommes, lui promettant en échange la restitution de la Valachie , de la Moldavie et de la Crimée ; le sultan, indisposé par le souvenir de 1 abandon d'Krfurth , ne voulut pas croire à ses promesses. D'ailleurs , le divan était dominé par l'or de l'Angleterre qui voulait cette cuerre à tout prix , mais qui, a tout prix aussi, voulait empêcher les Turcs de devenir les auxiliaires de Napoléon. Cependant , le sultan évita de se prononcer trop hâtivement ; mais , des le 28 mai , des préliminaires de pÂix avaient été signés secrètement entre les plénipotentiaires russes et le grand vi/ir. Nn[)oléon n'apprit qu'à la fin d octobre la conclusion du traité , qui permettait à la Russie de faire mareher eôntre lui son armée du Danube.
L'empereur fut encore moins heureux dans ses négociations avec la Suéde. Comme les Turcs , les Suédois avaient lieu de se défier de lui , depuis qu'il leur avait fait perdre In Finlande; néanmoins, leur vieil attaciieuient pour la France ne S'était pas démenti , et ils ne demandaient qu'à se réconcilier avec nous. Malheureusement . tout porte à cruire que INapoléon ne voulait sincèrement m l'indépendance de la Suède ni •peut'étre sa conservation. Lui-même a avnnr que , lorsqu'il s'agi>sait de nom- ' mer un prince héréditaire, il aurait
CE. KMNM (Wwfiii)
préféré à Bernadette le roi de Danenemark dont la docilité aurait plaoé
sous sa dépendance les deux royaumes réunis, ("ette réunion , en effet, aurait eu Tavantage de faire entrer, en quelque sorte , la Suède dans le continent , et d'élever entre la Russie et l'Angleterre un boulevard infranchissable, tant que la nouvelle monarchie du INord se serait appuyée sut TEm^ire français.
L'élection de fiemadotte vmt , à la vé« rité , déranger ce projet; mais , si l'empereur y eût mis de la bonne loionté, il était encore possible d'arriver au même résultat par des moyens différents. Il aurait suffi de donner la INorwége à la Suéde , pour l'indemniser de la perle de la Finlande, et de donner au roi de Danemark quelque autre compensation territoriale en échange de la Norwége.
Au lieu décela, iSapoléon força la Suéde a eiitrer dans le blocus continental ^ à déclarer la guerre anx Anglais. Or, la Suède, démembrée et affaiblie , comme elle l'etnit après la dernière campagne contre les Russes, n'était en état ni dé se défendre contre les Anglais , ni de subsister longtemps si , par hasard, elle trouvait le secret de contraindre les flottes de l'Angleterre h respecter le blocus. De plus, il refusa formellement au cabiié^ suédois de lui céder la Norwége, sous prétexte qu'étant Pallié du roi de Danemark , il ne pouvait récompenser son attachement en lut enlevant ane de ses provinces.
Cependant il avait donné fui -même l'exemple de pareils remaniements de territoire: pour ne citer qu'un exemple , n'avait-il pas enievé une partie du Tyrol au roi de Bavière, bien qu'il fût aussi l'allié de la France? Repoussé dans cette prennère demande, le cabinet de Stockholm demanda rétablissement d*une conftdération du Nord , à l'imitation de la confédération du Rhin, et composée de la Suède, du Danem irk et du duché de Varsovie. Même refus de la part de Napoléon , dont les vues cependant eussent été remplies par cette confédération du IVord. La seule concession qu'il voulilt faire à la Suède, c'était de lui restituer la Finlande; mais, comme cette ancienne province était beaucoup plus difficile à conquérir et à garder que la l<iorwege , la
Suède ajoutait peu de prix à cette restitution, qui l'aurait brouillée pour toujours avec la Russie. A tort ou à raison , t^lle vit un piège dans la conduite de ISapoléon à son égard : elle crut voir quMI n'avait pas îrautre but ^e de la compromettre avec TAngleterre par le blocus continental, et avec la Russie par la promesse de la restitution de la Finlande , pour la livrer au Danemark , dès qu'elle serait sans al* liés. Enfin . les mauvaises dispositions de Napoléon pour Bertiodotte , et le souvenir de l'ancienne rivalité qui avait toujours existé entre eux, lorsqu'ils n'étaient encore que généraux , vint compliquer les difficultés et fournir à l'Angleterre et à la Russie les moyens de Aire échouer lès négociatioDs qui y dès lé fin de 1811, annonçaient une rupture.
Croyant pouvoir se passer de l'alliance* de la Suède contre la Russie, qu'il regardait comme déjà vaincue, Napoléon , toujours dnns le but de punir une infraction au blocus continental-, Gt occuper la Poméranie suédoise par ses troupes. L*appât de ce nouvel af^randisseinentrontribua sans doute n rendre ^iapoléon encore plus inflexible dans ses rapports avec le cabinet suédois. Eu efref, pour le plan de conquête et de domination universelle qcn' l'absorbait alors tout entier, la Poméranie suédoise était une acquisition d'une immense ▼aleur. Elle lui permettait de tourner le détroit du Sund et de s'introduire dans la Baltique, dont l'entrée avait été jusque-ia fermée par les vaisseaux anglais; âle notis donnait dans ces parages un avant-poste qui menaçait à la fois la Suède, la Prusse et là Russie; enfin, elle était pour le JNord ce qu'étaient pour le Sud les provinces illyriennes, qui étaient un moyen de tourner les D.irdanelles, et qui nieiinr;iient n la fois l'Autriche, la Turquie et le roy;iuniede Muples. Mais de même que la présence des Français sur les frontières de l'Albanie devait empêcher les Turcs d'épouser notre cause contre les Russes, ainsi l'invasion de la Poméranie devait empêcher la Suède de réunir ses troupes tux nôtres. Il y a plus, réduite à près* ]ue rien et mise a deiix doigts de sa ruine par la perte de la Irinlaude et de
la Poméranie, la Suède n'avait plus d'autres chances de salut que de se jeter dans les bras de l'Angleterre et de la Russie, qui lui offraient cette Norwége si imprudemment refusée par ?îapoiéon.
Les raisons qui avaient motivé son refus n'étaient pas sans valeur : l'acqui* sition de la ÎSorveége tendait à changer en une puissance presque exclusivement maritime la Suède, auMI voulait avant tout englober dans le système continental. Mais ce qu'il ne voulut pas com-
fjrendre, c'est qu'il était alors dans 'impossibilité d'empêcher ce remaniement de territoire, et que ne pouvant l'empêcher, il valait beaucoup mieux y consentir que de livrer la Suède aux Anglais et aux Russes en s'y refusant.
Peu redoutable par elle-même, la Suède était devenue, pour ainsi dire, le point stratégique dans la campagne de Russie.
En se brouillant avec elle, non-seulement l'empereur se privait des quarante mille hommes qu'elle avait mis à sa disposition en retour de la Norwége, mais il laissait s'établir librement des communications entre l'Angleterre et la Russie, qu'il aurait fallu isoler à tout prix; mais il laissait se former contre lui une coalition de trois puissances voisines, une ligue du nord, oui, au premier revers, pouvait entraîner la Prusse et l'Allemagne; et cela dans un moment où il allait porter ses forces à quatre cents lieues de la frontière fran-
S aise , dans un moment où 11 laissait arrière lui l'Espagne pi^teà profiter de son éloignement et à se venger des humiliations qu'il lui avait fait subir. C'est alors qu'il aurait dû s'apercevoir de la faute qu'il avait commise en renonçant à l'ancien système d'alliances du cabinet des Tuileries, en se brouillant avec la Turquie et avec la Suéde, et en négligeant de rétablir la Pologne.Que seraient devi nus les Russes, si Napoléon avait marché contre eux à la téte des Polonais, des Suédois et des Turcs réunis, et brblant du désir de venger d'anciens ou t r a ges ? Réduit à l'ass i s ta n ce douteuse des Prussiens et des Autrichiens, Napoléon s'imagina qu'avec les troupes de fa France, de l'Italie et de la confédération du Rhin, 11 pourrait à la fois vaincre les Russes et préparer l'asservissement d» Suédois et des Turcs».
EHPIAB (Fran^) FRANGE, EMPIRE (Fnuiçds) «21
peut-être même celui des Polonais, trahir les Suédois, ses nouveaux com-
puisqu'une fois maître de leur pays, il patriotes, ou d'agir contre la France,
refusa de rétablir leur nationalité. S*il son ancienne patrie. Ne pouvant prévoir
avait eu les Espagnols pour alliés «t ce que personne ne soupçonnait alors,
f>our auxiliaires, comme les Italiens et Bernadotte crut concilier tous ses de-
es Allemands, on concevrait encore un voirs envers la Suède et la France en
plan aussi audacieux; mais avec les Es- se tournant contre Napoléon, non pas
pagnols pour ennemis, mais avec une pour rabattre, mais pour maîtriser son
porte ouverte aux Anglais pour franchir ambition effiroiée, non pas pour humi-
les Pyrénées, une pareille ambition lier la France, mais pour la contraindre
était le comble de la témérité. L'ennemi de renoncer à ses envahissements sans
qui devait abattre Napoléon était dans fin , et à se contenter de ses limites MK
soncœur, c'était l'orgueil, un orgueil turelles du Rhin, des Pyréuées, dei
sans égal, et qui devait Unir par dégéné- Alpes et de l'Océan. Sous ce rapport,
reren monomanie. Encore n'avons-nous sa bonne foi ne saurait être suspecte:
parlé ici que de^ erreurs de diplomatie, convaincu que le principe de l'équilibre
Four se uire une idée complète de son est la loi fondamentale des peuples mo-
aveuglement, il faut se rappeler qu'il dernes, il s'en déclara hautement le
commettait de telles aberrations au défenseur contre Napoléon , oui profes-
Inoment où sa considération morale sait la doctrine de l'unité absolue, et
était presque entièrement perdue, trois qui mardiait à oe bot par la terreur et
années après la dernière campagne d' Au- par la conquête. Les griefs personnels
triche, qui avait révélé le mécontente- qu'il avait contre Napoléon contri-
ment qui fermentait depuis longtemps buèreat sans doute à l'entraîner trop
en Allemagne ; au moment oîï le dergé loin ; mais il faut hii rendre cette justice ,
catboligue conspirait partout contre lui que jusqu^au dernier moment il pro-
et s'entendait avec les protestants, les testa contre l'envahissement de la
anglicans et l'Église russe, pour le ren- France, qu'il voulait grande et forte
Terser; au moment où la France elle- comme aux traités de Bâle et de Campo-
Diéme était lasse de se voir enlever le Formio. Ah! sans doute, sMI lui eût été
peu delibertéqui lui restait, en échange possible de prévoir l'abus que devaient
aune gloire qui commençait à pâlir, et faire un jour de ses conseils et de ses
pour un but qui lui paraissait plus plans les rois étrangers, il eût refusé de
gigantesque que vraiment çrand et les aider à ▼ainere, et, plutdt que de
reculait toujours devant elle a mesure nuire à la France , il eût abdiqué ses
qrie son clief l'entraînait dans des ré* droits à la couronne de Suède, pour ne
gions plus éloignées. pas entrer, en sa qualité de prince sué-
L*invasion de la Poméranie ne tarda dois, dans les rangs de nos ennemis,
pas à avoir de funestes résultats. Au Tranquille du côté de la pàiinsule
lieu de se soumettre, comme Napoléon Scandinave, la Russie ne négligea pas
s'y était attendu sans doute, le cabinet non plus la péninsule hispanique. Pour
suédois se tourna contre nous. Le 94 exciter dayantage l'ardeur des Espa*
niars, un traité d'alliance fut secrète- gnols, elle passa, le 30 juillet, aveoift
ment si£îné à Saint-Pétersbourg entre la régence de Cadix, agissant au nom de
Kussie et la Suède. Le 3 mai, l'Angle- Ferdinand VII, le traité de Véliky-
terre accéda à ce traité; et le 12 juillet, Louky.'Les deux parties contractantes
elle conclut avec la Suède, à Orébro, s'engagèrent à BUi?re avec vigueur la
un traité de paix définitif. Cette ligue guerre,contre Tempereur des Français,
du Nord assurait les communications leur ennemi commun, et à se soutenir
de nos principaux ennemis, et leur don- de teus leurs moyens. Enfin, le 1"
nait pour conseil un de nos meilleurs aoât, T Angleterre et la Russie, satis^'
généraux, que Napoléon avait eu l'im- faites d'avoir réussi dans leurs o^ooia-
prudence de relever de ses serments de tions avec la Suède, la Turquie et l'Es-
udélité envers lui-même et envers la pagne, resserrèrent leur alliance, en
France; qu'il a?ait eu le tort de pené- signant à Saint-Pétersbourg un traité
euter et de mettre dans falternative de de paix et d'unû». Ln négneiatioBS de
TO. ai* HPTOteW. (DiGT. SHGYGL. » STG.) SI
remp«Few n'aboutirent qu'à hiî doilner vingt mille Prussieas et trente mille Autri<cbieiia, dont la fidélité était plus
S0 doiitniss» et que leur préseneftdans i Vtngs français devait initier aux secrets de notre tactique. Les Suisses lui fournireot ua contingent de douze mille
Le 36 férrier, Napoléon avait demandé à Alexandre une explication défiaitivs* Jue %4 avril, la liussie avait i<ppiidB p» mm uHimaimm, «ù sHe siigealt l'évacuation de la Prusse, de Danzig et de la Poméranie , un équivalent pouf Oldenbourg et la liberté du commerce des neutres. « Quel langage! » dit liapoléon; «iftaS tout au plus celui « que Catherine pouvait tenir au dernier « roi de Pologne! » Alors, le 9 mai,l'amitassadeur russe Kourakiu Uenianda ses ytiwtpiMrti» 01, peu de Itnps après, Alexandif alla jModM Mm mMé% i Wilna.
Aussitôt riapoléon part pour Dresde, oà il trouve Vwanwt d Auttiehe , le
roi de Prusse et la plupart des prinees de la confédération , qui tous se disputent à l'envi l'honneur de lui faire la eoiir* £blow, trempé par les démoni- 1mti»eii de ce eostége de serviteurs couronnés , fier de se voir à la téte de l'Europe : « Jamais , dit-il , un tel con- « cours de circonstances favorables ne « iMMwrssepiéBeiitef ; je seaeqa'it m'es»
• traîne. »
Le 22 juin , ayant appris qu'une dernière ambassade envoyée à Alexandre n'avait pas nteM été reçue :« la >W0« « Ufé, dit-il, aveugle la Russie: que ses « destins s'accomplissent! » Et il donna l'ordre à la grande armée, forte de 460,000 iMmaiM , de fraaebîr le Nié»
nen. Sa proclamation commençait par ces mots : « La deuodème guerre de « Pologne est commencée ! Elle sera glo- % ifUmd eomme la première; maie U ^ pek que nous conclurons porltra atee « elle sa garantie , et mettra un terme «à cette orgueilleuse influence que la
• Russie a exercée depuis cinquaute ans
• flor les affaires de l'Europe. > Suivant M. de Ségur, le but de Napoléon était de « consolider ce grand empire, en rejetant Alexandre et la MUMaDGi rusie, aifoîfalle de la p^rtede IM Ift Mogno» an datt d» BeqnN
tfaène. » Du même coup , il comptait faire une blessure mortelle à l'Angletorre en se procurant les moyens de ^^approvisionner de denrées coloniales par la voie de terre. Tel est , du moins, Vun des motifs qu'il avait fait donner par ses ministres et par ses Journaux , pour JustiAër ses préporatift de guerre contre la Russie. Si l'on se rappelle les émissaires que Napoléon avait alors envoyés dans la Perse et dans toutes les eontrdes asiatifliieff qof ae trouvent snr le chemin de I fnde et de l'Europe , on se convaincra facilement que cette considération entrait pour beaucoup dans ses projets. Après avoir tiré de la donnée du blocus tout ce qii'elle pouvait foornir dans l'intérêt de la conquête , il songeait à remplacer cette arme usée et tonibée en discrédit à force d'être vexateire , par une arme nouvelle et mîent appropriée à l'état de civilisntion de l'Occident. Tout porte à croire que , si la fortune lui eût été favorable en Rusaie, il aurait, non pàa abandonné son système continental, mais perfectionné ce système en lui donnant pour base , à la place du blocus, le commerce avec l'Orient par la vole de terre. Les An-
§1ais , sans doute , n'auraient pas cessé 'être exclus du continent ; mais le continent aurait eu moins à souffrir de leur exclusion , pouvant se procurer les denrées coloniales par un autre chemin que la mer.
Voilà pourquoi, sans doute, Napoléon portait toujours ses regards du edté de l'Inde , et cherchait à diriger l'activité des Russes vers l'Orient, pour en faire les facteurs du grand empire, auquel ils auraient apporté les produits de la Gbine et de l'Asie centrale. Voilà pourquoi il songeait toujours à l'Égypte et à la Syrie , qui ne pouvaient manquer de tomber dans ses mains, dès qu'il aurait eipulaé tes Anglais du bassin de la Méditerranée, convertie en lac français par l'agglomération de l'Italie, de l'Espagne et de la France.
Voilà pourquoi il avait consenti à par* lagerja Turquie d'Europe avec la Russie, pourvu que cette dernière renonçât à la ville de Constantinople , qui , suivant lui , devait entrer dans le systène français , soit qu'il eût le projet do V'umjfut loiHnéme» aoit plittfc,
MMAB (Vruifait) FRANCE. BttMftfi (Ftniçal^
comme on l'a quelquefois <;npposé, qu*il eût rintention de ressusciter la nation grecque pour placer eette nation, et CoDitaiitinovte avec eHe, aoas le protectorat de la France.
Assurément c'était une pensée féconde et civiUsatrioe que d'apprendre à reiirope à M famt de TAngleCerret q«id0pttlftfitoBgleiiipBlui imposait soa commerce, et qui , pour la traiter toujours en tributaire, faisait naître ou entretenait la discorde et la guerre dMM son sein. Cétait une belle pensée que de rétablir sur une grande échelle le commerce continental pour faire concurrence au commerce maritime^ et pour dépoullicr la dominatrloe des flots de tous ses monopoles. Mais cette révolution utile, qui aurait pu renouveler la face de l'ancien monae , n'était pas réalisable par les moyens dont se servait Napoléon. Son ambition sans bornes, ses rêves de domination univmelle, son caractère despotique, diatfM la mot) son maeliiavéïlsine oriental ne pouvaient inspirer aux nations européennes le degré de confiance nécessaire pour l'accroissement de ce grand traTafl. Il avait assea de génie pour en concevoir la penaée; fl n^vait pas assez de modération , pas assez de continence pour en diriger l'exécution.
Sa puissance personnelle était devenue si prépondérante, si formidable; il en faisait quelquefois un usage si violent, que tous les peuples de l'Europe craignaient encore bien plus sa dictature militaire que la tyrannie maritime de la Grande-Bretagne. Ils désiraient à la fois la liberté du commerce et la liberté politique ; mais , dans l'espoir de recouvrer leur f ndéjMmdanee et de fiiire pré^ valoir le principe de l'équilibre qui seul pouvnit l'assurer, ils étaient disposés à pactiser même avec les Anglais qui, du HBoins, n'en foulaient qu*è leurs bourses , et n'avaîani pas ht puissance de venir s'établir en maîtres chez eux.
Tous étaient persuadés que si Napoléon voulait ouvrir, par la voie de terre, de nouveaux débooehés entre l'Europe et l'Asie, c'était pourserendre maître du commerce continental, comme les Anglais étaient maîtres du commerce mafiUme , et pour soumettre ainsi, Wê^fkmétMmtrOo^éOBAktà do-
mination personnelle. Les nombreuses confiscations de territoire dont le blpcus avait fourni le prétexte, leur avaient appris que le système continental était pour Napoléon un instrument au moins autant qu'un but. La plupart d'entre eux s'étaient vus dépouillés dHine partie de leur indépendance pour n*aToir pas voulu ou n'avoir pas pu se soumettre aux prohibitions ordonnées par les décrets de Berlin , de Milnn , de xrianon et de Fontainei}Ieau ; ils craignaient de se Toir enlerar le peu qui leur restait , lorsque de nouveaux succès et de nouvelles combinaisons même moins vexatoires que le blocus viendraient au secours du nouveau Gliarlemagne.
D'ailleurs , quoique profondément conçu , et quoioue admirablement calculé, le plan de Napoléon, indépendamment du parti qu il en voulart tirer,
était attaquable sous beaucoup de rapports. Son premier défaut était d'avoir matérialisé le problème révolutionnaire et d'avoir fait dégénérer une question de civilisation morale en un problème (i'intérêts,ou,si l'on aime mieux, en une question de civilisation matérielle. Ensuite, il avait le tort d'être trop vaste, trop gigantesque , pour pouvoir être réalise dans une vie d'homme. Le système continental , comme l'entendait Napoléon , ce n'était pas seulement le remaniement de l'Europe, c'était le remaniement de tout l ancien monde ; aussi voyait-on l'empereur se préoccuper des affaires de la Ferse, de la Ôiine et de rinde, en même temçs qu'il échangenit des notes diplomatiques avec la
c'était trop pour un homme dont l'élévation avait fait tant de mécontents ; c'était un excès d'orgueil si grand, qu'on a pu dire de Napoléon , comme de tant d'autres personnages révolutionnaires, que son esprit manquait delà notiondu temps. Lui -même n'en faisait-il pas l*ayeu, lorsque, dans sa fougue poétique, il s'écriait : 1 r nwf impossible n^estpas français? Non, rien de ce qui est vraiment beau et vraiment utile n'est impossible ; mais à une condition cependant ; ewqu*mi grand homme ou qu'un
Si.
314 BMPIRE (Irançais) L'UNIVERS. EMPIRE (('naçutf)
grand peuple ne voudront pas tenter de faire en un jour ce qui ne peut s'accomplir qu'eo un siècle. En voulant aller trop vite, on peut étonner le monde par des merveilles comme la France mipériale, mais, comme elle aussi, l'on finit par échouer, surtout iorsqu on devance le temps dans un intérêt qui n'est pas pur de toute ambition personnelle, et qui porte atteinte aux droits des autres nations. Les projets de l'empereur avaiént encore cela contre eux que, même mitigés par les améliorations qui auraient suivi la campagne de 1812, si i elle eût tourné à notre avantage , le système continental n*eût pas cessé d'être incomplet, et , par conséquent, difficile à supporter. En effet, le commerce maritime a de grands avantages sur le commerce continental : il existe une foule de produits qui , amenés par la voie de terre , ne peuvent soutenir la concurrence avec les produits de même nature , apportes par la voie de mert qui est le moyen de transport le moins coûteux. Par sa nature même, le système continental était donc condamné à faire toujours uu grand nombre de mécontents.
A mesure que ce système fit des progrès, Napoléon dut mieux s'apercevoir de la faute qu'il avait commise en tournant ses armes contre FEurope , avant d'avoir rois à exécution le projet de descente en Angleterre , que la république avait conçu, aussitôt après avoir conquis les limites naturelles de la France, et que lui-même avait d'abord adopté. Il dut s'apercevoir de la faute qu'il avait commise en sacrifiant nos lorces navales à nos forces de terre , et en s'imaginent que l'Angleterre pouvait être vaincue ailleurs que sur les flots ou sur son propre territoire. Il dut regretter avec amertume d'avoir entrepris, avant le temps, cette expédition d'Egypte qui nous coûta notre plus belle flotte, et qui ne profita qu'à notre gloire militaire et à son ambition personnelle, n dut se repentir de n'avoir pas , après la victoire d'Austerlitz , cherché à réparer rapidement la défaite de Trafalgar, lui qui ne croyait rien impossible. Il dut reconnaître , mais trop tard , qu'au lieu de ruiner l'Angleterre en la pounuimat partout twr le amUnetU,
il lui rendait sinon l'amitié, du moins l'alliance des peuples, qui, tant de fois, et même encore en 1800 , s'étaient ligués contre ses prétentions révoltantes. Son dessein, aira-t-on , était de relever la marine française d'un seul coup, dès qu'il aurait soumis i Europe à son système continental. Sans doute; mail comment soumettre l'Europe, tant que des nations comme l'Espagne , la Russie ou l'Allemagne pourraient compter sur l'assistance des Anglais? Là était le nœud de la question , là se trouvait l'erreur qui en Élisait un eeide vicieux.
Au reste, alors mêméoue Tempereur
eût commencé par l'Angleterre, et quMl lui eût fait subir autant d'humiliations Qu'à l'Autriche, il est peu probable qu'il rot parvenu à atteindre son but de domination universelle en Europe. Le principe de l'équilibre y était déjà trop profondément passé dans le droit commun pour que son système d uni Le ou d'agglomération pût prévaloir. Il est même très-probable que, sans l'habileté avec laquelle il exploita le mécontentement des peuples contre l'Angleterre, sans le blocus continental en un mot^ il n'aurait jamais pu s'élever à ee degré de puissance dictatoriale où il se trouvait arrivé en 18i;2. Mais une fois là , iMNMeulement il était fort difficile de monter plus haut , mais il était à peu près impossible de ne pas descendre.
Car , en supposant qu'il eût vaincu les Russes aussi facilement que les Autiicbiens ou les Prussiens , comment aurait-il pu maintenir sous sa loi un pareil assemblage de peuples , tous mécontents , humiliés , et n'ayant qu'un désir, celui de recouvrer leur indépendance perdue ou compromise? C'est à peine s'il eût pu contenir la France, qui s'apercevait enfin que la gloire ellemême ne saurait longtemps remplacer la liberté et la grandeur morale. Et ses lieutenants, ses propres frères ne commencaient-ils pas à se lasser de la tutelle'qu'il leur avait imposée? Partout des symptômes de désunion se manifestaient et rendaient imminent le démembrement de l'agglomération impériale.
EnGn , et cette circonstance fut une de celles qui contribua le plus à avancer ta cbttte, ses projets de domUiatiaii
BHPIftB (Aan^) FRAiUCE. KHPWB (Fftq^) «M
Tavaient forcé de conclure avec Tempereur de Russie une alliance qui devait
avoir les plus malheureuses suites pour sa popularité et pour la puissance de son ^ empire. Quoique l'Autriche eût été vaincue à Austerittz et la Prusse à léna , en dépit de Tassistance que leur avait prêtée la Russie , Napoléon ne pouvait retenir l'Allemagne sous sa dépendance sans l'amitié de la Russie , qui , pour avoir été battue, ne restait pas moins encore très-puissante. Voilà pourquoi , après Austerlitz et après Tilsitt, il eut pour elle des ménagements si extraordinaires. Lors<|u*on suit avec attention sa politique à l'égard du cabinet de Saint- Pétersbourg, on voit qu'il lui prodigue les avances toutes les ibis qu'ayant résolu une guerre en Allemagne , il a besoin de la séparer de la coalition dont l'Angleterre est l'agent en permanence.
A l'aide de cette tactique adroite, il parvint en 1809 à compter, nominalement du moins, la Russie pour auxiliaire con<< tre l'Autriche. Après "Wagraiii, croyant enfin sa domination solidement assise en Allemagne , il changea peu à peu de conduite à l'égard d'Alexandre, qui d'ailleurs n'avait pas répondu comîilétrrnpnt à son attente. Bientôt, de l'iiidulgence il passa à ia sévérité; en 1810, il épousa une princesse autridiienne après avoir demandé une princesse russe; en 1811, il fit des menaces; en 1812, il prit les armes.
Mais avant d'en venir à eette extré- . mité , et pour se ménager Fallianee de
la Russie contre l'Allemagne , il avait fallu faire des avances au czar. Or, avec un prince russe, la seule avance qui soit d*Utt effet certain, c'est une proposition de partage ; l'histoire de la Pologne, de la Suède et de la Turquie en fournit de nombreuses preuves. Napoléon Ct donc des propositions de partage à Alexandre , flans son entrevue de Tilsitt d'abord, et ensuite dans son entrevue d'Erfurth. Utiles à sa politique du moment, ees entrevues furent tres-nuisibles à la considération dont il avait Joui jusquelà , et elles servirent à prouver que tout accord durable était impossible entre l'autocrate de toutes les Rusâes et l'au- - tocrate de tous les peuples réunis dans l'agglomération française.
li^ peuple^ virea( avfc ie plus vif
sentiment de douleur le chef de la révolution abdiquer son rdle de libérateur
pour pactiser avec le despote du Nord,
et pour conclure avec lui un marclié scandaleux dans lequel les peuples étaient traités comme un vil bébil. Ils cessèrent d'avoir confiance dans Pambitieux
qui sacrifiait la Pologne, la Suède et la Turquie pour avoir sa portion des dépouilles de ces anciennes alliées de la France.
D'un autre enté , il s'efforçait inutilement de satisfaire la Russie ; comuïe lui , le czar voulait la part du lion. En vain Napoléon loi avait cédé la Finlande, la Valachie et la ^Moldavie; en vain il avait promis de ne pas rétablir la Pologne ; Alexandre , effrayé du voisinage du duché de Varsovie, voulait* que Napoléon prît l'engagement solen> nel de détruire jusqu'au nom des Polonais ; de plus , il exigeait Constantinor pie, qu'il appelait les clefs de sa maisaHm Napoléon eut beau l'inviter à tourner ses forces du côté de l'Orient, et à s'étendre aussi loin qu'il le pourrait dans la direction de l'Inde , le czar ne voulut jamais renoncer ni à sa haine eontre les Polonais, ni à ses prétentions sur les Dardanelles. INapoléon eut le courage de ne pas signer l'arrêt de mort de la Pologne ; mais, loin d'avoir l'intention de faire revivre sa nationalité , il ne chercha qu'à l'englober dans la sphère impériale, en la plaint sous la dépendance du royaume de Saxe, qui luimême , en sa qualité de membre de la confédération germanique, reconnaissait Napoléon pour protecteur. Il eut ia fermeté de refuser Coustantinoule aux Russes; mais, en s'établissant oans les
f)rovinces illyriennes,il menaça lui-même a capitale de l'empire ottoman , déjà effrayée de voir le drapeau français flotter sur les tles Ioniennes. Il se ^arda ' bien de livrer le reste de la Suéde à Alexandre, de peur de le rendre maître du détroit du Sund ; mais il voulut dominer lui-même ce détroit en livrant la Suède au Danemark , hors d'état de s'affranchir de la tutelle française. Quant à rÉgypte , aucune autre puissance que rAnsTeterrd ne songeait à lui en disputer raccès. Il résultait de là que, dans ses projets de partage, il s'adjugeait,
4'uii9 maaière piiip oii qir^te i
h détroit du Sund , le détroit des Dardanelles et l'isthme de Suez , é'est^o dire, les trois points géoi^raphiques qui dominent Tancien monde. A ces conditions , il consentait à laisser carte blan» ehe MX Russes en Asie, et à se joindre à eux iKNir attaquer Tlnde anglaise, où il y nvaît pour tout le monde une riche moisson à recueillir.
Msis comment croiire «oe la Russie engagerait ses forces en Orient de con» cert avec un allié qui , maître de presque tout rOrrident, pourrait, à la première occasion de brouille, l'attaquer à la fois dn eftté de la mer Baltique , du Cfîté de la ruer rsoire et du coté de la Pologne ; qui pourrait simultauéuient envahir ses deux extrémités et son centre ; qui un îoav peut-être pourrait marcher a la mis sur Saint-Pétersbourg, sur Moscou et sur Odessa ? Si séduisante que fût une guerre contre Tlnde, Alexandre poovait-H se risquer dans cette expé* llitfon lointaine avant d'avoir fermé sa maison , ouverte à l'occident , au midi et au nord ? Les propositions de Tempcreur n'étaient donc pas acceptables.
Pour mieux les faire échouer , l'Angleterre, avec ou sans l'intention de tenir sa parole , s'empressa de promettre tout ce que Napoléon refasait. Elle fit entrevoir à Alexandre un temps où il pourrait dominer à Constantinople, certaine qu'à son tour elle trouverait alors le moyen de dominer en Égypte. ÊHe prit la Suède sous sa protection, et n*eut pas de peine à persuader au cabinet de Saint-Pétersbourg qu'il était de son intérêt d^en ferre autant. Elle eirtblensoin de ne pas contrarier les vues du czarsur laPologne, dont r indépend an ce la f)rf occupait fort peu , pourvu (^ue les Polonais cessassent d'être les allies de la France. Enfin , elle tint toujours présents à la pensée d'Alexandre les dani^ers d'une alliance qui, disait-elle, ne lui ouvrait un chemin vers l'Orient que pour l'exelnre de rooefdmt; qui neenercbaft I le pousser du côté de I Asie centrale que pour mieux lui enlever l'innuence qu'il exerçait en Europe. EHe acheva de le ga-
Sier en M dépeignant tes arvantages ont sNtenoe avec elle-même, aWaneft
Sri tdt ou tard finirait par renverser apoléon . et qui donnerait à la Russie
la prépondérance sur le contiaent . en rendant plus solide la suprématie de la
Gronde-Bretagne sur les mers. Partage pour partage, puisque Napoléon avait eu l'imprudence de poser la question sur ce mauvais terrain, il faut eonrenit qu*Alexandre devait éoooter les propositions de l'Angleterre, puissance maritime , et sans possessions territoriales d*une grande Taleur en Europe , plutôt que les propositions de Napoléon dont
I i puissance était toute continentale, et dont les frontières touchaient déjà à celles de la Kussie. Entre le syaUnie eonHneiUai de Napoléon et le système maritime des Anglais, les atitres peuples ne pouvaient guère plus hésiter que la Russie. Opprimés par deux genres de tyrannie qui compromettaient celui-ci leurs intérêts industriels, celui-là leur indépendance même, ils oublièrent un moment la liberté des mers pour ne songer qu*à rétablir l'équi libre européen. T)e deux maux, ils proiérèrent le moins grand , et leurs vœux secrets furent en faveur de la Russie , que l'ambition de Napoléon et l'ambition du gouvernement britannique avaient presque investie du rdie d'arbitre dans les démêlés de TEaropc.
Dès lors la situation de l'empereur devint critique. H ne lui resta plus que deux partis a prendre : ou en appeler de nouveau à la décision des armes, pour arracher de vive force ce qu'il n'avait pu obtenir par la douceur et Thabileté, ou changer brusquement de système, et renoncer à ses rèjk es de domination personnelle. Un grand nombre de motifs hiî conseillaient d*adoptar cettedernière résolution. Dans la nouvelle campagne^ il allait avoir presque tout le monde contre lui ; car beaucoup de ses alliés n'attendaient qu'une occasion favorable pour passer dans le camp des Anglo-Russes.
II allait se présenter entièrement dépouillé de son ancien prestige, soit de tribun , soit de libérateur, soit même de protecteur de l'Ewope. Depuis Wagram, chacun ne vovait p!ns en Itiï rjne la figure d'un conquérant; les deux années de paix qui avaient suivi ce dernier Crfomphe ne permettaient plus te dtfute à 6et ^ard. Ses ennemis, au contraire, avaient marché en sens inverse. Bien plus encore que celle de 1809^. la eoali*
ÉmitÈ (FniDçais) FRANCE. EMPIRE (Françab) 837
tîon de 1812 différait des trois premières. Cette fois , à en croire les Anglais et les Russes , c*était pour la in»erté , lini^uement pour la liberté , et pas le moins du monde pour la contre-révolution, qu'on prenait les armos. Dans le but de le prouver, on faisait alliance avèe Ifl jMrte de Cadix , qui non-seulement voulait rindépenrintif c de l'Espagne, mais qui exigeait encore que la Péninsule devint une puissance ôonstitiitioiiMlleOMttnièl* Angleterre. Partout On opposait à l'empereur l'arme des constitutions nattonales ; partout, ( xcepté en Russie, mais tout eu ayant soin de Fe$ter bleu despotique , le cabinet de Saint-Pétenbotirg flattait les passions du peuple rfifîRe, S'alliait avec l'Angleterre et la Suède, pays constitution nels, et promettait son assistance ft tOns les peuples qui , à l'exemple de PEspagne, désiraient des constitutions. Maintenant qu'ils se voyaient à deux doigts de leur perte, les rois sentaient ou feignaient de sentir les avanta|;es du régime parleihentaire; îîs se faisaient constitutionnels, parce qu'ils comprenaient que sans le secours des peuples c'en était fait de leurs trdnes. Lmerté, eonstitution, voWh 1rs mots macjiques qu'ils rtHournaient ^ contre la France, dans l'espoir carhé qu'après le triomphe ils en tiendraient oômpte autant que lè général Bonaparté après le 18 brumaire. Ils affectaient de mettre la eonstitution anglaise en parallèle avec le despotisme mipérial , et ite la proposaient pour modèle à toutes les nations qulsattra1entrimiter,pour^ Cependant que ce ne fût pas leur propre peuple. Plus ce parallèle irritait Napoléon, plus ils s'apercevaient qu'ils frappaient Juste. Dans ses négociations avee ' rcmpereur, le cabinet suédois avait souvent invoqué la constitution nationale, pour uiutiver ses refus a des demandes que, suifsnt lui , les états devaient Inévitablement refuser. T,n rolèrr avec ia-
auelle Napoléon répondait à ces sortes e prétextes était une preuve de plus qu*ll ne respectait pas plus les constitu» tions des autres peuples que celles de la France. En Sicile, les Anglais avaient implanté le régime constitutionnel, et, chose VamarquaMe, ffs avafent tbùli la féodalité, que le roi de Prusse, ëOBàmé
dttl'ata, détfi^t gênent dans nu
États , pendant que reinpaiiur la fm»
sait renaître en France, lia rftualioR était done Men êhangée :
les anciens révolutionnaires étaient obligés de combattre pour le sr/atéme cfmfinental ; tandis que les vieux défenseurs de la contre-révolution appelaient les peuples sous leurs éleftdarda au nom de la libnié. Les vœux des populations, cet élément qui Infltie avec tant de force, sinon sur le succès d'une bataille, dn moins sur le sort d*«n« earnipai^ne, les vœux des populations n'étaient plus pour nous. Le beau temps des campagnes d'Italie, où tous les peuples saluaient le général Bonaparte «Ofrtrae un libérateur, ne devait plus revenir.
