PAR M. PH. LE BAS
MEMBRE DE i/llfSTlTUT.
Caisses d'épargne. Cette institu- Liancourt. Le 22 mai, Pacte constitutif tioo,dueà la philanthropie plus éclairée est signé. Les statuts sont approuvés des temps modernes non moins qu'au par ordonnance royale du 29 juillet, et développement du principe moral et des le 1 5 novembre la Caisse d'épargne et idées d'ordre dans toutes les classes , de prévoyance de Paris ouvre ses bute date cependant en France que d'une reaux dans le local de la compagnie vingtaine d'années. A partir de cette royale d'assurances maritimes, dont les fyoque, une grande réforme s'est ope- vingt administrateurs avaient été les fte dans les habitudes de notre popu- premiers souscripteurs de la nouvelle tation ouvrière. Jusqu'alors, l'artisan société. Pour faire face aux frais de la ou oe faisait pas d'économies et dissi- gestion , sans rien prélever sur le dépait en folles dépenses la portion de pôt qui leur était confié, ils avaient cha- »n salaire, dont l'emploi n'était pas cun doté l'établissement naissant d'une reclamé par ses besoins immédiats, ou rente de 50 francs. Ce revenu se groscachait et rendait par là aussi inutile sit rapidement. La Banque de France, aux autres qu'à lui-même ce qu'il pou- qui ensuite fournit un local mieux ▼ait prélever sur le gain de chaque proportionné à l'importance toujours jour. C'est à l'un des membres les plus croissante de l'institution, contribua honorables du commerce français, à pour une somme de neuf mille francs à M. Benjamin Delessert, que nous som- la formation deson capital. De leur côté, raes redevables de l'introduction en les banquiers souscripteurs du pre- France de cette utile création , dont, mier emprunt du gouvernement firent déjà depuis quelques années, nos voi- abandon à la Caisse d'épargne d'une Ras d'outre-mer recueillaient les heu- rente de huit mille francs lorsqu'ils reux fruits. En 1818, sur sa proposi- liquidèrent leur opération en 1819. tion, une société se forme et appelle à L'établissement possède aujourd'hui Mtétele vertueux la Rochefoucauld ► plus de soixante mille francs dere-
T. iv. v Livraison. (Dict. bhcycl., etc.) 1
CAI
L'UNIVERS
CAI
venu , provenant de dons, et de bénéfices réalisés en diverses circonstances.
Cette somme ne couvre cependant qu'une partie des frais. Le surplus est supporte par le budget de la ville. Dans l'origine, dès que le chiffre du compte des |éposants le permettait, le montant en était converti en rentes sur l'État. Une loi du 17 août 1822 avait fixé à dix francs le minimum des inscriptions achetées ainsi par la Caisse.
N'oublions pas de dire que les agents de change prêtaient gratuitement leur ministère pour ces achats, et que le gouvernement exempta du droit de timbre les pièces de comptabilité de la Caisse. La fluctuation du cours des fonds publics, l'influence qu'eurent sur leur valeur les événements politiques, tels que la guerre d'Espagne et la création du 3 pour cent, firent sentir au conseil des directeurs le besoin de trouver pour les fonds qui leur étaient confiés un placement qui fût plus à l'abri des chances de bourse. Ils s'adressèrent donc, en mars 1829, au ministre des finances, alors M. Roy, l'effet d'obtenir que les caisses d'épargne pussent verser directement leurs fonds au trésor en compte courant. Cette autorisation fut accordée par une ordonnance royale du 3 juin, et sanctionnée par la loi du budget de 31830. L'intérêt de ce compte fut stipulé au taux de 4 pour 100. Une ordonnance du 15 juillet 1833 fixa définitivement à 300 fr. la somme la plus forte que la caisse pût recevoir de ses clients en un seul versement. Ce chiffre avait d'abord été porté à 600 fr., puis réduit à 50. Le maximum que put atteindre chaque livret fut fixé [ui-même à 3,000 fr. pour les particuliers, et à 6,000 pour les sociétés de secours qui choisiraient ce mode de placement. Une loi du 31 mars 1837 confia à la caisse des dépôts et consignations le soin d'administrer les fonds provenant des caisses d'épargne. Celles-ci conservèrent néanmoins la faculté d'adopter de préférence d'autres modes de placement , s'il s'en présentait ailleurs de plus . Profitant de cette latitude,
quelques-unes, celles de Metz et d'Avignon, par exemple, ont lié leurs opérations à celles des monts-depiété, qu'elles se sont annexés.
Près de deux cent cinquante caisses d'épargne se sont, depuis la création de celle de Paris, établies dans les départements. Elles doivent leur existence, les unes à des associations particulières, les autres aux votes des conseils généraux ou municipaux.
Celle de Bordeaux, qui en 1830 avait déjà reçu dix millions, a été fondée en 1819. Rouen et Metz eurent des établissements analogues en 1820 ; Marseille, Nantes, Troyes et Brest en 1821; le Havre et Lyon en 1822. Toutefois, le nombre des caisses d'épargne de France, en 1830, ne s'élevait encore qu'à treize. Leur développement devint plus rapide à partir de cette époque. Dès 1832, lacaisse de Paris commença à ouffir ses succursales d'arrondissement, par lesquelles elle va, pour ainsi dire , recueillir à domicile les épargnes de ses clients. Au mois de janvier 1835, le nombre des caisses d'épargne en activité s'élevait pour toute la France à soixante-dix; deux ans plus tard , on en comptait deux cent vingt-quatre. En 1833, le montant des versements opérés à la caisse de Paris fut de 8,700,000 fr., et au 81 décembre de cette même année , il y existait trente-trois mille livrets, représentant une valeur de 12,580,000 fr. Six mois plus tard, les sommes dont elle se trouvait débitrice envers sa nombreuse clientèle montaient à 18 millions. Enfin , jusqu'à ce jour, il n'a pas été versé, dans les caisses d'é-
fiargne de Frauce, moins de 156 mil- 10ns, lesquels ont donné lieu a l'ouverture de deux cent soixante mille comptes. Le succès de l'institutioa grandit tous les jours dans une rapide progression, car elle a complètement gagné la confiance de la population. L'ordre admirable qui règne dans sa gigantesque comptabilité n'a pas peu contribué à la popularité dont elle jouit. L'apprenti y vieut insensiblement grossir le modeste capital, fruit de ses épargnes de chaque se-
CAJ FRANCE. CAL
mainc, et sur leouel il fonde l'espoir funproHiain établissement; l'ouvrier maries'/ ménage un moyen de faire fce aux charges probables que lui apportera l'augmentation de sa famille; tous enfin s'y créent une ressource pour les temps difficiles , et s'y assurent le pain de leurs vieux jours.
CAjACS(les), corps de deux cents çwitilshommes , crée en 1668 pour le service de la marine , et ainsi nommé «Ton M. de Cajac , seigneur de Ham , Qui en fut le fondateur. On leur donna aussi le nom de Vermandois , le duc de Vermandois étant alors amiral. Ce corps fut du reste licencié peu de temps après sa formation.
Lu abc , petite ville de l'ancien Quercy, à vingt-deux kil. de Figeac, département du Lot. C'était autrefois uoevilleforte; et, dans les guerres contre les Anglais, elle opposa aux ennemis une vigoureuse résistance. Louis XIII «i fit démolir les fortifications en 1622. La population de cette ville est aujourd'hui de dix-neuf cents habitants.
Gymif (Henri), de la maison de Serrnoneto, fut fait cardinal en 1585 , et envoyé en France par Sixte-Quint, avec le titre de légat à latere, à la fin de Tannée 1589. Il arriva i P iris , le î janvier 1690. Alors l'exaltation des 'peurs était à son comble , et Cajetan, au lieu de rester neutre, suivant les instructions qu'il avait reçues du I«pe, se réunit à Mendoze, ambassadeur de Philippe II, et aux Seize, partons dévoues des Espagnols. Le parlement de Tours, qui tenait pour Henri de Navarre, rendit un arrêt portant défense de communiquer avec le légat, sous peine de se rendre coupable du crime de lèse-majesté. Le parlement de Paris, dévoué a Cajetan , cassa cet et enjoignit de montrer au pré-
respect et révérence. Ce fut Cajeto) qui , revêtu de ses habits pontifiera*, reçut dans ses mains le serment W prêtèrent le parlement, les cours 'oureraines , les ambassadeurs d'Espagne et d'Éeosse , le prévôt des marchands, les échevins, etc., de mourir Pour la religion catholique, et de res-
ter soumis à Charles X et au duc de Mayenne, lieutenant du royaume, serment oui fut répété ensuite par tous les oourgeois de Paris. Mais les victoires de Henri dérangèrent les plans des ligueurs : Paris fut assiégé, et le malheureux peuple réduit à la plus horrible famine. Cajetan , cependant, redoublait d'ardeur, mettait en jeu tous les moyens. Il fit distribuer cinquante mille écus de son argent aux pauvres ; mais ceux-ci refusèrent un secours inutile, et demandèrent du pain. Ce fut, dit-on, Cajetan qui conçut l'absurde et sacrilège idée de faire du pain avec les ossements des cimetières. Il fut probablement aussi un des inventeurs de cette fameuse pro-, cession des moines de la ligue , commandée par Rose , évéque de Sentis. On sait que Henri leva le siège à la nouvellede l'approche du ducde Parme, qui arrivait des Pays-Bas avec une armée , et qui s'était réuni au duc de Mayenne. Cest vers cette époque que Cajetan fut rappelé par Sixte-Quint, lequel était loin d'approuver la poli tique de son légat. Il trouva le pape mort à son arrivée à Rome, et bien à point pour lui, dit l'Étoile avec raison ; car il n'est pas douteux que Sixte- Quint ne lui e(U demandé un compte sévère de la manière dont il avait rempli sa mission. Cajetan néanmoins resta en faveur auprès du successeur de Sixte , et mourut paisiblement en 1599, à l'âge de quarante-neuf ans.
Cajot (dom Jean -Joseph), bénédictin de la congrégation de Vannes, naquit à Verdun en 1726 , et mourut en 1779. On a de lui : les Antiquités de Metz , ou Recherches sur l'origine des Médiomatriciens , Metz, 1760, in -8° ; Histoire critique des coqueluclums , Cologne 'Metz), 1762, in-12 ; Plagiats de J. J. Rousseau sur réduction, Paris, 1776, in-12, ouvrage où l'auteur s'efforce de prouver que les idées qui ont fait la fortune de YEmile sont empruntées à Plutarque et à Montaigne.
Calabbb (soulèvement de la). — L'arrestation du général Championnet avait altéré la confiance des Napolitains
dans le gouvernement des vainqueurs; de plus les exactions de quelques agents français avaient irrité la population, qu'excitaient encore les Anglais, placés à douze milles de Naples , dans la petite île de Procida. Bientôt les criminels sortis des prisons et des galères se réunissent; le cardinal Ruffo vient dans la Galabre prêcher contre les Français une nouvelle croisade.
Au nom sacré de la religion , toutes les campagnes se soulèvent; et en mai 1799 le cardinal Ruffo, à la tête d'une bande de brigands indisciplinantes , pitle Crotone , qui lui avait ouvert ses portes, et s'empare de Contazarro , capitale de la Calabre. En un instant , l'Apulie et les A hru/.zes embrassent son parti , et la république parthénopéenne se trouve circonscrite dans les murs de Naples.
