FEU
FBRALANTIBRS
il n*y avait au-dessus de toutes ces conventions faites isolément aucune force qui pût, en définitive, arrêter les infractions au pacte féodal, il en ré*
sulta que chacun n'eut , comme autrefois, pour rèple de conduite que son intérêt particulier, et que les passions mauvaises et les violences ne furent comprimées aue d'une manière imparfaite. La féodalité qui s'oriianise est le désordre qui cherche à devenir Tordre.
Que les tentatives qui furent fâtm à répoque féodale pour établir la paix parmi les hommes n'aient pns toujours été infructueuses, on ne saurait le nier; mais on ne peut regarder, dans la vie des sociétés , comme un état normal, cet état transitoire qui exista dans l'Europe occidentale, en l'absence de toute autorité publique, quoique, nous le répétons, la féodalité ait fait de grandes choses, et qtie , sous son rèiçne, l linroïsme et d'autres vertus aient pris souvent, chez les individus, un magnifique développement.
Feb (combat de la montagne de). — Le 11 juillet 17îM , l'armée du Nord, commandée par Pichegru, et larmée de Sambre» et -Meuse, commandée par Jourdan , opérèrent leur jonction en Belgique. Si cette armée de ir)0,000 hommes, qui occupait une li^ue de plus de 2.1 lieues, eut opéré successivement contre le prince de Cobourg et contre le duc (l YorK , la destruction des deux ■ armées ennemies eût été infaillible.
Malheureusement, les deux armées françaises reçurent du gouvernement Tordre ^■jp se s^iparer presque aussitôt; celle du iVord pour marcher contre les Autrichiens, celle de Sambre-et-Meuse pour faire face aux Anglais et aux Hollandais. EUes surent , toutrfoîs , tirer encore bon parti d'une mesure nussi peu judicieuse. Kléber se porta le 15 sur Louvain.Une division autrichienne occupait la montagne de Fer, en avant de cette viilf , et promettait de faire une vive résistance. Kléber attaqua , vers 8 heures du matin , et diassa l'ennemi de cette importante polition. Dans le même momeru , les généraux Lefebvre et Dubois, qui avaient effectué un mou-
J«rdoigne,
vement sur la Dyle , vers
•'emparaient de Tabbaye de Florival. Ferblantiers. Les prenûers ma
Ces deux avnntn£;es rendant libres les approches de Louvain , que les troupes autrichiennes occupaient toujours, Kléber s'y dirigea. Les portes furent enfoncées à coups de hache. Un combat acharné s'engagea dans les rues , qui, bientôt, furent Jonchées de cadavres; mais, après avoirglorieusemeot résisté, les Autrichiens furent obligés d'abandomier aux Français la possession de la ville.
Fj&BAUDt (Raymond), siredeThoard, troubadour , né vers le milieu du treizième siècle, de l'une des plus nobles et des plus anciennes familles de Provence, suivit Charles V d'Anjou à la conquête du royaume de Naples, et se fit assez remarquer par sa valeur pour être mis au nombre des cent chevaliers qui devaient combattre avec ce prince contre Pierre d* Aragon. Raymond Féraudi s*atcha ensuite à Robert, duc de Calabre, qu'il accompagna dnns toutes ses guerres , et célébra dans plusieurs de ses poëmes.
Le moine des lies d^or, surnommé le Jlêau des troubadours, a raconté, et JSostradamus a répète après lui , que Féraudi s'étant éprisd'un valent amour pour la dame de Curban, Fune des présidentes de la cour d'amour au château de Bomanin, l'enleva et vécut avec elle, pendant plusieurs années, dans le libertinage , mais que plus tard ayant engagé sa maîtresse à se faire religieuse, il se retira lui-nî^nie dans rîie de Lérins, où la reine Marie, sa bienfaitrice, lui donna un (>rieuré. Il brûla alors toutes ses poésies amoureuses « pour « ne donner, dit INostradamtis, mnu\ais « exemple à la jeunesse. » Mais ces anecdotes ont été regardées comme apocryphes par quelques auteurs.
Rayjnond mourut vers 1321 ; le seul ouvrage qui nous soit resté de lui est une traduction en vers proven(^'au\ de la Fie de saint Honorât , premier abbé et fondateur de Lérins. Outre la copie de cepoëme, qui était conservée dans le riche cabinet de Cambis-Velleron , à Aviron , on en conserve une autre au Vatican, et enfin une troisième à la bi* bliothèque du roi. Dans cette dernière se trouve un fragment de somiet.
T. VII. 49* Livraison. (Dict. encycl., etc..'^
770 FERDINANDSHOPP' WM^
nufacluriers de fer-blanc, attirés par Coïbert, s'établirent à Ciienesey , en Franche-Comté, et à Beaumont-la- Perrière, en Hivernais; mais ils ne restèrent pas longtemps en France. Vers la fin de la minorité de Louis XV, il s'éleva une manufacture de fer-blaQC à S^sbpurg. De tlif ^ 1775, quatré'àutrès furent fondées en Alsace , eu Lorraine, en Franche-Comté , et près de ISevers. Cependant, au commencement de notre siècle , cette industrie n*était
{>as encorè aussi avancée qu'on pouvait e désirer.
Les ferblantiers faisaient pa^iedeja corporation des taillaiiiiiers.
FERDinANiSsBOFF (combat de).Dan8 les premiers jours d'avril 1807, le maréchnl ^Iortier,ne laissant qu'un cordon devant Stnilsund, capitale de la Pomç- ^ ranie suédoise, qu*il bloquait depuis plusieurs mois avec les troupes du ë* corps de la grande armée, porta le gros de ses forces et son quartier général à Grimmen ; il se disposait à aller prendre le commandement du siège de Colberg, dans la Poméranie prussienne.
l.e gouverneur de Straisund, instruit du mouveiq^nt opéré par le maréchal^ fit faire une sortie, et attaqua vigoureusement les Français demeurés sous la place. Cette faible division, bientôt repoussée, alla à la hâte, en bon ordre toutefois, sous la conduite du général Grandjean, rejoindra les autres troupes à Grimmen, et toutes ensemble repassèrent la Penne. Cette retraite des Français rendit les Suédois encore plus audacieux. Le général Armfeld à leur téte, ils traversèrent enx-m^iiies In rivière, et poursuivirent Grandjean, qui se vit contraint d'évacuer tour à tour Anklam et Demmin. A la nouvelle de ces événements, ^Mortier , qui était en route pour Colberg, revint sur ses pas pour tâcher de mettre uu terme aux progrès de l'ennemi.
Après avoir concentré à Passewalk (a majeure partie des troupes du 6* rorp«;, il déboucha, le 16, de ce village, sur la route d' Anklam , et se porta sur l'avan^garde suédoise, déjà établie à Ferdinnnsdhoff. Il la culbuta, enleva 2 pièces de canon, et fit 400 prisonniers. Le lendemain. Il rentra dans Anklam , et f 'empBM dtt pont L'ennemi se trouva
ËRS. PiAE
coupé de ses mngasfns ; sa position lui sembla alors si critique , que le général ËssenV qui venait de succéder dans le eommandement des'Suédois au général Armfeld, grièvement blessé dans l'action du 16, fit proposer une trêve au maréchal Mortier. Comme la pripcipale des oonditions offertes était que la Suède garderait une striete neutralité entre la France et la Prusse , ce à quoi Napoléon voulait amener le roi Gustave IV, ep faisant envahir Iç Poméra* nie suédoise, Mortier accepta s^os hésitation.
FÈRE (la), Fera, ville forte de l'ancienne Picardie, auj. chef-lieu de ean^n du dép. de l'Aisne. L'origine de la Fère est très-ani'icnne ; le roi Eudes y faisait quelquefois sa résidence, et il y piourut en 898. Au dixième $iècie elle apu|irtenait'à l'évéqué de Lapn. "Lôa^ fe Orps l'assiégea en 95S ; elle fut érigée en commune en 1207.
Les divers parti§ qui se signalèrent pendant les guerres de religion du quin* ^ème siècle, se disputèrent vivement la possession de la Fère. Le prince de Condé s'en rendit maître par surfirise en 1579. Ce coup de main, qui eut lieu sans effusion de sang , fut le signal de l'explosion de la guerre des amoureux.
( Voy. ce mot. ) Les clameurs du peuple décidèrent bientôt Henri III à faire attaquée cette place , pour ^ue les hu^ue* nots n'eussent pas un heu fortifie si
Srès de Paris. Il chargea le maréchal de latignon de ce siège , qu'on nomme le siège de veiours, parce qu'on pens^^ dans l'armée royale qu'il ne préseuWlF rait ni difficultés ni danger. Condé, qui était allé recruter des landsKnechts en Allemagne, avait laissé le commandement de la ville' à du Muy, et les bagnenots ne pouvaient espérer aucun secours. Matignon commença ses opérations le 20 juin ; mais le gouverneur de te Fère lui opposa une vaieureiise résistance, secondé surtout par les fièvres de ce pays maréeaiïenx. Au mois d'août l'armée royale avait perdu 2,000 soldats, et les huguenots plus de 800. Dii IMuy ne voyait plus autour de lui qub 40 gentilshommes et 330 so!dats , lorsque , le 31 aoiU , il se décida ^ caj^ituler à des conditions honorables.
Les ligueun s'aoïparèMat de la«Fère
en lâ89, et la livrèrent aux Espagnols, auxquels Henri IV la reprit en Î597, au movrn d'urip digue qui til refluer les eaux dans la ville, ^t inonda les magasins de poudre et de vivres.
lie cardinal Rfazarin fit entourer cette ▼ille de fortifications redoutables, que Louis XIV fit ensuite démolir en grande partie. On travaille maintenant à les rétablir.
La seigneurie de Iq Fère , érigée en comté en 1413, faisait partie de l'ancien domaine de Navarre et de la pairie de Coucy , avec lesquels elle avait
été réunie à la couronne. Elle fut ensuite aliénée, avec le comté de Maries , en faveur de iMazarin. La céjebre école d'artillerie de la Fère a été établie en
i719. ( Voyez ÉCOLBS MILITàllBS. ) Lttirés par riinportance (le son arsenal
Î[ui avait été récemment approvisionné, es Prussiens, après la iourme de Waterloo, se présentèrent devant cette place , dont ils s'étaient déjà emparés en 1814; mais celle fois elle fut défendue avec la plus vive opiniâtreté, et dut sa oonsenration k la bravoure d*one faible garnison secondée par la ^arde nationale. La population de la Fère est aujourd'hui de 2,800 habitants.
FÈBE CHAHraiotss , petite ville de l'ancienne Champai^ne, auj. chef-lieu de canton dudépartpmrnt de la ^larne. On y compte environ 2,t)00 habitants.
FÈBE Champenoise (bataille de).— Les environs de Féare Champenoise ont été, le 25 mars 1814, le théâtre d'une bataille désastreuse qui ouvrit aux alliés le chemin de la capitale. Les deux maréchaux Marmont et Mortier cherchaient à joindre Napoléon lorsque îa cavalerie ennemie les attaqua , les sépara et les contraignit i\ reculer. lis s'étaient à peine ralliés, qu'une seoondecolonne austro-russe les rompît de nouveau. Après septheuresd'engagement ils espéraient gagnejr les hauteurs de Fere Chamoenoise; niais un orage violent seconda encore les attaques des ennemis et augmenta le désordre de la retraite. Dépostés à deux reprises a Fère et à Linthes, ils ne parvinrent qu'à la nuit à trouver une position où ils pussent se maintenir, entre Sézanne et XU lement. Sur ces entrefaites, une colonne de 5,000 baïonnettes , composée d«s di-
visions Pactbod et Amey, qui venaient
de se réunir aux deux marécljaux, étonna et inquiéta l'ennemi en débouchant inopinément devant lui, et tous les efforts des alliés se tournèrent contre elle. La cavalerie de I^anfEcron et de Snoken la forcèrent dp quitter la route et de se retirer à travers champs sur Fère Champenoise. Un nouveau détachement de cavaliers russes vint alors lui barrer le chemin. Les deux généraux ne perdaient pas courage; ils entendaient le canon de Marmont et comptaient encore le rallier. Vain fspoir t domma Hi t'avançaient, formés en canés, bravant les efforts des escadrons qui les en vélo p-
S aient , la cavalerie de reserve de chwartzenberg s'élança contre eux.
En même temps ces braves furent accablés sous le feu d'une artillerie formidable. Entourés d'une masse de 20,000 chevaux, criblés de mitraille, ils ré- * pondent par un feu terribis. On les somme de déposer les armes; ils puisent de nouvelles forces dans la grandeur du péril , et préfèrent arroser de leur sang le sol de la patrie. Les deux divisions succombèrent avec gloire, non sans faire essuyer aux ennemis des pertes énormes. A peine un petit nombre parvin^ii à rejoindra le eorpa du général Vinrent.
Fi-iRK KN Tabdenois , petite ville de l'ancienne Brie Champenoise, auj. cheflieu de canton du dép. de l'Âisne , tut prise» en 1.567, par les calvinistes; en 1589 , par les ligueurs; en 1.S90, par les royalistes-, et, en 1692, par les Espa-
ânois. On y voit les restes imposants *un ancien' château fort , dont la gale» rie, construite en 1030 d'après les ordres d'Anne de Montmorency, présente une architecture élégante et des sculptures attribuées à Jean Goujon.
FiaiBS. Au moyen âge , au lieu de désigner les jours de la semaine par les noms païens de luadi, mardi, etc., on les nommait/i^ri^ ( feri»). Le dimanche s'appelait ^isria prima, le lundi, feria secunda, et ainsi de suite jusqu'au samedi, qui se nommaii Jerni se^tima. (Voyez Jouas.)
FaaMÀiLLEfis. — On*appelait ainsi, au moyen âge, les fabricants de chaînes, de fermoirs pour les livres, d'aj^rafes pour les manteaux el \fà& habits, de coi-
773 F£aMIERS GRNBEADX L'Ur^lVÊKS. rBRBllERS «ENERAtJX
liers, de fj^relots, d'anneaux et de dés à coudre. Leurs marchandises étaient en plomb, en laiton , en étain. en fer et en cuivre. Les statuts de cette ancienne communauté se trouvent d9nt te livre des w?f7/>r« d'Étienne Boileau.
Quant aux fermnils d'or ou d'arpent, enricliis de pierres précieuses, leur fabrication était réservée aux orfèvres.
Fermât (Pierre de) , un des plus célel)res mathématiciens aue la France ait produits , naquit à Toulouse vers lô95.
liCS événements de sa vie sont peu connus. On sait seulement qu'il était conseiller au parlement de sa ville natale. Son histoire est tout entière dans ses écrits , dans ses fertiles méditations sur Tanalyse et la géométrie. Les monuments encore subsistants de sa vaste correspondance avec les savants les plus distingués de son époque , Descartes , Pascal, Torricelli , Carcavi , Huyghens, etc. , et quelques opuscules où brille le génie, forment ses principaux titres de gloire. Il nous suffira dédire, pour le faire apprécier à sa juste valeur, qu'il fut le restaurateur de la géométrie ancienne, le précurseur de Newton et de Leibnitz , le rival heureux de Descartes, et Tobjet constant de l'admiration de Pascal. Il mourut à Toulouse en 1665.
^ Samuel de Fermât, son fils, recueillît une partie de ses œuvres, qu'il publia en 1G7Ù, sous le litre de; Opéra mathematica^ 3 vol. in-folio. On en a retrouvé depuis une autre partiequ'pn se propose de faire imprimer.
FsfiMES (provinces dçs cinq grosses).
— C'était ainsi que Ton désignait les provinces qui avaient accepté le tarif de droits , dressé , en 1664, parColbert, pour remplacer tous les droits de traite a l'intérieur.
Febmes génbbales (billets de). — C'étaient des assignations sur les fermiers généraux , que le gouverfjement ii^ociait par avance. (Voyez Fehmiebs
«BNlÉBAint.)
Fermiers généraux. — Avant la révolution de 1789, on désignait, sous le nom àt fermier s généraux, les membres d'une association de traitants , qui avaient pris à bail Texpldtation de plusieurs branches des revpnns publics. I.e système de spéculation financière , auquel se rattachait cette administration,
avait été introduit parmi nous dans le treizième siècle. Dès le rèc:ne de Philippe le Bel , des banquiers italiens, counus sous le nom de Lombards, partageaient avec les juifs l'exploitation des impots; c'est-à-dire, que le gouvernement, moyennant une somme d'argent, dont ils lui faisaient l'avance immédiate, leur concédait le droit de percevoir à leur profit les contributions publiques.
Ces espèces de marchés étaient , en général, aussi ruineux pour l'État (|ue productifs pour les fermiers. Les ministres des finances, toujours tourmentés de la fièvre des anticipations, toujours disposés a sacrifier aux nécessités présentes les ressources de l'avenir, sacrifiaient d'immenses produits à de médiocres avantncîes. C'était l'histoire de l'enfant prodigue, livrant à vil prix la forlune patrimoniale à l'avidité et au pillage des usuriers, pour s'abandonner plus librement à l'extravagance de ses
penchants.
On attribue même à l'usage de donner les revenus à ferme et à bail l'origine des noms populaires qui , plus lard,
servirent à désigfier les taxes injustement établies et les traitants qui en opéraient le prélèvement. « La taille, tant royale que seigneuriale, dit M.Bailly (*), avait été Timpôt le plus habituel jusqu'à cette époque; elle s'exprimait en latin par les mots lalUa ou tuUa. On qualifia donc de mole tùlta les perceptions indûment faites, et c'est de là que, par corruption, vinrent les dénominations si connues de maltôte et de maltôUer; étymologie d'autant plus curieuse que la* date de l'origine grammaticale se troiive ici d'aceord avec l'ordre chronologiuue des faits correspondants relates par rhis^oire. »
Le système des aliénations à ferme et à bail s'éteiiilit bientôt de la taille aux impôts de toute nature. C'est dire que le cercle d'abord restreint des exactions et des concussions des fermiers finit par n'avoir plus de limites; ainsi que nous l'avons rapporté ailleurs, Philippe le Bel fit droit aux réclamations des peuples, en bannissant et en rançonnant impitoyablement les juifs; ou, plutôt, les plaintes de l'opinion publique lui servirent de prétexte pour s'enrichir
(*) Histoire iiaauciei e de la France.
FERMIEBS GfiMKIUlIX if liAI^CE. VEimiKUSi GJSNBRAUX 773
aux dépens des maltdtîen. Mais 1m actes
d*injustice et dp rnianté commis par ces hommes étaient si nombreux et si intolérables, que les soulèvements et les insurrections éclataient de tous côtés. La révolte des Flamands, qui nhoiitit n la défaite de Courtrai, fut occasionnée nar les excès des traitants.
Sous le règne de Charles VI , la populace s'insurgea à Rouen, massacra les receveurs des aides et des gabelles, et contraignit le chef qu'elle s'était donné à proclamer l'abolition des impôts: il fallut que le roî se rendit dans la capitale de la ?s'orniandie , avec des forces imposantes, pour châtier les rebelles et pour les réduire à Tobéissanoe. Lorsque le comte de Charolais s'avança sur Paris , avec une armée . en 14(35 , comme chef de la ligue du bien public, il crut que le meilleur moyen de flatter les sentiments populaires était d'annoncer, par une proclamation , l'abolition des impôts, et de faire , sur sa route , incendier les bureaux des fermiers, détruire leurs r«^i8tres, et distribuer gratuitement le sel.