Ses talents militaires étaient plus développés que jamais ; mais niostilité des populations allait permattrt) aux Russes d'opposer à la grande lactique de l'empereur cette guerre de partisans qui avait déjà si bien réussi mi Espaiînols.
Malgré tous ces ehangemêlitt défavorables , Napoléon ne parut pas effrayé.
Loin de chercher h enlever les principaux avantages à ses ennemis en ramenant \fl$ peuples de son côté par on système moins aristocratique, i! persévéra dans ses anciennes idées de (iictature.
Toujours invincible à ses propres yeux, il accepta te défi liH jetaient r An* gléterre et la Russie.
Le succès répondit d'abord à son attente. Le 28 Juin , six jours après lé assige du IViémen , Tarméo fttnçilsa t son entrée à Wîina , OÙ Pcnfipereuf établit le gouvernement provisoire dé la Lithuanie. Mais cette fois encore U mancfua l'occasion oui ^Offrait dé rei^ mtdttr la nationalité (»OTonaise , et cela dans un moment où la diète de Varsovie venait de se constituer en confédération générale, et avait proclamé le rétablissement de la Pologne.
Le 11 juillet, trne députation de cette diète vint implorer sa protection :
« Dites un mot, Sire, dites que la « Pologne eiiste, et i^oWe décfél sera « pour le monde l'énuivalent de la réalité. » Napoléon nt cette singulière réponse : « Si j'eusse régné pen- « dant les partages dè Iti iwicgne , * jlaùralS armé tous mes peuples poir^ a im «mttMtfr,.. ra^aMii l tddt
« ce ope 'vous avez fait, j'autorise les « emni que veut voiiles h\re ; tout • m qoi dépendra de moi pour secon-
« der vos résolutions, je le ferai... « Mais j'ai garanti à tempereur « (T Autriche f intégrité de ses Etats,.. « Que la Lithuanie , la Samogitie , la « Wolhynie , l'Ukraine , la Podolie « soient animées du même esprit que « j ai vu dans la grande Pologne , et la ■ Providence couronnera par le succès la sainteté de votre cause!.. « Étaitce avec des paroles aussi peu encourageantes ou aussi vagues que l enipereur devait aoeneillir la demande de la diète de Varsovie? Et surtout était-il fondé à se retrancher derrière une promesse de garantie faite à l'Autriche, lorsqu'un article du traité d'allianoe avec le cabinet de Vienne , comnie on a déjà pu le remarquer, disait positivement que, dans le cas où l'empereur voudrait join* *ist la Gallicie au duché de Varsovie , il serait libre de le faire, à la condition d'indemniser l'Autriche sur les provinces illyriennes "} La vérité , c'est que se voyant enfin maître de toute la Pologne, Napoléon n'avait plus le courage de renoncer à une si belle possession. On en trouve la preuve dans les instruntions que déjà, avant d'entrer en campa^^ne, il avait données à ion chargé d'affaires à Varsovie. « Si la guerre s'engajïe, lui « .ivait-il dit, les Polonais ne doivent « la considérer que comme un moyen « iijouté à leurs propres ressources.
« Le gouvernement du grand-duché « doit faire confédérer sous les ban- « nières de l'indépendance les démemm brements de leur malheureuse patrie.»
Sa conduite après son entrée en Pologne montre dans quel sens devait être interprétée cette espèce d'ént^me diplomatique : laisser les Polonais s'armer, se confédérer pour eliasser (^us facilement les Russes de leur pays, et les Russes une fois chassés, tempérer les élans d'indépendance des Polonais pour substituer I autorité du gouvernement fn lirais à l'autorité du gouvernement moscovite. Toujours la même adresse; mais combien elle devait être fatale à Napoléon l S'il avait été moins habile , s'il avait rétabli la Pologne et fortifié le nouvel État en affranchissant les serfs, 1^ (ié|)ri$ de la grande armée, après 1^
retraite de Moscou, auraient eu le temps de reprendre haleine sur la terre polonaise , où Ils auraient trouvé pour
auxiliaire tout un peuple en armes et prêt à les aider à reprendre l'offensive peut-être. Nos soldats n'auraient pas été réduits à traverser en fugitifs cette Pologne où ils étaient entrés naguère en vainqueurs, croyant y apporter la liberté en échange de tous les services que se-s enfants avaient rendus à la France.
Napoléon manqua de générosité envers la Pologne : il la ménagea tant qu'il eut besoin d'elle; quaud il put s'en passer, il devint dédaigneux et despote. Ainsi avait - il fait avec la France révolutionnaire et avec Joséphine. En sorte au'il serait presque permis de dire qu en 1812 , après la brillante campagne de Pologne, il divorça pour la troisième fois en voyant grandir sa fortune. La reconnaissance n'est pas la vertu d*un conquérant; mais presque toujours il en est puni en ne faisant lui-même que des ingrats.
Le 15 juillet, quoiqu'il vînt d'acquérir la certitude que la Suède et la Turquie l'avalât sérieuisement abandonné, TVapoléon se remit en marche. Au lieu de se diriger sur Saint-Pétersbourg, comuie ou s'y attendait, il se dirigea •sur Moscou. Le 28 juillet, il entrait i Wilepsk, qu'il trouva déserte. Comme les Scythes, leurs ancêtres, les Russes fuyaient devant la grande armée, dans Tespéranoe de 'l'envelopper plus tard.
Pendant ce temps, Alexandre parcourait les provinces pour exciter le fanatisme de ses sujets. Le 14 juillet , il arriva à Moscou , où il fut reçu par le métropolitain Platow, vieillard de cent dix ans, qui , en lui offrant l'image de saint Serge, s'écria d'un ton prophétique :
« La ville de Moscou , la première capitale de l'empire, la nowm Jérusalem^ reçoit son Christ comme une mère dans les bras de ses lils zélés; et, à travers le brouillard qui s'élève , prévoyant la gloire brillante de sa puissance, elle chante dans son transport : Hosanna !
béni soit celui qui arrive ! Que l'arrogant, l'effronté Goliath apporte, des limites de la France , l'effroi mortel aux confins de la Russie! La pacifique religion, cette fronde du David russe, «i^Qttra 9ou()iun la tète 4e $oa «oo^hI*
EMPIRÉ (FrançaU) FRANCE. fiMPimC (Franetb) 899
naire orgueil!... >» Mais, plus prudent «ne sont pas gens a demander la
que l'autre , le nouveau David évita de « paix. » Cependant li consentit à éorire à
M trouver fiMse à flMse arec celui qa*il AleiaMire. En attendant une réponee ,
faisait ^lifler de Goliatii; pour le ter- il prépara ion armée à la retraite,
rnsser, il comptait sur le secours de l'in- rendit plusieurs décrets datés du Kremtrigue encore beaucoup plus que sur le lin , d*où il dirigeait ses ministres et secours du ciel. gouTcmait l'Empire. Il suivait avec le Cependant, voyant Moscou menacée, ^us vif intérêt la guerre commencée les Russes commencèrent à faire une entre les États-Unis et l'Angleterre; sérieuse résistance. Le 17 août, ils mais il ne pouvait voir, sans une vive furent battus devant Smolensk , qu'ils inquiétude la tournure alarmante qu V dnrent évacuer ; le 20 août , ils essuyé- vait prise la guerre d'Espagne. ProOtant rent une nouvelle défaite qui , sans 1 in- de Téloi^nement de Tempereur, les décision de l'empereur, aurait pu avoir Anglais étaient entrés à Madrid le 22 des suites beaucoup plus décisives. Dès juillet. Soult, à la vérité, reprit cette lors, Barclay vaineu se retira sur Mos- capitale; mais il n*y parvint qu'en abi^ cou , incendiant toutes les villes, pous- donnant le blocus de Cadix. Un peu sant toute la population devant lui , dé- plus tard, Wellington remporta la viefendant chaque ravin, chaque ruisseau, toire de Salamanque, dont les suites mais reculant toujours à la menace forent fotalee à fa cause française, d'une bataille. Ce système de défense Alexandre se garda bien de répondre déconsidéra Barclayaux yeux des Russes, aux ouvertures de paix de Napoléon ; il qui commencèrent à parler de trahison, ne chercha qu'à gagner du temps pour* Alors Aleiandre donna ie commande- donner à Thiver le tempe d'arriver à ment en dief au vieux maréchal Rutu- eon secours. Napoléon, qui connaissait sof, qui venait de finir la guerre contre cependant si bien le c;\hinet de Saintles Turcs. Le nouveau général résolut Petersbourg, se laissa prendre à cette de tenter la fortune en avant de Mos- ruse. Ce ne fut que le f 8 octobre , à cou; mais les Russes furent de nouveau l'apparition des premières neiges, qu'il mis en déroute le 7 septembre. Huit donna l'ordre du départ. Iji retraite jours après la bataille de la Moskova, s'effectua d'abord en bon ordre; mais 1 armée française entra dans Pancienne bientôt l'augmentation du froid et la capitale de m Russie, en chantant la concentration de toutes les forces de Marseillaise et en chassant les derniers l'empire russe autour de la grande arbatnillons russes. Napoléon alla prendre m^ vinrent apporter le troulile et les séjour au Kremlin, ûer d'avoir planté privations dans les rangs de nos solses aigles au centre de l'empire russe; dats. Après le passage meurtrier de la mais, le lendemain , des incendies écla- Bérésina, l'empereur se vit forcé de tèrent partout ; et bientôt la ville , près- partir en secret pour Paris , après avoir que entièrement bâtie en bois , ne fut laissé le commandement suprême à plus qn*un océan de flammes. Les in- Murât. Dès lors, la défaite se crob^ cendiaires étaient des forçats déchaînés, en une déroute générale , et la défection qui n'avaient agi que d'après les ordres des Prussiens , sous les ordres du géné- Qu gouverneur Rostopchine. ral York, vint clore l'année I8i:t et pré- Ge sinistre événement abattit le cou* parer les défections de Tannée suivante, rage de l'empereur, qui s'écria avec tris- Au moment où comnMUçait la retesse : «Voilà donc comme ils font la traite de Moscou, Paris avait été le « guerre ! La civilisation de Saint-Pé- théâtre d'un coup de main qui pouva't « terriwure nous a trompés : ce sont avoir les suites les plus graves. « Un « toujours des Scythes 1 • Il eut d'abord général républicain , MaTlel , détenu la pensée de marcher sur Saint-Péters- pour complot politique , conçut le probourg, en se ralliant h Oudinot et à jet audacieux de renverser le gouverne- Macdonald; mais ses généraux l'en dis- ment impérial en répandant le bruit de suadèrest, et rengagèrent à séjourner la mort de Tempereur. Le 16 octobre ^ j à Moscou pour y négocier. Il leur ré- avec un faux sénatus-consulte , de faus-
p0iidi| ; « Ceux qui .orit brûlé Moscou ses lettre» de service, il s^ Ât tgi»m
m êÊÊmtÈ (FrftU^ri) L'UniWM. MU» (Fftaçirit)
par deux bataillons de la gafnison de Paris , s'empara des postes , du trésor, éè rhètel de ville , mit en prison le ministre de la police Savary, le préfet de police Pasquier, et les remplaça par deux aides de camp de Moreâu. il n*éelioua qn'è Tétat-major de la place, où il fallut employer la force contre le
général Hullin , et il fut arrêté. Traduit evant une commission militaire, il fût eoindafnné et fasHIé ivae tfeiR eutraf
Sersonnes qui n'étaient coupables que 'avoir cru trop facilement ce conspirateur audacieu;c (*). » La nouvelle de ce complot dut contribuer à la résolutton que prit l'empereur d'abandoooer ion armée et de lefeoir proifipteiiieiA à Paris.
Le désastre de 1812 révéla la faiblesse du goavememeiit impérial. Le fruit de
dîx années de victoires fut compromis ^ar une seule défaite, et, sur toute la éurface de l'Europe, tout fut de nouveau mis en question.
Junée 1813. Le désastre de la cann pn[rne de Russie devient le signal d'une si.\ienie coalilion de l'Europe contre la France. Cette fois le théâtre de la guerre est en Allemagne. Le monde entier semble conjuré contre l'empereur, qui précipite lui-même sa ruine, par une aveugle confiance dans son génie militaire.
Incapable d'exercer le rommrtndement que lui avait confié Napoléon à son départ, Murât se démit de ses hautes roiielions dans les mains <lu priifoe En* ^ène Beauharnais, et se hÔta de se rendre a Naples pour y veiller à la conservation de sa couronne. Grâce à l'énergie du ffee-roi, dignement sofrtenti Fey, les débris de la grande armée parent enfin s'arrêter eu Allemagne et se reformer derrière l'Elbe pour y attendre de nouveaux renforts.
Ils ne tardèrent ^as à arriver , car Napoléon eut bientôt pris sa décision eu face du danger : loin de s'arrêter à l'idée de se replier derrière le Rhin, comme le voulaient plusieurs généraux, il résolut de reprendre l'offensive en Allemagne. Cette fois encore, il dédaigna les conseils de la prudence et il crut tout possible avec de' rattdace.
O UvaUée,
Retranché derrière le Rhin , il eût été inattaquable, ou du moins invincible; tandis gu'il s'exposait aux ehateet lot plus défavorables en s'aventurant ou centre de l'Allemagne, après avoir perdu l'élite de ses troupes en Russie, et au moment où les Anglais eômnMçaieAl à remporter des avantages sérieux en Espagne. D'ailleurs, quoique très-forte sous beaucoup de rapports, la positioa iMiHtaire de FEHie âveil «e grm ineoiH véoient qu'c'le pouvait Àre tournée du côté de la Bohême, si , comme ce n'était malheureusement que trop probable, l'Autriche abandonnait la France, pour potier dios les rangs de lacoalitioB.Maft* gré iMDates ces tristes éventualités , Na- ÏK>léon se prononça pour une guerre en Allemagne, parce qu'une retraite sur le RMn n'aurait sauvé l'intégrité 4m territoire français qu*èn niinnnt le sys^ tème impérial. En se bornant à défendre la France, il déjouait tous les plans de ses ennemis, (^ui peut^tre n'auraient pus même osé l'attaauer ; mais aussi il renonçait à cette agglomération d'État»
qui était son ouvrage et qui s'appelait rfimpire. Plus entier que jamais , au moment où la tempête se déchaînait contre lui, et brûlant du désir de relever l'honneur de ses armes, il se flatta de sauver à la fois la France et l'Empire : eet excès de présomption ne servit qu'à perdre l'un et l'autre , autant du moini que la France pouvait être perdue.
A peine arrive à Paris , 10 décMsmbro I8tt, Temperenr se mit au travail ave»
une uetivité plus grande que jamais ; et il annonça que, dans le courant de février, uue réserve de 300,000 hommes viendrait se réunir à ta ptirande armée , et que ta campagne prochaine s*ouvri« rait avec des forces doubles de celles qui avaient combattu dans la dernière campagne. Il essaya de mettre un terme au mécontentement du clergé. Le t9 janvier il alla lui-même rendre visite au pape à Fontainebleau ; il eut avec lui une longue conférence où furent jetées les hases d'un nouveau cenoordat, fUt donnait Avii^non potir résidence à Pie yil, et qui lui assurait un revenu considérable. Ce concordat fut publié comme loi de l'Étal, le 18 Mvrînr. Mats le pape ne tatda pas à se lepentir : le 24 man.
Il derifit â rempttoar mm lettM ém
Liyiiizuo by LiOOgle
wmmmahmtÉ^y, nui
li^pieUe il rétractait eet acte comme oontrifw aax lois da PÉgiita ; NapoMas
n*y répondit pas et la re^^rda comme non avenue. Le pape resta à Fontainebleau, et la paix fut plus que jamais ban> oie do aain de rfijobe.
•Le 15 février, u ottfrit la aassioii du Corps législatif, convoaué dans le but de pourvoir au déUcit aes deux années précédeDtes et aux beaoiaa extraocdi»
naÎFes de Tannée actuelle, en décrétaDt la vente des biens-fonds appartenant aux communes , et dont la valeur était de S70 millions. Le discours d'ouverture n'avait laissé aucun doute aer Ut ferme résolution où était l'emperetir de ne faire aucune concession à ses ennemis. « C'est avec une vive satisfaction, « avail-il dit, que nous avona vu nea « peuples du royaume d'Italie, ceux de « l'ancienne Hollande et des départe- « ments réunis , rivaliser avee les an- « ciens Français , et sentir qu*îl n'y a « pour feux d'espérance d'avenir et de « nien que dans la consolidation et le « triomphe du grumd empire. ... La « dynastie françaiae tèff» et ré^^nera
a en Espagne Je suis satisfait de
« la conduite de tous mésalliés. Je n'en « abandonnerai aucun ; je maintiendrai « rintégrité de leurs États. Les Russes « rentreront dans leur affreux climat...*
Le sénat lui accorda 100,000 hommes de garde nationale, 100,000 hommes pris sur les conscriptions de 180U à 1813 , et 160,000 lioafuiiea de la eonscription de 1814. En outre, pour déjouer les projets des conspirateurs qui seraient tentés ci muter Mallet, le sénat, sur la demande de l'emperetir, rendit, le 2 février, un décret qui réglait tOBt C6 qui était relatif à la régence.
De toutes parts, les préparatifs de gaerre étaient peuaaés avec une rare vigueur. « En trois mois, €00 canons, 2,000 caissons, 70 compagnies de canonniers et six régiments d'artillerie forent envoyés aur l'Elbe* Les eadrea de cent bataillons, quatre régiments de la garde et deux régiments de cavalerie avaient été tirés d'Espagne ; la gendarmerie fimmiasaîi 3,000 officiers et sousofficiers pour reformer la cavaleries L'empereur obtint encore du sénat 80,000 hommes de e;ardc nationale, 90,000 iiommes de la cuoscriptiou de
1814, destinés à la défense des froa<* tMna du MMi; enfin, 10,000 ^arêei
d'honneur, sorte d'otac;cs demandés aux familles nobles, qui devaient s'habiller, s'équiper et se monter à leurs frais.
lOOiMOhommeesedirii^eaientftornsièe, 100,000 allaient les suivre; la confédération du Rhin préparait ses contingents ;euUn Ton comptait que VA utriche dialt doubler aon oorpa auxiliaire (*).»
De leur côté, la Russie et TAniiite* terre ne nPG^licîeaipnt rien pour former une nouvelle coalition contre l'empereur. Elles n'eurent pas de peine à entraîner la Suède , qui , moyennant un subside anglais, dut fournir un contingent de 30.000 hommes sous les ordres de Bernadotte. Elles répandirent des prodamatfona en Allemagne , et y soudoyèrent les sociétés secrètes. Elle* sommèrent le roi de Prusse de se ran-
Ser de leur côté ; le menaçant , en cas e reAM, d'établir un gouvernement provisoire dans ses États. Pour îiagner rAutriche, elles lui offrirent l'Italie, « en lui assurant ^e l'Allemagne était |iréte à ae soulever contre la mnee, et que la France elle-même était à la veille d'une grande révolution (**). «
En effet , des résolutions au'allaient prendre la Prusse et TAutricne dépen* dait le succès de la lutte. Entre Napoléon et les Angle - Russes, l'Allemagne était appelée, par les circonstances, à jouer le rôle a'arbitre. Or, l'exemple dis deux cabinets de Berlin et de Tienne ne pouvait manquer d'être suivi par les princes de la confédération du Rhin.
Une fois réunis sous un même drapeau, les AlleiMinds deraient faire pencher la victoire du côté de ceux dont ils cmbrasseraientlacause. Trouver les movens de leur faire abandonner l'alliance française , voilà le preUème que cherchait a résoud re PAngletanreet la Russie. Maiheureusement le souvenir des graves atteintes qu'avait portées Napoléon à la nationaUté aMemande vint au secours des Russes et dea Anglais; et le discours de l'empereur, lors de l'ouverture du Corps législatif, leur servit à montrer que, maigre les avertissements de
(*) LavaWée.
(**) nêpt^hes de M . Otto , ambanideiir de France à Yienae.
«M wmÊnmÇfnmfMf LITlUVEftS. UmmB (VdmcMt)
la mauvaise fortune , Napoléon ii*a?ait pas changé , et qu'il entMMtait toidoura
protéger de la même manière m enfants de la Germanie.
Il est certain que Jes Allemands avaient, comme tous les peuples, le droit imprescriptible de se soustraira au joug de l'empereur, et même d'appuyer leurs réclamations par la force des armes; mais alors il était de leur devoir de sortir honorablement des rangs de l'arniee française, sans avoir recours à de honteuses défections. Bien qu'ils se soient plu à exalter la campagne de 1813, qu'ils appellent leur guerre de rindépendance , ils auront bien de la peine à se laver de leur conduite à cette époque. Soit qu'ils ne fussent pas encore mârs pour la liberté nationale, soit qu'ils fussent trompés par les intrigues de leurs cabinets , les Allemands ne manquèrent que trop souvent de dignité dans leurs rapports avec la France pendant la révolution et l'Empire. Ils ne surent ni se défendre avec ensemble contre les usurpations de Napoléon , ni se soulever avec franchise contre le joug impérial. Lee Prussiens avaient vu avec joie l'humiliation des Autrichiens; ceux-ci, à leur tour, avaient presque applaudi à niumiliation des Prussiens. Les Bavarois, les Badois , les Wurtembergeois , les Saxons avaient brigué à l'envi la faveur de Mapoléou tant que la fortune lui avait été fidèle « en un mot, tant ^tt'il y avait eU quelque eboee à gagner a son alliance.
Tous avaient consenti à servir comme ^auxiliaires dans les rangs français, et à marcher contre la Russie sous la conduite de Napoléon , que leurs souverains étaient venus adorer sur son passage et enivrer de leurs flatteries serviles; puis, quand la retraite de Moscou eut fait pM\r l'ctoile du grand homme, ils changèrent tout à coup de système. Comme des ingrats qui se retournent contre leur bienfaiteur, les Bavarois, les Saxons, les ^Yurtembergeois, les Badois, qui nous devaient leur agrandissement, se tournèrent contre nous. Ils ne rougirent pas de devenir les complices delà trahison que méditaient les Prussiens et Jes Autrichiens, nos alliés. Au lieu 4^ léclawcr fièrement leur indépeuf
dance, et de |)révenir Napoléon qu'eux aussi ils voulaient avoir une patrie, ils craignirent de se compromettre avant
le temps. Ils le laissèrent commencer cette malheureuse campagne de 1812, que leurs protestations auraient pu empêcher; ils gardèrent le masque de Tamitié jusqu'au moment où ils purent le déposer sans danger et même avec proflt- Alors, non-seulement ils nous abandonnèrent, mais quelques-uns d*entra eux, comme les Saxons, eurent Timpudeur de sortir de nos rangs au moment du combat et de tirer contre leurs anciens compagnons d*armes. D'autres, comme les Bavarois, eurent la lâcheté de vouloir couper la retraite aux débris de nos troupes, et allèrent se poster sur leur passage pour les empêcher de rentrer en France. Si cruels et si féroces que se soient montrés les Espagnols dans leur défense, il faut leur rendre cette justice au moins, qu'ils eurent te courage de toujours protester contra les desseins ambitieux de l'empereur, et que s'ils se réunirent à ses ennemis à l'époque de ses revers, ils avaient su affronter sa colèra à l'époque de sa plus grande prospérité. Les Allemands, au contraire, après avoir encouragé son ambition par leur llegnie apathique, passèrent sans transition de la doeilité à la fureur la plus aveugle et la plus coupable. Us en furent punis par leurs rois , qui , après leur avoir fait les plus brillantes ivomesses de liberté, se retournèrent contre eux quand ils n*eurent plus besoin de leur secours contre la France.
Ils en sont encore punis maintenant par le protectorat orgueilleux que la Russie fait peser sor leur patrie. Ils voulaient être libres; mais n'ayant pas assez d'énergie pour cela, ils'ne firent que changer de maître; après avoir été la proie de l'aigle français, ilsdevinrant la proie de l'aigle russe. Ils savent aujourd'hui ce qu'ils ont gagné au change. Tout ce qu'on peut dire pour les excuser un peu , ^est que le morcellement de lenr empire les expose aux intrigues d'une multitude de princes qui ne suivent que les conseils de l'égoïsme, et qui se verraient perdus le Jour où ily aurait autre cbose qu'un simulacre m nationalité poor I Allemagne. En ce sens, les défections de 1843 soQt l'ouvrage deii cabin^Mf
tMPIKE (Frauç«î«) FËJ
aliematids plutôt que de la nation allemande. Mais alors pourquoi faire sonner si haut Im moto sacrés ae potrie et dMn^ dépendance , quand oq ne sait ni Un
libre ni avoir un drapeau national ?
Quoi qu'il en soit, tout porte à croire que la coalition désirait vivement que napoléon commit rimprudenoe de 8*a* vpnturer en Allemagne. Voilà pourquoi, sans doute, T Autriche laissa d'abord Piapoléon compter sur son assistance et sur eelle de la confédération du Rhin.
Quant au cabinet de Berlin, après avoir d'abord proposé une trêve et offert sa médiation avec la certitude d'être refusé, il signa secrètement, le 23 février, un traité d'alliance avec la Russie pour rendre l'indépendance à TEurope, et rétablir la Prusse dans ses limites de 1M8. La Russie mettait sur pied eent cinquante mille hommes et la Prusse quatre- vingt mille; elles s'engageaient à ne pas faire de paix séparée, et la Russie devait obtenir pourla Prusse les subsides de TAngleterre. La cour prussienne n'en continua pas moins à négocier avec l^apoléon sur les bases de l'alliance, et tout à coup elle lui déclara la guerre (17 mars). Deux jours après, Alexandre et Frédéric signèrent la convention de Breslau : tous les princes allemands étaient appelés à concourir à l'affranchissement de la patrie, sous peine d'être privés de leurs États; la confédération du Rhin était déclarée dissoute ; un conseil était créé pour administrer au profit des alli^ les provinces conquises, et organiser la levée en masse dans les Etats de la confédération; ordre était donné à la landstunn de harceler l'ennemi, de tuer les soMato isolés, de détruire les vivres. « Alors commença le grand mouvement de l'indépendance allemande, si habilement exploité par les souverains... Les Allemands crurent, en prenant les armes contre la France, courir à la liberté ; leur mouvement fut tout révolutionnaire... Rois, ministres, généraux, se changèrent en démagogues, empruntèrent le style de 98, promirent des constitutions p'our exciter les peuples contre le moderne Attila. « Peu- « pies, soyez libres, » disaient leurs prodaroations , « venez à nous ! Dieu est à « nos côtés , et nous affrontons l'enfer ,« et W8 ailiésl loutediatinctionderaug
NGË. EMPIRE (Français) â33
« de naissance , de pays , est bannie de « nos légions : nous sommes tous des « hommes libres!... • — « Allemands, « disait Wittgenstein,. * noua vous oo-
« vrons les rangs prussiens : vous y a trouverez le fils du laboureur à côté « du fils du prince. Toute distinction de « rang est enacée par ces grandes idées: « le roi, la liberté, l'honneur et la pa- « trie. » — « Liberté ou la mort! s'é- « criait un autre. Allemands, a partir • de 1813, nos arbres ^éDealo^iques ne « comptent plus pour rien. Les exploits « de nos aïeux sont effacés par l'avilisse- « ment de nos descendants. La régéne- « ration de TAllemagne peut seule pro- « duire de nouvelles familles nobles et « rendre leur éclat à cellesqui lefurentja- « dis. » Ainsi les armes révolutionnaires que T4apoléon avait refusé d'employer contre les rois étaient employées par les rois contre lui, et il n'avait plus contre eux que les ressources régulières des anciennes monarchies (*). »
Toilà sous quel jour se présentait la nouvelle coalition : cette fois, la révolution semblait avoir passé du camp de la France dans le camp des rois. Si l'honneur militaire conseillait à Napoléon de ne pas céder devant de pareilles menaces , du moins la politique lui défendait de braver inutilement un pareil danger, et l'humanité autant que Tin* térét de la civilisation lui faisaient une loi de ne pas accepter la responsabilité de tout le sang qui allait encore couler. Mais ni Pexaltation des Allemands, ni l'énergie renaissante des Espagnols , ni les conseils de la politique, ni «eux de l'humanité, ne purent dompter son ambition et son désir d*effacer par de nouvelles victoires les désastres de 1812.
L'homme du destin ne voulait pas croire à l'abandon de son dieu.
D'ailleurs, les protestations d'amitié de l'Autriche et les liens de parenté qui l'attachaient à cette puissance le confirmaient dans son aveuglement. En effet, son beau-père lui déclarait que TAutriche restait inébranlable dans son système, que l'alliance était fondée sur les intérêts les plus naturels, les plus permanents, les plus essentiellement ' salutaires , qu'elle devait être étemelle.
O iMallée, Uittovs das lïangfûi.
«Nous nous engageons f disait-il, à de Saxe replacé sur son trÔQ6 et la
«n*agir que comme il conviendra à rem- moitié de la Silésie reoonqulte. Les
fv percur Napoléon, nnepas faire un pas Prussiens et les Russes se trouvèrent
« a son insu, et si les Russes se refusent alors trop heureux que, sur les instances
« ù la paix, à enij^loyer contre eux toutes de TAutriche, Plapoléoa eût consenti à
« les lôréÀ de la monarchie (*). » Mais «i^ner à Fleswîtz un armistice qui de*
en même temps y le beau -père de Napo- vait durer du 4 juin au 26 juillet. Grâce
léon ordonnait à Schwartzemberg de à cet armistice, la coalition put réparer
rentrer dans la Gallicie, et signait avec ses pertes et se préparer à prendre sa
les Russes une trêve qui devait 6lie revanche. Napoléon n'était (as sans
polongée indéfiniment. H faisait plus, quelque défîaDce en le signant: mais il
il conseillait au roi de Prusse de ne pas espérait qu'après cette preuve ae modé-
arrêter le noble élan qui l'avait porté à ration , on cesserait de l'accuser de
seconder les efforts ae l'empereur de vouloir toujours la guerre. « Si les alliés
Russie pour le soutien de Tindépen- «ne sont pas de bonne foi, dit-il en
danoe de l'Europe; il adhérait secrète- « partant pour Dresde, cet armistice
ment à la convention de Breslau ; il « nous sera bien fatal. » Comment pou-
aj^issait auprès des rois de Danemark, vait-il encore douter de leur mauvaise
de Bavière , de Wurtemberg , de V^t- fbi , après la conduite qu'avait tenue son
pbalie et deNaples, leur faisant parler beau-père depuis le coniinencement dé
comme un ami de Napoléon qui ne la campagne? Au moment où les hosti-
Toulait rien que la paix, mais les enga- lités commençaient, la cour de Vienne
^eant à ne pas faire Jles annements avait dédaré il Napoléon « que rallianoe
mutiles qui rendraient I^mpereor moins avait changé de nature; çjue TAutriche
Iralfable. L'Autriche ne pouvait que devait borner ?a simple intervention à
gagner à ce jeu pertide. Si la victoire Tattitude d'une médiatrice armée. »
revenait sous les arapeaux de Napoléon , Voilà où en était déjà l'alliance éternelle
die partagerait avec lui les dépouilles au début des hostilités. Mais le cabinet
des vaincus; s'il succombait, au eon- de 'Vienne allait trop vite; Napoléon
traire , elle pourrait réclamer des Aniïlo- n'était pas encore vaincu, et il y avait
R usses le prix des trahisons qui auraient autant d'in)prudence que d'effronterie à
Contribué à sa chute. loi annoncer qu'on cessait de se regarder
II fallait que ?^apo!con fût bien pro- eon)me auxiliaire à l'ouverture d'une
fondement abusé, car, avant de partir campagne que Ton avait provoquée par
u^r se mettre à la tète de ses troupes, ses offres de service. Aussi ,^ après la
if confia la régence à Harie>Louise. bataille de Lutzen, on changea de lan-
Pourquoi ne se rappela-t-ll pas alors les gage: Talliance existait toujours; elle
raroles de Joséphijie au moment oii il n'était que suspendue; c'était pour conavait répudiée : « C'est pour Tempe- server les dehors de rimpartialité que « reur ^ue je tremble... je ne puis me l'Autricbe ne fournissait pas son eontin-
« défendre de tristes pressentiments, gent; un congrès pouvait seul mettre
« Une étrangère livrera les secrets de lin à la guerre. « Le médiateur est votre
«4'État,le trahira peut-être...» Comme « ami smcère, écrivait François à Na-
la campagne de Russie, la camoagne « poléon (1 1 mai). Il s'agit d'a8se<^r sur
d'Allemagne s'ouvrit par de brillants « des bases inébranlables votre dynastie»
suc cès. Les victoires de Lutzen, de « dont l'existence est CCMifondue avec la
Rautzeii et de Wnrtschen, vinrent re- « mienne. »
lever riiunneur des armes françaises; Comme ISapoléon l'avait j)révu, Tar-
mais lemanquedecavalerie empêcha les mistice de Vïeswitz n'était pousses
nôtres de poursuivre l'ennemi et de ennemis qu'un moven de gagner du
rendre leurs succès aussi décisifs qu'ils temps. Ils s'appliquèrent à faire traîner
auraient pu l'être. Cependant , en uq en ipngueur les négociations pour la
mois, la Saxe avait été délivrée, le roi paix, et i retarder l^^uverture du congrès, fji Russie et la Prusse acceplè-
(*) Lettres de. M. Olio, amhrissadeiir à rent la médiation de l'Autriche, mais
Tieaae. TAngUterre ttùm» i&uHn > pour miei^ .
Liyiiizuo by LiOOglc
MMMIIE (Fwnçaw) FRAffCE. KMMBE (Prançsfs) 355
annufer l'acceptation de la Russie et de la Prusse, le cabinet de Vienne éleva des prétentfomr Inaolfte* : il youIvC me> ner seQl toutes les n^odatiom, qui,
selon lu?, devaient passer uniquement par ses mains. Pendant ce temps, le cabinet de Saint-James signait avec la Prusse et la Russie les traités de Reîchembach (14 juin), traités par lesquels l'Angleterre leur aerordait un subside mensuel, à Tune, de trente-trois mil- HoDs; à rantre, de dix*8ept millions.
Le 28 juin, M. de Metternicb étant venu trouver Napoléon à Dresde, l'em-
Sereur lui fit des reproches sur la conaite de PAotriehe. « Voin venez Men «tard, lui dit-il; votre médiation de- « vient presque hostile à forée d'être « inactive... Quels ont été jusqu'à pré- « sent les résultats de Pannistioei^ Je « n'en connais pas d'nutres que les traî- « tés de Reichembaeh. Convenez-en :
«vous avez voulu gagner du temps; * aujourd'hui , vos deux cent mille hom- « mes sont prêts , là , derrière le rideau « des montagnes de Bohême. La grnnde « question pour vous est de savoir si « vous pourrez me rançonner sans com- « battre, ou s'il fiiudra tous jeter déei- « dément au rang de mes ennemis.
«Eh bien! voyons, traitons : que vou- « lez-vous? Je vous ai offert rillvriepour « rester neutre : eela voua surat-ilr »
Il était trop tard pour retenir TAutriche par de semblables moyens. Depuis l'armistice de Pleswitz , non-seulement les coalisés avaient ré^ré leurs pertes, non-seulement l'Autriche avait rassemblé deux cent mille hommes sur le ilanc droit de notre armée; mais l*bpinîfltreté de Napoléon à vouloir con- ■erver l'Espagne, malgré elle, avait amené la défaite de Vittoria; mais |p nombre des ennemis de l'empereur augmentait de jour en jour, depuis que l^rope entière était convaincue que rien ne le ferait renoncer à son système de domination sur l'Allemagne, l'Italie et r Espagne; de plus, la belle saison approchait de sa fin.
Aussi M. Mettemitïh répondit aux avances de l'empereur avec une fierté à Iaq[uelie il ne s'attendait pas : «Il ne « tient ffnfk vous « dit-il , de disposer do « nos forces. Les choses en sont venues « à ee point, que noosne pomom plus
« rester neutres : il fairt que notïs soyons «pour vous ou contre vous.n défaite de Vittoria avait ftlt oublier h FAutriehe le» vidoires de Lutzen et de Baatzen ; ce même cabinet de Vieime , qui d'abord promettait une alliance éternelle, n'en était plus à refuser son assistance, il ne voulait niéme plus rester neutre, il s'orroceait le rôle de médiateur armé, prêt à tourner ses forces contre celui au'il avait si indignement appelé en Allemaj^ne. Lorsque M. de Metternich eut fait ses propositions , n Quoi! s'écria l'empereur, non-seule- « ment rillyrie, mais la moitié de l'Ita- « lie, le retour du pape à Rome, la Po- « lojîne, l'abandon de l'Espagne, de la «HnHande, de la confédération du « Khin, de la Suisse ! Et il nous fau- « drait évacuer l'Europe, dont j'occupe «encore la moitié; ramener mes légions, « la crosse en l'air, derrière le lUiin , « les Alpes et les Pyrénées! Et c'est « quand nos drapeaux flottent encore « aux bouches de la Yistule et sur les « rives de l'Oder, quand mon nrméc « triomphante est aux portes de Berlin « et de Breslau , quand je suis ici à la « téte de trois cent mille hommes, que n l'Autriche, sans coup férir, sans même « tirer l'épée, se flatte de me faire sous- « crire à de telles conditions ! Et c'est «mon beau-père qui accueille un tel « projet ! c'est lui qui vous envoie! Ah! «Metternicb, combien l'Andeterre « vous a-t-elle donné pour me faire la « guerre (*) ? « Après avoir prononcé ces dernières paroles, qui devaient lui faire un ennemi irréconciliable du mî nistre autrichien, Napoléon eut l'imprudence designer, à Dresde, le 30 Juin, une convention par laquelle il acceptait b médiation de la cour de Vit nne : il fut convenu que le congrès se tiendrciit à Prague et que l'armistice de Pleswitz serait prolongé jusqu'au f 0 août.