Ruffo ne tarda pas à en commencer le siège ; il l'attaqua de trois côtés. Les assiégés, craignant la famine, se décidèrent, après plusieurs engagements acharnés, à faire une sortie générale , qu'ils exécutèrent le 25 juin après midi. Écrasés par le nombre , ils furent contraints de se retirer dans les forts. Dès le lendemain, le cardinal Ruffo entra dans Naples , et les rues de cette tille furent teintes de sang. Cependant le château Saiut- Elme , le château Neuf, le château de l'Œuf, la forteresse de Castellamare, tenaient encore les royalistes en échec. Ruffo fit proposer un armistice , et consentit à une capitulation honorable. Ces conditions turent d'abord exécutées de bonne foi ; mais Nelson, arrivant dans la baie , ordonna à tous ceux qui avaient occupé des places dans le gouvernement républicain, de se rendre au château Neuf pour donner leurs noms et leurs demeures, promettant qu'ils seraient désormais à l'abri de toute poursuite : il voulait dresser une liste de mort. Presque tous ceux qui firent cette déclaration furent emprisonnés ; beaucoup périrent sur IVchafaud; cinq cents furent bannis , et virent leurs biens confisqués. On parvint enfin à cet excès de délire, de faire le procès à saint Janvier, protec-
CAL
teur du royaume, pour avoir paru ap-
{ trouver la révolution napolitaine , en aissant couler son sang au moment de l'entrée des Français. Les biens oui lui étaient consacrés furent confisqués au profit du roi, et saint Antoine de Padoue lui fut donné pour successeur, attendu qu'on célébrait sa fête au jour de la rentrée des troupes royales dans Naples.
Calages (mademoiselle Marie de Pech de ) vivait à Toulouse dans les premières années du dix-septième siècle. Elle est l'auteur d'un poëme de Judith, ou la Délivrance de Béthulie, en huit livres , qu'elle composa pendant sa jeunesse , et qui ne fut puWié qu'après sa mort, en 1660. Ce poème, terminé avant que le Cid eût paru , renferme des vers heureux. Racine s'en est approprié quelques-uns. Ainsi, mademoiselle de Calages avait dit, en parlant de Judith ,
« Qu'un Nia bien différent l'agite et la défore. »
avant que Racine eût fait dire à Phèdre, acte II, scène 5,
« Qu'on soin bien différent me trouble et me dérore,.
Ce vers , mis par notre grand tragique dans la bouche d'Hippolyte :
m Maintenant je me cherche et ne me trouve plus, »
est également imité de celui où mademoiselle de Calages dit, pour exprimer la passion naissante d'Holopherne :
« 11 se cherche lui-même et ne se trouve plus. »
Mademoiselle de Calages avait remporté plusieurs fois le prix à l'académie des jeux floraux.
CALAIS, Calesium , ancienne capitale du pays reconquis. Les premiers titres où il en soit fait mention ne remontent pas plus haut que le neuvième siècle. Ce n'était alors qu'une petite bourgade peuplée de pécheurs, et des marins qui fréquentaient le port. Ce port, creusé par la nature, et amélioré en 997 , par ordre de Baudouin IV , comte de Flandre , était défendu par deux grosses tours, dont l'une, attribuée à Caligula, était située au milieu des sables, au nord de la ville ; l'autre protégeait l'embouchure de la rivière
L'UNIVERS
de Guiçnes. Philippe de France, comte te Boulogne, fit construire en 1224, artour de cette bourgade , un mur flanqué de petites tours de distance en distance , avec des fossés extérieurs.
Le même prince y fit élever, trois ans après , un vaste donjon , qui dès lors fut appelé le château , et qui , démoli en 1560, fut remplacé par la citadelle actuelle.
Devenus maîtres de Calais après la bataille de Crécy (voyez l'article suivant; , les Anglais embellirent cette ville, et en augmentèrent les fortifications. Ils la conservèrent jusqu'en 1558 , où le duc de Guise la leur reprit après un siège de sept jours. Les ligueurs s'en emparèrent en 1595; mais au traité de Vervins, elle rentra sous la domination du roi. Les Espagnols l'assiégèrent sans succès en 1657.
Deux fois, sous le règne de Louis XIV, elle fut bombardée par les Anglais , qui, en 1804, essayèrent encore, mais inutilement , de forcer rentrée de son port , pour venir y attaquer une flottille qui s'y était réfugiée.
Calais est une place de guerre de première classe ; elle possède d'ailleurs peu de monuments remarquables. La cathédrale, où Ton voit un tableau de Vao-Dyck représentant l'Assomption ; l'hôtel de ville, construit en 1231 , et rebâti en 1740 ; la cour de Guise, ancien bâtiment, environné de plusieurs gros piliers en forme de tours , qui , sous la domination anglaise, servait de Bourse ou de lieu de réunion aux marchands , et que Henri II donna en 1558 au duc de Guise, vainqueur des Anglais : tels sont les seuls édifices de cette ville qui méritent d'être cités.
Calais était, avant la révolution, le chef-lieu d'un gouvernement et le siège d'un bailliage ; c'est aujourd'hui le chef-lieu de l'un des cantons du département du Pas-de-Calais. Sa population est de dix mille quatre cent cinquante-sept habitants. Elle possède on tribunal de commerce , une école d'hydrographie , une école de dessin, et une bibliothèque publique. Elle a produit plusieurs hommes remarqua-
bles. Sans parler d'Eustache de Saint- Pierre, dont le dévouement a été mis en doute dans ces derniers temps, on cite parmi les plus célèbres : Delaplnce, Pigault- Lebrun, Réal, le peintre Francia, et le voyageur Mollien.
Calais (sièges de). — - Après la bataille de Crécy, Édouard III, roi d'An-
P leurre, entreprit d'assiéger Calais, uné des clefs du royaume, et bâtit autour de cette ville une seconde cité, environnée de redoutes, de fossés et de tours. Il voulait l'affamer; et, en effet, la famine s'y Gt bientôt sentir. Cinq cents habitants, que le gouverneur avait mis hors de la ville, moururent de froid et de misère entre la ville et le camp. Le blocus durait déjà depuis dix mois, lorsque Philippe de Valois vint avec une armée redoutable au secours de la ville. Il négocia, défia l'ennemi, mais sans succès. Édouard ne bougea pas, et le roi fut forcé de se retirer. Le gouverneur, Jean de Vienne, demanda alors à capituler. Mais Édouard , après tant de temps et d'argent perdu , voulait se donner la satisfaction de passer les habitants de Calais au fil de l'épée. Cependant il se laissa fléchir, pourvu que quelquesuns des principaux bourgeois vinssent téte nue, la corde au cou, lui présentée Jes clefs de la ville. Eustache de Saint-Pierre (voyez ce mot) se dévoua avec quelques généreux citoyens, et se rendit au camp d'Édouard. Ce prince inflexible voulait les sacrifier à sa vengeance; mais les prières de la reine et des chevaliers parvinrent enfin à le fléchir. Le lendemain, il entra dans la ville, en chassa les habitants, et y établit une colonie anglaise.
— Peu de temps après , Gcoffroi de Charni fit pour reprendre Calais une tentative inutile; quelques-uns de ses chevaliers furent faits prisonniers.
Edouard, après l'action, les fit souper avec lui , et le lendemain leur rendit la liberté.
—Le duc de Bourgogne fit aussi , en 1436, le siège de Calais; mais ses milices flamandes s'étant débandées, il fut forcé d'abandonner cette entreprise.
cal L'UMVERS.
CAL
—Le duc de Guise fut plus heureux en 1558. « Le grand point pour réussir dans l'attaque de Calais , c'était de ne donner aucune alarme aux Anglais, et de ne point les faire penser a en augmenter la garnison ; le grand nombre de troupes que , depuis la bataille de Saint- Quentin (*), les Français avaient rassemblées sur leurs frontières du nord ne paraissait destiné qu'à arrêter la marche d'une armée victorieuse. Elles étaient cantonnées de manière que le duc de Savoiecroyait devoir veiller en même temps sur le Luxembourg et sur les places ou'il avait conquises en Picardie. Tout a coup le duc de Nevers , qui les commandait , fit marcher simultanément vers le Boulonais tous ces corps divers. Le duc de Guise partit de la cour pour se mettre à leur tête, et, le I* janvier 1558, il se présenta inopinément de- * vant le pont de Nieullay, à mille pas de Calais. Un petit fort le défendait; trois mille arquebusiers français s'en emparèrent d'emblée. D'Andelot, qui, après avoir été fait prisonnier à Saintuentin , était parvenu à s'échapper, nt attaquer le fort de Risbank, à gauche de la petite rivière qui forme le port, et s'en rendit maître dès le 2 janvier. Ainsi l'entrée du port, ou l'abord à Calais par mer, et le pont de Nieullay, seule entrée de Calais par terre, se trouvaient entre les mains des Français dès les premières vingtquatre heures. Tout le reste de la ville est entouré par des marais impraticables ; des batteries furent cependant montées aussitôt , soit du côte de Risbank , soit de celui de la vieille citadelle. Le 4, une large brèche fut ouverte près de la porte de la rivière.
Le 5, la vieille citadelle fut enlevée d'assaut. Lord Wentworth , qui commandait à Calais, n'avait que huit ou neuf cents hommes de garnison ; il perdit courage et proposa de capituler. Guise, qui craignait sans cesse de voir arriver une flotte anglaise, n'hesita point à lui accorder les conditions les plus avantageuses. Tous les Anglais
(*) Voyez SAnrr-Qourriir (bataille de).
habitant Calais eurent la faculté de se retirer en emportant leurs propriétés mobilières; Wentworth consigna aux Français toute son artillerie et ses munitions , en s'engageant à ne commettre aucun dommage dans les propriétés publiques, tandis qu'il les occupait encore. La capitulation fut signée le 8 janvier 1558; la ville fut livrée aux Français le lendemain. Il y avait un peu plus de deux cent dix ans qu'Edouard III l'avait enlevée à Philippe de Valois. Lord Grev, qui commandait dans G ni nés, se rendit le 20 janvier. La garnison anglaise , qui occupait le petit fort de Ha m , s'eut u i t de nuit , et les Anglais ne conservèrent plus un seul pied de terrain sur le continent de la France (*). »
— La ville de Calais fut encore une fois prise, en 1596, par les Espagnols, sous la conduite du baron de Rosne; mais la paix de Vervins la rendit à la France en 1598.
Calais (monnaie de). — La ville de Calais ne frappa jamais monnaie tant airelle fut soumise à l'autorité du roi ae France; aucune charte du moins ne prouve qu'elle ait alors joui de ce privilège, et nous ne connaissons aucune pièce française que l'on puisse lui attribuer. Il en fut autrement lorsqu'elle fut soumise aux Anglais; Edouard III, Henri IV, Henri V et Henri VI, y firent fabriquer des groats, des halfgroatë et des sterling, qui ne différaient de ceux qui avaient cours dans la Grande- Bretagne que parce que le mot villa calbsib y était substitué à ceux de
LONDON CIVITAS, CaNTEOA C I VT AS ,
etc.
Le nom de Calais se lit sur la première médaille peut-être qui ait été frappée en France. Cette médaille, dont le cabinet des antiques de la bibliothèque du roi possède un exemplaire, est une large pièce d'or fin, et pesant trois carats, ainsi que le prouve sa légende du revers :
(*) Sismondi, Histoire des Fronçai*, t.XVIII, p. 57,d,apre» deThoo , Belearioa, Jac. Heuric Petr., Ribier, Tavannes et Rabutin.
