PATRIOTIQUES
Carini, chevalier de l'ordre de Malte , dont le nom se rattache à l'une des actions les plus glorieuses de notre histoire maritime. Commandant d'une frégate de cinquante canons , il s'associa à Tourville, qui montait un vaisseau de quarante canons, pour aller chercher les infidèles. Ils attaquèrent trois vaisseaux turcs, d'une force supérieure, en prirent un à l'abordage, en brûlèrent un autre, et remportèrent une victoire complète. Quelques jours après , ils combattirent quatre bâtiments turcs avec la même intrépidité, et en prirent deux. Malheureusement le chevalier de Carini fut mortellement blessé vers la fin de cette dernière action.
Carion - de - Lascondes (Martin- Jean -François), maréchal de camp, né en 17G2 , se distingua particulièrement à la bataille de Nerwinde , où il reçut les éloges du général en chef Dumouriez. Destitué , plus tard , comme noble, et emprisonné jusqu'au 9 thermidor, il fut réintégré avec peine dans son grade, partit pour la Hollande, et y resta jusqu'en 1813, où Napoléon l'appela au commandement des gardes nationales du Pas-de-Calais. Il fut mis à la retraite après le retour des Bourbons.
Carïon-Nisas (Marie-Henri-François-Élisabeth, baron), militaire, tribun et homme de lettres , est né près de Pézénas en 1767. Officier de cavalerie à l'époque de la révolution, puis emprisonné en 1793, il vint à Paris
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après le 18 brumaire, et fut invité à 8 attacher au nouveau gouvernement par Bonaparte lui-même, dont il avait été le condisciple à l'école militaire, et par Cambacérès, dont il avait épousé une proche parente. C'est ainsi qu'il devint membre du tribunat. Il s'y fit remarquer par ses attaques contre la philosophie moderne , contre le divorce. En 1804, M. Carion-Nisas fut, parmi les tribuns animés d'un beau zèle monarchique, celui qui répondit avec le moins de modération à l'illustre Carnot, resté seul défenseur de la république, dans un corps essentiellement républicain. Cependant il encourut bientôt une disgrâce dont il essaya malheureusement de se consoler en faisant représenter, aux Français, sa tragédie de Pierre le Grand. Cette
Sièce Ot beaucoup de bruit par l'oppoition qu'elle rencontra dans le parterre , et par les sifflets qui retentirent contre elle depuis minuit jusqu'à deux heures du matin. Non moins dégoûté alors de la carrièredramatique que de la carrière politique, il rentra au service en 1806, et se distingua en Prusse, en Portugal et en Espagne. Disgracié de nouveau pour s'être laissé surprendre par l'ennemi, M. Carion-Nisas redevint simple soldat , et se signala plusieurs fois par son courage. A la fin de la première restauration , il recouvra son ancien grade, et se rapprocha ensuite de Napoléon, qui lui confia la défense éventuelle des ponts deSaint- Cloud et de Sèvres. Rédacteur de l'adresse lue au champ de mai au nom du peuple français, il a, en cette circonstance, fait une sorte de profession de foi politique qui mérite de prendre
S lace dans les documents historiques e la révolution. La défense qui lui avait été confiée ne fut pas un vain honneur: avec trois mille hommes il résista à l'attaque de quinze mille Anglais et Prussiens ; conduite brillante,
gui lui mérita le çrade de général de rigade; mais ce titre, loin d'être confirmé après la seconde restauration , le fit placer pendant deux ans sous la surveillance de la haute police. Libre enfin de toute proscription , il s'est
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depuis uniquement voué h la culture des lettres. On a de lui : Montmorency, tragédie, 1803, in-8°; Discours sur l'hérédité de la souveraineté en France, 1 804 , in -8° ; Pierre le Grand, 1804, in-8°; Essai sur l'histoire générale de Vart militaire f depuis l'origine des sociétés européennes jusqu'à nos jours, 1824, in-8w, etc.
André - Henri - François - Victoire - Carion-Nisas, son fils, né à Lézignan (Hérault), en 1794, s'est fait connaître comme publiciste et comme auteur de plusieurs pièces dramatiques , représentées sur différents théâtres de la capitale. II a été un des rédacteurs des J'ictoires et conquêtes.
Cabistie (Augustin-Nicolas), architecte, né à Avallon, le 6 décembre 1783 , est élève de MM. Vaudoyer et Percier. Il a remporté en 1 81 3 le grand prix d'architecture sur le sujet d'ua nôtel de ville pour une capitale. Il a publié les plan et coupe d'une partie du forum romain et des monuments qui se trouvent sur la voie Sacrée. En 1 823, le gouvernement le chargeadeconstater par des dessins et un mémoire l'état de l'arc de triomphe d'Orange, et un projet de restauration. Ce projet fut adopté ; et M. Rénaux, architecte d'Avignon, a exécuté avec une grande intelligence , sur les dessins de M. Caristie, cette difficile restauration, qui a été terminée en 1829. En 1823, M. Caristie exposa le dessin, et, en 1827 , le modèle en plâtre du mausolée des victimes de Quiberonx qui depuis a été exécuté sous sa direction.
Nous connaissons encore de lui un beau travail inédit sur le temple de Pouzzole. M. Caristie est membre de l'Académie des beaux- arts depuis
Cabladez , Carlatensis tractus^ petit pays de la haute Auvergne, ainsi nommé de la ville de Cariât , sa capitale. Dès le dixième siècle, le Carladez avait des seigneurs particuliers qui portaient le titre de vicomtes. Il tut ensuite réuni aux vicomtés de Lodève, de Meilhaudetde Rodez, et aux comtés de Rouergue et de Provence. Il faisait partie, en 1303, des domaines
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dé la maison d'Armagnac , et il passa ensuite successivement dans celles d'Albret et de Bourbon. Réuni au domaine de la couronne par François Ier, en 1531, il en fut de nouveau démembré par Louis XIII en 1642, et donné à perpétuité au prince de Monaco, auquel il appartint jusqu'en 1789. Vie était alors la capitale du Carladez.
Cablat, Carlatum, petite ville de l'ancienne Auvergne (aujourd'hui du département du Cantal), à sept kilomètres d'Aurillac C'était autrefois une forteresse considérable, et quel-
?[ues historiens en font remonter la ondation jusqu'à l'époque romaine.