Ainsi donc, bien qu'il n'eût plus d'illusion sur le compte de l'Autriche, !Va-
Soléoi) consentait à une prolongation e la trêve, qui lui était déjà devenue si fatale. Il eût évité tous ses malheurs si , immédiatement après avoir signé l'armistice de Pleswitz, il eût changé
12 le bmii nfaii aamaait de tM^
de système et renoncé à ses vues ambitieuses. Après les victoires de Lutzen
et de Bautzen, l'honneur militaire était satisfait; l'empereur pouvait, de luimême, et sans paraUre céder à la force, reconnaître lindépendanoe nationale des différents peuples de l'Europe , replacer Ferdinand VII sur le trône d'Espagne , s'engag[er envers les Allemands etlesltalleos aies traiter dorénavant comme des alB^ , et non pas comme des protégés ou comme des sujets. Alors r.irniistice de Pleswitz eût tourné à jon avantage, et la coalition eût vainement essayé de tourner contre nous nos an* ciens alliés.
Mais consentir à une trêve, avec l'intention de ne rien changer aux bases de son système personnel et de persé* vérer dans ses projets d'agglomération de peuples et de dictature militaire; mais consentir à une prolongation de cette trêve accepter la médiation de l'Autriche après avoir témoigné son mépris au premier ministre de cette puissance, c'était une double imprudence qui ne pouvait proliter qu'aux ennemis de la France. Dans sa détresse, Kapoléon avait deux moyens à peu près sûrs de déjouer les intrigues de la coalition : il pouvait la vaincre soit eu déchaînant contre elle le lion révolutionnaire, soit en abdiquant sa dictature européenne , pour la remplacer par une prépondérance toute morale et d'autant plus puissante. Il ne sut faire ni l'un ni l'autre, abusé ^u'il était par sa confiance dans la supériorité de son génie militaire. Eu dépit de tout le monde , Il se montra plus contre -révolutiounaire et plus dominateur que jamais ; seul, mais appuyé sur son épee , il voulut avoir raison contre toute l'Europe à la veille de lui opposer un million d'hommes.
Pendant qu'il attendait l'ouverture du congrès de Prague qui ne devait aboutir à aucun résultat, les coalisés mettaient le temps à profit et ne reculaient devant aueuD moyen |)our abaisser le dictateur qui les avait si longtemps humilies. Le 9 juillet, les souverains alliés , Bernadotte et les ministres anglais se réunirent à Trachenberg, là l'Autriche adhéra formellement à la coalition, et reçut de T Angleterre un
subside mensuel de 13 millions. Alors on régla le plan de campagne : « Il fat
convenu que cent mille Russes et Prussiens, commandés par Barclay, se réuniraient en Bohême à cent mille Autrichiens, pour marcher sur Dresde,
:)endant que Blucher et Bernadotte , à atéte de deux autres armées, tiendraient les Français en échec, en refusant la bataille à Napoléon et en l'acceptant de ses lieutenants. On corrompit les cabinets de la confédération rhénane; on lia des intrigues en France; on remit sur le tapis les proiets de restauratioa des Bourbons; ennn on fit venir Moreau des États-Unis. Le plan d'une révolution en France fut formé ; on devait isoler l'armée de la nation, appeler la liberté contre l'empereur, se mootrer aux Français non en conquérants, mais en libérateurs contre V ennemi commun :
la coalition ne faisait la guerre qu'à un homme ; elle n'avait d'autre bot que la paix du monde ; il semblait que les Idées (le 1789 eussent passé dans le camp des souverains absolus , tant ils s'étaient
t)ris de tendresse pour les peuples et a liberté O!»
Le conjurés de Prague s'ouvrit enfin le 29 juillet, douze jours seulementavaot que la trêve dût expirer. Les intrigues redoublèrent pour empêcher les conférences. Pour en finir. Napoléon entama une négociation directe avec M. de Metternich, qui pour tUtimcUum demanda le partage de la Pologne entre les trois puissances du Nord, le rétablissement de l'ancienne Prusse, l'indépendance de la confédération germanique , etc.
Napoléon consentit à tout; mais sa réponse n'était arrivée au congrès que le 11 aoiU; quekjucs heures après la séparation des négociateurs, l'Autriche eut l'inipudcur de dire qu'il était trop tard, et cju'elle était entrée dans la coalition , décidée à courir toutes les chan^ ces que lui promettait In guerre. La coalition avait alors à sa disposition le double éx» forces de l'empereur. Enfin le lendemain, l'Autriche publia un manifeste o£i elle avouait hautement sa perfidie en disant que les allés et elle étaient dyà réunis de principes avant q*ie U$ traités eussent déclaré leur
(*) Lavallée, Ui&toirtt des Français.
Liyiiizuo by <jO
KMPWB (Fnn^ii) FEATICE. BMPlBfi (PrançM) 887
union. En apprenant cette nouvelle, Napoléon indigné s'écria : « Le cnbinet « de Vienne vient d'abuser de ce qu'il y « a de plus sacré pour les hommes, ua « médiateur, UQ congrès «et le nom de « la paix ! »
Malgré la disproportion des deux armées, Napoléon résolut de courir les chances d'une nouvelle campagne. Il se proposait d'étonner ses adversaires par un de ces coups d'éclat oui tant de fois leur avaient lait poser has les armes.
En effet, le 27 août, il remporta la victoire de Dresde, qui les glaça un moment d'épouvante, mais qui n'eut pas les suites qu'il s'en était promis. Environné d'ennemis de tdus côtés, n'ayant pitis les populations en sa faveur, il lui fallait, pour rester maître du champ de bataille de l'Allemagne, non pas une ou deux grandes victoires comme autrefois , mais des succès renoirvelés tous les jours et sur tous les points. Il fallait
S|ue tous ses lieutenants fussent comme ui partout victorieux, ce qui était d'autant moins facile, que, eonforunMncnt au plan convenu, les coalises évitaient l'empereur, et portaient leurs plus grands efforts contre ses généraux.
Aussi, bientôt la victoire de Dresde fut suivie des batailles de Kuhn , de la Katzbach, de Groos-Beeren et de Dennewits , où Vandamme , Macdonald , Oudinot et Ney eurent le désavantage.
Alors I empereur dut se repentir de n'avoir pas profité de la victoire de Dresde pour opérer honorablement sa retraite vers le Rhin. Mais n'ayant pas encore été vaincu en personne, il espérait toujours réparer les défaites de ses lieutenants par quelque coup de tonnerre. Tout le mois de septembre se passa sans qu'il pût y parvenir, et sans qu'il fit autre chose que de courir alternativement de l'arniee de Silésie à l'armée de Bohême, qui toutes deux se refusaient à une bataille, et laissaient nos soldats s'épuiser dans des marches et des contre-marches sans fin. L'empereur s'avançait-il contre Blocher, les Autrichiens descendaient en Saxe; courait-il à la rencontre de Sehwartzemberg, les Prussiens s'avançaient sur Dresde.
Notre situation devenait de jour en jour plus critique. « Les derrières de l'armée étaient inondés de partisans; la West-
T. TU* lÂvraison. (Digt. BHcy(
phalie était en pleine insurrection ; les Cosaques avaient pris Cassel et Brème; le roi de Bavière avertissait l'empereur qu'il allait être forcé d'entrer dans la coalition, et son général , Wrède , comblé des bienfaits de Napoléon, traitait déjà avec T Autriche; les Saxons et les Wurtembergeois étaient travaillés par des sociétés secrètes et les proclamations de Bernadotte. » Il était évident que l'Allemagne nous échappait, et (^ue ]Napoléon avait commis une faute irréparable en refusant de reconnaître son indépendance nationale. Comme il l'a dit plus tard , le feu sacré s'éteignait jusque dans nos rangs. Comment ne s'y seraitil pas éteint Était-ce une position digne du grand peuple qui avait promis la liberté au monde, que de vouloir imposer aux Alleiiiaiids un protectorat qmx en faisait des vassaux plutôt que des alliés, et qui les ruinait bien moins au
{)rofît de la France qu'au profit de 'empereur et de ses généraux.'
Cependant il était temps de prendre un parti , car déjà les coal'sés formaient un demi-cercle autour de Dresde et manœuvraient pour nous couper la retraite. Quoique toutes les chances fossent contre nous en Allemagne , et quoique les Anglais eussent passé la Bidassoa en Espagne, Napoléon, suivant son habitude, se prononça pour la résistanoe.
Le 18 octolire, il livra sous les murs de Leipzig une des batailles les plus terribles des temps modernes. Là, on vit cent quarante mille Français combattre contre trois cent mille coalisés, et garder toutes leurs positions malgré les attaques les plus furieuses, et malgré la trahison de douze mille Saxons, qui flétrirent l'honneur de leur pays en pas» sant dans les rnniîs ennemis pendant le fort de la mélee, et en déchargeant toute leur artillerie à bout portant contre les compagnons d'armes qu'ils venaient d'abandonner. La nuit fit cesser le carnage: soixante mille hommes jonchaient le champ de bataille. Cette fois, la victoire était restée indécise; mais ne pas vaincre pour Napoléon , c'était presque être vaincu; aussi les coalisés entonnèrent-ils des chants de triomphe, et les nôtres furent-ils obligés de se préparer à la retraite. Le 19, Napoléon en douna lé signal : il était temps, car
fc., BTC) â2
les alliés atta(][uaieiit Leipzig , et y entraient d'un coté pendant que les Français en sortaient de Tautre. «Une nouvelle bataille s'engagea sur les remparts, dans Ips rues, les maisons; la ville était encombrée d'équipages, de combalt ints, 4e Âiyards. • Le temps des desastres de 1812 semblait revenu. « Cependant Victor, Auiiereau , Nev, Marmont, la ^arde et Napoléon, avaient passé Lindenaui lAuriston s*ébranlait pour en taire autant , et Tarrière-garde était sauvée.
Mais la fusihade, i|ui arrivait de tons côtés sur le pont de l'Ëister, lit croire aux sapeurs chargés de faire sauter le pont que le moment était venu : ils mirent le fou à la mine. Trente mille honmies et cent cinquante canons restaient dans la vide. Le désespoir s'empara de ces braves : les uns se defendi* rent jusqu'à la mort dans les maisons; les autres se jetèrent dans les canaux profonds et bourbeux de l'Elster; INlacdonaid se sauva à la nage; Puniatowski fut tué en se lançant dans la rivière; le roi de Saxe, Keynier, Lauriston et quinze généraux, restereut prisonniers. » Austerittz avait rei;.u de nos soldats le nom de bataille des trois empereurs; les Allemands donnèrent aux condiats livrés pendant trois jours sous les murs ou dans les rues de Lcipsig le Dom de batcdUê de* nations. Les Français y perdirent <'i»)qnniite mille hommes, dont vingt mille lues; les coalisés eurent soixante mille tués ou blessés.
Les ennemis se mirent à notre poursuite; mais la lâche perfidie dn général Wrède offrit à nos soldats l'occasion de montrer une dernière fois leur bravoure avant de rentrer eu France. Un corps d'armée de cinquante mille hommes, coniposé de Bavarois et d'Autrichiens, commandes par ie général Wrede, était venu s'établir à Hanau pour fermer le passage aux Fran(jais. En quelques heures, les Bavarois turent culbutés par les nôtres, qui purent alors franchir le défilé de la Kintiig et continuer leur retraite , couverts des lauriers de Hanau (30 octobre). Le 2 novembre, toute Tarmée, réduite à soixante mille bomidcs, avait passé le Rhin. Nos nudbeu* reuz débris- s*entassèrent dans les hôpitaux, où le typhus se déclara, et enleva trente mille hommes en six semaines.
JM alliés suspendirent un moment leur
marche pour pvéj^er TinKasio^ de la
France.
Bieatdieprès. les^cfttt cinquante mille
hommesque Napoléon avait laissés dans les places de. la Vistule, de l'Oder et de l'Elbe, furent oblii^és de capituler succe»sivfmenl. La HoUaBde ae mi^ en insurrection et appela les allies. En Italie, Eugène peauharnais remporta quelques avantages; mais la coopération de iMurat lui fit déCaait; le roi de Naples avai^traDté secrètement avec l'Autriche, qui loi gBrantis.sait ses f>tats, et il s'avançait contre les Francis , ea se déclaraut le protecteur de riadépendance rtalieosve.
En Espagne, les Anglais avaient fi|it des progrès effrayants. Voilà où nous avait réduits l'opiniiître aveuglement de Napoléon après la retraite de Moscou et ^imprudente campagne de 1813 en Allemagne. En 1812, nous n'avions été vaincus que par les éléments, comme l'ont avoué les Russes (*); en 1813, nous avions été vaincus par les hommes. La question maintenant n'était plus de savoir si la France conserverait ses agrandissements au dehors; il s'agis-s^it pour elle de défendre son propre territoire.
A partir de ce moment, les rôles vont changer : les coalisés cessèrent de combattre pour leur propre indépenilanoe , ils devmrent oppresseurs à leur tour.
INnpoléon ne sera plus ce dictateur impitoyable qui imposait sa domination à tous ses voisins, il sera te représentant d'une grande nation réduite a défendre ses loyers. A partir de ce mom<nt aussi, le devoir de tous les Frnn(^;ats est d'oubïkst leurs anciens griefs contre l'empereur, et de se ranger sous les drapeaux du grand capitaine pour résister a l'invasion. Que les étrangers brillent du * désir de venger leurs detaiies, qu'ils veuillent proflfterdela victoire pour renverser l'homme qui les a si souvent maltraités, et pour humilier le peuple qui les a si longtemps fait trembler, cela se conçoit encore, bien que ce soit un faux cale il dont ils seront victimes euxmêmes; mais que des Français se joignent a ces étrangers contre le seul nomme qui peut sauver la France, c*«st vile mauvaise action qui doit porter
(*) Un proverbe russe dit : « Ce n'est pas « le générai Kutusof qui n baHu les Fi aii- « ^ais, ceil le géutiriil iMyrt/io^^T hiver).»
Oiaibeur k leur wiys. Ciiaau« fois gu/e le toi aacré est à la veille (Titre tnwhi , quel ooe aoit le gou verneoieiit ou le chef
qui diri^ie les nftaires, le devoir de tout bon cito^eu est d'oubltier opinions personnelles pour ne songer qu*à la patrie. Cesl aioâi que le comprirent lescbssps populaires que Napoléi)ii avait cependant si souvent clio<{uees; mais les royalistes et une ^ruiiiie partie de la haute bourgeoisie ne suivirent pas cet exemple. De ni^me , dans l'artrife, les soldats restèrent fidèles a la France jusi^u'au dernier mowient,, tandis que les maréchaux et les grands ofliciftrs de l'Empire, gorgés de richesses par Napoléon , ne cherchèrent qu'à se ménager les moyens, d'en jouir libremeut sous un ^ouvernemeot paeifique, fât-il même inipo.sé par les Uaioonettcs étrmi:ères. Qnant aux sénateurs, leur delectioo fut aussi bonleui>e que Tavait été leur servîle adoration. La bourgeoisie au moins avait une excuse; elle voulait en Unir fn^c le despotisnie impérial et revenir au régime con^titutioimel de 1789; mais les sénateurs, BDaislesmarécbaiw, mais les royalistes,
3ui comme eux avaient reçu les bienl'aiu e Napoléon, étaient-ce des institutioni libérales qu'ils désiraieut? Non, c'étaient de nouveaux honneurs, de nouvelles fichesses. Combien Napoléon dut regretter alors de s'être entouré d'une Classe de courtisans « de sabreur s avides, d'instrumenté de toute espèeel C'est abusée par les intrigties des propres créatures de l'empereur, que la bourl^eoisie allait r^evefidiqu.er (ies prérogatives iKirlenienhiires, dans on moment où il fallait tout sacrifier au salut de rin«le(tefid;m('e nationale. l)eii\ invnsions et trente années d'abaisseuient ont été la suite de cette erreur.
Le 9 novembre, Napoléon arriva à Sa nt-(>lond. Il ne cherctia pas à dissinmler ses malheurs. <> 11 y a un an, dit- « il au scuat, toute rbnVo[>e uiarcbait m avec noua ; aujourd'hui , toute TEu- « rope marche contre nous. Nous au- « rions tout a redouter sans l'énergie et « la puissance de la nation. >» 11 lit décréter une levée de trois cent miUe bomnies sur les conscriptions de 1803 à 1814. Le 15» il convoqua le Corps législuui pour le mois de décembre, et il
rorogea po^r la ses^iuA k& pouvoirs e la qiMftrfèine sér^s, «Kpfranl en je»- *
vier 1814; il appela en corps le sénat et le conseil d' Imitât aux séances du Cor{)fi iegisiatit. el il supprima les lisies des «andidataà la |krésMle«9e, en se réser^* vaut le droit de ehoisif lui-même le président. Cette dernière mesure fut défavorablement accueillie par l'opinion publique.
Instruits de ce qui se passait en
France, les coalisés rédigèrent, îe T*" décembre, leur déclaration de Francfort, qui était une contre-partie de l'anoien maaiCi^te du due de Bnmstrick.
Dans cette déclaration luibile, qui avait pour but d'isoler renipenMir de h nation, ils disaient qu'ils ne laisaieiit pas la guerre à la Frenee, mais à la prépondérance que Napoléon avait trop longtf'ni|»s exercée hors des limites de son euipire. «lis désiraient que la France fât forte, grande, heureuse, parce que la puissance française est une des bases fond iineDlales dé l'édifice social... Ils conbrmaient à la France une éteiidue de territoire qu'elle n'avait jamais eue sous ses rois, parce qu.*u»e nation valeureuse ne dcdioit pas pour avoir à son tour éprouve des revers daiis une lutte opiniâtre et sauglante où eUe a eomhattu avec son audaoe aœoolumée... Ils ne poseraient pas les armes avant que l'état ptWitique de l'Europe (ùt de nouveau raffermi, avant que des
Cincipes immuablea eussent repris ira droitasur de vain^ prétentions, avant que la sainteté des traités edt assuré une paix véritable à i'Europe. »
Ge manifeste pioduisit en France tout l'effet (pje les coalisés s'en était promis; Napoléon liii-mèMie en fut effrayé. Il s'euipressa de souscrire aux bases sommaires qui lui avaient été proposées pour l'ouverttire d'un congres , et qui étiient l'abandon de l'Italie, de la H >llande, de l'Allemanne et de l'F.spafîne par la France, restreuite a ses limites natuielles. « Nais alors vceommença la comédie politique de Prague : on prit des dclais, on chercha des difficultés, on renvoya tout à uo congrès (iManheim). Les altids «raient appris , par les trattéee do tfintérieur, qu'au lieu de transige^ avec la révolution , ils pouvaient te vaincre; qu'ils n'auraient k
S40 BHMM (Fkab^ii) L'UNI?£RS. BMPniB (flnaçab)
combattre qu'une faible armée, non la « îi'étiez-vous pas contents de la cons-
nation ; qu'us n'a?aient plus devant eux « tftation? Il y a quatre ans qu'il fallait
la France de 92, mais la France telle- « en demander une autre... Et au nom
ment découragée, qu'elle achèterait la «de qui parlez-vous? C'est moi qui suis
paix même au prix de son honneur, «le seul, le vrai représentant du poii-
' Alors les dernières hésitations cessé- « pie : quatre fois J'ai eu le vote de cinq
rent, et une campagne d'hiver fut ré* « millioDS de citoyens. M'attaquer, c*est
solue. » T>'émigration finissait comme «attaquer la nation!» Il ne se borna
elle avait commencé, appelant toujours pas à des reproches : le 31 décembre, il
l'étranger chez nous; mais celte tois ordonnai ajournement indéfini du Corps
elle n'était plus au dehors corame ao législatif. Cétaft finir Tannée par une
début de la révolution; elle était au mi- nouvelle imprudence, lieu de nous, elle était dans nos rangs, Àiinée 1814. C est en France maln-
où elle répandait le découragement et tenant et non plus en Russie , comme
le désespoir; elle avait pour soutien en 1813, ou en Allemagne, comme en
tous les bonapartistes ralliés , et pour 1813 , qu*est le théâtre de la guerre, banquier IVVngleterre, certaine de ren- Avec l'antiép commença l'envahisse-
trer largement dans ses avances et ment du territoire français par cinq
avide d'humilier une nation rivale. cent mille étrangers auxquels Napoléon
Le 19 décembre, l'empereur ouvrit n'avait à opposer que quatre-vingt mille
la session du Corps législatif et lui com- hommes dénués de tout. Ces faibles
muniqua toutes les pièces diplomatiques, ressources lui suffirent quelque temps
La commission nommée pour examiner pour tenir téte à l'orage; mais il linit
ces documents se com posait de MM. Ray- par succomber, moins pour avoir été
nouard, Lainé, Gallois, Flaugergues et vaincu que pour avoir méconnu le ca-
Maine-de-Biran. Dans son ra{)port, ractère de !a nouvelle campagne , carac-
présenté par M. Lainé, la conunission tère beaucoup plus politique que mili>
demanda que l'empereur opposât à la taire. Si , au neu de placer toute sa
déclaration des alliés une déclaration confiance dans son épée de grand capi-
propre à désabuser l'Kurope sur le des- taine , il avait retourné contre ses enne-
sein qu'on lui prétait de vouloir une misleurspropresarmes,ilesttrès-proba-
prépondéranoe contraire à l'intérêt des ' ble que la lutte aurait eu une tout autre
nations. « Il paraît indispensable , ajouta issue. Pour renaître , l'enthousiasme de
le rapporteur, qu'en même temps que 1792 et de 1793 n'attendait aue le signal
le gouvernement proposera les mesures de Napoléon ; un seul gage donné publi-
les plus promptes pour la sûreté de guement par lui à la r^olution aurait
TÉtat, Sa Majesté soit suppliée de main- tait prendre les armes à la France en-
tenir l'entière et constante exécution tière et porté le douté dans les ranjîs
des lois qui garantissent aux Français des peuples étrangers. Toute la vieille
les droits de fa liberté, de ta sûreté, de génération républicaine était prête à le
la propriété, et à la nation le libre eier- suivre et à mourir plutôt que de laisser
cice de ses droits politiques. - Dans la envahir la France. On en vit une preuve
violente discussion qui suivit ce rap- éclatante lorsque Carnot sortit de sa
port, M. Raynouard, connu par ses re« retraite pour offrir l'appui de son bras,
iations avec les royalistes, exagéra les au moment du danger, lui qui avait eu
maux de la situation présentf^ , (fui, le courage de s'opposer à rétahliNse- .
selon lui, contrastait tristement avec la ment de l'empire, et de s'effacer a fepo-
grandeur de la monarchie des lis. que des grandes prospérités. 11 existait .
Napoléon ne put contenir son indi- un moyen bien simple de déjouer les iQ<-
gnation. « Au lieu de m'aider, dit-il aux trigues des royalistes, de faire oublier
« députés, vous secondez l'étranger! au l'ajournement indéfini dn Corps législa-
« lieu de nous réunir, vous nous divisez! tif et d'entraîner la bourgeoisie elle-
« Est-ce le moment de parler des abus , même, e*était défaire un appelau peuple ;
« quand deijx cent mille Cosaques fran- alors, comme au début de la révolution^
«chissent nos frontières? Il ne s'agit le peuple était prêt à tous les sacrifices.
« pasde libertéetdesûreté individuelle, A cette époque , grâce au souvenir des
« il s'agit de find^pendance Datioaale. anciennes victoires de la république et
EMPIRE (Français)
EMPIRE (Français) 341
de TEmpire, la France înspirnit h toute l'Europe une terreur presque superstitieuse; une levée en masse aurait entretenu eette impression dans le oœor de nos ennemis, (jui nous savent invincibles toutes les fois que nous sommes unis sous un chef vraiment populaire.
Au lieu de cela , au lieu dMiniter les rois europée»s qui se faisaient révolutionnaires pour le besoin des circonstances, Napoléon ne voulut voir eu lui-mén)e qu'un Mictateur Riilitaire, chargé de sauver la France avec le seul secours de l'armée. Toujours trop plein de conliauce dans son génie , il ne chercha son salut et le notre que dans de nouvelles combinaisons stratégiques.
Qu'arriva-t-il ? Sa conduite mécontenta tout le monde : la bourpieoisie, dont il étouffait les tendances libérales, reporta ses espérances vers les royalistes qui lui promettaient une constitution -, le peuple, dont il se défiait, passa de l'exaltation au découragement, et commença à se laisser influencer, malgré lui, par les
f prédictions sinistres qije répandaient es agents de la conlition.
Jamais , peut-être , il ne se montra si
Jrand capitaine que dans sa campagne e France; il y eut même un nKMnent oij il fut à la veille de triompher ; maïs jamais non plus son aveuglement ne fut plus profond. Ce n*était pas assez pour lui cTavoir à repousser une invasion causée par les excès de son rtmbition, il voulait en même tenijps conserver son autorité intacte et ne faire aucune concession,dansun moment où tous les autres souvewiins semblaient tenir à honneur d'en faire. Le voyant dans ces dispositions, les coalisés se regardèrent comme certains du succès; Ils avaient d*autant plus frnsstirance qu'ils comptaient sur Tintrigue pour paralyser l'effet de ses victoires : à son génie militaire ils opposaient le génie de Mdcbiavel.
En effet, ce fut surtout par des intrigues et par des négociations frauduleuses que îNapoléon fut renversé. Pendant que Napoléon s'épuisait à venger la défaite de la Rothiere par les glorieuses victoires de ^lontmirail , de Vaucliamp , de Mormans et de Montereau , les coalisés s'efforçaient de battre ses lieutenants en détail , d'augmenter Se nombre de leurs créatures à Paris, et
de tromper les Français sur leurs intentions. Dès le début de la campagne , ils avaient ouvert à Chàtilloii un congrès dont ils espéraient tirer un aussi bon parti que de celui de Prague. Le 5 février, découragé par la défaite de la Kothiere, JNapôléon y avait envoyé Caulaincourt. Si les souverains alliés avaient été de bonne foi dans leur déclaration de Francfort, la paix était eonclue, puisque I^^apoléon acceptait les bases de cette déclaration , qui étaient les limites naturelles de la France. Mais leur perfidie ne tarda pas à se révéler : ils ne Voulurent plus entendre parler de limites naturelles, ils exigèrent que la France rentrât dans ses ondenn^.s- limites ^ sans, que son intervention pût être admise dans la disposition des pays auxquels elle renoncerait. Voilà comnfient les rois tenaient leur parole, voilà comment ils n'en voulaient qu'à Napoléon, comment ils désiraient le bien du neiiple français, de cette grande nation dont la prospérité, suivant eux, était nécessaire, une des bases fondamentales de réquilibre européen. « Jamais je ne signerai un tel « traité, écrivit iSaj^oleon. J'ai jnré de « maintenir IMntégrité de la république; «je n'abandonnerai pas les conquêtes « qui ont été faites avant moi ! Que pour « prix de tant d'efforts , de sang et de « victoires , je laisse la France plus çeo tite que je ne Tai trouvée : jamais î « Que serai-je donc pour les Français « quand j'aurai signé leur humiliation.»' « Que dirai-je aux républicains quand « ils viendront me demander leurs bar- « rières du Rhin ? Si les alliés veulent c changer les bases de Francfort , je ne « vois que trois partis : vaincre, mourir « OU abdiquer. » Et il écrivit à Caulaincourt de ne négocier que sur les bases de Francfort. O t ultimatum avait d'autant plus de poids qu'il venait de re0i|)orter de nouveaux triomphes et qu'il avait culbuté l'armée de Sllésie jusqu'à Ch.-îlons. « Je suis plus près de n Vienne qu'ils ne sont de Paris, » disait-il à son négociateur.
Mais les aînés connaissaient mieux que lui la situation intérieure de la France; ils savaient que les propositions humiliantes qu'il repoussait avec grandeur d*âme étaient consenties par les Bourbons , et que les descendants
BHPIBB (Fnn^) IiUmVERS. EMPIRE (Frtiu^is)
de Louis XIV ne rougissaient pas de sanctionner l'abaissement de leur pays pour remonter sur ie trône de leurs
S ères. Louis XVIII faisait concurrence Napoléon ; dans de pareilles circonstances , il y a toujours des princes |)our accepter la eouronne au rabaiis* Quoicfue battus, les souverains étrangers résolurent donc de profiter d'une si belle occasion. Le 1*"^ wnrs , ils signèrent le traité de Cbaumont par lequel ils faisaient alliinre offensive et défensive pour vingt ans, et [iieiuient l'engagement de ne jamais f<ùre de paix séparée. Aucune détermisation ne pouvait venir mieux en aide aux royalistes, et mieux préparer la ruine de l'empereur et du
Sarti national. Quel moyen plus sur de étrutre TdO^t des dernières Tictoires de nos braves , que de déclarer qu*on ne déposerait pas les armes avant viniit ans el qu'au besoin on éterniserait la guerre! Quel coup mortel porté à l'Empire et à la grandeur de la France!
"Nafjoléon lui seul ne perdit pas courage et se flatta de Iriomplier de tous les obstacles. Malgré les vives instances de M. de Metternich, Il défendit à Caulaincourt d'ap{)oser sa signature aux conditions déshonorantes que proposaient les négociateurs de Châtillon. Il aima mieux tomber de son trdne que de le consej'ver par une lâcheté.
Bientôt les batailles de Craonne (7 mars) et de Laon (10 mars) détruisirent le presti^ des triorophps de Montmirail et de Montereau, et vinrent aggraver notre position déjà si malheureuse. Alors les ennemis du régime impérial redoublèrent d'activité. « La contre-révolution se préparait; la conspiration dont Talleyrand , ' Dalbei g , Vitrolles, de Pradt étaient les chefs, négociait activement avec les étrangers, et elle détermina, par ses révélations, la rupture du congrès de Châtillon. >
Vainement, le 15 mars, Taulaincourt lit de nouvelles concessions : les alliés déclarèrent qu'ils regardaient les négociations connne terminées ; le congres de Chàfillon finissait comme le congrès de Prague. Alors le^cabmet de Londres avoua son plan de restauration des Bourbons. Le comte d*Artoîs parut à Vesoul, les ducs d'Angoidême et de iierry à Saint- Jean-de-Luz et a Jersey;
Louis XYIII fit des adresses au Sénat et à la nation ; les royalistes répandirent des proclamations oi^ le mot d'ordre était : «Plus de tyran, plus de
âuerre , plus de conscription , plus de roilB réunis. » Dès le 12 mars , les habitants de Bordeaux avaient pris la cor arde blanche et proclamé Louis
Dénué de forces suffisantes pour (garder notre frontière des Pyrénées, Soult avait été fori'e de r( ciiIfT devant les Anglo-Espagnols, et de reirograder
i'usqu'à Toulouse après la trahison de ^ordèaux. En Belgique, Carâot était parvenu à déjouer tous les plans dé reiiDenii et à conserver Anvers; en Italie, Eugène disj)utait le terrain pied à pied et paralysait les efforts des Autnchiens et dé IVlurat qui commençait à se repentir de sa défection ; mais dans le cœur mén)e de la France, Augereau se défendait mollement et laissait prendre Lyon par les allies.
Quant a Aapolcon, se voyant dans l'impossibilité de continuer plus longtemps la lutte dans, le pays entre Seine et Marne, où deux oent mille hommes allaient se réunir, il conçut un nouveau plan d'une audace inouïe . mais que les intrigues des royalistes allaient faire éehouer. Il résolut de se jeter par Saint- Dizier dans la Lorraine, d'y réunir les insurgés et les garnisons des places . de counerles connnumcationsde l'ennemi^ et ae le forcer ainsi à suspendre sa marche sur Paris, et à accepter une bataille qui serait décisive. ^
« Les aillés, dit M. Lavallée, instruits du plan de I^a^ioléon par une lettre interceptée , éUiient dans la plus grande incertitude : il leur semblait impossible de laisser derrière eux nn tel chef, une te. le armée, asec une Vendée impériale, pour marcher, contre toutes les rèi;le> de la guerre, à cent cinquante lieues de leur hase d'ofiératiqns, contre une ville de six cent nulle habitants, la ville de la révolution, qui pouvait vomir soixante mille hommes pour sa défeii.se. Qu'ils éprouvassent devant elle un seul échec, et' pas un d*eux ne revenait sur le Rhin. Ce fut alors que les traîtres de rintérknr envoyèrent des émissaires aux souverains étrangers , pour les exciter à mar-
KHMBB (Français) FRANCE. BHPfRB (FnmçaU) 843
cher sur Paris. « Fous pouvez tout et vous n'osez rien, » écrivit Talleyrand : « osez donc une fois^ « Si la trahison ne fiU venue à leur secours, dit un écrivain anglais » les allit^s sp trouvaient dans un cercle vicieux d'où il leur étâit inii|K>s8ilile de «• tirer : eUe Ait consommée au inonw^nt où les succès de Napoléon semblaient hors du pouvoir de ia fortune; et ie mouvement deS lint- Diiier, qui devait lui aaeuner l'empire, , lui fit perdre la courooae (*). «
En effet, rassurés par les avis des royalistes , les souverains alliés se déci- . dèrent à faire maroîier sur Paris les deux armées de Bohême et de Siiésie, p4>rndant que Wiutzinirerode , à ia tête d*une grande force de cavalerie et d'artiJIrrie, courrait en sens inverse au-devant de IVapiléoli, pour lui persuader que II s deiix années venaient ;i la suite de cette avant-garde. En même temp^ , ils publièrent la déclaration de Vitry, où lis séparaient eon^M^ment Tempereur de la nation et où ils laissaient percer leurs arnere-pe-.secs de restauration.
Jusque-ia, ils n'avaient pas tous été d^accord sur ce dernier point. R^nîs dans le dessein de réduire la France à ses anciennes limites, inal^j;ré les promesses les plus torjneiies de respecter ses frontières natxhreltes , réunis oans le dessein de renverser Tempereur et de le forcera l'abdication, ils cessaient de rétre dès qu'il s'agissait de lui désigner un suooesseiir. La Antriehifiis |iréféraient ?in|ioléon II arec la ré^enbe de Marie-Louise qui leur aurait donné In haute main dans la direction des afl lires de France; les Anglais voulaient Louis XVIII dont til complaisance leur était assurée. A ce motnent suprême, où il n'y avait pas un moment à perdre, il fallait s'entendre à tout prix. Devenue nécessaire, la tointion ne pouvait être douteuse. Les Anglais avaient un argument irrésistible en leur faveur et en faveur de Louis XVIU ; des partisans de ce prince dépeiidait le sort de la coalition. Pour s'ouvrir les portes de Paris, il ne fallait rien moins que ia trahison des royalistes; non traiiie, la capitale pouvak néaister Asset longtemps pour pèvmeilr*à iNapiDléon dt Nvenir fîd»-
rieux sous ses murs. Or, ce n'était pas pour ISapoléon II que hs royalistes consentaient à livrer leur pays, c*était pour les héritiers do Tancienne nioi-archie ; connnent ne pas faire qut'l(|iie chose pour ceux qui seuls pouvaient faire échouer la dernière tentative de ISapoléon.^ Malgré tout ce qu'ont dit plus tard les défenseurs de ia restauration, tout se réunit pour prouver que les souverains alliés avaient pris leur parti avant d'entrer dans Paris. Ce qu'il y a de certain, c'est que, par une singulière coïncidence , leurs soldids se . prâentèrent sous les murs de Paris' avec une éciiarpe blanche autour du bras. On a dit hue c'était uniquement * pour se reconn.iitre et ^ur éviter de cruelles niq>rises qui avaient amené des engagements sanglants entre plusieurs corps qui s'étaient pris pour des ennemis; mais pourquoi cette couleur blanche plutôt qu'une autre? Ce qu'il y a de certain encore, c'est qu'une fois entrés, ils IIP firent rien pour empêcher les démonstrations des royalistes, et qu'ils lirent tout poiir les lavoriser.
pu reste Talleyrand et ses complices exécutèrent fidèlement leur promesse; les étrangers trouvèrent la capitale presque sans défense et endormie dans la
fritts profonde sécurité. L'impératrice, e" roi de Rome, les ministres, les grands dignitaires étaient partis la veille pour Biois; Josepli seul était resté.
Les Parisiens comptaient sur l'empereur; quand \h apprirent qu'il était à Saint-IJizier, ils se crurent nhandonnés de lui. La nouvelle de l'avantage remporté par les ennemis à la Ferté-Champenoiae sur Blarmout et Mortier vint ùitflOÊtBter la consternation gé. érale.
« Il n'y avait f>as une voix pour éclairer l'opinion publique, pour remuer la population, pour donner de l'unité à la résistance. J i\ irnrdc nationale, formée malgré les habitants et malgré le gouvernement, comptait a peine dix à douze ntfite bemines, dont une moitié armée de fus'Is, une moitié de piques.Un tiers sortit de la vilh' pour se battre, le reste ganla les barr ères. la garnison se composait de quelques dépôts, dç quatre mille conscrits^ de la gendarmerie et des vétérans; avec les débris de Marmoat et de Mortier, cela fiarmait
S44 nmSB (Pnnoiiis) LUNIVBRS. CMPIft* (rnm^t)
vingt à vingt-deux mille hommes. L'artillerie comptait cinquante pièces aer* vies par des vétérans et les élèves de Técole polytechnique. Les ouvriers assiégeaient les mairies en demandant des armes : ils auraient donoé à Tarmée l'appui vigoureux de leurs trente mille bras , et , comme en 92 , sauvé la France : mais le ministre de la guerre, Clarke, les repoussa, employa les iMîonnettes de la vieille garde pour les contenir , et les empêcha de sortir même désarmés! Il y avait vingt mille hommes en dépôt à Versailles et dans les villes voisines : on ne les fit pas venir! Il y avait dans les arsenaux vingt mille fusils, quatre-vingts canons, cinq millions de cartouches, deux cent ciaquaote milliers de poudre : on les laissa sans emploi , pendant qaé nos malheureux combattants manquaient d'armes et de munitions! Et le lendemain , Tennemi, qui était coupé de ses parcs de réserve, trouva toutes oes ressources!
Eulin on n'avait pas fait le moindre apprêt sur les hauteurs qui dominent Paris et qui sont si favorables à la défensive : il y avait quatre canons sur la butte Cliaumont, sept sur la butte Montmartre! » ISous avons emprunté ces renseignements à M. La vallée, toujours si instruit et si exact sur les faits militaires
Le 30 mars , commença l'attaque :
nos braves combattirent avecdésespoir ; mais que pouvait leur héroïsme contre des forces écrasantes ? Ils sont trop ! disaient -ils en tombant. Joseph les avait abandonnés ; désespérant du salut de la ca^tale, il était parti pour Blois, en autorisant les maréchaux a capituler. Mais Tarmée avait plus de courage et de bon sens; ellevoulait tenir jusqu'au dernier moment ^ certaine que rem|»ereur allait aoeourtr au secours de Paris. Elle ne se trompait pas; à peine Marmont venait-il d'obtenir une suspension d'armes, qu'un aide de camp accourut à toute bride annonçant l'arrivée de l'empereur et sollicitant les maréchaux de tenir encore vingt-auatre heures.