CàL
D'or fia Bail extrait de ducat
Et fo fait pesant troit carat
Si Ton tourne en effet la médaille, on trouve sur le droit le quatrain suivant, dont les lettres majuscules, additionnées suivant leur valeur numérique, donnent le millésime de 145t,
qVant le HT» fait tans dlfrranco aV prVdent roi «Ml de dleV on obeUaolt partoVt en franCe fors à CaL.1* qVI est fort LleV.
Cette médaille présente d'ailleurs d'un côté l'écu de France entouré de branches de rosier et orné d'une couronne royale, et de l'autre une croix fleuronnée et cantonnée de fleurs de lis et de couronnes; une riche rosace entoure le champ du droit et celui du reters.
Calaisis, ou pays reconquis, Tractus calesius, nom que Ton donnait, avant la révolution , à la partie de la basse Picardie dont Calais était la capitale. A l'époque où la domination romaine s'établit dans les Gaules, ce pays était habité par les Àromanciy oui faisaient partie de la confédération des Morini. Il suivit , en général , les destinées du territoire de cette confédération, jusqu'à l'établissement de l'empire carlovingien. Il reçut alors la dénomination de comté de Guines (voyez ce mot), sous laquelle il fut désigné jusqu'en 1558, époque où Calais ayant été reconquis sur les Anglais, le comté de Guines, agrandi du territoire de cette ville, prit le nom de Calaisis, ou de pavs reconquis.
Calai* ay, nom que Ton donnait au moven âge à la fête de la Chandeleur.
Cala* son (Giraut de), jongleur gascon, mort à la fin du treizième siècle, a composé des chants d'amour et des sirventes. Il nous reste de lui une quinzaine de pièces.
CALAS(Jean). — Si ce n'était la mort injuste et cruelle qu'il a subie, Jean Calas serait un de ces hommes de bien que l'on estime de leur vivant, que l'on regrette quand ils ne sont plus , et dont l'histoire ne parle point. Mais sa mort est un exemple trop effravant des atrocités auxquelles peut entraîner
le fanatisme , pour que nous en omettions le récit dans cet ouvrage.
Depuis plus de quarante ans, Jean Calas exerçait à Toulouse la profession de négociant, et jouissait de la plus honorable considération. Uni à une femme anglaise, tenant par son aïeule à la première noblesse du Languedoc, il était père de six enfants, quatre garçons et deux filles.
Marc-Antoine, l'aîné de ses fils, peu propre au commerce, aimait les lettres et avait fait des études dans l'intention de suivre I a carrière du barreau. N'ayant pu se faire recevoir licencié en droit, parce qu'ainsi que toute sa famille, à l'exception d'un ses frères dont nous parlerons plus bas, il professait la religion protestante, il était devenu ta-* citurne, mélancolique, emporté, et lisait de prédilection les livres qui traitaient du suicide. Réduit au désœuvrément, il cherchait dans les jeux de paume ou de billard et les salles d'armes des distractions coûteuses, peu dignes de lui, que son père n'approuvait pas, et qui lui attiraient souvent, de la part du vieillard , des réprimandes et des menaces.
Un autre des fils de Jean Calas, nommé Louis, celui dont nous avons promis de parler, avait abjuré le ulto protestant pour la religion catholique.
Telle avait été, en cette circonstance, la tolérance de son père, que se bornant à souhaiter que la conversion fût sincère, il l'avait toujours traité avec la même affection, lui avait assuré une pension de quatre cents livres, et avait gardé à son service une servante catholique dont les exhortations avaient amené l'abjuration de Louis Calas.
Tel était l'homme que l'on accusa d'avoir, à l'âge de soixante-huit ans , pendu son fils aîné dans toute la force et la vigueur de la jeunesse, qui mourut sur la roue, et dont les restes furent livrés aux flammes, en expiation d'un crime que non-seulement il n'avait pas commis, mais qu'il lui était même impossible de commettre.
Le 13 octobre 1761, un fils de M. Lavaissc, avocat de Toulouse, arrivant de Bordeaux, et ne trouvant
FRANCE. cal
CAL
L'UNIVERS
CAL
point chez lui son père qui était à la campagne, fut invité à souper par la famille Calas, dont il était ami. Il accepta. Le repas, qui eut lieu dans une salle à manger au premier étage , fut décent et frugal. Au dessert, Marc- Antoine Calas quitta la table et sortit sans qu'on y prît grande attention, accoutumé que Ton était à des singularités de sa part.
Quand vint, pour le jeune Lavaisse, l'heure de se retirer, u prit congé de la famille. Un autre fils de Jean Calas, appelé Pierre, se munit d'un flambeau et raccompagna pour l'éclairer. Quelle ne fut pas l'épouvante des deux jeunes
Î;ens, en trouvant au rez-de-chaussée a porte du magasin entrouverte, les deux battants rapprochés, un bâton, qui servait à serrer les ballots, placé, pourvu d'une corde à nœud coulant , sur l'un et l'autre battant, et à cette corde, Marc-Antoine Calas suspendu, sans autre vêtement que sa chemise !
A leurs cris, on retint la dame Calas qui voulait descendre ; Jean Calas accourut , se j e ta sur son fils , le souleva , et un des bouts du bâton s'étant dérangé, put laisser tomber le corps à terre, ou il chercha avec anxiété et en sanglotant quelque reste de vie. Pendant ce temps, le jeune Lavaisse et le frère de Marc-Antoine coururent chez les chirurgiens et chez les magistrats.
Les premiers reconnurent que Marc- Antoine Calas était mort, et les seconds dressèrent procès-verbal, tant de ce qu'ils voyaient que de ce qui leur fut raconté.-
Ce déplorable événement, bientôt connu de toute la ville, donna lieu sur-le-champ à une effroyable accusation, qui devait être suivie d'un arrêt et d'une exécution plus effroyable encore. Le peuple fanatisé, et confirmé dans son opinion par un capitoul appelé David , qui joua dans toute cette affaire un rôle plus affreux que celui du bourreau, le peuple, disons-nous, s'écria (jue Mârc-Antoine, converti à la religion catholique, devait faire le lendemain abjuration , et que son père , pour prévenir cet acte, l'avait pendu, aidé du jeune Lavaisse, venu de Bor-
deaux le jour même tout exprès pour commettre ce meurtre. On prétendit avoir entendu la lutte et les cris de la victime ; et sur la clameur publique la plus calomnieuse et la plus insensée répétée de bouche en bouche, Jean Calas , sa femme , Pierre Calas, son fils , Lavaisse, la servante etun ami de la i naisoij n p|)c le Caveinj^, furent conduits chez le magistrat, puis jetés dans les prisons.
Alors commença au parlement de Toulouse la procédure la plus monstrueuse dont puissent faire mention les annales des iniquités humaines , si l'on pense jamais à les écrire. Pendant que la populace , s'obstinant à voir dans Marc-Antoine Calas un martyr, ne doutant point de sa cou version , l'inhumait solennellement dans réalise de Saint-Etienne , à cet effet entièrement tendue de blanc, et lui arrachait les dents pour conserver de ses reli-
n, on violait au palais toutes les les instituées par les lois du temps pour protéger les accusés. On recueillait tous les témoignages oui les chargeaient, de quelque part qu'ils vinssent et quelque absurdes qu'ils fussent , tandis que l'on repoussait tous ceux qui pouvaient avoir pour résultat de prouver leur innocence. Ni les réclamations des infortunés si cruellement poursuivis, ni l'atrocité du crime, qui aurait dû inspirer aux juges des doutes légitimes , rien ne fit impression sur des hommes dont le parti était pris, et autour desquels circulait en hurlant une population menaçante et furieuse. On voulait commettre un assassinat judiciaire , et on le commit.
Le 9 mars 1762, à la majorité de sept voix contre six , Jean Calas fut condamné à expirer sur la roue , à être brûlé, ses cendres jetées au vent, après avoir été préalablement appliqué à la question pour avouer ses complices.
Il subit les douleurs de la question, les horreurs du supplice, en protestant de son innocence et en pardonnant à ses bourreaux. Sa mort fut si édifiante et si sainte, que deux religieux qui l'assistaient à ses derniers instants ne purent s'empêcher de dire après son
trépas : « 'Ainsi mouraient nos mar- « tvrs. ■
Ce premier acte de l'horrible tragédie étant achevé , on reprit la procédure contre les autres accusés. Caveing avait été rais en liberté dès lecommencetnent de l'instance. La dame Calas, te jeune Lavaisse et la servante furent mis hors de cour. Pierre Calas, que les juges auraient bien voulu traiter comme son père, fut condamné au bannissement, et les deux demoiselles Calas furent enlevées à leur mère , et conduites dans une maison religieuse.
Trois mois après cette succession d'atrocités, Pierre Calas , qui avait été conduit hors de la ville, puis ramené secrètement et enfermé dans un couvent, trouva le moyen de s'échapper de cette prison, et sa mère vint à Paris implorer la justice du roi. Le célèbre Elie de Beaumont „ appuyé des éloquentes réclamations de Voltaire, prit la défense de cette famille infortunée.
Malgré la résistance prolongée pendant un an du parlement de Toulouse, les pièces du procès furent apportées à Paris, et le conseil d'État, assemblé à Versailles le 9 mars 1765, au nombre de près de quatre-vingts juges, cassa l'arrêt, réhabilita la mémoire de Jean Calas , permit à la famille de se pourvoir pour prendre à partie les magistrats de Toulouse, et obtenir contre eux des dommages-intérêts. Le roi en outre , à la prière de son conseil , accorda à la mère et aux enfants treute-six mille livres, dont trois mille devaient être remises à la pauvre et vertueuse servante, qui avait constamment défendu la vérité en défendant ses maîtres.
Le 11 juillet 1791, la veuve de Jean Calas assista à la fête qui eut lieu lorsqu'on transporta au Panthéon les restes de Voltaire, qui avait si courageusement dénoncé à l'opinion un jugement inique, et qui en avait poursuivi la réformation avec tant de persévérance.
La mort de Calas a fourni à trois auteurs dramatiques de douloureuses
touchantes inspirations. Laya et M. J. Chénier y ont trouvé chacun le
sujet d'une tragédie , et Victor Du-
cange celui d'un mélodrame plein d'intérêt, et qui a obtenu un grand nombre de représentations.
Calcinato (bataille de). Le duc de Vendôme, profitant de l'absence d'Eugène , narut inopinément , le 19 avril 1706, devant quinze mille Autrichiens retranchés sur la Chiesa, entre Monte- Chiaro et Calcinato, dans le Bressan.
Vendôme donna ordre à ses troupes d'essuyer, sans tirer, une décharge générale , et de marcher ensuite à la baïonnette contre l'ennemi en tirant sur lui à brûle-pourpoint. Le comte de Reventlau, général des Autrichiens, leur avait ordonné, de son côté, de laisser avancer les Français à vingt pas , espérant détruire ainsi leur infanterie par le feu de toute sa mousqueterie ; mais ils furent rompus avant que la fumée fût dissipée. Trois mille nommes demeurèrent sur le champ de bataille, autant furent faits prisonniers.
Six pièces de canon , mille chevaux et presque tout le bagage demeurèrent au pouvoir de* vainqueurs, qui ne perdirent pas huit cents soldats.
