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fut dissous le 24 décembre 1809. En 1810, l'effectif éprouva encore un changement : il fut de neuf cent soixante hommes. A la même époque, de nouveaux changements eurent lieu dans l'uniforme : les carabiniers prirent le casque en cuivre avec chenille rouge, et la cuirasse jaune avec un soleil blanc. La grande tenue se composait de l'habit blanc, et la petite tenue de l'habit bleu de ciel.
Lors du retour des Bourbons, en 1814, les carabiniers reprirent leur ancien nom de carabiniers de Monsieur. La restauration, conséquente avec son principe, s'appliquait à exhumer toutes les vieilleries féodales des temps passés , sans tenir aucun compte aes modifications que le temps avait apportées dans les idées (*). Le 20 mars 1815 fit raison de cette absurde qualification , et remit les carabiniers sur le pied où ils étaient auparavant.
Louis XVIII, en quittant la France, rendit, le 23 mars 1815, une ordonnance de licenciement de l'armée, qui ne reçut son exécution qu'après les désastres de Mont-Saint- Jean ; et , lorsqu'à son second retour, il reconstitua l'armée, il ne comprit dans son organisation qu'un seul régiment de carabiniers, à quatre escadrons, sous le titre de carabiniers royaux. L'effectif de ce régiment était de cinq cent vingt hommes. Il reprit quelque temps après le titre de carabiniers de Monsieur , qu'il quitta délinitivement lorsque Charles X fut monté sur le trône.
Une ordonnance du 27 février 1825 créa un deuxième régiment de carabiniers; et les deux régiments, portés à six escadrons , présentaient chacun un effectif de six cent soixante et dix-
(*) Du reste , il est encore plus étonnant de voir, après la révolution de juillet et sous un régime constitutionnel , l'anomalie non moins choquante que présente Y Annuaire militaire officiel, en désignant des régiments tels que le i#r de dragons, le ter et 6e de lanciers et le i" de hussards comme faisant partie du patrimoine des fils du chef de rjbat.
sept hommes sur le pied de paix, et de huit cent soixante-neuf sur le pied de guerre.
Depuis l'ordonnance du 19 février 1831, les deux régiments de carabiniers forment, avec les dix régiments de cuirassiers , la cavalerie de réserve de l'armée française. Leur effectif sur le pied de paix est , pour chacun , de neuf cent quatre-vingt-quatorze, et sur le pied <fe guerre, de mille quatrevingt-un hommes.
Les deux régiments de carabiniers ont l'habit bleu céleste, boutons blancs empreints d'une grenade à numéro, bunleterie jaune avec piqûre blanche, casque en cuivre avec chenille rouge, cuirasse en cuivre. Le Ier régiment a les parements, retroussis, passements du collet, bleu céleste, collet et retroussis garance, épaulettes écarlate.
Dans le 2*, le collet et les retroussis sont de la même couleur que le fond de l'habit.
En terminant notre article, nous dirons que les carabiniers soutinrent avec éclat leur vieille renommée pendant les guerres de la république et de l'empire. Mais , comme nous dépasserions les bornes qui nous sont imposées , si nous énumérions leurs faits d'armes, nous nous contenterons de rappeler ici que c'est après l'affaire d'Arlon, où ils enfoncèrent un carré de dix mille hommes , que les carabiniers reçurent le surnom de bouchers de l'arniée , qui , à notre avis , vaut bien , malgré tout ce qu'il a de terrible, celui dont l'ancien régime et la restauration les avaient affublés.
I Le corps des carabiniers a eu successivement pour chefs , depuis sa création: Louis XIV, le duc du Maine, son bâtard , Louis XV , le comte de Provence (Louis XV1H) , le prince de Dombes, le comte de Gisors, le comte de Poyanne, lc comte de Chabrillant. Sous l'empire, le prince Louis- Napoléon Bonaparte , connétable de l'empire, fut un moment colonel général des carabiniers , et le prince Borghèse, duc de Guastalla, a été colonel du l*r régiment de cette arme.
A la restauration , le duc d'Angou-
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léme prit le titre de colonel général des carabiniers, qu'il a conservé jusqu'en 1830.
Carabins. — Beaucoup d écrivains militaires prétendent que les carabins ont donné naissance aux carabiniers; nous pensons, au contraire, qu'il n'y a aucune espèce d'analogie entre les carabins du temps de H^nri III et de ses successeurs , et les carabiniers qui ont été institués plus tard.
Henri IV eut un grand nombre de carabins, mais ils ne formaient pas un corps séparé de la cavalerie ; ils en étaient les éclaireurs et les flanqueurs. Ils étaient attachés aux compagnies de cavalerie , à la gauche desquelles ils se forma i en t par pet i ts escadrons de trente à cinquante hommes.
Les armes défensives des carabins , dit Montgommery, étaient unecuirasse échancrée à l'épaule droite, afin de mieux coucher en joue ; un gantelet à coude pour la main de la bride ; un cabas set en téte; et, pour armes offensives, une longue escopette de trois pieds et demi de long pour le moins , et un pistolet.
Pour combattre, ils se formaient, comme nous l'avons dit, en petits escadrons plus profonds que larges; et, à un signal convenu , ils s'approchaient de l'ennemi. Chaque rang, devenu successivement le premier, faisait sa décharge, et venait ensuite se reformer à la queue de l'escadron et y recharger ses armes, jusqu'au moment où la cavalerie s'élançait en masse sur l'ennemi ; ils se retiraient alors en arrière, et se préparaient à poursuivre l'ennemi, ou à soutenir la retraite en cas d'échec. On voit donc que les carabins avaient, par leur service et par leur manière de combattre , un plus çrand rapport avec notre cavalerie légère qu'avec les carabiniers, qui sont compris dans la grosse cavalerie.
Louis XIII forma des régiments entiers de carabins, et ils eurent dès lors un général pour les commander. Cette milice fut supprimée par Louis XIV.
Caraccioli (Antoine), prince de Melû , maréchal de France et abbé de Saint-Victor, mort en 1560 , naquit a
Melfl , dans le royaume de TSapIes , au commencement du seizième siècle.
Après avoir reçu une éducation brillante , il vint à fa cour de François l,r; mais bientôt un accès de dévotion lui fit quitter la cour pour se mettre en retraite chez les dominicains , établis dans le désert de la Sainte-Baume.
Plus inconstant que dévot, il revint ensuite à Paris , entra chez les chartreux , et passa de là chez les chanoines réguliers de Saint-Victor, dont il fut nommé abbé en 1543. Son humeur tyranniqueettracassière le porta encore à quitter cette abbaye pour Pévéché de Troyes. Enfin, piqué de n'avoir pu obtenir le chapeau de cardinal, Caraccioli embrassa le calvinisme qu'il prêcha publiquement dans son diocèse , se maria , reprit son titre de prince , et se retira à Châteauneufsur-Loire, où il mourut en 1569. On a de lui : le Miroir de la vraie religion, Paris, 1544, in-16; écrit composé avant son changement de doctrine;
Quelques poésies, et plusieurs lettres, ont celle qui est adressée à l'évéque de Bitonto, pour justifier Montgommery de la mort de Henri II, est insérée dans le recueil des épUres des princes de Ruscelli.
Caraccioli (Louis-Antoine), littérateur fécond , né à Paris en 1721 , était issu de l'illustre famille des Caraccioli de Naples. En (739, il entra dans la congrégation de l'Oratoire; et , après de longs voyages en Italie, en Allemagne et en Pologne, où il trouva d'utiles protecteurs, il revint en France, et ne s'y occupa plus que de littérature. Mort à Paris en 1803, dans un état voisin de l'indigence, il a laissé un nombre immense d'ouvrages maintenant oubliés , dont les titres seuls rempliraient plusieurs colonnes, et présentent souvent de singuliers contrastes. Nous citerons : Vannée sainte, ouvrage instructif sur le jubilé ; le Catéchisme de la constitution française; le Langage de la religion, le Magn^ficat du tiers état, etc., etc. Le meilleur de ses écrits est le recueil des Lettres intéressantes de dément XIV % Paris , 1 775. Ces lettres sont , du reste .
apocryphes en grande partie, bien que, par une bizarrerie qui n'est pas sans exemple, Caraccioli ait soutenu jusqu'à sa mort qu'il en était simplement le traducteur. On lui doit encore : 1° Caractères dé l'amitié, Francfort, 1766, in-12; 2° le Cri de la vérité contre la séduction du siècle ; 3° les Nuits clémentines; 4* les Fies du cardinal de Bérulle , de Benoît XIV, de madame de Maintenon, de Joseph II , etc. La Convention avait fait à Caraccioli une pension de deux mille livres.
Cahafa (Michel- Henri -François- Aloys-Vincent-Paul), compositeur dramatique , naquit à Naples en 1785. Il étudia la musique avec Fenaroli et Cherubini, mais il embrassa bientôt la carrière des armes , et servit dans la garde de Murât. Il lit, en qualité d'officier d'ordonnance de ce roi , la campagne de Russie. A partir de 1814 , M. Carafa se livra sans réserve à l'art qu'il avait cultivé pendant sa jeunesse, et il (it représenter son premier opéra. Jusqu'en 1821 , il travailla pour la scène italienne; mais , cette année , il fit pour le théâtre Feydeau l'opéra de Jeanne d'Arc, qui n'eut pas un très-grand succès , bien que la musique en soit fort remarquable. En 1822 , il fit représenter au même théâtre le Solitaire, le plus populaire de ses opéras. En 1825, il fit jouer à l'Opéra la Belle au bois dormant. Pendant toute cette époque, M. Carafa avait résidé tantôt à Paris , tantôt en Italie , et avait travaillé bien plus pour la scène italienne que pour nos théâtres ; à partir de 1827 , il se fixa à Paris, et se fit naturaliser Français. Il a composé depuis lors plusieurs opéras , et surtout Ma saniello (1828) .
nue M. Fétis regarde comme son chefd'œuvre. En 1837, il a été nommé membre de l'Académie des beaux-arts.
Cakaffe ( Armand -C), peintre, élève de Lagrenée, était à Home à l'époque de la révolution , et revint en France y prendre part. A la fin de 1794 , on le vit aux jacobins réclamer la liberté indéfinie de la presse , alors
âne la réaction était au plus fort; il emanda aussi que Tallien , Fréron et
Lecointre de Versailles fussent chassés des jacobins pour les avoir calomniés.
Deux jours après , Caraffe fut mis en arrestation ; il y resta jusqu'au 13 vendémiaire an iv, et vint à cette époque défendre la Convention. Il abandonna alors la carrière politique pour se livrer de nouveau à son art. Dès l'an 1789 , il avait exposé trois dessins , dont les sujets étaient assez bien choisis : c'était Popilius traçant un cercle autour d* Anliochus ;' Agis rétablissant à Sparte les lois de Lycurgue, et faisane brûler tous les actes tendant à détruire l'égalité. Après sa sortie de prison , il exposa divers sujets peu importants , en général empruntes à l'Orient; dès l'an ix il n'exposa plus; peu après il partit pour la Russie , où il passa quelques années utiles pour sa fortune , mais funestes à sa santé. De retour à Paris en 1812, il languit jusqu'en 1814, époque de sa mort. Il a peint un sujet allégorique que l'on voit a l'hôpital de la Charité, et qui est fort estimé; on a aussi de cet artiste une collection de costumes orientaux. Le Louvre possède un tableau de Caraffe , représentant le Temps brisant tes ailes de l'Amour, gui se console dans les bi'as de F Amitié.