Une capitulation n'en tut pas moins signée, par laquelle l'armée devait évacuer Paris et se retirer sur la route d'Orléans ; Paris était recommandé à la générosité des souverains alliés. Pour
justiûer cette capitulation, on a prétendu qu'après les progrès qu'avait fiûts l'ennemi, la ville pouvait être prise d'assaut; mais, quand même cela serait vrai, pourquoi avait-on laissé l'ennemi faire de si grands progrès?
pourquoi avait-^in refusé des armes aux trente mille ouvriers qui avaient offert leurs services? pourquoi avait-on laissé sans munitions les troupes commandées par les deux marédiaux ? Singulier moyen de s'excuser, que d'allénuer en sa faveur un fait déshonorant que Ton a provoqué soi-même en employant les armes de la trahison !
Le 31 , lorsque Napoléon arriva, il était trop tard; les ennemis du dedans et du oehors, tous au courant de ses démarches , avaient eu le temps de se donner la main. Sur la route de Fontainebleau à Paris, il rencontra les premières troupes qui avaient évacué b ville : tout était flnL II se vit obligé de retourner à Fontainebleau.
Le même jour les alliés entrèrent dans Paris. On leur doit cette justice
au'ils tirent preuve de beaucoup de mo- . ération; il est vrai qu'ils se rappelaient par quels moyens ils avaient réussi. Les souverams affectèrent de respecter la volonté de la nation; seulement ils eurent la précaution de déclarer qu'ils ne traiteraient plus avec Napoléon: c'était le rendre impossible. De plus, ils invitèrent ie Sénat à nommer un gouvernement provisoire pour préparer une constitution et pourvoir à l'administration de l'État. Pour tout ie reste, ils s'en rapportèrent à M. de Talleyrand , dans rhotel de qui l'empereur de Russie était venu habiter, et ils laissèrent les royalistes parcourir les boulevards, avec des cocardes blanches et en criant :
vive Louis XFIil.
Le lendemain, soixante-deux sénateurs se réunirent et nommèrent membres du gouvernement provisoire : Talleyrand , Beurnonville , Jaucourt , Dalberg et Montesouiou. En même temps, ils publièrent 1 acte suivant : « Consi- « derant que Napoléon Bonaparte a déa chire le pacte qui l'unissait au peuple « français, en levant des impôts autre- « mentqu'en vertu d'une loi, enajournant « sans nécessite ie Corps législatif, en « rendant illégalement plusieurs décrets
Liyiiizuo by <jO
EMPIRE (Français)
FRANCE. EMPIRE (Français) 345
« portant peine de mort, en anéantissant « ta responsabilité des ministres, Tindé- «pendaoce judiciaire, la lib^té de la « presse, etc. ; considérant que Napoléon a a mis le comble aux malheurs de la « patrie par l'abus qu'il a fait de tous « les moyens qu'on lui a confiés en hom- • mes et en aryçent pour la guerre, et en ■ refusant de traiter à des conditions que «l'intérêt national exigeait d'accepter; «considérant que le vœu manifeste de « tous les Français appelle un ordre de « choses dont le premier résultat soit le « rétablissementdela paix générale etc^ui a soit aussi Tépoque d'une réconciliation « solennelle entre tous les Ëtats et la « grande famille européenne ; le Sénat « décrète : Napoléon Bonaparte est déchu a du trône; le droit d'hérédité est aboli «dans sa fiiniille; le peuple français et «l'armée sont déliés envers lui du ser- « ment de fidélité. » La déleetion du Sénat entraîna celle de toutes les autorités : le Corps législatif, la cour de cassation, la cour des comptes, le corps municipal de Paris, le clergé, l'université , se retournèrent contre l'homme qu'ils avaient perdu par un excès de servilité. On brisa les insignes du répirne impérial ; on descendit la statue de l'empereur placée sur la colonne de bronze. Le gouvernement provisoire nomma des ministres, un commandant de la garde nationale, un directeur des postes; il libéra les conscrits, les bataillons de nouvelle levée, les lefées en masse; il adressa une proclamation à l'armée. Pour en finir, il fit voter, le 6 avril, par le Sénat une nouvelle constitution qui appelait au trône Louis^tanislas-Xavier de France, et, après lui, les autres Inembres de la famille des Bourbons dans l'ordre ancien. Cette constitution devait être soumise à Tacceptation du peuple français, et Louis*Stanislas-Xaviw pÂTOclamé roi des Français dès qu'il aurait prêté serment à là constitution. On sait ce-tiui advint plustard et comment Louis XVIII octroya une charte au lieu d'accepter une constitution ; mais qu'importait l'avenir aux sénateurs.^* l'important pour eux était de retirer Louis XVIII des bagages de ta coalition et de l'introduire en scène.
^empereur ne put cacher son iodir
gnation en apprenant la conduite des sénateurs. « Un signe de ma part, >»
dit-il dans une proclamation à ses soldats, « était un ordre pour le Sénat qui « tou jours faisait plus qu'on ne désirait « de lui. » Un moment il eut l'idée de se retirer au delà de la Loire à la téte des cinquante mOlehommes qui lui restaient, d*y attendre Eugène, Augereau , Siichet et Soult, dont l'arrivée lui fournirait, avec les garnisons des places, une armée de (feux cent mille hommes.- Mais il renonça à ce projet pour ne pas allumer la guerre civile. Le 4 avril, il abdiqua en faveur de son ûls, et chargea Canlaiiicourt, Ney et Macdonald de négocier un accommodement sur cette base. L'empereur avait encore trop de forces à sa disposition pour que les doalisés ne ganuttsent pas quelques mé« nagements envers lui. Ses envoyés furent bien reçus, et on ouvrit une oonft» rence; mais,* pendant qu'on négociait, le même homme qui , lors du siège de Paris, avait demandé une suspension d'armes si à-prf[îos pour les alliés, Mannont signa avec eux une convention par laquelle son armée abandonnait le drapeau de l'empereur pour se retirer en Normandie avec armes et bagages.
Trompées par lui , ses troupes s'ébranlèrent, crovaut marcher à l'ennenii, traversèrent les cantonnements des Russes et laissèrent Fontainebleau snns défense. (]ette nouvelle trahison vint en aide aux Anglais et aux royalistes : ils n'eurent plus de peine à faire rejeter les dernières pro|>ositions de Napoléon par Alexnndre qui , soit quMI commençât à craindre la trop grande influence que prenait le cabine;t de Saint-James, soit qu'il se fût prêté à cette dernière intrigue, avait paru hésiter un moment.
N'écoutant d'abord que son indignation , Napoléon revint à ses projets de guerre; mais le désespoir s'était glissé dans rfime de ses soldats, et la plupart de ses généraux , y compris Ney et Berthier, s'y opposèrent. Alors, le 11 avril, il se décida à signer une seconde abdi* cation en ces termes : « Les puissances « alliées ayant proclamé que l'empereur « Aapoleon était le seul obstacle au ré- « tablissement de la paix en Europe, « l'empereur Napoléon , fidèle à ses ser- « ments, déclare qu'il renonce pour lui
346 EMPIKE (Français) L UINTVEHS. MlPIRE (Français)
« et ses hpriti'Tf^ aux trônes de France « et rfltaiiti, parce qu'il n est aucun sa* « crifice persoifBcl, néiM oeM éé %k a vie, qu'il ne BOit prit à faire à Ilnlé* « ré\ de la France. « Kn même tem^rs, fut signé un traite pnr lequel Napoléon conservait son rang, son >itre et ses boonélirs , a ve<s Itle d*Elfte «tt meim-t^ neté et deux niiTions de rente. Panne, Plciisarrce et Gunst illa furent assignée à Marie-Louise et à son Gis.
Le se avril , Napoléon flt SN aéiettc à l'armée dans la cour de Fontainebleau , et il partit aocompnsné des commissaires des souverains alites. Il fat salué par de Yïm MxIaMalions sor touffe sa roetè.
exeepté en Provence , où il UiH oQtragécft réduit à prendre un Costume étrani^er.
Arrivé à Saint-Rapliau, il mit à la voile pour 111e d'Efbe.
Afnsi se termina la campagne ét 1814, en partie par la faute de Napoléon, qui , après avoir longtemps abusé de la victoire, ne sut pas faire oublier ses torts en reprenant son arH itn rAte dedictateurplebéfPii, de soldaldelenseur de la révolutioti H <le liberateurdes peu-
t)les; en pai lle par la tr.diisondes royaistest qui, après avoir oortibattH pédant rémigralion darts les rangs des étrangers, rentrèrent cl>ez nous pour y semer la corruption, et pour livrer la France anx rois qui les avaient si longtemps soudoyés. Mais, comme Ions tes sucres obtenus par des moyens ignominieux , leur triomplic ne pouvait être de longue durée; bientôt lelnetour de IVvA* pereur vint les couvrit 4e lionte , et )es forcer de recourir une seconde fois à réiingr;ilion et à tontes les perfidies qui en sont lu suite inévitable.
Quant à la Pranuce împéHate, elte ét.'iit v.iinciip sans que son nonnenr militaire eiit reçu la moindre atteinte.
Ses revers avaient commencé eu 1812; mais si la grande armée avait battu «H retraite, c'é.'ait dev.int les é1cnieiit< et non pris devant les honmies. En 1813, la coalition nous avait refoulés des rives de TElbe jusqu aux rives dtt llhin, et nous avait enlevé TAIIeina^e ; mais, pour y parvenir, les rois avaient été forcés d'avoir recours à d'anciens Français. Est-ce avec feelirs propres plans qué BlucheTf Schwarzenberg et ^^ittgenisubIiI) oUUuH'tnii tes ttvUkmisiÉ'^ii^ini^
dèrent du sort de la campagne de Saye? n'est-ce pas avec les plans de BernaâtA.t^s dmHu prince suééois, et à <|ui la coalition avait fii'l lerotire quVIle nVti vOiilait qu'à Napoléon , et qu'elle n'nvnit pas d'autre but que de forcer la France a sè contenter de ses trontières natanMesf n*MIMM fM» av«e tss pl«ns Moreau que Ton avait rnppelé tout exprés d'Amérique? n'est-ce pas encore avec les plans de Dùmouriez , qat , Quoique teientt en AnghMvrre, toin êà théâtre des hostilités , n'était pas homme à manquer cette nouvelle occasion de trahir sonpays?£nSn, en 1814, malgré la Supériorité du Moinbre, les coamét né furent-ils pas topop heureux de trouver des traîtres pour leur livrer Paris, et pour les retirer de la fausse position oà les avait mis la marche duoacirafilil def-èmpereur sur Saint-Dizier.^ L'hoo* neur militaire était donc toujours intact; et c'est pour cela que les alliés affichaient une modération qui n'était ni dans leur esprit ni dans leurs moeurii^ comme on le vit plus tard, ^'aynnt réussi mie par la ruse et avec le secours de la trahison, les vainqueurs trMrtMaîent devant les râinens; mais avant de s'éloigner, ils 80 tnénagènnt une occasion de revenir.
Année 1815. Il était dans les desti* tM de l*F.mpire de renaître 4o M cendres , mais pour un instant seulement. T>es Cent jours ayant été traités dans un article séparé , nous y renverroAtt fùw ce oui concerne cette époque, et nous nous nornerons à quelques fé* fléxions générales , après lesquelles nous terminerons par un résume rapide de l'histoire de rEmpire.
Avant de s'éloigner, avons-nous dit, les soHvernins étrangers se ménagèrent une occasion de revenir. Comment expliquer autrement que par cette arrièrepensée machiavélique le traité qui assignait h Napoléon la souveraineté de i'ile d'Elbe? Non, ils ne voulaient sincèrement ni le repos de l'Europe ni celui dé tà France les prétendus paciflbatMHr qui rendaient le trône aux Boûrfeons et qui leur donnaient Napoléon pour Voisin. Certes ils ne prévoyaient pas qu'il n^rtit qtk*à ee AïonfreV pour irmm dans les Tuileries, sans coup férir; nMiiS ils ^vaiiNit ^tt'k Ui ^^MuMèvè ftMM 'âës
FRAISE. £MPiaE (Kiunçais) 347
Bourbons on le vorr.iit nfnoiirir pour venger son honneur et celui de la natien. Its espéraient que sa pré^em^e al> ïuvaentt la guerre «trito én FrMMXS H qu'alors Hi seraient a4ip)pié« à intorw^ nîr commp fiiédiateurs dans nos divisions iiitestities. Si les événements av{itent succédé au gré de leur désir, qui sait o» se SRrtii sivété ienf «ladii*» vélisnip? On p«it tout snpi)Ospr deis souverains qui, après nvoir protesté»
en 1813., qu'ils ne tairaient la guerre à la France que pswr ôMfter ISafiolémi ft ne plus d(^i):isser nos limites nnîtirelles du RInn, drs Pyrénées et des Alpes, violèrent <eurs serments e-n 1814 et profitèrant 4e rerrcur oé ftusn promesses niensofkgèrsB avaient plongé le peuple franeaîs pour lui enlever «ne partie de son territoire et jpçkit ïe. réduire ma frowtfèrcs l^sneiefifio Monaf^khie. Ds là au projet de part«'>ge annoncé par Is manifeste de Brunswick, il n'y avait
f)lus qu'un pas ; seulement , élimine 'expérienoe leur avait montré les diiflcultés d^jnepareiltoiSHtrepv^fs^ilsclm^ cfinient h y parvenir par l'affaiblissement progressif de la France qu'ils voyaient à la veille de se déchirer en deôt MB IVffort rontrafre do partt royallsts et du parti impérial. Les prévisions furent trompées : la mnrelie trioniptiale de l'enipereur et la fuite de^ Botimns tes reinaofci^iit à peu près dans la tnéme situation <fl*eii 1814 * et tout fut de nouveau remis en question.
Mallieureiisement pour la France, après avoil* admfraMcfnent débuté , Napoléon s'enîvra me seconde fois a la coi^e 4e la fortune, et retomba dans les erreurs et d .ns les faut< s qui l'avaient perdu. Même foi dans îa puissance exclusivement militsfre ; métus Mafivi pO«Jr les arnips révnlntionnairps, auxquelles il devait son élévation ce|)pndaT}t^, tuais aussi mêmes entraves, nwHiîes tratiisons et même Ihi. Alors les fÉlKés so nvsfltfèram sous leur vérit;it)!e jour; les con^diiNiS de 1813 et de 1814 laissèrent loml>er leur masque; ils parlèrent et ils aj^ireot en vain<|tteors. Us n*osèf«nt pBS ORSaVef de partaji^rla France, quek]uiètai%i(>lte qu'elle fiH; non , malgré lé presti^ie de la victoire de Waterloo, Hs n'osèrent pàs àHet jusque-là ; tuais ce qui , pour eux, m^sim t^UBÉiM àti iMÉiM» ili
nous imposèrent une dynastie décrépite q»ie nous avicrns r»'poiissée et qui ne poflViiit plus se soutenn- (ju ave.( Tap^ui de rôtraitter* Pour ce •qui concerne zlapotéoH% ib fecoAiHirent qu'ils avaient commis une erreur à son ecard, et que c était un mauvais jeu de prendre uq pa reiliionime pour instrument de guerre civile; l'exemple des Cad jours leur servit d'enseit;nement. Pnr une dernière vi(»|yti()n de la foi jurée, ils s'enipiirércnt iionteusement de sa personne et l'envoyèrent mourir à Sainte-Hélène , ' où les An^s lui firent subir une itenle .
agonie.
Cette fois encore la traliison réussit aux PoyalislPS4 délivrés du voisinage
du grand homme, ils se crurent assec forts pour fouler aux pieds tous les droits du peuple franç^iis. Mais, P<)ur, être pkis éloigné, le jour de la répara»' tien ne devait pas moins venir; [830 vengea les hotites de ISl l et de 1814. <' Celm qui se sert de iefu e périra par Cépée avaieitt dit avec raison les royalistes lors de la chute de Napoléon; après la le taurat on !n France put leur appliquer a eux-nicnies ces belles paroles de l'Évangile quMs répétaient sans les comoveniire : te peuple leur enteva par le ler un pouvo r qu'ils n'avaient rcjiris qu'avec le fer de l'étranuer.
Ainsi donC) pour nous résumer, dans ses dix ans de durée , rfimpire offre le spectade de huit années de sueoès qm Pèlèvenl à un detïré de puîss née incanou jusqu alors, et de deux années de rewTsqni suffisent (lour renverser Poeu* ▼redes4wit années précédentes { œuvre gigantestpre à Inipielle avaient, en o.itre, prélude avec tant de {iloire les quatre années du consulat. Dans sa réappsri»
tion des Cent jours ^ rKmpire semMe parcourir une seconde Ans. mais da4is des proportions de durée et d'étendue bien différentes, la même échelle de grandeur let de décaienoe. A«issi bien que lé grand Empire , le second commence par des triomphes (|ui tiennent du prodige , et finit par des infortunes qoD rien n*éffale.
A sort début , i'Kmpire avait trouvé la France entourée de répid)liqiu's fondées par ta Conveiition et le Directoire; son premier soin fut de clianger ces ré* pttbliigiMi «I ttonaBilMss façonnéM à,
S48 EMPIEE (Français) L'UJSIVËRS. EMPIRE (Français)
ta propre image. Bientôt, l'emprreiir créa de nouvelles monarchies, ou remplaça d'anciens souverains par des rois qu'il prenait parmi ses propres lîeute* nants. En lui voyant taire de si grands changements et remanier ainsi l,i carte de l'Europe à sa guise, les peuples crurent qu'il se proposait de refaire une nouvelle Europe , composée d'États nouveaux , mais indépendants. Cependant ou ne tarda pas à s'apercevoir que, s'il avait eréé de nouveaux rois, détrôné les Bourbons de Naples et d'Espagne, détruit le saint -empire d'Allemagne, et diminué le territoire de l'Autriche et de la Prusse, c'était non pas pour équilibrer les États de l*EuK»pe sur de nou« velles bnses, mais, au contraire, pour mieux détruire l'ancien équilibre , et pour réunir tout l'Occident dans un vaste système d'agi^lomération , fno} en de trnnsition pour nrriver à la conquête et a la monarchie universelle. Dès lors, les nations européennes oublièrent tout le bien qu'avait produit son sj^me, pour n'en voir que les inconvénients et les abus; elles se rappelèrent les promesses de liberté que leur avait faites la IPrance, et elles lui en voulurent d'avmr sacrifié sa propre liberté pour entreprendre sur celle des autres. La conduite de l'empereur envers l'Espa-
§ne et les rigueurs toujours croissantes a blocus continental augmentèrent encore le nombre des mécontents. Aussi , lorsque vint le désastre de la campagne de 1812, les Anglo-Russes parvinrentils à soulever tout le monde contre Napoléon. Seul contre tous , il combattit et il succomba en héros, sans vouloir laire aucune concession. Avec lui, tomba l'Empire, qui était son ouvrage personnel.
Sous ce rapport , le pian d'organisation de l'empereur a échoué au dedans aussi bien qu'au dehors, en France non moins qu'en Europe. La quatrième dynastie s'est éteinte avec le grand Empire ; l'Europe , un moment sur le point d'être convertie en une seule monarchie, est redevenue un assemblage d'États indépendants, une répubUque fédérative , encore imparfaitement constituée, mais assise sur la base de l'indépendance des nations. Au dehors, le prmcipe de l'équilibre a triomphé du principe de
l'unité; au dedans, la monarchie constitutionnelle a remplacé la monarchie militaire. Le système impérial ne se soutenait que par l'activité de son auteur ; l'auteur ne vivait que pour son système : tous les deux ont disparu ensemble.
Mais malgré cette double ruine, il B*tn faut que l'Empire ait passé sans * laisser de traces. Il n'existe piui de pouvoir qui, en un aussi court espace de temps , ail autant détruit et autant édi- . fié. De nouveaux royaumes créés en Allemagne, la destruction du saintempire, l'Italie et l'Espagne tirées de leur ancienne torpeur, partout la féodalité eiilamee; le système administratif perfectionné en France et chez presque tous nos voisins; l'Europe entière rajeunie, retrempée par le contact des armées frao^^aises ; la révolution victorieuse entrant dans toutes les capitales du continent, et le renouvelant, le pétrissant, sinon à l'image de la liberté, du moins à l'image de la civilisation; l'ancien équilibre ruiné; un nouvel équi* libre, mieux en harmonie avec les oesoins de l'époque, rendu possible et même déjà préparé. En un mot, si l'Km|itre n'a rien pu changer aux deux principes de la liberté et de l'équilibre, il a beaucoup changé aux vteilleschoses du monde féodal.
Il y a même cela de remarquable ue, en 1814, c'est au nom des principes e la révolution française , répandus dans toute l'Allemagne par nos troupes, que la coalition des peuples et des rois prit les armes contre l'empereur ; tant il est vrai que, suivant ses propres expressions , la victoire sera toujours du côté de ceux qui auront pour eux Tassentiment des peuples. On s'étonne que l'homme qui a pu parler ainsi , se soit aliéné l'amour des nations, lui qui, un moment, avait été populaire dans toute l'Europe. Et cependant, il n'a été précipité du trône que pour avoir été trop conséquent avec lui-même. Lorsqu'il se lit empereur, il visait déjà à la monarchie universelle ; seulement, comme il ne pouvait sans imprudence heurter l'esprit des peuples, il faisait encore ' briller à leurs yeux les armes révolutionnaires. Il y' avait déjà malentendu entre lui et l'Europe, ^ui ne s'en aperçut que lorsqu'elle lui vit développer
■MPIEB (Français) FRAKGÉ. (PnmçaU) 140
successivement le plan de conquête le
i)lus habile ; retourner à la fois contre e continent et contre la reine des mers le principe du ô/ocws, d'abord interprété d'une manière perflde par les Anglais eux-mêmes; détrôner tous les Bourbons, moins par ooe haine aveugle contre des
ftrinces décrépits, que pour mettre à eur place les proconsuls couronnés de l'Empire. Toutes ces innovations étaient la conséquence naturelle de son système de domination universelle. Malheureusement, plus l'Empire grandissait, plus il fallait resserrer les liens du despotisme, jusqu'à ce que la chfltne finit par se rompre sous son propre poids.
Ainsi donc, une même idée et une même passion élevèrent et détruisirent l'Empire : Ponité, d*une part, et Tambition de l'autre ; sœurs toutes les deoi et se développant ensemble pour être frappées du même coup. La croyance à l'unité occupait une grande place dans la vaste intelligence de Napoléon. C'était pour avoir bien compris la nécessité et la puissance de la concentration dans le gouvernement, qu'il avait si iÎBcilement renversé te Direi^ire, et qu'il était devenu premier consul de la république. Mais son ambition dévorante ne le portait que trop à s'exagérer les avantages d'une idée dont l'extension devait profiter à snn pouvoir; elleTaveuglait au point de lui laire préférer l'unité matérielle a l'unité morale, la victoire des armes à la victoire des principes.
Aussi, après avoir été reconnu seul chef du gouvernement françaiî», il chercha à centraliser tous les pouvoirs autour de lui, à les absortier dans sa personne. Puis, quand il eut fait aboutir l'unité du pouvoir exécutif à la monarchie héréditaire, il s'occupa de recommencer sur un plus grand théâtre le travail qui lui avait si bien réussi en France. Autour de l'Empire, il voulut centraliser toutes les forces de l'Europe; dans l'Empire, il voulut absorber tous les États du continent. Plus l'agglomi^ ration des peuples avançait, plus il resserrait les liens de la centralisation en France; plus son despotisme faisait de progrès en France, plus il se sentait de force pour achever la centralisation au dehors. Il menait de front le développemeot du pouvoir dynastique et le déve-
loppement de la conquête , qui , selon lui , devait amener à la monarchie uni* verselle, mais qui , en réalité, ne devait
finir que par une Immense catastrophe.
Voici, du moins, comment nous apparaît le système personnel de iSapoléon, en qui l'idée de l'unité, mais surtout de l'unité matérielle, semhl.iit s'être faite homme. Sans doute, ce sy.stème a été observé dans cet article avec plus de bonne foi que de profondeur ; mais, du moins, a-t-il été étudié à un point de vue franchement national. S'il a été bas.irdé des critiques empreintes d'une sévérité téméraire, ^est sans aucun esprit d'hostilité contre le caractère héroïque de l'empereur. Le martyr de Sainte-Hélène, l'ancien dictateur de l'Europe, est assez grand pour qu'on puisse combattre ses erreurs sans insulter à son ombre. Luimême en a donné l'exerTiple en reconnaisSiint publiq^iement ses principales fautes. Peu avant de mourir, il a prophétisé que l'avenir appartiendrait au premier chef populaire qui saurait prendre son point d'appui , au dedans, sur les masses , au dehors sur les peuples. N*éta1t^ pas avouer qu'il ne l'avait pas fait et qmï en conservait un cruel tepentir ?
Ce qui atténue ses erreurs, c'est qu'elles étalent généreuses en même
temps que personnelles, et que, de plus, elles étaient presque inévitables. Du temps de Charlemagne, et déjà même du temps de Gharles-Quînt, les projets de monarchie universelle rencontraient des obstacles invincibles en Europe; mais, au commencement du dix-neuvième siècle , on pouvait croire qu'il n'en était plus ainsi. La révolution française avait ébranlé les fondements de l'ancien monde; les peuples éprouvaient le besoin de se rajeunir et de se rapprocher en brisant les barrières qu'avait élevées entre eux le vieil équilibre, si imparfait, si égoïste et si jaloux ; une ère nouvelle avait commence; tout paraissait possible. D'un autre edté, la grande nation possédait des ressources bien autreriient puissantes que l'Espagne du seizièuie siècle ou que la France de Louis XIV; abandonnée à elle seule, non-seutement la république avait résisté aux attaques renouvelées de l'Europe entière, mais elle avait conquis nos froutières uatu*
reUes du Rbttt et des Alf^es, mais elle avait irfusiflMM fois victorteusemcnt
fraurln ros frontières. Le chef de la grande n itioti a donc \n\ croire qu'il lui aurait doituâde reusàii* dans l'entreprise OÙ avisent éoiof lé Ifriaoarque < spagnol et le srnnd rdi. Avec l'arme «le l'unité, il avait déjà fait de tels prodiiie»?, qu'il pouvait eo attendre encore bieu d autres nMrveiHes.Pouar^ue tout te momie apprît 4)ue la reconstruotion matérielle de rempire de (. linrU'mnîznp et de l' empire romain n'est plus qu'une chimère, dans Tetat actuel de la civilisation européenne, peut-ébre fatlaitHl mie preuve de plys; personnellement, en sa q-ialité de premi«'r capitiiinc des iei)i|is modernes, Kapoleon ne pouvait guère être convaincu que par les enaeigiiemeiits de rexpérienee. La leçon a été si éclatniite et si terrible, qu'on ne saurait iiarder rancime a celui qui porta la France assez haut ihns son estime pour se croire toujours invincible avec elle, et qui n'os^T la courber sous son joui; que pour lu: offrir, en échange de sa liberté, ttne gloire incomparable et la suprématie •» Europe.
Enfin, pour dernière excuse, il ne faut pas oublier qu'il eut toujours à huter contre l'ambition et le machiavélisme de l'aristocratie anglaise, qui, en lui fermant le chemin de la mer, en kii suscitant partout des ennemis sur le continent et soudoyant sans cesse la révolte et la trahîso», le fbrçait âe recourir à des moyens de plus en pl^is rifîoureux , et a toujours auf^menter son despotisme pour ne pas perdre le fruit de ses victoires. Sa seulo faute impardonnable dans c^e lutte à mort, c'est de n'avoir pas employé contre l'Angleterre l'arme de la liberté et de Tégaiité i la place lie )*arme du despotisme; sa seule faute envers l'f urope et la France, c*est d'avoir vou'u les incorporer violemment au liei> de U s réunir dans une association librement consentie, dans une fédération nouvelle et d^autant plus forte qu'elle eût été bnsée sur le respect des droits de chacun. M.us il s'en est repenti , et d'ailleurs , personne n'is;nore «fu'eB réalité le libéralisme hypocrite de l'Angleterre était bien plus contraire aux progrès véritables de la civilisatioo que le despotisme
impérial, qui se proposait sînsMeoaeiit le honiMur de k'Euro^. C'sil mhû» ce
qui a trompé Napoléon : il a cru que les nations préféreraient toujours sa dictature, violente dans ses moyens, mais généreuse dans son but, a l*aUiBBce d'un {gouvernement per&de, qui ne leur parlait de leurs drorts que pour mieux leur faire oublier leurs intérêts. Placée tmVf^ ém Hvaai aashstieux, voulant bii imposer. Tu» son système cojt/jnental, l'antre son système maritime , l'Kurope se prononça pour celui qui spéculait sur sa bourse sans porter direc tement atteinte à son- indépendance; et alors le peup'e mnrchnnd put l'emporter sur W grand capitaine, auquel il fit durement expier bien moins ses fautes que sa gloire et son génie.
Étendue de t Empire français sous Napoléon.— S\ l'on compare l'empire de Nafh iléon au nMMnent de sa phis grande extension, c'est-iNlire êii IMl, avec reii>f)ire que Cbarlenagiis avait fondé exactement dix siècles auparavant, on verra que le premier égalait en étendue, les vastes possessions soumises au fils de Pepui. En effet , il comprenait Tancîen royaume de France, toute la péninsule itali()iie, moins le royaume de Naples; une partie de TAllema^ne occidentale, la Belgique et la Hof lande, contrées qui se divisnient en deux parties [)rin ipales : ta France et Khalie.
La France était divisée ei» cent trente départements, éont 8& avaient été f&p»
mes des anciennes provinces françaises; 17 des conquêtes reconnues en 1801 par le traité de Lunévilie , et 28 des acquisitions feltes depuis 1901 jusqu'en fStl.
Les 85 départements sont devenus, avec l'addition du département de Vauduse, les 86 départements actuels, sauf quelqiies légères modiieattons.
Les 17 départements provenant des conquêtes confirmées par le traité de Lunévilie, étaient répartis ainsi :
Dans le comfat Venaissin, réuni en 1795: le département de aucfu.se (I).
Dans la Savoie et le territoire de Genève , avec les districts de Gex , de Carouges , de Tlionon , etc. : le Léman et le Mmê^Blane (9).
Dans le comté de Kice, avec la principauté de Monaco: les A^pu-MarU times
DâM la Belgique les dépftrtenieiits de lÉ ly»y fXiÊeêui, éê Jtmmapn^ é%
îhUMi'e'et'Meu^ê . des Forêts , iy>j/rthe\ l;i }feuse-/n/ériiiatef la Djfie, les Deux-Nétàts (9).
Dflfu les pars île 1« rW» gaac^ du
Khin : la Sarre, le Mont-Tomtmn,
te Mh(ïi-ff-ynse//f, la ^fx*r (4).
Les 28 déprteiuents formés des conquêtes postérieures au traité de Lufléville étalent répartis ainsi :
t)ans le Piéi»H)nt, réuni en 1802 : les départements de la /!>oire, du Pô, de la S tara y àt Maren(jo, et de la Se- «Al (S).
Dnns la l>iîïnnp . rf^imie en 1805 : les dép;irtements de MùfUenoUe, de Géms ei des Apennins,
Bans te duché de Parme, fduiii en
1606 : le Taro.
Dans la Tosrnne , réunie en 1808:
VAi^tiOf la Méditerranée et YOmbro-
Ôans fa partie sud - oupst des États- Romains , réunie en 1909 : le Tibre et le Traaimène (2).
Dans la {lartte méridionale de la Mlande, réunie en 1809: les Bouches def Exeattt et les Bmiches-dH-Rhin ['2).
Dans le royaume de Hollande, réuni en 1810: les Hou ches-de la- Meuse, le Zuyderzée, VYsset-Supérieur, les Jtouches-de-VYs^fil, la f'nse, VEïM-OCCi»
dental, et V Hms-Oriental (7).
l).ins le Hanovre et la Westphalie, féonis en fSlO : la lAppe^ VBfks-SiÊpé' rieur, les Bouches-dk-ff^éter el les Bouches-de-V ftlfye (4).
Dans le Valais réuni en 1810 : le Stmpkm *
Le royaume d'Italie , divisé en 24 départements , renfermés dans six divisious militaires, comprenait la partie 'Orientale de la Pémnitil», demits les Alpes , an nord , juaqu^a Tlrenlo.
(Voy. Italie (royaume d')].
lie plus , les provinces lllynennes et les lies lonleimes faisaient partie de la France ; m;ils, séparées de I Empire par l'Italie, les provinces lliyriennes avaient une administration particulière; et les lies Ioniennes, sans doute à cause de leur éloignement, étaient régies par un
Ml
cou veilleur miiitai/e. Enfin,, le chef de rCmpire fraoçdi était pireMnir éa la
confédération du Rhin, et médUl^r de la république helvétique. }.e royaume de Maples, le ^awi -duché d«) Ikrg, le rograame és WeatiMie, et In rovau- ■Mfi d'Espagne «t de Portugal réunis , avaîent été donnés p.ir lui ;i dfS lieute- Hauts, chotsts pumii ses tVeres et ses fénéroox , à la oooditioo qu ils se regarder.-iient eomme tes grands feudataires de TF-mpire. F.n dernier lieu, ven^iient les Ktats allies , dont plusieurs étaient presque entièretuent dans ia (iépeadonce de Tempereur. Il résidt» de là qiie, si l'on ajoute les'annexes de l'Empire a ses |K>ssessioiis directes, on voit au'il dépassait de beaucoup eo craaèmr matérieHe Pempire de CliarfeuMgne.
Kmpiuk latin ou mieux empire
FBAN^Aiî» ])EC0<NSTAM1N0PLE. .NoUS
airons raconté aiHeura (*) comment une armée de croisés français et réuitiens s'empara, en 1204, de Cnnsta&tioople. Les coufeiléres avisèrent imédisiemeiit m partage de l'Empire Ma eonvinrent de nommer dense électeurs, six de rh..que nation, et de reconnaître pour empereur celui qui obtiendrait la majorité des suffrages.
Dans le cas de partage des voiv, le sort devait décider entre les deux candidats. On abandonna d'avance an futur souverain les titres et les prérogatives des empereurs d'Orient, les deux palais de Bineherne et de BoncoK on , et le quart de toutes les possessions ()ui composaient la monarchie des Grecs. Les trois ittties quarte, divisée en deui portions écales, devaient appartenir aux Véin*tiens et aux barons français. I,a nation à ^quelle apoartiendrait Vempereur devait eédee è reiUre le droit de nommer le patriarche. Les sh électeurs français étaient tous ecdé&iastiques.
L'un des ahe^s de la croisade, Bandouin , comte de Flandre , fin. élu et couronné le 16 mai , dans l'éj^lise de Sainte-Sophie. Aussitôt après la < érén)onie, vingt-quatre c(»inniissaires, douze de chacune des deux nations, procééèeent an partage des terres oonquiaes
(*) Voy. Divisions np. ta Fraitcr et les noms de chacun des déparltuicats.
