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FRANCE
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au château d'Écri , où le comte de Champagne donnait une féte magnifique, celui-ci, et tous les seigneurs qui se trouvaient à l'assemblée, prirent sur-le-champ la croix. Thibaut , quoique à peine âgé de vingt-trois ans, fut élu Tannée suivante généralissime de cette expédition. Mais, au moment de partir, il tomba malade. Il était au lit quand arriva Geoffroi de Ville-Hardouin, maréchal de Champagne, qu'on avait envoyé à Venise pour traiter avec le doge et la seigneurie de rembarquement des croisés. Le comte ayant appris de lui le succès de la négociation, se mit de suite en route.
« Mais quand il ot un pou allé, si re- « tourna, sa maladie li enforca. Il fist « son testament et commanda qu'on « pavast ses chevaliers et si corn che- « valier recevroit l'avoir, que il jurast « l'ost de Venise à tenir ; le remanant * commanda de partir en l'ost. » Il mourut peu après, le 24 mai 1201.
Son épouse, Blanche de Navarre, était enceinte; elle donna le jour à un fils qui fut Thibaut IV , surnommé le Posthume.
Tout porte à croire que Thibaut If ne prit guère qu'à l'âge de vingt ans l'administration de ses États ; jusquelà, ils furent habilement gouvernés par sa mère , Blanche de Navarre.
Après une lutte qui dura plusieurs années, Érard de Brienne ou deRameru, qui prétendait avoir des droits du chef de sa femme au comté de Champa-
re, reuonça à ses prétentions. Il céda Thibaut', du consentement de sa femme , les comtés de Champagne et de Brie, et Thibaut donna en retour à Érard douze cents livrées de terre en fief lige, et quatre raille livres, monnaie de Provins.
« En 1221, dégagé de la tutelle maternelle, Thibaut le Posthume commence cette existence chevaleresque qui a rendu son nom si populaire. Ses amours avec la reine Blanche de Castille sont devenues un des plus poétiques épisodes de l'histoire de France.
Le roman s'ouvre en 1226 ; Louis VIII est parti avec le jeune comte de Champagne pour une croisade contre les
Albigeois, les troupes royales ont pris et saccagé Avignon , et le roi s'est retiré au château de Montpensier, pour se garantir d'une affreuse contagion ui désole l'armée. Thibaut , au bout e ses quarante jours de service obligé, demande à se retirer, et, sur le refus du roi, déclare qu'il usera de son droit et partira malgré lui. Louis a beau menacer, s'il le fait, de mettre en feu tous ses domaines, le comte s'éloigne; et , quelque temps après , on annonce à l'armée la mort du roi. « Le bruit courut, disent les chroniques, que Thibaut lui avoit fait donner un poison à cause de la reine qu'il aimoit criminellement d'une passion charnelle. » Quoi qu'il en soit, lorsque Thibaut voulut se rendre à Reims pour le couronnement du jeune roi Louis IX , Blanche de Castille lui fit fermer l'entrée de la ville et en fit chasser ses cens. Cet affront dut irriter profondément *le comte de Champagne , qui forma aussitôt contre la régente une ligue formidable avec Hugues , comte de la Marche, et Pierre de Dreux, comte de Bretagne, surnommé Mauclerc. Mais le roi leva promptement une armée, et marcha contre les barons rebelles jusqu'à la Charrière de Curçay. Soit que cette puissance et cette activité effrayassent Thibaut, soit qu'il se repentît de s'être nliéné celle qu'il aimait malgré sa dureté , il se rendit
très de Louis et lui fit sa soumission. Jn peu plus tard , les autres rebelles furent aussi reçus à pardon; mais ils ne pardonnèrent pas à celui qui , le premier , avait fait défection , et ils suscitèrent contre lui Alix , reine de Chypre, fille de Ilenri II , qui prétendait, comme sa sœur Philippe, au comté de 'Champagne et de Brie. Cependant , un raccommodement avait été opéré, et l'on était convenu que le comte Thibaut épouserait Yolande, fille du duc de Bretagne, dont on vantait la richesse et la beauté. Au jour marqué, le père, la jeune fille et tous ses parents attendirent en vain le comte de Champagne à l'abbaye de Val-Secret , où devait se faire le mariage ;
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L'UNIVERS
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une lettre de la reine avait eu sur Thibaut assez d'influence pour le faire manquer à sa parole , et le décider à rebrousser chemin jusqu'à Château- Thierry.