Cabaman (famille de). — Les Caraman ont la même origine que les marquis de Mirabeau ; les uns et les autres ont pour premier ancêtre un certain Gérard Arrighetti , originaire de Florence , qui , forcé de fuir devant les Guelfes , vint , au milieu du treizième siècle , chercher un refuge en Provence, où il s'établit avec sa famille. De liiquetti, première abréviation , est venu Biquet, encore plus court, et véritable nom français, qui fut porté par l'auteur du canal du Languedoc.
Biquet de Bonrepos, son fils cadet , est le premier comte de Caraman qui soit devenu célèbre. Il fit presque toutes les campagnes du règne de Louis XIV, particulièrement celles de Flandre, et se signala par une bravoure peu commune , qui le fit élever au grade de lieutenant général. Sa retraite de Wange, en 1705, est un des plus beaux faits d'armes qui soient
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connus ; Louis XIV l'en récompensa en lui conférant une grand1 croix de Saint- Louis , quoiqu'il n'y en eût pas alors de vacante, il mourut en 1730, à l'âge de quatre-vingts ans , ne laissant Doint de postérité.
Lés Caraman actuels descendent aussi du fondateur du canal de Languedoc , mais par un autre de ses fils.
y. -M. de Riouet, comte de Caraman ♦ né le 16 juin 1727, était arrièrcpetit-fils du fameux Riquet, créateur du canal de Languedoc, et fils de V.-P.-F. de Riquet, comte de Caraman, lieutenant général des armées du roi. En 1743, il reçut le brevet de capitaine dans le régiment de Berri- Cavaleric, et se distingua tellement à la bataille de Fontenoi, qu'il fut nommé colonel du régiment de Vibraye-Dragons, qui prit le nom de Caraman.
En 1750, il épousa la princesse Marie- Anne de Chimay, fit toutes les campagnes de Flandre, de la guerre de sept ans, y déploya une grande habileté et une rare valeur, et devint successivement maréchal de camp, lieutenant général et commandant général de la Provence. La révolution l'ayant forcé de quitter la France , il se rendit auprès des princes français à Coblentz , reçut, en 1792, le commandement d'une division de cavalerie, et fit la campagne de Champagne. En 1803, il rentra en France, et mourut le 24 janvier 1807. Il laissa trois fils et cinq filles. L'un de ses fils, marié à mademoiselle de Cabarrus, femme Tallien , est devenu prince de Chimay, du cher de sa mère.
f ictor Riquet, marquis de Caraman , pair de France, ambassadeur à Vienne, émigra en 1791 , et ne rentra en France qu'à la restauration.
11 passa vingt-trois ans chargé, dit-on, de missions pour le roi et Tes princes français , près des cours d'Allemagne et de Russie. En 1814, Louis XVIII le nomma ambassadeur à Berlin , pair de France en 1815, et, en 181G, ambassadeur à Vienne.
f ictor ^ comte de Caraman, fils du précédent , fit ses premières armes en Prusse et en Hollande , en qualité
d'officier d'artillerie. Devenu aide de camp du général Caulincourt, il passa, en 1813, dans la maison militaire de l'empereur; prit, en 1814, une part brillante à la bataille de Craonne, fut cité avec distinction dans le bulletin officiel. En 1816, il fut nommé membre de la commission chargée de la réorganisation de l'Ecole polytechnique.
Maurice Riquet, comte de Caraman, frère du marquis et oncle du précédent , maréchal de camp et membre de la chambre des députés , émigra en 1791. Il rentra en France en 1800, par suite de la pacification consulaire. En 18H , il fut élu membre du- Corps législatif par le sénat conservateur.
Maréchal de camp en 1814, il commanda successivement, en 1815, à Anouléme et à Arras. Le département u Nord le nomma membre de la chambre des députés en 1824. Il est mort en 1837.
François-Joseph- Philippe , comte de Caraman, prince de Chimay, second frère du comte Victor, est né en 1771. Le département des Ardennes le nomma, en 1815, membre de la chambre des députés , où il vota avec la minorité; il ne fut point réélu l'année suivante. Le titre de prince de Chimay lui vient d'une terre de ce nom qui lui échut pour sa part dans la succession de son oncle. Il a épousé, en 1805, madame Tallien, dont nous parlerons sous ce dernier nom.
Carausius (Marcus Aurelius Valerius) naquit chez les Messapiens, peuple de la Gaule Belgique, entre la Meuse et l'Escaut. S étant distingué dans la guerre que Maximilicn Hercule eut à soutenir contre les Bagaudes (voyez ce mot), il fut chargé d'équiper une flotte à Boulogne pour délivrer l'Océan des nombreux pirates qui l'infestaient, et pour défendre les côtes de la Belgique et de l'Aquitaine contre les Francs et les Saxons ; mais de graves soupçons s'étant élevés sur sa conduite pendant cette guerre, l'empereur prononça contre lui la peine de mort.
Averti à temps du danger qui le menaçait, Carausius se fit, en 287, reconnaître empereur par les légions de la
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Grande-Bretagne, et dès lors résista à toutes les tentatives faites pour le renverser, par Maximilien Hercule, qui fut enfin obligé de traiter avec lui et de lui abandonner la possession paisible de l'île. Carausius y régna tranquillement jusqu'en 293, époque à laquelle il fut assassiné par Allectus, un de ses principaux officiers, qui se fit proclamer empereur à sa place. Les médailles de Carausius sont très-curieuses; l'une porte au re yers: Expectate veni; et, dans la longue suite des empereurs romains , c'est la seule qui offre une telle légende. Une autre senmlerait indiquer que Carausius a été reconnu
fiar Dioclétien et Maximien ; car on it autour des têtes accolées des trois empereurs : Cahavsivs et fratres svi. Cette médaille a été publiée et expliquée par G. Oderico , dans une lettre que le journal de Pise De1 letterati a publiée, en 1782. Genebrier a donné VHistoire de Carausius prouvée par les médailles, Paris, 1740, în-4°, ouvrage moins complet que celui de l'Anglais G. Stuckeley, Londres , 1757, in-4\
Carbon ( François-Joseph ) , dit le petit François, était né à Paris. Matelot a l'époque de la révolution, il se jeta dans le parti royaliste, devint chef de chouans, se distingua par son courage et ses cruautés, refusa de profiter de l'amnistie consulaire, passa en An-
Sleterre en 1799, et en revint au mois e novembre 1800, pour exécuter le plan d'assassinat conçu contre le premier consul , et qui devait être exécuté au moyen Je la fameuse machine infernale , dont l'explosion eut lieu le 3 nivôse an ix dans la rue Saint- IN icaise. Carbon, qui conduisait la fatale charrette, se cacha, et fut arrêté quelques jours après. Traduit devant le tribunal criminel de la Seine avec Saint-Régent, il chercha à se sauver par des révélations, mais il n'en fut pas moins condamné à mort le 16 germinal suivant.
Carbon- de- Funs-des-Oliviers (Claude-Louis-Marie-Emmanuel) , littérateur, naquit à Reims en 1757, et débuta par une ode sur le sacre de
Louis XVI, 1775. Quelque temps après, il vint à Paris , où il inséra un grand nombre de poésies fugitives dans l'Aimanach des Muses et d'autres recueils littéraires. li existe aussi de lui plusieurs pièces de théâtre : le Mari directeur, comédie ; la Papesse Jednne, vaudeville , etc. Il mourut à Vervins en 1806. Ce littérateur, qui ne portait d'abord que le nom de Carbon, comme son père, v ajouta successivement ceux de Flins êt des Oliviers; cette manie lui valut ce distique de la part du poète Lebrun :
Carbon do Flins des-Olmers A plus de noms que de lauriers.
Carbonari. Ce mot est italien , et signifie charbonniers. Il fut appliqué à des conspirateurs guelfes, qui, afin d'échapper à la surveillance des Gibelins, se réunissaient pour comploter au fond des bois, dans des cabanes de charbonniers, d'où on les nomma euxmêmes charbonniers. Nous n'avons pas à nous occuper des carbonari de l'Italie ou de l'Allemagne, ni de l'origine de cette association ; nous cirons seulement que la charbonnerie nous semble être une des ramifications de la franc-maçonnerie. Ce fut en 1818 , qu'après un projet avorté d'insurrection, quelques membres de la loge des Amis de la vérité, qui n'était alors qu'un foyer de républicanisme, poursuivis par la police de la restauration, se réfugièrent en Italie, d'où ils rapportèrent le plan d'une association carbonique. Voici , d'après le fameux rapport du procureur général Marchangy, quelle était l'organisation de celte société : Il y avait d'abord le comité directeur, ou la vente suprême ; ensuite les ventes d'arrondissement, formées des chefs de ventes , et qui correspondaient avec la vente suprême
(>ar l'entremise d'un député pris dans eur sein; venaient ensuite les ventes de canton , qui envoyaient un député aux ventes d'arrondissement. Les ventes , tout en sachant qu'elles avaient des sœurs, ne se connaissaient pas entre elles. L'association devint bientôt redoutable par le nombre et le courage de ses membres; elle enve-
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loppait la France comme un immense réseau; !es opinions républicaines y étaient seules admises en 1820, et plus d'un homme, devenu depuis conservateur et monarchique, se fit gloire d'appartenir à cette société , qu'il persécuterait aujourd'hui, et de jurer sur le poignard haine aux rois et à la royauté. Le comité directeur, se croyant assez fort pour tenter un coup de main , conçut le projet d'une insurrection qui devait éclater à Béfort , pour de là s'étendre jusqu'à Paris, où des carhonari se tenaient prêts à seconder le mouvement. La lenteur et l'indécision habituelles de la Fayette firent manquer l'entreprise. La charbonnerie fut rudement frappée dans plusieurs de ses membres. Plus tard , elle fournit encore des victimesaux vengeances de la restauration. Elle cessa, en 1823, d'effrayer le gouvernement, et parut désorganisée. Cependant un petit nombre de chefs resta uni, et surveilla la marche des événements ; il paraît même certain qu'une insurrection avait été décidée entre eux pour le 10 août 1830, et que tous les moyens d'action avaient été rassemblés, lorsque les ordonnances publiées le 2(î juillet de ta même année vinrent hâter le moment du combat. Depuis cette époque, la charbonnerie a cessé d'exister; mais d'autres sociétés secrètes l'ont remplacée.