Caldiebo (combat de). Les Autrichiens profitèrent, vers la fin de 1796, de la longue résistance de Mantoue pour former successivement des armées destinées à débloquer cette clef de l'Italie, et à dégager le maréchal de Wurmser. Les Impériaux firent de tels efforts , que le général d'Alvinzi posséda bientôt dans le Frioul une armée de cinquante mille hommes, tandis que son lieutenant en avait vingt mille dans le Tyrol. Bonaparte, ne pouvant, avec les divisions disponibles de son armée, résister à des forces aussi considérables , chercha d'abord à arrêter les mouvements de l'ennemi sur la Brenta par différents corps d'observation. Alvinzi passe la Piave ; Bonaparte évacue le pays entre la Brenta et l'Adige. Le 12 novembre, les armées française et autrichienne se trouvent en présence. Les Français étaient dans la nécessité de vaincre sans délai leurs ennemis ; ils les attaquèrent avec autant d'intelligence que de bravoure. A la droite était Augereau , à la gauche Mas-
iO cal L'UNIVERS. tAt
Béna. Augereau enlève Caldiero, et fait deux cents prisonniers; Masséna tourne l'ennemi, prend cinq pièces de canon ; mais une pluie froide et abondante , qui se change subitement en une petite grêle, contrariait les mouvements des Français. L'affaire resta indécise. Les deux armées demeurèrent sur le champ de bataille, et Bonaparte se retira, méditant les moyens de vaincre à Aréole.
—Tandis que Napoléon s'avançait à grands pas en Allemagne, le maréchal Mnsséna combattait de nouveau à Caldiero contre le prince Charles. L'armée française avait pris position à deux milles au-dessus de cette ville.
Elle attaqua les Autrichiens le 30 octobre 1805, à deux heures après midi. Le village de Caldiero fut emportéde vive force, et les ennemis se virent repoussés jusque sur les hauteurs voisines. L'action se soutint jusqu'à la nuit avec des chances diverses; enfin, l'archiduc rentra dans ses retranchements après avoir perdu cinq à six mille hommes, morts, blessés ou prisonniers. Les Français n'avaient perdu nue deux à trois mille hommes. En même temps, une colonne autrichienne, forte de cinq mille hommes, se trouva coupée par une suite de mouvements opérés par la division Seras. Le maréchal Masséna, après une sommation inutile, fit marcher quatre bataillons pour achever de la cerner entièrement. Le général autrichien sentit alors que toute résistance était impossible, et, le 2 novembre, consentit à mettre bas les armes sur les glacis de Vérone.
Cale, sorte de châtiment dont on
S unit, sur les vaisseaux, les hommes e l'équipage qui se sont rendus coupables de vol ou d'excitation à la révolte. Suivant l'art. M, tit. l«r, liv. II, de l'ordonnance de 1671 sur la marine, le capitaine ou maître d'un navire devait prendre l'avis du pilote et du contre-maître , pour faire donner la cale aux matelots mutins, ivrognes, désobéissants; à ceux qui maltraitaient leurs camarades, ou qui commettaient d'autres délits semblables dans le cours d'un voyags.
On distingue deux sortes de cales :
la cale ordinaire et la cale sèche.
Dans la cale ordinaire, on conduit le condamné vers le plat-bord , audessous de la grande vergue, où on le fait asseoir sur un bâton uu'on lui passe entre les jambes : il embrasse un cordage auquel ce bâton est attaché, et qui glisse sur une poulie suspendue à l'un des bouts de la vergue. Trois ou quatre matelots hissent ce cordage avec la plus grande vitesse possible, jusqu'à ce qu'ils aient élevé le patient a la hauteur de la vergue; après quoi ils lâchent le cordage tout à coup, et le précipitent ainsi dans la mer. Quelquefois on lui attache aux pieds uu boulet de canon , pour rendre la chute plus rapide.
Dans la cale sèche, on ne plonge pas le patient dans )a mer; on le laisse seulement tomber jusqu'à quelques pieds au-dessus de la surface de l'eau. C'est alors une espèce d'estrapade.
(Voyez ce mot.)
Le supplice de la cale est encore usité aujourd'hui.
Calèche. Voyez Voiture.
Calembour. Ce triste jeu de mots date de plus loin qu'on ne le croit communément; on en trouve plusieurs exemples dans les auteurs grecs et dans les auteurs latins les plus graves, dans les écrits' du moyen â*e, dans ceux du seizième siècle, et dans les productions des beaux esprits de l'hôtel de Rambouillet. Nous avons une comédie de Molière qui, tout en dévouant au ridicule qu elle mérite cette manière amphibologique de parler, nous apprend qu'elle était en usage parmi les courtisans de Louis XIV.
Ce n'est cependant que depuis le marquis de Bièvre, qui se fît une réputatation par le calembour, que ce tyran si béte, comme l'appelle Voltaire dans une lettre à madame du Deffant , a usurpé l'empire du bel esprit , et , de proche en proche, est devenu popu lai re. De nos jours , à défaut d'esprit , d'observation et de véritable comique, on en a farci de petites pièces dramatiques, et le théâtre des t ariétés a longtemps vécu de cette seule ressource. En ce
moment H cotirt les rues; on l'imprime sous forme de questions énigmatiques dans les petits journaux, et c'est une industrie que de compulser le Dictionnaire de I Académie, et d'en trouver de bien bizarres pour les besoins de la consommation. Au demeurant , si le calembour est le plus stupide des amusements, il a son bon côté : il provoque quelquefois le rire, qui se perd chez nous, et qui est cependant une chose qui vaut son prix. Quand le calembour produit cet effet, il est de bonne justice de lui pardonner.
Calendes, nom par lequel on désignait quelquefois, au moyen âge, la
Calendrier. — Nous avons mentionné à l'article An née la réforme du calendrier par Grégoire XIII ; nous devons revenir ici sur ce sujet, et expliquer avec quelques détails cette réforme, dont la connaissance est si importante pour l'étude de la chronologie de notre histoire.
De nombreuses erreurs s'étaient glissées , dans le rom put des années , depuis 1ère chrétienne; les différents cydes adoptés successivement pour ramener l'année civile et religieuse à l'année astronomique, ne se trouvaient plus d'accord avec les véritables mouvements des corps célestes; il en était résulté une grande perturbation dans l'ordre des fêtes, par rapport aux saisons : la Pâque, surtout, franchissait les limites dans lesquelles il fallait la resserrer, d'après les prescriptions des premiers conciles. Après plusieurs tentatives pour remédier à ces inconvénients, le concile de Trente porta l'affaire au saint-siége. Grégoire XIII prit les conseils des astronomes , et , d'après l'avis d'Aloysius Lilius , décréta la réforme à laquelle il a donné son nom.
En conséquence, il fut décidé que , conformément aux canons du concile de Nicée, la féte de Pâques serait célébrée à l'avenir le dimanche qui suivrait la pleine lune, après l'équînoxe de printemps, cet équinoxe tombant toujours au 21 mars. Après le 4 octobre 1582, dix jours entiers furent retranchés , de sorte qu'on sauta du 4
au 15 octobre, et que cette année compta seulement trois cent cinquantecinq jours. Pour remédier à Terreur du calendrier Julien, provenant des onze minutes que l'on comptait de trop dans chaque année, et qui, dans cent ans, produisaient un total de ptus de dix-huit heures , on convint que l'on retrancherait un jour au bout de chaque siècle, et qu'ainsi chaque centième année , au lien d'être une année bissextile , ne serait qu'une année ordinaire de trois cent soixante-cinq jours.
Mais comme on retranchait ainsi cinq heures quatre minutes de trop, ce qui, au bout de quatre siècles, devait donner encore un jour moins deux heures quarante minutes , la dernière année de chaque quatrième siècle devait être une année bissextile; enfin , les deux heures quarante minutes, prises de trop tous les quatre cents ans, faisant un total de vingt-quatre heures en trois mille six cents ans, oh convint
3ue l'année 6200 serait une année orinaire.
Nous avons indiqué, dans l'article cité plus haut , l'époque de l'adoption de eette réforme en France.Nous ne reviendrons pas sur l'opposition qu'elle rencontra de la part de quelques-uns des grands corps de l'État. Mais nous devons consacrer ici quelques lignes à compléter ce que nous avons dit d'une réforme bien plus radicale, dont l'idée appartient entièrement à notre pays , et qui , moins heureuse nue celle de Grégoire XIII , ne put triompher des vieux préjugés, et succomba, après quelques années d'existence, sous les efforts des ennemis de tous les progrès.
Lorsque la Convention nationale eut proclamé l'établissement du gouvernement républicain, elle voulut consacrer le souvenir de ce grand événement par un monument durable : elle le prit pour point de départ de l'ère d'après laquelle les Français devaient désormais compter les années. Elle venait d'.idopter l'admirable système des mesures décimales ; elle voulut aussi appliquer ce système à la mesure de la durée, et décréta l'adoption du calendrier républicain.
12 CAL
H était convenable que l'année commençât avec l'une des saisons. Le l#p janvier ne répondait à l'ouverture d'aucune; la Convention plaça le commencement de l'année républicaine au premier jour de l'automne. Plusieurs raisons la décidèrent à choisir ce jour, de préférence aux premiers jours des autres saisons; c'est que d'abord, par un singulier hasard , la république avait été proclamée le jour même de l'équinoxe d'automne ; ensuite , c'est dans cette saison que, dans notre climat, après avoir recueilli les moissons de Tannée qui finit, on prépare par la culture et les semences, celles de l'année qui va suivre. D'ailleurs, c'est à cette époque de l'année que se renouvellent chez nous presque tous les baux des campagnes. Il était convenable que l'année civile et fiscale répondît le plus exactement possible à l'année rurale.
Les noms des mois de l'année julienne, empruntés presque tous à la mythologie romaine, sont pour nous sans signification ; la Convention leur substitua des noms en rapport avec les phénomènes qui , chaque mois , se développent dans la nature. Nous avons fait connaître ces noms à l'art. Année républicaine (*). Les mois juliens
(*) La Convention n'est point le premier pouvoir français qui ait conçu l'idée de substituer des noms significatifs à la nomenclature , absurde pour nous , du calendrier Julien. « Charlemagnc,dit Éginhard, donna « des noms aux mois, dans son propre idiome; « car jusqu'à son temps les Francs les avaient « désignés par des mots en partie latins, en « partie barbares. . . . Les mois eurent les ■ noms suivants : janvier wintermauoht (mois « d'hiver) ; février liornunk (mois de boue); « mars lenzinmaiioht (mois du printemps); « avril ostermanoht (mois de Pâques); mai « wincmanoht (mois d'amour); juin prah- « manoht (mois brillant); juillet hcwimanoht « (mois des foins) ; août aranmanoht (mois « des moissons); septembre mntumanolit
CAL
sont inégaux ; ils ont trente et un , trente et vingt-huit jours; ceux du calendrier républicain étaient tous de trente jours, et l'on complétait l'année, en ajoutant au dernier cinq jours complémentaires; six quand l'année était bissextile, ou sextile, d'après la nouvelle dénomination adoptée par la Convention.
Enfin , à la semaine on avait substitué la décade, ou période de dix jours, qui avait le double avantage de rentrer dans le système décimal, et d'être une division exacte du mois.