Une révolte sanglnnte, produite par les mêmes causes , marqua le commencement du rè|çne de Henri m. Dans la Saintonge, en 1547, le peuple, exaspéré des rigueurs de la perception et du luxe insolent des exacteurs, massacra tous •es ofCciers des greniers à sel. « La rébellion se répandit de commune en commune, raconte un historien ; les paysans, la populace des villes s'armèrent; et, dans leur fureur, les insurgés se livrèrent à tous les excès. A Bordeaux , la garnison du château Trompette fut repoussée, le commandant tué; et ses meurtriers, insultant à son corps, remplirent de sel ses blessures, pour témoigner que Pimpôt sur cette denrée était la cause de la révolte. Tout cependant rentra dans l'ordre, d'après une promesse envoyée par le roi de punir les concussionnaires. Déjà les chefs de la sédition avaient été frappés par la justice, lorsqu'une armée vint à Bordeaux donner le signal de nouvelles exécutions, qui furent marquées par des cruautés, et terminées par de fortes amendes (*). » Un autre historien ne
(*) Mémoires sur les imposiiions , par MoresttdeBeaumoiit, UUI, p. 75-77.
craint pas de dire que, sous les règnes
suivants, l'excès des impôts, les violences exercées par les percepteurs, et la connaissance que le peuple avait des déprédations du revenu public , favorisèrent puissamment les projets des chefs de la liî:ije, en disposant les esprits à se révolter contre l'autorité des derniers Valois (*).
C'est encore à la mise en régie de5 impôts qu'il faut rapporter les troubles qui éclatèrent sur différents points de la France, vers le milieu du dix-sep* tième siècle. Les rigueurs de la perception , les exécutions , les emprisonnements , désolaient toutes les villes , troublaient la culture et ruinaient les campagnes. Il en résulta des émeutes à Paris et des soulèvements dans plu« sieurs provinces (1639-1641).
En Guienne et en Normandie, des bandes de paysans révoltés se ruèrent avec une sorte de désespoir et de rnge sur les receveurs et les fermiers des tailles et de la gabelle. On insulta aux insurgé en leur donnant les noms de croquants et de va-nu- pieds ^ et on fit marcher contre eux des forces considérables. EnGn, après une lutte violente, le pouvoir l'emporta , et la révolte fut , cette fois encore , étouffée dans le sang.
La classe des fermiers était si nombreuse, qu'elle formait comme un qua- • trième ordre dans l'État. On en comptait plus de cent vingt, sous le règne de Louis XTIÎ. d'après le surintendant d'Kffiat ; or, le nombre des traitants était encore plus élevé que celui des fermiers. Il y avait donc , en ce tempslà , de deux cent quarante à trois cents financiers qui spéculaient sur les impôts. On donnait le nom d ajjaires extraortUnah'es aux transactions par lesquelles ils intervenaient dans Texploitntioii de la fortune publique. Ainsi rengagement ou la vente du domaine royal , qui avait été déclaré inaliénable; raoendon des branches les plus productives du revenu de l'État, sous forme d'abonnement ou d'engagement ; l'émission de rentes à gros intérêts, qui se négociaient à vil prix ; les emprunts plus onéreux encore, faits aux déte?-!teurs des revenus de l'État; le trafic
(•) Bailly , Histoire financière de la France, t. I,p. 379.
774 tERMlERS OEMERAUl L\lJf(lV£aS. FESMUIS GBSBBJlUX
des «kemptîons d^mpôts , ééâ ()H^légë6
honorifiques , des offices , etc. , etc. ; tous ce» marchés étaient considérés comme des ajjaires extrooi'dliM^têt, Souvent les fertnièrs se toalisaiélll et réunissaient leut-s ressources pour les grandes spéculations; mais soit qu'ils traitassent avec 1 adminii^tration. iDdividuellement ou oollectivement , ili se réservaient presque toujours la fa- , culté de vendre à des sous-traitants. Les gabelles , jusqu'à Tannée 1578, fu> rent afferniéés séparAnerit par pettUS^ à sel. On résolut àbrs de supprimer léb ofïîciers des preuiers et de fonder unè ferme générale des gabelles : un traitant en obtint l'exploitation, jiour neuf années, à la condition de prendre à sa charge plusieurs dettes considérables de l'État, et de paver, tous les ans, 500,000 écus, dont 67,000 à la ville de Paris et â deux provinces , pour arrérages de rentes, tant échues qu'à érîioir, et l'excédant à répargne. Quelque lourdes que fussent les charges imposée^ au fermier, l*afraîre ëtaft eneore excellente. Il n'hésita donc pas à traiter, en stipulant , toutefois, qu'il lui serait permis d'avoir des sous-traitants de son marché.
L'exploitation la plus considérable
de ee ^:erirp, dont il soit parlé dans notre histoire, antérieurement au dixhuitième siècle, est celle des cinq grossesfermei. Lè hiA\ des ghtsses fermes avait été formé par la réunion d'autant de fermes particulières. îl comprenait les droits de haut passage, de domaine forain et d'imposition foraine; la traite domaniale, établie en 1577, sous le rèfine de lîenri III ; les droits d'entrée sur les drogueries et épiceries, dont l'établissement avait été ordotmé par Charles Mil , Louis Xtl et François les droits à l'importation, créés du tein[)s de Henri ÎIÎ , en 1581 ; et toutes les charges locales qui avaient été établies à Calais , après la prise de cette ville par le duc de Guisè, en 155^. Lorsque Sully fut nommé surintendant des linances, les fermiers, intéressés originairement dans cette grande exploitation, s'étaient retirés, pour la plupart, en rétrocédant leurs droits à des sous-traitants. Le ministre, instruit des collusions qui avaient accompagné
les adjudications, résolut de faire un exemple. Il ordonna aux sous-fermiers de lui communiquer leurs marchés , et de tener dtrcetemeiil à l'épargne leii teriiM^ échus et à échoir; il connut, par ce moyen , tous ceux qui avaient des intérêts secrets dans les baux, et il acquit la preuve que le produit des sous- ImnH etiit deux fois supérieur dû montant des adjudications qui avaient été faites dans le conseil ou par les trésoriers de France. Sully lit résilier les traités et en conelut de faoQTenn , qvi doublèrent presqutt le produit des grosses fer'me.'i.
IjSl ferme générale était une administration immense, formée originairement par quarante ftrmfers généraux , auxquels le gouvernement avait cédé l'exploitation des droits de consommation. Elle jouissait a ferme , et pour un nombre d^années détkrminé, du produit des gabelles . de la vente exclusive du tabac, des entrées de Paris, des droits de traite du domaine d'Occident , et de dîTert autres droits vaHaMes, suivant les circonstances. Pendant lek cinq premières ànnées de son existence, de 1720 à 1725, la régie, soit incurie, soit calcul de la part dis administrateurs , ne rendit au trésor ^oe 65 millions. Cependant , par le nouveau bail de 1726, l'adjudication fut portée à 80 millions , non compris les frais de reooovhfiMent à Ift ebar^ des fermiers, et qui s'élevaient à environ 18 millions; mais, par une clause qu'on a peine à concevoir , tant elle était contraire aux intérêts do trésor , on fit atnndon an
Quarante fermiers de tous les droits ont les comptables de la régie étaient reliquataires. L'iinportance de ces .restes, négligés par l'Etat, était inconnue. Ils valurent aux traitants , d'un seul coup, un bénéfice de 64 millions 100 mille livres; et comme l'exploitation même du bail leur rapporta, en outre, 96 militons , on trouve i|tt'eii six années léiir$ gains s'élevèrent à plus de Ï56 millions de livres (*). Ce seul fait nous donne l'explication de la magniGcence àHstécAratiquè et dd taxe prodigieux 4ue les fermiers généraux étalèmit pendant le dix-lmitiènie siècle.
{*) bail du 19 août 1726, elairèl du Oousc'ii du 1^' octobre suivant.
MnWliM 6BNBAAIII FHAMQBi FmilIBBS «CMBRAITZ 77$
Le nombre des associés de In ferme
fénérule fut bientôt porte de quarante ■oixwte. Cette grande compagnie financière soulevait de si vives et si profondes répulsions, qu'un ministre put la dépouiller de la moitié de ses 'DénéfiâM , par ttne Bspèoe de coup d'État t nns encourir aucun blâme ni éprouver aucune résistance. Pendant la guerre de Sept ans, les ressourt ces du trésor fte tipufèrent tellemeol au«de880us des besoins, qu'on ne tarda pas à constater l'existence d'un déficit annuel de plus de 217 millions. Le contrôleur général Silhouette « ne sadiant phn comment suffire à cet excédant é% dépenses, imagina, en 1759, d'y sup- (>r arbitrairement en créant 72 mille actions de 1,000 livres chacune,. au]U>
Îfueilei il attribua la moitié dugain qiM aisaient les soixante fermiers généraux sur le prix de leur bail. Si ii^uste que fût ce partage i la mesure du ministre fat tiniveraélleinent appronvée ; et les action^ sur la ferme furent d'autant plus recherchées , qu'elles devaient produire aux actionnaires sept et demi pour tent. L'opérâtion de Stihooette i^rdeura en peu de Jours au gouvernement 72 million*; , dont les traitants payèrent l'mterct par réduction sur leurs profits : elle présenta^ rémafqoe u* éoriTaiD , « le pMnomènd d'un srrours bien précieux en temps de guerre, et qni n'était nchete par aucun nôutean sacrilice du côté du tré* aolf , lii de U part des peuples (*). »
Mais la tnesure flu miniatHs B*étiM de nature ni a effrayer les traitants, ni à arrêtipr le éév'elôppement de leur fortune colossale. Les soixante fer-^ miers géhéfaùX «M Hiam Mentôt à cé deiiré de pui*»^ànce et d'orgueil qu'ils s'appelèrent fes colonnès de l'État, Les retendes du gouvernement, si énormes ^'cfflés fUBâent, tefit MMafflni encore d'assée gt^ndtf bénéfices : ils sè montrèrent donc tr^^-emjireSsés et trèsaccommodants lorsqu'il s'agit de renouveler la ferme générale, en 17T4v L'abbé Té^i^ày, lalors ëOntrôlëut d^ financés, eicigeà que, sUir la part de (•) Voyez V- rapport faîl àù cons*-!! par M. SilhouëUe, en iiSojellês particularités
sur Jék mmA m msîèA, ^ i». dè
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gain revenant aux croupiers ^ les fermiers consentissent à payer dorénavant pour 9 millions de pensions secrètes à des créatures de la cour. Il est bon de dire qu'on désignait sous ce nom de croupiers toutes les personnes qui, sans avoir droit de délibération dans les assemblées , fournissaient une partie des avances et participaient aux bénéfices dans la proportion de leur mise de fonds. Or, grever ce6 associés, c'était, en définitive, grever les fermiers euxmêmes. Voici quelles furent les conditions d'un nouveau bail, qui reçut la sanction royale le 1"^ janvier 1774. Les fermiers s'^engagèrent à payer au trésor f 31» millions par an, non compris 300 tnille livres et mille livres en sus par million, à titre de pot-de-vin pour le contrôleur gÂiéral. G^^ai| une augmentation de 8 millions sur le bail précédent, au profit de l'État. T-es traitants fournissaient chacun au guuvernemeat, sous forme d'avanee, 1,660^000 livres. Chacun d'eux avait 10 oour 100 de ses fonds d'avance, pour le premier million , on 100,000 livres'5 6 pour 100 sur les 660,000 livres restant, ou 33,000 liv. ; plus , 14,000 francs pour droits de présence, et 2,000 francs pour étrennes.
Outre ,ces avantà^es , qui constituaient pouf chaque associé une part de 159,000 Uvres s les fermiers généraux avaient droit à la moitié des excédants de bé-» péfices sur les impôts , et le gouvernenlent à l'autre moitié. Br%ff chaque shhrgé de frtariet fénéral fournissail dm gains qu'il* est impossible d'évaluer aujourd'hui avec quelque précision , mais qui constituaient pour le traitant un avantage énorme et pour l'État une perte exorbitante.
Malgré les précautions (]ue le ministre avàit prises pour dérober à la connaissance du pays la liste scandaleuse des troupes et pensions sur la firme générale, elle ne larda |tas à être rendue publique, par Vinfideliié d'un commis.
L'employé fut expulsé violemment du ministère des finaftces , mais la liste mcusatrice n'en circula pas moins dans toutes les sociétés de la capitale : la révélation de tant et de si grands abus produisit, eoniâeon le pepsebisn^uM sehsatioii SKtmtdiMiirs. Npus regrettons dfl ne povfvoir reproduire ie| eette
776 FBBHIEftS GRNBRAVX L'UNIVERS. FERMIERS OERBRAUX
pièce curieuse , qui remplit plus de six pages de Tintroduction qui précède rhistoire finandère de M. Bresson.
Nous nous bornerons à indiquer quelques-unes de ses clauses les plus intéressantes sous le rapport historique.
Cinq fermiers généraux seulement. Bouvet, Puissant, Gigault de Crisenoy, Bouet et Saint- Amand, avaient place entière, sans croupes ni pensions. Dixaept avaient des places entières , mais qui étaient grevées de pensions, sVlevant depuis 1,000 jusqo'à 22,000 francs : c étaient les traitants de la Regnière, de Faventines, Borda, de Villemorieu, Leroy de Senneville, Marguetde Peyre, Pignon, de Lage, Dan^é, Mercier, Chalut de Vérin, Mazieres, de Paulze, Roslin, Sénac, Marchand de Varennes, Tessier. Trente-huit autres fermiers généraux avaient des croupes et pensions sur leurs places, variant depuis 4,000 jusqu'à i>00,000 francs. D'une part, e^^taient les fmaneiers d^Arjuzon, de Monteloux , de la Tlnye, Gauthier, Poujaud, Varachan, Bouilhat, de Préninville, de Neuville, de Lagarde, de Rougeot, Augeard, Dollé, d*Aucourt; et, d une autre part , les fermiers Saieur , Didelot , du Mesjan , Bouret de • Valroche,d'Arnay, de Boisemont,Tronchin, Bertin de Biagnv, de Livry, d*Arlincourt , Baudon , de Saint - Hilaire, Handry, de Courmont, Parseval, d'Autroche, Bouret d'Érigny, Alliot, Muiron, d'Aziocourt, Verdun , de la Hante , de la Perrière, et de Pressigny. Sur les listes des croupes et pensions, on voyait figurer, en première ligne, madame du Barri, et M. de Montvalier, son intendant, chacun pour 900,000 livres; M. d'Épinay pour un quart sur un fermier, et madame d'Épinay et ses enfants, pour 120,000 livres en plus; la famille Pompadour , pour 13,000 liv.
sur un fermier, et pour un quart de bénéOces sur un autre ; madame de Fourvoyé, ci-devant mademoiselle le Duc, maîtresse du comte de Clermont, pour un huitième; mademoiselle d'Ogoyrande, fille de madame de Fourvoyé, pour un huitième aussi ; la famille du «ontrdiear général de Terray , pour 22,000 ftanes sur un fermier, et pour plusieurs quarts sur d'autres traitants ; Duclos-Duiresnoy, notaire du ministre.
pour un huitième, et mesdames d'Amerval et Thoynez, celle-là , ûlle naturelle , et eelle-ei, nièce de Tabbé Terray, pour
3,000 livres chacune. On peut juger de ce que produisaient ces quarts, ces huitièmes , etc., par le produit d'un seul tiers sur le fermier Bouilhat, qui, partagé entre trois personnes , donnait 200.000 francs au marquis de Ximénès, 200,000 francs à M. Chabert, et 120,000 francs au dentiste Bourdet. Il y avait beaucoup de croupes et pensions dont les destinataires n'étaient pas encore nommés, ou qui étaient assignées aux protégés iiieonnus de tel seigneur ou de telle grande dame. Enfin , sur cette liste, on voyait figurer les personnages les plus divers, depuis la famille illustre des Bassompierre jusqu'à celle du receveur général Lavoisier; depuis madame de Boufflers jusfju'à mademoiselle Canivet, chanteuse, de la cour; depuis Bordeu, médecin de madame du Barri, jusqu'au spirituel abbé de Voisenon , et depuis l'agent Destouches , rédacteur du bail , jusqu'à madame Maillard, nourrice du feu duc de Bourgogne.
Le contrôleur général des finances Necj^er opéra de grands changements en 1778, dans cette administration particulière. La ferme des postes aux lettres fut transformée par lui en régie intéressée , sous la surveillance de six administrateurs ; un règlement réprima l'abus d^ franchises et du contre-seinç. Les douze administrateurs de la loterie furent réduits à six , et leurs émoluments diminues. Les droits d'aides, sépares de la ferme générale au renouvellement du bail , tormèrent une nouvelle régie, également intéressée, à laquelle on réunit la perception de plusieurs autres droits , qui , précédemment, avaient été exploités par autant de fermes séparées. Les droits établis à rentrée et a la sortie du royaume, les traites intérieures, les gabelles, la fabrication et la vente exclusive du tabac, et quelques droits de la même nature, continuèrent d'être affermés à quarante associés, sous le titre de ferme énérale; mais les dispositions insérées ans le nouveau bail donnèrent à cette entreprise la ferme et les avantages d'une régie intéressée, en modérant les gains exorbitants des traitants, au
FERMIERS QBNESAVX FRANGE. FimMlSKS «EVBRAinr 777
moyen d'une combinaison qui assurait au trésor une plus grande part dans les bénéfices. Poar compenser le retranchement d'une partie des avantages nttachés à la ferme générale , le ministre supurima les oeusiOQS et les croupes ou intérêts de faveur , qae les dernière ministres des finances avaient stipiilés,à l'exemple de l'nbbé Terray, pour des personnes étrangères à l'entreprise.
Là ne s'arrêtèrent pas les réformes de Necker. Il établit encore, sous le nom d'administration, une autre régie intéressée, qui réunit à la perception des droits de contrôle, d'insinuation, de centième denier, etc. , le recouvrement du revenu des bois, des biens ruraux domaniaux réels, et celui des droits résultant d'un titre seigneurial appartenant à la couronne. Cette habile mesure procura la suppression de quarante-liuit offices de receveurs généraux et d'autant de contrôleurs généraux des domaines, de cent cinquante-deux receveurs particuliers du produit des bois , et d'un pareil nombre de receveurs des amendes. Dans l'acte qui annonçait ces dispositions, le roi déclarait « gu*ea cessant de se lier par des baux rigoureux pour la perception des dilTerentes brancbes des revenus publics, il voulait éviter les obstacles au dessein qu'il avait d'ordonner, dans plusieurs parties, les changements que le retour de la paix pourrait déterminer pour le bien de ses sujets. »
Un règlement fort sage, pratiqué dès le quatorzième siècle , voulait que Ta-
liénation des baux se fît par adjudication et à l'encbère ; mais ce règlement fut presque toujours éludé par les ministres des finances et par les fermiers
généraux : les uns comme les autres devaient repousser un usage qui les empêchait de sacritier les intérêts généraux à leurs intérêts particuliers. Presque tous les surintendants des finances, depuis Marigny jusqu'à la Balue, et depuis d'O jusqu'à l'abbé Terrav, ont eu une part secrète dans les bén^ces des traitants, Sullv chercha à mettre un ternie à ces marchés scandaleux, en ordonnant qu'à l'avenir toutes les fermes générales seraient adjugées aux eneh&es, et il réussit, par ce moyen , à doubler les produits des baux. Malbeureusement,
les successeurs de ce grand homme d'État négligèrent ou supprimèrent, par indolence ou par calcul, cette formalité protectrice. Pendant le ministère de Colbert , on revint à l'ancien usage, on provoqua la concurrence. Les gabelles, les traites et les autres droits,' d^^és, par l'effet du remboursement, des rentes et des ^-d^es oui grevaient leurs produits , lurent aliénés par adjudication aux entières publiques après trois publications. Sous les niinistères suivants, il arriva ce qu'on avait déjà vu après la mort de Sully. La concurrence et la publicité n'eurent plus de part à radjuaication des drpits affermés ; et cette opération importante fut l'objet d'un traité, dont les conditions furent débattues entre les parties intéressées, dans le cabinet du ministre.