Carbonel ( Joseph-Noel) naquit à Salon en Provence, le 12 août 1751 ; étant encore très-jeune, il perdit son père , qui était berger, et vint à Paris pour y étudier la chirurgie; mais son goût pour la musique lui lit abandonner cette carrière, et il entra à l'Opéra pour y jouer du galoubet; depuis, il s'adonna tout entier au perfectionnement de cet instrument , auquel il donna de grands développements. On lui doit la première bonne méthode de galoubet, et l'article Galoubet dans l'Encyclopédie. Il mourut en 1804. Son (ils s'est distingué comme compositeur. Tous les accompagnements des romances de la reine Hortenscont été retouchés et arrangés par lui.
Carbonneau ( Nicolas - Charles- Edouard ) naquit en 1782, à Pont-Lévêque, département du Calvados; il exerçait à Paris la profession de maître d'écriture, et vivait misérablement, quand le conspirateur Pleignier lui communiqua le complot dit des patriotes de 1816. Le malheureux Carbonneau entra dans cette conspiration, et composa une proclamation au nom des patriotes de 1816. Il ne tarda pas à être arrêté avec ses complices , et fut traduit devant la cour d'assises de Paris. Mis en jugement le 27 juin, il fut condamné à mort le 4 juillet, et exécuté le 28, en place de Grève, avec Pleignier et Tolleron.
Carbonnet de la Mothe (Jeanne de), religieuse de Bourg en Bresse, a, sous le nom de Mère Jeanne de Sainte- Ursule . publié l'ouvrage suivant :
Journal des illustres religieuses de l'ordre de Sainte- Ursule , avec leurs maximes et pratiques spirituelles , tiré des chroniques de l'ordre et autres mémoires de leurs vies, Bourg, 1684-1690, 4 vol. in-4°.
Carcado ou Kercado, seigneurie de Bretagne, à quatre myriamètres de Vannes. Voyez Sénéchallie (la).
Carcan. C'est proprement un collier de fer fixé à un poteau, où l'on attache certains condamnés pour les exposer aux regards du public.
Le carcan fut mis, en 17 19, au nombre des peines afllictives et corporelles, et il fut ordonné, par une déclaration du II juillet 1749, que les condamnations par contumace à la peine du carcan seraient transcrites sur un tableau, que l'exécuteur de la haute justice devait attacher à un poteau sur la place publique. Aujourd'hui , la peine du carcan est appliquée , en général , comme un accessoire de quelques peines plus graves. Voici l'article du code pénal qui règle le caractère et le mode de cette peine : « Ouiconque aura été condamné à l'une des peines des travaux forcés à perpétuité , des travaux forcés à temps , ou de la réclusion , avant de subir sa peine , sera attaché au carcan sur la place publique ; il y demeurera exposé aux regards
T. iv. 10' livraison. (Dict. encycl., etc.)
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du peuple durant une heure ; au-dessus de sa téte sera placé un écriteau portant, en caractères gros et lisibles, ses noms, sa profession, son domicile, sa peine et la cause de sa condamnation.»
Cabcassez, Car cas sonne nsis tvactus, territoire de Carcassonne.
Cabcassonnb, Carcaso, Carcasum yolcarum-Tectosagum , CarcassOy Carcassio.— Cette ville est trèsancienne ; elle occupait déjà du temps de César un rang distingué parmi les villes de la Gaule narbonnaise. De la domination romaine, elle passa sous celle des Visigoths, qui la fortifièrent.
Dans l'année qui suivit la bataille de Vouillé, Clovis, poursuivant ses succès, s'empara de Toulouse et arriva bientôt sous les murs de Carcassonne.
Cette ville , fortifiée par les Romains, eût été pour lui un poste important, d'où il eût surveillé et contenu une grande partie des pays enlevés aux V isigoths. De plus, elle renfermait, disait-on, le fameux trésor d'Alaric et d'Ataulfe, fruit de nombreux pillages.
Cependant Ibhas, général de Théodoric , accourait à la tête d'une armée de Goths d'Italie, et, après avoir vaincu les Francs près d'Arles , il marchait à grandes journées sur Arles, quand Clovis se hata de lever le siège et de reprendre sa route vers le nord.
Vers l'an 586, Gontran, roi de Bourgogne, tenta une invasion dans la Septimanie ; mais ses troupes échouèrent partout. Le siège de Carcassonne fut même marqué par un événement assez singulier. D'après le récit du bon évôque de Tours, les Burgondes seraient entrés d'abord dans la ville sans coup férir, les habitants leur en ayant ouvert les portes de plein gré; cependant, par un brusque changement, les vainqueurs se virent en quelques instants rejetés hors des murs, les portes se refermèrent derrière eux , et les Visigoths reparurent de tous côtés en armes sur les murs et sur les tours. Les hommes de Gontran tentèrent alors de venger leur honte par un assaut.
Mais leur chef eut la tête écrasée d'une pierre; et aussitôt, découragés, ils se débandèrent tumultueusement.
Les Visigoths perdirent Carcassonne en 724, époque où elle leur fut enlevée par les Maures d'Espagne, sur lesquels Charles Martel la reprit ensuite. Sous Louis le Débonnaire , elle fut séparée de la Septimanie, et réunie au marquisat de Toulouse , qui faisait partie du royaume d'Aquitaine. Elle fut cependant gouvernée jusqu'à la fin du onzième siècle par des comtes particuliers.
Pendant la guerre des Albigeois, Carcassonne fut assiégée par l'armée des croisés, et ses habitants se firent remarquer par le courage avec lequel ils se défendirent. Les croisés , après avoir pris et brûlé les faubourgs, avaient tenté sans succès plusieurs assauts ; rebutés par les difficultés qu'ils rencontraient, ils commençaient a désespérer du succès de leur entreprise, lorsque la saison combattit pour eux ; les chaleurs devinrent excessives; tous les puits de la ville tarirent, et les habitants, dévorés par la soif, furent forcés de demander à capituler. Un historien dit qu'on leur permit d'évacuer la ville, à condition qu'ils n'emporteraient que la chemise et les braies qu'ils avaient sur le corps.
Devenue, quelque temps après, partie intégrante du domaine du roi, Carcassonne se révolta, en 1262, contre l'autorité royale, et en fut sév èrement punie ; ses principaux habitants furent forcés de sortir de la ville. On leur accorda cependant, quelque temps après, la permission de bâtir des maisons à quelque distance du pont; ce fut l'origine de la ville basse, qu'on leur permit de fortifier en 1847, pendant la guerre contre les Anglais. Le prince de Galles s'en empara en 1355, et y mit le feu; mais il échoua complètement dans les efforts qu'il fit pour se rendre maître de la ville haute.
Pendant les guerres de religion du seizième siècle , Carcassonne prit d'abord le parti de la ligue , mais elle le
auitta bientôt après ; et le parlement e Toulouse qui avait été cassé, y fut établi en 1589. Deux ans après, elle tomba au pouvoir des ligueurs, et ne reconnut qu'en 1596 l'autorité de Henri IV.
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Cette ville était, avant la révolution, le siège d'un présidial, d'une sénéchaussée de robe courte et d'une maréchaussée; elle dépendait du parlement et de la généralité de Toulouse, f t de l'intendance de Languedoc. C'est aujourd'hui le chef-lieu du département de l'Aude; elle possède des tribunaux de première instance et de commerce, un évéché qui existait déjà au sixième siècle, un séminaire diocésain, et une bibliothèque de six mille volumes. Sa population est de dix-sept mille trois cent quatre- vingt-auatorze habitants.
Ses principaux éditices sont la cathédrale de Saint-Nazaire, curieux monument de l'architecture du onzième siècle, où l'on voit le tombeau du fameux Simon de Mont fort , et l'hôtel de la préfecture, dans le jardin duquel se trouve une colonne milliaire avec une inscription en l'honneur de Numcrien, fils de l'empereur Carus.
Fabred'Eglantine, Gamelin, peintre d'histoire et professeur de l'Académie de France à Rome; Méric, président du Corps législatif sous l'empire; Fabre de l'Aude, président du Tribunat, etc., sont nés à Carcassonne.
Carcassonne et Rasez ( comtes et vicomtes de). — Le premier comte de Carcassonne que l'on connaisse est Oliba Pr, qui vivait en 819. Ses successeurs furent :
2° 836, Louis-EUganiut.
3" 877, Oliba II et Acfred P\
4° 905 , Rencim.
5° 908, Acfred II. Celui-ci ne laissa qu'une «Ile,
6° 934, Arsinde, qui épousa Arnaud, comte de Comminges et de Consentir. Elle en eut plusieurs enfants, dont le second fut le premier comte particulier de Rasez ( Voyez Rasez [comtes de]).
7° L'aîné , Roger i*r, succéda à sa mère, en 957, et prit le titre de marquis de Carcassonne. Il eut trois fils , Pierre -Raymond y Guillaume- Raymond et Pierre-Roger II, qui prirent tous trois le titre de comte de Carcassonne.
8° 1060, Roger III, fils de Pierre- Raymond, mourut sans postérité, lais-
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sant le comté à sa sœur hrmengarde, qui, de concert avec Raymond-Bernard, son époux, le vendit, en 1070, à 9° Raymond - Bêrenger I", comte de Barcelone, qui eut pour successeur,
10* 1076, Raymond-Bérenger II.
11° 1088. Apres la mort de Ravmond-Bérenger II, Bernard- A tUm, fils d'Ermengarde, s'empara des domaines aliénés par sa mère, et fut le premier vicomte de Carcassonne. Il eut pour successeurs,
12° 1180, Roger r*.
13° 1160, Raymond-Trencavel Pr.
14° 1167, Roger II.
15° 1 1 94 , Raymond - Roger qui , ayant pris parti pour les Albigeois, tomba entre les mains de Simon de Montfort , et mourut en prison.
16* 1209, Raymond-Trencavel II n'avait que deux ans à la mort de son père, dont il recouvra les États en 1224. Les croisés les avaient donnés à Simon "de Montfort après la prise de Carcassonne. Raymond se soumit la même année à l'Église, et promit de poursuivre les hérétiques; cependant il parait qu'il ne tint pas cette promesse, car il fut excommunié, en 1227, par le concile de Narbonne. Il se retira alors auprès du rot d'Aragon, reparut, en 1240, avec une armée dans le Carcassez, et s'y rendit maître de quelques places; mais, assiégé dans Montréal par les croisés , il fut obligé de capituler, repassa les Pyrénées , et alla chercher un asile en Catalogne.
Excommunié de nouveau, en 1242, par l'archevêque de Narbonne, et, perdant dès lors tout espoir de recouvrer ses domaines, il revint, en 1247, à Beziers, où il fit une abjuration publique, et céda , entre les mains du sénéchal de Carcassonne , tous ses Etats au roi Philippe-Auguste, qui, en conséquence, lui accorda une rente viagère de six cents livres. Raymond-Trencavel suivit ensuite le roi dans la Palestine, et s'y distingua dans plusieurs rencontres.
Il' mourut, suivant les auteurs de Y Art de vérifier les dates, vers 1263. Ce fut le dernier vicomte de Carcassonne.
Cabcassonne ( monnaies de ). —
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Pendant la période romaine , Carcassonne jouissait déjà du titre de cité.
Il est probable que les Goths, les Mérovingiens , quand ils s'en furent emparés, et plus tard, les roisde la seconde race y Grent fabriquer des monnaies.