« la ligue projetée avec Thibaut se forma, malgré sa défection, mais elle se tourna contre lui (1230). Les barons, indignés, entrèrent sur ses terres et s'avancèrent jusqu'à Provins.
L'intervention du roi , qui parut à la téte d'une troupe nombreuse, força l'armée ennemie de quitter la Champagne ; mais il y eut encore bien des combats, bien des dévastations, avant ue les haines fussent satisfaites. Le uc de Bretagne et les Anglais , que les confédérés avaient fait entrer dans leur parti, et qui étaient descendus en France, conclurent une trêve de trois ans avec Louis IX. Trois des plus puissants ennemis du comte de Champagne , l'archevêque de Lvon, Robert, comte de Dreux , et Philippe , comte de Boulogne, fils de Philippe-Auguste, moururent presque en même temps.
Enfin la reine de Chypre, Alix, renonça , en 1 234 , au comté de Cham-, pagne et de Brie, moyennant quarante mille livres tournois et deux mille livrées de terre que Thibaut lui assigna sur ses domaines. Le roi approuva le traité fait avec la fille de Henri II, et ce fut lui qui pava les quarante mille livres tournois convenues, en retour desquelles Thibaut lui vendit ses fiefs des comtés de Chartres et de Blois , de Sancerre et de la vicomté de Châteaudun, avec leurs appartenances.
« A la fin du traité, Thibaut est appelé roi de Navarre. Sanche le Fort , son oncle, lui avait destiné cette couronne. Après la mort de Sanche, le comte de Champagne fut couronné roi de Navarre le 7 mai 1234. Il trouva dans le trésor dix-sept cent mille livres; et le pape Grégoire IX écrivit, en 1235, pour empêcher la ligue de quelques seigneurs de Navarre contre Thibaut, qui avait pris la croix , et la querelle fut étouffée.
« Cependant Thibaut était abreuvé d'outrages à la cour de Louis IX. Le comte d'Artois lui faisait jeter un fro-
mage mou au visage par ses valets, sans que le roi voulût même infliger une punition aux coupables. « Jamais, dit Philippe Mouskes, on n'avait vu mener ainsi un roi et un comte.
Thibaut songea enfin à se venger; il fit épouser sa fille à Jean , fils du duc de Bretagne, puis il se ligua contre le roi avec le duc lui-même , le comte de la Marche et plusieurs autres seigneurs. Mais il ne fallut qu'une démonstration de guerre de la part de Louis IX et une lettre de sa mère pour arrêter le versatile comte de Champagne, et l'amener à céder, pour
f>ayer les frais d'armement faits par e roi, Montereau et Bray-sur- Seine (*). »
En 1239, on découvrit des Albigeois en Champagne. Leur procès fut promptement instruit , et , sur leurs aveux , leur condamnation fut prononcée. Cent quatre-vingt-trois hérétiques furent brûlés vifs au mont Aimé,
S rés Vertus , et Thibaut, accompagné 'une foule immense , assista à cette tragique exécution. En 1239, il s'embarqua à Marseille pour la terre sainte, et en revint vers la fin de Tannée suivante. A son retour , il accorda à la ville de Troyes des lettres d'affranchissement , par lesquelles il lui permettait de s'ériger en commune. En 1241 , il fit hommage au duc de Bourgogne pour le comté de Troyes , et mourut le 10 juillet 1253, âgé "de cinquante-trois ans. La question de son amour pour la reine Blanche a été longuement et diversement traitée par plusieurs auteurs. La Ravallière, dans son introduction aux poésies de Thibaut, s'est prononcé pour la négative; mais son opinion n'est pas généralement adoptée. Le roi de Navarre était un habile trouvère ; et , suivant la chronique de Saint-Denis , ses chansons « lurent les plus délitables et les « plus mélodieuses qui oncques furent « oyes en chançons et en vielle ; et les
(*) Extrait d'un ouvrage plein de recherches savantes et curieuses sur la province de Champagne, publié en 1840, par M. Félix Bourquelot, sous le ùtre modesle $ Histoire du Provins ; t. I, p. 164. et iwf.