(*) Voy. le t. 1 des AvvKiMfH
U» ^ ÈUntLÊ, (Litln) L*U1IIVER& ■■»!■■ (Luto)
ou à conquérir. On assigna aux Fran> . Ce partage terminé , il se trouva que
çais toutes les provioces d'Asie, à Tei- la part des Vénitiens était plus oonsi-
ception de Chalcédoine, de Cyzique et dérable que celle du monarque, qui posdes Cyanées , à l'embouchure du Bos- sédait à peine un quart du territoire phore, qui furent cédées aux Vénitiens conquis. C'était une faute immense que pour servir d'entrepôts à leur commerce cette disloeation antieipée d*un empire et de relâches à leurs vaisseaux. Ces naissant, qui, au contraire, eût eu beprovinces étaient encore au pouvoir des soin , pour se constituer, de concentrer Grecs ou des Turcs. On leur abandon- toutes ses forces et d'en former un fais* na , en outre, en Europe, la Tbraee ou cêaa unique, capable de résister à toutes Remanie , et la Thessalie; toiit le pays les chances de ruine qui devaient risuU qui s'étend depuis les Thermopyles jus- ter, pour lui, de la haine des populations (pi'au promontoire de Sunium (la Béo- vaincues et des attaques incessantes des tie, la M^aride et l'Attiqne), les lies de éternels ennemis du . nom chrétien, la Propontide, les plus grandes îles de Quoi qu'il en soit, le nouvel empereur, l'Archipel (Lemnos, Lesbos, Chio, Sa- après avoir donné force de lois , dans mes, Rhodes). Quant aux Vénitiens, ses États, aux usages et coutumes conils eurent les Cyclades, les Sporades, signés dans les Jssises de Jérusalem^ les lies de la mer Adriatique, les deux fit publier des lettres par lesquelles fl Épires, l'Acarnanie, i'Étolie, les con- invita tous les pèlerins de France à vetrées habitées par les nations illyriennes, nir se fixer dans la nouvelle conquête, la Morée , la Phocide , la Chersonèse Mais bienlùt la division se mit parmi de Tbraee , une partie des cdtes de la les conquérants : trois mois après la Propontide, dn Pont-Euxin et de l'Ar- prise de Constantinople , Baudouin et chipel; entin une grande partie du lit- le roi de Thessaloniciue se déclarèrent torai de la Xhrace et de la Thessahe. la guerre, et l'on ne parvint qu'a grand'- Le royaume de Thessalonique (la Ma- peine à les réconcilier, cédoine) fut acccordé à Boniface, mar* Parmi les croisés qui, en petit nom* quis de Montferrat, qui devait en faire bre, répondirent à l'appel de Baudouin, nommage a l'empereur; Jacques d'A- le plus considérable fut Guillaume de^ ▼esnes, seigneur de Hainaut, eut l'île Champlitte, vicomte de Dijon, oui apdeNégrepont; Renier de Trith devint partenait à une branche bâtarde des duc de Philippopoli ; le comte de Saint- comtes de Champagne. Il leva des trou- Pol , prince de Démotica; un Grec, pes en Bourgogne, s'embarqua à Venise, Léon Sgure , s'était rendu maître de et débarqua en Achaïe : bientôt Patras, Gorintbe et de Nauplie, où il était par- Andravida, Cyllène et Corinthe, qui , venu à se maintenir. Louis, comte de comme nous I avons dit, appartenaient Blois, fut investi , sous le titre de duc au seigneur grec Léon Sgure, se soude Nicée, de la souveraineté de la Bi- mirent <à lui , ainsi que toutes les villes thynie, dont cette ville était la capitale, de la contrée. Il fut rejoint par Geof* Les titres de la cour de Byzance , d'au- froi de Villehardouin, neveu au chronitres titres empruntés au cérémonial des queur, et, bientôt après , en employant cours d'Occident, furent de même par- à propos une politique habile, ils décitagés entre les principaux ehe& de ren- dirent les Grées de la Morée à se soutreprise. Le doge Dandolo fut revêtu mettre à eux. Six des principaux habide la dignité de cie5/w>te/ l'historien de tants du pays procédèrent immédiatela croisade, Geoffroi de Villehardouin, ment, avec un nombre égal de délégués maréchal de Champagne, fut nommé des Français, au partage du pays entre maréchal de la RanuaUe, et on lui fit les vain(|iieurs et les mdigènes. Ainsi un riche établissement sur les bords de fut fondée la principauté d'Achaïe, qui, TÈbre ; Thierri de Los fut fait grand postérieurement, prit le nom de Morée, sénéchal; Conon de Bethone, prota- H de licnielle dépendaient, à titre de vestiaire i Maeaire de Sainte -Mené- fieft, les duchés d'Athènes et de Thèbes, hould, grand éch an SI m; Miles de Brai- conquis par le Bourguignon Otton de han&^grand botUeUlier; enfin Manassès la Roche, et qui passèrent ensuite dans de iHe, grand queux de Tempereur. la maison de Brieoue. Quelques années
■MPIEB (latin) FRANCE. SMHAl (laiiD) Si S
après , ChampUtCe liot dépouillé par farent débites après an eooAat opi-
GeofTroi de villehardouin , et le (ils de niâtre, et cette victoire rendit les France dernier fut reconnu comme prince çais maîtres de Pénamène, de Lopndc et légitime par les Vénitiens. de presoue toute la Bitbyuie lusqu'à Cependant, à peine la Morée étai^eUe Nicomécue; mais Prose résista a leurs entièrement con(]uise, au'il fallut la dé* efforts...
fendre contre Michel , despote d'Épire, « Peu de jours après le départ de
3ui vint y attaquer les Français avec Pierre de Bracheux , deux autres corç» es troupes nombreuses; malgré leur partirent de Constantinople. L'un avait infériorité numérique, les Français at- pour chef le prince Henri, frère de laquèrent leurs ennemis avec tant de '«mpereur, qui descendit dans rHellesvigueur, qu'ils les défirent complète- pont et s'empara d'Abydos. Il en fit meut, et firent un immense butin. Cette sa place d'armes, et reçut d utiles sevictoire fit tomber en leur pouvoir les cours des Arméniens dispersés en grand autres places du pays, et il ne resta aux nombre au\ environs de l'ancienne Grecs que le canton de Lacédémone. Troie, et mortels ennemis des Grecs. Les villes de Modon et de Coron furent L'autre corps d'armée passa le Bosphore ensuite remises aux Vénitiens, lorsqu'ils vis-à-vis de Constantinople, sous la se furent rendus maîtres de l'Ile de Cor- conduite de Macaire,de Sainte-Menefou ; cette cession leur aurait été faite, hould , accompagné de Mathieu de Vasuivant quelques auteurs , pour obéir lincourt et de Kobert de llonçoy. ils aux conditions du partage qui avait été marchèrent droit à Nicomédie, qu'ils fait après la conquête de Constantino- trouvèront abandonnée, et OÙ ib mirent pie. Suivant nn auteur grec, ce fut garnison (*). »
Guillaume de Villehardouin, troisième Henri, suivant le conseil des Arméprince d'Âchaîe, qui, à une époque de niens, traversa ensuite la Troade, et beaucoup postérieure , donna ces villes arriva en deux jours à Adram3rtle, qui aux Vénitiens, en payement des secours se rendit aussitôt. Peu de temps après,
au'ils lui avaient fournis pour repren- Théodore Lascaris parut devant la place
re Corinthe, Argos, IVauplie et Mo- avec une nouvelle armée; mais, attaqué
nembasie. par les Français , il fut encore vaincu ,
Les armes des Latins n'avaient "pas et sa défaite entraîna la soumission de
été moins heureuses du côté de 10- tout le pays. Les Français se trouvèrent
rient. « Louis, comte de Blois, qui ainsi maîtres des côtes du Bosphore,
avait été investi du domaine de Bithy- de la Propontide, de THellespont, et de
nie sous le titre de duc de ISicée, lit toute l'Asie Mineure jusqu'à l'ancienne
partir, vers la Toussaint, Pierre de Éolide. Malheureusement, les vain-
Bracheux et Payen d'Orléans, avec cent queurs furent raupelés en Europe par
chevaliers , qui, s*étant rendus à Galli- un ordre de Baudouin, que menaçaient
poli , passèrent l'HelIespont, et prirent les Bulgares.
port à Pèges, ville maritime, possédée D'un autre côté, l'exemple de quelpar les Latins dès le temps des einpe- ques princes grecs qui étaient parvenus reurs grses. Us fortifièrent le château i fonder des États indépendants à Nide PaTorme sur la Propontide , et , cée, à Trébisonde et dans l'Épire, avait après y avoir mis garnison, ils entrèrent ranimé le courage des Grecs. Les prinplus avant dans le pays. cipaux citoyens oe Constantinople, aban- « Cependant Théodore Lascaris, prin- donnant la capitale , étaient allés cherce grec de Nicée, avec oe qu'il avait de cher un asile auprès d'eux ; un seul Grecs rassemblés de toutes parts, et les patricien était demeuré fidèle aux Fransecours du sultan d'Icône, se mit en cais. Une vaste conjuriitioii se forma campagne pour arrêter leurs progrès, aans les diverses provinces de r£mpire, Les deux armées se rencontrèrent le 6 ^, fiivorisée par Joannice, roi des Buldécembre, dans une plaine au-dessous gûes, die éclata aussitdtque le comte de Pénamène , sur les confins de la
Mysie et de la Bithynie. Les troupes Ç) Lebem, Histoire du Bas-Empire, ret»% d«^1)éodore, quoique plus nombreuses, par Soint-Mwlin , t. XVII , p. ao5 et aoiv.
T. VU. sr JJvraison, (Dict. bnctcl. , etc.) M
L^UNIVERS
Etamî M ramené une partie cfe ses
troupes en Europe. Dans la plupart des •villes et des villan;es de la Thrace, les Latins furent surpris sans défense, et impitoyablement massaerés. Les garnisons furent chassées de la plupart des villes qu'elles occupaient, et obligées de faire leur retraite sur la capitale.
Baiidovfn et ViHebardouta avaient rassemblé à la hâte quelques troupes , et s'étaient dirigés sur Andrinople , qui s'était aussi révoltée; Joannice accourut au secours 4e cette ville. Une imprudence du comte de Blois amena , le 15 avril 1205, une sanglante bataille, où l'empereur, qui n'avait encore reni aucun secours de l'Asie, fut vaincu ét fait prisonnier. L'armée ne fut sauvée aue
Sar la valeur et l'habiJeté da maréraa^ e Champagne.
« A son arrivée en Europe, dit Tbistorien de la décadence de rempire ro-
main, le comte Henri prit, au nom de son frère, le gouvernement d'un empire encore dans l'enfance , et déjà dans la eadocité. Les Bulgares se retirèrent dtt^ fant les chaleurs de l'été; mais, au mo« ment (lu dançjer, 7,000 Latins, infidèles à leur serment et à leurs compatriotes, désertèrent de la capitale , et de faibles » succès ne purent compenser la perte de 120 chevaliers, qui périrent dans la plaine de Rusium. Il ne restait plus à l'empereur que Constantinople et deux OU trois forteresses sur les côtes d'Europe et d'Asie. Le roi des Rtilirares, nomellement converti au catholicisme, éluda respectueusement les instances du pape, qui le conjurait de rendre aux Latins la paix et leur empereur. Ce dernier termina (1206) dans la prison sa vie et ses malheurs. (Voy. Baudouin.) L'ignorance et la crédaliw ont fiiit, sur le genre de sa mort, des versions différentes Vingt ans après, dans une
forêt des Pays-Bas, un ermite déclara ou'il était le comte Baudouin, empereur de Constantinople , et légitime souve> rain de la Flandre; il raconta les circonstances extraordinaires de sa fuite, ses aventures et sa pénitence chez un peuple également disposé à la révolte et a la crédulité. Toute la Flandre, séduite, reconnut son ancien souverain; mais la cour de France démasqua l'imposteur, fl Mh tt aiibii une mort ignominieuse.
Cependant Im flranads se Kvrèreat
longtemps encore à une illusion qui leur plaisait sans doute, et de graves historiens accusèrent la comtesse Jeanne d'avoir saerifié la vie de son malheureux père au aenttffient barbare de l'ambition (*). »
Les Latins furent aussi pendant longtemps dans rinenrtitode sur le sort de Baudouin; ce fut seulement en 1206 que Henri consentit à être couronné comme son successeur. Il se trouva bientôt presque seul diargé de la é& fense de rEmpire.Le marquis de Montferrat fut tue dans un combat contre les Rulpares ; la plupart des seigneurs qui avaient pris part à la croisade moi»* mrent ou se retirèrent sueeessivement.
Cependant la mort de Joannice, assas- *8iné au siège de Thessalonique , et les grandes qualités de Henri , finirent par relever lea aflbiresde TEmpire. Après
f)lusieurs victoires sur les ÎBulgares et es princes d'Épire et de Nicée, il conclut avec eux un traité de paix honorable qui , moyennant l'abandon de quel- 4|ues' limites incertaines, Ibi assura nn repos qui ne fut troublé que par des querelles religieuses. Ce fut a cette époque que Henri publia un édit pour défendre abus qui menaçait hSmpim d'une ruine prochaine ; nous voulons parler de l'aliénation des fiefs. Un gratid nombre de seigneurs latins , empressés de retourner en Europe, abandonnaient leurs terres à l'Église, qui les pavait en argent comptant ou avec des indulgences. Les terres une fois tombées au pouvoir du clergé , étaient immédiater ment déchargées du service militaire, de sorte que, ces aliénations se multi-
6 liant, une colonie de soldats seraili ientdt devenue une eommnnaaté de prêtres. .
Henri mourut en 1216 <à Thessalonique, où il était allé défendre contr^ Théodore Lascaris le royaume et le fila encore enfant de Boniface. La mort dea deux premiers empereurs de Constantinople avait éteint la ligne masculine des comtes de Flandre. On choisit ,
Smr succéder à Henri,. André, roi d« ongrie y qui avait épousé la flUe d*Yo-
Gibbon , Histoire de la décadence d€ femjHre romain, cbap. $t*
lande . soeur des deux empereurs. Mais André refusa, et Ton élut à sa place Pierre de Courtenai, comte d'Auxerre, petit-fils du roi de France, Louis le Qros, et mari dTolande. Courtenai partit aussitôt d*Auxerre, et , pour subvenir aux frais de son voyage , il fut contraint de vendre ou d'engager la plus grande partie de son patrimoine. Cependant, avec faîde de Phitippe-Augttste, il réunit 140 chevaliers, 5,000 sergents, et parvint jusqu'à Rome, où, après quelque hésitation , le pape Honorius III consentit à le couronner, mais seulement hors de Tenoeinte de la ville (le 9 avril 1217), afin que Pierre ne pût se prévaloir de son couronnement dans l'ancienne capitale de Tempire d'Occident, pour élever un jour des prétentions sur cet empire. Les Vénitiens s'étaient engagés à transporter Pierre avec ses troupes au delà de l'Adriatique, à condition qu'il les aiderait à reprendre Durazzo, alors au pouvoir de Théodore l'Ange Comnène, despote del'Épire. Après avoir acquitté sa promesse par un assaut inutile contre cette ville, Pierre leva le siège, et voulut essayer de se rendre par terre à Constantinopie ; mais il s'égara dans les montagnes de rÉpire, et tomba dans une embuscade que loi avait dressée Théodore l'Ange, avec lequel il était entré en négociation. Son armée fut entièrement détruite , et lui-même périt dans un cachot au mois de janvier 1318. Sa femme , qui s'était embarquée avec sa famille sur un vaisseau vénitien , était arrivée à Constantioople.
L'ifieertitudo oà Ton fut longtemps sur le sort dt l'empereur fit différer l'élection de son successeur. On offrit la couronne à son fils ainé, Philippe de Gmrtenai, marquis de Namur ; mais il refusa, et l'on élut son frère , Robert de Courtenai. Ces deux princes étaient restés en Europe. Robert partit immédiatement pour Constantiuople ; mais instruit par4'expérienee de son père, il prit la route de terre , traversa l'Allemagne et suivit le cours du Danube.
Son beau-frère, le roi de Hongrie, lui m €«vrit partout le passage; U arriva heureusement à Constantinople, et Û y fet couronné le 25 mars 1221.
.Pendant l'interrègne , l'Empire avait
été successivement couverné par deux régents : Conon de Béthune , sénéchal de Romanie, et Marin Michel. Le règne de Robert fut désastreux ; l'Empire, que l'on appelait alors la nouvelle France, céda de. toutes parts aux efforts réunis des Grecs de TÊpire et de IVicée. Après une victoire qui fut le fruit de la perfidie plutôt que de la valeur , Théodore l'Ange entra dans le royaume dê Tbessalonique, en expulsa Oémétrius, filsde Bonifiu e , et prit le titre d'empereur d'Orient. De son côté, Jean Vatace, gendre et successeur de Théodore Lasearis, envahit, avec l'aide de Français qu'il avait pris à sa solde , le reste* de la province d'Asie, et battit Robert à la journée de Pimarin, où périrent les derniers des compagnons de Baudouin.
Knfin Robert, abreuvé d'btiniiliatinns par ses sujets aussi bien (|ue par ses ennemis, et réduit au territoire de Constantinople, fut obligé d'accepter une paix honteuse. Il mourut en 1228.
Bniidniiin II , dernier fils de Pierre de Courtenai , n'avait ^ue on/e ans. On donna la dignité impériale au roi de Jérusalem, Jean de Brienne, pour toute la durée de sa vie, mais à condition qu'il donnerait sa lille a Baudouin, et qu'il l'associerait à l'empire aussitôt
au'il aurait atteint sa majorité. Le choix e ce prince releva le rouraççe des seigneurs latins ; mais il resta lon<;temps dans une honteuse inaction , et il n'en sortit en 1388 que pour frire une expédition à peu près infructueuse en Asie. L'année suivante, une ligue formidable se forma contre lui , entre Vatace , empereur de Nicée , et Azan , roi des Bulgares. Ces deux princes vinrent assiéjîer Constantinople avec une armée de 100,000 hommes et une (lotte de 300 vaisseaux de guerre. Toutes les forces de l'empereur se composaient de 160 chevaliers , et de leur suite de sergents et d'nrcliers. n Le héros franc, dit Gibbon , lit une sortie à la téte de sa cava- Iwie; et, de quatante^huit escadrons ennemis , trois seulement échappèrent à son invincible épée. Lnflatnnies piir son exemple, l'infanterie et les citoyens s'élaaoèrenlsvr les vaisseaux qui étaient à- Taneie au pied des murs , et en emmenèrent vingt-cinq en triomybe dansle port de Constantinople. »
3S6: BHPIBS (laUo) . L*UNIVERS. , BHPWB (latin)
L*empereur ordonna cnsoite une le* la fidélité avec laquelle jdlet juraient
vée en masse de tous ses vassaux et al- d'observer les conditions qu'elles Te-
liés, et remporta l'année suivante une naieiit fl'éta!)lir.
seconde victoire non moins éclatante. On se lerait difficilement une idée de
Ces hauts faits eurent un grand reten- TéUt de détresse où l'Empire était ré-
tissement dans tout l'Occident. Les duit; c'est alors que Von vit le suoces-
poètes comparèrent Jean de Rrienne à seur de Constantm démolir une partie Hector, à Roland et à Judas Machabée. des bâtiments de son palais pour en ti- Les vers suivants, empruntés à un poëte rer du bois de chauffage , et s'emparer contemporain, Philippe de Mouskes, des plombs qui couvraient les églises évr pie (le Tournay, peuvent donner afin de fournir à la dépense de sa maiune idée de l'enthousiasme que le récit son. Des marchands d'Italie lui firent de ses exploits avait excité : quelques prêts à grosse usure , et son ii'ime,Betor.Roii.mORi«rt, ul» Philippe fut obU^é pendant qucl- Vt> Judas Machabfus li fiers ques mois dc rcstcr 3 Vcnisc comme
Tant nr fil d'armes en «tors ggge (J'upp (Jp^te flUe SOU pèrC avait COtt-
Com fisl h rois Jchans cbI JOW P.il.» ' i -ii / - f i
Ht .1 dciort et il dedans. tTactce duns t'ette Ville. Ce fut sur ces Là paru sd force ei SCS <«M cotrefaites qu'îl vcndlt à saint Louis Et il bardi,ne„t qu'il avoit. (J238) Kl cétcbrc courcnnc d'épines et isralheureusenient , l'Empire perdit d'autres reliques pour lesquelles le pieux bientùt son dernier défenseur ; Jean de monarque Ut bâtir à Paris la Sainte- Brienne mourut en 1 337, âgé de 89 ans. Chapelle. (Voyez Rbliqubs.) Baudouin 11 était allé en Occidpnl de- Dix ans après , il envoya sa femme mander des secours ; iltitdans le même Marie dans i'ile de Chypre, où saint but plusieurs voyages, et passa la plus Louis attendait avec son armée le mogrande partie des vingt-quatre années nœnt de s'embarquer pour l'Égypte. qui composèrent son règne, à végéter L'impératrice Tenait solliciter pour son dans les cours étrangères. Après un mari des secours qui lui étaient plus lonç séjour en Angleterre, où on lui que Jamais nécessaires. Joinville alla la avait fait présent de sept marcs ffetr- recevoir h Paphos, où elle avait débaraetU, il continua sa quête fiar toute qué , pour la conduire à Nicosie. « Elle l'Europe, çt parvint à se procurer une n'avoit, dit-il, que la chappe dont elle opuleuce momentanée, en vendant le étoit vêtue, et un surcot à changer. » marquisat et la seigneurie de Nainur, Joinville lui fit présent d'une robe ; le seule partie qui lui restât de ses États roi la reçut très-honorablement ; plus héréditaires. Avec l'argent qu'il retira de deux cents chevaliers s'engagèrent de cette vente, il leva et conduisit en par serment à aller, au retour delà croi- Romanie une armée de dO,OOOhommes, sade, servir l'empereur à Constantinoavec laquelle il parvint à soumettre à pie, si le roi voulait les défrayer ; ce fut son autorité les environs de sa capi- là toute l'aide que Marie put obtenir, taie jusqu'à la distance de trois jour- Louis IX ne se trouva plus , après la nées de marche. Mais ses proaigali- croisade, en état de secourir lempetés eurent bientôt dissipé les trésors reur, qui se vit bientôt dépouillé de toriqu'il avait apportés d'Occident, et il tes ses possessions. Vatace, après avoir se trouva réduit à conclure avec les chassé les Bulgares, et s'être emparé Turcs et les Bulgares une alliance bon- du royaume de Thessalonique , régna teuse, qu'il scelui en donnant sa nièce sans obstacle depuis les frontières de la en mariage au sultan d'Iconium. Les Turquie jusqu'au golfe Adriatique. Cecérémonies employées pour la conclu- pendant la mort de ce prince , le règne sion du traité furent empruntées à la orageux de son fils Théodore, et la mireligion des ennemis , et révoltèrent norité de Jean son ^tt-fils , suspenditous les chrétiens : on immola un chien rent quelque temps encore la chute de entre les deux armées, et les parties Baudouin. Mais I avènement de Tusurcontractantes se donnèrent réciproque- Dateur Michel Paléologue fut le signai ment une goutte de sang , qu'eues por> de sa ruine. En vain Baudouin envoyatèrenl à kwir bouche comme un gage de t-ll une ambassade 2t ce prince, œtle
BHPIK* (litin) FRANCE. BSiPimB (htio) W
ambassade ne fut accueillie que par des plaisanteries insultantes. Bientôt il perdit dans Viilehardouin , prince d'Achnïe, son vassal le plus puissant; et les rivaux des Vénitiens, les Génois, ofirireot le secours de leur marine à Michel Paléologue. Celui-ci crut que le moment était venu de donner le dernier coup à la puissance des Latins , et de s*eniparer de Constantinople. Après avoir ehassé les Francs de leurs der* nières possessions , il vint Ips assiéger dans leur capitale , et donner l'assaut au faubourg de Galata. Mais un baron avec lequel il entretenait une correspondance, et qui devait lui ouvrir les portes de la ville, ne le put pas, ou ne le voulut plus, et le prince grec fut obligé de se retirer.
]\Iais au printemps snivnnt ) , les plus braves d'entre les chevaliers francs étant partis avec trente galères pour aller, sous la conduite d*un jeune Vénitien , attaquer la ville de Daphnusia , située sur les bords de la mer ivoire, à (juarante lieues de Constantinople , Michel se hflta de profiter de leur absence, et fit transporter secrètement au delà de THellespont une petite armée de 800 chevaux et de quelques ibntassins. Un général habile, Alexis Stratcgopolas, commandait Texpédition.
« Un Grec avait promis d'introduire une partie de ses compatriotes, par un souterrain, jusque dans sa maison, d'où ils pourraient passer dans la ville et rompre en dedans la porte Dorée, qu'on n'ouvrait plus depuis longtemps , et Alexis devait être maître de Byzance avant que les Latins fussent avertis du danger. En passant le seuil de la porte Dorée, Alexis eut peur un moment de son imprudence; mais les paysans qui raccompagnaient le foreèrent d'avan* cer. Tandis qu'il tenait ses troupes régulières en ordre de bataille, ses troupes auxiliaires , composées de Comans , se dispersèrent de tous cdtés. On sonna Talarme, et la peur du pillage et de l'incendie détermina les habitants à seconder la révolution. Les Grecs voulaient être délivrés d*une domination étranère ; les marchands génois voyaient ans le prince grec l'allié de leur république , et rpî^ardaient remjiereur latin comme celui des Vénitiens leurs rivaux.
Tous les quartiers prirent les armes , et Tair retentit en un instant de cette
acclamation : fictoire et longue vie à Michel et a Jean , les augustes empereurs des Romains l Baudouin, réveillé
Rr ces cris, ne songea point à tirer pée pour défendre une ville qu^'l allait quitter avec plus de plaisii* peutêtre que de regret. Il courut au rivage, et -aperçut heureusement la flotte qui revenait de la folle ex[)édition entreprise contre Daphnusia. Constantinople était irrévocablement perdue ; l'empereur latin et les principales familles s'embarcpierent sur les galères de Venise , et cinglèrent vers l'île d'Eubée , d'où l'auguste fugitif fut conduit en Italie. Le pape l'y reçut avec un mélange de ifiépris et de compassion (*). » Baudouin passa les treize dernières années de sa vie à solliciter les princes catholiques de se réunir pour le replacer sur son trdne. Ce rdie loi était familier , on le lui avait fait jouer durant son enfance , il le recommença dans sa vieillesse. A sa mort, il laissa son titre ' d'empereur de Constantinople à son fils Philippe , dont la fille l'apporta comme dot à Cii.irles de Valois, frère de Philippe le Bel, roi de France. Des alliances firent ensuite passer successivement ces prétentions dans différentes maisons. L'empereur titulaire <le Constantinople était, en t362, Jacques de JJaux, duc d'Andria dans le royaume de tapies. Ce seigneur était fils de Marguerite, dont la mère, Catherine de Valois, était petite-lille de Philippe, fils de Baudouin II. Enfin ce titre , trop fastueux pour un particulier, finit par tomber dans l'oubli.
La plupart des fiefs de l'empire latin avaient disparu avant la ruine de cet empire. Cependant la principauté d'Achaie ou de Morée subsista encore jusqu'à la fin du quatorzième siècle. (Voy. MoBEE.) Quant à la grand' sirerie ôu duché d'ATOènes , elle avait été, ainsi que nous l'avons dit , portée de la mal* son de la Roche dans celle de Brienne, par Hélène ou Isabelle de la Roche, qui avait épousé Hugues de Brienne, Uls de Gauthier IV, comte de Brienne et de
{*) r.ibboD, Histoire de ta décadence de
l'empire rommru
358 BHPOiaOKnUUNT L'UNIVË&S. SlUPftiaK
JafËi. Gaatbier • fils de Hugues, étant reot eondamaés , les uns à être brûlés en guerre avec 1 empereur Andronic II vifs, les autres à être rompus et jetés et tous ses voisins , prit à son service ensuite dans un bûcher. Aujourd'hui , les terribles aventuriers coanus sous le le crime d'empoisonnement est absiatilé nom de Catalans, Mais comine il ne put à éeloi de meurtre volontaire , ^ U eal leur payer la solde qu'il leur avait pro- puni de la mdnie peine. (Voyez à Tartimise, ils se révoltèrent, le délirent en cle Chambres judiciaires, le parais 12 dans une bataille où il perdit la graphe consacré aux chambres arvie , et s'emparèrent de sa principauté, aenles. )
que plus tard ils codèrent aux rois de Empobium ( monnaie dM*^Hnipo*
Sicile de la maison d'Aragon. Le fils de rium , aujourd'hui Ampurias , appar-
Gauthier , appelé aussi Gautliicr de tient à l Espagne; nous n'entrepren-
Brienne, resta cependant eu possession drons donc point ici de décrire ses
d'Argos et de Nauplie, que sa petite* monnaies; mais nous devons dire que
lille Marie, femme du Vénitien Pierre l'on doit à son atelier monétaire l'un
Cornaro, vendit en 1388 à la républi- des plus curieux monuments de Toccu-
que pour une somme de 20,000 écus pation momentanée du nord de 1 Kspa-
oomptants et une rente viagère de 700 gne par les Francs au huitième siècle,
écus d*or. C'est un magnifique denier de Louis le
Ainsi fut brisé l'un des anneaux de Débonnaire, qui présente d'un côté,
la chaîne dans laquelle la France de dans le champ » le mot ihpobi ir m en
cette époque semblait vouloir empri- deux lignes, et de l'autre la légende
sonner le monde. La France avait , au hlydoyvicus imp autour d*une croix,
douzième siècle, créé le royaume de Jé- Emprise. — Ce mot, qui appartient
rusalem avec ses nombreuses principau- à la langue du moyen âge, désignait
tés. Au siècle suivant, tandis que les au- une entreprise guerrière, un vœu de
très États de TEurope étaient déchirés galanterie fait par un chevalier,
par des luttes intestines, elle avait fondé L'aventurier Robert Knolles s'étant,
un empire dans l'ancienne capitale de en 1370, retiré de devant les faubourgs
Constantin. Deux formidables croisades de Paris, un ciievalier anglais vint
et le frère de son roi , Charles d'Ânjou, heurter de sa lance les barrières de la
avaient été conquérir le royaume des porte Saint-Jaeques pour accomplir un
Deux-Siciles. Du reste, l'influence fran- vœu qu'il avait rait ; tel était le respect
çaise subsista longtemps dans la Grèce, des adeptes de la chevalerie pour les
et aujourd'hui encore elle y est plus lois de Temprise , que les seigneurs
puissante que jamais. On trouve dans français qui gardaient la porte applau-
le grec moderne des traces de notre dirent à cette bravade : « Allez-vous-en,
prirent
Un auteur espagnol , Raymond Monta- l'insulte faite à leurs murailles. Un nero, rapporte que de son temps, c'est- vaillant boucher attendit l'Anglais lorsà-dire en 1300, on parlait français dans qu'il eut tourné bride, se jeta sur lui, la iMorée, dans la Grèce et à Xthènes, et, de deux grands coups de hache, aussi bien qu'à Paris. l'abattit de son cheval. Trois autres Empoisûmnement. — Dans notre compagnons accoururent et l'achevèancienne législation , la peine de Tem- rent. Les clievaliers qui gardaient la poisonnement était toujours la mort; porte le firent enterrer honorablement seulement on laissait au juge la faculté en terre sainte (*). d'augmenter ou de diminuer les rigueurs On sait que les servants d'amour se du supplice j suivant les circonstances montraient souvent prêts à sacrifier ' du crime. Amsi, par un arrêt du 16 juil- leur vie pour satisfiiire te moindre désir let 1676« la marquise de Brinvilliers fut de leur dame, quelque extravagante que seulement condamnée à être décapitée , filt Tentreprise exigée par elle 9 et qU0» tandis que d'autres empoisonneurs ,
dont le plus célèbre était Desrues , fu- (*) Yoy. Froiiiwrt , part n , ditp. 3i<. .
SmtVlIT FRANCE. BMPRimT
dans de simples jeux ou dans des actes flans btit, in portaient jusau*à Ponbli des convenances et à lafolie, rexaltation électrique de l'amour ou du désir de la gloire.Ondoit à Sainte-Palaye la traduction d'une ancienne pièce de vers français de Jacoiies de Basin, intitulée : bes trois c fi cva fiers et de la camise , qui montre à quel excès étaient portées l'exience des dames et Taveugle bravoure e leurs champions. On y voit un ba»
chelier , au refus dn deux nutres prpux, se (létenniner à combattre dans un tournoi, protégé seulement, eu guise de eairasse, par une ehemise cjue lui avait envoyée la dame qui présidait à la joute. Vîiitiqueur, mais couvert de blessures, le jeune homme conjure la dame de recevoir la chemise déchiquetée et sanglante qu*il lui renvoie, et de lu
ftorter dans un festin pour Tamour de ui. La dafiie se revêt sans hésiter de ce trophée en présence de son mori , couvert de confusion, mais qui, dii le poëme, ne faisait pas semblant de s'apercevoir de ce qui se passait.
On appelait aussi emprise le signe extérieur que le chevalier portait au cou, au brns ou à la jambe, comme gage de son vœu. C'était ordinairement un anneau ou une petite chaîne de 1er, dont on ne pouvait être débarrassé qu'après avoir exécuté le fait d'armes auquel Ton s'était engagé, ou après en avoir obtenu la permission de la per* sonne même qui avait été Tobjet du vœu. Un engai^ement pareil était aussi exprimé quelquefois par des emblèmes reôréseutés sur l'écu. Monstrelet et Onvier de la Marche nous apprennent comment un chevalier, en faisant une
f)asse d'armes contre un autre, levait * emprise, c'est-à-dire, dégageait de son vœu et débarrassait de sa chaîne , de son anneau , celui dont l'engagement ne pouvait cesser que par un combat.
Notre langue a retenu cette locution, attacher CemprisCy pour dire : manifester un engagement par une marque ex* térieure.
Empri;i>»t, moyen imaginé par les gouvernements, comme par les particuliers, pour se créer des ressources ei*' traord inaires dans les temps difficiles. Il faut faire cependant cette différenee entre les deux sortes d'emprunts, que
celui qui est contracté par de simples indîvlaiifl soppoee londoofs le remboursèment de la somme empruntée dans un terme plus ou moins rapproché; tandis que l'État qui emprunte se réserve très -souvent la faculté de ne pas rendre les capitaux qu'il a re^; soit que les gouvernements promettent le remboursrmpnt par la voie du sort, sous la lorme de lots; soit cju'ils payent, chaque année, avec les mtéréts', une portion du capital; soit, enfin , qu'ils donnent un intérêt plus fort que l'intérât courant, a condition que le capital et la rente seront éteints itprés la mort du prêteur.
L'emprunt public diffère aussi de l'emprunt particulier, sous ce rapport qu'il a pour garantie non pas une signature individuelle, mais l'engagement de cet être moral , que nous appelons l'État, et qui représente l'ensemble des citoyens formant une nation.
Les emprunts sont presque toujours le résultat de la prodigalité ou de l'imprévoyance des gouvernements; ceux-ci empruntant moins pour satisfaire à des besoins réels , que pour subvenir à des besoins factices. Envisagée sous ce point de vUe, l'introduction des emprunts , qui , comme nous l'avons dit ailleur8(voyfK l'articleCnéDimiBLic), date du règne de François P', a été peut-être plus funeste qu'utile à la France. Les déficit ont amené les emprunts , et les emprunts aocumulés ont produit la dette publique, cette charge énorme qui , après avoir écrasé nos pères, pèse encore aujourd'hui sur notre existence et sur l'avenir de nos enfants; cette charge oui est devenue si lourde, si insupportable, que, depuis le dixseptième siècle , on a cherché vingt fois à l'alléger au moyeu d'une banqueroute, tantdt déguisée, tantdt ouverte. Nous ne pouvons donc admettre, comme le
f)rétendent quelques économistes , que • e système des emprunts publics, tel qu'il est pratiqué de notre temps, contribue au bonheur et h la prospérité des États; car, s'il est vrai que ce système crée une immense circulation et donne de l'emploi aux capitaux timorés, il est aussi incontestable q il détourne les ressources particulières des travaux productili» de l'industrie, et qu'il entretient
860 SMFEVKT L*UliIY£R& EHPBOirr
cet esprit d'agiotage qui a toujours occasionné la ruine de tant de ûmiUes.
L'emprunt publie, à le bien prendre, est un moyen qui a pour but de mettre le produit des contributions de l'avenir, par one espèce d'escompte antiapé,à la disposition immédiate des f^ouvernements. Comme il a l'avantage de procurer de grandes ressources, sans «youter aux Marges présentes , et d'ajourner à d'autres temps la solution des complications financières, il n'a rien qui effraye les esprits, ni qui paraisse menacer les intérêts. ]>e la , la /acuité que les ministres dirigeants, chez nous comme dans le reste de l'Europe , ont toujours eue de faire un emploi fréquent et presque illimité de ces ruineux expédients. Les contribuables les laissent faire, chaque génération acceptant à son tour les bénéfices de l'emprunt , sans trop s'inquiéter des embarras qui en résulteront pour la génération suivante. Aussi ce moyen commode de remplir les coffres ae l'État a-t-il été employé par les gouvernements toutes les fois qu'ils ont «i besoin de ressources extraordinaires pour mettre à exécution leurs bons comme leurs mauvais desseins.
Sans doute, l'emprunt a servi souvent à défendre les véritables intérêts des pays menacés par les armes des puissances étrangères ; sans doute , on l'a appliqué à l'exécution de travaux publics d'une haute utilité et d'un grand intérêt national. Mais il ne faut pas oublier qu'il a été aussi l'auxiliaire complaisant des plus mauvaises passions et des plus ftinestes combinaisons politiques. Voyez , par exemple , les plus sages comme les plus prodigues des rois de France, Louis XII comme François P% aliéner les terres du domaine et les revenus dé l'État, pour obtenir des traitants les moyens d'envahir l'Italie ou de subvenir à l'entretien d'un luxe ruineux ( ! 498> 1 547) ; voyez Henri II et tous ses enfnnts, Louis XIII et ses favoris, LouisXI V, le ré^çent et Louis XV, puiser continuellement dans l'emprunt les sommes immenses qui leur sont nécessaires pour satisfaire leurs godts pour la guerre , pour le faste et pour la débauche (1611-1774); voyez, plus récemment, la restauration trouver dans
cette mine inépuisable des ressources financières pour aoquitter ta dette prodigieuse contractée par elle envers les alliés, pour donner à l'émigration le.
milliard d'indemnité, et pour aller détruire le gouvernement constitutionnel en Espanne. Le système des emprunts publics a eu aussi le grand inconvénient, sous l'ancienne monarchie, de contribuer beaucoup à affranchir la royauté de toute dépendance politique à l'yard du pays. Du moment où les rois ont eu la faculté de se procurer des avances de fonds lus ou moins considérables, au moyen 'une simple ordonnance et d'un simple engagement, ils ont pu se dispenser presque entièrement de convoquer les états généraux, et de leur demander le vote régulier des impôts,' ou l'octroi des subsides extraordinaires.
Le taux de l'emprunt est aujourd'hui comme la mesure de la conûance qu'inspirent aux capitalistes la situation financière et l'administration politique d'un État. Nous avons fait observer ailleurs
aue» Jusque dans le dix -septième et le ix-nuitfème siècle, le gouvernement français a payé , ou plutôt a acheté l'argent à un prix exorbitant (article Crédit PUBLIC). Le grand Colbert, sous ce rapport , n'a guère été plus favorisé ni plus heureux que l'abbé Terray : mais c'est surtout dans les temps difficiles et aux époques calamiteuses que nos ministres des finances ont subi des conditions usuraires. Sous Louis XIV et sous Louis XV, le tnux de l'argent, fourni par les fermiers et par les banquiers, a varié de là a 26, et de ^r» à 50 pour cent. La révolution , en donnant des bases nouvelles à notre système financier, en établissant l'ordre dans l'administration, en réglant avec une grande économie remploi de la fortune nationale , et en reconstituant le crédit public , mit heureusement un terme à ces déplorables transactions. Depuis, rÉtat, si longtemps rançonné, put se procurer de l^cgent à des conaitions presque aussi modérées et aussi avan« tageuses que le commerce : des emprunts furent contractés à 3, à 4, a 4 4 et à 5 pour cent , du moins nominalement. Cependant le taux moyen des intérêts payés par le trésor, sur les sommes qui lui étaient versées , a tou-
ËMPKUNT FRANGE^ EMPRUNT 861
jours été , pendant les huit premières années de la restauration , de plus de 7 pour cent.