Les noms des jours de la décade étaient purement numériques; le premier jour s'appelait primidi, les autres, duodi, triai y quartidi, quint UH , sextidi, septidi , octidi , nonidi et decadi. Le dernier était consacré au repos, et remplaçait le dimanche. Ces noms avaient le très-grand avantage d'indiquer en même temps le jour de la décade et le quantième du mois , et de rendre inutiles les almanachs. Il est, en effet , évident qu'il ne fallait aucun calcul pour trouver que le tridi de la première décade était en même temps le 3 du mois, que le même jour de la deuxième décade était le 13 du mois, etc.
Un sénatus-consulte du 21 fructidor an xin abrogea le décret de la Con-> vention qui avait décidé l'adoption de ce calendrier, et rétablit le calendrier grégorien à compter du l,r janvier suivant. Le calendrier républicain avait duré un peu plus de treize ans. Le lecteur trouvera , dans le tableau suivant, la concordance des deux calendriers , pour cet espace de temps.
■ (mois des vents ) ; octobre windummema- « noht (mois des vendanges) ; novembre Aer- « bistmanoht ( mois d'automne) ; décembre « liermanoht (mois d'enfer). » Vita Carol. magni ab Eginanfo script., c. xxiv , op. script, rer. Franck., t. 7 , p. ioo.
L'UNIVERS
CAL
FRANCE
CAL
<4v|ij«|sigsi<J
85SL5g8B8S!SStî!î8
se w
Vendémiaire
S*ptetnbr r
ire.
Octobre.
Frimiir*.
Novembre.
Nivô*e.
IMiivMs*.
Janvier.
Vrntn»e.
Ferrer.
w jj w
M M W II Mi t-
Florin I.
Avril.
Pra irial.
Juin
Tberinidor.
CSOB0t3D3BOD39CO
Août.
Nombre de joars
■pléncnUira.
14 CAL
Cales ( G. M. ), avocat de Toulouse, représenta le département de la Haute- Garonne à l'Assemblée législative et à la Convention, qui l'envoya, en 1793, près l'armée des Ardennes. Membre du Conseil des Cinq-Cents jusqu'en 1798, il fut envoyé a la chambre des représentants, en 1815. Mais comme il avait voté la mort de Louis XVI sans appel et sans sursis, la loi d'amnistie de 1816 le força de s'exiler en Suisse.
Calbtes, ou Caieti, peuplade celtique, dont le territoire était borné au N. par l'Océan, au S. par les / Wocasses, au H. E. par les Ambiani, et au S. O. par les Lexovii. Juliobona, aujourd'hui Lillebonne, en était la capitale.
Calignou (Sofr'rey de), né à Saint- Jean-de-Voiron, près de Grenoble, en 1550, fut d'abord secrétaire de Lesdiguières, puis chancelier de Navarre, sous Henri IV, qui l'employa souvent dans les négociations les plus difficiles. 11 travailla avec de Thou à l'édit de Nantes. « Soffrey Calignon , dit le « Journal de Henri IV, excellent en « tout, mourut protestant à cinquante- « six ans et quelques mois, à Paris, « au mois de septembre, en 1606. » On a de lui : Journal des guerres faites par François de Bonne % duc de Lesdiguières, 'depuis Van \S%5> jusqu'en 1597, manuscrit in-folio conservé à la bibliothèque royale; le Mépris des Dames, satire imprimée dans Ta Bibliothèque de Duverdiére. On a attribué à Caliçnon Y Histoire des choses remarquables et admirables advenues en ce royaume de France, ês années dernières 1587, 1588, 1589, par S. C; 1590, in-4°.
Calixte II appartenait par sa naissance a l'une des plus illustres familles féodales du moyen âge. Fils de Guillaume Téle hardie, comte de Bourgogne, il était parent de l'empereur, du roi de France, de celui d'Angleterre; enfin, il était oncle d'Adélaïde de Savoie, femme de Louis le Gros.
Il était né vers le milieu du onzième Siècle, dans la petite ville de Quingey; et avant son élection il nortait le
CAL
nom de Gui de Bourgogne. Il était archevêque de Vienne depuis 10*8, lors»
que Gelase II, chassé de Rome, vint mourir à Cluuy. Gui de Bourgogne fut élu aussitôt par les cardinaux qui avaient suivi le pape exilé. C'était en 1 1 19. Le nouveau pape essaya de s'en- «, tendre avec l'empereur Henri V, qui avait été couronné par l'antipape Maurice Bourdin, dit Grégoire VIII.
Un concile fut convoqué a Reims à cet effet; mais ce ne fut qu'en 1122, à la diète de Wurtzbourg, que l'accord fut conclu, et que finit la longue querelle des investitures, qui troublait depuis cinquante ans le monde chrétien.
L'empereur conserva le droit de faire i faire les élections en sa présence, et d'investir l'élu des régales par le sceptre; le pape eut pour sa prérogative l'investiture par la crosse et l'anneau. Tous les domaines confisqués sur l'Église devaient être restitués; et les deux parties s'étant promis une solennelle réconciliation , l'empereur communia des mains de l'évêque d'Ostie, et celui-ci , représentant de la papauté, lui donna le baiser de paix. Des l'année " 1123, Calixte était entré à Rome, et y avait rétabli la véritable autorité pontificale, entreprise où il avait été efficacement secondé par les Normands de la Pouille. Ce n'était point assez d'avoir chassé Bourdin de Rome ; laisser dans le sein de l'Église tous ceux qu'y avait introduits l'antipape, c'eût été une grossière fautede politique. Calixte tint un concile général , le neuvième œcuménique dont l'histoire fasse mention, et le premier de Latran; et là furent annulées toutes les ordinations faites par Bourdin , avec défenses à l'antipape d'usurper désormais les biens de l'Eglise, sous peine d'anathème. Dans le même concile, le pape fit décréter qu'on enverrait des secours aux chrétiens d'Asie; et lui-même il pava la rançon du roi de Jérusalem, Baudouin II, et fit la plus grande partie des frais de l'armement de la flotte vénitienne qui alla porter des secours à ce monarque. Apres avoir terminé quelques différends avec Roger, roi de Sicile, Calixte s'occupa de rétablir la
L'UNIVERS
FRANCE
Kt dans les États de l'fcglise; il déisit la puissance que s'étaient arrogée, à la laveur des troubles, quelques Tassa ux du saint-siége, et délivra le peuple de leur tyrannie; il institua une police plus régulière dans Rome, y repara ou construisit un certain nombre de monuments, et mourut à la fin de Tannée 1124, universellement regretté, surtout des Romains qu'avaient charmés son affabilité et la douceur de son caractère. On trouve un certain nombre de sermons et d'autres opuscules du pape Calixte II dans divers recueils religieux.
Calixte III, qui fut élu pape le 8 avril I4&5. et qui mourut le 6 août 1448 , était encore un Français. Il se nommait Alphonse Borgia, êt était né à Valence. On dit qu'il avait extrêmement à cœur les intérêts de la religion; et ces tentatives de croisade sont ujie preuve au moins de sa bonne volonté.
On lui reproche, peut-être sans fondement , d'avoir aimé trop l'argent, et d'avoir laissé à sa mort un héritage trop peu apostolique. On peut aussi lui reprocher son aveugle prédilection pour son neveu , Lenzuoli , lequel prit le nom de Borgia, et, plus tard , scandalisa l'univers sous le nom d'Alexandre VI. C'est à Calixte III que cet infâme dut le commencement de sa haute fortune politique. Mais Calixte a bien mérité de notre pays par un grand acte de justice que réclamait en vain la conscience du monde chrétien, et qu'il oj-a accomplir. Le 14 juillet 1456 , Calixte fit prononcer, par une commission ecclésiastique, la réhabilitation de Jeanne d'Arc. Il fut déclaré, par un arrêt solennel, que Jeaune était morte martyre pour la défense de sa religion , de sa patrie et de son roi. Calixte eût bien voulu la canoniser; mais son courage n'alla pas jusque-là : qu'avait d'ailleurs besoin l'héroïque victime d'une canonisation pour être à jamais dans sa patrie l'objet d'un culte religieux et d'une sainte admiration ?
Gallac, seigneurie de Bretagne, à 28 kilomètres de Guimgamp, érigée en baronnie en 1644. Ce lieu faitaujour-
d'hui partie du département des Côtes-
du-Nord.
Callamabd ( Charles-Antoine ) , sculpteur, né à Paris, fut élève de Pajou et obtint, en 1797, le premier
Srand prix de sculpture sur le sujet 'Ulysse enlevant à PhUoctète les flèches d Hercule. Il envoya de Rome à l'exposition, en 1810, une statue de marbre représentant Y Innocence re*chauffant un serpent. U ne jeune fille, assise sur un rocher, enveloppe dans sa draperie et réchauffe sur son sein un serpent engourdi. L'expression de tristesse qu'elle éprouve en voyant la douleur de cet animal est très-belle; l'exécution des pieds et des mains est leine de délicatesse. Sa statue en marre, représentant Hyacinthe blessé, mit, en 1813, le sceau à sa réputation. Cette belle figure, dont les formes sont si élégantes et si pures, a été mise, par quelques personnes, en parallèle avec ce que l'antiuuité a produit de plus parfait. Ces deux statues sont au musée du Louvre, galerie d'Angouléme.
La mort qui frappa Callamard, vers 1821, lorsque, jeune encore, il allait donner à son talent tout l'essor dont il était susceptible, a privé la France d'un grand sculpteur. Callamard a sculpte à l'attique de l'arc du Carrou<r sel, les armes d'Italie, soutenues par la force et par la sagesse.
Callabd db la Duquebib (Jean- Baptiste), professeur de médecine à l'université de Caen, et membre de l'académie de cette ville, où il mourut en 1718, à l'âge de 88 ans, a laissé : Lexicon medicum etymologicum , sive tria etymohyiarum milita quas in scholis pubticis medicinx alumnos ita postulantes edocuit; Caen, 1673, in-12 : cet ouvrage, fort estimé, a été réimprimé plusieurs fois, et la dernière édition contient onze mille étymologies; Catalogus plantarum in locis paludosis, pratensibus, maritimis, arenosis et sylcestribus propè Cadomum in Nortmannia nascentium; Paris, 1 7 1 4 :
ce netit livre est rare et peu connu.
Callas, petite ville de l'ancienne Provence, aujourd'hui département du Var, à 8 kilomètres de Draguignao,
donna, en 1536, un grand exemple de
patriotisme. Charles-Quint traversait les Alpes, et François Ier n'avait point d'armée à lui opposer; le gouverneur de la Provence résolut de le repousser par d'autres moyens, et de le forcer a se retirer, en "faisant un désert devant lui. Il ordonna, en conséuence, aux habitants de se retirer ans des lieux sûrs, et de brûler et dévaster tout ce qu'ils ne pourraient pas emporter. Les habitants de Callas donnèrent l'exemple du dévouement et mirent eux-mêmes le feu à leurs, maisons, et, de proche en proche, toutes les villes, bourgs et villages de la Provence les imitèrent. La population de Callas est aujourd'hui de 2,268 habitants.
Calle (la). Ville de l'Algérie, dans la province de Bone, sur le bord de la mer, à 60 kil. à l'ouest de Bone. Cette ville, cédée à la France par le traité du Bastion de France (voyez Concessions) en 1694, était d'une grande importance sous le rapport commercial. La garnison française qui y était établie, veillait, avec celle du bastion, sur les navires qui se livraient à la pfche du corail. (Voyez ce mot.) Cette ville a été brûlée, en 1827, par les troupes du dey d'Alger.