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« fist escrire en sa sale de Provins et « en celle de Troyes , et sont appelées « les chançons au roy de Navarre. »
Dante traite Thibaut d'excellent maître en poésie. « En effet, dit M. Bourquelot (*), pour ceux qui ont étudié la langue des trouvères au treizième siècle, les chansons du poète champenois sont des morceaux pleins de charmes.
Peu de pensées , mais beaucoup de douceur, une grande délicatesse de sentiments , et quelquefois de la passion assez chaudement exprimée, tels sont les caractères de ces curieuses productions. »
Thibaut h' dit le Jeune n'avait que treize ans lorsqu'il succéda à son père. Dix-sept ans après, il suivit saint Louis dans sa dernière croisade, et mourut la même année que le roi de France, à Trapani en Sicile.
Son frère, Henri III, fut aussi roi de Navarre. Il mourut en 1274.
Après lui, sa Glle Jeanne prit possession du royaume de Navarre et du comté de Champagne, sous la tutelle de Blanche sa mère , qui , après avoir réprimé quelques mouvements en Navarre, épousa, en 1275, Ed-
Siond , second fils de Henri III , roi 'Angleterre. Cette alliance fit prendre à ce prince le titre de comte de Champagne jusqu'à la majorité de Jeanne.
Le 16 août 1284, Jeanne épousa Philippe le Bel , qui devint roi de France l'année suivante; mais elle resta propriétaire des biens qu'elle avait apportés en dot. Philippe le Bel ne prit point les titres de roi de Navarre, de comte de Champagne et de Brie. Lorsqu'il donna quelques ordonnances ou quelques chartes qui devaient avoir leur exécution dans la Champagne ou dans la Brie , il y mentionnait Te consentement de sa chère compagne, et à la fin de l'acte, Jeanne, par la grâce de Dieu , reine de France et de Navarre, comtesse palatine de Champagne et de Brie, en approuvait le contenu, et y mettait son sceau après celui du roi.
Louis le Ilutin succéda à sa mère
(*) Ouvrage cité.
dans le royaume de Navarre, et le comté de Champagne et de Brie. II mourut en 131 G, ayant eu de Marguerite de Bourgogne une ûlle nommée Jeanne, et laissant enceinte Clémence, sa seconde femme. Son frère Philippe le Long conclut, le 17 juillet 1316, avec Eudes, duc de Bourgogne, au nom de Jeanne, leur nièce commune, un traité par leauel il fut stipulé que, dans le cas où la reine Clémence accoucherait d'une fille, cette fille et Jeanne , ou l'une de3 deux , si l'autre venait à mourir, auraient en héritage, lorsqu'elles seraient en âge d'être mariées, le royaume de Navarre et les comtés de Champagne et de Brie, sauf ce qui revenait de droit à Philippe le Long et à son frère Charles le Bel pour la succession de Jeanne de Navarre, leur mère.
La reine Clémence étant accouchée d'un fils qui ne vécut que quelques jours , Philippe le Long , devenu roi , lit un secoua traité, le 27 mars 1317, avec le même duc de Bourgogne stipulant pour sa nièce. Il fut convenu que si le roi venait à mourir sans enfants mâles, les comtés de Champagne et de Brie appartiendraient à la princesse Jeanne en propriété ; et que si elle mourait sans héritiers, ces comtés retourneraient à la couronne. Le roi promit à sa nièce, par le même acte, en forme de dédommagement, quinze cents livres de rentes en domaines, et cinquante mille livres à placer en héritage qui lui seraient propres.
