‹ France Dictionnaire Encyclopédique (volume 3)Chapitre 38 sur 88 · VERS. CAT · texte numérisé non relu

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les soldats romains, dispersés dans diverses provinces des Gaules , et ne pouvant plus avoir de communications avec l'ancienne ou la nouvelle Rome , furent également incorporés dans l'armée et la nation des Francs, dont ils accrurent subitement la puissance Aucune trace, il est vrai,

de ce grand événement n'est demeurée dans aucun des historiens de France, ni dans aucune des lois des peuples barbares. Cependant, dès le moment de la conversion de Clovis, nous voyons le chef de trois mille guerriers dev enir le souverain de la plus belle portion de la Gaule. Entre les années 497 et 500, espace de temps où Grégoire de Tours ne place aucun événement , tous les restes de la domination romaine disparurent, et toutes les provinces qui, soit réunies en confédération , soit éparses, n'avaient encore reconnu l'autorité d'aucun barbare , devinrent des parties de la monarchie des Francs. A la fin du cinquième siècle, ou vingtcinq ans après la suppression de l'empire d'Occident , la domination de Clovis s'étendait jusqu'à l'Océan, jusqu'à la Loire , ou elle confinait avec celle des Visigoths; jusqu'au Rhône, où elle confinait avec les Bourguignons ; et jusqu'au Rhin, où elle confinait avec les Allemands et d'autres Francs. »

MM. Guizot et Châteaubriand, aussi bien que Mezeray, voient dans l'alliance du clergé catholique et des Francs le secret de l'élévation de ces derniers. M. Augustin Thierry lui-même partage cette opinion ; suivant lui , Clovis , l'homme politique parmi les rois francs de la première race, mit sous ses pieds le culte des dieux du Nord dans le but de fonder un empire, et s'associa aux évéques orthodoxes pour la destruction des deux royaumes ariens. M. Michelet surtout a admirablement caractérisé ce grand événement; voici en quels termes il s'exprime : « Attila s'éloignait, et l'Empire ne pouvait profiter de sa retraite. A qui devait rester la Gaule? aux Goths et Burgundes , ce semble. Ces peuples ne pouvaient

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manquer d'envahir les contrées centrales, qui, telles que l'Auvergne, s'obstinaient à rester romaines. Mais les Goths eux-mêmes n'étaient-ils pas Romains? Les Goths n'avaient que

trop bien réussi à restaurer l'Empire.

L'administration impériale avait reparu , et avec elle tous les abus qu'elle entraînait. L'esclavage avait été maintenu sévèrement dans l'intérêt des propriétaires romains. Imbus des idées byzantines dans leur long séjour en Orient, les Goths en avaient rapporté l'arianisme grec, cette doctrine qui réduisait le christianisme à une sorte de philosophie , et qui soumettait l'Église à l'État. Détestés du clergé des Gaules, ils le soupçonnaient, non sans raison , d'appeler les Francs, les barbares du Nord. Les Burgundes, moins intolérants que les Goths, partageaient les mêmes craintes. Ces défiances rendaient le gouvernement chaque jour plus dur et plus tyrannique. On sait que la loi pothique a tiré des procédures impériales le premier modèle de l'inquisition.

« La domination des Francs était d'autant plus désirée que personne peut-être ne se rendait compte de ce qu'ils étaient. Ce n'était pas un peuple , mais une fédération ; plus ou moins nombreuse , selon qu'elle était puissante; elle dut l'être au temps de JVIellobaud et d'Arbogast, à la Cn du quatrième siècle. Alors les Francs avaient certainement des terres considérables dans l'Empire. Des Germains de toute race composaient, sous le nom de Francs, les meilleurs corpsdes armées impériales, et la garde même de l'empereur. Cette population flottante entre la Germanie et l'Empire se déclara généralement contre les autres barbares qui venaient derrière elle envahir la Gaule. Ils s'opposèrent en vain à la grande invasion des Bourguignons, Suèves et Vandales, en 406; beaucoup d'entre eux combattirent Attila. Plus tard, nous les verrons, sous Clovis, battre les Alemans , près de Cologne , et leur

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fermer le passage du Rhin. Païens encore, et sans doute indifférents dans la vie indécise qu'ils menaient sur la frontière , ils devaient accepter facilement la religion du clergé des Gaules.

Tous les autres barbares à cette époue étaient ariens. Tous appartenaient une race, à une nationalité distincte.

Les Francs, seuls , population mixte, semblaient être restés flottants sur la frontière , prêts à toute idée , à toute influence, à toute religion. Eux seuls reçurent le christianisme par l'Église latine, c'est-à-dire , dans sa forme complète, dans sa haute poésie. Le rationalisme peut suivre la civilisation, mais il ne ferait que dessécher la barbarie, en tarir la séve, la frapper d'impuissance. Placés au nord de la France, au coin nord-ouest de l'Europe , les Francs tinrent ferme et contre les Saxons païens, derniers venus de la Germanie, et contre les Visigoths ariens , enfin , contre les Sarrasins, tous également ennemis de la divinité de Jésus-Christ. Ce n'est pas sans raison que nos rois ont porté le nom de fils aînés de l'Église.

« L'Église fit la fortune des Francs.

L'établissement des Bourguignons, la grandeur des Goths , maîtres de I ' a uitaine et de l'Espagne, la formation es confédérations armoriques , celle d'un royaume romain à Soissons sous le général Egidius, semblaient devoir resserrer les Francs dans la forêt Carbonaria entre Tournai et le Rhin.

Ils s'associèrent les Armoriques, du moins ceux qui occupaient l'embouchure de la Somme et de la Seine. Ils s'associèrent les soldats de l'Empire, restés sans chef après la mort d' Egidius. Mais jamais leurs faibles bandes n'auraient détruit les Goths, humilié les Bourguignons, repoussé les Allemands , si partout ils n'eussent trouvé dans le clergé un ardent auxiliaire, qui les quida, éclaira leur marche, gagna d avance les populations.

« Clovis ne commandait

encore qu'à la petite tribu des Francs de Tournai , lorsque plusieurs bandes

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