Callet (Antoine-François), peintre d'histoire, né à Paris, en 1741, fut reçu à l'Académie en 1780. Dans l'histoire de la peinture française, il se
f)lace à côté de Suvée, de Brenet, de e Barbier, de Vincent et de Peyron, c'est-à-dire, parmi les artistes de cette école dont Vien est le représentant le
S lus célèbre, et qui, en retirant l'art e la fausse voie où Boucher l'entraînait, préparèrent l'époque de David.
Cailet dessinait assez correctement, mais composait lourdement : son coloris n'est pas faux, mais il n'a aucune aualité supérieure. Tels sont, au reste, les caractères de l'école à laquelle il appartenait. Cependant, quelque faibles que soient les œuvresdecesartistes, comparées à celles de David, de Gros et de Gérard, on les trouvera remarquables à côté de celles de Lancret, de Watteau et de Loutherbourg. C'est en
CAL
effet une gloire pour Cal let et ceux que nous avons cités avec lui, d'avoir vu le mal et essayé de bien faire. Les principales productions de Cal lot sont : Curlius se dévouant pour sa patrie ; Vénus blessée parDiomède; V Automne et les Saturnales ; Achille traînant le corps d'Hector autour de Troie; la France sauvée, allégorie sur le vaisseau de l'État, sauvé, suivant Cailet, au 18 brumaire ; la bataille de Maren-
Îro ; Ventrée du premier consul a Lyon, e mariage de Napoléon et de Marie- Louise; le traité de Presbourg; Ériqone; un Ganyméde; uncallégorie sur la naissance au roi de Rome ; la redditioncï Ulm (1812), à Versailles ; IVntrée de Napoléon à Varsovie; Achille à la cour de Nicomède ; enfin les portraits de Louis XVlll et du comte d'Artois. Cailet est mort en 1823 (*).
Callet ( Jean - François ) , savant mathématicien, né à Versailles en 1744, vint s'établir à Paris en 1768, et y forma, pour l'école du génie , un grand nombre d'élèves distingués. II remporta , en 1779, le prix proposé par la société des arts de Genève sur les échappements. Il termina, en 1783, son édition des Tables de Gardiner, in-8", où l'on trouve les logarithmes des nombres jusau'à 102,950. Il fut nommé professeur d'hydrographie à Vannes , en 1788, et, peu de temps après, à Dunkerque. Revenu ensuite à Paris, il fut professeur des ingénieurs-géo-
Sraphes au dépôt de la guerre penant environ quatre ans. Il publia, en 1795, la nouvelle édition stéréotype des Tables de logarithmesf considérablement augmentée (jusqu'à 108,000), avec des tables de logarithmes des sinus pour la division décimale du cercle, et présenta à l'Institut, vers la fin de 1797, l'idée d'un nouveau télégraphe et d'une langue télégraphique dont les signes s'adaptaient, par une combinaison mathématique, a douze mille mots français dont il proposait
(•) Callet a peint en outre au Luxembourg un plafoud représentant le lever de f aurore. C'est par erreur que le* biographes disent que cet artiste remporta en 1759 le premier grand prix de peinture.
L'UNIVERS
de faire un dictionnaire. Ce savant Calliette (L.-P.), curé de Grémourut à Paris en 1799. court, près de Ham, département de Caixetot (Guillaume), chantre à la Somme, mourut vers la fin du dixdéchant de la chapelle de Charles V, huitième siècle. Il a publié : Histoire vers 1364. « Ce chantre, dit M.Fétis, de la vie, du martyre et des miracles était un de ceux qui , dans la chapelle de saint Quentin. Saint- Quentin, du roiT improvisaient l'espèce de contre- 1767, in-12; et des Mémoires pour serpoint simple qu'on appelait chant sur vir à f histoire ecclésiastique, civile et le livre. C'est ce qu'indique son titre militaire de la province de Vermande chantre à déchant. Les appointe- dois. Cambrai, 1771-72, 3 vol. in-4°. ments de Calletot, ainsi que ceux de Calligraphes. — Ce mot, formé ses collègues, étaient de quatre sous des deux mots grecs, x«X<*, beau, et par jour.» YP^i j'écris, désignait jadis les per- Callian, petite ville de l'ancienne sonnes chargées de déchiffrer et de Provence, aujourd'hui département du mettre au net les notes tacbygraphi- Var, à vingt-neuf kilomètres de Dra- ques recueillies dans les assemblées piignan, fut réduite en cendres, en publiques. On donna aussi plus tard ce 1391. par Raymond de Turenne, et nom aux copistes du moyen âge. Les rebâtie sur une éminence où se trou- calligraphes des livres ainsi que ceux ▼ait un hameau fortifié, qui, avec des chancelleries cherchèrent de bonne d'autres forts, avait servi à la dé- heure à embellir leur écriture. L'ufense de l'ancienne ville. La popula- sage du cinabre leur était venu des tion de Callian est aujourd'hui de Romains, qui s'en servaient pour les deux mille deux cents habitants. On rubriques (voyez ce mot) de leurs liy voit des restes d'antiquités romaines, vres, et ils l'employaient pour orner Callières (Fr. de), fils de Jacques leurs manuscrits , soit en marquant de Callières, naquit en 1645 à Thori- de traits routes les premières lettres gny, ville de la basse Normandie, si- des périodes et des paragraphes, soit gna comme ministre plénipotentiaire, en traçant entièrement ces lettres avec en 1698, le traité de Ryswick, puis de l'encre rouge. Ce fut en Grèce devint secrétaire du roi , et remplaça que l'on commença à changer les Quinault à l'Académie française en lettres rouges en lettres d'or et d'ar- 1683. On a de lui entre autres ouvra- cent. Les rois francs adoptèrent égales : Des mots à la mode. 1692 , lement dans leurs manuscrits ce luxe, in-12; Traité du bon et du mauvais qui , sous les Carlovingiens , prit
de ti
de s'exprimer, et des façonsde de très -grands développements, et
parler bourgeoises. 1693, in-12*; De la dont les différentes bibliothèques de
manière de négocier avec les souve- l'Europe, et en particulier la biblio-
rains. 1716, in-12; Histoire poétique thèque royale de Paris, conservent
de la auerre nouvellement déclarée plusieurs échantillons remarquables.
enkre les anciens et les modernes. Nous citerons entre autres, dans ce
Paris, 1688, in-12; Panégyrique his- dernier dépôt, la fameuse Bible dite
torique du roi Louis XIV. Paris, 1 688, de Charles le Chauve.
i&-4°. François de Callières mourut Ces travaux faisaient habituellement
en 1717. l'occupation des moines, ainsi que le
Calliebes (Jacques de), maréchal prouvent les suscriptions d'un assez
de bataille des années du roi , avait grand nombre de manuscrits. Mais les
publié plusieurs ouvrages, entre au- calligraphes de France, tant réguliers
très, une Histoire de Jacques de Ma- que séculiers, n'ont que rarement mis
bjnon f maréchal de France , et de leurs noms à leurs ouvrages. Les co-
« qui s'est passé depuis la mort de pistes du précieux Codex evangelio-
françois l'T (1547) jusqu'à celle de rum, qui était jadis à Saint-Denis, et
ce maréchal (1597). Paris, in-fol., qui doit être maintenant à Saint-Em-
1661. meran de Ratisbonne, étaient deux re-
T. iv. V Livraison. (Dier. eticycl., etc.) a
ligieux du neuvième siècle nommés aventures dont il fut alors le témoin Beringar et Luithard; et le calligraphe obligé, qu'il dut la verve et la gaieté du beau Codex bibl. , qui fut présenté énergique de quelques - unes de ses à Charlemagne lors de son séjour à compositions. Un officier du duc de Pavie, s'appelait Ingobert. Des reli- Toscane, qu'il rencontra à Florence, gieuses ont aussi perpétué le souvenir le délivra de ses compagnons, et le de leurs travaux calligraphiques en y plaça chez un peintre célèbre, Remiinscrivant leurs noms. En France, saint gio Conta- Gallina. Cal lot se livra Césaire (voy. Cbsaibb [saint]), qui, alors à l'étude avec un zèle infatigavers la fin du cinquième siècle, fonda à ble. Mais ce fut surtout à Rome qu'il Arles un couvent de femmes, prescrivit étudia l'antiquité et la gravure sous à ces religieuses de s'occuper, pendant Ph. Thomassin. De retour à Florence, certaines heures, à copier des livres, il se lia avec J. Stella, de Lyon, et et saint Féréol l'ordonna aussi , au fut employé par Côme II à retracer sixième siècle, à ses moines d'Usez. les fêtes données à l'occasion du raa- A l'époque de l'invention de l'impri- riage de Ferdinand. Il revint à Nancy merie, les calligraphes, pour obtenir en 1620, et la plupart des grands perune forme égale d'écriture, furent sonnages du temps le chargèrent de obligés d'employer une méthode, fort reproduire leurs actions, cfest ainsi ancienne il est vrai, mais nouvelle par qu il grava, pour Spinola, la prise de l'application qu'on en fit. Elleconsis- Breda, pour Louis XIII, la prise de tait dans l'emploi de lames de laiton, la Rochelle; mais quand ce prince de cuivre ou de fer blanc , décou- lui ordonna de graver la prise de Nanpées; et l'on faisait ainsi des livres cy, il refusa fièrement de faire quelentiers, travail pénible et fastidieux que chose contre l'honneur de sa paqui ne pouvait guère convenir gu'à des trie. Callot reproduisit, au moyen de religieux. Ce genre d'écriture fut prin- la gravure à l'eau-forte, toutes les ci paiement employé pour les grands créations de sa poétique imagination, livres de plain-chant, ainsi que cela se II s'est placé, par ses originales compraliquait encore il y a une vingtaine positions qui lui donnent une certaine d'années dans quelques couvents d'Al- ressemblance avec Rabelais , au prelemagne. Les Français parvinrent dans mier rang des compositeurs et des ce nouvel art à un assez grand degré graveurs de son époque. Il fut le de perfection; nous citerons, entre chef de la brillante école qui a produit autres , un moine de la Trappe nommé les Labelle , les Duplessis- Bertaux j Deschamps qui vivait au dix-septième les Boissieu , etc. Nous citerons parmi siècle. (Voyez Mànuscbits , Minià- ses ouvrages les plus remarquables, turrs, Copistes.) les Misères de la guerre, les Sup-
Aujourd'hui , le mot calligraphe sert plices, la Tentation de saint Antoine,
à désigner les personnes qui ont une etc. Son œuvre se compose de plus
écriture belle et régulière. Cet art est de quinze cents pièces. Il mourut à
malheureusement très-rare en France, Nancy, le 24 mars 1635. tandis qu'au contraire en Angleterre, Càllots. On appelait ainsi une
en Allemagne et en Amérique, rien race de mendiants valides, qui était
n'est plus commun que ce que Ton fort répandue à Paris dans la pre-
appclle vulgairement une belle main. mière moitié du dix-septième siècle.