Les fermiers généraux , par cela même qu'ils étaient substitués aux agents du trésor , dans la perceptioa des revenus, étaient investis des pouvoirs exorbitants de tous ses comptables , pour opérer , par voie de contrainte, la rentrée des impôts. Sous le règne de Charles VI , en 1392 , le commerce de transit fut grevé d'une addition au droit d'imposition foraine de 6, puis de 12 deniers , sur les dntj)s et les denrées qui traversaient le royaume pour sortir par la Seine, parle Rhdne, ou par le portd'Aigues-Mortes. A cette occasion , le fermier obtint l'autorisation de visiter les ballots et de confis-
Siier les roandiandlses faussement déarées. Les traitants avaient le droit de poursuivre les contribuables qui n'acquittaient point leurs impôts, de faire saisir et vendre leurs meubles ou leurs biens, et de faire jeter leur personne dans les prisons de l'État. Sully et Colbert s'efforcèrent de tempérer ce qu'il y avait d'excessif et d'arbitraire dans cea pouvoirs. Les poursuites furent assujetties à des règles qui tendaient à en adoucir les rigueurs, à prévenir les concussions, et à éviter de nouveaux frais aux redevables, en \es engageant à se libérer après les premières diligences. Les contraintes , remises par les receveurs aux huissiers ou chefs de garnisons , durent être préalablement vi* sées par les ofOcien dPéleetion ; on ordonna que la saisie aérait précédée de
m »tiUlftKîlS âSUbAAClt L^ûtflVERS. ferwieiiS GENlSllAtk
deux rommnnrîpnipnts , et le redpvnbîp ne payait que le prix du papier timbré, lorsqu'il se libérait après le premier de OM aetcs. Les ttt\s diMiIssier, te Miaf i% des sergents , durent eAcore être taVës en présence des receveurs par les élïis, d'après un tarif arrêté par Tintendant, ét qui devait être aflicné I la porte dU Itaréaki d'éluctîoil ; aârès quoi , les receveurs payaient ÎM agents dé cDrttrainte, et se fnisaieht rembourser de cette avance par les collecteurs , qui , à lèur tour, recoavraient les taxes sut les contribuables. Dp plus, il rtait défendu aux collecteurs , sotis peine d'amende, de payer les huissiers ou garnisaircs, et à eeox-ef de ne rien i^evoir des collecteurs , et de boire et manger chez eux nu dan.^ les cabarets à leurs dépen<;. L'administration avait reconnu que toute intimité, toute intelligence entre t*agent des poursuites et celui de la perception ne s'('t:il)Ht jamais qa*au préjudice du contril)(ial»ie (*).
Colbert lit plus : pour engager, par ce mobile puissant de Tintérét , tes r^ëveurs à user modéreiucnt des poursiiite<, une prim<», llxécau quart dcsKrjgcs et taxations , fut promise a ceux qui, dans le délai de quinze mois , auraient assuré le recouvrement des impdts , lèl salisfiit à leurs engajîertients « sans <e « servir de voies extraordinaires qu'en « cas de nécessité. « Colberï fit encore revivre l'édit bienfaisant de H^-hri IV, nui fxreptait de la saisie le^ bestiaux mi ciilti^ atciir et ses iiistrinnents aratoires. Celle exception protectrice s'étenddit au Ht , aux vêtements , ét ^iiit outils dont les artisans et les iunUouvriers se servaient dans leurs travaux.
11 fut réglé, en outrer qu'il lie pourrait are saisi plus du cirtqufèiiTè lêS btf£tiaux donnes à (Hieptel^ et (jjti'e tous sujets Imposables , maries avant ùù dans a vingtième année de leur âge, demèurerai^éut exempts de toutes cohtrîbVitions aux tailles èt autres cbarges publiques , sans pouvoir y être compris avant l'âijede 25 ans accomplis.
Lorsque la révolution de 1789 vint changer ta face de la Fréiice, les baux
{*) Voyez partictilitTeraent les huit déclar^lioiu, arrêts et règlements, des années x603 & X678.
d' la ferme fçénérale comprertaîerit îés grandes gabelles, les gabelles locales, les petites gabelles, le tabac, les traites, lés entrées dël octrois de Par» , èt Ils aides du |)lat pays. Les impôts dé chaque nature formaient un département spécial, dont la direction était conllée à rnn oes miarantè femlieVa tfCnétant, ou à un adjoint de la ferme. Les noms des traitants ne paraissaient dans le bail que pour y servir dé cautiôn à Tadjudicataire, qui leur servait d'instrument; on donnait à celoi ci un traiteinent annuel de dnix ou trois mille frnnrs pour l'espèce de comédie à laquelle il se prétait, eu assumant sur sa téte une si grande responsabilité, comitae signataire unique. Kîbolas Salzard fut, pendant longtemps, le prête-nom ou l'hommé de paille que les fermiers généraux mirent en évidence dans les transActicnr de ce genre.
Les traitaiits devaient versei* annuellement au trésor ifio tnillions au plus, et leurs bénéflces étaient évalués a 6 on 7 millions par an. Mais ce n*ét iit là qu'ime faible partie des avantages qu'ils renieillaieut de leurs diverses opérations, comme fermiers, traitants, banquiers et escompteurs.
Dans rassemblée des états généraux, les trois ordres se pronorirèrent unanimeuieut pour l'abolition de la ferme générale. Le tiers état de la firètagnc, 4ui,en cela, était l'organe dès senti' inpfils de toutes les autres provinces du royaume, avait demandé formellement \ dans ses cahiers, « oue les administrateurs, régisseurs et rerfaiie^à généraux fussent supprimés. » Oh hé j)eut voir sans indigjialion , » disait aussi la noblesse de l'Angoumois, dans ses Instructions aux députée de eét orâté , « les amendes excessives ptohon- « cées, en cas de contraventions , et le « Drix des transactions arrachées à la « faiblesse, et commandées par ta crainte, « tourner au profit des fermiers géné- « raux et de leurs employés. Le roi af- « ferme des droits et non des vexations « ruineuses. » Ainsi , ce monopole, qui eicistait depuis tant de siècles, était flétri par tous les esprits générèux, et repoussé par tous les cœurs honnêtes.
L'opinion publique avait doue aboli de &ft t^baux des fermés générâtes avant
wEKm-rùLrànM francs.
VBtHM
^ué l'établissement d'un nouveau système d'imjiot en eût amené la résiliation. La loi du 1 1 juin 1790 régla d'abord le mode de liquidation des compagnies inancières ; puis la loi du 2 décembre dé la même année en prononça la suppression définitive. Seulement la Con- Tention se crut en droit de demander lin compte èévcre à ces hommes pour lesquels l'Assemblée nationall; rivait montré peut-être trop de générosité et d'indolgence , en leur accordant un traiteinpnt personnel et des ind(*miiités pour frais de bureau. Conformément au décret du 8 juin 1793, lés scellés furent apposés sur les papiéis des fermiers généraux , et il leur fut défendu de vendre ni d'hypothéquer leurs immeubles, jusqu'au rapport du décret de quitte de leurs comptes. La réaction ne* pouvait pàs s'arrêter là, à cette époque d'exnltatîon morale et de justice populaire. Tous les fermiers jîénéraux interesses dans les baux de Saizurd , David et Moget*, furent emprisonnés et virent séquestrer leurs biens : il v avait parmi eux un homme de génie, un grand citoyen et un savant illustre , Lavoisier, dont le père avait été receveur générait tt qui s'était fait lui-même financier pour augmenter l'indépendance et la fortune qu'il consacrait à d'impérissables travaux. La connaissance de oetlis grande renommée et de tant de servîtes éminents, rendus à la science, ne purent sauver Lavoisier, ni les vingt -sept fermiers généraux qui compai'ilrent avec lui devant letHtmnal révolutionnaire. Une logique impitoyable , tout en s'inclinant devant le savant, frappa le fermier dans sa personne : eondait à récharaud avec tous ses coaccusés, il y périt le S mai 1794, à râge de cinquante H un ans. Aprè^ avoir envoyé à la mort ces victimes •xpiatoires , lé tribunal révolutionnaire ne poussa pas plus loin ses poursuite^, et éparfina la plupart des agents 8U!)alternes de la ferme i^énérnle.
yERNEY-VoLTAiiiK , ctief-lieu de canto.i rtd département dé PAIn , à 13 kil. envirbn de Gex , n'était qu'un hameau m irécageux habité par 49 individus , Ijrsque Voltairè vint y établir son séjour. CtetfcNldvriot dors, pourafiîsi dire, V oapftale du ttoade iitunire et U ooq-
serva ce rang pendant une certaine période du siècle dernier. Le célèbre philosophe entreprit, en 1768, d*en faire une petite ville. Il distribua des terres, fit élever 110, maisons, et attira à Fer-
Sey un grand nombre d'horlogers et 'autres «Ouvriers qui y trouvèrent l'aisance et le bonheur. La maison qu'il y habita lui-même pendant plus de \\ngt ans se fait remarquer par sou élégante simplicité. .
1^ population actuelle de Femey est de 1,000 habitants.
Ferwel (Jean) , célèbre médecin et mathématicien , né à Clermout en Beauvaisis en 1497, commença par s'adono^ •trec passion à rétude des matbémati* ques et de l'astronomie , se livra ensuite à la médecine, et acquit bientôt une telle célébrité que Henri II lui donna le litre de son premier médecin (*). Feroel mourut en 15.S8. On lui doit de nombreux ouvrages scientifiques, entre aures : Monalosphœrium , ^ive astrolabii genus; GeneralU horarU structura et usus. Paris, 1626, in-fol. ; Cosmofheona libros duos complexa , ibid. , 1528, in-fol.; De naturali parte mtdk.inm W>ri septem, Paris, 1642, iri-fol.; tfe ahdilis rerum cataU libri duo^ ibid., 15G0, in-8**; Universa mcdU-ina, ibid., 1567, in-fo|.; Therapeutices universalis libri septem , Lyon, 1 57 1 , in-8**, etc. ; Febrium curandarum methodui ^enerafis , Franrfort, 1577, in-S" \ DÎb tuis venerew curalione pei fectissima liber, Anvers, tS7d ; Pathoiij^iœ lib. yjJ, Patiih 1688, inrli.
Fehn'IG ( Louis- Joseph de), né, en 1735, d'une famille nome d'Alsace, fit avec distinction les campagnes du Hanovre <1766-176S), et quitta leaervice pour te vouer aux lettres. Voltaire le retint pendant un an à Femey. Après la mort du philosophe , il se fixa à Mortagne, où il était administrateur et greffier général des terres et cliâtelienies. Ce fut à Mortagne que se tirèrent les premiers coups de tusil entre les Français et les Autrichiens, Fernig y
{*) On prétend qu'il dut son crédit au boahenr 4«*i< kn\i teu de iMa¥dt le MtfM
de rendre frronde Catherine de Médiciii. Cette princesse reconnaissante lui faisait, dil-t>ti , à cbacnne ét ses couches , un fté-
Fnune
F16IIOL
avait été nommé, en 1789, commandant de la garde nationale. Lors<iue iea milices du Mord allèrent seconder en Champnirne efforts des troupes de ligne, le pays de INIortagne fut snccaiié : la propriété de Fernig ne fut point épar^ snée. Lors de la formation du camp de Maulde , Dumouriez le nomma capitaine commandant les guides. Ce fut en cette qualité que Fernig combattit à Valmy , a Jemmapes et à Nerwinde. U fut ensuite de ceux qui suivirent oe général, lorsqu'il passa à l'ennemi avec son étatmajor. Rentré en France en 1802, il y vécut dans la retraite, et mourut en
Son fils, Louis-Joseph-César, baron de Fermct, né, en 1772, à Mortagne, département du INord, était arrivié au grade de lieutenant-colonel, lorsqu'en 1792 il passa à l'ennemi, avec l'étatmajor du général Dumouriez. Il prit alors du service en Danemark , et ne revint en France qu*en 1799. Quoi(]ue son nom n'eût point été rayé de la liste des émigrés, il fit, comme volontaire à l'ëtat-major de l'arméedu Rhin, les campagnes des années vi,Tn et viii.Nommé chef de bataillon à Tarmée des Grisons, il obtint enfin sa radiation, et commanda plusieurs bailliages italiens. Api es sa rentrée en France, il fut nommé lieutenant-colonel, et commanda en Zélande, en Kspagne, et, en 1811 , à la grande armée, où il fit, en qualité d'adjudant-conimandant et de sous-chef d'état-major de Berthier, la campagne de Russie. Pendant la retraite, Fernig fit partie de l'escadron sacré. Il remplit ensuite en Pologne, auprès d'Eugène Beauhamais, l'es fonctions qu'il a?att eues dans Tétat-major de Berthier, et rendit de grands services à la bataille de Lutzen, en enfonçant la réserve des alliés. Il fut promu, le 14 juin 1818, au grade de général de brigade, fut mis d'abord en disponibilité sous la restauration, et obtint de nouveau le commandement d'une brigade lors de la campagne d'Espagne.
FélicUé et 'J%éophUe de Febnig, sœurs du précèdent , étaient âgées, l'une de seize ans, et l'autre de treize, lorsque, instruites par leur père à faire le coup de feu contre les maraudeurs ennemis, elles prirent les armes en 179â« et
allèrent se placer dans les rangs de la garde nationale de Mortagne, qui se mesurait tous les jours avec les Autrichiens. Le général Beurnonville. instruit de leurs exploits, en informa la Convention , qui leur envoya deux chevaux richement caparaçonnés. Dumou- f riez , à la fortune duquel les deux sœurs s'attachèrent lors de la formation du can)p de Maulde , leur donna des commissions d^ofllciers d'état-major, et les prit pour aides de camp; c'est en cette qualité qu'elles coml)attirent à Valmy, à .lenimapes, à Anderiecht, à Nerwinde.
L'histoire des deux campagnes de 1792 et 1798 leur attribue d'ailleurs plusieurs actions glorieuses.
Entraînées dans la fuite de Dumouriez , elles reprirent en pays étranger le costume et les habitudes de leur sexe.
Plus tard, elles vinrent n Paris demander que leur nom Idtrayedela liste des émigrés; mais leur demande fut mal accueillie. Obligées une seconde fois de quitter le sol natal, elles ne purent y rentrer qu'en 1802. Théophile mourut en 1818, a Bruxelles, où sa sœur avait épousé un ancien officier belge.
Le baron de Fernig avait encore deux rentres sœurs, îmihe et Aimée , qui, (tant , en 1790, trop jeunes pour porter les armes, n*OQt jamais montré que les vertus de leur sexe ; l'une d'elles est devenue la femme du général Guilleminot.
aide de camp du roi des Français.
FÉBOL ou Fëmmol (prise du). — Le maréchal Soult, après avoir reçu, le 20 janvier 1809, la soumission de la Corogne, port où les débris de l'armée anglaise, commandée par sir John Moore , s'étaient embaraués ie 17, dirigea une partie de ses rorces sur le FéroT, autre
f)lace maritime éloignée de quelques ieues. Dés ie 23 , il entra en pourpar- 1er avec les autorités civiles, le chef de l'escadre espagnole et te commandant des troupes de terre , qui paraissaient disposes a se rendre ; mais la populace, excitée par les agents de l'Angleterre, s'insurgea, et les négociations cessèrent. Le maréchal se voyait dans la triste nécessité de recourir à la force, lorsqu'il apprit que les habitants, effray«i des moyens d'attaque qui se préparaient contre eux, commençaient à perdre de leur audace. U se boraa donc
t^feftftAlVD FRANCIL fBBRAND 781
à reisenrer la ville , et à occuper quelques-uns des forts qui la défendent.
Dans la journée du 26 , trois parlementaires chargés de pleins pouvoirs arrivèrent au quartier général français , et sîiînèrpnt !ine capitulation. La pface fut occupée le lendemain 27. Le désarmement de tous les citoyens, ordonné surle^diamp, procura è ou 7,000 fusils.
Le port contenait trois vaisseaux de 112 canons, deux de 80, un de 74, deux de 64 , trois frégates et plusieurs corvettes , bricks et autres bâtiments de guerre. Enfin, on trouva dans l'arsenal plus de 1,500 pièces de canon de totit calibre , et une immense quantité de munitions de toute espèce.
Ferrailleurs. — La corporation des marchands de vieux fers ne fut établie que vers le milieu du dix-septième siècle. Pendant la désastreuse an* née 1693 , ils versèrent dans les caisses de l'État une somme de 30,000 livres , et, sur la lin du règne de Louis XIV, ils contribuèrent encore à un renouvellement de finances impériettsement exigé par les besoins du gouvernement.
Les maîtres de cette communauté pouvaient séuls aller par les rues , un sac aur le dos, en criant : fHeiUes ferrailles à rendre. Il y avait peine de saisie et amende contre ceux qui achetaient ce gue les lettres patentes réservaient aux îerraitleurs.
Ferrand (Antoine-François-Claude, comte) naquit à Paris en 1751 , d'une famille de robe. Nommé à dix-huit ans conseiller au parlement de Paris, il émisîra en 1789 , et alla servir dans l'armée de Condé. Après la mort de Louis XVI , il devint membre du conseil de régence; mais sous le consulat, Louis XVTTl lui donna l'autorisation de rentrer en France, peut-être afin qu'il filt plus à portée de le servir pr des intrigue^ à rintérienr. Toutefois, sous le.r^ne de Napoléon , M. Ferrand resta tranquille et ne s'occupa que de littérature. Mais, le 31 mars 1814, lors de la première entrée des alliés à Paris , il contribua puissamment à décider l'empereur Alexandre à la déchéance de Napoléon , et au rappel des princes proscrits. En récompense de ses services, Ferrand fut nommé ministre d'État et ftirecteur des postes.