Ce qu'il y a de plus ruineux dans le mode actuel des emprunts, c'est qu'ils sont ordinairement faits au-dessous du pair. Ainsi , le gouvernement donne un certiâcat d'emprunt de 100 francs, poar lequel il prend l'engagement de payer 3 ou 4 pour cent, quoique, en réalité, il n'ait reçu que ôO, 60 ou 76 francs, selon le degré de confiance qn*il a so inspirer .nu préteur. En 1816, le trésor royal fit un emprunt de 5 pour cent,
8ui représentait un capital de 120 mitons de francs, et il ne reçut dans ses coffres que 69,703,000 fr. D*aprèB ce versement effectif, le gouvernement n'avait touché que SS fr. 13 c: et le tam de Tîntérêt la! revenait réellement à 8 Ir. 60 c. Il n'y a eu , nous croyons, qu*une seule circonstance , depuis cinquante ans, où l'État ait reçu un capital supérieur h celui dont il se reconnaissait débiteur; le 13 janvier 1880, le ministre des finances négocia un emprunt de 3,234,950 fr. de rentes, au taux de 4 pour cent , et pour lequel il toucha 109 fr. 07 C.
Presque toutes; les nutres transactions de ce i^enre, appartenant à l'histoire contemporaine , ont coûté beaucoup au pays. On a calculé que, depuis 1816 jusqu'à 1823 Je capital nominal des emprunts contractés par la restauration s'est élevé à 1,998,787,720 fr.; tandis que le àpital effectif, Tersé dans le trésor, n*a été que de 1,420,760,731 fr. , ce qui constitue une perte ou une différence en moins de 578,026,999 fr. Voici, du reste , quels ont été les résultats des principaux emprunts faits par le gouvernement français de 1816 à 1832. Kn 1816, G,OOC,000 de rentes ont donné, pour 100 francs de capital , 57 fr. 26 c. ; en 1817, 80,000,000, 57 fr. 51 c. ; en
1818, 14,925,000 fr., OG fr. 50 c. ; en
1819, 12,313,433 fr. , 67 fr. Oc; en 1821 , 12,514,220 fr. , 85 fr. 55 c. ; en 1833 , 38,114,616 fr. , 89 fir. 55 C. ; €0 1831 , 7,142,858 fr. , 84 fr. 0 c. ; et, en 1832, 7,614,218 fr. , 98 fr. 50 c. Il est indispensable d'ajouter que l'émission de toutes ces ventes avait été faite à 5 pour cent.
ËMPBDNT FOBGB.— ÀTanoe «itraor*'
dinaire de fonds demandée par un gouvernement et imposée violemment à tous les citoyens d'un pays ou d*une ville.
Quoique cette espèce de contribution porte le nom d'emprunt et suppose la restitution de la somme prélevée , elle se traduit presque toujours en perte dé- ' finitive pour les contribuables, le pouvoir , quel qu'il soit , montrant encore moins d'empressement à s'acquitter envers ses créanciers forcés, qu'il n'en met à payer ses créanciers volontaires (*). T/origine de l'emprunt forcé est très-ancienne; mais il en a été fait surtout un fréquent usage pendant les siècles de violence auxcmels on a donné le nom de moyen âçe. Philippe le Bel eut, en 1295,recours a un expédient de cette nature pour se procurer les moyens de soutenir la guerre qu'il foisait aux Anglais dans la Guienne : tous les dtoyens, tous les nobles , tous les corps publics furent contraints de lui venir en aide, hormis TUniversité, qui parvint à se faire exempter. Pendant la démence de Charles VI , le duc d'Orléans se servit de l'autorité qu'il avait usurpée, pour multiplier les emprunts forcés, et les imposer au royaume sous tous les prétextes et 8008 toutes lés formes (1404- 1410). '
L'année 1420 fut marquée par un emprunt forcé , prélevé au nom du roi d'Angleterre, Henri V, et sanctionné par une assemblée des députés des trois ordres , dévouée aux intérêts de ce prince. Cette fois, TUniversité eut beau invoquer ses privilèges, elle fut contrainte de payer comme tOUS les autres corps privilégiés.
Louis XI, ayant besoin d'argent pour obtenir du duc de Bourgogne ,' Philippe le Bon, la restitution des villes et p aces fortes de la Picardie, imagina, entre autres expédients , d'assujettir les titulaires d'omces à un emprunt forcé (1461* 1462). On voit, parles comptes des receveurs généraux, que, dans l'-innéc financière 1470-1471 , des exécutions
(*) Le duc de Boui|;ofi;ne exigea en i385 , des prélats et dei ridies nominetdtt royaume en sus dos itnpôls , un cnipnint conKiderable; cl il le rrnihoui'sa ainsi qu'il l'a%ait promis, «chose,» dit le religieux de Saint -Denis, liv. VI , ch. 9, « qui parut incrovable, tant dw était peu orduuurer »
oareUles eureot lieu contre le clergé du JJiBdiuiii tA eoDtre tous les gens d^é"
glise du Midi. La réduction de lo province de Bour^o^ne, après la mort de Charles le Téméraire, aeviut Toccaftioa d*une nouvelle taie exlraordinaûe ûa^ iwsée, dit rordoDiiaoce de Louis XI4 a par manière de prêt, sur les bourgeois, maoaDts et habitants des villes et cités de Paris « Senlis, Compiègne, Laon, Benuvais, Laogres, Chartres, Meaulx et autres villes par nous affranchies, et qui ne contribuent au payement de noz gens de guerre ne aux tailles ou corvées, qui pour nos affaires sont mises et assises. »
Après la perte de la bataille de Saint- Quentin , Henri il iit un appel au patriotisDie des états génératix, qui iul accordèrent un subside de trois niillions d'écus, dont les deux tiers furent ré-
Sartis à titre d'emprunt sur les hùtels e vUle du royaume. Enfin , en 1644 , sous le règoe de Louis XIII , on ooo« traignit tous les riclies et tous les notables, n'appartenant ni aux parlements ni à l'Université, de souscrire à un emprunt forcé de 8,300,000 livres, présenté sous In forme nouvelle d'ua placement en rentes sur rÉlal,
La Convention nationale, placée dans une position exœptionueUe et obligée de lutter contre l'Europe entière , qui niennçnit l'existence même de la France, privée par la désorganisation des services publics et par la révolte des provinces de rOuest et du Midi , de presaue toutes les ressources régulières de 1 ancienne monarchie , la Convention , à qui il n'était pas permis d'hésiter sur leehoit des moyens, usa résolûment et laidement des ressources de l'emprunt forcé. En 1793, sous le ministère de Destournelles , une loi ordonna de porter dans les caisses nationales les dépôts faits chez les notaires et chez les ofliciers publics. Un décret du 20 mai 1793, frappant d'un seul coup tous les riches, leur imposa un emprunt forcé d'un milliard; et une autre loi, en 1795, établit une contribution de guerre qui fut fixée au dixième de cet emprunt.
L'emprunt forcé, considéré comme ressource financière , a été apprécié par Tîapoléon avec une grande netteté et une rare justesse d'esprit. « La contri-
« butiou forcée et progressive , décrétée « le 90 mal 1793, dit-il dans ses Hé-
« moires, pesait sur toutes les proprié- « tés agricoles et commerciales , meu- « bles et itnmeuJi»les. Les citoyens de- « valent contribuer , en vertu d'une a cote délibérée par un jury et fondée : o 1" sur la quotité de l'imposition di- « recte ; 2" sur une base arbitraire.
« Toutcootribuableau-dessousdeSOOfr.
« n*était pas passible de cet emprunt; çt tout contribuable qui payait 500 fr. « était taxé aux quatre dixièmes ; celui « de 4,000 fr. et au-dessus, pour la tu- « talité de son orevenu. La deuxième a base était relative à l'opinion : les a parents d'émigrés , les nobles pou- « valent être taxes arbitrairement par « le jury (*). »
C^était là un moyen terrible, sans doute, de subvenir aux dépenses extraordinaires de l'État j mais, nous le répétons , la Convention n'avait pas la choix des ressources en matière dim* pot. Pour notre compte, ce que nous, trouvons à reprendre dans l'empruut force, c'est moins l'expédient politique, assez justifiable par l'épuisement oisns lequel se trouvait le trésor, que la conception linanciere. Cette combinaison eut les conséquences les plus funestes sur les afiaires de toute nature, a L'enregistrement cessa de produire, ajoute l'empereur Napoléon , car il n'y eut plus de transactions. Les domaines uatio- ■am cessèrent de se vendre, car la propriété fut décriée; les riches devinrent pauvres , sans que les pauvres devinssent riches ; et la loi, en tarissant toutes les ressources du crédit public, produisit un effet contraire à celui qu'en avaient attendu ses auteurs. Le ministre Gaudin ne voulut pas se coucher ni dormir une seule nuit cliargé du portefeuille des finances , sans avoir rédigé et proposé une loi pour rapporter le décret du 20 mai 17U3, qu'il remplaça par vingt-cin^ centimes additionnels aux contributHms directes ou indirectes , qui rentrèrent sans effort , et produisirent cinquante millions. Les sommes déjà versées à l'emprunt forcé furent reçues en à-compte sur les cen-
(*) Mémoires dictés aU géBétal 0 S WgMld» 1. 1, p. xo^ et xof .
ÉVAHBUC
FRANGE
times additionnels, ou liquidées sur le grand livre. »
Emprunts ( caisses des ). Voy. Crédit PI RLic, tom, VI, p. 221.
EMS-OCGIDEJiTAL ( dép. dc V ). — Cc
département, réuni à la Fronce en 1810,
avpc le suivant et les cinq autres départements formés dans le royaume de Hollande, avait pour bornes au nord , le mer; à l'est, les départements de rEms-Oriental et de l'Ems-Stipéricur ; au sud, celui des Bouclies-de-rYssel ; et à Touest, celui de la Frise. Son nom lui venait- de sa position par rapport au cours de la rivière , qui formait sa limite au nord-est; son chef-lieu était Groningue. 11 fait maintenant partie de la Hollande.
Ems-Obibntai. (dép. de 1'). — Réuni à la France, en 1810, avec les six antres déf)artenieiits formés dans le royaume de Hollande, ce département était borné au nord, au nord-est et au nord-ouest, parla mer; au sud-ouest, par le département de rEms-Occidenta! ; au sud , par celui de TEms-Supérieur ; et à l'est, par celui des Bouches-du-Weser; son chef-lieu était Aurich. Il fait mainte* nant partie de la Hollande.
ËMS-SuPBBiEUB (dép. de T).— Réuni, en 1810, avec les trois antres départements formés dans le Hanovre et la Westphalie, ce dé[)artP!riont avait pour bornes au sud , le département de la L) pe et le royaume de Westphalie ; à Test, le d^rtement des Houches-du- Weser;au nord, celui de l'Ems-Oriental ; et à Fouest, ceux de l'Ems-Occidental et des Bouches -de-rYssel. Son nom lui venait de la rivière de TEms , qui le traversait du sud au nord ; son chef-lieu était Osnahruck. Il fait main* tenant partie du Hanovre.
ÉiTAiiBUC (Vaodrosques Dlel d'), fondateur des colonies françaises aux Antilles , descendait d'une ancienne famille de Normandie. Comme il n en était que le cadet , et ne pouvait prétendra qu*àune minime portion de la fortune paternelle, il s'engagea , dès son jeune âge, dans la marine. Homme de résolution et d'honneur, habile pilote et intrépide capitaine , il s'était rendu fa* meux dans maints combats, lorsque, vers l()25, l'envie lui prit de ne plus s'en tenir à la course, et de tenter (|uel*
que exploit plus hardi , plus i^oneux.
Ayant choisi 40 marins aét^munéSf il
monte un brigantin de 8 canons , construit de ses propres deniers a Dieppe, sa ville natale , et sort de ce port qui avait déjà envoyé, quelques siècles auparavant, avant tous les autres peuples, de hardis navigateurs sur les côtes de l'Amérique et de l'Afrique (*). Après 8*étre vaillamment défeirau contre «n galion espagnol de 35 canons, il aborda a l'île Saint - Christophe , où quelques Français s'étaient déjà établis. 11 y trouve un port favorable , un terrain fertile, n prend possession du territoire. IMais, par un hasard singulier, Warner, navigateur anj^lais, débarquait, au même instant à Tautre extrémité de Tlle avec les mêmes projets. Au lieu d'en venir aux mains, les deux équipages se partagèrent ainicaletneiit les terres (les choses se passeraient aujourd'hui bien différemment en pareil cas), et firent un pacte d'alliance offensive et défensive,
aue ne devait même pas rompre le cas e guerre entre les deux métropoles.
Après huit mois de séjour à Saint-Christophe, d'Enambuc revint en France sur son vaisseau , chargé d'un riche butin. Il fut présente à Richelieu et lui soumit un projet d'association pour le commerce des Antilles. Le cardinal goûta ses plans , et signa , le premier, l'acte d'association; puis, voulant rendre sa protection plus efficace , il donna au nardi navigateur des secours en hommes et en argent. D'Énambuc partit du Havre, en 1627 , avec 2 vaisseaux auxquels a autres furent bientôt ajoutés.
Avec ces ressources, il put garantir son établissement naissant ue la jalousie des Espagnols, et il sut le faire respecter des Anglais ses voisins qui , parfois , tentaient de dépasser leurs limites. Enfin, en 1G35 , lorsquMl iugea que sa présence n'était plus indispensable dans l'île, il passa à la Martinique avec cent hommes , demi-soldats , demi-cultivateurs , et il y bâtit , avec leur aide , le fort de Saint-Pierre {**). Mais la mort le
(*) Toyez la Dijisprlfltion de M. Estancelin sur les découvertes faites pai' les navigateurs dieppois , et le toaie second de l'Bitittîrtt des . anciennes \illes de Fiance, par WL ViM. (série de la hatite Normandie) , p. 1-175.
(**) Il avait de même , qudî|ues aouéea
864 ENCISE i;UI«iIV£RS« ENCHE
surprit, en 1636, pendant qu'il travail- Autrefois ce crime entraînait tou-
lait avec une infatigable ardeur à la jours la peine capitale; il est laissé, par
prospérité de ce nouvel établissement, notre Gode pénal , dans la classe des
Les colons , qui le regardaient eomme timples meaitns.
leur bienfaiteur et leur père, le regret- Enclave d'Abtoïs. On donnait
tèrent vivement. Le cardinal, en appre- autrefois ce nom à un canton de la Pi-
nant cette nouvelle, dit au roi : « Votre cardie, composé de treize [Niroisses , et
« Majesté vient de perdreau de ses plus qui avait fait auparavant partie du
« utiles serviteurs. » comté d'Artois. Ces treize paroisses.
Il est à remarquer que notre premier situées dans le voisinage de Montrenil,
établissement des îles sous le Vent , furent démembrées du comté d'Artois
créé par un Dieppois , doit aussî à un et unies à la France, par les traités de
citoyen de cette ville la culture qui en Madrid, de Cateau-Cambrésis et de
a fondé et qui en maintient la prospé- Crépy. Klles conservèrent, jusqu'à la
rité. Hous avons vu que ce fut Gabriel révolution , les privilèges dont elles
Déclieux (voyez ce mot) ou de Clieux, jouissaient avant leur reunion , e'esV-à-
issu de Tune des familles les plus dis- dire , qu'elles n'étaient sujettes ni aux
tinj^uées de Dieppe , cjui multiplia les tailles, ni aux droits de gabelle,
caféiers à la Martinique , d*ou ils se Encbe. L'encre la plus généralement
propagèrent à Saint - Domîngue , à la employée au moyen âge était noire ;
Guadeicnipe, et dans les lies voisines. on se servait rarement d'encres de cou*
Encbnsbmeivt. Sous l'ancien ré- leur, surtout dans les diplômes; on gime^ les curés des paroisses où se trouve à peine quelques chartes ainsi trouvait un seigneur haut justicier de- écrites. Il existe à Orléans une diarte valent , à la messe et aux vêpres , lors- de Philippe en encre vote , mais la que l'on encensait et que le saint sacre- croix , qui sert de signature au roi , est ment n'était pas exposé , se tourner tracée en noir. Charles le Chauve sivers le banc ou vers la chapelle'du sei- cnait quelquefois en cinabre , comme gneur et de sa Camille , et leur envoyer les empereurs grecs. Les lettres initiade l'encens à eux , à leurs femmes et a les de quelques diplômes sont roupies, leurs enfants. L'usage réglait le nombre vertes ou bleues. Mais on ne trouve des coups d'encensoir , que l'on devait qu'en Italie , en Allemagne et en Anainsi donner : dans quelques paroisses, gleterre , des diplômes tout entiers en il y en avait trois pour le seigneur, trois lettres d'or.
pour la femme, et un pour chaque en* Dans les livres manuscrits, au con-
tant. traire, rien n'est plus fréquent que
EircHAiiTBMBifT. Voyez Sobgiibs, remploi des encres métalliques ou de
Magib. couleur. Il y en a peu , cependant , qui
Enctsk ou Encis. « Le seif:;neur soient écrits d'un bout à l'autre en en-
chastellain , dit la coutume du Maine, cre d'or, comme les Heures de Charles
art. 5 , est fondé d*avoir toute justice le Chauve , que Ton conserve à la bi*
haute, moyenne et basse , avec la ro- bliothèque du roi; mais souvent cette
gnoissance'des grands cas cy après dé- encre a été employée pour tracer les
clarez : c'est à scavoir de ravissement de premières pages, les titres, les initiales
personne, d*homicide (ait de guet-à- des alinéa,ou1es.pa88ages remarquables,
pensée , de encU qui est de meurdrir L'encre d'or a été particulièrement em-
femme enceinte ou son enfant au ven- ployée du huitième au dixième siècle, et
tre , etc. » On lit aussi dans les Esta- surtout dans les missels et les livres
bÙuementSy 1, 25 : « EneU, si eftt Um saints. A partir du onzième siècle, au
enceinte, quant l'en la fiert (Jrappe)t^ lieu d'employer une encre métallioue,
die muert de l'enfant C). » on se servit de feuilles d'or , que Von
apuliquait sur le vélin , et qui servaient
«aptraviiit, fondé, par oii de cet lieule- à la fois pour les lettrés et pour les or-
QMito, la ookuiie de It Guadelotipe. nements.
(*) Toyez du Cange (GloM.) , «w mots On faisait aussi un grand usage de
Encimum, Encùium, VeociQ d'argent ) OU l'employait même
ENf.YCLOPéDIF FRANCE. ENCYCLOPÉDIE 365
{)lus fréquemment que l'encre d'or sur es vélins pourprés. Quant au vermillon ou cinabre , il servait plus souvent encore que les encres métalliques, pour distinguer les titres, les initiales , les tables ou les passages remarquables de manaseriis. Suivant lea bénéaictins, on doit rapporter au cinquième ou au sixième siècle les manuscrits dont les quatre ou cinq premières lignes sont en ondale rouge. Les manuscrits du septième et du nuitièroe siècle n'ont guère en rogge que les premières lignes du texte.
Le rote de la taille ne contenait, en 1292, qu'un seul fabricant d*encre:
c*était une femme. Dans le rôle de 1313, on ne trouve pas non plus que le métier (f encrier fût exercé par des hommes. Ce genre d'industrie a toujours été fort restreint. Dans la statistique de Paris pour 1826, on ne compte que 4 fabriques d'encre à écrire , et 7 fabriques d*encre d'imprimerie , employant ensemble 28 ouvriers.
Encyclopédie. — Rien ne révèle mieux l'activité du génie fran^is au dix-huitième sièele, et la hardiesse avee laquelle les intelligences cherchaient alors à étendre le champ de la pensée humaine, que cette idée d'un vaste recueil destiné à offrir, sous le nom d'£'ncyclopédie, Texposition substantielle de tout ce que les hommes avaient conçu, découvert ou créé depuis la formation des sociétés. Cette idée, que l'antiquité n'avait pas eue, ou qu'elle n'avait réalisée que bien imparfaitement, celte idve, qui, jusqu'alors, n'était venue à personne parmi les modernes , les penseurs du dix-huitième siècle la conçurent sans s'effrayer des difficultés immenses d'une telle entreprise. Tracer un inventaire de tout ce que l'esprit humain croyait savoir, c'était un projet gigantesque, fait pour décourager et pour accabler la pensée. Cette république de philosophes, de littérateurs, de critiques , qui s'était formée sous'Ies auspices de Voltaire, résolut intrépidement d'aborder cette grande œuvre. Ce courage honore le dix-huitième sièele : mais , plus les difficultés étaient grandes, plus il fallait mettre, jusque dans les moindres détails de 1 œuvre, de soin et de cons-
cience ; plus la patience et les scrupuleux efforts étaient un devoir pour cnaqnie collaborateur, plus les hommes chargés de la direction devaient être sévères dans le choix des talents. Malheureusement , cet esprit de jpersévérance et de méthode , ce besoin impérieux de perfection, ne purent s'établir parmi les travnilleurs , et l'exécution lut loin de répondre à la grandeur de l'idée.
Ce n*e8tpa8qu*il faille, avec la Harpe, reprocher aux encyclopédistes d'avoir
f>ensé pour leur compte, d'avoir déveoppé des idées ou des doctrines à eux dans leur dictionnaire. La Harpe aurait voulu que l'Encyclopédie ne fut qu'un exposé lidèle , un dénombrement exact et purement historique , de toutes les tentatives et de toutes les découvertes antérieures" de l'esprit humain. Mais peut-on faire l'histoire d'une science sans apprécier, sans juger les faits dont cette histoire se compose? Une revue du passé ne suppose-t-elle pas , n'entraîne-t elle pas nécessairement la critique du passé? Pouvait-on, dans l'Encyclopédie , retracer les différents systèmes antérieurs de la philosophie sans les juger , et , par conséquent , sans avancer des doctrines originales ? Car, peut-on juger quelque chose, quand on n'a pas d'idées à soi ? Il Aillait donc que les encyclopédistes pensassent pour leur compte, en enregistrant les travaux accomplis dans les siècles par la pensée humaine.
La Harpe eût mieux aimé qu'on ne pensât pas dans l'encyclopédie, parce qu'alors les doctrines du scepticisme ne se fussent pas répandues dans la société par le moyen de ce livre. Il est vrai qu'il n'est presque pas un article del'Encyclopédiequi ne prêche le doute philosophique, le déisme, ou le maté* rialisme , ou l'athéisme , et que cette vaste publication contribua puissamment a ruiner l'édifice des antiques croyances. Hais les encyclopédistes ne pouvaient mettre dans leur ouvrage que les opinions qu'ils s'étaient faites , que les doctrines qui régnaient parmi eux : et il était inévitable que hmn efforta réunis rendissent plus rapide encore la pente qui entraînait les esprits au soep» ticisme.
9M EUCTCLOP^DIE L*tJNIVEIlS. BWCTCLOPÉMt:
Ce qa'i! faut reprochera TEncyclopédie, et le reproche n'est qtie trop grave, c'est de ne pas offrir partout au même degré Pétendne oo I& sàrtté d6 connaissances . et la précision substantielle de langage qu'exigeait un tel travail. Un assezgrand nombre d'articles accusent une fâcheuse incohérencedTidénoo une légèreté superfidelle dans teanr auteurs. II en est beaucoup où In forme, au lieu de se resserrer dans les limites d'une brièveté forte et nourrie, se répand et se perd dans une vague diffusion. Enfin, pour construire cet iinmense édifice, d'inhabiles ouvriers ont travaillé confondus pôle-méle avec de grands artistes : les chef^ de Tentreprise , hommes pour la plupart ardents, ambitieux, incapables de s'asservira cette pntience sans laquelle on ne bâtit rien de grand, ont trop aisément accotdé lenr confiance à la médiocrité présomptueuse, et n'ont pas assez imposé au talent l'rsprit de concert et la discipline d'une forte unité. Aussi le monument est-il défectueux* incorrect dans beaucoup de parties, et son irrégularité confuse, que sa hardiesse ne peut dissimuler, Ta fait juslewient appeler la Babel philosophique du dix-ouitième siècle.
La publication de V /Encyclopédie commença en 1751. La préface du premier vorume avait été composée par d*Alembert , auquel était échu le rôle d'éditeur , et qui s'était chargé , avec Diderot, du som de distribuer et de reviser les articles. Dans cette prelace, le plan de Touvrage était tracé d une main ferme et silre. « Le discours prélimi- ^ naire de VEncijcIopvdtr. , dit M. Villemain, publié à peu d'années de V Essai sur les mœurs, de V Esprit des lois , et des premiers écrits de Rousseau , eut son éclat dans le midi du dix-huitième siècle. La méthode et plusieurs idées étaient empruntées de Bacon. Mais le tableau dé tout os <(ue les sciences avaient Ëtitde grand depuis Bacon, une exposition plus précise, et cet ensemble de vues comparées <^ui nait du progrès général, suffisaient a la gloire du nott* Teau travail : seulement , on vCy sent pas assez ce qui domine dans Bacon , ce oui couvre ses omissions et ses erreurs, 1 enthousiasme de la science. Ce n'est pas que râmeded'Alembért ne fût no-
ble, plus désintéressée que celle de Bacon, et plus exclusivement éprise de la gloire des sciences. Mais on dirait qu'il appliquait à tout les procédés rigoureux des mathématiques , an lien de porter dans cette science même l'imagination élevée du métaphysicien. De là , ce péristyle de TEncyetOpédie, correet et bien distribué, ne frappe pas les yeux par cet air de grandeur qui saisit à' l'ouverture du livre de Bacon sisr ta dignité et les accroissements des cortnaissanees hu-
J 'Encyclopédie' , dès son apparitlOll, obtint un grand succès auprès de la société du temps. La hardiesse de l'entreprise flattait Torgueit des contemporains : rhîdépendance des doctrines, la guerre audacieuse déclarée aux préjugés de toute espèce, intéressaient et charmaient fesprit novateur du siècle.
Cependant , te pouvoir ne tarda pas à s'alarmer : eVtnit une chose redoutable pour lui que cette prédication de liberté morale et religieuse entreprise en commun, et régulièrement, par une association de philosophes. Déjà les magistrats songeaient à en arrêter les progrès ; le scandale provoqué par un des rédacteurs les décida à sévir. En 1751, Tabbé de Prades , (jui avait fourni plusieurs articles importants au dictionnaire, pVésenta en Sorbonne une tlièse.
dont les conclusions étaient une néga* tion formelle de la vérité du catholicisme, et dans le cours de laquelle, entre autres hardiesses, les nïiracles d'Esculape étaient mis en parallèle avec ceux de J. C. Il osa se présenter pour soutenir sa thèse, et, chose étonnante, il faillit d'abord être approuvé et reçu
t)ar desju£es qui, livrés comme l'était e clergé ëralors , à la plus insouciante paresse , avaient a peme jeté un coup (l'œil sur l'ouvrage qui leur était soumis. Les formes respectueuses et les détours dont Tabbé de Prade» avait enveloppé ses impiétés avaient trompé leurs regards superficiels jet rapides.
L'examen marchait de la manière la phis satisfaisante pour faspirant, lo»u'un des théologiens présents , ayant e nouveau parcouru la thèse , entrevit enfin son vrai sens , et, saisi de colère, se leva en s'écriant : causam reliyionii^ et ChriiU dtfenOo contra atkeum, JU
Liyiiizuo by LiOOgle
EWCrCLOPÉDIE
FRANCK. E?rPANTS DE FRANCE 867
tribunal onvrant enfin tesyenx, somma Fabbé de Prades de se retirer. Bientôt après , un décret de prise de corps ftrt
lancé contre lui , et on ne sait juscjiroù se Ait portée la vengeance de TEi^lise et de l'État , si le coupable ne s'était enfui à Berlin où il fut accueilli à bras ouverts par Frédéric. On se rappela alors que l'abbé de Prades était un des écrivains de rEiirvrlnpédie, un des disciples fprvents de Diderot, qui, peut-être, avait mis la main à la fameuse thèse.
Le gouvernement n'hésita plus, et fit suspendre l'impression du dictionnaire, dont il n'y avait encore que deux volumes de pabliés. La suspension dura dix-huit mots; îTinis, au bout de ce temps, les puissants appuis que les philosophes avaient su se ménager , intercédèrent pour eox. Le pouvoir avait des moments de colère, mais il manquait de suite, il était sans force réelle, et,
Sar conséquent , ne savait pas résister ans une lutte avec Topinion. Il céda, et rendit le privilège. Les encyclopédistes s'étant permis aussitfU de nouvelles attaques contre la religion, le privilège fut de nouveau révoqué, puis rendu encore quelque temps après. L'Encyclopédie s'acheva enfin sans obstacle. Mais elle perdit, dans ces contestations avec l'autorité, riiomme qui , par son génie scnipuleux et sévère, était, plus que personne, capable de lui imnrimer une marche égale et régulière. 1) Alembert, qui était extrêmement jaloux de son repos, se retira, malgré tout œ que fit Voltaire pour le détoiirufT de sa résolution, et Diderot resta seul chargé des soins de la direction. Malgré ses connaissances étendues dans divers genre»
et son infatigable ardeur pour le travail, Diderot n'était pas , il s'en faut de beaucoup, l'homme le mieux fait pour cette tâcbe difficile. H poussa rentre* prise avec une grande vigueur; mais son zèle n'était ni assez éclairé , ni assez scrupuleux. Il a lui-même avoué qu'il prit des articles de toutes mains. Ceux qtt*îl fit lui-même en grand nombre sont remplis de verve, quelquefois d'érudition; mais ils ne brillent ni par le goût, ni par la logique , quelle que soit llncontestabie puissance de son talent. L'Encyclopédie déclina à mesure qu'elle s'approcha du terme , et les der<
nières parties de l'édifice portent encore plus de traces de précipitation que les premières.
Les encyclopédistes n'atteignirent leur but qu'à moitié. Ils n'élevèrent point aux créations de l'esprit humain un monument digne de leur richesse et de leur gloire. Ubistoire des sciences humaines est encore à faire nprès l'Encyclopédie. Mais ils réussirent fort bien à propager leurs doctrines, et à faire pénétrer leur esprit dans la société. A ce point de vue, si ri'ncyclopédie ne peut prétendre à être un grand tableau du passé, elle a réellement la gloire d'avoir été comme une grande machine de fïuerredont les coups firent brèche dans Tes institutions et les croyances du vieux monde.
Dans notre âge, qui est, dit-on, Tâge
de la critique , et ou le goût de téclec' tlsme porte les esprits à tout étudier , à tout concevoir, a tout raconter, l'idée des encyclopédistes devait être reprise et mise en œuvre de nouveau. Elle Ta été souvent en effet, et la liste des encyclopédies publiées de nos jours serait assez nombreuse. Les difficultés inhérentes à ces sortes d'entreprises ontelles été mieux évitées qu'au siècle dernier.? A-t-on élevé des monuments corrects et vastes à la fois ? Ce n'est pas à nous à répondre à cette question. Nous la laissons à ceux auxquels leur position rend l'impartialité plus aisée. Pour nous, il nous serait difucile d'être sévères , puisque les reproches que nous adresserions aux autres pourraient peut-être retomber sur nous - mêmes , et que le public devant qui nous jugerions les encyclopédies publiéei récemment, s^irmerait peut-être de nos arrêts contre lanêtre. Il est vrai, toutefois, que notre entreprise se restreignant à un point de vue particulier, et s'enferment toujours avec modestie dans de certaines limites, les écueils sont moins dangereux pour nous que pour d'autres. Mais tes dilBcttKés que nous avons à surmonter sont encore assez grandes , et notre position a assez besoin d'indulgence, pour que nous nous interdisions ici un examen qui ne serait ni sans audace oi sans danger.
Enfants de Fbanci. On donnnît ce titre, sous rancienne monarchie ,
m BVPAlfTS BAHS BOOCI LUNIVBHS. IMIKAim TlOVVis
aux enfants et petits-enfaots légitimes dei rois, quel que fût leur seie. Les frères et sœurs du roi transmettaient éi'aienient cette qualidcation à leurs enfants ; mais elle ne s'étendait pas au delà. Leurs petits-enfants ne portaient que le titre de princes du sang.
Enfants de troupe. C'est le nom que l'on donne aux ûls de sous-officiers et de soldats admis, dans l'armée firaa* çaise, à jouir d*une demi-solde et d'une demi-ration de vivres. Cet avantage n'est accordé qu'aux enfants qui ont atteint l'â^e de deux ans, et qui sont issus de légitnne mariage. Ils sont alors inscrits sur le registre matricule du corps, et placés sous la surveillance directe d'un officier, seconde par un nombre de soutf-ofBciers déterminé par les règlements; ils apprennoiU n lire , à écrire et calculer, et reçoivent, en outre, des leçons de gymnastique et de natation.
LorsquMIs ont atteint Tâge de quatorze ans, ils peuvent être employés en qualité de musiciens, de tambours ou de trompettes, ou entrer comme apprentis dans les ateliers du corps. Dans l'une et l'autre de ces positions, ils reçoivent intégralement la solde et les vivres de soldat. Les enfants de troupe qui, avant atteint leur dit-huitième année, désirent rester au aervîee, sont obligés de contracter un engagement. On admet deux enfants de troupe par compagnie d'infanterie, deux par escadron de cavalerie, deux par batterie d'artillerie , et deux par chaque compngnie du génie. En 1817 , un anonvme offrit au gouvernement un capital de 5,000 f., à condition que le revenu en serait affecté à la fondation d'un prix annuel donné par la voie du sort a un enfant de troupe.
ËNFANïS SANS SOUCI. C'cst ainsi que Ton désignait , sous Charles VI , une troupe de baladins dont le chef prenait le titre de prince des sots y et qui jouaient des farces sur des théâtres ambulants. Les confrères de la Passion se les adjoignirent pour égayer un peu leurs mystères. Les farces des enfants sans souci étaient parfois entremêlées de couplets, et elles étaient touiours terminées par une chanson très-libre.
Cette troupe se fit plus d'une fois l'écho des passions populaires. Ainsi on la vit, le inar4i-graB ae l'année 151 1 , jouer,
aux lialles de Paris , une pièce satirique dirigée contre le ^ape Jules II. Au milieu du seizième siècle, les confrères de la Passion louèrent leur théûtre de l'hôtel de Bourgogne aux enfants sans souci, qui, vers 1659, en fuient dépossédés par des comédiens qae Mazarin avait fait venir d'Italie.
Enfants tscuvés. On sait qu'il n'était pas rare de voir, chez les Gau* lois, des parents Indigents vendre leurs enfants sur les places de marché; mais il serait difficile de dire jusqu'à quel point y pouvait être fréquente l'exposition des nouveau-nés. La loi des Francs punissait d^une amende le meurtre d*un enfant; celle des Visigoths, plus sévère, punissait de mort l'avortement.
L*une et Tautre se taisaient sur la condition des enfants trouvés; le code de Justinien les avait déclarés libres. Néanmoins , en France , jusqu'à l'époque de drarlemagne, ils devenaient la propriété de celui qui les avait recueillis. Les parents naturels avaient, pour les réclamer, un délai que les conciles de Vai* son et d'Arles, tenus en 442 et 453, avaient limité à dix jours. Le propriétaire pouvait exiger, pour les rendre, une somme d'argent ou la cession d'un esclave.
Saint Mainboeuf, d'Angers, qui vivait
au septième siècle , parait avoir été le créateur du premier asile public pour la réceptiondes enfants trouvés. A peu de temps de là, il existait, à la porte
de beaucoup d'églises, en France, des coquilles de marbre ou l'on déposait les nouveau -nés abandonnés. Les administrateurs ecclésiastiques dressaient procès-verbal de l'exposition, et faisaient élever l'enfant aux frais de l'église, u moins que quelque fidèle n'offrît de s'en charger. Au dixième sièele, on trouve, en Bourgogne, une congrégation religieuse qui se consacre aux orphelins et aux enfants délaissés. Un ordre, dit du Saint-Esprit, et se vouant a la même charité, fut fondé à Montpellier, en 1070, selon les uns , par le comte Guy ou Guido ; selon les autres, par Olivier de la Traie. Ce ne Ait toutefois qu'en 1180 que cet ordre eut, pour exercer son œuvre, un local qui lui appartint. On vit se former un établissement semblable à Maneille, en 1188, et enfin , en
SNVAMTs Tiomnfai FRANCE. KMPAim TmecrÉs te»
1362 , un dans la capitale , leqnet était tables , au nombre desquelles se trou-^
placé sous la surveillance de révéque , vaient mesdames de Lamotgnon et de
mais recevait seulement , ainsi qu'on le Chantai , réunirent quelques aumônes,
voit par des lettres patentes de 1445 , et louèrent, près de la porte Saint-Vic-
les enfants légitimes de parents que la tor , une maison où elles placèrent d'â>
misère forçait à s'en séparer. L*hospice bord douze enfants retirés de celle de ta
des Enfants-Dieu , fondé en I53fi , né- Couche.
tait ouvert qu'aux orphelins dont les I>'étahlissemcnt prît un rapide acmères étaient mortes à Thopital. « Les croissement, bien que, parmi les enbâtards, lisons-nous dans les mémoires fants présentés, on tirflt au sort ceni de la reine de Navarre, étoient jetés à que l'on irardait. En 1640, les revenus, val les rues , où souvent on les trouvoit qui étaient déjà de 22,000 livres, ne morts. Ceux qui étoient nés dans l'Hd- suffisant pas encore aux besoins , Vintel-Dieu y mouroient sans nul excepté , cent de Paul fit, dans une assemblée à cause du gros air qui y régnoit. >> générale des fondatrices, un nouvel ap- Nous voyons cependant, à cette époque, pel à leur charité. Il y fut décidé que saint Thomas de Villeneuve, évéquede l'on recevrait indistinctement tous les Valence, mort en 1555^ recueillir et enfants abandonnés. Cette même année, faire élever dans 80O palais tOUS les en- il en entra 312 qui occasionnèrent une fants délaissés. dépense de 40,000 livres. En 1641 , le A Paris, en 1652, un arrêt du parle- roi dota cette institution d'une rente de ment mit à la cbarse des seigneurs 8,000 livres, qui fut portée à 8,000 eu hauts juBtiders , qui mient tout ecclé- i g u ; et , en t048, il donna le château sîastiques, la nourriture des enfants de Bicêtre pour loger les enfants trouubandonoés sur leur territoire. Le total vés. On attribua à l'air vif qui règne des contributions auxquelles ils fmrent dans cette localité la mortalité qui y taxés ne montait qu'a la somme de 900 frappa ces pauvres créatures. On les livres. Un édit de 1550, en renouvelant ramena à Paris pour les établir dans le ces dispositions, décerna la peine de faubourg Saint-Lazare, près de la maison mort contre les fliies convaincues dV de la Mission. Un arrêt du parlement, voir fait périr leur fruit. Les évéques de 1667, confirmé par un arrêt émané de Paris avaient, depuis quelque temps, du conseil, en 1008, porta à 15,000 liprès de Saint-Landry , une nmison où vres la taxe à supporter par les seiils faisaient soigner les enfants qu'on gneurs hauts justiciers , et , enfin , en était venu exposer dans l'espèce de ber- 1670, la maison des enfants trouvés fut ceau ou de crèche placé dans l'église déclarée un des hôpitaux de la ville. liotre-Dame. Une pieuse veuve ouvrit, L'administration nequit pour eux, d'aen 163G, dans le même quartier, un bord dans le faubourg Saint-Aotoinc, asile analogue, OÙ les commissaires du remplacement occupé plus tard par les Châtelet faisaient porteries enfants ex- orphelins, puis dans la Cité, vis-à-vis posés dans les lieux publies. Cet asile la cathédrale, quelques maisons dépenreçut le nom de Maison de la oouche. dant de l'Uôtel-Dieu. £n 1675 , toutes Après la mort de la fondatrice, les ser- les justices seigneuriales ayant été réuvantes qu'elle avait employées pour la nies au Châtelet, le roi, par lettres pasoulager dans ses soins, lui succédèrent, tentes, ordonna de prélever 20,000 livres Elles firent, dit-on, le plus scandaleux par an sur son domaine, pour reinpiacommerce des malheureux êtres qui cer les redevances gui se trouvaient leur étaient confies, les vendant pour supprimées. L'établissement prenait 20 sous, soit à des mendiants, qui s'en chaque année plus d'extension; car, à servaient pour exciter davantage la pitié mesure que l'existeuce en était plus coudes passants , soit à des femmes qui nue dans la province, on y envoyait des avaient besoin de se faire tirer leur lait. . enfants de plus loin. Le nombre des Vincent de Paul, ayant visité l'établis- adtnissions fut, en IGHO, de 8'.)n ; en sèment en 1638, fut touché de l'état où 1700, de 1,738. En 1739, le défaut d'air il vit les pauvres enfanu trouvés. Sur et d'emplacement causa , dans la mai* «a proposition, plusieurs femmes chari^ son du parvis Notiçe^Dame, une épidé<
T. YU. 14* UonsUoii* (Dict. bnctcl., stc.) M
BHVAUTS TAaUV«i L'UflilVËRS. «HFANTS TBOUVI^I
mie qui enleva un grand nomhrc d'enfants. On sentit enfin la nécessité de démolir les masures qu'ils onrupaierit, et l'on éleva pour eux, en 1747, 1 edilice occupé aujourd'hui |Nir radministratiau des hospices.