Callot (Jacques), graveur, naquit à Ces mendiants faisaient partie de la Nancy en 159S, de parents nobles, qui grande communauté de Gueux, et s'opposèrent à ce qu'il cultivât les arts habitaient la cour des Miracles. Ils pour lesquels il montrait un goût dé- prétendaient avoir été guéris de la cidé. Il quitta à douze ans la maison teigne après un pèlerinage à Saintepaternelle, se joignit à des Bohémiens Reine.
avec lesquels il se rendit en Italie. Callsdobf (combat de). Pendant
Peut-être est-ce aux souvenirs des la campagne de 1809 , lorsque le
CAL
FRANCE
CAL
prince Eugène , à In tête de l'armée d'Italie, se porta vers la Hongrie, pour opérer sa jonction avec la grande armée commandée par Pempereur, il hissa en Styrie une division sous les ordres du général Broussier. Ce dernier devait prendre position à Gratz, afin de maintenir libre la route par laquelle devait déboucher le général Marmont à la téte de l'armée de Dalmatié. Pendant que Broussier, établi à Gratz, en bloquait la citadelle, il apprit que le général autrichien Guilav s'avançait vers cette ville, avec un corps considérable, par la route de Marbourg. Bien que les forces du général français ne se composassent que de deux* régiments d'infanterie , il crut devoir prendre l'offensive. En conséquence , il sortit de la ville le 34 juin 1809, passa la Muhr et se porta sur la rive droite de cette rivière, à Gorting. Là, ayant été informé de l'approche du corps de Marmont, il se décida à faire charger une avant-garde autrichienne qui se trouvait à Feldkirchen. Cette troupe se retira, en longeant la rivière, vers le village de Callsdorf , où se trouvait le gros du corps de Guilay, qui cherchait à s'y établir. Le eénéral Brouslier, quoiqu'il tut alors nuit heures du soir, nt attaquer sur-le-champ : Callsdorf fut emporté à la baïonnette par le neuvième régiment de ligne, soutenu du quatre-vingt-quatrième. Le premier de ces régiments , maître du village , s'élança en avant jusqu'à la première ligne ennemie, formée à quelque distance. Cette ligne se débanda , et entraîna daus sa fuite la deuxième et la troisième. En moins d'une demiheure, un corps de vingt mille Autrichiens , soutenu par trente bouches à feu et par deux mille chevaux, fut mis en déroute par quatre bataillons. Cette affaire si rapide et si glorieuse pour les Français ne leur coûta que quarante morts. Le lendemain , le général Guilay ayant rallié ses troupes, passa la Muhr à Wildon, a lin de se porter par la rive gauche vers Gratz.
La rive droite se trouvant ainsi libre, le corps de Marmont opéra, le 20, sa
jonction avec celui du général Broussier.
Calmbt (dom), Augustin, naquit à Mesnil-la-Horgne, en 1672, se fit bénédictin de Saint-Vannes en 1688, et se livra d'abord avec la plus grande activité à l'étude des langues orientales.
Il fut ensuite chargé d'un cours de philosophie et de théologie. Après quoi, il fut envoyé , en 1704, à l'abbaye de Munster, avec letitrede souspneur. C'est là qu'il forma une académie de huit ou dix religieux, exclusivement occupés de l'étude des livres saints. Il y composa en partie ses commentaires , qu'on le dérida à publier en français plutôt qu'en italien. Il fut fait abbe de Saint-Léopold à Nancy, en 1711 , et de Senones, en 1728. Il mourut dans cettedernière abbaye en 1757.
Ses vertus ne le cédaient point à sa vaste érudition, et il était si peu ambitieux , qu'il refusa le titre d'évéque inpartlbus, aue lui offrit Benoît XIII.
Quoique livre constamment à l'étude, il ne négligea point l'administration du temporel de son abbaye. Il y Gt des augmentations et embellissements, et surtout en enrichit considérablement la bibliothèque.
Le nombre des ouvrages publiés par ce savant est considérable; on pourrait les évaluer à soixante-dix volumes in-4*. I*s principaux sont un Commentaire littéral sur tous les livres de t Ancien et du Nouveau Testament, ouvrage très-savant, mais où l'on aimerait cependant à voir résoudre les difficultés élevées par les philosophes contre beaucoup de passages des livres saints ; 2° les dissertations et les pré/aces des commentaires avec dix-neuf dissertations nouvelles; 3° r Histoire de V Ancien et du Nouveau Testament, pour servir d'introduction à l'histoire ecclésiastique dcFleury; 4° le Diction* naire critique , historique et chronologique de la Bible, avec des figures : c'est le Commentaire réduit à l'ordre alphabétique; 5* l'Histoire ccclésias~ tique et civile de la Lorraine, la meilleure qu'on ait publiée de cette province; 6* Bibliothèque des écrivains de Lorraine : V Histoire unh
verselle sacrée et profane ; 8° Dissertation sur les apparitions des anges, des démons et des esprits , et sur tes revenants et vampires de Hongrie ; 9° Commentaire littéral historique et moral sur la règle de Saint- Benoit, ouvrage qui renferme des détails curieux.
Calonne (Charles -Alexandre de) naquit à Douai en 1734/d'une famille distinguée dans la magistrature. Une grande vivacité d'esprit, jointe à beaucoup d'ambition , des manières élégantes , le goût du luxe , une moralité plus que douteuse, une imagination fertile en intrigues et en ressources de tout genre, tels sont les principaux traits du caractère de cet homme, dont le passage au ministère a si gravement compromis la royauté.
Ayant embrassé la carrière du barreau , il fut d'abord avocat général au conseil principal d'Artois, puis ensuite procureur général au parlement de Douai, et ne tarda pas à devenir maître des requêtes, ce qui lui donna entrée au conseil. Il débuta d'une manière peu honorable dans la carrière de l'administration. Les querelles entre les parlements et le clergé avaient été, en Bretagne , plus vives que partout ailleurs. Les jésuites, soutenus par le gouverneur de cette province, le duc d'Aiguillon , avaient conjuré la perte du procureur général la Chalotais. Ils l'accusèrent de vouloir détruire les antiques bases de la monarchie pour y substituer la démocratie. Des lettres anonymes, injurieuses à la majesté du trône , tombèrent entre les mains du roi , qui chargea la Vrillière de prendre des informations sur ces lettres.
Ce secrétaire d'État, qui était parent du duc d'Aiguillon, les ayant montrées, comme par hasard, à Calonne, celui-ci s'écria aussitôt : « Voici l'écriture de M. de la Chalotais.» Cette scène, concertée entre eux, eut pour résultat l'arrestation de la Chalotais ; mais le complot tourna à la confusion de ses auteurs : après bien des efforts pour réunir les éléments d'une accusation positive contre cet estimable magistrat , on fut obligé de le remettre
en liberté, et Calonne n'y gagna que la réputation d'un audacieux intrigant.
En montant sur le trône, Louis XVI avait choisi Turgot et Necker pour ministres; mais les courtisans, alarmés des projets de réforme que préparaient ces deux hommes d État , les obligèrent, par leurs cabales, à donner leur démission. Dès lors, tout fut perdu , et la révolution devint imminente. MM. Joly de Fleury et d'Ormesson , qu i leur succédèrent^ ne purent rétablir l'ordre dans les finances. Calonne, protégé par le comte d'Artois et M. de Vergennes , ministre des affaires étrangères, fut nommé, en 1783, au contrôle général. Si les courtisans avaient eu à redouter la sévère économie de Turgot et de Necker, ils n'eurent qu'à se louer de la facile complaisance du nouveau contrôleur général.
Calonne ne s'étudia qu'à plaire à la cour, et il y réussit, du moins pendant quelque temps. Il donnait des fêtes, payait les dettes du comte d'Artois , prodiguait l'argent à la reine, donnait des pensions et des gratifications à ses protégés , soldait l'arriéré, acquittait toutes les dettes, achetait Saint-Cloud et Rambouillet. Lorsque le roi l'interrogeait sur les ressources du trésor, le ministre lui faisait le tableau le plus séduisant de la situation de la France. II ajoutait qu'il avait des plans tout prêts, qu'il mettrait au jour quand il serait temps, et dont l'effet serait d'effacer jusqu'aux moindres traces du déficit. Les moyens qu'employait Calonne pour faire face à tant de profusions étaient simples : il empruntait, anticipait, rendait les édits bursaux , prolongeait les vingtièmes, imposait des sous additionnels avec une facilité que n'avait jamais montrée aucun de ses prédécesseurs. Le parlement avait beau faire des remontrances toutes les fois qu'on lui présentait des édits , le roi ordonnait d'enregistrer, et on était contraint d'obéir/ La détresse du peuple parvint à un point qui ne permit plus de lever de nouveaux impôts; et, quant au crédit, les nombreux emprunts du ministre l'avaient épuisé.
Dans cette situation critique, il ne se laissa point décourager, et trouva de l'argent pour maintenir son luxe et ses énormes dépenses. Enfin, en 1786, il se prépara à mettre à exécution la grande mesure qu'il gardait depuis si longtemps en réserve : il convoqua une assemblée des notables. Son intention était de demander à cette assemblée l'égale répartition des impôts, l'anéantissement des privilèges d'État, l'abolition des corvées et de la gabelle.
Cette mesure ne satisfit aucun parti.
La nation, éclairée sur ses propres intérêts , demandait la convocation des états généraux ; et, quant à la noblesse, outre qu'il comptait parmi elle beaucoup d'ennemis qui conjuraient sa ruine avec les parlements, elle était trop prévenue contre ses premières opérations pour lui accorder les sacrifices qu'il réclamait d'elle. Ce qui nuisit surtout au projet de Calonne, ce fut la mort de Vergennes, arrivée quelques jours avant la convocation des notables. Néanmoins , il se présenta avec assurance devant l'assemblée , dont l'ouverture eut lieu le 2 février 1787. 1/ y prononça un discours non moins brillant au'nabile , dans lequel il fit le tableau le plus flatteur de l'état de l'industrie et du commerce; cependant il fut forcé de convenir d'un déficit énorme de cent douze millions. Loin d'accueillir les moyens qu'il proposait pour rétablir les finances, les notables lui demandèrent des comptes. Obligé de se défendre, mais fort embarrassé de le faire, Calonne déclare que l'arriéré remontait au ministère de l'abbé Terray; qu'il était alors de quarante millions ; que l'administration de Necker en avait joint quarante autres , et qu'il n'avait pu lui-même éviter une surcharge de trente-cinq millions. Necker répondit en soutenant , comme il l'avait fait dans son compte rendu, que , pendant sa gestion , tes recettes excédaient les dépenses dedix millions.
Dès lors, les notables, heureux d'avoir un prétexte pour se venger des inquiétudes qu'il leur avait inspirées sur leurs privilèges , ne gardèrent plus de mesure contre lui. La cour, voyant
bien qu'il ne pourrait plus fournir à ses prodigalités, s'unit aux parlements.
La reine et le comte d'Artois, auparavant ses soutiens chaleureux , entraînés par l'archevêque de Toulouse, qui briguait la place de contrôleur général, l'abandonnèrent aussi. Néanmoins , Calonne résista encore quelque temps.
Il réussit même à faire disgracier un de ses plus grands ennemis, le garde des sceaux Miromesnil; mais le lendemain même du jour où il obtint cet avantage, le roi, pressé par les représentations des notables, envoya M. de Breteuil lui demander sa démission.
La haine de ses ennemis ne s'en tint pas là. Louis XVI fut contraint de lui retirer le cordon du Saint-Esprit et de l'exiler en Lorraine.