Cependant, nous n'avons rencontré aucune espèce de cette période reculée qu'on pût raisonnablement attribuer à cette ville. Il n'en est pas de même pour les temps postérieurs, et Duby," dans son Traité des monnaies des prélats et barons, a donné les dessins de quelques deniers de Carcassonne. Malheureusement, ces dessins étant fort inexacts, nous ne savons pas jusqu'à quel point nous devons y avoir confiance.
D'après les textes, ce seraient les vicomtes de cette ville qui auraient joui du droit de monnayage; d'après les monuments, au contraire, ils l'auraient partagé avec les évéques. En effet, Duby a publié une monnaie qui porte d'un côte petbvs episcopvs , autour d'une croix à branches égales, et de l'autre, la légende carcasonaci , et les trois lettres vet dans le champ, pour Carcassona cicitas. Si le mot de Petrus episcopus ne se rapporte pas à saint Pierre, patron de la ville , il faudrait faire remonter ce denier jusqu'à la fin du onzième siècle, et le donner à Pierre II , évéque de cette ville, qui vivait vers l'an 1084. Du reste, le style et la fabrique de cette monnaie s'oppose à ce qu'on y voie , avec Duby, un denier du quatorzième siècle. Le même auteur donne encore l'empreinte de trois autres deniers de la ville. 1 /une doit appartenir à Roger II, qui vivait vers l'an 1130. Quant aux deux autres, qui sont empruntées aux dessins si inexacts de de Boze, nous ne les citerons même pas , parce qu'il est impossible de hasarder une opinion sur des monuments aussi défigurés. Kous dirons seulement qu'il est impossible que la première d'entre elles ait appartenu au comte Oliba 1er, qui vivait en 851.
Carcavi (Pierre de), né à Lvon, mort en 1684, fut d'abord conseiller au grand conseil à Paris, ensuite bibliothécaire du roi sous le ministère de
Colbert qui le chargea de mettre en ordn1 et de faire copier l'immense recueil des Mémoires du cardinal Mazarin en 536 vol. Ses connaissances en mathématiques le firent admettre au nombre des premiers membres de l'Académie des sciences lors de la création de cette compagnie. Il fut ami de Pascal, de Fermât , de Roberval et de Descartes. Le Prince , dans son Essai historique sur la bibliothèque du roi , parle longuement des services rendus à cet établissement par Carcavi.
Carcaxentb (combat de). — En juin 1813 , le général Ilarispe , quoique inférieur en forces , arrêtait depuis plusieurs jours sur le Xucar les divisions réunies du général espagnol Élio et du duc del Parque. Il offrit même, le 13, le combat à l'ennemi , et lui culbuta quelques escadrons rangés sur la rive droite du fleuve; mais le gros de l'infanterie espagnole s'obstina à demeurer sur des hauteurs, d'où il fut impossible de la débusquer. Pendant ce temps , le général Habert sortant d'Alcira à la tête des 14 et 16e régiments d'infanterie et d'un escadron de hussards , attaquait le duc del Parque dans Carcaxente , et renversait péie-mêle ses colonnes d'infanterie et de cavalerie. Les Espagnols se retirèrent après avoir perdu cinq cents hommes, tant tues que blesses, six cent quarante prisonniers , dont trente officiers , deux mille fusils et un drapeau.
Carces, seigneurie de Provence (département du Gard) , à vingt-huit kilomètres de Fréjus, érigée en comté en 1571.
Carces (le comte de). — Nous sommes dans une ignorance presque complète sur la vie de cet officier de mer. Selon toutes les apparences, il prit une part active aux combats que soutint la marine française sur la Méditerranée et sur l'Océan, de 1524 à 1550. II n'est fait aucune mention du comte de Carces par nos historiens jusqu'à cette dernière époque; mais nous le voyons tout à coup, en 1551, suppléer lé baron de la Garde dans le
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commandement des galères de France, qui formaient alors , comme on sait , la principale force de notre marine.
Le comte de Carces remplit ce poste élevé avec une habileté qui suppose une vieille expérience de la mer. Vers la Gn de la campagne de 1551, il rencontra avec sa flotte quatorze gros navires impériaux , chargés d'objets précieux ; il leur donna vivement la chasse , et les poursuivit jusque dans le port de Villefranche. Les Impériaux se crurent sauvés, car les galères de Philippe Doria étaient alors mouillées dans ce port. Mais le comte de Carces ne s'en empara pas moins des quatorze vaisseaux sous les yeux de l'amiral ennemi, etsansquecelui-ci, étonnéde tant d'audace , osât se hasarder à engager le combat. Nos historiens, après avoir relaté cette glorieuse action, ne reparlent plus du brave officier qui l'avait accomplie. Cependant, ii est probable qu'il ugura dans les expéditions de 1553 et de 1555, sous les ordres du baron de la Garde. L'époque de sa mort, comme celle de sa naissance, nous est inconnue.
Cahcistes.— Ce mots'estdit, dans la deuxième moitié du seizième siècle, des gens de guerre que le comte de Carces , grand sénéchal de Provence, employait a commettre toutes sortes d'exactions. Vers 1578, les Carcistes s'étant joints aux Razats , les uns soutenus par la noblesse , les autres par le peuple et le parlement, entretinrent le trouble et la révolte en Provence.
Cabdaden ou Cabdadeu (bataille de). — Le soulèvement général de la Catalogne avait contraint le général Duhesme de se retirer dans Barcelone, et le marquis de Vivès le tenait étroitement bloqué dans cette place, la seule qui restât aux Français dans cette partie de la Péninsule. Ce fut alors ( septembre 1809) qu'un corps considérable , composé en partie de Français et d'Italiens, déboucha par la route de Perpignan et de Figuières, sous les ordres du général Gouvion- Saint-Cyr. C'était le 7e corps de la grande armée qui s'avançait vers le centre de l'Espagne. Après avoir as-
siégé et pris la ville de Roses , le général Gouvion-Saint-Cyr se remit en marche sur Barcelone, qu'il était urgent de secourir ; mais le général Vivès, instruit de ses mouvements, n'avait laissé sous les murs de cette place que les forces indispensables pour le maintien du blocus, et se porta avec le reste à la rencontre des Français. Ces derniers étaient parvenus sur Tes hauteurs de Trenta-Passos , lorsque, le 1C novembre, ils rencontrèrent 1 armée espagnole , forte de auinze mille hommes , rangée en bataille sur le plateau de Cardaden. Le général Vives, qui commandait en personne, avait choisi une position avantageuse.
Sa droite était appuyée à une montagne escarpée , couronnée par des miquelets, son centre était couvert par un ravin profond , et une forêt épaisse flanquait sa gauche : son front était protégé par douze pièces d'artillerie Le général Saint-Cyr n'avait point de canon, ses troupes étaient harassées par six jours d'une marche pénible et d'escarmouches continuelles; cependant il se décida à attaquer sur-lechamp , persuadé qu'il fallait déconcerter l'ennemi par une démarche brusque et audacieuse. En conséquence, il lit former tout d'abord les colonnes d'assaut et les lança simultanément sur la droite et sur la gauche des Espagnols. Ceux-ci ne purent résister à ce double choc; ils lâchèrent pied et abandonnèrent leurs positions et leur artillerie. Quelques escadrons français et italiens les poursuivirent et achevèrent leur déroute. Plus de sept cents morts restèrent sur le champ de bataille, et douze cents prisonniers tombèrent avec deux drapeaux au pouvoir des Français.
Le même jour,' le général Duhesme avait fait attaquer, dans leurs lignes , les troupes que le général Vivès avait laissées devant Barcelone. Battues et débusquées de leurs positions , elles disparurent , et le général Gouvion- Saint-Cyr ne rencontra aucun obstacle lorsque le jour même il s'avança jusqu'à Granollers : il entra le lendemain dans Barcelone.
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Cardaillac , ville avec titre de marquisat , en Quercy ( département du Lot), à huit kilomètres de Figead.
Cardé (prise de).— Le maréchal de Brissac ayant reçu de la cour de France l'ordre de commencer les hostilités contre les troupes impériales, chargea , en 1552 , Birague , gentilhomme italien , de s'emparer de Cardé, petite ville assez importante du Piémont. Comme cette place n'était défendue que par quatre cents bandits destinés à un supplice infâme s'ils se laissaient prendre , on s'attendait à une opiniâtre résistance. Birague fait donner brusquement un assaut par ses meilleures troupes. Elles sont si chaudement reçues qu'elles demandent à faire retraite. Prenant alors luimême une pique , il arrête un officier par la main , et lui montrant la brèche : Cest là, lui dit-il, qu'il faut aller mourir ! Son courage ranime les soldats ; ils retournent a l'assaut , et combattent avec tant d'opiniâtreté, qu'ils forcent la garnison. Comme elle n'attendait aucun quartier, elle se Ut tuer sur la brèche.
Cardenal (Pierre), troubadour, naquit à Beaucaire, suivant les uns, au Puy-en-Velay , suivant les autres , vers le commencement du treizième siècle, et mourut en 1306, âgé de près de cent ans. On ne sait rien de nositif sur sa vie. Les manuscrits de la bibliothèque royale renferment un grand nombre de pièces de Cardenal, ce sont des tensons ou feux partis, des sirventes et des chansons.
Cardenau (Augustin, baron de), né en 1766, entra au service en 1791.
Employé comme lieutenant à l'armée des Pyrénées-Occidentales, il s'y fit remarquer par le général en chef Millier, et ouvrit, après différents Succès, l'entrée du territoire ennemi aux armées françaises. Devenu colonel , ce fut en cette qualité qu'il combattit à la bataille de Marengo , à la tête du 101* régiment de ligne. Il s'y fit remarquer de la manière la plus brilante, ainsi que lors de la conquête du royaume de Naples et du siège de
Gaëte. Nommé par l'empereur baron de l'empire et ofllcier de la Légion d'honneur, il obtint, après la restauration de Louis XVIII, la croix de Saint-Louis, et fut ensuite mis en disponibilité. Appelé, en 1818, par le département des Landes, à la chambre des députés, il se prononça, en 1819, contre les lois suspensives de la liberté individuelle et de la liberté de la presse, et vota pour le nouveau système électoral, modifié par des amendements. Il ne fut pas réélu en 1823, et vécut depuis dans la retraite où il est mort en 1841.
Cardeurs (corporation des). — La communauté des artisans qui, sous le nom de cardeurs, peigneurs, areonneurs de laine et coton, drapiers-âra-
fiants, coupeurs de poils, fileurs de umignons, etc., s'occupaient à carder le coton et la laine, était très-ancienne à Paris quand elle fut abolie avec les autres en 1789. Ses statuts et règlements avaient été confirmés par lettres patentes de Louis XI, du 24 juin 1467, et depuis, par d'autres de Louis XIV, du mois de septembre 1688, enregistrées au parlement le 22 juin 1691. Nul, d'après ces statuts, ne pouvait être reçu maître cardeur qu'aprés avoir fait trois ans d'apprentissage, un an de compagnonage, et exécuté son chef-d'œuvre. La communauté était gouvernée par trois jurés , dont deux étaient renouvelés une année, et le troisième l'année suivante. 11 était ermis aux cardeurs de faire teindre, u de teindre eux-mêmes dans leurs maisons toutes sortes de laines en noir; mais il leur était défendu, par arrêt du conseil du 10 août 1700, d'arracher ou couper aucun poil de lièvre, même d'en avoir des peaux chez eux, parce que ce droit était réservé aux chapeliers. Il était permis aussi aux cardeurs de faire et monter les cardes dont ils avaient besoin pour l'exercice de leur métier, mais ils ne firent que fort rarement usage de cette faculté.