Le 13 septembre 1814 , il présenta à îa chambre des députés un projet de loi relatif à la remise aux émigrés de lears biens non vendus. Dans le ditcours qu'il prononça à cette occasion , il déclara que les émigrés seuls avaient suivi la ligne droite, que par conséquent tous les Français qui étaient restés sur le sol de la' patrie étaient des rebelles. Ce morceau d'éloquence fit plus de tort à la cause des Bourbons que toutes les imprudences réunies des royalistes, des ministres et des princes. Ce fut après l'avoir lu à I'ÎIp d'HIbe, que Napoléon s*écria : La France esi à moi I
Le 30 mars , IVf . Ferrand quitta rhôtel des postes, et fut remplace par M. de la Vallette, qui lui donna un sauf-conduit, li passa le temps des cent jours à Orléans. Après le retour des Bourbons, il reprit ses titres , emplois et divinités ; il fut en outre nommé pair de France et membre du conseil privé ; il figura comme témoin h charge dans le procès de M. de la Vallette , et contribua à sa condamnation. Fn 1816, il fut nommé, par ordonnance , membre de l'Académie française, et, la même année, grand officier secrétaire dos ordres de Saint-Michel et du Saint-Esprit. D'après ce qu'on connaît de iM. Ferrand, il est inutile d'ajouter que ses votes à la chambre des pairs furent toujours hostiles à l;i charte et aux libertés publiques. Le comte Frrrand mourut à Paris en 1825; il avait publié (quelques ouvrages qui n*ont jamais été bien connus que par leurs titres ambitieux ou étrani^es , comme par exemple : Nullité et despotisme de (Assemblée prétendue natUmaXe^ Paris, 1 789; Adrtnse d'un citoyen très-actîjf, Paris, 1790;
dernier coup de la Ugue, Paris, 1790, etc.
Fbbraiid ( Marie-Louis ) , né à Besancon, en 1753 , venait de terminer ses études lorsque son frère , ayant été nommé chirurgien en chef de Tannée de Rochambttiu, remmena en Amérique, où il fit, comme volontaire, les glorieuses campagnes de la guerre de l'indépendance. De retour en France , Ferrand entra dans un régiment de dragons, oiî il fut nommé lieutenant en 1793, et cbef d'escadron en 179S. Arrêté à cett«
m FEBRANQ L^UNIYF.RS. fERRAND
époque soui Taccusation de favetUsme, il oe recouvra la liberté qu après le 9 thtnnUkHr. Nommé bientdt après géiaéral ds biigade , il commanda en cette qualité aux armées de l'Ouest, des Ardennes et de Sanibre-et-Meuse. A la paix d'AoïiieBS , il devint commandant Ai <lépBrleme^ ëu Pas-de-Calais et plus tard, partie de l'expédition de Saint- Domingiie , sous les ordres du générai Lecierc. Eu moins de quatre mois, cette aRcienne eokmie se tfeuva de Roavs^tt soumise à la France; mais la tranquillité ue tarda pas à être troublée par une insurrection générale des bomates de couleur , qui éelata en novembre 180A.
Sur ces entrefaites , le général en chef Lecierc mourut emporté par la fièvre
i'aune. Ferrand lut alors chargé de déimdre la |Mrtiè française de la oolonie ; rmIs Dessalines occupant le Cap, il se ▼it contraint de se retirer à Santo-Domin^o , dont les habitants , d un commun accord , lui confièrent le commandement. Investi par Dessalines à la tête de 22,000 noirs, il le combattit et le força de lever le sié^e, le 18 mars 1803.
Ferrand se maintint à son poste, et se Ht respecter pendant près de cinq ans.
A la fois administrateur et guerrier , il s'était concilié les suffrages de tous les habitants, lorsqu'on apprit aux Antilles
Îue la guerte venait d^éclater entre la 'rance et TEspagne : le gouverneur de Porto-Rico n'eut pas plutôt été instruit de ces hostilités, qu'il résolut de traiter en ennemi le ^néral françali : eelm'd, détirant épaigner de granc^ matheors aux colons, essaya de foire comprendre à TEspappol qu'il était de Tintérét commun de vivre en bonne harmonie, et de ne pas éponser les différends entre les deux métropoles. Il répugnait à une i^iutile effusion du sang , et il mit tout en œuvre pour l'éviter; mais le goiiverneuv de Porto-Bioa , souid à b'voix de la raison et de l'humanité, fomenta une insurrection à Bardho(ide, et le général Ferrand se vit réduit à prendre les armes ponr la réprimer. Le nombre des rebelles s'élevait à plus de 2,0û0 , et il avait à peine 500 soldats à leur opposer. 11 tenta d'abord la voie des pourparlers ; mais ses propositions ayant été FBjetées , il ne balança pas i taâr- «tMi; aon iotentioD éUii d^atta^ser lea
insurgés avant que la révolte eût fait des progrès p^s étendus. En v^in les habitants s'endreèreni-Ui de le détourner de ce projet, e| loi représentèrentils les dangers de son exécution. Ferrand, à la téte de sa petite troupe, sortit de Santo-Domingo , et , le 7 novembre 1808 , il se trouva en présence de l'ennemi, qui avait pris position à Porto- Hincado. Aussitôt il engagea l'action :
le premier choc fut terrible. Bientôt la cavalerie ennemie, débordant les deax ailes de la colonne française , les rangs furent rompus, la plupart des officiers et des soldats furent tues , qt Iç reste s*ettfcit sans pouvoir te rallier, ferrand, réduit au désespoir, se Qt alors sauter la cervelle d'un coup de pistolet.
Febband de BALDiiifiss, Iç premier des philanthropes qui ont été mis à mort dans les colonies pour avoûr oné défendre les droits de l'iiomme. Lors des premiers troubles de Saint-Domingue , les hommes de couleur du Petit Goave pi'ésentèrent une pétition à rassemblée primaire de la commune. Ils ne demandaient point l'égalité des droits, mais quelques améliorations à leur état, et particulièrement la faculté de s'assembler pour envoyer un député à l'assemblée de la province. Ces demandes excitèrent l'indignation des blancs, qui forcèrent , le pistolet an? la gorge , les porteurs de la pétition à nommer celui qui l'avait rédigée. C'était Ferrand de Baudieres, sénéchal de l^ vUlç Uu Petit Ooave, vieillard respecté des nommes de tous les partis. On l'entraîna néanmoins à la municipalité, où il subit une espèce d'interroiiatoire, et sur le réquisitoire de T. de Cullion, l'un de ses ennemis personnels, l'infortuné vieillard fut décapité publiquement. Sa tête fut ensuite promenée par toute la ville au bout d'une pique. Les pétitionnaires fuient renvoyés en liberté.
Ferrand db la. Caussade ( Jeam- Henri-Begais ), né à Montllanquien en 1736, fut destiné de bonne heure à la profession des armes, et nommé à vioft ans lieutenant au régiment de Normandie-Infanterie. Il fit avec ce corps les cauipagnes de t747 et 1748, et as!»i!|ta au siège de Berg-op-Zoom , k la prise du fort Hillo , et à la bataille de l.aiifelt. A Glostercamp, tt f« lignai» pir
mtAlf flUMiai. WKMM w
n brafoura et fut grièfmieal UflMé.
Cette belle conduite lui valut te &^ de capitaine. Il devint ensuite (najorcotn mandant de Valenciennes , place qu'il occupa jusqu'en 17Q0, époqite de B suppression des états-majors de pUuso. %n 1792. les habitants de Valenciennesi, dontFerrand s'était concîilié raffection, le t)0.ini|)6rent commandant de la garde ptio9j|l04e leur ville. La ipime année, il fut promu au grade de maréchal de çamp et envoyé à rnrmée du Nord , dûn( il conuuanda l'aile gauche ^ \^ célèbre bataille de jeinmapes. Il contribua au succès de cette journée parTintrépidité avec laquelle il emporta à la baïonnette les villages de Carignan et de Jem* aiapes,et par Thabileté qu'il déploya en manœuvrant sur le flanc droit île Tennemi. Après In victoire, U lut noinmé çommandaut de Mons.
Revenu général de division le lômars 1799, n ««i^ut de Dunoouriez Tordre de le rendre à Condé et à Yalenciennes ; mais il ferma les portes de ces places aux troupes du opérai transfuge, et les conserva ainsi à la France. Bvntôt, Ferrand fut investi par 150,000 hommes de l'arniée des coalisés, commandés par le prince de Cobourg , le duc d'York et le général Ferraris. Il n'avait avec lui que 9,000 hommes. Avec une si faible çarnisnn , il défendit, pendant trois mois, les remparts qu'il avait arrachés a la trahison , et ne capitula qu'en désespoif d*é|re secouru, après avoir soutenu quatre assauts et dé£mdo trois brèches praticables dans le eorps de la place.
Ferraod, destitué ensuite comne an* cien noble , fut arrêté et détenu jusqu'après le 0 thermidor. Bonaparte, devenu premier consul, le noniuKi préfet de la Meuse-Inférieure. Apres deux années d'exeroiee de ces fonctions, Fer* rand fut , en 1804, appelé à une autre préfecture ; mais ses infirmités le forcèrent à renoncer à la carrière admir Bistrative. H se retira daps une pMK priété qu'il avait à la Planchette, près de Paris , et y mourut en lfi05 II a publié : Précis de lu déjuge de k akU' ^lênnes , 180â, in-a^
Febbare ( prise de ). — Au mois de mai t796, les troupes du pape étaient Mrties , à.la premièi« somiBatkuiii de la
pleee de Feriare , où se trouvaient dei
munitions et 114 pièces de canoii en batterie ; en 1799, le comte de Klénau, chargé par Suvvarov^ des opérations sur (a rive droite d^ Pâ , tenait depuis cia-
Îfuante-deux jours Ferrare bloquée pat es naysans insurgés et un corps d'Autrichiens. Vo^lant emporter la ville d'assaut au moment ou la ^i^lte s'y faisait sentir, il s\v porta Iuhq^ a la tête de 2,000 hommes et un train considérable d'artillerie. Le 22 mai il y ^\X9^ par capitulation. Le command^i^t français , Lapo.inte , se retira dans k citadelle en s» disposant à s'y défendre; mais le feu de l arlillerie ennemie le força décéder. Une garnison française de J >^ hommes obtint les honneurs de la^rre, en consentant aeulemeiit à ne pas servir de six mois contre les armées impériales ( 2.') mai 1799).
FsBAABS (relations de la France avec). Ceit au treîsième siècle, à Tépoque de la conquête du royaume des Deux-Siciles par Clnrles d'Anjou, que commencent relation^ de la France avec rÉtat de Ferrare. Obi^zon II, de la maison d'Esté, était alors seigneur de Ferrare. Il conclut, le 5 août 1205 , un traité d'alliance avec le prince français, et marcha avec lui contre Maiofroi , roi de Sieile. Depuis cette époque jusqu'nnx guerres d'Italie, au quinzième siècle, nous ne pouvons mentionner que les lettres datées de Chinon , le 1*' janvier 1481 , par lesquelles le roi de France, Charles VII, permet au marquis de Ferrare, Nicolas III, de joindre à Taigle blanche de ses armoirie; les armes oes rois de France, c'està-dire , troia flsuw de lis d*or au champ d'azur.
Plus lard , Alphonse I", duc de Ferrare, fut pour Louis Xil un iidèle et Utile allié.
Une des clauses du traité signé à Cambrai en 1508 portait que le duc de Ferrare serait, s'il le voulait, admis à flire i^stie de la ligue formée contre Venise, et qu*on ferait valoir les réclamations qu'il pourrait élever contre la république. Alphonse accéda, en effet, à ce traité le 19 avril 1509, et entra en eampagne le lo mai suivant. Il s'empara successiveinorit , après la victoire cem^Mirtée |ia|r Louis Xil à A|^aadelf
m tsÊAàM- Ltmvns. tn^Ats
des places de Rovigo , d'Esté , de Montagna et de Monselice, ancien patrimoine
de sa maison ; enfin , le 22 dérembre , le cardinal d'Esté, son frère, anéantit, sur le Pô , la flotte vénitienne qui menaçait Ferrare*
Mais les succès obtenus par la li^Mie de Cambrai , qui assuraient en Italie la prépondérance des Français , effraya le pape Jules II, qui ne tarda pas à chercher à enlever à la France les alliés
3irelle avait dans la Péninsule. Ce fut ans ce but qu'en signant avec Louis Xll un nouveau traité à Biagrasso, il y fît introduire une danse insidieuse qui devait bientôt amener une rupture. Par cette clause, le roi s'engageait a n'accorder sa protection à aucun t'eudataire médiat ou immédiat du satnt-si^e, et même à la retirer à ceux qui en jouissaient déjà. Cette clause, à laquelle Louis ne donna peut-être pas toute Tattention qu'elle méritait, était dirigée contre le duc de Ferrare; elle n'empêcha pas Louis de le prendre sous sa protection. Mais bientôt le refus fait , par Alphonse de renoncer à la ligue de ' Cambrai excita la haine du pape, qui
f)ublia rentre lui, le 9 aoiU 1510, une )uiie où il l'accusait de s'être rendu coupable de désobéissance et de rébellion envers le saint-siége, en se mettant sous la prolertion du roi de France, protertion pour {.'«quelle il payait, disaitil, ao,000 ecus uar annee{ en conséquence, il le déclarait déchu des dignités , des honneurs et des fiefs qu'il tenait du saint-siège, et déliait ses sujets de leur serment de lîdeiité et ses soldats de celui d*obéissanoe.
A la suite de cette bulle, une armée romano- vénitien ne entra dans les États du duc, dont une partie fut conquise.
Le commandant de Tarmée française , le maréchal de Chaumont , sauva Reggîo en y envoyant deux cents lances; et, sans se laisser arrêter par les excommunications du pape , se disposa à as* siéger Modène, que Jules II ne parvint à sauver qu'en la faisant livrer à l'empereur. Du reste, Alphonse, qui possédait la plus belle artillerie de TEurope, continua à se défendre avec vigueur, et ce fut en grande partie à lui que l'on fut redevable du gain de la bataille de Ravenae {ïi avril où péril le célèbre
Gaston de Foix. La discorde qui éclata alors entre les généraux français les empêcha de recueillir le fruit de cette victoire. Alphonse avait voulu un instant prendre le commandement de l'armée, et mardwr droit sur Rome , dont il aurait probablement pu s'emparer sans coup férir; mais l'indiscipline des troupes et leurs excès, qui soulevèrent contre elles la population , firent avorter ce projet.
I,a retraite des Français /qui eut lieu peu de temps après, laissa le duc de Ferrare sans défense. Menacé deux fois de perdre ses États, deux fois il fut sauvé pnr la mort tlii chef de ses ennemis Jules II, LeotiX). Le 15 novembre 1527, il entra dons la ligue formée par le sacré collège, les rois de France et d'Angleterre, le duc de Milan, et les républiques de Venise et de Florence, contre l'empereur Charles Qumt, pour la délivrance de Clément VII. Mais ce pape s'en montra peu reconnaissant, et à peine délivré, il mit tout en œuvre pour dépouiller Alphonse, qui mourut en 15S4.
Hercule n, fils de ce prince, cédant aux menaces du pape P ml IV et aux sollicitations du duc de Guise, son gendre, signa, le 13 novembre 1556, la ligue formée parle premier et la France contre l'Espagne. Le roi de France le nomma son lieutenant général en Italie; mais cette ligue n'ayant eu aucun succès, le duc de Ferrare fut obligé de faire, en 1558, sa paix avec Philippe II. Il njourut l'année suivante. Il avait elpousé Renée de France, seconde fîlle 4ie Louis XII. Cette princesse, disgracier ji ir la nature, mais douée d'un esprit et d'une intelligence supérieurs, embrassa le calvinisme, et fît de sa capitale l'asile des Français exilés pour crime d'hérésie. Sa générosité était sans bornes pour eux; et comme un jour ses intendants lui faisaient quelques remontrances à ce sujet : « Que voulcz- « vous que je fasse? leur répondit-elle; « ce sont (le |)ntivrrs Frnnrois de ma a nation. Si Dieu m'eust donné barbe au « menton et que je fusse homme , se- «roient maintenant tous mes sujets; « voire même seroient-ils tels , si cette « méchante loi salique ne me teaoit « trop de rigueur. »
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FRANCi!.
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Alphonse II, fils et successeur d'Uer' cule II, était au Mrviœ de la France • lorsque son père mourut. Son règne
n'ofrrit rien de remarquable. Son successeur, César I*' d'Esté, après avoir en vain imploré le secours de Henri IV, protecteur né de sa maison, conclut, en 1596, avec la cour de Rome, un traité par lequel il renont^^a a la souveraineté de Ferrare et des autres places qu*il possédait en Romagne. Il transporta ensuite sa résidence à Modène.
F.n conséquence, il prit le titre de duc de Modeue, queses successeur.s ont tous portés depuis. Voyez MooàNR.
Fkhbaud (N.)> né en 1764, dans la vallée d'\ure, fut envové , [)ar le département des Hautes-Pyreu^e>s, à la Convention nationale. Il s'attacha au parti de la Gironde; cependant, lors du procès de Louis il vota pour la mort
sans appel et sans surfis. Envoyé ensuite en mission à l*arn)ée du Nord, il s'y distingua par sa bravoure, chargea plus d'une fois à la téte des colonnes républicaines, et montra autant de talents ^ue de courage; peut-être même dut^il a une honorable blessure reçue dans une affaire d'avant-poste de ne
iioint porter sa téte sur l'échafaud avec es autres girondins.
Lors de la journée du 9 thermidor, Ferraud, qui venait d'être rappelé, fut adjoint à Barras comme gênerai de Tarniéede la Convention. Kn Tau m, on l'envoya de nouveau en mission à l'armée diî Rhin , où il se signala comme Tannée précédente. Le jeune député rentra dans le sein de l'Assemblée peu de temps après la fatale journée du 13 germin.il; mais il ne devait plus s'y faire remarquer que par sa mort. Lors de l'insurrection du T' prairial, l'infortuné, qui avait été occupé nuit et jour de courses autour de Paris pour presser l'arrivage des subsistances , s'élança et voulut s'opposer au passa^ge de ia multitude après que les portes de la salle de la Convention furent brisées.
Renversé, foulé aux pieds, il ne put faire que de vains efforts contre une foule en furie. Les insurgés couchent en joue Boissy-d*Anglas. Témoin du danger qm* le menace, Ferraud se relève presque mourant, et se jette entre les instruments de mort et le président ,
T. VII. 50* Lirraison. fDicr. e.ncvc
Îu'il couvre longtemps de son corp5.
In coup de pistolet l'atteint enfin dans la poitrine. Il tombe; on se précipite sur lui; sa téte, se{)arén de son corps et placée au bout d'une pique, est présentée à Boissy-d'Anglas, qui s'incline avec respect. Ce trophée norrible est ensuite promené dans toute la ville.
On assure ou'une méprise fut en partie cause de la mort de Ferraud. Son nom Tauralt fait confondre avec le réacteur Fréron. La Convention nationale lui fit élever un tombeau, et rendit à sa mémoire des honneurs funèbres ; hommage plus digne de ce jeune homme que les supplices dont on* fit suivre aa mort, et qm atleiî^nirent plosietir*; hommes généralement respectes, Goujon, Bourbotte, etc.
FebhéouGband Ferbk.— EttlSSO,
nu temufi où Jacq UPS fion homme, après s être battu contre les no^jles, continuait sa querelle contre l'Anglais, des )aysans en grand nombre s'étaient étadis dans le château de Lonmieil, près deCompiègne, pour être plus en sûreté.
Le régent et l'abbe du monastère de Saint-Corneille leur en avaient accordé la permission.