Quelque temps après, Calonne passa en Angleterre, et engagea de là, avec Necker et les parlements, une polémique dans laquelle il mit beaucoup d'esprit et de grâce, mais il ne put jamais , malgré tous ses efforts , convaincre personne de l'intégrité de son administration. Il épousa à Londres la veuve de M. d'Uarveley, qui lui apporta en dot une grande fortune. Lorsqu'en 1789 les états généraux s'assemblèrent, Calonne se rendit en Flandre dans le dessein de s'y faire élire; mais la nation était animée alOrs de sentiments trop purs pour faire choix d'un tel mandataire. Le refus qu'elle fit de ses services l'engagea à écrire contre la révolution. Il devint l'agent du parti de Coblentz, qu'il servit avec beaucoup d'activité, et auquel il sacrifia toute sa fortune. Après que les événements de la guerre eurent ôté aux Bourbons tout espoir de rentrer alors en France, il retourna à Londres, où il composa quelques ouvrages politiques. Calonne ayant à se plaindre du parti qu'il avait servi avec tant de zèle, et dont il s'était attiré la défaveur par la publication de son Tableau de V Europe en novembre 1795, sollicita, en 1802, la permission de revenir dans sa patrie. Napoléon la lui accorda; mais il mourut un mois après son arrivée, le 30 octobre 1 802, laissant la réputation d'un homme de talent, mais sans conviction et sans
12 CAL
LUMVERS.
CAL
caractère. Naturellement léger, Galonné voyait difficilement le rote profond des choses; aussi sembla-t-il se jouer des graves difficultés contre les-
?uelles la royauté eut à lutter avant explosion dé la révolution. Sa trop grande confiance dans son habileté pour les tours d'adresse lui fit croire qu'il suffisait de louvoyer pour échapper à tous les écueils ; mais ayant voulu tromper tout le monde , il tomba devant le mécontentement général. On trouvera dans nos Annales des renseignements positifs à cet égard.
Calonne a publié plusieurs mémoires sur les finances et sur diverses questions politiques, qui sont écrits avec beaucoup d'élégance, mais dans lesquels se retrouvent tous les défauts de son caractère. On a en outre de lui ; Correspondance de Necker et de Colonne, 1787, in -4*; Réponse de Calonne à l'écrit de Necker, in-4°, Londres, 1788 ; Note sur le mémoire remis par Necker au comité de subsistances, Londres, 1789; De l'état de la France tel qu'il peut et tel qu'il doit être, Londres, 1790; Observations sur les finances, in-4°, Londres, 1790; lettres d'un publicùte de France à un publiciste de l Allemagne, 1791; Esquisse de Cétat de la France , in-8°, 1791; Tableau de [Europe en novembre 1795, Londres, in-8°; Des finances publiques de la France, in-8», 1797; Lettre à l'auteur des Considérations sur les affaires publiques, in-s 1798. On lui attribue aussi un Traité de la police pour l'Angleterre ; une Réponse à Montyon; et enfin des Remarques sur [histoire de la révolution de Russie par RulÂiére.
Calotte (régiment de la). Au commencement du dix-huitième siècle,
auelques beaux esprits de la cour, tous 'une humeur satirique et railleuse, dans le but de châtier par le ridicule les écarts de conduite , de style et de langage qui parviendraient a leur connaissance, formèrent une société qu'ils • nommèrent le Régiment de la calotte, et le composèrent uniquement de personnes distinguées par la singularité de leurs discours ou de leurs actions.
Pour prouver qu'ils ne s'épargnaient pas plus qu'ils n'épargnaient les autrès, ils s'inscrivirent les premiers sur le registre matricule de ce corps fantastique, et élurent un des leurs pour son général. Bientôt il n'y eut dans la vie publique , dans la vie privée , dans les œuvres de l'esprit, rien qui fût à l'abri de la mordante critique des chefs de cette singulière milice, qui avait ' ses étendards, qui fit frapper des médailles, et trouva des poètes pour mettre en vers ses arrêts burlesques.
Quand un homme avait fait ou dit une sottise , on lui donnait une calotte , c'est-à-dire, qu'on lui décochait une épigramme bien acérée qui le couvrait de ridicule, ou bien on lui envoyait un brevet de calottin, et il était censé faire partie du régiment en qualité d'extravagant. Une fois le roi demanda à M. de Torcy, exempt de ses gardes du corps, et général de la calotte, s'il ne ferait pas un jour la revue de son régiment. « Sire, répondit Torcy, j'y ai « pensé plus d'une fois ; mais il est si « nombreux que j'ai toujours craint « qu'il ne se trouvât personne pour le « voir passer. » Sous le nom de calottes et ae calot tin es, il partit de cette société un grand nombre de pièces dont on a recueilli et publié les meilleures. Ces pièces ont eu quelquefois beaucoup plus pour but de satisfaire des animosités particulières que de servir à la correction des mœurs publiques. Voltaire, qui lui-même est appelé, dans t Anti-mondain, cher calottin de la première classe, se plaint amèrement, dans une lettre de 1746, d'une calotte que l'on avait faite contre M. et Mmê de la Popelinière, pour prix de fêtes qu'ils avaient données , et auxquelles n'avaient probablement pas été conviés les officiers du régiment. Après avoir été , pendant plusieurs années, une puissance, le régiment de la calotte mourut tout doucement; mais en disparaissant du monde il légua à des gens d'esprit, qui devaient venir plus tard, l'idée de l'ordre de YÊteignoir et de celui de la Girouette, dont les fondateurs , pendant les neuf mois de la première restauration, distribuèrent
tant de brevets d'obscurantisme et
d'inconstance politique.
Calvados, chaîne de rochers, ainsi nommée, dit-on, du nom d'un vaisseau espagnol qui y fit naufrage. Ce rocher, qui couvre toute la côte de l'arrondissement de Baveux , est situé à deux kilomètres environ de la terre, et a vingt- trois kilomètres de longueur.
Calvados (département du). Ce département, forme de la basse Normandie et des diocèses de Lisieux et d' Kvreux, doit son nom au rocher du Calvados, qui s'étend sur une partie de ses côtes. Il est borné au nord par la Manche , à Test par le département de l'Eure , au sud par celui de l'Orne, et à l'ouest par le département de la Manche. Sa superficie est d'environ cinq cent soixante-deux mille quatrevingt-treize hectares, et sa population de cinq cent un mille sept cent soixantequinze habitants. Il a pour chef-lieu Caen , est partagé en six arrondissemenu, ou sous • préfectures (Caen, Baveux , Falaise , Lisieux , Pont-l'Évêque et Vire), et en trente-sept cantons. 11 renferme huit cent neuf communes. Son revenu territorial est évalué à 35 millions 500 mille francs. Il fait partie de la 14' division militaire, de la 15* conservation forestière, ressortit à la cour rovalede Caen, et forme le diocèse de Baveux. Il envoie sept députés à la chambre.
Boisrobert , les frères Boivin , Brébeuf, Alain Chartier, le maréchal de Coigny, Daléchamp, Tannegui-Lefêvre> Huet, évéque d'Avranches, Malfilastre, Malherbe, Jean Marot, père de Clément, secrétaire de la reine Anne de Bretagne ; Mezerai, le jésuite Porée, Sarrasin, Segrais, Touret, le marquis de Lapiace , Vauquelin , les généraux Deeaen et Lafosse, etc., sont nés dans le département du Calvados.
Calvbt (Esprit- Claude François), médecin et antiquaire, né, en 1728, à Avignon, où il étudia la médecine et fut reçu docteur agrégé, en 1745; il passa ensuite un an à l'école de Montpellier et se rendit, en 1750, à Paris, pour y continuer ses études médicales.
A son retour à Avignon, il ouvrit à la
faculté de médecine un cours de physiologie, qui fut très-fréquenté, et fut nommé, peu de temps après, médecin en chef des hôpitaux. Sans négliger les devoirs de son état, il cultivait l'histoire naturelle et l'archéologie; un Mémoire sur Us utriculaires de Cavailion, qu'il présenta, en 1765, à l'Académie des inscriptions et belleslettres, lui valut le titre de correspondant de cette société. Il mourut à Avignon, en 1810, dans sa quatre-vingtdeuxième année; il avait conservé l'usage de toutes ses facultés morales et avait composé, trois ou quatre ans auparavant, sa propre biographie; le 10 janvier 1810, six mois avant sa mort, il écrivit son testament olographe. Ce dernier acte de Calvet est à la fois un monument de sa reconnaissance envers sa patrie, de ses sentiments religieux, de sa modestie, de sa bienfaisance et de l'originalité de son caractère. Comme il n'avait que des collatéraux fort éloignés, il légua à la ville d'Avignon, pour être mis a la disposition du public, sa bibliothèque, sa collection d'histoire naturelle, et surtout son cabinet d'antiquités, le plus riche qu'il y ait en France, après celui de la bibliothèque royale. Pour subvenir à l'entretien, à l'accroissement de sa bibliothèque et du musée, ainsi qu'aux traitements des fonctionnaires chargés de leur conservation, Calvet donna à la ville tous ses biensfonds, rentes et capitaux ; il laissa, en outre, a l'église cathédrale, un basrelief en argent et un christ en ivoire ; une pension perpétuelle de soixante francs par mois au vieillard le plus âgé d'Avignon, sans distinction d état m de sexe ; une rente de deux cents francs au paysan qui aura le plus d'enfants vivants ; deux cent quarante francs par an au jardin botanique d'Avignon ; cent francs pour un prix annuel de dessin, etc., etc. Il demanda à être enterré sans cérémonie, même sans cercueil, à être seulement mis dans un sac et porté par quatre pauvres cultivateurs, vêtus de feurs habits de travail, etc., etc. On doit à Calvet, outre plusieurs ouvrages de médecine,
cal L'UTSTVERS.
une Dissertation sur un monument singulier des utriculaires du Cavaitr lonf où Ton éclaircit un point important de la navigation des anciens, 17G6, in-8°, figures; un Mémoire sur deux inscriptions grecques dans le genre érotique, Magasin encyclopédique, 1802, . i : et deux lettres à M. de la Tourette, sur la jambe du cheval de bronze, trouvée dans la Saône en 1766. On conserve, dans son musée, six volumes in-folio manuscrits, contenant tous ses ouvrages sur la médecine, l'histoire naturelle, la philosophie, les antiquités et la numismatique. Millin avait distingué, clans ce recueil , un Spicilegium inscriptionum antiquarum, et il expri- 'lïic, dans son f'oyage dans les départements du Midi , le désir que le gouvernement se charge de la publication de cet ouvrage.
Calvi, l'un des chefs-lieux de souspréfecture du département de la Corse, place de guerre de seconde classe. La fondation de cette ville est due aux guerres civiles oui, dès le treizième siècle, désolaient la Corse. Vers l'an 1268, Giovanninello, de Pietra- Allerata, faisant la guerre à Giudice délia Rocca, seigneur de toute l'île, vint se fortifier sur la hauteur où est aujourd'hui Calvi : il se retira ensuite; mais ce lieu continua d'être habité.
Postérieurement, les Avoghari, seigneurs de Nonza, y furent appelés et continuèrent à y dominer jusqu'au moment où les habitants se soumirent aux Génois, aux mêmes conditions
3ue ceux de Bonifacio. Les troupes 'Alphonse, roi d'Araçon, occupèrent momentanément Calvi. Du temps de Henri II, l'armée combinée des Turcs et des Français en leva le siège, événement regardé alors comme un prodige opéré par un crucifix qu'on avait, la veille, planté sur les remparts, et qu'on a depuis appelé le crucifix des miracles. La ville de Calvi ne prit jamais part aux mouvements insurrectionnels de l'intérieur contre les Génois. Pour reconnaître et encourager cette inaction, le gouvernement génois fit placer sur la porte de la citadelle cette ins-
cription : CIVTTÀS CALVI SEMPEB