Quoi qu'il en soit, après la bataille de Vouillé, le château de Cariât résista avec succès aux armes de Clovls; il fut aussi l'une des principales barrières qui arrêtèrent les conquêtes de Thierry. Louis le Débonnaire en Ht le siège en 839, et le prit sur les partisans de son fils. Les Anglais s'en emparèrent par ruse en 1359, l'abandonnèrent quelques temps après, et s'en ressaisirent en 1 370 ; deux ans après, ils en furent chassés par le duc de Bourbon ; mais ils ne tardèrent pas à y rentrer, et le possédèrent jusqu'en 1387. Jacques d'Armagnac, duc de Nemours, s'y retira en 1459, et v fut assiégé inutilement pendant dix-huit mois par les troupes de Louis XI, qui furent obligées de se retirer. En 1475, le roi en fit faire de nouveau le siège par le duc de Beaujeu; la place fut serrée de si près que Jacques d'Armagnac fut obligé de se rendre. On sait qu'il fut enfermé à Pierre-en-Scize, transféré à la Bastille et renfermé dans une cage de fer, d'où il ne sortit que pour aller au supplice. En 1568, le château de Cariât fut assiégé et pris par les religionnaires du Languedoc , sur lesquels il fut repris par les royalistes, qui le leur rendirent en 1583. 'Marguerite de Valois, première femme de Henri IV, chassée d'Agen à cause de sa mauvaise conduite, vint à Cariât en 1585, et y séjourna dix-huit mois; mais ses amours scandaleux ayant soulevé contre elle une indignation générale, elle fut forcée d'en sortir précipitamment pour
se réfugier à Usson. Le château de Cariât lut encore assiégé en 1G02, et défendu par madame de Morèze, qui, s'étant emparée de la place en l'absence de son mari , arrêté par ordre du roi, déclara qu'elle ne la rendrait qu'autant que M. de Morèze serait remis en liberté, ce qu'elle ne fut pas longtemps à obtenir. Henri IV, instruit des vexations qu'exerçaient dans les environs les gentilshommes qui gardaient la forteresse de Cariât, en ordonna la démolition, qui fut exécutée en 1003.
Cable (Rap.), bijoutier de la place Dauphine, à Paris , électeur et commandant de bataillon, souleva les jeunes gens lors du renvoi du cnrdmal de Brienne, et fit briller une effigie de ce ministre. Après le 14 juillet 1789, Carie donna , dans la grande salle du palais, un repas splendide. Cette dépense , au-dessus de sa fortune , fit croire qu'il était soudoyé. Le 10 août 1792, il se rendit auprès du roi au moment où les Tuileries allaient être investies, et fit des dispositions pour défendre ce prince. La municipalité le manda aussitôt à sa barre; on l'accusa d'avoir donné l'ordre de tirer si le château était attaqué; le peuple se saisit de lui, et deux gendarmes, qui étaient sous ses ordres, l'assassinèrent.
Cables (N.j , général , parcourut lentement les grades subalternes, et ne devjnt officier général que par le bénéfice de la révolution. Il fut deux fois chargé, en 1792, de conduire ces colonnes françaises qui deux fois ne pénétrèrent en Belgique que pour repasser en désordre la frontière au cri de sauve qui peut! Passé ensuite à l'armée du Rhin, il y remplit, à titre provisoire, le commandement en chef, ne put réussir à y ramener l'ordre et l'ensemble nécessaires pour le succès, et perdit les lignes de Wissembourg.
Après cet échec, il demanda et obtint d'être remplacé dans son emploi.
Cablet (Louis-François), marquis de la Rozière , maréchal de camp , né en 1735, au Pont-d'Arche, prèsfcharleville (Ardennes), servit avec distinction, depuis 1745, dans les armées
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d'Italie, de Flandre et d'Allemagne.
I^e prince Ferdinand de Brunswick, faisant allusion à une affaire dans laquelle il avait été vivement poursuivi par lui , et avait failli tomber entre ses mains, disait plus tard, en montrant le brave Carlet, alors prisonnier du roi de Prusse: «Voilà le Français « qui m'a fait le plus de peur de ma « vie. » Echangé bientôt, et rentré en France après la paix , le lieutenantcolonel Carlet fut employé quelque temps au ministère secret du duc de Broglie, et fut chargé, en 1765, d'aller reconnaître les cotes d'Angleterre et celles de France. A son retour, il présenta divers projets de défense qui furent adoptés, et donnèrent une haute opinion de ses connaissances militaires. En 1768, il fut chargé par le ministère, qui mit à sa disposition les pièces officielles des bureaux de la euerre, d écrire l'histoire des guerres des Français sous Louis XIII, Louis XIV et Louis XV; mais la révolution l'empêcha d'achever ce travail important , dont il a laissé quatre volumes trouvés parmi ses papiers. Il rédigea aussi, en 1770, par ordre du roi, un plan de campagne contre l'Angleterre.
En 1780, Louis XVI lui conféra le titre de marquis de la Rozière, et le créa maréchal de camp commandant de l'expédition projetée contre les îles de Jersey et de Guèrnesey. Le marquis de la Rozière émigra en 1791 , et se retira à Coblentz , où il fut chargé de la direction des bureaux de la guerre des princes. Après la campagnede 1792, il passa successivement en Allemagne, en Angleterre , prit successivement du service en Russie et en Portugal, où il fut employé comme lieutenant général et comme inspecteur général des frontières et des côtes du royaume, emploi qu'il conserva jusqu'à sa mort, arrivée en 1808.
v Son fils Jean Carlet, marquis de la Rozière, né à Paris en 1770, émigra avec son père en 1791 , servit dans l'armée des princes , se battit contre nos soldats dans les rangs des Hongrois, des Anglais, des Portugais, et rentra en France avec les Bourbons,
qui récompensèrent ses services par le grade de maréchal de camp. Il a été depuis mis en disponibilité.
Cablieb (le P.C.), né à Verberie en 1725, mort prieur d'Andresi, le 23 avril 1787 , a laissé, outre un grand nombre d'articles insérés dans le Journal des Savants , le Journal de physique et le Journal de Verdun :
1° Dissertation sur l'étendue du Belgium et de l'ancienne Picardie , Amiens , 1753 ; 2° Mémoire sur les laines, in-12, 1755; 3° Considéra' lions sur les moyens de rétablir en France les bonnes espèces de bétes ci laine , 1 762 ; 4° Histoire du duché de Valois , contenant ce qui est arrivé dans ce pays depuis le temps des Gaulois jusqu'en 1703 , Paris, 1764, 3 vol. in-4° ; 5° Traité sur les manufactures de laineries, 2 vol. in-12; 6° Dissertation sur tétât du commerce en France sous les rois de la première et de la deuxième race , Amiens, 1753, in-12. On lui doit encore quelques ouvrages sur les bétes à laine, et les Obsertmtions pour servir de conclusion à l'histoire du diocèse de Paris , qui se trouvent dans le tome XV de l'ouvrage de l'abbé Lebeuf. Carlier a remporté dans sa vie neuf prix académiques , dont quatre à l'Académie des inscriptions.
Cablieb (N. J.) , mécanicien , né à Busigny, près de Cambrai, le 20 juillet 1749, mourut à Valenciennes en 1804. Il se consacra entièrement à l'horlogerie , à la menuiserie et à la mécanique. En 1793, lors du siège de Valenciennes , re fut à son courage que la ville dut d'être préservée d'une inondation. Une bombe venait de briser une écluse dans le faubourg de Marly. Carlier , malgré la force du courant, se fait descendre dans la rivière, attaché avec des cordages, et ne sort de l'eau qu'après avoir bouché l'ouverture , au moyen de sacs de terre et de paillasses. Il travaillait depuis cinq ans à la confection d'une machine en cuivre propre a filer la laine, lorsqu'il mourut a l'âge de cinquante-cinq ans.