Cependant Philippe le Long étant mort sans laisser de postérité, les cointés de Champagne et de Brie ne furent pas restitués a Jeanne de France , reine de. Navarre, mariée alors au comte d'Évreux. Charles le Bel et Philippe de Valois en conservèrent la possession par deux traités conclus en 1327 et en 1335. Par le dernier, le roi et la reine de Navarre cédèrent à Philippe de Valois leurs droits sur les comtés de Champagne et de Brie, moyennant des rentes de cinq mille livres, de trois mille livres et de sep. mille livres sur différents domaines qu'ils tiendraient de la couronne, en
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baronnie et pairie , et à foi et hommage. Ainsi fut consommée la réunion de ces deux pays à la couronne , réunion qui devint irrévocable par les lettres que le roi Jean donna en 1361. Ce priuce défendit en effet alors à son fils de jamais les en distraire, non plus que quelques autres provinces qu'il y réunissait. Il voulut même que les rois, en montant sur le trône, jurassent l'observation de cette loi.
La Champagne était bornée au nord par le pays de Liège et le Hainaut français , au sud par la Bourgogne , à l'est 'par le duché de Bar, le Toulois et la Lorraine, à l'ouest par la Brie, qui, au quatorzième siècle, fut comprise dans la province, et qui confinait avec l'Ile-de-France.
Elle se divisait en huit parties , savoir :
1° La Champagne proprement dite, comprenant les villes de Troyes, Châlons, Ste-Menehould , Épernay, Vertus ; 2° le Rémois, comprenant : Reims, Rocroy, Fismes, Château-Portien ; 3° le Rethelois , comprenant : Rethel , Mézières, Charleville, Donchery; 4° le Perthois, comprenant: Vitry-le-Français , Saint-Dizier ; 5° le hallage , comprenant : Joinville, Bar-sur-Aube, Arcis-sur-Aube, Vassy ; 6° le Bassigny , comprenant : Langres , Chaumont , Montigny-le-Roi , Andelot, Grand ; 7° le Sénonais, comprenant: Sens , Joigny , Tonnerre , Chably ; 8° la Brie champenoise , comprenant :
Meaux , Provins , Château-Thierry , Sezanne , Coulommiers , Montereaufaut- Yonne, Bray-sur-Seine.
Le gouvernement de Champagne et Brie était l'un des douze grands gouvernements du royaume. Il renfermait deux archevêchés : Reims et Sens ; quatre évéchés : Langres , Châlons, Troyes et Meaux ; et, de plus, un grand nombre d'abbayes, dont la plus célèbre était celle de Clairvaux.
Le revenu du clergé était estimé à quatre millions et demi de rente annuelle.
Le grand prieuré de Champagne, de l'ordre de Malte, était divise en quinze commanderies pour les cheva-
liers , et cinq commanderies pour les chapelains et servants d'armes. Ses revenus s'élevaient à cent quarante-trois mille sept cent quatre-vingt-quatre livres.
Toute la Champagne était, ainsi que la Brie, du ressort du parlement, de la chambre des comptes et de la cour des aides de Paris. Son gouvernement renfermait neuf bailliages et sièges présidiaux, et sa généralité, douze élections.
La Champagne était régie par diverses coutumes : celles de Troyes, de Meaux et de Chaumont étaient remarquables par un usage singulier. Nous voulons parler de la noblesse de ventre , c'est-à-dire de la noblesse que les femmes pouvaient transmettre. Ce privilège fut , si l'on veut en croire quelques auteurs, accordé aux Champenois par Charles le Chauve après la bataille de Fontenay, où la plus grande partie de la noblesse de Champagne avait péri. Quoi qu'il en soit, voici comment a cet égara s'exprime la coutume de Troyes : « Entre les rivières d'Aube « et de Marne, le Jruit ensuit le ven- « tre et la condition d'icelui , excepté <• quand l'un des conjoints est noble, « auquel cas le fruit ensuit le côté no- « ble , si suivre le veut. »
On appelait bourgeois du roi en Champagne les roturiers qui demeuraient dans les ressorts du bailliage de la prévôté de Troyes ou dans la terre d'un seigneur haut justicier qui n'avait pas de droits féodaux.