Ils se fournissaient de ces outils chez les cardiers de Paris, ou les tiraient des provinces du royaume, des pays étrangers, et particulièrement de la
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Hollande. Le procédé du cardage par des moyens mécaniques , adopté dans les fabriques, a presque anéanti la profession de cardeur. Les ouvriers qui l'exercent n'ont guère d'autre travail aujourd'hui que celui que leur offre le cardage des matelas , qui même se fait quelquefois par le moyen d'une machine de peu de volume, et qui se transporte aisément partout où I on veut.
Carde vaque (Anne-Gabriel-Pierre de), marquis d'Avrincourt, lieutenant général, est né le 25 septembre 1739.
Il entra, à l'âge de douze ans, dans la première compagnie des mousquetaires de la maison du roi , et devint aide de camp du duc de Chevreuse, puis mestre de camp de dragons. Il suivit le duc dans la campagne de 1758, et prit part à la bataille de Crevelt. En 1759, il se distingua à la bataille de Minden. Il ût aussi les campagnes de 1760 et 1761 , se trouva au combat de VVarbourg, et , de grade en grade, il parvint à celui de maréchal de camp le 6 décembre 1781. A l'époque de la révolution, il émigra, alla rejoindre les princes à Coblentz , et fit fa campagne de 1792 à l'armée du duc de Bourbon, comme maréchal de camp. Louis XVIII, le 1" janvier 1812, le nomma lieutenant général. Le marquis d'Avrincourt, rentré en France à la restauration , a pris sa retraite en 1821.
Cardin alistks. — On appelait ainsi les partisans de Richelieu ou de Mj/jrin sous Louis XIII, et pendant la minorité de Louis XIV.
Cardinaux. Voyez Papauîé.
Cardonnr (Denis-Domin.), orientaliste, né à Paris en 1720, partit à Pâçe de neuf ans pour Constantinople, où il apprit le turc, l'arabe et le persan. De retour à Paris, il fut nommé successivement professeur de langue turque et de langue persane au collège roval de France en 1750. Il mourut en 1783. On lui doit : 1° Histoire de l'Afrique et de f Espagne sous ta domination des Arabes f 1765, 3 vol. in-12, ouvrage malheureusement peu exact; 2° Mélanges de littérature orientale, traduits de différents manuscrits
turcs, arabes et persans, 1770, 2 vol.
in-12. Ce recueil passe pour très-bien fait. Cardonne a fourni les extraits d'auteurs orientaux qui se trouvent à la suite de l'édition de Joinville de
Cardonnkl (Pierre-Salvi-Félix) naquit à Monestier en 1770. Nommé juge au tribunal civil d'Alby au commencement de la révolution , il fut appelé peu de temps après (en 1795) au Conseil des Cinq-Cents par le département du Tarn , et s'y prononça contre toutes les institutions républicaines. Il échappa aux proscriptions du 18 fructidor, et Sortit du Conseil au 20 mai 1798. Retiré alors a Alby, il y reprit ses fonctions de juge, et les exerçait encore en 1811, lorsqu'il fut appelé au Corps législatif. Dans cette assemblée comme dans les précédentes, il se Ht remarquer par ses opinions monarchiques.
Il continua à siéger dans la chambre législative, après la restauration, et y vota contre la liberté de la presse, disparut pendant les cent jours, et revint, après la seconde rentrée du roi.
siéger de nouveau à la chambre, où il se montra plus que jamais partisan des mesures de rigueur. Louis XVIII, en 1814, lui avait accordé des lettres de noblesse, et l'avait, peu de temps après, nommé président de la cour royale de Toulouse.
Carel (Jacques), sieur de Sainte- Garde, conseiller et aumônier du roi, naquit à Rouen vers 1620. On a de lui un poème qu'il avait d'abord intitulé Childebrand, ou les Sarrasins chassé t de France; mais Boileau s'étant moqué du nom de son héros , il le changea en celui de Chartes-Martel, et répondit à Boileau sous le nom de Lérac. par la Défense des beaux esprits de ce temps, Paris, 1675, in-12. Il n'a publié que les quatre premiers chants de son poème, imprimé à Paris en 1666 et en 1670, in-12.
C mu vi ■ — Les Gaulois, puis les Francs, dès qu'ils furent convertis à la religion chrétien ne . en observèrent le* prescriptions avec une grande feneur, et principalement celle qui ordonnait l'abstinence d'aliments gras pendant
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le carême, li est vrai de dire que pour la faire respecter, l'autorité royale vint souvent en aide au pouvoir ecclésiastique. En 789, Charlemagne déclara punissable de mort celui qui enfreindrait cette loi sans raison légitime.
Des donations de harengs faites en 1215, par Thibault, comte de Blois, en 1260, par Louis IX, à des maladreries et des léproseries, ainsi qu'un état des dépenses de l'Hôtel-Dieu de Paris pour Tannée 1660, prouvent que jusqu'à cette époque, autant que faire se pouvait, on soumettait les malades eux-mêmes à la règle canonique. Les troupes étaient également tenues de s'y conformer; et, pendant les guerres de la ligue, les catholiques l'observèrent avec une grande sévérité, pour se distinguer des huguenots , qui affectaient de la violer. Lors du siège d'Orléans, où le duc de Guise fut assassiné par l'oit rot eu 1563, M. de Cipière, qui fut pendant quelques jours à la tête de l'armée, comme étant le personnage le plus élevé en dignité, demanda au cardinal de Ferrare, légat du pape en France, la permission, pour ses soldats, de mander de la viande les jours maigres.
Le légat fit des difficultés, parla d'accorder l'usage du lait, du beurre et du fromage, mais de la viande point.
Cependant, quand il lui eut été démontré que s il refusait la permission qu'on lui demandait, les soldats se l'accorderaient eux-mêmes, et qu'il valait mieux qu'ils parussent profiter d'une concession que violer audacieusement une défense, il céda, et le général de l'armée catholique gagna sa cause. Ceci indique que déjà on s'était relâché de l'antique sévérité. En effet, dès l'année 1534, Guillaume du Moulin, seigneur de Brie, avait obtenu de l'évêque de Paris, pour sa mère, âgée de quatre-vingts ans, la permission de faire gras en carême; et, en 1549, Henri II avait permis de vendre, dans le même temps, de la viande à ceux qui seraient pourvus d'un certificat de médecin, attestant qu'elle leur était absolument nécessaire. Quatorze ans après, Charles IX défendit d'en vendre même aux huguenots, à qui
leur croyance permettait d'en manger toute l'année; puis, en 1565, revenant un peu sur cette mesure, il en permit la vente, et l'attribua exclusivement aux hôtels- Dieu , à la condition qu'ils n'en livreraient qu'aux malades. Le parlement, par deux arrêts de 1575 et 1595, confirma cette disposition, à laquelle il mit cependant une entrave.
Il exigea non-seulement que celui qui venait acheter apportât une attestation du médecin, mais encore que le boucher prît le nom et la demeure du malade, afin qu'on put vérifier si son état exigeait réellement qu'il fît gras. Ces formalités déjà si gênantes le devinrent, plus encore par la suite. Au certificat" du médecin, il fallut en joindre un du curé, et dans ces deux certificats devaient être spécifiées la nature de la maladie et l'espèce de viande qu'il fallait. On tint longtemps rigoureusement la main au maintien de ces prescriptions, et les Parisiens qui voulaient faire, pendant le carême, un repas en gras, se rendaient à Charenton, où il y avait un temple protestant et où l'on trouvait de la viande. Cette manière de rompre l'abstinence étant devenue fréquente et ayant scandalisé les âmes timorées, le magistrat chargé de la police y mit ordre en 1659, en défendant les dîners à Charenton. L'an 1775, les bouchers, dont les boutiques devaient être fermées tant que durait le carême, ayant obtenu l'autorisation d'étaler en ce temps-là leurs marchandises, comme en temps ordinaire, il devint plus facile qu'auparavant de se procurer de la viande. ISéanmoins, les mesures prohibitives ne tombèrent point en désuétude; la police veilla avec soin à ce que les traiteurs et gargotiers ne les violassent point, et longtemps encore après il fallut une permission pour faire gras. Les délinquants étaient punis par la confiscation de leur dîner au profit des hôpitaux. Jusqu'à la révolution , les Parisiens eurent la coutume de faire rôtir des harengs saurs sur le pas de leur porte, pour déguiser à l'odorat des flaireurs de cuisine le parfum des viandes qu'ils faisaienteuireen fraudedans l'intérieur
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de leurs habitations. Du reste, alors aue la rigueur était portée au plus haut de^ré, le carême n'était point aussi difficile à observer qu'il le rut par la suite. A l'aide d'une interprétation commode d'un passage de la Genèse, la grasse poularde du Mans pouvait figurer en temps de pénitence sur les tables des plus scrupuleux. Un moine de l'abbaye de Cluny qui était allé voir sa famille, ayant demandé à manger, on lui répondit que comme ou était en carême , on n'avait que du poisson à lui offrir. Alors, s'armant d'un bâton, il courut après une poule , la tua , en disant : « Voilà le poisson que ie mangerai • aujourd'hui.» Puis, il mangea sa poule en expliquant à ses parents que les oiseaux et les poissons ayant été créés par Dieu le même jour", étaient de même nature et pouvaient être mangés les uns et les autres en temps d'abstinence. Ceux qui se permettaient de manger des oiseaux en carême ne devaient pas faire difficulté de manger des œufs; et, en effet, cet aliment fut longtemps toléré. Mais quand on eut mieux expliqué la cinquième journée de la création, et chasse des tables dévotes la volaille et le gibier à plumes, à l'exception des oiseaux de rivière qui y sont encore admis, on crut devoir en chasser aussi les œufs. Alors le plaisir de les revoir, après quarante jours d'absence, donna naissance à ces présents d'œufs peints, argentés, dorés que l'on se faisait mutuellement, en signe de réjouissance , le jour de Pâques, où la prohibition était levée, et à ce débit d'œufs jaunes et rouges qui a lieu encore de notre temps, même en carême , et dont les trois quarts des vendeurs et des acheteurs ne connaissent pas l'origine. Le lait, le beurre et le fromage ont aussi subi bien des fortunes diverses, en ces temps où l'on faisait consister la perfection chrétienne dans fusage ou la privation de certains aliments. Ils ont été bien des fois permis et défendus. Dans les temps de prohibition, les mets devaient être préparés à l'huile; mais comme ce moyen de préparation manquait aux peuples du Nord , ou revenait chez eux à un prix
trop élevé pour que le pauvre pût l'employer, on permit d'y suppléer par le saindoux, qui fut réputé maigre. Cet assaisonnementayantétéplustard proscrit comme une friandise , on permit l'usage du beurre, qui fut défendu à sou tour avec une sévérité si grande, que Charles V fut obligé de solliciter du pape Grégoire XI la permission d'en faire usage. Le Joumalde Paris , sous Charles ri et Charles ril9 voulant donner une idée de la misère du temps, dit que « pour la deffaute d'huile, on mangeoit du beurre en iceluy quaresme, comme en charnage. » En 1491, la reine Anne, duchesse de Bretagne, dut obtenir de Rome, d'abord pour elle, ensuite pour son duché qui ne produisait point d'huile, la faculté d'accommoder les mets au beurre. Il est bon de remarquer que toutes ces permissions d'enfreindre la règle n'étaient jamais accordées qu'à la condition de faire certaines prières, et surtout des aumônes qui tournaient au prolit des églises. La révolution , en proclamant la liberté des cultes, a laissé tous les citoyens maîtres de faire, en tout temps, usage des aliments que leur état de santé leur rend nécessaires , ou que d'autres raisons leur font rechercher de préférence. Les prélats accordent bien encore , au commencement de chaque carême, la permission de manger du beurre et des œufs; mais cette permission , comme celle que le cardinal de Ferrare octroya aux soldats de M. de Cipière, n'a plus pour but que de prévenir une violation dont peu de personnes se feraient scrupule, et qui donnerait la mesure de l'importance qu'on attache aujourd'hui aux injonctions et aux défenses disciplinaires de l'Église.