Cablin (Charles -Antoine BertU
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nazzi , dit). — Cet acteur célèbre, qui, sous le masque à' Arlequin, jouit d'une longue et juste faveur sur la scène de Ta comédie dite italienne, fut appelé à Paris en 1741. Bien qu'obligé de s'énoncer dans une langue qui n'était pas la sienne , Carlin captiva la vogue dès l'abord, et mérita de la conserver pendant près d'un demi-siècle , par la vérité de son jeu , la gaieté de ses lazzi , la fécondité des spirituelles improvisations par lesquelles il savait remplir la trame de ses canevas. Aux perfections de son art, Carlin joignait encore les qualités qui font l'homme estimable , ce qui a fait dire de lui :
Sous le maaqoe oo l'admire , à décourcrt on l'aime.
Né à Turin , en 1713 , d'un officier au service du roi de Sardaigne, il mourut en 1783. Il avait donné au théâtre en 1763 une pièce en cinq actes : les Nouvelles métamorphoses d'Arlequin.
Carloman. L'histoire connaît trois princes de ce nom. Le premier, fils aîné de Charles Martel et trère de Pépin le Bref, gouverna pendant plusieurs années l'Austrasie et les provinces de l'Allemagne qui étaient alors annexées à ce royaume. Sa réputation de guerrier ne suffisant plus à son âme, portée vers la contemplation, il quitta ses États pour embrasser la vie religieuse, donnant ainsi le premier un exemple qui fut imité si souvent au moyen âge par les plus grands souverains. Après avoir vécu comme moine dans un couvent du mont Cassin , il alla mourir à Vienne en Dauphiné (755). Son corps fut transporté au mont Cassin , ou il a été retrouvé en
Le second était fils de Pépin le Bref. Pépin , à sa mort , en 708 , avait partagé ses États entre ses deux fils, Charles et Carloman. Charles eut l'ancienne Neustrie, la Bourgogne et l'Aquitaine ; Carloman , l'Austrasie et les provinces transrhénanes qui étaient annexées à la monarchie des Francs. Mais lorsqu'il fut question de déterminer avec exactitude les limites
des deux États , la division éclata tre les fils de Pépin, et sans doute leur haine naissante aurait amené une guerre civile , lorsqu'un danger commun vint les menacer. Le vieux Hunald , dépossédé par Pépin le Bref de son duché d'Aquitaine, et qui vivait depuis vingt-quatre ans enfermé dans un couvent, quitta ses habits de moine, et reparut dans son ancien duché. Les deux frères se réconcilièrent pour lutter contre un ennemi aussi dangereux , et Carloman accourut à la téte des Francs- A ustrasiens , pour porter secours à Charles. Mais après une entrevue avec son frère aîné, qui le blessa peut-être par ses prétentions , il retourna dans ses États, sans avoir vu l'ennemi. Peu de temps après il mourut, à l'âge de vingt ans, et sa veuve , craignant pour ses enfants la cruauté de leur oncle, se réfugia en Italie , à la cour de Didier , roi des Lombards (771) , et laissa Charles seul maître de toute la monarchie des Francs.
Le troisième Carloman, fils de Louis le Bègue, reçut en partage l'Aquitaine et la Bourgogne, en 879. Il vécut avec son frère Louis III dans une parfaite union , et tous deux, plus d'une fois, repoussèrent ensemble les Normands.
Mais leur concorde ne put empêcher Boson de se faire élire roi de Bourgogne à Mantaille. Louis III étant mort en 882 , Carloman devint seul roi de France. Il mourut en 884, atteint par une flèche maladroitement tirée contre un sanglier.
Carloman II (monnaies de). Voyez Charlbmagne.
Carloman III (monnaies de). — Nous ne possédons d'autres documents sur l'histoire monétaire du règne de Carloman III que quelques deniers.
Ces pièces sont de différents types ; quelques-unes offrent la légende xpistiatia religio, et la représentation d'un temple; deux , l'une de Substantion, ville aujourd'hui détruite, l'autre, de Saint-Médard de Soissons, sont marquées du monogramme de Carloman. Les autres, qui ont été frappées à Troycs, à Auxerre, à Arles, à Châ-
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teau-Landon , présentent, au lieu de jamais été complètement incorporées ce monogramme , celui de Charles; bi- a la monarchie, brisaient les derniers zarrerie qui a besoin de quelques ex- liens qui les y attachaient. Il apparplications. Le peuple, accoutumé à tenait aux Carlovjngiens d'arrêter ce voir, sous le long règne de Charles le démembrement prématuré. Chauve, le monogramme de ce prince Cette famille réunissait deux caracfigurer sur les deniers, avait fini par tères qui devaient la faire prévaloir : le regarder comme un signe indispen- elle était austrasienne et ecclésiastiwblo à la circulation de ces pièces. Ce que ; elle tenait à la fois à l'Allemagne fut dans la vue de le tromper, ou de et à l'Eglise , c'est-à-dire , d'un côté à lui faire entendre aue les deniers uou- la barbarie , mais à la barbarie pleine vellement fabriques avaient la même encore de force et dejeunesse, de l'auvaleur que les anciens, que les princes tre au pouvoir spirituel, à qui l'avenir et les rois, même étrangers, conser- du monde était conGé. Ce double caraovèrent ce monogramme sur leurs es- tère devait nécessairement faire tompèces. Les monnaies de Louis III , de ber entre ses mains l'héritage des pria- Lothaire et d'Eudes, nous présente- ces mérovingiens, qui s'étaient trop ront la même bizarrerie. A l'excep- souvenus que l'Église, malgré ses sertion du denier de Snint-Médard , qui vices , était de la race des vaincus , et conserve l'antique légende de Charles que la tonsure cléricale était une honle Chauve, gbatiadi beï , tous les teuse dégradation pour un roi eueautres deniers de Carloman portent au velu. « L'homme de Dieu , dit le biopourtour cablomanvs bex ou hcab- graphe de saint Colomban, ayant été lomanys bex. Tous ces deniers, au- trouver le roi de Bourgogne, Theudejourd'hui assez rares, sont d'ailleurs bert, lui conseilla de mettre bas l'ardu même poids que ceux de Charle- rogance et la présomption, de se faire magne et de ses premiers successeurs; clerc, d'entrer dans le sein de l'Église, ils pèsent environ trente-deux grains, se soumettant à la sainte religion , de Caiu.oyim.iens, nom nar lequel peur que par -dessus la perte du on désigne ordinairement fa seconde royaume temporel , il n'encourût enrace des rois francs, ou les princes de core celle delà vie éternelle. Cela excita la famille de Charlemagne, qu'il serait le rire du roi et de tous les assiscependant plus exact et plus logique tants ; ils disaient, en effet, qu'ils n'ad'appeler Carolings (*). vaient jamais ouï dire qu'un Mérovin- Par suite de la décadence de la fa- gien, élevé a la royauté, fiit devenu mille de Mérovée, de l'affaiblissement clerc volontairement. Tout le monde de la Neustrie, de l'ambition des mai- abominant cette parole, Colomban res du palais et des grands proprié- ajouta : « Il dédaigne l'honneur d'être taires austrasiens , qui tous aspiraient clerc; eh bien ! il le sera malgré lui. » à l'indépendance , la monarchie des Le dernier roi de celte race fut en Francs s'en allait en lambeaux. L'AI- effet enfermé dans un cloître, lemagne, dont ils avaient réuni une LafamilledesÇarlovingiensnedédaigrande partie , se divisait en six ou gnait pas ainsi l'Église. Plusieurs d'ensept principautés, dont les chefs vou- tre eux furent évêques ; Arnulf, enrôlaient former autant de royaumes in- dulf, Drogon, occupèrent successivedépendants; et, de leur côté, les pro- ment lesiéeeépiscopal de Metz; d'autres vincesdumididela Gaule, qui n'avaient furent arenevéques , abbés , moines ;
quelques-uns enfin ont été canonisés.
