ERS. CAR
le père d'Armand Carrel voulait faire de son fils un négociant , comme lui ami de l'ordre de choses existant et plus soucieux de sa fortune personnelle que de la fortune de la France; mais 1 âme fortement trempée du jeune Carrel ne pouvait descendre à ces mesquins calculs. Bercé au son des chants de triomphe de l'empire , sa première douleur avait été celle qu'éprouva la France après les revers de 1814 et de 1815; et c'est sans doute à ce début dans la vie qu'il faut attribuer ce qu'il y avait de belliqueux dans son caractère. Convaincu que le jour ne pouvait tarder où nous prendrions notre revanche sur la coalition des rois, il persista dans sa vocation militaire pour avoir le droit de marcher un des premiers à l'ennemi. A force de supplications , il obtint d'entrer à l'école de Saint-Cyr. Il n'y fut pas plutôt qu'il se distingua par sa dextérité dans les exercices et son intelligence des manœuvres; mais il ne tarda pas non plus à mécontenter ses supérieurs par l'indépendance de ses principes et une hardiesse de patriotisme qui n'était pas de mise dans un établissement où, aujourd'hui encore, malgré la révolution de juillet, une aveugle obéissance est regardée comme le premier des devoirs et où toute opinion qui n'est pas celle du pouvoir suprême est rigoureusement proscrite.
Un jour, dit M. E. Littré (*), le général d'Albignac qui commandait l'école, lui ayant dit qu'avec des opinions comme lés siennes il ferait mieux détenir l'aune dans le comptoir de son père : « Mon général, répondit Carrel avec un accent énergique, si jamais je reprends faune de mon père, ce ne sera pas pour mesurer de la toile. «Cette réponse audacieuse (it mettre l'élève aux arrêts, et il fut question de l'expulser. Mais Carrel écrivit directement au ministre de la guerre, lui exposa les faits et gagna complètement sa cause. »
Admis dans les rangs de l'armée avec
(*) Dans la notice remarquable qu'il a publiée sur Carrel Voyez le National du 19 octobre i836.
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FRANCE
le grade de sous-lieutenant , Carrel ne cessa pas d'être animé des mêmes sentiment dedédain pourdes princes revenus à la suite de rétranger; mais il affecta des allures insouciantes pour ne pas attirer les soupçons sur lui et rester plus libre d'agir* lorsque l'occasion lui paraîtrait opportune. Il fit une première tentative en 1821, et trempa dans la conspiration de Béfort qui échoua , comme on sait. De Neuf- Brisach où il était en garnison avec le 29' de ligne, il se rendit secrètement à Béfort. Le complot venait d'y être découvert , et il n'eut que le temps de retourner en toute hâte à ÏSeuf-Brisach pour ne pas être pris en flagrant délit par son colonel qui épiait sacondtiite. Cependant ses principes politiques se prononçaient de jour en jour davantage. Le succès de la révolution d'Espagne, qui venait d'éclater, lui paraissait d'autant plus désirable, qu'il ne pourrait manquer de servir d'exemple à la France. De Marseille, où était venu son régiment, il écrivit une lettre d'assentiment aux cortès espagnoles , lettre qui fut saisie et portée a M. le baron de Damas , commandant de la dixième division militaire. Celui-ci fit de vains efforts pour obtenir du souslieutenant un désaveu de ce qu'il avait écrit, et la promesse de renoncer à ses liaisons politiques ; mais Carrel resta inébranlable, quoique touché des procédés bienveillants de M. de Damas à son égard. Lorsque le gouvernement français, cédant aux injonctions de la sainte alliance , se prépara à envoyer des troupes en Espagne pour v étouffer la liberté naissante, Carref résolut de donner sa démission, et d'aller défendre en Espagne la cause de la révolution. C'était un acte extrêmement grave. Il s'agissait de porter les armes, non pas contre la France , comme l'ont prétendu les accusateurs de Carrel , mais enfin contre le gouvernement français. Convaincu que la cause de la France était la même que celle de l'Espagne, peu effrayé de perdre son avenir militaire, il n'hésita pas, et, après □ne renonciation officielle à une carrière qui ne lui semblait plus celle de
l'honneur, il s'embarqua, dans le courant de l'année 1823 , sur un bateau pécheur espagnol, qui le conduisit à Barcelone. On connaît l'issue de cette guerre. A la suite de privations infinies et d'une foule d'actes de bravoure et de dévouement, la légion libérale étrangère, dans les rangs de laquelle servait Carrel en qualité de sous-lieutenant, fut obligée de déposer les armes en rase campagne , sous le fort de Figuières , mais seulement après avoir obtenu une capitulation honorable, pour éviter une plus longue effusion de sang entre des ennemis qui se portaient une commune estime. Devenu, par un singulier hasard, prisonnier du général Damas, Armand Carrel fut traduit, au mépris de cette capitulation, et bien qu'il eût cessé d'être militaire, devant un conseil de guerre, qui reconnut lui-même son incompétence ; mais , à la demande du procureur général, la cour de cassation cassa l'arrêt d'incompétence, et, assimilant le prévenu et ses compagnons à des militaires , les renvoya devant le premier conseil de guerre des Pyrénées-Orientales. Cette fois, il fut condamné à mort. L'omission de quelques formalités légales empêcha seule que la sentence fût mise à exécution.
Renvoyé devant le conseil de guerre de la dixième division militaire , siégeant à Toulouse, il fut acquitté, aux applaudissements de l'auditoire. « Six voix sur sept ont été pour moi, dit-il, dans une lettre à M. lsambert; jamais victoire ne fut plus complète. » Il faut lire, dans la notice de M. Littré, les souffrances que Carrel eut à endurer pendant toute la durée de cette procédure, le cruel régime de réclusion auquel il fut réduit , et la fermeté avec laquelle il se refusa constamment à implorer la clémence du roi , dont on lui offrait les gages les plus certains. Dans le cours de l'interrogatoire devant le conseil de guerre qui le condamna à mort, Carrel ayant opposé à l'accusation le témoignage de son honneur, le président du conseil osa lui dire: « Dans votre position, vous ne « pouvez invoquer l'honneur. » A ces
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L'UNIVERS