Carême (M. A.), l'un des plus célèbres cuisiniers du siècle , naquit à Paris, le 8 juin 1784. Son père, qui était pauvre, et qui avait quatorze autres enfants , remmena un jour , et , après une promenade dans les champs et un dîner à la barrière, le laissa dans la rue en lui souhaitant bonne chance.
La nuit venue, Carême fut accueilli par un gargotier, au service duquel il
se mit le lendemain. A l'âge de seize ans , il entra chez un restaurateur en qualité d'aide, puis ensuite chez Bailly, pâtissier renommé de la rue Vivienne, et fournisseur du prince de Talleyrand. Carême passait dès cette époque des nuits entières à dessiner des modèles de pâtisserie d'après Tertio, Palladio , Vignole , etc. , qu'il allait étudier aux' bibliothèques publiques. Il finit bientôt par travailler pour son propre compte, et il gagna beaucoup d'argent. Loin de s'en tenir à la pratique , il approfondissait la théorie , lisait beaucoup , et suivait des cours relatifs à sa profession. Il lit plus, il entreprit d'écrire l'histoire de la cuisine romaine, persuadé qu'il retirerait un grand fruit de cette étude, et n'épargna ni veilles, ni recherches, pour ce travail , qu'il résuma en ces termes : « La cuisine si renommée de la splendeur romaine était foncièrement mauvaise et atrocement lourde.» En 1814, Il fallut enlever Carême par réquisition, pour le contraindre à exécuter le gigantesque dîner donné dans la plaine des Vertus.
Ensuite il passa deux ans en Angleterre au service du prince régent, qui, devenu Georges IV , le redemanda en 1821. Carême se rendit plus tard à Saint-Pétersbourg, à Vienne, et figura à tous les congrès qui se multiplièrent à cette époque. A Laybach , l'empereur de Russie lui fit remettre une bague de diamants. De retour dans sa patrie , Carême s'engagea successivement au service du prince de Wurtemberg , de la princf sse Bagration , et enfin de M. Rotschild. Il est mort en 1833. Il a laissé 1° le Pâtissier royal parisien, 1810, 2 vol. in-8° ; 2° le Pâtissier pittoresque, 1 vol. in-8°; 3° X Art de la cuisine française au dixneuvième siècle, 3 vol. in-8°. Il a de plus fait insérer dans la Revue de Paris une curieuse notice sur la manière dont Napoléon se nourrissait à Sainte-Hélène.
Cabency , seigneurie de l'ancienne province d'Artois (département du Pasde-Calais) , à huit kil. d'Arras , érigée en marquisat et comté vers 1663.
Cabency (famille de). Voyez le cinquième tableau généalogique de la maison de Bourbon , tome 111 , page
Carentan, Carentarium . petite ville de 1 ancienne province de Normandie (aujourd'hui département de la Manche), à vingt-sept kilomètres de Saint-Lô.
Carentan, dont la population s'élève à peine aujourd'hui a neuf cent cinquante habitants, était au quatorzième siècle une ville fort considérable.
Édouard III , roi d'Angleterre , l'assiégea en 1346, et elle était assez bien fortifiée , suivant les historiens du temps , pour le tenir longtemps en échec; la garnison, composée de mercenaires génois , était disposée à se défendre vigoureusement; mais les bourgeois se rendirent à la première sommation. Les Génois se retirèrent alors dans le château ; ils ne purent y faire une longue résistance; mais ils obtinrent du moins une capitulation honorable. Quant aux bourgeois , ils furent emmenés en Angleterre.
Michel de Northbury, clerc du roi Edouard , qu'il avait suivi dans cette expédition, dit que Carentan était alors aussi peuplé que Leicester.
Les fortifications de Carentan , qui avaient été démolies par les Anglais , furent relevées plus tard par Charles le Mauvais , et, depuis, cette ville joua un rôle assez important dans la guerre contre les Anglais et dans les guerres de religion. Une partie du château existe encore, et offre des modèles de l'architecture militaire de toutes les époques, depuis le douzième jusqu'au seizième siècle.
Avant la révolution, Carentan était le chef-lieu d'une élection et d'un bailliage, avec titre de vicomté. Elle faisait partie de l'évêché de Bayeux, du ressort du parlement de Rouen, et dépendait de l'intendance de Caen.
Élie de Beaumont, défenseur de Calas; Jacques Godefroy, commentateur de la coutume de Normandie ; Léonor Langevin , auteur ascétique , étaient nés dans cette ville.
C a bette (Antoine-Michel), officier
car FRANCE.
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du génie, est néà Paris en 1772. Après aroir été compris dans la première réquisition, il reçut, à l'explosion des mines d'ingolstaclt , quarante-quatre blessures, qui le forcèrent de revenir à Paris. Employé successivement à d'immenses travaux , à Boulogne , à Gand et à Ostende, il prit, en 1814, une part active à la défense de la place de Delfzil , en Hollande , où il commandait en chef le génie. Depuis la restauration , il a été appelé comme professeur de fortification à l'école militaire de Saint-Cyr, et a publié une traduction de la Géométrie au compas de Mascheroni.
Cabez (Joseph), imprimeur àToul, doit être regardé comme l'inventeur du clichage. Ayant appris par les journaux les premiers essais que Hofîman exécutait sous le nom de pohjtypaye, il tenta, en 1785, de deviner son procédé, et enfin il réussit, après de longs essais, à obtenir en relief, et avec la plus grande netteté , des empreintes de caractères d'imprimerie. Kn 1786, il imprima par ce procédé un livre d'église avec le plain-chant noté, et successivement une vingtaine de volumes de liturgie. En 1791, il fut député a l'Assemblée législative par le département de la Meurthe. De retour dans sa patrie, il termina l'impression d'un Dictionnaire de la Fable et d'une Bible en nonpareille, format grand in-8°, dont le caractère est remarquable par sa netteté. En 1801 , il mourut a îoul, où il venait d'être nommé sous-préfet.
Carghèse , village du département de fa Corse, à deux myriamètres d'Ajaccio, fondé en 1764 par une tribu de Maniotes oui aimèrent mieux s'expatrier que de se soumettre au despotisme des Turcs. Nous croyons devoir emprunter à M. Villemâin (*) le récit de l'établissement de cette colonie.
« Un Grec de Mania, Jean Stephanopolis , qui se prétendait issu d'une
(•) Essai historique sur l'élat des Grecs depuis la conquête musulmane. Mélanges, t. It, p. i59.
branche des Comnènes , et qui avait beaucoup voyagé , conduisit l'entreprise ; il était allé d'abord à Gènes demander la protection du sénat, et avait visité la Corse. Il revint , après avoir choisi le canton de Paomia; et, de concert avec le capitaine d'un vaisseau français, il embarqua ceux de ses parents et de ses compatriotes qui voulurent s'associer à lui. Partie de Porto-Betilo, le 3 octobre 1673, la petite colonie , qui comptait sent cent soixante personnes, hommes, femmes, enfants , après avoir relaVhé à Zante et à Messine, se rendit à Gênes, où la concession du territoire qui lui était promise fut solennellement réglée par le sénat. Le printemps suivant , elle passa dans l'Ile de Corse , et s'établit à Paomia. C'est là qu'elle a longtemps subsisté, fidèle au gouvernement génois, parmi les séditions fréquentes de l'île, et cultivant ses terres avec une industrie fort supérieure à celle des habitants. Ou reconnaissait à cette marque le canton des Grecs. Quelques chants populaires des montagnes de la Morée se conservaient parmi ces Maniotes expatriés , et ils les redisaient comme un souvenir de leur pays. C'est même un renseignement précieux sur l'ancienneté de ces poésies , rassemblées de nos jours par un savant plein d'imaçination etdegoÛt(*). Le neau chant d'une femme de la Morée sur la mort de son fils est connu chez les Grecs de Corse depuis leur émigratiou. »
Cependant la prospérité de la colonie excita bientôt la jalousie des indigènes, qui se croyaient des droits sur les terres où elle s'était établie. Une guerre continuelle en fut la suite.
Pendant un demi-siècle, les Maniotes luttèrent avec succès pour la défense du sol qu'ils avaient fécondé ; mais enfin , en 1730 , les Corses ayant secoué le joug des Génois, vinrent attaquer en forces ceux qu'ils regardaient comme les protégés de leurs
(*) Chants populaires de la Grèce moderne, recueillis et publiés par M. Fau riel.
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L'UNIVERS
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anciens oppresseurs , et ils détruisirent les cinq hameaux habités par les Grecs. C'était à la France qu'il appartenait de relever ces ruines ; en effet, M. de Marbeuf ne fut pas plutôt gouverneur de la Corse, qu'il s'occupa de réunir les débris dispersés de la colonie maniote. Il fit construire , au milieu du territoire qu'elle avait défriché, le beau village de Carglièse , et le roi lui en donna la seigneurie , qui fut érigée en marquisat.
Carglièse possède aujourd'hui six cent quatre-vingt-dix-sept habitants, qui conservent encore la langue , les rites religieux et les principaux usages de leur première patrie.