(•) Le lecteur trouvera dans de* articles ^e chef de cette maison , Pépin de
spéciaux que nous consacrons a chacun de Landent surnommé le l tCUX , est
, les détails biographiques qui compte parmi les saints. « Dans tous
les concernent; nous nous bornerons ici i ses jugement * . dit son biographe, il
jeter un coup d'util d'ensemble surUdynas- s'étudiait à conformer ses arrêts aux
tie tout entière. règles dç la divine justice ; chose at-
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testée non-seulement par le témoignage de tout le peuple , mais aussi , et plus encore par le soin qu'il prit d'associer à tous ses conseils et à toutes ses affaires le bienheureux Arnoul, évéque de Metz, qu'il savait être éminent dans la crainte et l'amour de Dieu ; car s'il arrivait que, par ignorance des lettres , il fût moins en état de juger des choses , celui-ci , fidèle interprète de la divine volonté, la lui faisait connaître avec exactitude. Arnoul était homme, en effet, à expliquer le sens des saintes Écritures ; et, avant d'être évéque, il avait exercé sans reproche les fonctions de maire du palais. Soutenu d'un pareil appui, Pépin imposait au roi lui-même le frein de l'équité, lorsque, négligeant la justice, il voulait abuser de la puissance royale. Après la mort d'Arnoul, il fut attentif à s'adjoindre dans l'administration des affaires, le bienheureux Chunibert , évéque de Cologne, également illustre parla renommée de sa sainteté. On peut juger de quelle ardeur d'équité était enflammé celui qui donnait à sa conduite des surveillants si diligents et de si incorruptibles arbitres. Ainsi ennemi de toute méchanceté, il vécut soigneusement ap-
fm'qué à la pratique du juste et de 'honnête , et , par les conseils des hommes saints , demeura constant dans l'exercice des saintes œuvres. »
Enfin sa femme Itta , sa fille Gertrude, l'épouse choisie du roi des anges , comme dit le vieux chroniqueur , moururent en odeur de sainteté. Une si sainte maison devait avoir l'appui de l'Église : il ne lui manqua pas.
Dagobert avait laissé en mourant deux fils encore enfants , qui furent confiés à la tutelle des maires du palais de Neustrie et d'Austrasie. A la mort du roi austrasien , Grimoald, maire du palais , se crut assez fort pour envoyer en Irlande le fils du roi, et tenter de placer la couronne sur la tête de son propre fils. Sa tentative ne réussit pas , et les trois royaumes francs se trouvèrent encore une fois réunis sous la faible domination de Clovisll, roi de Neustrie. MaisÉbroïn,
maire du palais de cette partie de l'empire . ayant , pour rendre à l'autorité royale ses anciens droits, cherché a établir une loi territoriale faite dans un esprit tout romain, les grands se soulevèrent contre lui. L'Austrasie d'abord voulut avoir un roi à part ; puis les grands de Neustrie , s'alliant secrètement a ceux d'Austrasie, les sollicitèrent de venir les délivrer de la tyrannie de leur maire du palais. L'armée qu'Ébroïn conduisit contre eux, l'abandonna au moment de la bataille ; lui-même fut fait prisonnier et enfermé au monastère de Luxeuil. Mais il en sortit bientôt , à la faveur des troubles qui furent la suite de l'assassinat du roi d'Austrasie , Childéric II, qu'après sa chute les Neustriens avaient accepté. Il ressaisit son ancien pouvoir ; et, continuant la politique qu'il avait déjà suivie , se fît l'adversaire des grands et de Martin, maire du palais d'Austrasie. Cette fois il eut recours à la ruse ; Martin, appelé par lui à une conférence , fut assassiné ; mais il ne recueillit pas le fruit de ce meurtre ; il fut tué lui-même quelques jours après par un Franc qui voulait venger sur lui une injure personnelle.
Les hostilités continuèrent après la mort d'Ébroïn, mais sans qu'il se passât rien de décisif, jusqu'à la bataille de Testry. Le duc Pépin d'Hêristal , petit-fils de Pépin de Landen, et dont l'autorité avait sans cesse augmenté dans cette lutte du parti aristocratique contre la royauté, défendue par Ébroîn, fut bientôt en état de trancher la question. Les Neustriens furent complètement battus à la bataille de Testry (687). « Pépin, dit Frédégaire, prit le roi Thierry III avec ses trésors, et s'en retourna en Austrasie. » Il ne dépouilla point les vaincus de leurs terres; aucun de ses guerriers ne s'établit de force parmi eux; mais la royauté de Neustrie fut effacée de fait; la domination passa des bords de la Seine aux bords du Rhin, et , s'il y eut encore des rois mérovingiens , c'est que les maires austrasiens trouvaient utile de pouvoir montrer aux peuples, de temps à autre, un roi chevelu de
L'UNIVERS. . car
la famille de Clovis, afin de légitimer, en quelque sorte, l'autorité qu'ils exerçaient.
La victoire de Testry semblait avoir brisé tous les liens de la monarchie des Francs. Le midi de la Gaule s'isola du nord; la Bourgogne et l'Aquitaine redevinrent des pays romains. Les peuples de l'Allemagne eux-mêmes se déclarèrent indépendants ; mais Pépin sut arrêter cette dissolution ; il attaaua d'abord les peuples voisins de 1 Austrasie. « Il fit beaucoup de guerres, disent les chroniques, contre Ratbod, duc païen , et d autres princes ; contre les Suèves et plusieurs autres nations, et fut toujours vainqueur (*). • D'autre part, il s'efforça de rattacher à sa cause ceux-là même qu'il avait vaincus à Testry; et pour se concilier les hommes libres de Neustrie, il fit épouser à son fils la femme de leur dernier maire.