Laissés a eux-mêmes et animés d'un nouvel esprit de nationalité, ils jurèrent à leur capitaine de défendre ce poste jusqu'à la mort. ««Ce capitaine, u'ils s'étaient choisi du consentement u regent, était un des leurs, un granil et bel homme qu'on appelait Guiilaunio aux Alouettes. Il avait avec lui, pour le servir, un autre pavsan d'une force de membres incroyable, d'une corpulence et d*ane taille énormes, plein de vigueur et d'audace, mais, avec cette grandeur de corps, ayant une humble et petite opinion de hii-Mième. On l'appelait le Grand-herre. Le capitaine le tenait près de lui comme sous le frein'*), fioiir le lâcher à propos.
« Ils s'étaient donc mis la deux cents, tous laboureurs ou autres gens gagnant humblement leur vie parle travâl de leurs mains. Les Anglais qui campaient à Creil n'en tinrent grand compte, et dirent bientôt : « Chassons ces paysans;
(*) Secum hàhull quasi ad frenum suitm, dit le conlimiateiir de Nanc;is à qui ce thàH osl emprunté presque te.^luellenu'nt.
«. . i;tc } 50
9tmû rumvERs. mti^L
la place est forte et bonne à prendre. » On ne s'aperçut pas de l«ur approche; ' ils trouvèrent les portes ouvertes, tt entrèrent hardiment.
« Ceux du dedans , qui étaient aux fenêtres, sont d'abord tout étonnés de voir ces gens armés. Le eapitaine est bientôt blessé mortellement. Alors le Grand- Ferré et les autres se disent :
« Descendons, vendons bien notre vie; il n*y a pas de merd i attendre. » Ils .descendent en effet, fortent par plusieurs portes, et se mettent à frapper sur les Anglais, comme s'ils battaient leur blé dans Taire; les bras s^élevaient, s'abattaient, et chaque coap était mortel.
« Le Grand voyant son maître et capitaine frappé à mort, geniit profondément, puis il se porta entre les Anglais et les siens, qu'il dominait également des épaules, maniant une lourde hache, frappant et redoublant si bien qu'il fit place nette; il n*en touchait pa^ un quMI ne fendît le casque ou n abattît les bras. Voilà tous les Anglais qui se mettent à fuir ; plusieurs sautent dans le fossé et se noient.
« Le Grand tue leur porte-enseigne , et dit à un de ses camarades de porter la bannière anglaise au fosse. L autre lui montrant qu'il y avait encore une foule d'ennemis entre lui et le fossé : « Suis-moi donr, » dit le Grand. Et il se mit a marcher devant, jouant de la hacbe à droite et à gauclie, jusuu'à ce que la bannière edt été jetée à reau... 11 avait tué en ce jour pins de quarante hommes... Quant au capitaine, Guillaume aux Alouettes, il mourut de ses blessures... Les Anglais furent encore battus une autre fois par le Grand, mais cette fois hors des murs. Plusieurs nobles anglais furent pris , qui auraient donné de bonnes rançons , si on les e<H rançonnés comme font les nobles: mais .on fies/tua afin qu ils ne fissent plus de mal.
«Cette fois, le Grand, échauffé par une si rude besogne, but de Teau froide en quantité , et fut saisi de la fièvre. Il s'en alla a son village, reiingna sa cabane et se mit au lit, non toutefois sans garder près de lui sa hache de fer, qu*un nomme ordinaire pouvait à peine lever.
« Les Anglais ayant appris qu'il était
malade, envoyèrent un jour douze hommes pour le tuer. Sa femme les vit ▼enir, et se mit à crier : « O mon pauvre le Grand, voilà les Anglais, que faire?... » Lui, oubliant à l'instant son mal, se lève, prend sa hache, et sort en chemise (in eurtHtncula) dans la petite cour: « Ah! brigands, vous venez « donc me prendre au lit; vous ne me « tenez pas encore... » Alors, s'adossaut à un mur, il en tue cinq en un moment; les autres s'enfuient.
« Le Grand se remit au lit; mais il avait chaud , il but encore de Teau froide; la fièvre le reprit plus fort, et, au bout de quelques jours, ayant reçu les sacrements de l'Église, il sortit du siècle, et fut enterré au cimetière de son village. Il fut pleuré de tous ses compagnons, de tout le pays; car, lui vivntit, jamais les An^rinis n'y seraient venus (*). » Voyez Jacquerie.
Febréol. Plusieurs saints français ont porté ce nom ; tels sont : 1* un pr^ mier évéque de Bes mçon , compagnon de saint Irénée, enxoyé par lui dans la Séquanie , et martyrisé avec son frère saint Feijeux , en 3t 1 ; 9*an martyr de Vienne en Dauphiné, mort du temps de Dioclétien; 3° un évoque d'TIsez, en .533; enfin , 4*" un evéque de Limoges , en
Fbbbbol (Tonance) naquit vers 420, au château de Trt^vidon, édifice dont on voit encore les ruines à quatre lieues de Milhaud, dans le Rouergue. Son père avait été préfet des Gaules sous Honorius ; il lui surcéda , et quand Attila vint se jeter sur la Gaule, il arriva jusqu'aux bords de la Loire ; Ferreoi per« suada aux Gaulois de 8*unir aux Romains pour repousser le Fléau de Dieu. U se* conda , avec autant d'énergie que d'habileté , les efforts d'Aétius et ceux de TArverne Avitus , dont II avait épousé la fille , et qui devint plus tard empereur d'Occident.
Attila parti, les Wisigoths voulurent s'emparer de la proie qu'il abandonnait. Tborismund, leur roi, rompit avec les Rom.iins. et vint mettre le siège devant Arles. Celte fois encore, Ferreoi fut le sauveur de T empire gallo-romain. Aé-
(*) Michelet, BUtoire de Jfrance, t. Ill, p. 4x9 et sttiv.
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Uus était absent ; le préfet du prétoirç, enfermé dans Arles , avait fort peu de soldats et de ressources de guerre ; mais
son éloquence et son habileté éloi'inèrent le danger. Il invita l'ardent Thorismund à un festin, pour conférer àvee lui de la paix ou de ses motifs de guerre avec r Empire, et le siège fut levé sans combat.
On doit croire que Ferréol était armé de quelque secret dont il profita habilement. Il connaissait sans doute le mécontentement des VVisigoths , qui ne sympathisaient plus avec Thumeur guerroyante de leur ebef; en effet» ils ne tardèrent pas à le prouver en Tassassi' nant.
Xonance vivait encore en 4Sà ; mais on ne peut fixer Pépoque précise de sa mort. Il avait formé dans son château de Priisîane, sur les bords du Gardon (*), une bibliothèque qui passait pour la plus belle de toute la Gaule, et dont Sidoine Apollinaire a donné la description dans une de ses lettres. (Voyez l'article Bi-
BLIOTHKQUES.)
FtiiiiETTE , Phirretum, Ferreta, en allemand PJirt, petite ville du Sundt-
fau , en Alsace, autrefois chef-lieu d'un aillia^e el d'un comté, aujourd'hui chef-lieu de canton de l'arrondissement d*Altliirch, département duHaut-Rliin.
Le comté de Ferrette , compris d'abord dans le royaume de Bourgogne, lut ensuite incorpore au duché d'Alsace, puis au comté de Klontl)éliard. Il contenait alors les seigneuries de Ferrette, d'Altkirch et de Thann, avec quelques villages suisses.
Vers 1 104, Frédéric /"', fils atné de Thierry!", comte de Monlbeliard, hérita de ce domaine Cependant il ne prit le titre de comte de Ferrette que vers 1125. Frédéric II y son petil-ùls, eut de violents démêlés avee Tévéque de Bâie , et fut étranglé par son second fils ( 1234). Ulrich Taîné, soutint une longue guerre contre l'évéque dp Strasbourg, au sujet de la succession du comté aEgIsheim. Son (ils Thibaut, . qui lui succéda en 1276, acheta la sei-
(*) Voyez dans 1« t lU de la coUef^ion de TAcadémie des inscr. , faisloire, p. aSo , «le
disi>erlatioa par Mandajors sur la situation des châteaux 4^ Trevidon et de PrujiiiiiB.
goQUrie de Floriinont (en allemand Blumenberg). Ubrieh II eut par mariage la
seigneurie de Rothenburg ou Rougemont, et, par concession des ducsd'Àu- {.riche , la sei;4;neurie de Dèle (eu allemand Dattenried ). H eut pour soecesseur Jeanne sa fille, mariée à Albert d'Autriche , quatrième fils de l'empereur Albert, et landgrave de la haute Alsace. . i .
Le oomté de Ferrette resta à b maison d'Autriche, qui y ajouta, entre autres dotnaiiies, la seigneurie de Masevaux et 1 avouerie de Cernai. Ën 1469, rarcbidoc Sigismond rengagea, avec les autres terres que sa maison possédait en Alsace, à Charles le Téméraire.
Celui-ci en confia le gouvernement à Pierre de Ha^enbach , dont la tyrënnîe bâta Texplosion du ressentiment des Allemands contre Chnrlcs. La France, d'un autre côté, s'enpgea envers Sigismond à lui fournir l'argent nécessaire pour racheter son comté de Ferrette.
Le traité fut ratifié à Senlis par Louis XI. Mais avant que l'archiiluc eOt reçu de Charles la réponse à ses offres de remlioursement , les habitants de Brisach , poussés à bout , s'étaient soulevés, le 10 avril 1474, contre Pierre de liagenbach, et l'avaient fuit prisonnier. Vingt-six juges convoqués des villes voi« sines lui avaient fait son procès sur la place publique , et Pavaient condamné a avoir la tète tranchée, le 9 mai {,*). Eu même temps, les rebelles tfaient rendu la possession du comté de Ferrette à Sigismond. Charles, dans sa fureur, conçut alors contre la France, les Alsaciens et les Suisses , de grands projets de vengeance ; mais la mort rempwba de les accomplir.
Maximilien et Charles-Quint prirent souvent le litre de comtes de Ferrette. Ce domaine resta, en effet, I la maison d' Autriche jusqu'à ta paix de Wcstplialie (I64.S}. Il fu*; alors cédé à la France, en toute propriété, avec le laodgraviat de la haute Alsace et le Sundtgau, moyennant 3 millions de livres et maigré les réclamation*; de ré\ êque de Baie, qui prétendait en être seigneur direct.
(«) Les griefs de» hibitantf d« comté de Ffliretie sont exposés dans un acte rappoHé par Lenglct-Dniréno^, t. III, p. 3Se.
7S8 PmMdSEBS L'UNIVERS. PBRIlOiriflkmB
Cette cession fut confirmée en 1659, à la paix des Pyrénées , par le roi d'Espagne , qui renon^ nommément à ses droits sur le Sundtgau et le comté de Ferrette. Au mois de décembre de la même année , ie roi céda en toute propriété au cardinal Mazarin le comté de Ferrette, et les seigneuries de Belfort, Dèle, Thann , Altkirch et Isenheim, pour lui et ses successeurs, ue se ré« 'Servant que Tbommage et la souveraineté. Le cardinal transporta ce comté, avec ses dépendances , à Hortense de Mandai, sa mcce, et à son mari , Laporte de la Meilleraie, qui prit le titre île duc de Maz^irin.
l.a ville de Ferrette, bâtie sur la pente d'une montagne appartenant à la chaîne du Jura, est dominée par les restes d'un des plus lieaux manoirs du moyen âge. Elle a été plus d'une fois désolée par la guerre : les habitants de Bàle, dont elle n'est éloignée que de 4 lieues, Tineendièrent en 1445, et le ftu eu détruisit encore la plus grande partie, au commencement de la période suédoise de la guerre de 30 ans. Toutefois, les remparts et les tours furent épargaésom).
La population de Ferrette est aujourd'iiui de 7')0 habitants.
Ferhey , lieutenant au 5* régiment de cavalerie , avait été fait prisonnier par les Autrichiens, lors de la prise du fort de KehI. Enfermé dans une cave, et gardé par 7 eimemis. il se fit d'abord rendre son sabre, puis il finit par les faire eux-mêmes prisonniers. Sur 76 cavaliers qui composaient le détachement commandé par le lieutenant Ferrey, 74 avaient été tués ou mis hors de combat.
Fekrière , ancienne seicneurie avec litre de comté, dans le Bourbonnais, aujourd'hui comprise dans le départe* ment de TAllier.
Fekrt ères {Sancti Leonardi de Fer- .
rariis abbatia) , célèbre abbaye d'hommes de l'ordre de Saint-Benoit, lundee Tan 1 184 en Poitou, près des oonfins de rAnjou , n 4 kil. de Thouars.
Ferrièbes ( Claude de ) , né à Paris en 1639, étudia le droit à la faculté de décret, s'y fit recevoir docteur, et y enseigna quelque temps en cette qualité; puis, une cliaire étant venue à va-
nner à la faculté de droit de Reims , il lut désigné pour la remplir , et occupa ce poste jusqu'à sa mort, qui arriva ié
11 mai 1711.
La vie de Ferrières se passa tout entière dans l'étroite enceinte d'un cuibinet d'étude , et fut absorbée par l'enseignement et par des travaux d'érudition. Ses nombreux ouvrages ne sont guère que des manuels pratiques ou des compilations. Us manquent d'originalité, et n'ont USX faire aucun progrès à la science ; mais ils se distinguent tous par une methudejudicieuse et une grande clarté de style. Ces qualités les ont fait rechercher des praticiens , et leur ont valu dans le temps une célébrité qui n'a pas survécu à l'abolition de notre ancien droit.
Nous avons de lui , 1* une traduction
française des Institutes de Jusfinien, et une analyse du Code, du Digeste et des Novelles ; â** une Nouvelle institution coutumiêrey ouvrage qui n'a ni la concision , ni la profondeur des Instituts de Loisel ; 3" un Commentaire sur fa coutume de Pafis, et une Compilai ion en 4 vol. in-4" de tous les auteurs qui ont traité ce sujet ; 4° son Intraduction à la pratique , sa Science parfaite du notaire f son Traité des droits de patronage et de ta présentation aux bénéfices, sont des livres entièrement oubliés maintenant, mais qui ont été en grande partie cause de sa réputation. Il avait en outre nublie une éditiou de Bacquet, augmentée de notes , de questions et de décisions nouvelles.
Son fils , Claude-Joseph de Ferbiè- BES, qui suivit aussi la carrière du droit et devint doyen de Puniversité de Paris. Il ne fit que refondre, annoter et délaver les ouvrages de son père; cependant il eut dans le temps une réputation que, sans doute, il devait plus à son nom qu'à son mérite.
Ferronntère (la belle). François se trouvait a (;oini)iègne en 1538, lorsque ie bruit se repandit qu'il était dangereusement frappé d'une maladie honteuse dans .son origine, dégoûtante dans • ses symptômes, et contre laquelle on n'avait encore trouvé aucun remède efficace. On racontait, pour expliquer la cause du mal , que le Toi avait séduit une femme désignée seulement par
Liyiiizuo by LiOOgle
piuomntiiB
FKANCë.
te nèfn de la Ferrotmiére ; que le mari, appelé Jean Ferron, vieux et ans* tère bourgeois, logé à Pnris dnns la rue Barbette, en face de cet hôtel Notre- Dame , d'où étaient sortis jadis les assassins de Louis d*Orléaiis, avait conçu, dans les transports de sa jaioLsie , le projet d'une vengeance horrible ; qu'il s'était infecté à dessein d'un mortel venin , et ra?8it communiqué à sa jeune et belle compagne, pour qu'à son tour, sans le savoir, elle rinoculàt au roi.
François I" ne parvint jamais , dit*ou , à se fçuérir, et H mourut de ce mat re> doutable après tiult ans de souffrances.
Ln Ferronnière n'avait pas survécu longtemps à son malheur; on Tensevelit dans le couvent de Saint-Maur, sa paroisse. Suivant l'opinion la plus générale, elle était née en Castille . et avait passé en France, mêlée à la trouve de Tagat>onds et de saltimbanques qui sjiiivirent François I" à son retour de captivité. En effet, la beauté des yeux noirs de la jeune femme , leur langueur voluptueuse et tendre, tous ses traits enfin , tels que nous les ont transmis les portraits de l'époque, autoriseraient à croire qu'elle était Espagnole. Guyon,
aui l*a connue, dit-!l, se refuse à donner es détails sur sa famille, « parce au*etle « a laissé des enfnnts , gens de DQnne K renommée et pourvus de hauts em- « plois. »
Ajoutons ici que Topinion généralement admise sur la nature du mal qui emporta François r*" paraît ne devoir pas être acceptée sans liesitatioti. La reine de Navarre, dont la Société de l'histoire de France a publié récemment la correspondance, écrivait en 1546 au cardinal d'Armagnac , que « le roy se « trouvoit bien, et ne m estoU « mal ni douleur , ains seulement l'é- « vacuation dudit apostume qui se pur- « geoit encores, qui estoit signe d'une « bien longue santé de sadicte Majesté ,* « selon mesmes que le promettoient et « asseuroiciit les médecins, w
L'histoire de la Ferronnière aura peut-être le sort de l'admirable portrait de Léonard de Vinci , conservé au Louvre , et qui , disait-on , la représentait: longtemps on le regarda comme authentique, et aujourd'hui il est reconnu apo-
cryphe ; il réprésente une femme incon* nue. Et pourtant qu'y a t il de mieux établi dans l'histoire que la tradition sur la maladie de François l" et sur la vengeance de Jean Ferron?
Les femmes ont donné te nom de cette favorite à un gracieux ornement de tête, formé d'une étroite bandelelle se fermant au milieu du front par un camés ou une pierre précieuse.
Ferbons ou FERRONNiEBS.On appelait ainsi anciennement |es marchands de fer, fabricants ou marchands de gros Ouvrages de ce métal. Cette corporation a laissé un souTenirde son existence dans le nom que porte encore aujourd'hui à Paris la rue devenue célèbre par Passassinat de Henri IV, et dans la dénomination sous laquelle est connue la maîtresse de François 1"% à laquelle nous avons consacre l^article précédent.
Les uns prétendent que son mari était un ferronnier, d'autres ont dit que c'était un avocat nommé Ferron.
Fers (marque des). On a|)pelait ainsi autrefois un droit domanial de la couronne , lequel consistait dans le prélèvement du dixième de tous tetf produits des mines du royaume.
Fers. Voyez Galèass et Tjuvaux FOBois.
Ferté. Nom dérivé du vieux mot fermeté (lirmitns), qui, au moyen âge, signifiait forteresse , château,' maison forte C)i et qui est encore porté par un grand nombre de localités, que Ton distingue entre elles par un surnom.
Ferté-Bal'doin (la), forteresse qui, au douzième siècle, appartenait aux Montmorency. Louis VI vint Tassié^cr, en !108, pour délivrer un de ses fidèles sujets, Eudes de Corbeil , que cette puissante famille tenait enfermé dans ce chflteau. Ansel de Garlande , sénéchal du roi, trouvant la porte de la forteresse ouverte, s'y précipita avec 40 Chevaliers. Il se 'tiattait d'enlever la place par un coup de main. Mais 1^ péiirs-levis se relevèrent derrière lui.