Cependant, l'œuvre s'était propagée, et dans tous nos grands centres de population , les Hôtels* Dieu recevaient les enfants trouvés, dont le nombre, pour toute la France, se montait, en 1784, à 40,000. Ces établissements ditleraient entre eui d'organisation, et ia condition des enfants qu'ils renfermaient était, dans quelques-uns , déplorable. Ln révolution les plaça partout sous une ie> ffislation uniforme, et une loi du 27 tninaire an y en fit une charge de l'État. Un arrêté du Directoire, du 30 ventôse de la même année , régla qu'au lieu d'être gardés dans les hospices, ils seraient confiés à des nourrices, a la campagne, et placés rnsuite en apprentissage chez des maîtres particuliers.
Enfin, la loi du 15 pluviôse an xni confia les droits de la tutelle aux commissions administratives des lid|^taux.
C'est une chose à remarquer ici , qu'à Paris, de 1770 a la révolution, le chiffre , par an , des expoMritions, a varié de 5,444 à 7,676; qu'en 1790, le nombre en était encore de 5,800, tandis que, de 1793 à 1800, il n'atteignit jamais le chiffre de 4,000, et que, tout en s'accroissant dans les années suivantes , il n'a cessé de présenter une progression décroissante par rapport au chiffre de la population. Un décret organique du 19 janvier 1811 régla qu'il y aurait par nrronflissetncnt un hospice à la porte duquel, comme cela existait déjà dans nombre de localités, serait placé un tour où ffit reçu , au nom de la patrie , ce nouveau-ne « que la misère abandonne, ou dont la honte veut cacher la naissance « Mais la main qui arradbait à la mort le inavre orphelin , le maintenait hors du droit commun , puisque, traité comme propriété de l'État, il était, à douze ans, mis à la disposition du ministre de la marine.
' L'hospice des enfonts trouvés de Paris,
(•) Discours prononrr par M. de Lamartine, le io avril i838 devaui lu Société de lamofds ^ffélMBie»
qui, depuis l'an iv, occupait ranciflimft abbaye de Port -Royal du faubourg Saint -Jacques , fut, en t8t4, transfère dans la maison de l'institution de l'Oratoire, rue d'Enfer, oik il est aujourd'hui.
Kn 1824, il existait 116,452 enfants trouvés aux frais des divers hospices de France. De 18S4 à 188S , il en fut admis 336,297. Sur ce nombre de 452,749 enfants , il en mourut , dans cette période de dix ans, I98,â0ti, et il en sortit 194,61S, dont 46,0)5 réclamés, par leurs parents naturels ou adoptés pav des étrangers. La dépense qu'avaient occasionnée au pays , pendant ces mêmes dix ans , la nourriture et l'éducation des enfants trouvés, s'était élevée à 97,776,613 fr. En 1834, le nombre des expositions était, pour la France, de 31,771, dont 4,941 à Paris. L'administration, voulant Ôter les facilités, que l'organisation existante du service des enfants trouvés offrait à certains parents cupides , de faire élever leurs enfants aux frais de PËtat, ordonna la fermeture des tours, des formalités de police pour l'admission des sujets, et le déplacement des nourrissons d'un département , ou tout au moins d'un arrondissement à l'autre. Par suite de oes mesures, de 1833 à 1837, il y eut, dans trente départements, 33,456 enfants de retires, ce qui, dans quelques-uns, produisit, sur ce chapitre du budget, une économie dr ryO pour cent. I,es deux tiers des enfants retirés avaient, il est vrai , été gardés sans salaire par leurs nourrices, qui n'avaient pas voulu s'en séparer. Le conseil des hospices de Paris , qui avait, jusque-là, différé l'adoption de la mesure, prit, le 25 janvier 1887, un arrêté conforme, qui souleva jusque dans la chambre des députés une vive opposition. La lutte qoi s'engagea à la tribune entre les philanthropes et les éconon^sttis, %t donna encore lieu à une discussion fort animée, en jinllet 1839, a peu éclairé la question ; et, de tous les moyens proposés pour fermer cette sanglante plaie de nos sociétés modernes , le plus efBcaec comme le plus moral est bien assurément « l'encouragement de l'association de la charité maternelle (voy, 00 mot), dont les résultats sont ai mtp*
I^tiAOlK^ FRANCS. 371
veilleux , quMIs inspireraient la bienfili-
sance aux plus égoïstes (*). »
£ngadin£S (affaires dans les). Tandis que Tannée d*Helvélie obtenait, en 1799, les plus brillants succès a sa gauche et à son centre, le générai Lecourbe luttait dans les Engadines avec non moins d'avantage contre les hommes , les éléments, la famine et les privations de toute espèce. Des le 13 mars, le générai Casa-Blanca était entré dans le haut Ëngadine, se portant sur Borniio; en même temps, le général Lecourbe avait rencontre les Autrichiens en forces à Silva-Plana. Il les battit complètement , leur enleva deux canons , et lit 2,000 prisonniers.
T.c 15 mars, il marcha sur Finsterniuntz et Martinsbruck, où l'ennemi, attaqué vigoureusement, opposa une telle résistance , que Lecourbe, voyant ses troupes exténuées de fatigues et de faim, se détermina à la retraite. Il attendait la brigade du gênerai Mainoni, qui le suivait par échelons , et qui fiit surpris lui-même, le 16, à ZemeISt Schultz et Martinsbruck.
Les ennemis, commandés par Laudon en personne, étaient tombes du haut des montagnes par Scharlethal ; il y eut une déro«ite, dans lacjuelle Mainoni fut pris. Témoin éloigne di ce malheur , Lecourbe marcha sur Schultz, reprit le village, Gt 800 prisonniers, et repoussa l'ennemi sur Martinsbruck, après s'être emparé des canons , des nia^îasins , des bagages des Autrichiens. LauJon, coni-
K'nement battu, ayant perdu 8 à 4,000 mmes, perça la ligne des Français au-dessus de Glurents, et se retira dans la vallée de Venosa, ou il rencontra Bellegarde, qui venait le dégager. De son coté , Dessolles, entrant en ligne, gravit des montagnes de neige et de glace, et se laissa glisser au fond d'une des vallées eô eommenoe l'Adige. Il se trouva ainsi sur les derrières de Laudon, tandis que I.econrbe battait ce général à Taufers, JNanders, Finstermuntz et Schultz.
(*) Mémoire inédit de M. Péligot, Tan
des membres les plus l'cluirés de la commission administrative des hospices de Paris, mort le i*' janvier 18^7, et à qui le service des Enfaiils-Vhmvét a dA dlmportantes amé-
Dans le courant du m^me mois , les Autrichiens lirent des efforts infructueux pour reprendre les positions qui venaient de leur être enlevées par Des» solles et Lecourbe; mais ces généraux durent les abandonner eux-mémesaprto les désastres de Schérer en Italie.
Lecourbe sV maintint le plus longtemps. Cepenoant, comme il intercep> tait , par la possession des postes de iSauders , Finstermuntz et Zeruetz, les communications entre liotze et Belle^ garde , opposés à Masséna , le premier soin des généraux ennemis devait être de le faire reculer. C'était à Bellegarde de l'aborder. La lutte entre ces deux adversaires, engagée dans des gorges affreuses, sur des nx hers réputés inaccessibles , sur des sentiers couverts de glace et jusqu'alors à peine fréquentés par de hardis chasseurs, tint en suspens, durant un mois, deux grandes armées. Lecourbe déploya, dans cette guerre de montai^nes, une admirable ténacité. Enfin, après des combats journaliers, où les succès furent balancés, il sentit la nécessité d'évacuer l'Engadine, dont les issues allaient lui être fermée^ par des détadiements de l'année de Su* warof. Sa division fut refoulée ju8qo*aii Saint-Gothard.
Engagé. On appelait ainsi, anciennement, les hommes qui, voulant B*ét9r blûr aux Indes, s'engageaient à servir pendant trois ans la personne qui les défrayait de leur voyage. On les nomr mait encore : les trente six mois,
El«eA«B1f BUT KILITAIBB. Voy. RB* CBUTEME^T.
EwGELMANN (Godcfroy), qui partage, avec le comte de Lasteyrie, l'honneur d'avoir introduit en France la lithogra* phie, est né à Mulhausen , en 1788.
Ayant appris à Munich les principes de cet art nouveau, chez Seiinefelder, sou inventeur , il s*empres8a d*en faire jouir ses compatriotes , et forma , à Mulbausen, un établissement où, dés Tannée 1814, il exécuta d'assez belles épreuves; la Société d'eneouragement de Paris mentionna honorablement ce premier succès. Ce fut en 1816 qu'il fit connaître se^ procédés dans cette ville *, aussitôt rinstitut et la Société d'encouragement s'empressèrttBt de l'encourager. Cet artiste ne s'est pas horné à litbographier
W BITGBII ET 8T0CKACB UUMVEftS. BirOHIBlT
ks .ouvrages des autres; élève deRegnault, il a aussi donné de ses propres dessins en différents trenrof?. Ses expositions au salon du Louvre lui ont valu une médaille d*or. M. Engelmann, ainsi que son fils, qui lui a surcédé, s'est occupé avec succès de la lithographie eo couleur, ou IHhochromie. (Voy.
OTROGBAPHIB.)
Engen et Stockach (batailles d').
L'armée du Rhin, forte de 100,000 houunes, ayant passé ce lleuve en 1800, défilait oar édiefons, sa droite an Rhin, pour aller se mettre en bataille entre le Danube et le lac de Constance. Les Autricliiens, revenus de leur première surprise, après avoir attendu vainement les Français à l'issue des déGlés, mar* chnient en grande hâte, afin de cragner en forces la position de Stockach , où devaient se concentrer nos masses (*).
Moreaii ne pinrdit pas un moment pour tâcher de les surprendre dans leur mouvement. Le 3 mai, il porta toute son armée en avant.
On se heurta en même temps àStocItach et à Engen (**) : iri étaient les deux généraux en chef, Moreau et Ivray ; là , les deux lieutenants. Des deux côtés raction se soutint avec vigueur; Lecourbe, pénétrant entre le lac et la ville, déborda la gauche du prince de Vaudeniont, qui fit de vains efforts pour s'étendre vers Engen et se rallier à Kray, et dut se retirer en désordre à Mœskirch et Pfullendorf. A Engen, l'ennemi comptait 45,000 hommes , et les républicains 35,000. Le premier choc fut contraire à ISIoreau , qui se vit forcé de s'étendre à droite et à gauche. Kray, rassemblant ses masses, chercha à pereer le centre. Il ne fallut rien moins pour résister, qu'un mouvement impétueux opéré sur sa paut he , et secondé
f>ar l'imperturbable aplomb de toute la igne. Néanmoins, le succès était encore indécis, quand Saint-Cyr, vainqueur enlm des troupes de ISauendorf, et maître d'un plateau qu'elles avaient opiniâtrément défendu , fit entendre son canon. Alors les Impériaux se bornèrent à la défensive, et se retirèrent j)endant
(*) Stockach , viUe k a4 kilom. du lac de Constance, dans k dodié de Bade.
(*') Ville du duché dé Bada à 36 lûlom. de Coutance.
la nuit sur Moeskirch, laissant 8 à 4,000
morts sur le champ de bataille. Neuf pièces de canon , trois drapeaux , 7,000 prisonniers , et d'immenses magasins trouvés à Stockach, forent les traits de ces premières victoires , qui donnaient pour appuis à notre armée le Rhin à droite, et le Danube à gauclie.
Enohibtt, /ftigia, petite ville du Hainaut (aujourd'hui royaume de Belgique), avait autrefois le titre de baronnie . et appartenait à la maison de liO^embourg. Elle entra, ert 1487, dans la maison de Bourbon par le mariage de Marie de Luxembourg, comtesse de Saint-Paul , dame d'Enghien , etc., avec François de Bourbon, dont le fils, (Partes, duc de Vendôme et de Bourbon , fut le père tWintoine de Bourbon , roi de Navarre; de François y qui, sous le nom de comte d*Enghi'en , gagna , en 1544, la bataille de Gérisolles ; de Jeari, qui , après la mort de son frore, obtint le titre de duc d'Enghien; enfin, de LouUy qui fut la tige de la maison de Condé, et auquel revint, après le décès du précédent, mort sans postérité légitime , en 1557, le titre de duc d'Enghien. \.i ■ Cependant , lors du partage de la saecession de ('harles de Bourbon , la terre et seigneurie d'Enghien était échue au roi de Navarre; elle fut vendue par le fils de ce prince, Henri IV, roi de France , à Charles de Ligne , duc d'Aremberg. Le prince de Condé, qui n'avait ue le titre de cette seigneurie, en fit onner te nom à NoKen^^e-Rotrou , qui lu i appartenait , et dont , en 1 567, il obtint l'érection en duché-pairie, sous le nom iï Enghien-le-Français. Depuis, les atnés de la maison de Condé portèrent toujours le titre de duc d'Enghien. Ce fut sous ce nom que le grand ÏLondé gagna la bataille de Rocroi , en 1643 , et celle de Nordiingen , en 1645 ; c'était celui que portait ce dernier des Condés , qui périt, en 1801, dans les fosses de Vincennes, victime de terribles représailles.
Henri TT , troisième prince de Condé, ayant échangé avec IMaximilien de Béthune, duc de Sully, la seigneurie de Nogent-Ënghien, fit donner le nom et le titre de duché d'Enghien à la baronnie d'Issoudun en Berri. Ce titre fut
Dlgltlzed by G
BHJIOBUJS «FAAMCË. EHQI7ÉTB 373
ensuite transporté à la duché-pairie de
Montmorency; c'rst depuis cette époque que ce lieu a reçu le nom Emililcn- Montmorency, (Voy. Boubbom, Cok dé
et MOHTMOBBlfCY.)
Engin. — C'était le terme générique dont on se servait , avant l'invention de rartiilerie, pour désigner les machines qui servaient dans les sièges à battre les murailles ou à lancer des pierres; tels éta ient , les béliers les i>aii8tes, les catapultes, etc.
EifLtnnifBims. Voyez MirfiATUBB.
Knnkzat, bourg du département du Puy-de-Doine, arrondissement de Riom.
On^ voit une é&lise remarquable, construite, selon M. Mérimée, vers Tan lOfiO, mais dont le plan originel a été altéré à In fin du douzième siècle, puis dans les dernières années du quatorzième. Les peintures sont très -anciennes, et cachées encore en grande partie sons d'épaisses couches de hadieon (*). La population d'£nnezat est e 1,513 habitants.
EiTNODius ( Magnus Félix ). — On doit ntix confessions de cet évoque gaulois du cinquième siècle tout ce que Ton sait de sa vie. li quitta de bonne heure la Gaule, sa patrie, et alla s^établir à Milnn. 11 avait seize ans quand Théodoric arriva en Italie. Pauvre et sans appui , il épousa une jeune fille riche , et se trouva tout à coup comblé de biens. Cette prospérité lui fit négliger Dieu, et le corrompit; ce fut pendant cette période de sa vie qu'il se rendit célèbre comme poète et comme orateur. Mais, à la suite d*un vœu qu'il avait fait au milieu des souffrances d'une maladie cruelle, il résolut d'embrasser la sévérité de la vie chrétienne , sesépara de sa compagne, et fut nommé ^'^(|ue (le Pavie en 190. Depuis, il se trouva mêlé aux plus importantes affiltres de l'Église, il mourut vers 516. Ses œuvres principales sont : un Panégyrique de Théodoric, la Fie de saint Épiphaîie, son maître, celle de saiîit Antoine, VEucharisticum, un recueil de teUrét et des poésies, etc. Ce qui frappe surtout dans les lettres de oet
(*) Voyez les noies d'un Yoyage en Auverpie et dans le limousin, par P. Hérinée. Buis, i838.
évéque, e*est le langage et rimagtna-
tion des païens ; son style est souvent obscur, entortillé, déclamatoire ;eniin Kimodius représente la fusion bizarre qui >'op( ra , à son époque , entre la littérature chrétienne et les traditions de la rhétorique gréco-romaine.
Enquête. — Le mot français mquéte et le substantif anglais inquiri/, dérivés l'un etTautre du latin quivrcre ou inqvirere , expriment l'action de chercher ou de réunir toutes les preuves qui peuvent servir à édairer une question dMntérét public ou privé. L*enquéte est comme un instrument d'investigation dont la société a saisi ses mandataires, ses agents et ses magistrats, afin qu'ils puissent arriver plus sdrementà la connaissance de la vérité.
Elle suppose toujours l'audition des témoins et l'examen des oninions qui militent pour ou contre robjet de ses recherches. Mais , sur quelque chose que se porte son investifration , elle n'a pomt pour mission de trancher définitivement la question de droit ou de fait ; son but uni(pienstde faciliter, par cette espèce de débat préalable et contradictoire, la décii>ion et le jugement des pouvoirs publics.
Enquête judiciaire. — IVos lois modernes placent l'enfjuête au nombre des moyens subsidiaires que le juçe intéxkm peut employer pour éelaircir des faits sur lesquels les parties ne sont pas d'accord ; mais ce mode d'investigation n'est pas aujourd'hui d'un usage fré-
3uent , parce que e*est plutdt dans la iificulté d'appliquer la loi à des cas iniprévus que dans l'incertitude des faits que réside la cause des procès civils.
Dans le moyen â^e , au contraire , cette antique voie judiciaire était regardée comme la plus sûre et la plus directe. Cette opmion , consacrée par la volonté du législateur , était le râultat des mœurs anciennes de la nation. En effet, les Francs accordaient au témoignage en justice une autorite pleine et entière; et la loi salique ne mentionne pas un seul acte de procédure civile oa criminelle auquel il ne serve de principe. I.e lémoii^nape suppléait alors à cette multitude d'actes qui servent maintenant à conserver la mémoire non-seulement des faits ordinaires, mais. de
S74 bwqitAtb L'UmVERS. mtniTk
racGompliftsement des formalités judiciaires. Aussi , SOI» nos deux premières
dynasties, les jureurs (JM^ussoreSy eonr
juratores) exerçnient une telle iiifliience sur le cours de la justice , que souvent ils en devenaient les arbitres. Les lois des Carlo vingiens étendirent encore les fonctionsdestémoinsordinairesi^es/es), ei tirent de l'enquête, de la preuve par témoin, le fondement de la procédure; elles prescrivaient même ce moyen d*investiiiation dans les actes purement adrainislratifs , quand, par exemple, il s'agissait de connaître jusqu'où portaient les droits du fise. (Baluxe, Capi-
tul. 1, 674.)
La féodalité, malgré ses principes si exclusifs, laissa subsister l'idée qu'il eiistait dans l'enquête, e*e8t-à-dire, dans l'interrogatoire solennel de certains individus, sur l'existence d'un usage, d'un fait ou d'un droit, une sorte de Tertu bien supérieure au mérite de toute autre praoédure. L*enquéte testimoniale {record) ne domina plus, il est mi , toute la législation ; elle n'eut ()lus asses d*autorité' pour que douze jureurs fiussent faire déclarer innocent un coupable; mais elle uni da toute l'influence compatible avec le droit de souveraineté des seigneurs.
Durant le douzième siècle, lorsque l'autorité royile acquit la suprématie, les jurisconsultes ne tirent que perfectionner le record, en précisant ses formes et les cas ou il devait être employé, en le dépouillant de tout arbitraire. Les juges y recouraient chaque fois que les dires des parties étaient contradictoireB; Ton dvsntre eux se rendait sur les lieux , et prenait une connaissanee directe des faits. S'agissait-il d'un fait simple, cetenvoyé réunissait toutes les personnes qui semUaient devoît* posséder sur le point oonteaté des notions exactes, et les interrogeait après leur avoir fait prêter serment. S'agis- 88it<^l d*une question de droit , de l'existence d'une oootume , l'enquêteur sommait les anciens de la localité de faire leur déclaration. Ensuite la cour prononçait, sans cependant qu'elle fdt Btricteinent obligée de se conformer aux conclusions des recordés.
L'établissement des baillis simplifia la procédure par enquête. Ce fureut ces
magistrats qui firent eux-mêmes les enquêtes ordonnées par la cour du roi ,
ou lui désignèrent les hommes les plus capables de les suppléer quand ils ne pouvaient eux-mêmes s'acquitter de ce soin. Sous Philippe-Auguste et saint Louis, il n'existait pour les juges du roi , et sans doute aussi pour Tes cours seigneuriales, que deux manières d'administrer la Justice civile : par arrêts rendus sur plaidoiries, et par arrêts rendus sur enquêtes.
Les réformes judiciaires tentées par Louis IX donnèrent au record une importance nouvelle. Ce prince cherchait par tous les moyens à en étendre l'empire; et la nation s'y fût soumise sans difficulté s'il n'eût pas voulu s'en servir aussi contre le duel judiciaire. Mais les * seigneurs s'opposèrent à l'admission de l'enquête en pareil cas, prétendant qu'elle avilissait leur dignité. Le nombre et la qualité des enquêteurs variaient beaucoup au moyen âge. Ordinairement ils* étaient deux ou trois. Le plus souvent on chargeait du soin de diriger ces informations les baillis et sénéchaux ; mais on trouve aussi des enquêtes reçues par des chevnliers, des membres de la cour, des pre\ùts, des échevins, des évêques, des prieurs, des frères mineurs ou prêcheurs, etc. Des enquêtes importantiBS se faisaient quelquefois en présence du roi. Le record était sans appel. Cependant les magistrats ne se faisaient pas scrupule d*apprécier cet acte à sa juste valeur. Pour les matières criminelles, les enquêtes ne présentaient guère de particularité qui différât beaucoup de nos usages ae^uels, car, en tout temps, la preuve orale a été la base de l'instruction criminelle. Dans cette partie du droit, l'enquête reçoit le nom é'ii^fitrmQHm^, Les ofim ( voyez ce moi) f conformémeot à Tusage de la cour, qui , dans chaque parlement, employait un temps a expédier les enquêtes, et un atjtre à juger sur plaidoiries, renferment des arrêts et des enquêtes. Ces derniers actes offrent une foule de renseitinements précieux sur toutes les parties du gouvernement féodal.
A la fin du règne de Louis IX, les enquêtes commencèrent à perdre leur caractère de simples records. Les parties commencereot alors à produire des
FRANCE
piècèf dont les enquêteurs joignaient
des copies à l'arrêt; dès lors on vit
naître les premiers principes de cette procédure écrite^ qui , plus tard, devint une scienee sf obscure et si compliquée.
Comme certains juges étaient ordinairement désignés pour aller faire les enquêtes, tandis que d'autres Tétaient
1)onr les juger, on peut présumer que a chambre des en(|uêtes rut constituée dès In seconde moitié du treizième siècle. Il n'y avait , dans l'origine , qu'une seule chambre des enquêtes. La multitude des procès obligea ensuite d*en élnhlir trois. François en créa une qii.itrième , qu'on appela chambre du domaine y et que l'on composa de vingtquatre conseillers, dont les charges étaient vénales. Charles IX en créa une cinquième en 1568. Louis XV sup-
firima ces deux dernières chambres; es places de présidents aux enquêtes rrdevinrent alors de simples commissions , et les offices d'enquêteurs furent réunis aux charges de lieuteuants généraux.
Depuis que les enquêteurs étaient devenus en même temps jugeurs des enquêtes (ordonnance du 11 mars 1344), et que le terme enquête désisna tous les procès par écrit, ces chambres avaient pour fonction principale de juger les appels des sentences reudues sur procès instruits par écrit.
Enquéfe par tourbes. — On appelait ainsi, dans l'ancien droit français, un genre de preuve que l'on employait lorsqu'il y avait du doute sur une coutume. On convoquait au tribunal plusieurs personnes bien famées, qui ténioii;iiaient que telle était ou n'était pas ia coutume. Selon Jean Desmarests, auteur d*un recueil de DéeUUms notoires établies sur des enquêtes par tourbes de 1300 à 1387, «-pour preuver «coustume deument, il convenoit que « ladite preuve fust faite en tourbe, par « dix sages coustumiers ou par plus. « Louis XII (art. 13 de l'ordonnance de Blois de 1498) établit un principe ^ui déjà s'introduisait en usage, savoir:
« que une tourbe ne seroit comptée que « pour un témoin. " Dès lors, on exigea deux tourbes, vin^t personnes au moins.
Bans les premieis temps , l'ignorance devait souvent rendre ce moyen inelA*
oaoe. Per la suite, un autre inconvénient se fît sentir; on eut k redouter
l'infidélité des témoins convoqués; de là ce proverbe expressif : « Fol est qui « se met en «nqueste; car qui mieux
« abreuve, mieux preuve. » Ces abus longtemps répétés finirent par faire renoncer a cet usage de la preuve testimoniale. Les enquêtes par tourbes continuèrent cependant jusqu'à la rédaction par écrit des coutumes.
Les enquêtes par tourbes furent abrogées par l'ordonnance de 1 667, qui forma définitivement la véritabi e j u ri s p r u denoe en cette matière, j>nrce qu'elles étaient devenues ou inutiles nu dangereuses à cause des intrigues qui s'y pratiquaient. Elles continuèrent cependant à être employées au parlement de Flnndre chaque fois que les cours souveraines Tordonnaicnt.
Enquête dè sang était, dans Tan-
cien droit , synonyme (ïigtfcrmatUm s»
matière crîmînefle.
Enquête administrative, — Presque toujours les mesures et les travaux projetés par Tadministration sont précédés d'une enquête de commodo et încommodo. Quelques dispositions de Tordonnance de 1667, Tinstruction ministérielle du 20 avril 1815, et Tordonnaiicp royale du 28 février 1831 , déterminent lès formes de ces enquêtes. Le préfet ou le sous-préfet de fa localité ont le droit d'ordonner qu'il sera procédé à une instruction , chaque fois qu'ils le jugent nécessaire; seulement, cette instruction doit être annoncée huit jours à Tavancè, sinon par voie d'affiches, au moins à son de trompe ou de tambour. Un prncès-verhnl ou un re-
âistre ouvert dans chaque chef-lieu 'arrondissement reçoivent les dépositions des témoins.
Dans les localités, le soin de l'en-
3uête est ordinairement confié au Juge e paix ou à un autre fonctionnaire délégué par le préfet ou par le souspréfet.
Enquête commerciale. — Cest ainsi que Ton désigne une espèce d'enquête ministérielle (voyez ce mot) qui a pour but de rassembler les documents indispensables nour opérer en connaissance de eause les réformes nécessaires aux progrès des diverses industries. Ces
S76 BVQinlTB LUI*
enquêtes , auxquellM on procède diaqoe
fois (jti'il s'ai^it (\c prenare une grands résolution commerciale, ne produiront les lieureux effets qui peuvent en résulter que quand on s'y préoccupera plutôt de l'intérêt général que de celui de quelques industries privilégiées, et quand c«s grandes épreuves seront ré-
f^ularisées par des lois spéciales. Parmi es enquêtes commerciales les plus remarquables qui ont eu lieu dans ces derniers temps, nous citerons celles qui furent oovertes, en 1828, sur les fêrs et les sucres, et, depuis 1830, sur les houilles, les prohibitions, etc.
Enquête ministériel^» — Cest ainsi que l*on nomme des enquêtes qui ont pour objet Texamen des questions d'intérêt général. Les commissions formées pour ces recherches spéciales sont toujours provoquées par le rapport d'un ministre et instituées par une ordon- I nance royale. C'est ainsi que des commissions d'enquête ont été successivement nommées, depuis dix ans, pour examiner la situation de l'industrie et du conîmerce, l'utilité d'une réforme pénitentiaire, la question de la conservation et delà colonisation de rAfrique, celle des chemins de fer, celle de la vénalité des offices; et il serait difficile de dire s'il est résulté quelque avantage pour le pays de ces nombreuses investigations. En général, toute enquête ministérielle doit être aujourd'hui plus ou moius entachée d'impuissance; formée d'hommes choisis par le gouvernement , ou placés sous sa dépendance, la commission en partncje nécessairement l'esjnrit, les vues et les intérêts. Le moindre mconvénient de ces enquêtes est de ne rien produiire d'effectif, tout en ayant l'air de donner satisfaction au pays; souvent, en dénaturant les faits ou en les présentant sous un faux jour, elles servent bien plus à tromper qu'à éclairer l'opinion publique.
Enquête parlonpntaire. — Le droit d'enquête n'est pas moins nécessaire au pouvoir législatif, qui fait la loi,
Îju'au pouvoir exécutif, chargé d'en aire l'cpplicatlon. Il est donc une des attributions les plus importantes de la représentation nationale, laquelle peut voter une cncjuctc sur toutes les questions de sa compétence qui ne lui pa-
YERS. SHQUiTE
raissent pas suffisamment édaireies.
Il serait à désirer que chez nous, comme chez les Anglais , Venquéte miiiiatérielle ne vînt qu'en seconde ligne, et comme Tauxiliaire de Venquéte pat' lementaire; qu'on la réservât pour les cas où les recherches devenues nécessaires entraîneraient de trop grands déplacements et de trop longues «udes ; et que, hors ces cas, la chambre chargeât ses commissions de l'investigation de tous les laits, de toutes les mesures et de tous les travaux qui intéressent le plus la liberté, la prospérité et la grandeur de la nation. Quoique la chambre des députés ne représente qu'imparfaitement la France, elle n'en •relève pas moins du pa^ s. Une commission d'enquête émanée de son vote, composée a'hommes désignés par elle et pris dans son sein, offrira toujours plus de conditions d'indépendance, et par conséquent plus de garanties d'impartialité. L'aversion que les ministres ont témoignée constamment pour l'exereioe de cette prérogative parlementaire doit contribuer encore à en rehausser l'importance à nos yeux. A la vérité, le gouvernement n a garde de contester un pouvoir qui est une conséquence de l'initiative de la représentation nationale; mais, s'il faut l'eu croire, il y aurait de graves inéonvénients à en faire l'application dans la plupart des circonstances. Ou n'a pas oublié l'opposition opiniâtre que souleva M. Martin du Nord, en demandant à la chambre, comme simple député, au mois de février 1834, la nomination d'une commission d'enquête pour l'examen de toutes les questions relatives à la culture, à la fabrication et la vente des tabacs. Le débat entre la portion progressive de l'assemblée et le parti conservateur fut grave, long, orageux.
Enfin la majoriw, en votant pour l'enquête parlementaire y donna une sanction solennelle à l'un des droits les plus prcciciix de la législature.
Malheureusement, la chambre n'a tiré jusqu'à présent aucun parti de ce puissant instrument d'investigation; presque toujours elle s'est abstenue d'y recourir, soit par oubli des intérêts généraux, soit par déférence pour le pouvoir exécutif. Depuis la révolution de
WKBOISTftElIBNT FRANCE* EHSE1GN£ $77
la oommîssion d'eoquéte dont
nous venons de parler est la seule qui ait été instituée par la volonté et l'initiative parlementaires. Cependant à une époque où il y a tant de questions import.intes ;j examiner, tant d'intérêts à débattre et tant d'nfmeliorations à opérer, renc{uête narlementaire pourrait rendre d*iocaleuiables services au pays; ce serait un moyen infaillible d'éclairer l'opinion, de rallier les esprits vers un but commun , de vaincre la résistance des maavaises passions, et d'accomplir pacifiquement les réformes les plus utiles.
ISous ferons encore une observation , c'est que le règlement relatif à la création et aux fonctions des commissions
d'enquête est foncièrement vicieux. La durée de l'existence et des rechercbes des comités est limitée au temps consacré aux travaux de la session législative. Si l'enqtiête n'est pas terminée avant que la chambre se retire, il faut qu'un autre comité soit nommé et qu*une autre instruction soit faite dans la session suivante. Il n'en est pas ainsi en Angleterre, oii le parlement peut autoriser, au besoin , la même commission à continuer ses recherches et ses travaux pendant deux sessions eonsécutives. Dans ce cas, deux rapports, un pour chaque session , sont présentés à la chambre des communes, qui peut d'ailleurs ordonner un i^upplément dinstruction, si quelques parties de la question ne lui paraissent pas sulfisainmeiit approfondies.
ENHEfrlSTREMENT DES ACTES. —
L'usage de faire transcrire certains aftes sur des registres publics, et d'exiger des parties contractantes un certain droit dont la quotité est fixée par la loi, est assez ancien en Franco. François V" l'introduisit, en 1539, pour les mutations dMmmeubles, et Henri III, en 1581, établit le droit de contrôle, qui, étendu principalement par Louis XIV, se percevait sur tous les actes reçus par les notaires, ainsi que sur ceux des seigneurs et des greffiers des arbitrages (édit de mars 1(593); sur les actes sous seing privé (édit d'octobre 1705; déclaration du 30 mars 1708); enfin, sur les actes des huissiers et sergents (édit de janvier 1664, et arrêt de 1669). Il y
avait en outre an profit des seigneurs
des droits divers , tels que ceux de quint et de l'equinf, de /or/s et ventes, (ïensaisincment, etc. Tous ces droits furent remplacés, en 1789, par le droit unique d'enregistrement. La loi des 5 et 19 décembre 1790 régla d'abord cette matière, et reçut ensuite dillérentes modifications , jusqu'à la publication de ' celle du 22 frimaire an yii, qui est encore la loi principale en matière d'enregistrement.
En 1789, le produit des droits dMnsinuation, du contrôle des actes, etc., était porté à 24,812,500 livres. ÎMaintenant, il atteint la somme annuelle de 153,000,000.
Enregistrement dbs édits. — Afin que dans le jugement des procès portés devant eux, les parlements pussent prononcer conformément aux ordonnances du roi , ces ordonnances leur étaient régulièrement adressées , afin qu'ils en prissent note en les enregistrant sur leurs livres. On sait q[ue les cours souveraines fondèrent ensuitMur cet usage la prétention d'examiner , les ordonnances avant de leur donner force de loi par leur enregistrement, et qu'elles refusèrent souvent de les enregistrer.
Une des plus anciennes ordonnances oii se trouve la mention d'un engistrement, est celle qui fut rendue par Philippe de Valois, en octobre 1334, touchant la régale. On lit aussi nu bas des lettres du même prince, du 10 juillet laac, concernant l'évéque d'Amiens:
Lectaper camuram, registrataper eu* riam parliamenti în libro ordinatiO' 7ium regiarum, fol. 50, anno nono.
L'enregistrement était, comme on le voit par ce texte et par une foule d'autres exemples, précédé d'une lecture de l'édit faite à l'audience.
Enbôlement. \ oy. Recbutemeint.
Enseigne. — L'usage des enseignes de boutique est très-ancien. Celles des marchands de Paris étaient autrefois suspendues à de longues potences en fer ou en bois au-dessas de la rue, et la moindre tempête en faisait toujours tomber quelques-unes, au grand péril des passants. Ce fut pour remédier a ce grave inconvénient que le lieutenant de police de Sartines publia, en 1761 , une ordoonanoo enjoignant à toutes les per*
t^UMlVÉR& «NSBIOirBlIKlît
sonnes se servant d'enseignes de les faire appliquffir côDtre le mar, de telle sorte
qu'elles n'eussent pas quatre pouces de saillie. « C'est seulement depuis cette « époque , dit un écrivain du temps, que « l'on peut aller et venir dans la ville eans crainte d'être écrasé; car ces en- «seignes, que le moindre veut f:n"s:\it « tomber, étaient pour la plupart d'un « volume colossal. »
Knsetgiib ou PoBTB-BtrssteinB. —
r.'f't.iit ainsi que l'on ndinniait nutrelois l offieier à qui était conlie rhoimeiir de porter iVnseigne ou le drapeau dans les régiments d'infanterie. Ces officiers portaient, dans les nrmées féodales, les noms de porte-bannière et de portecornette. Plus tard, lorsque les armées devenues permanentes eurent reçu une meilleure oriianisation , cli.iqiie arme adopta un nom différent pour désii^ner l'officier porteur du signe de rallieuient : on le nomma porte-enseigne dans Tinfanterie et dans l'artillerie; porie-éten- , dorddans la cavalerie, et porte-guidon dans la maison militaire du roi èt dans les. régiments de dragons.