Carhaix, petite ville de l'ancienne Bretagne (aujourd'hui du département du Finistère), à six myriamètres de Chûteaulin, située sur une montagne élevée et d'un accès difficile. C'est la >atrie de la Tour d'Auvergne. Karîaix , Kéraës ou Ker-Ahès est un des ieux sur lesquels l'érudition bretonne s'est le plus essayée. On a prétendu que cette ville tenait son nom de la princesse Ahès, fille de Conan Mériadec, ou du roi Grallon, qui la fit bâtir et l'enrichit de deux beaux chemins, dont l'un allait à Brest et l'autre à Nantes. On en voit encore des fragments nommés , en langue du pays, hent Ahès (chemin d'Ahes). On a pris Kéraës pour le Keris des anciens , pour la ville d'Is; mais, suivant Corzet, il paraît qu'Aétius en est le fondateur. Albert le Grand dit qu'en 878 les Normands, joints aux Danois , ruinèrent Carhaix. En 1 197, Richard II, roi d'Angleterre, fut défait par les barons de la Bretagne , près de cette ville, qui était alors une place trèsforte. En 1341, elle se rendit au comte de Montfort. Charles de Blois la prit en 1342, et en rétablit les fortifications. Le comte de Northampton , chef des Anglais, du parti de iMontfort, s'en empara en l'an 1345. Reprise par les Français , les Anglais s'en rendirent maître's une seconde fois après la fameuse journée de la Roche- Derien, en 1347. Bertrand du Guesclin s'en rendit maître en 1363 , après
six semaines d'une vigoureuse résistance. Du temps de la ligue , un parti de royalistes, commandé par le capitaine Duliscoët, la surprit deux heures avant le jour, en 1590. Carhaix ne put résister, en 1592 , à la fureur de Guy de Fontenelle , aidé des troupes espagnoles, qui marchaient sous les ordres du duc de Mercœur; Duliscoët s'en ressaisit deux ans après.
Caribert ou Haribebt, l'aîné des fils de Clotaire Fr, eut le royaume de Paris pour son lot dans le partage qui suivit la mort de ce prince en 562. Caribert obtint, en outre, un certain nombre d'autres villes , entre autres Avranches et Marseille. Pendant son règne, qui ne dura guère plus de cinq ans, il se montra ami de la paix et de la justice. Doué d'une éloquence naturelle, il protégeait la culture des lettres, et la sagesse des instructions qu'il donnait a ses ambassadeurs, lui attirait le respect des autres princes. « Au lieu d'avoir l'air rude et guerrier de ses ancêtres, dit M. Augustin Thierry dans ses Récits mérovingiens , le roi Haribert affectait de prendre la contenance calme et un peu lourde des magistrats qui, dans les villes gauloises , rendaient la justice d'après les lois romaines. Il avait même la prétention d'être savant en jurisprudence, et aucun genre de flatterie ne lui était plus agréable que l'éloge de son habileté comme juge dans les causes embrouillées , et de la facilité avec laquelle, quoique Germain d'origine et de langage, il s'exprimait et discourait en latin. » Le P. Daniel fait observer « qu'un roi de ce caractère était en ce temps-là une chose plus rare qu'un roi guerrier, les vertus militaires ayant beaucoup moins d'opposition avec quelque barbarie qui restait encore dans l'esprit des Français, que toutes ces qualités et toutes ces vertus civiles et politiques. » Ce qu'il y a de sûr, c'est que des dispositions moins pacifiques auraient valu à Caribert une plus grande popularité. Sous son règne commença la puissance des maires du palais, qui devaient bientôt devenir les maîtres
de l'État pour avoir su d'abord de- d'épouse et de reine a une fille nom- ▼enir les clicfs de l'armée. niée Théodehilde , dont le père était
Une autre particularité remarqua- gardeur de troupeaux. Quelques anble , c'est que Caribert est le premier nées après , ÏVléroflède mourut , et le roi de France qui ait été excommunié, roi se liAta d'épouser sa sœur Markonon pas par le pape ( sa puissance ne xvèfe. Il se trouva ainsi , d'après les s'étendait pas encore aussi loin), mais lois de l'Église, coupable d'un double par Févêque de Paris. L'incontinence sacriiége, comme bigame, et comme du roi , incontinence d'ailleurs com- mari d'une femme qui avait reçu le mune à tous les princes francs de voile de religieuse. Sommé de rompre l'époque, fut la cause de cette excom- son second mariage par saint (iermunication , qui du reste n'eut pas de main, évéque de Paris , i! refusa obssuites fort graves; mais laissons en- tinément, et fut excommunié. Mais le core parler l'élégant narrateur des temps n'était pas venu où l'fcglise detemps mérovingiens. vait faire plier sous sa discipline l'or-
« Le roi Haribert prit en même gueil brutal des héritiers de la cou-
temps pour maîtresses deux sœurs quête; Haribert ne s'émut point d'une
d'une grande beauté , qui étaient au pareille sentence, et garda près de lui
nombre des suivantes de sa femme ses deux femmes. » Ingoberghe. L'une s'appelait Marko- Caribert mourut subitement peu de
wefe et portait l'habit de religieuse, temps après , l'année 667 , dans un de
l'autre avait nom Méroflède; elles ses domaines , situé non loin de Bor-
étaient filles d'un ouvrier en laine, deaux.
barbare d'origine, et iite du domaine Caribert ou Charibebt, qu'il ne
royal. faut pas confondre avec le précédent,
« Ingoberghe, jalouse de l'amour était fils de Clothaire II, et par con-
Îjue son mari avait pour ces deux séquent frère de Dagobert , oui avait emmes, fit tout ce qu'elle put pour quelques années de plus que lui. Sans l'en détourner , et n'v réussit pas. doute pour assurer la bonne intelli- N'osant cependant maltraiter ses ri- gence entre ses deux fils , Clothaire vales, ni les chasser, elle imagina une ht épouser à Dagobert une tante ensorte de stratagème qu'elle croyait core assez jeune de CariDert. Mais, à propre à dégoûter le roi d'une liaison sa mort, comme il n'avait pris aucune indigne de lui. Elle fit venir le père mesure pour assurer le partage de son des deux jeunes filles, et lui donna héritage entre ses deux lils, Dagobert des laines à carder dans la cour du s'empressa de s'emparer de tout le palais. Pendant que cet homme était royaume. Cependant, il se forma un a l'ouvrage , travaillant de son mieux parti autour de Caribert dans une pour montrer du zèle, la reine, qui portion de la Neust rie , et Dagobert se tenait à une fenêtre, appela son voulant éviter la guerre civile, conmari : « Venez, lui dit-elle, venez ici sentit à traiter avec lui, et lui abanvoir quelque chose de nouveau. » Le donna le royaume d'Aquitaine , l'anroi vint, regarda de tous ses yeux , et née 628. Caribert II fit de Toulouse ne voyant rien qu'un cardeur de laine, sa capitale; il y habita les palais des il se mit en colère , trouvant la plai- anciens rois visigoths, et il étendit sa santerie fort mauvaise. L'explication domination delà Loire aux Pyrénées, qui suivit entre les deux époux fut au pied desquelles il remporta quelviolente, et produisit un effet tout ques victoires sur les Gascons. Cacontraire à celui qu'en attendait In- ribert étant mort peu de temps après, goberglie ; ce fut elle que le roi répu- en 63! , Dagobert fit aussitôt saisir dia pour épouser Méroflède. son trésor et égorger son fils Chilpé- « Bientôt, trouvant qu'une seule rie, encore en bas Age, et engloba femme légitime ne lui suffisait pas, l'Aquitaine dans sa vaste monarchie. Haribert donna solennellement le titre Caribert (monnaie de). — On con-
naît plusieurs triens mérovingiens qui portent en légende le nom du roi Charibert. Ces triens ont été frappés dans une petite ville du Gévaudan, nommée Bannassac, ou à Marseille. Les plus remarquables de tous sont ceux qui portent d'un côté le nom du roi, et, de l'autre , celui de l'officier monétaire préposé à leur confection : chabibebtvs bbx autour d'une téte couronnée de perles, mamminvsmo ou levdevsvsmo autour d'un calice surmonté d'une croix. Il est fort rare, en effet , de rencontrer un nom royal et le nom d'un monétaire ainsi accolés ensemble. Ordinairement on ne trouve sur le même triens que le nom de la ville et celui du monétaire, ou celui du roi et celui de la ville. Tels sont les triens du même roi, qui portent pour légende banniaciaco PUT autour d'un calice, et chabibebtvs bbx autour d'un buste. La similitude de style , de fabrique et de type, a fait penser avec raison que les monnaies dont nous avons parlé en premier lieu avaient été frappées à Bannassac comme les dernières. Les tiers de sou d'or, fabriqués à Marseille au nom de Caribert, ne présentent rien de bien remarquable ; on y lit d'un côté , chabibebtvs bex, et de l'autre, massilia. Celte légende est placée indifféremment autour du buste royal, ou au revers, dans le champ duquel on observe le type mérovingien ordinaire de Marseille, c'est-à-dire, une croix accostée d'une m et d'un a, et haussée sur un globe. Comme deux princes mérovingiens du nom deCaribert ont régné chez les Francs , il est assez difficile de déterminer auquel de ces princesles monnaies en question appartiennent; et ce qui rend encore la question plus obscure , c'est que l'histoire ne dit pas que le Gévaudan et Marseille nient appartenu à l'un ou à l'autre. Leblanc se prononce sans hésiter pour Charibert Tr, mais il ne motive pas son opinion.
Pour nous, nous préferons Charibert II, parce que Charibert Ier n'a jamais possédé le royaume d'Austrasie; or, le Gévaudan était enclavé dans ce royaume. Un texte de Grégoire de Tours
nous montre même Sigebert Pr y faisant acte d'autorité; et l'on sait que les divisions établies par les fils de Clovis furent assez rigoureusement observées dans les partages postérieurs des Gaules. Au contraire, Dagobert conserva pour lui le royaume tout entier, et n'aoandonna à son frère que quelques villes méridionales, telles qu'Agen, Cahors, et d'autres, toutes situées dans les environs de celles-là.
On peut donc croire que le Gévaudan faisait partie de cette donation. D'ailleurs Bouteroue a publié une monnaie de Dagobert , à la légende g antovi aivo (pour gavaletano, le Gévaudan ) , toute semblable aux nôtres, et qui a dd être frappée dans le même lieu après la mort de son frère. Quant aux monnaies de Marseille, comme la légende Victoria avgg (Auqustorum) qu'on retrouve sur les sous de Clotaire, et les chiffres vu des mêmes pièces ne s'y voient pas , nous préférons les rapprocher le plus possible de nous. En conséquence , nous les attribuons au second Caribert, de préférence au premier.