La mort de Pépin (714) semblait devoir être funeste à sa famille; mais son héritage passa à son fils Charles, «guerrier herculéen, chef victorieux, qui, dépassant les limites où s'étaient arrêtés ses pères, et ajoutant aux victoires paternelles de plus nobles victoires, triompha des chefs et des rois, des peuples et des nations barbares, tellement que, depuis les Esclavons et les Frisons jusqu'aux Espagnols et aux Sarrasins, nul de ceux qui s'étaient levés contre lui ne sortit de ses mains que prosterné sous son empire et accablé de son pouvoir. » Ce Charles, surnommé Martel ou Marteau, était un fils illégitime de Pépin. Quand celui-ci mourut, sa veuve, Plectrude, s'efforça de conserver la double mairie de Neustrie et d'Austrasie à son petit-fils Théobald. sous le nom duquel elle aurait administré les deux royaumes; mais les Neustriens, ainsi que les peuples germains vaincus par Pépin , refusèrent de se soumettre à un enfant et à une femme. Tous se soulevèrent; les Neustriens se choisirent un maire et attaquèrent r Austrasie; les Frisons la ravagèrent; les
(*) Vie du bienheureux duc Pépin.
Saxons enfin se jetèrent sur toutes le; frontières orientales. Les Austrasiens, ainsi pressés de toutes parts, mirent à leur tête Charles Martel, alors âgé de vingt ans, et que Plectrude avait enfermé dans une prison.
D'abord il attaqua les Neustriens et les battit à Vincy, prés de Cambrai ; les Aquitains étant venus avec leur duc, Eudes, les secourir, ne furent pas plus heureux, et la victoire de Soissons assura la domination de Charles sur la Gaule du nord-ouest. Puis ce fut le tour des peuples d'au delà du Rhin; par des expéditions souvent répétées, il contraignit les Alemans, les Bavarois , les Thuringiens , à reconnaître au moins nominalement la suprématie des Francs-Austrasiens. La Frise entière redevint (734) une province de l'empire, et les contrées situées près des rives de la Lippe furent rendues tributaires; enfin Jes Saxons furent repoussés dans leurs forêts (738); mais la grande victoire de Charles, celle où il justifia son surnom de Martel, et qui lui mérita la reconnaissance de la Gaule, ce fut la défaite des Arabes à Poitiers.
Tout le midi de la Gaule, des Pyrénées à la Loire, allait devenir leur proie; Eudes, duc d'Aquitaine, pouvait à peine se défendre dans Toulouse; vivement pressé par les Arabes, il se décida enfin à recourir au maire d'Austrasie , et Charles , comprenant l'immensité du danger, s'avança avec ses Francs jusqu'à Poitiers; c'est là qu'il rencontra les Sarrasins, et remporta sur eux une sanglante bataille (732), où ses ennemis perdirent, si l'on en croit les chroniques, trois cent soixante-quinze mille hommes. Pour achever et compléter sa victoire, Charles voulut rejeter les musulmans audelà des Pyrénées, et leur enlever tout ce qu'ils possédaient dans la Gaule méridionale. Il marcha contre un de leurs émirs , qui cherchait à élever en Provence le siège d'un nouvel empire, s'empara d'Avignon, qu'il réduisit en cendres, assiégea inutilement Narbonne, mais enleva Marseille, et entra dans Nîmes, où il brûla les are-
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FRANCK
CAR
nés qu'on avait changées en forteresse.
Ces succès sur les infidèles firent bientôt oublier qu'il avait payé les services de ses guerriers avec les biens des églises ; et quelque temps avant sa mort, il reçut deux nonces du pape Grégoire III /les premiers qu'on ait vus en France. Ils lui apportaient les clefs du sépulcre de saint Pierre, avec d'autres présents , et venaient lui demander, contre Luitprand , roi des Lombards, des secours qu'il leur promit, mais que la mort ne lui permit pas d'envoyer. Ainsi commençaient à se rapprocher ces deux grandes puissances, le pape et le maire d'Austrasie, qui devaient s'aider l'une l'autre à dominer le monde.
Charles, en mourant (741) , laissa trois fils , Carloman , Pépin le Bref et Griffon; mais bientôt Pépin resta seul par la retraite volontaire de Carloman, qui alla se faire moine au mont Cassin , et par la mort de Griffon, tue en 753 , après avoir inutilement cherché à arracher à ses frères la part qui lui revenait de l'héritage paternel.
Ce fut l'an 752 que Pépin crut le pouvoir de sa famille assez fermement établi pour mettre la main sur la couronne des fils de Clovis. «L'année précédente, il avait envoyé, dit Eginnard , au papeZacharie, Pévéque Burchard et le chapelain Frihard, afin de le consulter touchant les rois qui alors étaient en France, et qui n'en possédaient que le nom, sans en avoir en aucune façon la puissance. Le pape répondit qu'il valait mieux que celui qui avait déjà l'autorité de roi en eût aussi le titre... D'après la sanction du pontife romain , Pépin fut oint de l'onction sacrée , et élevé sur le trône, selon la coutume des Francs. Quant à Childéric, qui se parait du faux nom de roi, Pépin le fit mettre dans un monastère. » Ainsi se termina cette longue comédie que les maires du palais jouaient depuis un siècle.
La réponse de Zacharie aux envoyés de Pépin, et le sacre de ce prince, sont des preuves de la bonne harmonie qui existait alors entre le pape et l'ancien maire d'Austrasie; c'était surtout l'in-
troduction du christianisme en Allemagne qui les avait rapprochés. Pour pouvoir travailler à la conversion des païens de la Frise et de la Saxe , les moines envoyés par le pape avaient besoin de trouver derrière eux une terre amie où ils pussent trouver un refuge en cas de revers. De leur côté, les chefs de l'Austrasie comprirent
3uels avantages ils pouvaient retirer e la conversion de ces peuples barbares et remuants. Laissant donc les missionnaires travailler pour la foi chrétienne et pour lui-même en Allemagne, Pépin tourna son attention et ses efforts vers le midi de la Gaule et vers l'Italie, où le pape l'appelait d'ailleurs contre les Lombards.
Après avoir enlevé aux Arabes leurs dernières possessions dans le Languedoc, il passa les Alpes, et, vainqueur d'Astolphe, roi des Lombards, il fonda le patrimoine de Saint-Pierre, en forçant ce prince à remettre au pape les villes de l'Exarchat, de la Pentapole et du duché de Rome.
Cette expédition au delà des Alpes avait été peu difficile; deux campagnes avaient suffi pour vaincre les Lombards. Mais la guerre contre PA-
auitaine occupa presque tout le règne e Pépin. Elle fut impitoyable; de la Loire à la Garonne, tout fut ravagé.