T. a dénomination ae poti$'drapeau , substituée à celle d'enseigne pendant la révolution, fut remplacée, sous l'Empire, par celle de port6<iiqle; elle reparut à la restauration. Voyes Dbâ-
PEAD, ÊTENDABD. etC.
Enseigne de vaisseau, nom sous lequel on désigne un officier de marine,
3ui longtemps eut ThoDorable mission e veiller sur l'enseigne de poupe et de la défendre pendant le combat. Anjourd'iîui, cet otlieicr fait le service du bord comme le lieutenant de vaisseau, sous les ordres duquel il est placé. S'il a conservé son ancien titre, ce n'est que par respect pour ia tradition: car il n'est plus spécialenient chargé de la garde du pavillon. La dénomination d'en^ei2:ne de vaisseau fut m^me rem- Dlacée en 1831 (t" mars) par celle de Ueutenénitde frégate; mais on y revint dès le 29 décembre 1836. L'enseigne de vaissean a, dans l'armée, le. rang de lieutenant en premier d'artillerie. Il est le dernier des ofiBders de la marine, et pré( ède immédiatement Pélève. L'aspirant devient presque nécessairement enseigne après deux ans de noviciat et
un «iiÉoen.
Enseignement. — Les druides avaient, dans la Ganle indépendaute, le privilège de l'enseignement. Les rhéteurs philosophes de Rome leur succédèrent , et vinrent faire fleurir dans la Transalpine les lettres qui penchaient vers leur décadence en Italie. L'éloquence fut enseignée par Kuinénius, à Aufun, au troisième siècle; |)ar Ansone, à Bordeaux, au quatrième. Quand la loi chétienneeiit renversé, avec les aulelsdtt
f>aganisme, les chaires des philosophes,' e clergé se trouva sans contestation maître de l'enseignement, qui ne roula bientdt plus que sur les pratiques religieuses et sur les dogmes lhéologi<jues.
Aussi, jusqu'à rcpnijue de la renaissance, ctait-il admi:> que quiconuue enseignait, soit dans l'école publique, soit dans la famille, devait porter l'habit ecclésiastique et être, sinon prêtre, du moins clerc. Les trois hommes qui aidèrent le plus puissamment Charlemagne à rétablir l'enseignement en France , le Saxon Alruin, le Germain Leidrad, le Goth Théodulf, étaient, le premier, diacre de Téglise d*Tork et abbé de Saint-Loup de Troyes et de Saint-Martin de Tours; le seeotid , archevêque de Lyon; le troisième, évéque d'Orléans. Cependant les iktrea orofmei reparurent dans leurs écoles a oftté de la théologie, et leur proi^^ramme a*éteadit aux sept arts libéraux.
Plus tard, un grand nombre de ooi»grégations religieuses firent de renseignement un des objets principaux de leur institution. Les jésuites , dont les collèges couvrirent la France; les béné(tictins, qui dirigèrent même une école militaire, àSorrèze; lesoratoriens, les doctrinaires, rendirent dans cette carrière des services qu'on ne saurait méconnaître. En sortant des mains du clergé, nutnrjt par suite de la révolution opérée dans les mœurs, que par celles qui étaient survenues dans le monde politique , l'enseignement passa dans celles du gouvernemeut , auquel l'esprit de parti , en se fondant sur une
Sroniesse irréfléchie in.sérée par les 221 ans la charte de 1880 • voudrait aujourd'hui Parracher.
Considéré par r:)p[)ort à ia nature des objets d étude j i'enieigneinent , en France , «b divise en trois degrés dis-
BitsÉi«iiisiniirr FRANCK. MMietiitlifeirr m
tincts. Le degré prim<iire se subdivise la base, Tavait vue eo pratique à Orléans,
en enu'ignementprimaire éUnuntairêy Madame de Hlaintenon favait , dit-on ,
lequel ne comprend que rinstrurtion ititrodutte à Saint -Cyr. A Paris, en
morale et religieuse, la lecture, l'écri- 1717, un nommé Herhnult IVtablitdans
ture, les éléments de la grammaire , du une école qu'il dirigeait à l'hospice de
calcul et du dessin linéaire; et en en- la Pitié, et qu*il avait partagée en sept
êeignemetU primaire supérieur j lequel, classes, dont les meilleurs élevés étaient
outre ces notions, renferme les élé- chargés de répéter ses leçons à leurs
ments de l'histoire et de la géographie, camarades. Lin curé de 'S'euville en
de la géométrie, de la physique, de la Lorraine paraît aussi avoir fondé vers
chimie, de Thistoire naturelle et du la même époque une véritable école
chant. Le cfcgre «ffcoiMtoirf est celui des d'enseignement mutuel. Puis vint, en
collèges. Le latin et le grec en sont de- 1780 , Te chevalier Paulet ou Pawlet,
puis longtemps la base. Toutefois, les Irlandais naturalisé, qui, ne pouvant
études historiques , les sciences physi- donner des soins individuels aui deux
ques et les langues modernes y acquic- cents enfants qu'il avait réunis dans son
rent chaque jour plus d'importance, école du village de Vineennes, eut,
Lnlin, le degré superieur^qui complète comme les précédents, Tidée de se mul-
ou applique les connaissances puisées tiplier à Taide de moniteurs choisis
dans les deux autres, est celui des ta- barmi les élèves eux-mêmes. Son ( ta-
cultés et des écoles spéciales. olissement, qui avait rern de T>ouis \ \ I
Considère jiar rapport à la manière quelques encouragements, lut fermé
dont il est donné, l'enseignement se pendant la révolution,
divise en trois modes. Il est Mit;i(ltie/ La méthode mutuelle, réduite eu
quand il est donné directeineitt par le corps de doctrine par Lancaster, repa-
maître à chaaue élève; il est simultané rut chez nous en 18!.S. Elle trouva d'ar-
2nand il s'auresse à la fois à tous les dents promoteurs dans les membres de lèves de la classe, oe qui a lieu dans la société pour l'amélioration de Tenl'enseignement supérieur et dans l'en- seîgnement élémentnirc fondée à cette seignement secondaire, ainsi que dans époque. Les plus influents furent rnhbé la plupart des écoles primaires. Lnlin, Gauthier, qui avait pratique la ineLiiode il est dit tmUvel quand les meilleurs à Londres pendant l'émigration ; le élèves sont chargés de transmettre cha- vertueux la Rochefoucauld- Lia ncourt, cun à une portion de leurs camarades MM- de Gerando, de Laborde et Joies leçons que seuls ils reçoivent di- mard. Le premier essai fait à Paris reefement du maître. ( Voyez Tartlcle sous les auspices de la société eut lieu suivant. ) en juillet 1815. L'école était située rue Ensbignemetît mutuel. — Il est à Carpentier, près de Saint-Sulpice; la di-
{)ropo8 de faire remaruuer d'abord que rection en était conûée à M. JNyon père, e terme par lequel on désigne en France Divisés en groupes ou cercles de nevî ee mode d'enseignement , n'est pas enfants chacun , sous Tautorité d*aD complètement exact, puisque, dans les moniteur particulier, les élèves présenétablissements où il se pratique, les talent dans leurs divers exercices une enfants ne sont pas appelés à échsn^&t régularité inconnue dans les autres mutuellement entre eux la répétition écoles. Pour répondre aux demandes des leçons, mais que c'est une classe qui arrivaient journellement des dépardeterminée d'élèves qui supplée le mai- tements, on donna à l'établissement le tre dans l'instruction des autres. Avant caractère d école modèle, et un cours que Lancaster eût popularisé en An- normal , qui se renouvelait toutes les glfterre la méthode à Inquelle il a donné six semaines, y fut établi en vue de forson nom , avant que Bell IVill étudiée mer des instituteurs. Cette nîéme année dans l'Inde , où elle parait exister de- quatre écoles s'ouvrirent à Paris, puis VB temps immémorial, elle avait Cependant la méthode ne s'établissait déjà été essayée avec succès en France, pas sans une vive opposition. Ses ad- Rollin , qui dans son traité des études versaires , le clergé presque en masse a développé les principes qui en forment et les ultras du parti royaliste, pour in*
mSUBlM
téressèr à cette lutte ramour-pro(Hre
national, affectaient de ne qualifier l'enseignement muttiol que de méthode étrangère. Ils signalaient, dans la cliaire et à la tribune, les écoles nouvelles comme aiit int de pépinières d'ennemis de la religion et du roi. D'une modeste question de méthode , on fît ainsi une grave question politique. Une polémique de nrochures s'engagea, à laquelle prirent part des esprits distingués.
L'enseijgnement mutuel, attaqué par le eardmal de la Luzerne , fut défendu avec chaleur par M. de Laborde. Malgré les dispositions peu favorables, pour ne pas dire hostiles, que montrait pour lui le gouvernement , il se propagea rapidement pendant les premières années de la restauration, appuyé qu'il était par l'opposition libérale. A Paris, quelques instituteurs , entre autres M. Boisroont et M. Morin , rappliquèrent avec des siiecès divers , aux études classiques. Dès 1818, on comptait en France 220 écoles mutuelles , dans lesquelles 24,000 enfants recevaient l'instruction primaire. T/nniiée suivante , le nombre des écoles ét.iit porté à 560 , celui des élevés à 62,000 ; et , en 1821 , il eiistait 1,197 écoles d'enfants organisées sur ce plan, .sans compter 10(5 écoles regimentaires. Ces deruières. il est vrai, furent bientôt supprimées, et le nombre des premières, pf^ndant les années qui suivirent, diminua à tel point , qu'en 1829 il n'en existait plus que 804. Mais , deux ans plus tard , la raveur leur était revenue , et le nombre s'en élevait à 1 ,580. La capitale comptait <lans ce ebiffre pour 42 écoles , qui contenaient 8,400 enfants.
Puis , Tardeur avec laquelle on s^était porté vers la méthode autrefois persécutée se refroidit. D'un autre côté, on vit les écoles rivales, celles des frères, entrer enfin dans la voie des améliorations, et la faveur se partagea. En 1835, il n'y avait guère plus que 1,000 écoles mutuelles dans toute la France. Dans bien des localités , l'introduction de la méthode avait trouvé un obstacle jusque dans la vanité des parents , qui ne voulaient pas courir le risque de voir leur enfant sous les ordres de celui de leur voisin. Une autre raison s'oppose toujoilis à pon «ttocès dans les écoles ru-
rales; c'est qu'il n'est pas possible d'y
obtenir ras.siduité qu'elle exige chez les moniteurs. Il est juste de dire aussi ^ue le petit nombre des élèves que contiennent ordinairement ces écoles , y rend à peu près sans objet ce mode d'organisation, si précieux dans les grandes écoles, où un seul maître peut, par ce moyen, suffire à 500 enftnts.
Excepté à Paris, les écoles mutuelles de tilles sont fort rares ; mais il faut avouer que les formes roides et arrêtées de ces établissements ne sont pas celles qui conviennent à l'éducation de la France. Aujourd'hui que la question a été replacée sur son terrain naturel , on peut apprécier à leur juste valeur les arguments que l'on a fait valoir pour et contre l'enseignement mutuel. L'exagération de ses partisans, on doit en convenir , a souvent fourni des armes à ses ennemis. Tel était, selon quelques-uns, rétfvinaiit pouvoir de la méthode, qu'elle n'exigeait aucunes connaissances chez le maître lui-même, pour faire faire aux élèves des progrès dont la rapidité nous ramenait au temps des miracles. Tandis que l'éducation s'y faisait à la baguette, l'instruction s'y inoculait pour ainsi dire. Un heureux rapprochement a enfin eu lieu entre les deux partis. De la fusion opérée entre la méthode simultanée et la méthode mutuelle, il est résulté une méthode mixte, qui , conservant dans l'organisation de l'école ces rapports de moniteur à auditeur, où les enfants font l'apprentissage des relations de la vie sociale, et admettant plus fréquemment l'action directe du maître sur l'élève, concilie les avantages de l'une et de Vautre, et acquiert chaque jour plus de faveur.
Ensheim ( bataille d' ). — l^e but principal queXurenne se proposait d'atteindre , dans les graves cireonstanoas où il se trouvait peu de jours avant la bataille d'Ensheim , était d'empêcher les Impériaux d'entrer en Alsace. Ceuxci, voyant tous leurs projets déjoués par la vigilance du général français, résolurent de remonter le Rhin, et de
Êasser par Strasbourg pour aller s'étalir dans la haute Alsace. MaisTurenne avait deviné leur intention, et il eonoit , le haidi projet d'aller les attaquer et les
SNSttfim FRANCE. ttirsiSHBiM 9êi
battre à Eosheim, où ils se trouvaient les escadrons anglais de Montraouth,
encore (*). sons la conduite da oonlte d'Aurergne.
Dès le 8 octobre 1G74, il se mit en Ces escadrons firent une charge tellemouvement pour exécuter le plan nu'il ment vigoureuse, que les ennomis fvavait arrêté ; mais il tut contrarié aans rent mis dans une déroute complète , sa marebe lîar la. pluie et par la crue et laissèrent les Français mattres de li des eaux. L armée ennemie, qu'il comp* plaine sur la gauche, tait surprendre, eut tout le temps néces- Cependant l'ennomî occupait tousaire pour faire ses dispositions. Tu- jours le village d'Knsheim, et il s'y était renne arriva néanmoins le 4 à la pointe fortement retranché ; Turenne eut bien du jour sur les hauteurs de INIoltzeim. voulu le forcer dans cette position , Il trouva l'armée rangée en bataille, la mais ses troupes avaient fait plus de gauche appuyée à un petit bois, où le quarante lieues avant ce combat, qui duc de Bournonville avait placé de Pin- avait duré depuis le matin jusqu'au soir, fanterie et quelques pièces de canon ; Elles étaient harassées , non-seulement le centre , adossé au village d'Ensheim ; par la fatigue, mais encore par la pluie, la droite s'étendait dans la plaine. qui n'avait pas cessé de tomber un seul
L'attaque commeu(^a aussitôt à la instant; ses munitions étaient d'ailleurs
cauche «TEnsheim , ou se trouvait le épuisées; il jugea plus sage de repasser
bois que les Impériaux occupaient, le Breisch.
Après plusieurs charges vigoureuses , Du reste, la possession du bois si les dragons français f conduits par le longtemps disputé, celle des retranchemarquis deBoufiders, enfoncèrent Ten- ments à la droite de Tennemi et de la neml et gagnèrent du terrain sur lui; plaine à sa couche, 3,000 Impériaux mais des renforts étant arrivés, les restes sur le champ de bataille, 10 piè- Impériaux revinrent au combat avec un ces de canon et 30 étendards ou draacluirnement extraordinaire, et con> peaux enlevés, une grande quantité de traignirent les dragons à se replier à prisonniers, étaient des avantages asscz leur tour. Turenne, voyant que les en- marquants pour que les Français pusnemis s'opiniâtraient à vouloir garder sent s'attribuer les honneurs dé la jourle bois, qu'ils regardaient comme un née.
poste très-avantageux, lança contre eux Ensisheim , ou, par abréviation,
Suinze escadrons et toute l'aile droite Ensheim , Ensishemum , Ensishee sa seconde ligne. Le combat fut rude nium, petite ville de Tancienne haute et le succès quelque temps balancé. Il Alsace , dont elle se prétendait autrelit alors avancer sa première ligne, et, fois la capitale. Elle était le siège du après des efforts inouïs, après quatre conseil d'Alsace avant que celte cour charges consécutives , les eunemis fu- fût transférée à Brisacb. C'était eurent culbutés et obligés de se retirer eore, au moment de la révolution , le derrière les retranchements d'Ensheim. siège d*un bailliage et d'une maîtrise Pendant ce temps , la gauche de l'ar- des eaux et forets. C'est aujourd'hui le mée française se trouvait engagée avec chef-lieu de l'un des cantons du déparla droite des Impériaux et avec leur ca- tement du Haut-Rhin. On y compte valerie. Le comte de Caprara, àla tète 3,568 habitants. C'était autrafois une des cuirassiers de Pl'jnpereur , eut place importante ; elle fut prise trois même, pendant un moment, quelques fois pendant la guerre de Trente ans. légers avantages; mais le* comte de Ensisheim (traité de). Le dauphin Lorges , commandant Taile gatiehe des Louis (depuis Louis XI), vainqueur des Français , fît soutenir ses troupes par Suisses nu combat de Saint-Jacques ,
(•) Ens/u'im ou Fntrnni r.t un ^ illage de P^^i ( »444) , s'était retiré daUS
l'ancienue basse Alsace C^ias-Khmj, enu* Bnsgau , en Alsace et en Lorraine,
Slraibistifv et Molshriro. M; de Sismoiidi, bandes commettaient d'bornbies
Histoire des Français, i. XXV, n. a88, a cxcès. Il avait résolu de pousscr plus
confondu à lori ce lien avec Fiisisheim, (\\n loin ses excursions en Allfinaene, et de
est une petite ville du deparlemeut du Haut- faire sa uaix avec la coultdcration bel*
Khia. Yoyet Tart «livant. vétique. Le tndté fiit signé, le 28 octobre
1444, à Ensisheim. Louis, les nobles
et les bour^'-ois des villes et communes suisses, s'y flrent promesse d'ainiiié et de uleioe liberté de commerce. 11 y eut bien aussi une demandé d'une somme
' d'argent assez considérable destinée î satisfaire les troupes <le France ; maïs
•les Suisses se refusèrent absolument à Ja payer (*).
ElfSOHCBUBlIBIlT* Yoy» S01<- CIEBS. •
Entébinement. On appelle ainsi une sorte d'tiomologation, oe vériûcation t h laquelle sont soumis , devant
l'autorité judicinire, certains actes qui^ par cette formalité, deviennent entiers^ complets , et deviennent exécutoires.
Dans Tancienne procédure, l'entérinenient d'un usage était beaucoup plus fréquent qu'iiujoiir rhui ; la plupart des lettres de chancellerie y étaient sounn- Sfs. D'après notre jurisprudence , il n^est plus guère employé que pour les lettres de grâce accordées par le souverain. Dans presque toutes les locutions où l'un se servait autrefois de ce mol , nous employons celui A* homologation^
EiNTEUBEMBNT. VOyCZ CllIÏIIBBX
et SÉPULTUKB.
. EiHXKB^EA VIF (supplice). On trouvq dans notre histoire plusieurs exemples du supplice infligé à Rome aux vestales coupables. Sous les rois mérovingiens, époque où il n'y avait guère d'autre loi que le caprice du vainqueur, les esclaves étaient quelquefois enterrés vifs pntir les fautes les plus légères. Grégoire de Tours , dans un passade où il raconte les atroces cruautés d'uii Franc nommé Rauching , cite entre au* très le trait suivant : » lieux des serfs de ce seigneur, un homnie et une jeune fille, connue il arrive souvent, se prirent d*aiDOor Pun pour l'autre. Cette inclination durait depuis deux ans ou plus encore; ils s'unissent enfin et se réfugient ensemble dans Téglise.
« Rauching l'ayant appris, vu trouver le prêtre du tieu et le prie de lui rendre sur-le-champ ses deux serviteurs, faisant promesse de leur pardonner. » Ils « ne seront jamais sépares par moi , « dil-il avec un serment et en plaçant
(*) Toyez le traité dans Dunoaty Ç^rpê dtjUoaiAtUfue t t. iU, p. ikh
« ses mains sur Tautel ; au contraire,
« je ferai en sorte qu'ils restent tou- « jours unis , quoiqu'il me peine que « tout ceci soit arrive sans mon consen-
< tement. » Le prêtre , sans défiance , crut à la promesse de cet homme rusé, et lui rendit ses serviteurs, eoniptiiut sur leur pardon. Rauching les reçut, le remercia, et retourna à sa maison. Aussitôt, par son ordre, on coupe un arbre dont on abat la ti^te , et l'on creuse le tronc avec un coin ; puis , dans une fosse pratiquée en terre , profonde de trois ou Quatre nieds , fit déposer cette pièce de oois où était placée la jeune fille comme si elle était morte ; il ordonna qu'on jetât soo époux sur elle, mit un couvercle nar-dessus, remplit la fosse de terre, et Tes ensevelit ainsi tout vivants : « Je ne manque pas, disait-il,
< au serment que j'ai fait de ne jamais « les séparer. »
« Quand le prêtre apprit cette nouvelle , il accourut précipitamment, et , adressant de vifs reproches a cet homme, obtint avec peine de les découvrir. Il retira le jeune homme encore vivant , mais la jeune Olle était étouffée... (*). w
On serait tenté de croire que la tradition d'uo si affreux supplice se perdit quand les mœurs des barbares commencèrent à s'adoucir au contact des peuples qu'ils avaient vaincus. Il n'en fut rien pourtant^ et. sous la troisième race, jusqu'au qumzieme siècle, on en trouve de nombreux exemples. Philippe- Auguste fît eufouir et enterrer tout vivant un bourgeois de Paris qui avait prêté un faux serment. Kn 1295, lebaiîli de Sainte-Geneviève condamna une certaine Marie de Romniuville, convaincue de larcin, à être enfouie [)ubli(pi<'U)ent à Auteuil , sous les fourches patibulaires. Cette peine fut encore prononcée en 1302, parle même magistrat, rentre Amelotte de Christeuil , pour avoir dérobé , entre autres choses , une cotte , deux anoeawi et deux ceintures. Du temps de Qiarles VII , en 1440 et 1457, deux autres victimes périrent ainsi au pied du gibet de Montiaucon, dans une fosse réservée à cet horribie usage.
Enfin, sous Louis XI, on ensevelit vivante , en 1460 , une nommée Periette
(•) Uist. franc, Ub. V| ch. 3.
M auger, larronnesse et receletue (Sauvai , II, 594).
Entragues ou Entr aiguës, bourg de Fancien comtat Yeuaissiu , aujourd'hui compris dans le département de Vauclusp.
ExTR AGITES i comtes d'). Ce titre appartenait aux nicuibres de la ligne principale des de Balzac (*). Un Jean de Balzac, seigneur d'Entragues, seconda Charles VU de tous ses biens dans la guerre contre les Anglais , et épousa Jeanne de Chabannes. Son fils puîné fut , sous Charles Vni « goiivemettr de Pise.
Un petit-fils de ce dernier fut jpère de deux personnai^es qui ont renclu le nom d'Entragues iassez célèbre : Char»
leSj le cndot, surnommé le bel Entra- Ques ou £iUraguet, pour le distinguer de son frère , était tout dévoué a la maison de Guise. Ce fut lui qui , ayant accablé de son mépris, le 26 avril l'ô78, le comte de Quélus , mignon de Henri ni^ fut cause du fameux duel contre Quelus, lUaugiron et Livarot. Schomberg et Riberac , amis du duc de Guise, s'étaient uiàs à lui pour ce combat^ qui se livra le dimanche 27 , à cinq heures du matin , près de la Bastille. Entraguet et Livarot survécurent seuls à ce duel. Le roi , dans son ressentiment, eut un moment la pensée de faire traduire en justice le meurtrier de ses ml* gnons. ^Jais il se résigna à le laisser tranquille, quand le duc de Ginse eut déclaré avec hauteur , « qu'il n avoit « fait acte que de gentilhommeetd'hom- « me de bien , et que, si on le vouloit « fâcher, son épee , qui Goupoit bien, « lui en feroit raison. »
François d' Entragues ^ frère atné de Charles, marié rn jiremipres noces à Jacqueline de Hohan, dame de Gié, épousa ensuite Marie Touchet, autrefois maltresse de Charles TX. , et mère de ClKirles de Valois, ducd'Angoulême, comte d'Auvergne. De son premier mariage, était né un Ois, Charles , dont Tunique héritier mourut en bas âge , et une fille mariée à Jacques d'illiers , seigneur de Chaatenoesle, dont elle eut
(*) Bahae, petite ville à d«« limm de BriuuJo en Auv«V|qe, (tnit fon lUMq à cette famille.
Léo» (VlUiers , seigneur cV Entragues^ dp Chantemesle , lequel fut déclaré héritier de la maison d'Entragues, à condition d'en porter le nom et les armes.
Du second Ut sortit oette Hbnbtbttk de Ralznc, marquise de Vernebil, qui fut maîtresse de Henri IV (*).
Voici ce que l'histoire raconte des intri||ues du père et des enfants. Trois semaines n[)rès la mort de mademoiselle (rLstrees. mademoiselle d'Kntragues, aussi jolie que Gabrielle, et beaucoup plus enjoué , plus malicieuse et ' plus hardie, parvint, par les manèges de la coquetterie la plus raffinée, à captiver Uenri IV. Le roi la fit marquise de Verneuil , et SuUy eut ordre de trou< ver immédiatement 100,000 écus ; c'était le prix que la demoiselle mettait à sa vertu. L.e surintendant les apporta à son mettre , quoiqu'il edt alors à rassembler trois ott quatre millions de
fonds extraordinaires, pOQt renouveler l'alliance des Suisses.
A quelque temps de là , Henri mon* tra à son ministre une promesse que le père de Henriette avait exigée de lui , et par laquelle il s'engageait a épouser la marquise, si dans 1 année if avait d'elle un enfant mâle. Sully, encouragé à en dire son avis , déchira cette promesse. Le prince sentit combien Sully avait raison; mais, entraîné par la passion , il passa dans son cabinet, écriviii une autre promesse, et partit pour aller la remettre au comte d'Entragues. Des troubles graves et des conspirations^ dangereuses naquirent de ce honteux marché. D'ailleurs cette femme, tour à tour capricieuse , complaisante , flatteuse , méprisante , dévote , libertine , criminelle d'État, repentante, et jamais fidèle , devint le fléau du trop faible Henri. Sa fécondité produisit tous les malheurs que Suliy avait prévus ("M.,
Is comte d*£ntragues osa espérer
(•) Marie de Balzac , sœur de HenrieUe, fut la maîtresse du maréchal de Bassonpierre et la mère d'iiti Louis de BaswmittttTe , qui devint évéque de Saiotes.
(**) Un mois aprèt la miMum dn danpoin , la mai-quise accoucha d'un fds, Casion- Hmri , d'abord évéque de Meti , puis duc de YerncuU, mort sans enfants eu i6âa{ rannée suivante elle ««t l|M Ule SNUiés î
SS4 BRTRAOUBS LUNlVEItô. feRtBAOOBS
que sa fille monterait sur le trône ; Henriette 8*emvra de cette idée , et fut jsoutemie dans son espoir par son frère Çharles de Valois , duc d'Ani^oulême.
Lorsque Henri eut épousé Marie de Médicis , mademoiselle d'Entragues Uii fit signifier une opposition dont on ne tint pas compte : elle n'en crut pas moins avoir assuré à son fils ses droits de leijitimité; et, formant une brigiie où entrèrent les ducs de Bouillon et'de Binon , elle conçut le projet de faire déclarer le mariage du roi nul , et le dauphin illégitime. Quand, en 1602, Henri fut obligé de sévir contre Biron, le frère de la marquise avait été arrêté ; mais dès qu'il voulut se donner les ap-
tarences du repentir, il obtint sa lierté. On croit que le roi eut aussi la douleur de trouver sa mattresse compromise dans cette affaire , mais qu'il eut soin d'en anéantir les preuves.
Il fut récompensé de tant d*indul-
§ence par de nouvelles trahisons. Les 'Entragues se jetèrent dans les bras de Tanibassadeur d' Espagne. Dans le cas d'une minorité , Philippe HI aurait fait valoir les prétentions de la marquise pour roîitoster la légitimité des entants de Henri IV; car il voulait se réserver tous les moyens de troubler le royaume. Cependant, alarméede l'arrestation d'un complice subalterne, Henriette consentit à faire rendre au roi par son père , le 2 juillet 1GÛ4 , la promesse de mariage n qu'elle £A8oit, dit Mézerai, sonner bien haut , la montrant à quiconque vouloit la voir. »
A l'ambition de cette famille se joignit alors le dépit, et le comte d'Entragues se montra disposé à porter les dhoses h l'extrême pour assurer sa vengeance. Henri lY, rebuté par l'humeur acariâtre de sa inkltreBse, avait trouvé des consolations auprès de sa jeune sœur , plus douce, plus complaisante; et cherchant toutes les occasions de la voir, il allait jusqu'à se travestir , et à courir le jour et la nuit par des bois et des cheniius détournés , sans presque aucune escorte. Prolitant des facilités
3ue lui donnait l'imprudence du roi ans ses voyages au château de Vernetiil , le comte d'Kntragues lui dressa deux fois des embuscades auxquelles il échappa comme par miracle. Pendant
ces tentatives , le complot se fortifiait , s'agitait , et s'alliait de plus en plus à
l'Espagne et à la Savoie. Au moment où tout allait éclater, une lettre mii tomba par hasard entre les mains du roi lui dévoila les projets des conjurés ; alors il fit arrêter les comtes d'Auvergne et d'Entragucs, et fit donner des gardes à la marquise; on surveilla ceux qui paraissaient être d'intelligence avec eux (*),
Le parlement fut chargé d'instruire le procès des coupables ; et le l*' février lOOf), les comtes d'Auvergne et d'Entragues , et un intrigant écossais nommé Morgan , fiirent condamnés à avoir la tête tranchée en Grève, et In marquise à être renfermée le reste de ses jours dans un couvent.
Henri commua la p«ine des deux premiers en une détention , et au bout de peu de temps il rendit la liberté à sa maîtresse , et recommença ses galanteries avec elle. Mais il ne tarda pas à se guérir de l'amour qu'eUe lui avait ins« pire, en nouant d'autres intrigues toujours plus indignes de son âge. La marquise , oubliée , passa le reste de ses jours tantdt à Verneui! , tantôt à Paris , et mourut en 1633. Si l'on en croit quelques historiens , elle ne fut pas étrangère à l'assassinat de Henri IV.
Peu de temps après leur condamnation , Chnrles de Valois et d'Entraeues avaient été réhabilités et rétablis dans leurs biens. Le premier reparut à la cour dé Louis Xni, et se fit faux monayeur (**)* Le second fut exilé à Maiesherbes.
■ (*) On trouva , au ch&teau de Marcoussis ,
cachés dans l't paîsseur d'un mur, des papiers parmi lesquels éUiient troiâ lettres du roi d'Espagne, et l'engagement qu'il prenait en* vers la marquise de Yerneuil de faire reconnaître son fils romme dauphin de France, Archives curieuses, t. XIV, p. i65-i 75 ; Joum»
de l'Estoik, fin de sept. , t. III , p. 47^ ; 1« Laboureur, add. aux mém. de Casicioau ,
t. Il, p. 600-60 1.
(••) Cousuliez sur ce prince escroc, Talle* mand des Réaux , Mémoires , t. I, p. i38. Les Mémoires très-particuliers du duc il'Angoulème pour servir à l'histoire des règnes de Henri UI et Henri IV (t60a, in-ift) ont été insérés dans la Collection des mém. rcl. à l'hist. de France, t. &UY de la première série.
KRTAAGUES FRANCE. EMTEAGUES 885
De la ligne directe des comtes d*En-
tragues sortirent les brandies des comtes de Ciermont d'EiUragues , des barons à$ Jhtnês et des seigneun de Montagu.
Emmanuel- Louis-Henri de Launey, cowi/e rf'KNTBAGUES, député aiix états éneraux de 1789, naquit à Villeneuvee-Berg en Vivarais, vers ] 755. Il était neveu du comte de Saint-Priest, ministre sous Louis XVI, et eut pour précepteur Tabbé Maury. Partisan enthousiaste des réformes, doué d'une imagination ardento, et plein de talents, il débuta par un coup de iii iitre, en publiant, en 1788, un Mémoire sur let états généraux, ieurs droits et la mor nière de les convoquer. Cet écrit , qui produisit une grande sensation , était le développement de l'épigraphe suivante, empruntée à la formule qu'employait lejnstider d'Aragon, lorsqttUl prétait sernrient au roi d Espagne au nom des cortès : « Nous qui valons autant que «vous, et qui sommes plus puissants « que vous , nous promettons de vous « obéir si vous maintenez nos droits et « nos privilèges, sinon , non. » L'auteur y justitîait l'insurrection, déclarait la guerre aux ministres de tous les rois; ap[)elnit la noblesse héréditaire le présent le plus funeste que le ciel irrité ait fait à l'esprit humain; montrait enfin une prédtleetiOR marquée pour le gou- ?ernement républicain.
Rien de pitis étonnant que le changement subit du comte d*£ntrague8, aussitét ÇHf il eut été élu par la séné* chaussée de sa vilîe natale , député aux états généraux de 1789. Alors il défendit avec chaleur une doctrine tout opposée. Il quitta même la France au commencement de 1790, et se rendit successivement en Suisse et à Vienne; différentes cours lui payèrent pendant quelque temps une pension de trente-six mille francs, à lui qui avait attaqué jadis tous les gouvernements de l'Europe.
Il est vrai de dire qu'invariable dans ses uouveaux principes, il ne cessa de-
ftuis, dans les écrits qu'il publia cbes 'étranger, d'appeler sur sa patrie tous les fléaux d'une contre-révolution , et d'employer tous ses eli'orts pour la cause de la maison de Bourbon. Ses correspondances et ses mémoires vin-
T. yn. iékvoiNNi. (Dicv. ntci
rent saiis relâche solliciter les révolutionnaires importants ; et ils ne réussirent que trop bien auprès de Pichegru. En 1797, il était, à Venise, l'âme de toutes les machinations qui se tramaient contre hi France. Quand il jugea que la ruine de cette vieille puissance était imminente, il prit la fuite ; mais il tomba dans un avant- poste de Tarmée de Bonaparte , et fut arrêté avec tous ses papiers, où l'on trouva les preuves de la conspiration de Pichegru. L'adresse de ta femme lui ayant fourni les moyens de s'évader, d Entrngucs retourna en Russie, y embrassa la religion grecque, et reçut une pension et un riche présent de Temporeur, avee lequel il entretenait une correspondance secrète.
Nommé conseiller de la légation russe à Dresde, il y publia un écrit violent contre Bonaparte, qui obligea le gou* vernement saxon de le renvoyer. Cependant il trouva bientôt une nouvelle source de fortune. Ayant eu connaissance des articles secrets du Traité de lïlsUtf il se rendit à Londres, et les comituiiiif]ii:t nu ministère, en échange d'une lorle {)ension. On prétend qu'il eut alors la dIus grande influence dans la conduite au gouvernement anglais à l'égard de la France, et qu'il passait même, en Angleterre, pour un des plus grands politiques de l'Europe.
Toutefois, il vivait éloigné de la petite cour d'IIartwell. Les relations qu'il entretenait à Paris, avec de jirands personnages, contribuèrent à replacer la maison de Bourbon sur le trdne; mais il ne devait pas voir accomplir l'œuvre qu'il avait préparée. La police de l'empereur avait envoyé à Londres deux émissaires qui, par l'intermédiaire de Lorenzo, son domestique, obtenaient lecture et même copie des dépêches et des notes que celui-ci éiait chargé par son maître de communiquer à Canning.
Le 99 juillet 1819, le comte d'Entragues annonça son intention d'aller chez le ministre pour avoir son avis sur un mémoire important. Lorenzo, qui n'avait pas encore retiré cette piècis des mailis des agents français, comprit que son infidélité allait être découverte. Dans sondésespoir, il tua M. et madame d'Entragues, et se brâla la cervelle aussitdt aprts. Telles sont tes eiplicattoiis doiH
i., RC.) S5
380 ENTRBCASTEAUX L' UNIVERS.
nées sur un événement qui n'eut pour témoin quelle cocher du comte, que Ton n'a su que par les journaux anglais, et dont les circonitaiiGeB ne furent jamais rechercliées avec assez de soin. Ce qui a pu faire croire qu'on l'avait assassiné pour s'assurer de son silence, c'est oue le goufernement anglais s'empara de tous SCS papiers. Le comte d Entro2;ues , eti épousant madame Saiut- Uuberty, iegitima uo fils ^u'il avait eu d'une autre temme , et qui devint hérîtiër de son nom.
> Entrecastkaux, ancienne seigneurie de Provence ( aujourd'hui du département du Tar ) , érigée en marquisat en 1676, en faveur du comte de Gri-
(5nan , gendre de madame de Sévi^né, equel ne laissa que deux hlles, madame de Vibraye et madame de Simiaue. Un an avant sa mort, en 1718, il avait vendu la s-ei^neurie d'Entrecasteaux à Raymond Bruni, trésorier de Erarice, en faveur duquel elle fut de nouveau érigée en marquisat en 1714. 11 fut l'aïeul du suivant.
Ektbecasteaux { Joseph - Antoine- Bruno d') , 1 uu des plus habiles et des plus célèbres navigateurs des temps inodernes, naquit à Aix, en 1740^ d*utt président au parlement de Provence.
Ce tut sous les ordres du bailli de Suffren , son parent , qu'il débuta dans la carrière mditaire; mais cette époque de sa vie n'offrit rien de remarquable.
Pendant que le maréchal de Vaux travaillait à soumettre la Corse, il croisa sur les côtes de cette tie avec un bâtiment léger qu'on lui avait confie; on lui donna ensuite le commandement d une frégate de trente-deux cations , destmée à con- Toyer plusieurs bâtiments marchands, du port de Marseille dans les échelles du Levant. Il rencontra sur sa route deux corsaires , dont chacun était plus fort que sa frégate; cependant il parvint à sauver de leur attaqué tous les navires remis à sa garde.
Après cette campagne , il fut nommé capitaine de pavillon sur le Mq^ê»
iMStiaSy vaisseau de cent dix canons, motité par M. de Rochechouart. Le retour de la paix lui donna l'occasion de se distinguer comme administrateur : le maréchal de Castries le Bouima dlindeur 9à^% des ports et