Cabic atubb. — L'histoire de la caricature en France se lie d'une manière immédiateà l'histoire politique du pays, et , au besoin , prouverait a elle seule que la France, en employant sans cesse l'art à répandre des idées , a compris plus qu'aucun autre pays le véritable but de l'art. Qu'est-ce en effet que la caricature , qu'elle soit sculptée aux murs des cathédrales , peinte dans les miniatures des manuscrits, gravée ou lithographiée pour être répandue par milliers dans les masses, si ce n'est une représentation satirique d'un fait quelconque, qu'on veut combattre à Taide du ridicule, moyen tout-puissant chez une nation aussi spirituelle , aussi gaie, et tout à la fois aussi pleine de bon sens que la nôtre? Dès lors l'importance de la caricature se com-
firend sans peine, c'est une arme poitique redoutable. On a dit que la caricature était d'origine italienne, et on la regarde comme inventée par les grands maîtres du seizième siècle. De l'Italie, le mot caricature se serait
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répandu chez nous avec l'art qu'il désigne ; cependant , à cette opinion, assez généralement répandue, il y a des objections à faire. Dès le douzième siècle, la France produisit des caricatures nombreuses; à Notre-Dame de Rouen , à Notre-Dame d'Amiens , .1 Saint-Guenault d'Essone, à la cathédrale de Chartres , on voit un grand nombre de sculptures satiriques, de charges, en un mot, dont le clergé est l'objet; et ces caricatures, on les trouve jusque sur les stalles du chœur. Ici . c'est un évéque qui tient une marotte ; là , c'est une représentation cynique empruntée à Pnistoire de Sodtome , et faisant allusion aux moeurs dissolues des moines. Saint Bernard, en 1125, se plaignait de la multiplicité de ces représentations. Le démon, objet de la terreur universelle, jouait un grand rôle dans ces charges grotesques, et les scènes où il figure sont si fréquentes qu'il serait impossible de les énumérer.
« Si des représentations de la sculpture nous passons à celles de la peinture , dit M. P. Paris (•) , nous retrouvons dans les anciens manuscrits, indépendamment des mêmes motifs de caricatures , les métamorphoses satiriques ; et leur premier type semble avoir été créé sous l'inspiration du roman du Renard.
■ Maître Renard est en particulier l'expression de la méchanceté et de la fraude. Il n'affecte pas un costume, un caractère; il les saisit tous, et il en change suivant les circonstances.
Tantôt il prend la peau du lion , tantôt la voix bruyante de Bernard Aliboron , l'archiprétre , ou bien les plumes du paon , la fourrure de la brebis , la robe de dame Hersent la louve. C'est l'image ingénieuse et admirablement dessinée de tous les désordres et de tous les »ices qui ont fait de la société leur immense théâtre. »
Du quatorzième au seizième siècle , la caricature eut un caractère allégorique , et des figures de démons ne cessèrent d'y remplacer la charge des figures humaines.
(*) Musée de la caricature en France.
D'après ce qui précède, il nous paraît difficile d'adopter l'opinion que nous avons mentionnée plus haut, et qui attribue à la caricature une origine italienne. Si chose est indigène en France , ce doit être celle-là. Quant au nom lui-même, nous en conviendrons, il parait venir en effet du mot caricatura, ou charge, des Italiens.
La découverte de la gravure devait fournir à la caricature un moyen de se propager au loin , lorsque les événements l'exigeraient. Les guerres de religion et les troubles de la ligue donnèrent naissance à un nombre immense de caricatures ; dans cette lutte entre deux partis, l'avantage reste aux catholiques; car, c'est enose remarquable, celui qui a tort n'a pas l'esprit nécessaire pour faire de bonnes plaisanteries. A partir des guerres Je la Fronde, la caricature, restée longtemps paisible, reprend un nouvel essor; et Mazarin est l'objet, le but d'un débordement inouï de plaisanteries, écrites,
Eeintes et gravées, dont il s'amusait eau coup , et qu'il rassemblait nrécieusement pour en former collection.
C'est faire l'éloge de ces productions, et, certes, celui du spirituel cardinal , qui arrêta ainsi la persécution dont il était l'objet. Sous Louis XIV, la crainte de la Bastille paralysa le génie des caricaturistes français; mais la Hollande était devenue un foyer d'où partait sans cesse une foule de traits lancés contre le grand roi. On sait qu'à une médaille frappée par Louis XIV, vainqueur de Ruyter, et dont l'exergue était : « Quot 'ego ■ , les Hollandais répondirent par ces mots : « Matitrate «fugamet régi dicite vesiro: Non Uii « imperium pelagi. » C'était de la caricature érudite et digne de la patrie de Grotius.
Dans le siècle suivant, la régence, ses désordres, les roués, Law, ou messire de Quincampoix, furent le sujet des attaques de la caricatére; mais c'est surtout en 1789 qu'elle reprend son rôle , et rentre au service des idées politiques. Dire le nombre de caricatures publiées alors, en indiquer les sujets, serait impossible; la
collection de l'abLé Soulavie , quelque nombreuse qu'elle fût, était elle-même incomplète. Jusqu'à la terreur, la caricature n'épargna personne ; sous l'empire et sous la restauration , privés de la liberté , nos artistes ne purent que traiter de petits sujets de mœurs, tels que les Incroyables et les Merveilleuses de Carie Vernet, ou lancer quelques attaques contre l'étranger, telles que les charges sur les Anglais, sur les Cosaques, etc. , quelques timides sarcasmes contre les émigrés , etc.
Si la gravure avait donné l'essor à la caricature, qu'on juge des résultats que dut avoir la découverte de la lithographie: dès lors la cherté de la gravure cessa d'être un obstacle , et la verve de l'artiste n'eut plus de frein. Aussi est-ce depuis cette époque que nos caricatures sont devenues de véritables œuvres d'arts. N'oublions pas ici de placer au premier rang Charlet, dont les lithographies sont si spirituelles et si françaises. En 1830, la caricature redevint politique. Philippon fonda alors le journal de la Caricature, qui lit une guerre si acharnée à tous nos hommes politiques. Kn 1832, apparut le Charivari y qui a acquis, on peut le dire, une célébritéuniverselle.LesartVitures de Mayeux servirent, pendant deux ou trois ans, à fronder tous les ridicules. Quand les lois de septembre eurent tué la caricature politique, on vit apparaître les Macaires ; et les scandales de notre époque fournirent à Daumier une foule de sujets dont le recueil sera à jamais la juste punition de l'impudence des industriels de ce temps si fécond en impudences. La caricature aujourd'hui en est réduite à retracer quelques ignobles scènes de bal masqué , quelques naïvetés immorales $ enfants terribles, la vie des animaux, etc. Sans doute elle aimerait mieux s'en prendre aux fautes de nos hommes d'Etat, aux insolences de l'étranger, se faire l'interprète de l'indignation du sentiment national justement blessé ; mais de tels sujets lui sont interdits. Un ennemi vigilant brise ses crayons toutes les fois qu'elle se hasarde à traiter quelqu'un de ces su-
jets. Cet ennemi, c'est la censure.
Carignan, anciennement Yvoy, Epodium, existait dès le temps des Romains , qui y tenaient garnison , et était traversée par la route romaine de Reims à Trêves. Après avoir appartenu successivement aux comtes de Chinv, aux ducs de Luxembourg et de Bourgogne, cette ville faisait partie des domaines de la maison d'Autriche lorsqu'elle fut prise, en 1637, par le maréchal de Châtillon. La paix des Pyrénées, en 1659, en assura la possession à la France ; mais Louis XIV la donna , en 1661, au comte Emmanuel, Philibert de Soissons- Savoie, en faveur duquel il l'érigea, l'année suivante, en duché, sous le nom de Carianan, qu'elle a toujours porté depuis. Le roi ne s'était réservé que la souveraineté sur ce duché ; les impôts y étaient perçus pour le duc , au nom duquel la justice était rendue par un bailli , un lieutenant et un greflier. Le duché de Carignan fut acheté, en 1752, par le duc de Penthièvre , qui le donna a sa fille, la duchesse de Chartres, mère de Louis-Philippe.
Carignan (siège de). — Le jeune comte d'Enghien , François de Bourbon , étant venu , en 1544 , remplacer en Piémont le vieux Routières , avait repris le siège de Carignan abandonné par son prédécesseur. Cependant Duguast fut attaqué et battu à Cérisoles (voyez ce mot). Après cette mémorable victoire, le gouverneur, Pierre Colonne, ayant résisté deux jours à un assaut opiniâtre , et ne possédant plus, du reste , un grain de blé dans la place , la rendit aux assiégeants.
Carillon. — On nomme ainsi un assortiment de timbres ou de petites cloches , tous dans des tons différents, au moyen desquels on joue des airs les jours <îe fêtes religieuses ou de réjouissances publiques. Nous n'avons rien trouvé sur la date de leur invention , mais il est à présumer qu'elle a suivi de près celle des cloches, et qu'ils nous sont arrivés d'Orient avec elles. Les carillons, ordinairement placés dans les clochers des cathédrales et quelquefois dans les beffrois des châteaux ,
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étaient et sont encore, dans nos villes du Nord et dans celles de la Belgique , mis en action soit par la main, en frappant sur des touches, comme on joue du piano , soit au moyen d'un tambour armé de dents comme celui des serinettes, lequel, en tournant sur son axe , auquel la force motrice de l'horloge communique le mouvement, soulève et laisse retomber de petits marteaux sur les cloches ou les timbres.
Ceux de Flandre sont composés de trente à quarante timbres donnant les mêmes tons et demi -tons que les tuyaux des orgues; et, en frappant sur les touches d'un gros clavier, on parvient à jouer toutes sortes d'airs, et à exécuter des concerts aériens qui ne sont pas sans agrément pour des oreilles flamandes. Outre cette destination , les carillons ont encore pour objet de donner le signal d'alarme dans les moments de danger. Pour cela, on frappe à coups précipités sur la même cloche. C'est ce qu'on appelle sonner le tocsin.
La pompe et la fontaine autrefois placées un peu au-dessous de la seconde arche du Pont-Neuf, en venant par la rue de la Monnaie, à Paris, et appelées d'un nom commun la Samaritaine, possédaient un carillon qui, dans l'origine, jouait différents airs à chaque heure, et réjouissait singulièrement nos ancêtres que l'on amusait à peu de frais. Ce carillon , et la figure grotesque, appelée Jacquemart, qui en faisait partie , n'existaient déjà plus sous Louis XIV, suivant une pièce de vers intitulée: Complainte sur la Samaritaine, sur la perte de son Jacquemart, et sur le débris de la musique de ses cloches, par le rimeur Dassouci , que le Voyage de Chapelle et liachaumont a sauvé de l'oubli où l'auraient Jaissé ses œuvres. Il est parlé , dans plusieurs autres écrits du dix-septième siècle, de la Samaritaine et de son carillon, qui ne jouait, dans les derniers temps de son existence , que pour les occasions solennelles. Tous les deux ont disparu. Sic transit qloria mundi.
Des horlogers- mécaniciens placent depuis longtemps , dans les pendules
T. iv. 11e Livraison. (Dict. encycl., etc.)
d'appartement, de petits carillons qui jouent un air a chaque heure , avant que la sonnerie se fasse entendre. Depuis- vingt-cinq à trente ans , on a inventé, pour les cacher dans des tabatières, des carillons encore plus petits, composés de ressorts que fait vibrer un cylindre muni de dents , et mis en mouvement par la puissance d'un ressort que l'on tend comme celui d'une montre. Ces instruments , qui sont devenus fort communs, et ont cessé d'être un objet de surprise, ne jouent qu'un nombre d'airs fort limité. Carillon national. Voy. Chants