Assailli en même temps dans les cours par des ennemis placés au-dessus de lui , il fut renversé de cheval , accablé par le nombre , et porté dans te cachot même du comte de Corbeil. Heureuse-
(*) Toye/. du Cange au mot Firmitaê, ■
Liyiiizuo by LiOOgle
ment pour lui , ni le «omfB de Reelie*
fort, allié des Montmorency, ni son fils, Hugues de Cressy, n'ct.iient alors dans le château; s ils s'y étaient trouves, il * eût été mis à mort sur-le-champ. Ho* giies fit cpprndant des efforts inouïs pour traverser les lignes des assiégeants et rentrer dans la place, tantôt par la force, tantôt aoui le deguisemeot «Taji jongleur ou d'une courtiaane; maii Guillaume de Garlande, qui avait remplacé son frère à Tarniee du roi , mit, «le son côté, autant de vigilance que de bravoure à le repousser; il résista à toutes ses attaques , déjoua tous ses stratagèmes ; enfin , le roi resta vainqueur et le château fut pris. On ei^ traita les défenseurs avec une grande sévérité (*).
Ferté-Bebnabd (la), ville du Maine, aujourd'hui chef-lieu de canton du dé»
partement de la Sarthe. C'était, dès le onzième siècle, une place importante. Le 9 juin 1189, Henri II y donna rendez-vous à Philippe-Auguste, qui vint à cette entrevue aooOmpngné de Richard Cœur de Lion, liais bientôt , mnlgré la médiation du cardinal d'Anagni, lé<;nt du pape, et des quatre archevêques de Gantorbéry, de Rouen, de Reims et de Bourges , la cont* rence fut rompue» Aussitôt après, le roi de France, toujours secondé par le fils de son rival, recommença les hostilités , et prit la Ferté-Bernard.
En 1424, après 4 mois de siège, cette ville se rendit par composition au comte . de Salisbury, qui ne la garda que xiuelques mois. LÛ Anglais ne tardèrent cependant pas n y rentrer , pour être encore forcés de la rendre en
La population de la ferté-Bernard est aujourd'hui de S,600 hab.
F EBTB-CRAiiDBOif ( la } , petite ville de r ancien Nivernais , aux confins du Bourbonnais, sur la rive droite de l'Allier , à M kil. de Kevers, ét à 16 de Moulins. Elle avait autrefois titre de baronnie, et son seipneur prenait le titre de maràibal et .de sénéchal du X^ivernais.
FebtvH^haudboit (monnaie de la).
Les seigueufs de cette ville possédaient
(•) Suger, Fie de Louis le Gros, ch. 14; Or. GhroD. d« SiiiitoDeiib, ch. a.
le droit do battre aonnaie ; c*est se fio
prouvent les aveux et dénombrements rendus par eux aux dues et conUes de devers. Mais c'est tout ce que nous savons à ee sujet , car aucun monument monétaire ne prouve que oe ^roit ait été réellement exercé.
Fbbtb Gaucheb (la), petite ville de Tancienne Brie cbampenoise, ai^ourd*btli chef-lieu de canton du départ* do Seine-et-Marne; c'était autrefois une chùtellenie et le chef-lieu d'un bailliage. On y compte 3,000 hab.
Fbbté-Gaucheb (combat de la).
Battus à Fere-Cliampenoise, le 25 mars 1814, les maréchaux Mannont et Mortier résolurentde se replier au plus vite vers Paris, qui se trouvait à découvert. Ih iiidrchèrenl donc le 26 sur la Ferté- Gaudier, mais l'enneini les avait prévenus : en débouchant du village de Moutis, vers 4 heures du soir, \\% trouvèrent la brigade du prince Guillaume de Prusse établie sur les hauteurs de la rive gauche du Petit-Morin , eu avant de la ville. Après quelques coups de canon écliangés de part et d'autre, le prince jeta 3 hntaillons dans la Ferté, et forma en arrière le reste de sa division. Pendant que Marmont allait défendre le passa<ie du petit ruisseau qui coule devant le bois de Meaux, Mortier continua de suivre la chaussée qui traverse la ville, et qui est , jusqu'à Coulommiers, la seule route praticable conduisant vers Paris. Nos troupes attauèreiit de vive force; mais l'artillerie es Prussiens était si nom|)reuse que la ndtre put à peine lui répondre : elles furent bientôt ramenées. Lanuitapprocbant. Mortier crut que la prudence lui conseillait de se retirer à gauche, sur le plateau deChartronge.
FBBTi-MiLON (la), j>etite ville de l'ancien duché de Valois, aujourd'hui dief-lieu de canton du département de rAisne.
Henri TV assiégea, en 1594, le vieux château fort de la Ferté Milon,* s'en rendit maître par composition, et le fit démanteler par les habitants de 28 cora* munes environnantes , qui furent em* ployes à ce travail pendant 8 jours.
La Ferté-iNlilon s'enoriiueillit d'avoir vu naître J. Racine. Klie possède une
Statue en marbre du poète, exécutée par
mTM9inhMVABBB FRANCE. FisOWâè 701
David d'Angers, et vient de former dans son sein une académie qui a pris
le nom de Racinienne, et se propose de contribuer à ici défVnse dps doctrines ciassiqdes. La Ferte-ÎNlilon était, avant la révolution., le siège d'un bailliage et d'une châteilenie. Oo y eompte aujoai^ d'hui 1,800 hab.
Febte-Milon (siège de la). Pendant les troubles de la minorité de Louis XIV, le due de Lorraine investît la Ferté-IVlilon. Les habitants se de^frndirentde leur mieux ; puis, se déliant de leurs forces, ils portèrent en procession sur leurs remparts la cbflsse de saint Yulgis, et, dès le lendemain , Tennemi se retira. On cria miracle, et tous les ans à pareil Jour, jusqu'au dix-huitième siècle, les habitants firent une procession commémorative, appelée procH- Mon des Lorrains. Turenne avait eu, cependant, au moins autantdepart que saintV'dgis à la délivrance de cette ville; car c'était le bruit de son approcbequi avait forcé le duc a la retraite.
Fkbté-Senneterre (la), h Ferté- Sainf-iSectaire , la Ferié-Mabert, ou la Ferté Lowendat, ancienne seigneurie de l'Orléanais propre, aujourd'hui chef-lieu de eanton du département dti Loiret, sous le nom de la FfiHTE-SAiNi;- Aubin. Cette seigneurie, qui avait le titre de beronnie, fut érigée en duchépairie, en 166.S, en faveur du maréchal Henri de Senneterre. (Voyez Sennb- TEHBB [nfiaison dej.)
Febtb - S0U8- JoiJ ABBE ( la ) , petite ville de l'ancienne Brie-Pouilleuse , en Champagne, aujourd'hui chef-iieu de canton au département de Seine-et- Marne, construite au douzième siècle par un seigneur nonnné Ancout, prit alors le non» de la Ferté- Ancout ^ qu'elle quitta depuis, pour prendre celui d'une aUuiye considérable située dans le voisinage. Au seizième siècle, les calvinistes la considéraient comme leur cheflieu dans la Brie. Les ligueurs l'enlevèrent à Henri IV en 1589; elle retomba ensuite au pouvoir du roi , fut reprise par Mayenne en lô*.)0, et rendue vers la fin de la même année.
La population de la Ferté -sous- Jouarre est aujourd'boi de 4,000 'habitants.
F£BT£-sous-Jou ABSB (combat de la).
— Dans les premiers jours de février
1814, Rliiciier ayant son avant-garde à Fcre-Ch;unperioise , voulut prévenir à la Ferté-sous-Jouurre le maréchal Macdonald , que toutefois il ne trouva pas. en défaut. Attaaué, le 9, an débouché de la ville, par lavant-garde russe, le maréchnl la contint, se mit en silreté derrière la Marne, et ût sauter les ponts de Trilpont et de la Ferté , d*où il gagna Alraux. Napoléon passa n la Fcrté-sous- Jouarre le 2 mars de la même année.
Fbbussac (Jean-Baptiste-Louis d'Audebard, baron de), né, en 1745, àClérac (Lot-et-Garonne), d'une ancienne familled'épée, originaire deFérussac, près d'Agen , s'occupa avec un égal succès de Tart militaire , de rartillerie surtout, des mathématiques, de la physique , de l'histnirp nnttjrpllp, de In £;éolo£:ie , de l'histoire , et des questions les plus élevées de littérature et de philosophie.
Émigré en 1791, il joignit l*armée da prince de Condé, oij il servit constamment jusqu'en 1801, époque où un armistice lui rouvrit les portes de la France. Il reçut , à la première restao* r.-ition , le i^rnde honoritique de OOlonel, et mourut en 1815.
FÉBUSSAC (Audré-Étienne-Just-Paschal-Josepb-François d*Audebart, baron de) , fîls du précédent , né en 1786, eut une carrière assez analogue à celle de son père. Entré dans îes vélites à dixsept ans, il ne tarda pas à fixer l'attention des savants de la capitale par divers travaux d'histoire naturelle présentés à rinstitut. Appelé en Espagne, il se signala au siège de Saragosse, prit part à toutes les affaires où se trouva son régiment , et recueillit en même temps de nomhreux matériaux sur la géographie ancienne , l'histoire , la géologie et l'his- ■ toire naturelle du pays. Enfin, il reçut à Moguer un coup de feu qui lui trnversa la poitrine, et se vit obligé de prendre sa retraite au moment où il venait d*ftre nommé capitaine. Il reprit alors à Paris, avec une nouvelle activité, ses relations et ses travaux scientifiques. Son Coup dœil sur l'Andalousie ( Paris, 1813, in-8*) eut un grand succès.
L'empereur voulut lire cet ouvrage, se fit siir-le-cbamp rsndre ëompte de la
79f P<RV98AC L'UNIVERS. n«VA«IJKS
position du jeune invalide, et le nomma ious>préfet d'Oleron.
A i'approcfie des alliés , Férussac se rpndit à Agen, ensuite à Bordeaux, où ii alla se présenter au duc d'Angouléme , qui le renvoya reprendre ses fonetions, et lui fit obtenir, plus tard, le' grade de chef de bataillon de la pinrde nationale de Paris. Pendant les cent joui s, Férussac fut nommé à une souspréfecture ; il refusa d'apnoser sn signature à l'acte additionnel, et de prêter son serment au préfet. A la seconde restauration , il remit ses fonctions à son |>rédécesseur, et reprit ses travaux scien- tiGques. Devenu, en !817, chef d'étatmajor de la T division militaire, il fut nommé successivement membre de la commission chari^ée de l'organisation de l'école d'a[)plication d'ctat-niajor, et professeur de geo«îraphie et i\f statisiKjue militaire à cette école. Y,' Histoire naturelle f génériUe et particulière des mollusques terrestres ef fïnviatifes, dont l'auteur primitif était Férussac le père, et qu'on regarde comme Tun des plus beaux et des plus savants livres exécutes dans ce geare, commença à paraître en 1822.
£u 1823, Férussac, sentant combien il importait d'établir, après le long isolement où la guerre avait retenu les eavants des divers pays, un lien commun et des rapports habituels, jeta les fondements ou BuUeiin vnhersel des scie»' ces et de l'induiarie, qui se mit à ^ téte de tous les recueils périodiques par son étendue comme par I importance de son bot. Les huit recueils dont se composait le Bulletin attirèrent Tattention et consignèrent les travaux les pins remarquables de tous les savants et industriels du globe (*). iMalheureusement la publication en fut arrêtée quelques années après la révolution de juillet,
i)arce que les chambres refusèrent (Palou(a? la somme nécessaire pour soute-
(*) M. le baron Alnandre de Humboldl a
trouvé le BuUetin-Férussac sur les frontières de la Chine, dans un petit poste russe composé de quelques hommes. Ce fait, que nous avons entendu raconier à l'illusrre voyageur lui-même, peut donner une idée de la popularité et de l'imnituse influence qu'avait oonqniMt el mériléct oetle eatreprue.
nirunesi vaste entreprise. Férussac est mort à Paris en 1886.
Fervaqiîes (Guillaume de Hautemiar, IV du nom, comte de Grancey, baron de Mauni , seigneur de) , maréchal de France, lieutenant général au gouvernement de Normandie, était issu de Taneienne famille de Hautemer, dont le premier membre, seigneur de Fournet et du Mesnil-Tisoii, vivait en 1800 , suivant le P. Anselme , et qui s'éteignit dans la personne de Guillaume de Fervaques, après avoir fourni dix degrés.
Ce seigneur, engagé dans le parti huguenot, se distingua par sa valeur aux batailles de Renti, de Saint-Quentifi, de Dreux, de Gravelines, de Saint-Denis et de Moncontour. Il entra au service de Henri de France , duc d'Anjou ; puis passa à celui de François, duc d' Alençon, d'Anjou et de Rrabant. Celui-ci lui accorda sa faveur intime, et le nomma ehef de ses finances et de son conseil , et lieutenant général de ses troupes aux Pays-Bas. Ce fut lui qui persuada à ce prince de s'emparer d'Anvers et des autres villes de Flandre par une lâche trahison (1588). Chariié de l'exécution de cette entreprise, il fut une des premières victimes de la défaite. Le prince d*Orange le renversa et le fit mettre dans les fers.
Après la mort du duc d'Alencon, il embrassa le parti de Henri , roi de Navarre, et le servit fidèlement, quoique d'Aubigné {*) l'accuse d'avoir trahi , qès l'année !576, la cause du Béarnais. Sa conduite postérieure l'a lavé aux yeux de pitt.sieurs historiens, et, entre ati'tres, de M. de Sismondi (**), de ces soupçons injurieux. Fervaques combattit vaillamment aux sièges de Paris et d'Amiens, et fut utile a Henri en plusieurs auti«s occasions. On conserve encore , aux nrrhives du château de Grancey, un billet aiito.ura[)he que lui écrivit ce prince avant la journée d Ivry; il est conçu en ces termes :
« Fervaques , à chevnl. Je veux voir « à ce coup -ci de quel poil sont les oi-' « sons de Normandie.
« AlencoD. Hbnbi. »
Il fiit fait maréchal de France et che-
(*) Livre U, ch. i8.
(**) Tome XIX , p. S56 , note.
Digilizea by CoOglc
FRATtlVS
FRATfCF.,
PiESTiRS
▼alier du Saint-Esprit !p 7 janvier 1695, et mourut en 1613, âgé a« soixante et
Suinze ans , ne laissant que trois flUes e sa première femme. (Voyez Gban-
CEY.)
Fesch (Joseph) , oncle de Napoléon, naquit à AjaGCio le 3 janvier 176S. Au
commencement do In révolution , sans renoncer à i'état ecclésiastique qu'il avait embrassé fort jeune, il prit du service dans l'armée du ^néral Montesquieu , et y fut employé dans les vivres. Pendant ih première campagne d'Italie, où son neveu commandait Tarmée française , il exerça les fonctions de commissaire des guerres. Étant rentré dans la carrière ecclésiastique après le concordat, il devint archevêque de Lyon, et, en 1803, reçut le chapeau de cardi* nal. En I805« il ftit nommé grand aumônier, grand cordon de la Légion d'honneur, et membre du Sénat. En 1809 , il refusa Parchevéché de Paris ; 8*élevaj en 1810, contre la politique de l'eiripereur à l'égard du pape, fut exilé de la cour, et relégué dans son archevêché de Ly.m. Il se retira, en 181 1 , a Gradines, dans une communauté de religieuses, dont il rt:iit le fondateur. Il fil partie de la chambre des pairs pendant les cent jours ; mais, proscrit avec toute la famille de Tempereur après la seconde restauration, i! se rctiiM à Rome, où il a vécu tranquillement jusqu'à sa mort, arrivée en lb39. Il avait constamment refusé de donner sa démission de rarchevéché de Lyon ; de sorte que, pendant près do vingt-quatre ans, ce diocèse fut administré par un grand vicaire.
Festins. — IVous avons, à l'article Cl isîNE , donné l'histoire de la gastronomie française , raconté les progrès de la science culinaire; il nous reste h ex« poser les usages, le cérémonial et les «iivertissements nrce?soires des repaS solennels à diverses époques.
Cette revue , quoique nécessairement incomplète, offrira, nous l'espérons, de curieux détails de ma-urs, des particularités dignes d'attention. Car nous profiterons, autant que possible, de textes originaux et de relations d'auteurs contemporains.
Les repas, chez les Gaulois, étaient longs , abondants , et marqués au coin
d'au luxe grossier. Un écrivain de . Fantiquité , Posidoniiis , cité par Athénée,' en a laissé une description intéressante : " On trouve, dit-il, autour d'une table fort basse, des hottes de foin ou de paille : là s'asseyent les convives: du pain en petite quantité, des viandes fort abondantes, cnnstîtiipnt le dîner. Les mets sont servis proprement dans des plats d'argent ou de cuivre chez les riches, de terre ou de bois chez les pauvres. Chacun prerid un membre complet et mord a belles dents : c'est le repas du lion. Le morceau est-il trop dur ou trop volumineux , on emploie pour le couper un petit couteau dont la gaîne est liée au fourreau du sabre. Un vase unique, soit en terre, soit en métal , rempli de vin , est offert par les esclaves, et fait la ronde. On y revient le plus qu'on peut, mais en buvant peu à la fois. Sur les tables splendides paraissent les vins de ritatie. ^
« Aux jours de magnificence, on élève une table ronde; h l'entour se pressent les convives disposes eu cercle : c'est à l'homme qui est puissant par Sa noblesse, sa vaillance ou sa fortune, qu'est donnée la place du milieu : il est connne le coryphée. A côté de lui s'assied le maître du logis, puis chaque convive, suivant sa dignité ou sa classe.
Derrière est le cercle des clients qui accompagnent le maître dans les combats; les uns portent les boucliers, les autres les lances ; ils sont nourris comme tous les autres convives.
« A la suite des repas de ce genre , les Gaulois s'appelaient, pour plaisanter, h des duels; mais, s'animant bieotdt, la lutte devenait si vive qu*îl fallait séparer les combattants. Une ancienne coutume voulait que la cuisse dçs animaux qui avaient paru sur la table devînt la propriété du plus brave : c'étruf alors à qui serait déclaré tel; de là, des querelles , et souvent des combats à mort. »
Le même auteur raconte que , pour
amuser leurs convives , les rirhes leur donnaient quelquefois le spectacle de combats de gladiateurs. Mais les gens qui se dévouaient à ce métier se battaient seulement du bout de Tépée, et avaient soin de se ménager; cependant, quelquefois ils se blessaient sans lu vuu-
794 rarriin LUmviRS. fintui
loir ; alors iU tntraiw tn ftiraur , s*a- lUUeq ad mamu tergendas vUhia (*) . charnaient Tun sur rautre, et allaient L'origine de TostentatiOD miie à éttijusqu'à a^égoi^r^ ai od ne l^a aéparaif 1er une vaisselle prccieo.'^e remonte papas, reillement aux uremiers âges de la nio-
t.es articles de la loi salique , qui narcbie. Parmi les richesses saisies chez
fixent les diverses compositions à payer le patriee Mummol , après sa mort , on
pour les meurtres commis pendant un trouva, outre une inimrnse quantité
festin, nous prouvent que les repas de d'ustensiles de table en or et en argent,
fêtes des Franks avaient aussi souvent quinze grands bassins de ce dernier
de sanglants dénoAments. métal, dont un. entre autres, pesait
Cependant, une fois établis dans la 170 livres; un plat aussi grand, aussi
Gaule , ces peuples se façonnèrent bien- lourd ne pouvait servir que comme
tôt au luxe dont les Gallo-Romains leur preuve de la luagniticence du maître,
donnaient l'exemple. Ainsi, dès les pre- Tel était encore ee plat d'or massif et
miers temps, ils adoptèrent Télégant enrichi de pierreries que Chilp^e, roi
usage de décorer de fleurs la salle et la de Soissons, fit faire pour honorer y
table du festin. C'est ce que nous ap- disait-il, la nation /ranke ^ et ce plat
prend une pièce du poëte Fortunat : d*argent de 72 livres pesant que possé-
« Les murs, dit'il , au lieu de montrer dait saint Arnouid, évéque de Metz.