A la fin, l'opiniâtreté des Francs l'emporta ; les Aquitains , épuisés , se soumirent. Leur duc Waitre venait d'être tué, et il ne restait plus , dans toute la nation , un chef capable d'organiser et de continuer la résistance.
Pépin revenait de sa dernière expédition au Midi, lorsqu'il mourut à Paris, le 24 septembre 768. Il avait partagé son royaume entre ses deux fils, Charles et Carloman. Le premier soin de celui-ci fut de terminer la guerre d'Aquitaine. Après avoir fait bâtir un château fort sur les bords de la Dordogne , il rétablit en faveur de son fils, encore enfant, l'ancien rovaume d'Aquitaine. Il l'envoya même aux Aquitains , pour qu'il fut élevé au milieu d'eux, et s'habituât de bonne heure à leurs coutumes.
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Bientôt après, Carloman fut emporté par qne maladie, après un règne d'environ trois ans, et Charles, sans se soucier des droits que le défunt laissait à ses Gis , s'empara de son héritage. La veuve de Carloman se retira auprès de Didier , roi des Lombards ; mais ce prince paya cher la satisfaction de lui avoir donné asile. Charles passa les Alpes (773), s'empara de sa personne, le fit enfermer dans un monastère avec sa femme et ses enfants, et anéantit le royaume des Lombards, dont toutes les possessions en Italie furent réduites au duché de Bénévent.
Mais la grande guerre de Charlemagne fut contre les Saxons. Presque tout le reste s'efface à côté de cette lutte héroïque ; d'autres ont pu être aussi importantes par leurs résultats , mais aucune ne fut soutenue de part et d'autre avec autant de courage et d'opiniâtreté ( voyez Saxons [ guerre contre les].) La çuerre contre les Avares n'en fut qu un épisode , et la
fuerre d'Espagne elle-même ne semle qu'accidentelle , au milieu de toutes les expéditions de Charlemagne (voyez Roncevaux).
(Je fut dans la première année du neuvième siècle que Charlemagne reçut du pape la couronne impériale.
« Il s'était rendu à Rome sous prétexte de rétablir le pape Léon qui en avait été chassé. Aux fêtes de Noël, pendant qu'il est absorbé dans la prière, le pape lui met sur la tête la couronne impériale , et le proclame Auguste. L'empereur s'étonne et s'afflige humblement; hypocrisie qu'il démentit en adoptant les titres et le cérémonial de la cour de Byzance.
Pour rétablir l'empire, il ne fallait plus qu'une chose , marier le vieux Charlemagne à la vieille Irène, qui régnait à Constantinople après avoir lait tuer son (ils. C'était la pensée du pape, mais non celle d'Irène, qui se garda bien de se donner un maître.
« Une foule de petits rois ornaient la cour du roi des Francs, et l'aidaient à donner cette faible et pâle représentation de l'empire. Le roi de Galice et
les Édri8site8 de Fez lui envoyèrent des ambassadeurs. Haroun - al - Raschid , calife de Bagdad , crut devoir entretenir quelques relations avec l'ennemi de son ennemi , le calife schismatique d'Espagne. Il fit, dit-on, offrir à Charlemagne, entre autres présents, les clefs du saint sépulcre.
« C'est dans son palais d'Aix-la- Chapelle qu'il fallait voir Charlemagne.
Il avait dépouillé Ravenne de ses marbres les plus précieux pour orner sa Rome barbare. Actif dans son repos même, il y étudiât sous Pierre de Pise, us le Saxon Alcuin, la grammaire, rhétorique , l'astronomie : il apprenait à écrire, chose fort rare alors; il se piquait de bien chanter au lutrin, et remarquait impitoyablement les clercs qui s'acquittaient mal de cet office.
« Charlemagne ne donna point , à proprement parler, une législation nouvelle, mais il fit de louables efforts pour organiser une administration régulière. Quatre fois par an, ses missi ou inspecteurs parcouraient les provinces , recueillaient les plaintes , et s'informaient des abus. Ses canitulaires, délibérés dans les assemblées nationales , sont en général des lois administratives, des ordonnances civiles et ecclésiastiques.
« Malgré tout cet éclat du règne de Charlemagne, l'empire des Francs semblait atteint d'une caducité précoce. En Italie , ils avaient échoué contre Bénévent , contre Venise ; les Grecs avaient détruit leur flotte en Germanie; ils avaient reculé de l'Oder à l'Elbe, et partagé avec les Slaves (*)... » L'œuvre de Charlemagne ne devait pas lui survivre; cette unité qu'il avait voulu imposer à l'Occident, elle
trouvait durer tant qu'il était là pour a maintenir; mais quelle main serait assez ferme après lui pour tenir réunis tant d'intérêts différents? A coup sûr, ce ne pouvait être celle de son débile successeur.
Louis, surnommé le Débonnaire, était pieux et intègre. Les premiers
(*) Michelet , Précis d'histoire de France.
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actes de son gouvernement furent des actes de justice; mais bientôt sa faiblesse et son incapacité se montrèrent.
De toutes parts 1 on se prépara àrom-
£re une union forcée. L'Italie réclama i première; Bernard, (ils d'un fils aîné de Charlemagne, voulut conserver cette contrée malgré le nouvel empereur; mais l'effort était prématuré:
Bernard, mal soutenu, fut obligé de venir se livrer lui-même. Louis , excité par sa femme , lui fit crever les yeux; Bernard en mourut. L'empereur se repentit bientôt de sa cruauté, et il en nt pénitence publique; mais cet acte d'humilité ne ut que dégrader, aux yeux des peuples, la majesté de l'empire.
Louis avait associé son fils aîné Lothaire à l'empire ; Pépin avait été nommé roi d'Aquitaine , et Louis, un autre de ses fils, roi de Bavière. La naissance de Charles le Chauve dérangea ce partage. L'empereur, excité par sa femme Judith, voulut lui faire un apanage aux dépens de ses aînés ; ils se réunirent contre lui et le déposèrent (830); mais Lothaire, cherchant à profiter de la supériorité de son titre pour commander à ses frères comme à ses lieutenants , Louis et Pépin délivrèrent leur père.
Toute la vie de ce malheureux prince ne fut ainsi qu'une guerre continuelle contre ses fils. Nous l'avons vu déposé en 830; il le fut une seconde fois en 833 , lorsque ses efforts pour accroître la part de son plus jeune fils eurent encore une fois fait prendre les armes aux aînés. Il se vit abandonné tout à coup de ses troupes et forcé de se livrer à Lothaire. Celui-ci se montra peu généreux envers son père. Il voulut le dégrader à tout jamais en le forçant de faire , en habit de pénitent, une confession publique de ses fautes. On se sentit de la pitié pour son père , qui fut une seconde fois rétabli. Mais il était plus que jamais incapable de se conduire par lui-même; il céda encore une fuis a l'influence de Judith. Son fils Pépin, roi d'Aquitaine , étant mort, Charles fut à l'instant investi de ce royaume.