« des pierres enduites de rhniix , étaient Quand Lothaire pilla le trésor de Tem-
« tapissés de lierre; sur le sol, on avait pereur son pere , a Aix-la-Chapelle , i|
«semé tant de fleurs, ^u'on croyait brisa , disent les annales de Saint-Ber*
« marcher dans une prairie émaillée; tin, et distribua à ses troupes un im-
« les lis argentés y contrastaient avec mense bassin d'argent représentant en
« le pavot de pourpre, et la salle était bosse l'univers avec le cours des astres.
« emoaumée des odeurs les plus agréa- Ou plaçait sans doute les pièces de ce
« bles. Pour la table, elle offrait seule genre cfans le lieu le plus apparent de
« plus de roses qu'un champ entier. Ce la salle du festin; de là sont venus les
« n*était point une nappe qui la couvrait dressoirs à gradins,
«comme à l'ordinaire, c'étaient des Voici le tableau d'un festin de Louis
« roses; à lin tissu de lin, on avait pré- ' le Débonnaire , emprunté à Ermold in
« féré ce qui flatte Todorat et couvre Noir :
« de même. » « Après la chasse, César (l'empereur)
A côté du luxe de la nature ils sa- et ses jeunes compagnons , chargés dé
valent aussi étaler le Inxe des arts, gibier, s'apprêtent a retourner au pft-
Parmi les divers objets légués par saint lals. Cependant la prévoyante Judith a
Remi à ses héritiers , figure une table fait construire et couvrir, dans le n)i-
d'arçent avec ligures (*). Fortunat parle lieu de la forêt, une salle de verdure;
aussi d'une table sur laquelle l'artiste des branches d'osier et de buis dépouil-
avait représenté une vigne, « de sorte lées de leurs feuilles en forment l'en*
qu'en voyant le raisin, ajoute le poëte, ceinte, et des toiles la reeouvrent. .L'im-
les convives buvaient la liqueur. » Ces pératrice elle-nièuie [trepare , sur le vert
paroles prouvent que les nappes u'é- gazon , un siège pour le religieux mo-
taient pas employées alors pour couvrir narque, et fait apporter tout ce qui peut
ces meubles précieux par la matière ou assouvir la faim. Après avoir lavé leurs
le travail. Les nappes étaient quelque- mains dans l'eau, César et sa belie
fois peluchées et velues, candida prœ- compagne s'étendent ensemble sur un
Ïonmi nioeis mantitta vUUs {**). lit dW, et, pâr l'ordre de cet excellent
1 en était de même des serviettes, roi, le beau Lothaire et leur hôte chéri,
Uérold, prennent place a la même table ;
(*) On trouve des exemples de tables d'ar- le reste de la jeunesse s'assoit sur
gent jusqu'au dix-teptième siècle. «Madame Hierbe et se repose SOUS l'ombrage de
« de Chaulnes, dit madame de Sévigné,a
« envoyé à la monnaie sa lal h avec deux ' (*) Constifiitioii de saint Amlcgise pour
« guéridoiu et sa toiletle de vermeil (i689).>» Je monastère de f onteuelle au treizième nEmoidleNoir.
FiiTon FRAM». nmsi m
la forêt. On apporte , après les avoir fiiit rdtîr, les grasses entrailles dei
animaux tués à la chasse, rt In venaison se mêie aux niets êtes pour César. La faim satisfaite disparaît bientôt ; la soif à son tour est ehassée par une agréable boisson, qui fait naître la gaieté dans tous les cœurs; enliti , chacun regagne d'un pas plus hardi le toit impérial. A peine v est-on arrivé qu'oa puise de nouveau dans les dons de Bac* chus une chaleur vîviOante , après quoi tous se rendent aux saints ofiices du soir. »
Le luxe de la table apparaît avec toutes ses s[)lendeurs dans ces lignes du moine de Saint-Gali, décrivant un festin donné par un évéque à deux grands officiers de l'empereur : « Le pavé, dit-il, était couvert d'un tapis précieux; des coussins de pliniies servaient de siège au prélat. Cuisiniers, pâtissiers, chefs d'office, avaient tâché de se sur* passer à l'envj pour l'apprit des mets. Tout fut servi dans de la vaisselle d or ou d'argent, et dans des vases garnis de pierreries; enfin , la table fut égayée par des musiciens qui jouèrent de divers instruments et qui chantèrent, »
Tout se trouvait réuni dans ce festin ; nous pouvons donc, pour éviter des répétitions monotones, passer à une autre époque dont les mœurs plus tranchées nous oflriront des détails nouveaux à rapporter.
Les historiens de saint Louis nous ont conservé les détails du repris fjiie donna ce prince pendant la féte célèbre surnommée la Non-PareWe de Sau- «^tir (1341). « Et là je fus, dit Joinville; je vous assure que ce fut la mieux ordonnée que je visse onrques; je tranchais devant le roi de Navarre; devant le roi Louis, le comte d* Artois son frère servoit du mnnper ; le bon comte Jean de Soissons tranchoit du coutel.
Pour garder la table étoient messeigneurs Imbertde Beaujeo , Engoerrand de Couci et Archamhault de Bourbon.
Derrière ces huit barons, il y avoit bien trente de leurs chevaliers îén cotte de drap de soie pour les garder , et derrière ces chevaliers, grand nombre de scrgens. A la paroydu cloître des halles où mangeoit le roi avec les comtes, mangeoieni à use table vingt évéques
et archevêques , et après eux mangeoit la reine Blanche au haut du dottre, et
servoient la reine les comtes de Boulogne et de Saint Pol; et, dans les autres ailes et au préau du milieu , maiigeoieiit tant de chevaliers que je n'en sais le nombre. -
« Une pro usion incrpyable de mets de toutes sortes signala ce festin splendide. On y vit surtout en abonaance le plat (thonnevrf la viande de»
preux ^ le paon royal, servi avec ses plumes chatoyantes. Des pages, munis de larçes coupes j versèrent je élai* ret, la piment, Tbippoeras, la cervoise aux convives, qui avoient devant eux des carafes d'eau et des verres couronnés de fleurs. Louis seul buvait dans un hanap d'or posé sur uno ai<;uière richement ciselée. Chaque service apparut , précède d'hommes d'armes, annoncé par les flûtes et les hautbois ; enfin , le son du cor ayant appelé rnaii roue à laver^ vingt hérauts à cotte lit urdelisée , tenant à la main des coupes pleines de pièces d'or et d'argent, crièrent : Largesse du plus puissant des rois! Puis , s'appronhant du perron des halles, ils lancèrent au peuple une nuée d'agnels d'orj de besants, «^'oboles, de marabotmsj de gros tournois , et de deniers parisis. Au banquet royal succédèrent les intermèdes ou eri' tremets, et les jeux partis. On y vit des ours contrefaisant le mort à merveille; des chèvres jouant de la harpe à trois cordes; un corbeau dialoi^uant avec un perroquet; des baladins, avec ours, chiens, singes, experts en l'art de 1^ pantomime « jouant au mieux leur rôle ez mystères et comédies. La soirée se termina par l'arrivée de force plaisantins, farceurs, et diseurs d'histoires grotesques, jongleurs de Gascogne, chanteurs de Sens, et sauteurs du Poitou. C'est ainsi que finissoieut ordinairement les festins royaux, en grandes joyeusetez, esbats et magnificence, de façons à ne plus mettre en oubli telles soîennités hoauestes , récréatives et notables (*). »
Les plaisirs de la table étaient alors, plus que de nos jours , une affaire dW
Villeneuve- Trans, HiiU>ir« de aaiat Louis, 1. 1, p.^a57 «t MÛv.
796 resTiNii
L'UWTVKRR.
PESTINS
tentation. Les chevaliers , les châtelains, faisaient assaut de folles dépenses. Pendant les doaxième et treizième siècles , la haute noblesse se fjisait apporter les plats sur In table par des gens à cheval et armes. Cet appareil de pompe militaire , mêlé aux fonctions tranquilles de la table, flattait une nation guerrière, qui plaçait dans les armes son principal plaisir et tout son honneur.
Getta frénésie de pi*odiî;a!ités , qui forme un des traits du caractère des nobles du moyen âge, s'explique si Ton songe qu'un seigneur renfermé dans son manoir n'avait guère d'autre moyen de montrer ses richesses qu'en exposant aux regards une table somptueusement servie, une nombreuse vaisselle d'or et d'argent, à Toccasion d'un festin que Ton annonçait toujours longtemps à ravance.
La salie à manger était presque toujours l'appartement le plus vaste et le
plus spacieux du château. Les murs étaient recouverts de longues tapisseries; le parquet était jonché de foin , de nattes tressées de paille ou de fleurs. La table se trouvait au milieu, et à l'extrémité le dressoir (voyez ce mot), appelé buffet au quinzième siècle, et ci édence an seizième ; on y plaçait dans l'ordre le plus apparent des t>assins , des vases enrichis de pierres précieuses. ^ Sur la table môme, on étendait une* nappe richement ouvrée, ordinairement pliée en double ; elle se nommait efotiolier , et ce ne fut que sous Henri III que Ton introduisit une seconde petite nappe rouiee et relevée eu coquille aux extremités; on l'enlevait au dessert.
Les assistants s'essuyaient au doublier.
Chaque convive avait ordinairemefit devant lui une assiette de terre, d'argent ou de foîence. Au temps de la chevalerie pourtant, la galanterie avait imaginé de placer les convives par couples, 1 1 de ne donner qn'ime seule assiette à chaaue couple. A côté était ce qu'on a appelé coupe, hanap, estamore, quart, etc. Le couteau fut irribdid le seul instrument employé j)our porter les mets ù la bouche , car les fourchettes (voyez CiiiLLBX et FooBCHBTTBS) sont dMnvention assez récente (*).
O Elles datent du tein|n de Henri III. Le
Parmi les ustensiles de la table des rois et des grands , figurait aussi un étui destiné à renfermer le couvert, et appelé npj à cause de sa forme de vaisseau , ou bien encore cadenas. Le service se dressait symétriqueujeut et couvert (* ).
Aux extrémités de la table étaient les assii'ttps creuses où les mets se représentaient en bosse; on les laissait vides; elles faisaient représentation. Des fontaines Jaillissantes entouraient les convives, et laissaient eouIjBr à longs flots le vin, l'hippocras, l'eau rose et l'eau de tleurs d'oranger. Une tourbe de potagers, hauteurs, pùrte*tables y saut' r/Vr.ç, garde -vaisselle, iommiers de boufeitle, rerdun'ers , pannetiers , eschansnnSy queux, manœuvraient aux cris de l'huissier de cuisine. Une nombreuse suite de varlets, pages et écuyers formaient le r ercle , portant à la innin des torches daus des candélabres d'or et d'argent.
Les services étaient apportés , et les santés proposées au son des instruments de musique ; les convives entonnaient des chansons de table dont les refrains se répétaient en cbœur, ou bien chacun disait son conte badin.
Après le donmr à faver, cérémonie qtn |)ré('éiiait et terminait le repas, les ménétriers jouaient des instruments, chantaient ou récitaient leurs romans ou fabliaux; les jongleurs faisaient des tours, jouaient des gobelets, représentaient des scènes d'hommes ivres ou
inéiue i^rinceiutroduisit l'usage des fauteuils ou chaiMft pendant les repas. Avant lui, on ne te aerfftât que de banc», delà le mot ém-
tfUIlt.
(*) Cette mode de servir les mets coitvtrts avait été introduite , oomuie celle de la nef et descoutiouelserMM, dégustation* el pré-
lihatîons des gens de service , par cette crainte de rcmpoisonuemenl toujours c\'eiUée dans des siècles de passions violentes et perfides, l ui grand personnage ne pouvait «monstrer jiUis grande fiance et singulière seurelé pour sou hoste que de ne vouloir manger d'autres viandes que de celles que celui-ci l'iit rijipn'fcr , iti <"n <> servi pnr d'nuires lauins tjiie par la utajii des otûciers de la maison , m en d'auU'e vaisselle. » (Toyes ArcI). cur. de l*hbtoixed6 FTanee, t. II, p. 4«.)
FRANCE. wMÊmm m
niais , des querelles de femmes (*); ou Bourgogne. Les différents services, de
biea des en^f«»t«fo, grandes pantoini- quarante-quatre plats chacun, arrivé*
mes, ou actions théâtrales à niacliines, rent ainsi, portés sur des chariots peints
venaient étonner, recréer le.s yeux, en or et en azur. Brantôme décrit un
Paulin , après tout cela , on apportait fe.&lin pareil , donne par le vidame de
les vins aromatisés et les épiées, qui Chartres, et dans lequel le même specta-
se prenaient debout et achevaient le clc eut lieu. Le plafond était pemt en
festin. ciel. Tout à coup, il donna passage à des
Le imitre au^ux Taillevent nous ap> nuées qui apportèrent leservice, qu^elles
prendra des cnoses eurteuses sur la de- remportèrent ensuite lorsqu'il iallot
coration d'un festin au quinzième siècle, desservir.- Au dessert, il y eut un orage
Voici , d'après son livre , les détails de artificiel, rpii , pendant une demi-heure
celui qu'il ordonna en I46â, pour Char- entière. Ht tomber une pluie d'eaux
les d*Anjou, beau>frère de uiarles vn, odorantes et une grêle de dragées. »
et troisième fils de Louis II, roi de Si- Un des plus niagnific|iies banquets
cile : donnés pend.uit le quinzième siècle, fut
« La table était garnie d'un donnant celui que le coujte de Foix, Gaston V,
(surtout) qui repr^ntaft une pelouse prince de Viane , offrit au foi et à la
verte, et qui, sur les bords de son pour- cour en 14^7. Les foncUons de maîtres
tour , offrait de grandes plumes de d'hôtel y furent remplies, au rapport de
paon, et des rameaux verts fleuris, aux- Favin, par le comte lui - même, ainsi
auels on avait attaché des violettes el que par les comtes de Dunois et de la *autres fleurs odorantes. Du milieu'de Marche, et le grand sénéchal de Noria pelouse s'élevait une tour argentée mandie. Douze tables , chacune de 5ppt avec ses créneaux. Kl le était creuse et aunes de \o\\s, et de deux et demie de formait une volière ou Ton avait ren- large, étaient dressées dans la grande fermé dififérents oiseaux vivants , dont salle de Saint-Julien de Tours. Tous les la huppe et les pieds étaient dorés. Son services étaient en plats d'arpent , et donjon, doré aussi, portait trois ban- pour chacun il fallait par table 140 de uières, l'une aux armes du comte , les ces plats. « Le septième service fut d'édeux autres à celles de mesdemoiselles piceries et confitures faites en façon de Châtoaubrnn et de Villeguier, pour les- lyons , cygnes, cerfs et autres sortes ; quelles se donnait la féte. et en chacune pièce estoieot les armes
« C'était, en effet, une galanterie du et devise du roy. » temps, lorsqu'on fétoyait quelqu'un, de Au seizième siècle (*), le bon ffoût de la représenter sur une table ses armoiries renaissance influa même sur les décopar quelque ingénieuse invention , ordinairement avec ces contitures ou ces (*) Le document suivant, que nous empâtes colorées qui servaient aussi alors pruntons an Mémorimi Je chronologie (Paris, a représenter en relief des animaux, des Verdière, i83o), p. looi , peut donner une hommes, ou d'autres figures. Ce n'é- i^lée des mels dont se composaient alors les talent plus des serviteurs ;i cheval, qui, fcsiius solennels. On pourra d'ailleurs en tirer aux jours solennels, apportaient les conséquences curieuses sur h valeur mets sur la table. Acetle rnode , on en pnnapaux objHs de consommaavait substitué une. autre moins impo- S?"/" commenoem^t du seu^me siècle, c^tû .«r..«c »u^. ,.u..„. . ■"'K" Cest un état des frais o^un grand feslMi donne
avwt quelque chose de p us merveilleux. ^ François i«. ^
Des machines descendaient du plafond ^
entr'ouvert, et apportaient dans la ^ 1^^:!^^^^,!:^^
salle les plats, ou même la table entie- pinvim, chapons 7 iS
rement servie. On en voit un exemple mouton» t sa
dans la description du festin extraordi- ^TZxrr!^. Il
naire qoe donna , en 1458, le duc de Huit livr» de brui. ii. i6
Une douzaine de verrea à pied....... 9
/•ST.^ i j> ( ir- ■ - j •• Cinquante-sept nlloM de vin è a MMit
( ) LeGrand d Auâsy,Viepnveede*l iau- g de«îe« le pet,-. 14 i
çais , t. III , p. «7 1 . ' Un pondum à» vin clairet d'OrliaM. . S
m Mwni L'imiVBRS. nâmB
rations de table. AU lieu des certs ou dbs cygnes en pâtes , qui , auparavant, , éluieiit fort de mode , on y représenta des sujets allégoriques , tirés de l'histoire ou de la mytliologie.
Tels furent les ornements imaginés pour une collation que doruia la ville de Paris à Elisabeth d'Autriche, femme de Charles iX. Ils étaient composés de six grands intfrceaui séparés , tous en relief et en pâté de sucre, dont la suite offrait une partie de l'histoire de Minerve, et des allusions flatteuses pour la nouvelle reine , pour son époux , et pour la reine mère. Ainsi, lecinquièine roupe représentait Minerve entrant ans Athènes en triomphe. A sa suite était Pensée , monté sur Pégase. Le héros était entouré d'hommes pétriiiés:
« ce qui dénotoit, dit un auteur contemporain, répouvanteineut qu'auront, et qu'ont déjà les ennemis du roi, étonnés de sa gloire, riiaçaifloenfie et prospérité, en toutes affaires 4|u'il conduira par le bon conseil de sa Minerve. »
Enfin la sixième pièce représentait Minerve et Neptune, se disputant à qui donnerait son nom à la cité d'Athènes.