Lothaire s'accorda pour un moment avec son père, lui promit de protéger son jeune fils, et, en récompense , reçut tout l'orient de l'empire : l'occident devait former le patrimoine de Charles. Mais, dans ce partage, Louis de Bavière et les fils de Pépin étaient complètement sacrifiés ; ils en appelèrent aux armes , et l'empereur passa ses dernières années à combattre son fils et son petit-fils. L'Aquitaine fut à peu près soumise, mais la guerre contre Louis offrait plus de difficultés.
Ce fut pendant l'expédition que Louis le Débonnaire entreprit contre lui, qu'il mourut dans une île du Rhin, près de Mayence (840). Avec lui fut détruite l'uuité de l'empire.
Son fils aîné , Lothaire , succéda à son titre d'empereur ; mais il ne pouvait espérer d'en exercer tous les droits; la France et la Germanie voulaient des rois particuliers. La question fut vidée à Fontanet , près d'Auxerre. Les peuples de la Germanie et ceux de la Gaule y combattirent sous les mêmes drapeaux pour le renversement du système fondé par Charlemagne. Lothaire, le représentant de l'unité, fut vaincu, et, deux ans plus tard (843), le traité de Verdun consacra un premier démembrement.
Trois royaumes, Germanie, France et Italie, furent reconnus.
Le traité de Verdun suspendit pour quelque temps la guerre civile entre les descendants de Charlemagne; mais tout ne fut pas calme et tranquille dans les trois royaumes pendant cette période; peut-être n'eureut-ils jamais plus à souffrir. Il semblait que l'invasion allait recommencer; mais cette fois c'était aux dépens de ceux qui avaient fait la première. Les Slaves de toute race, les Scandinaves, sous le nom de Normands, attaquent les rovaumes francs à l'orient, au nord et à f ouest, tandis que les Sarrasins leur disputent l'Italie et la Provence. Bientôt vont arriver les Hongrois, ces hardis et infatigables cavaliers qui, comme les Huns , vont toujours devant eux, tuant et pillant, traversant toute l'Allemagne sans souci du retour, et
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rencontrant enfin un jour, sur le Rhône, ces autres cavaliers de l'Afrique, les Sarrasins, arrivés jusque-là, grâce à la faiblesse des petits-fifs du grand empereur. Quant aux Scandinaves, ce sont d*i m pitoyables pirates, des rois de la mer qui n'y laissent rien passer.
Mais la mer fournissait peu alors ; l'océan Germanique ne voyait guère que les barques acandinaves; .aussi les Normands étaient obligés, pour trouver du butin , de ravager les côtes et de pénétrer dans les terres. L'an 845, ils portèrent la désolation sur tout le littoral de l'empire, depuis l'Elbe jusqu'à la Garonne; en 845, ils détruisirent Hambourg ; quelques années après, ils débarquèrent en Frise, dévastèrent tous les pays que le Rhin tra- ' verse, et ruinèrent les villes dont ils purent s'emparer. Les côtes de la Saxe furent également menacées, et Louis le Germanique fut obligé de donner aux Saxons un duc chargé de veiller sur cette frontière.
Au lieu de s'opposer à ces pirates, les rois n'étaient occupés que de leurs dissensions intestines , et du soin d'ajouter quelque nouveau titre à ceux qu'ils portaient , de nouvelles provinces à celles qu'ils étaient incapables de défendre. Ainsi, après la mort de Lothaire, et celle de son fils, Lothairelf, à qui était échue la Lorraine, Louis le Germanique partagea cette province avec Charles le Chauve. Les villes de Bâle, de Strasbourg , de Metz, de Cologne , de Trêves , d'Aix-la-Chapelle et d'LItrecht, vinrent augmenter son royaume.
Lorsqu'un autre fils de Lothaire, Louis II y qui avait eu l'Italie avec le titre d'empereur, mourut en 875, Louis le Germanique, comme l'aîné de tout ce qui restait de princes carlovingiens, voulut recueillir son héritage; mais Charles le Chauve le gagna de vitesse, trompa Carloman, fils de Louis, qui avait passé les Alpes avec une nombreuse année, et courut se faire proclamer à Rome, où le peuple et le pape paraissaient encore avoir seuls le droit de décerner la dignité impériale.
Charles le Chauve, en devenant em-
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pereur (875), affaiblit plutôt qu'il n'accrut sa puissance. Les grands de l'empire lui arrachèrent à Kiersy-sur- Oise, en 877, l'édit célèbre qui, en consacrant l'hérédité des comtés, assura le triomphe du système féodal , et porta à l'autorité royale une atteinte dont les effets se firent sentir pendant plusieurs siècles.
L'année suivante, Louis le Germanique mourut, et ses trois fils se partagèrent l'Allemagne : Carloman eut la Bavière avec la Carinthie. l'Autriche, la Moravie et la Bohême; Louis le Jeune prit la Franconie, la Thuringe, la Saxe, la Frise et la moitié de la Lorraine; Charles le Gros eut la Souabe, l'Alsace et la Suisse. Mais ces partages furent bientôt dérangés, d'abord par la mort de Carloman , puis par celle de Louis de Saxe. Charles le Gros réunit ainsi, sans peine, tout l'héritage du Germanique; il y joignit l'Italie et la couronne impériale. Mais c'était pour lui un trop lourd fardeau. Il laissa les Normands s'établir à Gand , à Louvain , à Haslou , sur la Meuse, et piller ou réduire en cendres Liège , Maëstricht,Tongres,Mayence,\Vorms, Cologne, Bonne et Aix-la-Chapelle. Au lieu de les combattre, Charles leur donna deux mille quatre cents livres d'argent.
Pendant qu'il signait ce honteux traité qui indignait toute l'Allemagne, des troubles éclataient sur les autres frontières : en Moravie, où le duc Zwentibald s'était révolté; en Italie, où le duc de Spolete refusait obéissance et s'unissait aux Grecs et aux Sarrasins. Ce malheureux empereur, accablé de titres et de couronnes , ne savait où reposer un instant sa téte : et voici qu'après la mort de Carloman , on vint lui apporter encore la couronne de France. A Charles le Chauve, mort en 877, avaient succédé son fils, Ijouis le liègue , qui ne régna que deux ans ; puis ses deux petits-fils , Louis lll et Carloman y qui moururent tous deux par suite d'accidents , Louis 111 en 882, et Carloman en 884.
De toute la dynastie de France, il ne restait qu'un enfant, Charle s, depuis
CAft FRANCE.
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surnommé le Simple. Il fallait pourtant un chef. Les grands s'avisèrent de songer à Charles le Gros , et crurent qu'il pourrait les défendre contre les Normands (884). Charles accepta. Mois comment aurait-il su mieux protéger la France que l'Allemagne? Il laissa assiéger Paris, et cette ville eût été
(irise si le comte Eudes , fils de Robert e Fort, l'évêque de Gozlin et d'abbé de Saint-Germain des Prés ne l'eussent défendue avec courage. Leurs efforts auraient été récompensés si Charles avait voulu les soutenir. Il s'approcha de la ville assiégée avec une armée; mais, au lieu de combattre, il acheta la retraite des Normands, et leur abandonna même la Bourgogne à piller. Les peuples à la On, lasses de ce dernier et inutile essai de la puissance impériale, le rejetèrent à toujours , et Charles fut déposé à la diète de Tribur (887).
Charles le Chauve avait signé en quelque sorte l'abdication de la royauté en reconnaissant, par Pédit de Kiersy, l'hérédité des comtés. Dès ce moment, les Carlovingiens de France virent tomber l'un après l'autre tous leurs droits et diminuer chaque jour l'étendue de leurs domaines. A côté d'eux, s'élevèrent les puissants ducs de l'Ilede-France, de Bourgogne et d'Aquitaine, les comtés de Flandre, de Vermandois, de Toulouse, etc. Après la déposition de Charles le Gros, ce fut l'un de ces anciens officiers des empereurs qui prit leur place. Dans le même temps où les Allemands choisissaient Arnolf , les Français (888) reconnurent pour roi le vaillant défenseur de Paris contre les Normands, Rudes, qui sut conserver son titre malgré les prétentions et les attaques de Charles le Simple.
Ce dernier cependant recouvra le trône de ses pères à la mort du roi Eudes, en 898; mais il fut obligé de signer le traité qui donna l'une des plus belles provinces de France à un chef de pirates danois. Rolf ou Rollon obtint, en 912, la Normandie, que ses compatriotes pillaient depuis près d'un siècle. Fidèle au traité d'alliance qu'il avait fait avec Charles le Simple, il le
soutint contre Robert de France, frère du roi Eudes , que les grands, indignés de la faiblesse de Charles , élurent pour roi à sa place, en 922. Robert, vainqueur à la bataille de Soissons , mourut au sein de son triomphe; mais il fut remplacé par Raoul, duc de Bourgogne, et le malheureux Charles fut emprisonné par le comte de Vermandois dans la ville de Château-Thierry, puis à Péronne, où il mourut en 929.
Le principal autetir des malheurs de Charles le Simple était Hugues le Grand, comte de Paris, le plus puissant seigneur entre la Seine et la Loire , et le représentant de cette réaction qui s'était peu à peu formée dans la Gaule contre les indignes descendants de Charlemagne. Ceux-ci, en souvenir de leur origine teutonique, tournaient constamment leurs regards vers l'Allemagne, et imploraient ses secours contre leurs vassaux rebelles; aussi plus d'un seigneur du nord de la France était tenté de les renvoyer au delà du Rhin. Cependant la force des souvenirs leur conserva quelque temps encore la couronne. A la mort de Charles le Simple, on fit venir d'Angleterre Louis, son fils, à qui cette circonstance valut le surnom d'Outre-mer.
Louis, élevé à l'école de l'adversité, montra une activité et une vigueur qui auraient dû lui mériter un meilleur, sort; mais chaque jour croissait et se fortifiait l'opinion nationale qui repoussait les Carlovingiens. Enfin, lorsque les défiances mutuelles se furent accrues au point d'amener, en 940, une nouvelle çuerre entre les deux partis qui depuis cinquante ans étaient en présence, Hugues le Grand, quoiqu'il ne prît point le titre de roi, joua contre Louis d'Outre-mer le même rôle qu'Eudes, Robert et Raoul, avaient joué contre Charles le Simple. Son premier soin fut d'enlever à la faction opposée l'appui du duc de Normandie.
Il y réussit, et, grâce à l'intervention normande , parvint à neutraliser les effets de l'influence germanique. Toutes les forces du roi Louis et du parti franc se brisèrent, en 945, contre le petit duché de Normandie. Le roi,
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vaincu en bataille rangée, fut pris avec seize de ses comtes, et enfermé dans la tour de Rouen, d'où il ne sortit que pour être livré aux chefs du parti national, qui l'emprisonnèrent a Laon.
« Pour rendre plus durable la nouvelle alliance de ce parti avec les Normands, Hugues le Grand promit de donner sa fille en mariage à leur duc. Mais cette confédération des deux puissances gauloises les plus voisines de la Germanie attira contre elles une coalition des puissances teutoniques, dont les principales étaient alors Otton et le comte de Flandre. Le prétexte de la guerre devait être de tirer le roi Louis de sa prison ; mais les coalises se promettaient des résultats d'un autre genre : leur but était d'anéantir la puissance normande en réunissant ce duché à la couronne de France, après la restauration du roi leur allié. En retour, ils devaient recevoir une cession de territoire, qui agrandirait leurs États aux dépens du royaume de France.
L'invasion, conduite par le roi de Germanie, eut lieu en 946. A la tète de trente-deux légions , disent les historiens du temps, Otton s'avança jusqu'à Reims. Le parti national qui tenait un roi en prison, et n'avait point de roi à sa téte, ne put rallier autour de lui les forces suffisantes pour repousser les étrangers. Le roi Louis fut remis en liberté, et les coalisés s'avancèrent jusque sous les murs de Rouen. Mais cette campagne brillante n'eut aucun résultat décisif. La Normandie resta indépendante, et le roi délivré n'eut pas plus d'amis qu'auparavant : au contraire, on lui imputa
les malheurs de l'invasion, et, menacé bientôt d'être pour la seconde fois déposé, il retourna au delà du Rhin pour implorer de nouveaux secours.
« En l'année 948, les évéques de la Germanie s'assemblèrent , par ordre du roi Otton , en concile à Ingelheim pour traiter, entre autres affaires , des griefs de Louis d'Outre-mer contre le parti de Hugues le Grand. Le roi des Français vint jouer le rôle de solliciteur devant cette assemblée étrangère (*). »
Cette déférence de Louis IV lui fut inutile. Réduit à la possession de la seule ville de Laon, il passa tout son règne à guerrover contre les petits seigneurs du voisinage, et mourut en 954 , d'une chute de cheval qu'il fit à Reims.
Son fils Lotfiaire, âgé de treize ans, lui succéda. Lorsqu'il fut en âge de régner par lui-même, il voulut reconquérir quelque popularité en se déclarant contre les Germains. Il essaya de reprendre la Lorraine, et, entrant à rimproviste sur les terres de l'Empire, il pénétra jusqu'à Aix-la- Chapelle; mais cette expédition aventureuse ne servit qu'à amener soixante mille Allemands sous les murs de Paris. Lorsque Lothaire mourut, en 986, il laissa son titre à Louis V, qui ne régna qu'une année, et fut surnommé le Fainéant. Avec Louis V, s'éteignit en France la dynastie des Carlovingiens. Elle avait occupé le trône pendant deux cent trente-six ans , et donné douze rois au pays.
O Aug. Thierry, Lettres sur l'histoire de France.
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