Un Asiatique, monté sur un chameau, venait féliciter Pallas de sa victoire , et il lui olfrait en reooonaissanoe un vaisseau chargé de toutes sortes d*animaux et d'oiseaux étrangers. «Or, sii>nifioit ce navire, venant de Barbarie, que i'Asîe un jour vieiiâA se soumettre à notre Persée et Minerve, qui sont le roi et la reyne , ou aux pm fronts qui sortiront de leur tres-heureux mariase , comme témoignent plusieurs propnéties, disant que, du sang des François et des Allemands, rejoiucts ensemble, doit naistre un prince qui dominera sur tout le monde. >»
Extrait des registres du bureau de
l'hôtel de ville de Paris : « Leroy vient soupper à Vhostel de ville. Le huitiesmejour de février Jdo^, messieuri| les prévôts des marchans et eschevins de la ville de Paris allèrent au Louvre oit estoit le roy (*)* pour aucunes aCfoi-
Tota] p<iur aroir eu l'hontu'ur dp ri^a-
lar un roi d« France rt m suit* li i5
De plut «v fourrier^ • S
Au» Im^oaU dtt seigfneur roi 6
Total d« U dépeoM 49
0) VraufiMs n*
res du dict seigneur, et après luy avoir faict les remontrances des dictes afTai* res, ledirt st loueur leur dist que avoit trouvé tant d'honnesteté aux habitans de la dite ville, qu'il voulloit aller soupper nvec eulx en leur hostel de ville, jeudy prochain, qui estjeudy gras, où assistera la royne et plusieurs princes de son sang. Sûr quoy mon dit prévost des marchans Pa trâ-humblement remercyé de l'honneur qu'il foisoit à la dite ville, et qu'il feroit faire les apprestz.
« Incontinant que mes dits sieurs
ont esté de retour en Thostel de ville
ont envoyé quérir les rôtisseurs, mais- , très d'hostel, painctres et autres ouvriers nécessaires pour foire les apprfstz du dit festin et bancqoet, et les marchez faicts passer par-devant les notaires de la dite ville ; et ont messieurs faict faire une semonce aux dames de Paris (*) pour assister au dit festin comme il en suit. (Suivent les noms de 26 invitées.) « Le 14 février ensuivant, messieurs
(*) Il parait que dans cti orcssîons , les dames et demoiselles éuient souvent invitées Ml» que leurs pèret et maris fiitsent titlo-
rihf^s à 1rs nrrmupagner. François %c irouvant à Bordeaux à &oo r^iir 4e Madrid , la reine mère, dtl une relation oontemporaine iusérée dans les Arrhivps rurietises de l'hist. de Franrp, par MM. Cimber et d'Anjou, LU, p. 332, « s'avi&a que le^idites festes ne se dévoient faire sans les principalles dames < t (lemoyselles cln fit Buurdeauls , femmes des présidents, comeillers et autres, les-
Siielles elle manda incontinent venh'. Llipuiv e soupper étant venfte, troys graii<> tabt^ furent couvertes royallement. Il y eut beaucoup de difiicultex pour faire asseoir les dames ei demoyselles d« la ▼îlle , parce que les unes aux :iiitres se faisaient 'honneur disant : ISe m'appariienl pas d'estre assise devant vous; touctes fuis, aprez plusieiurs honneurs |aieU les unes aux autres se asdreut. Les napi^es furent levées, mains lavez et grâces rendus, tables, trctaulx, e^abellesostet et commeoccrenti danoer , qui dura jusques à lendemain grant jour, et après se retircri-nl cbarune en sa maison, recitans à Itiirs marys les grant raciieil et lionneur^ et «uusy bonne chère quê Utir avait fut Mit S(ii;nfur , ladite dame ft tcitcte l'assemblée , lesquels marys estaient bien aises dé oujr tel* 'beam propoi, »
WffUM
ont enroyé ès maisons de plusieurs évesques et graos seigneurs poar em- ^prunter des vaisselles d'argeot pour fervjr au dit banctiut-t.
« Ont faict niurciie de ung pleyeux de linge de plaier huict douzaines de servietles et huict nappes ouvréw pour mectrt à la tabte du roy et des princes (*).
« Ont esté mandes plusieurs enflans de Paris, fils de marewiDS , p<M]r eulx
trouver nu dit jnur pour sprvir et porter le.s plats îipres le iiiaistre d'hostel , et leur lut ce jour baillé une livrée de soye , aui uogs iauloe et aux aultres violet , mais les dits serviteurs servirent plus de faire confusion que d'autre chose, à cause de la grand'presse qui y estoit.
« Vint an bureau un nominé Jodelle,
poète du roy, qui entreprint de faire et composer une comédie devant le roy, etftitachapté grande quantité de drap de aoye d*or pour faire les accoustrements, et luy fut baillé une chambre pour luy et ses compaignons pour faire leurs âpprestements. Mais quand, ce viot à jouer, les chantres étoient enroués et y avoit si grande confusion et presse en la crand'salle qu'ils ne sreurent achever leur jeu; par quoy ce fut argent perdu.
" Kt le dit jour du jeudy gras , 17 février, messieurs les prévosts des marchans, eschevius , greffiers , procureur, receveur et contreroileurs vindrent en Tbostel 4e la ville, dès six heures du matin , pour faire haster les apprests, trouvèrent la grand'saiie accoustrée de lierre par haut , en forme de plancher, 4ft y avoit Ibroe chappiteaulx de triumpbe, dedans lesquels estoient les escussons du roy et de la royne, du dauphin, de M. dp Guyse, du cardinal de Lorraine, du garde des sceaulx, de madame de Valentinois, de madame Marguerite, avec plusieurs devises en latin à la
{*] Plier le linge était alors un art siir lequel w écrivait des traités ex professo. Henri III voulait qu'à &a table la nappe et !es serviettes fussent empesées et plissées comme ie^indaes du cou. On lit dans Vhle du Bmmtfftrodifes » que la nappe se pliait d'une oertune faiçon , « que cela ressembloit fort à quelque rivière ondoyante qu'an petit vent Uit doucement soulever. »
mrim fw
louenge du roy et de M. de Guyse, faisans mention de la prinae de Gâtais.
Ladite salle estoit tapissée de la tapis* serye de h dite ville, et natée prir le has, avec le. theiiti e ou estoit la table du roy, qiii estoit plus haut que ladite salle de trois marches de degrés.
«Mes dits sieurs ordonnèrent que nng eschaffaut fut fait en la dite salle (jour mectre aucuns de leurs amys. Puis, sur les 9 heures , allèrent dianer au bureau du receveur et ne feirent autre repas le dit jour , parce que les gentilshommes prciioient toute la viende qu'on desser- Yoit, et n*en demoura pas pour soupper messieurs, combien quMl y en avoit plus que à suffisance et de toutes sortes.
« Apre^ le disner de messieurs dessus diti , messieurs les prévosts des rtiar* chans , esellBYillS et greffier vestirent leurs robes my-parties et allèrent donner ordre partout.
« M. de Lézigny, maittre d*ho8tel du roy, feist venir en ta grande salle trente archers de la garde pour garder les portes, et leur fut dit fie ne laisser entrer personne, s'ils n'étoient mandez.
Et touteilfois ils feirent entrer leur ooe* noissance et tant de gentilshommes Je la cour, qne la salle estoit si pleine qu'on ne n'y pouvoit remuer, et y eust si grande oonfusioa que cela o6ta le plaisir que le roy et les princes y dévoient prendre.
« Sur les quatre heures après mydi , le roy, la royne et le oortégè arrivèrent en rhostel de ville. Le dit seigneur entré en la grande salle avec sa compagnie, chascun print place selon ses dignités, où il povoit ; car les damoisèiles de Paris, mandées et semoncées au dit festin , s'estoient assises les prenn'ères au hault bout, et furent contraincts plusieurs grans seigneurs se asseoir au desBoubs d'elles.
'< T/entrée de table fut sonnée par les trooipettes du roy, et servy par le dit seigneur de Lézigny , et estoient portés les plats par les pa'ges de la ihaisoh du roy.
n Les autres estoient servys par maistre Jacob, maistre d'hostel de la ville; mais ii y avoit ai grande presse et confusion, qu'il y en eust plusieurs mal contents , parce qu'ils soijppèrent sans boire. Messieurs de la ville alloient et
FRAUCR.
rasTiim
L'UNIVERS
raariim
venoient pour cuyder mectre ordre ; mais ils ne pouvoient pour les gens de cour qui ne voulloient obéyr.
«Après que le roy eust souppé, le cardinal de Lorraine dist les grâces.
Ce faict, ceux qui dévoient jouer la .comédie entrèrent dedans la salle à la grande force, et commencèrent à chanter ; mais ils estoient enrouez et n'en fut pas tenu grant compte.
a Messieurs allèrent , environ une heure après, demander an roy s'il lui plaisoit de venir prendre la collation au grand bureau d'en hault, ce qu i! accorda volontiers. Ge|iendant les dames dansoient dans un coing de la salle.
« Après la collation faicle , voyant quMI estoit bien unze heures du soir , Gbascun s'en retourna en son logis , et messieurs de la ville aussi qui n'avoient point souppé (*). «
£l voila ce qu'on appelait /e^toyer/..
. Cependant ces repas solennels , donnés |Mr les Parisiens aux personnages princiers, les entraînaient à des dépenses considérables. Suivant un compte original (**) du festin oftert le 19 juin 1Ô49 à la reine Catherine, messieurs de l'hôtel de ville payèrent :
« Sept vingt?, dix-sept livres pour l'achat de 3 nmals de vin clairet Irancois ; 60 livres pour S autres muids de clairet; 86 livres pour à muids de vin blanc.
« 897 livres aux rôtisseurs, pour 30 paons, à 40 sous tourn. h pièce; 88 faisans , à 70 sous tourn. ; 21 cygnes , ù 100 sous tourn. ; 9 grues, à 4 livres; 33 trubles ; 33 aigrettes ; 33 béronneaux , 88 oisons; 7 coqs d'Inde, etc., etc.
« Neuf vingts douze livres au pâtissier.
« Sept vingtz dix-neuf livres au potier d'étain, pour avoir fourni et livré le linge de table et la vaisselle, avec les
ustensiles de cuisine.
93 livres à Démétrius Paléologite, capitaine des Touineiles, pour achat id^eaues et autres choses pour parfumer et ployer le linf^e du dict festin, de ileurs, de bouquets, de curedeots , etc.
a 24G livres à l epicier.
(*) An^¥es curieuses de Thisl. de France, t. III , p. 457.
('") Inséré dam les Arth. cur. derfaÎM.dtt fiunce , t. III , p. 4 1 7 et suiv.
« Enfin , une grande quantité de menus frais, tels que : 10 sons toomois pour 4 cagées de fines herbes odorantes pour serner ez salles , 18 liv. tourn. au maistre joueur d'instruments, tant pour luy que pour ses autres compagnons , estant en nombre de dix; 268 livres à rorfebvre qui ovoit folumy la vaisselle d'argent , etc. , etc. »
Le dix-septième siècle ne semble pas non plus, d'après toutes les relations du temps, avoir connu pour les grands ropas la simplicité ni le bon goiU.
Le Mercure galant ( décembre 1685) fait la description d'un repas que l'ambassadeur de Venise donna alParis cette même année, aux membres du corps diplomatique. La table, lorsque les cott> vives vinrent s'y asseoir, ne présentait
3 ne galères et galéafres; mais chacun e ces vaisseaux contenait un potage.
Quand on eut mangé , les officiers enlevèrent les galères, et alors l'on vit que ce n'était que des couvercles cretlx , lesquels laissèrent paraître le service des entrées qu'ils cachaient
(*) L'tuage de tilles volantes a survécu
de beaucoup au quinzième siècle.
Ëa i6uo , quand Marie de Médicin fui fiaoeée aux ambamdeurs de Hoiri IV , le graud-diic de Toscane donna un grand festin «dans lequel on vit, dit l'auteur de la Chronologie septennaire, une magnificence extrême: après le prciuier service, la tabUî se départit erj deux et s'en alla une partie à droite et l'auUe partie à gauche ; à 1 iuslanl il se leva par sous terre une tntre table chargée Irès-exquiseinetit de toutes sortes de fruits, de dragées et de conlitures ; et quand de rocme celte table- là aussi fut di8|NUve comme l'autre, il en vint une troîsiène, lente reluisante de préojeux lapis , miroirs et autres cIiom's plaisantes à voir, et faisant au long et au large un brinemenl tdnûrable. Puis a|iiès, la (|iiairièrne se leva couverte des jardius d'Aicinuus, qui sont vergers de Sémiramis, pleins de diverses fleurs; et les autres chargées de fruits, avec fontaines i chaque bout de la table, et infinis petits oiseaux qui s'cmolèreut parmi la salle. »
Sous le règne de Lonis XY , le roi StaDis> las avaii à I,iin('\ille nne d<' cos tables volaules; mais celle-ci descendait du plafond ; on avait aussi imaginé de les faire monter de dessous le parquet comme cdies de Florence. Il y avait une tnhle de cette dernière espèce à Choi^y et iin^ autre à l'rianon. Elle
ItBSTIIfS
FRANGE
rEBTlKS
On tait d*aillear8 que les festins de
la cour de Versailles , les plaisirs de file enchantée { 1064 , offraient encore de ces divertissements empreints du vieux godt de la renaissance pour la niytholoj[;ie , les décoratiohs bizarres et les machines mouvantes. Ils étaient surtout remarquables par une prodigalité insensée.
Le Mercure gakmê ( janvier 1680 ) , décrivant le banquet roynl célébré à V'crsailles pour le mariage de mademoiselle de filois, bâtarde de Louis XIV, avec le |>rince de Conti, nous apprend qu'il y eut à ce repas trois services de 160 plats chacun. Les ortolans , seulement, avaient coûté 16,000 livres.
La mode d*empiler sur un même plat det amas de viandes entassées, suivant l'expression de Boileau dans la satire du Festin , se maintint jusqu'au temps de la régence. On coustriiisait aussi de ces sortes de pyramides pour le dessert; on mettait en piles, tantôt les fruits eux-mêmes, tantôt les assiettes sur lesquelles ils étaient servis. Tontes les relations de festins ou de collations du dix-septième siècle par- It^nt de ces édiilees culinaires comme de décorations admirables et d'un goûl eamdt.
La construction de ces pyramides reîjardait les chefs d'office , et c'était pour ces officiers un objet d'émulation. Ils cherchaient à se surpasser les uns les autres, par la hauteur de leurs piles, et ils en vinrent au point qu'il fallut hausser les portes, c'est l'expression de Uiadame de Sévigné. « Nos pères, dit- « elle , ne prévoyoient pas ces sortes de « innrbiries , puisque même ils ne com- « luenoient pas qu'une porte fût plus
haute qu'eux. » Des constructions si peu solides devaient parfois se renverser; c'est en effet ce qui arrivait souvent. La marquise décrit un de ces accidents dont elle fut témoin au grand
portait iion-spulement un service entier, mais encore quatre de ces petites tables appelées terpantes, qui fournisMient aux convives les assiettes, le et les autres choses dont ils jiouvaieut avoir besoin , el leur permeltaieut de se paner de valets. Elles redescendaient avec la mkme facilité-, et dans Tintervalie irnu service à l'aulre, l'ouverture se trouvait LOiiverte par une belle rose de métal.
repas des États de Bretagne : « Une py-
« ramtde veut entrer , une de ces pvra- « mides si hautes qu'on est oblige de a s'écrier d'un bout de la table a l'autt tre ; mais bien loin que eela blesse « id, on est sou vent fort aise de ne plus '< voir, au contraire, ce qu'elles cachent. « Cette pyramide donc , avec vinç:t ou « trente porcelaines, tut si parfaitement « renversé à là porte , que le bruit en « fit tnire 1rs violons, ks hautboîs et « les trompettes. »
Vers le milieu du dix-huitième siècle seidement, le célèbre oonflsenr Travers substitua des décorations de meilleur goût à ces pyramides de fruits, qu'on ne semblait offrir aux convives que comme pour leur foire souffrir le supplice de Tantale (*). Dans le même temps, la cuisine nouvelle, plus simple, plus naturelle, fit disparaître les pyramides deuviandes.
Mais ce que la cour conserva en partie jusqu'à la révnliitinn, ce fut le cérémonial de table pompeux et ridicule, tel qu'on le trouve décrit dans un état de la maison de Philippe le Hardi , duc de Bourgogne (*").
Voici comment d'Expilly , dans son Dictionnaire de la Gaule et de la France (III, 118), déerit le festin royal célébré à Reims, le 35 octobre 1 722 , après le sacre :
« Dans une des-salles du palais archiépiscopal avaient été dressées cinq tables. Celle du roi était sur une estrade élevée de quatre marches, et sotis un dais de velours violet orné de fleurs de lis d'or. Tout étant prêt, le duc de Brissac, grand panetier de France, At mettre le couvert du roi et apporta le cadenas de Sa Majesté, accompagné du grand échanson portant la soucoupe, les verres et les earafes , et du grand écuyer tranchant portant la grande cuiller, la fourchette et le j^rand routeau. Ils étaient vêtus d'habits et de manteaux de velours noir ^ de drap d*or.
« Le premier service fut apporté dans Tordre suivant : Les hautbois, les trom-
(*) Les décorateurs de table forinéreut alors line communauté qui fttt réunie à celle des
marchands de modes.
(**) Voyez I/egrand d'Aussy, Vie privèo des Franraisf I. 111, p. 35» et 5ui\.
ï. VU. 61* Uvraison, (Digt. emcycl. , etc.;
802 F£&T1NS L^UI^i
pettes et les flûtes de la chambre ioaant
(les fanfares , marchaient à la tete. Ils étaient suivis des hérauts d'armes, du grand uiaitre des céréinonies, des douze maîtres d'hôtel da rot tenaat leurs bfttoîis , et du premier maître d'hôtel. Le prince de Rohan faisait les fonctions de grand mattre, son bâton à la main.
Le j>remier plat était porté par le due denrissacet les autres par les gentilshommes servants de Sa Majesté. Le marquis de la Chenaye , grand écuyer tranchant , rangea les* plats sur la table rcqralef'Ies découvrit, en Gt l'essai et les recouvrit, en attendant l'arrivée de Sa Majesté. Ensuite le duc de Rohan , précédé du même cortège , alla avertir le roi , qui se rendit dans là salle du festin dnns cet ordre : Les hautbois, les trompettes et les flûtes de la chambre , les six hérauts , les maîtres et aides des cérémonies, puis les gentildiommes qal avaient porté les hoMneun et les offrandes.
.4 « L'archevêque de Reims prononça te beMâietie, Alors la couronne de Cbariemagne, le seeptre, la main de justice
furent plarés sur des carreaux de velours aux coins de la table, sous la garde des maréchaux qui les avaient portés , et qui ratèrent debout pendant tout le
^ERS. - PBSTIMS
dîner. Le prince Charles de Lorraine,
i^rnnd éniiyer, se mit derrière le fauteuil de Sa Majesté, aux deux côtés duquel se tinrent les deux ducs capitaines des gardes. Debout « à la droite ou roi , était le prince de Rohan , et ce fut lui qui présenta la serviette au roi. Le grand panetier, le grand échan^n et le grand ecoyer trandiant étaient devant la table , vis-à-vis le roi , remplissant leurs fonctions. La n^/avait été mise an coin le plus éloigné de Sa Majesté. Tons les services delà table du roi furent servis par ses officiers avec le même cortège ooe le premier. Les quatre autres tables Turent servies par les notables et les officiers de la ville de Reims , qui avait fait tôttte la défienie. »
Ainsi se perpétua jusqu'à ces derniers temps, dans l'ancienne monarchie, l'usage qui imposait aux rois et aux princes de la famille ro^ralc, l'obligation de figurer, dans certams jours de fête, à un repas public. Mais ces festins étaient devenus de purs festins d'opéra. Le public admis à passer dans les salles des Tuileries ou de Versailles , ne voyait qu'une reprrscnlntion gravement puérile, après laquelle les augustes personnages allaient manger et boire à leur aise dans leurs apimrtements.