La Champagne forme aujourd'hui les départements de la Marne , de la Haute-Marne, de l'Aube et des Ardennes , et une partie des départements de l'Yonne , de l'Aisne , de Seine-et- Marne et de la Meuse.
Champagne (campagnes de). (Voy.
pour celle de 1792 l'article Argon ne, et pour celles de 1814 à 1815 l'article France (campagnes de).
Champagne (Philippe de), peintre d'histoire, naquit à Bruxelles le 26 mai 1602. Il montra de bonne heure une forte inclination pour la peinture, et sut dessiner longtemps avant de pouvoir écrire. Son premier maître fut un
artiste médiocre, nommé Jean Bouillon; il étudia ensuite sous Michel de Bourdeaux , et apprit enfin le paysage à l'école de Jacques Fouquière. Venu à Paris , en 1621 , il s'y lia d'amitié avec le Poussin, et peu de temps après ils furent tous deux employés par Marie de Médicis , qui faisait alors peindre au Luxembourg. Duchesne , premier peintre de la reine , et qui était chargé des travaux , fît faire a Champagne quelques tableaux, dont Maugis, intendant des bâtiments , fut si satisfait , que Duchesne en devint jaloux.
Champagne crut alors devoir repartir pour Bruxelles. Mais en 1628 , Duchesne étant mort , il revint à Paris sur les instances de Maugis, qui lui fit donner une pension de douze cents livres et la continuation des travaux du Luxembourg , où il Gt en effet
Ejes plafonds. C'est à la même e qu'il peignit dans la voûte de e des carmélites de la rue Saint- Jacques , un Crucifix que Ton regardait comme un chef-d'œuvre de perspective. En 1634 , il fit, par ordre de Louis XIII, un tableau représentant la Tenue du chapitre de f ordre du Saint - Esprit à Fontainebleau en 1633; ce tableau fut placé dans l'église des Augustins. Louis XIII lui commanda aussi dans le même temps, pour IS.-D., un tableau où ij était représenté à genoux devant le Christ, en commémoration du vœu qu'il avait fait en 1630. En 1636, le cardinal de Richelieu lui fit peindre dans son palais(le Palais-Royal) l'un des côtés(*) de la galerie des hommes illustres, un plafond représentant Apollon dominant sur les arts.tt plusieurs tableaux à sa maison de Ruel : on signale surtout la Descente de Croix qui fut placée dans la chapelle du château. Il fit ensuite les peintures du dôme de la Sorbonne. Ces peintures représentent le Père éternel et les Quatre Docteurs de l'Église. Ce fut alors qu'ayant perdu son fils unique , il fit venir de Bruxelles son neveu Jean - Baptiste de Champagne , qui devint son
(•) Ce fut Vouet qui peignit l'autre côté.
élève et fut l'héritier de ses talents. Après les peintures de la Sorbonne, il peignit une Nativité de la fierge et une Présentation, qui furent exécutées en tapisseries ; une Assomption , un Saint Germain et un Saint Pincent pour l'église de Saint-Germain l'Auxerrois ; une Annonciation pour le noviciat des jésuites du faubourg Saint-Germain ; une autre pour la chapelle de l'hôtel de Chavigny à Paris ; une Nativité pour la cathédrale de Rouen; la Guerison du Paralytique pour l'hôpital de Pontoise; la Vision de saint Bruno pour la chartreuse de Gaillon. Anne d'Autriche le chargea de travaux considérables au Val-de- Grâce : il y peignit les reines et les impératrices qui ont été en réputation de sainteté, la f ie de saint Benoit et la Madeleine aux pieds du Sauveur, etc. Il lit pour le couvent des bernardins de Port-Royal une Cène et une Samaritaine; pour la maison de ville de Paris, trois tableaux où étaient représentés les magistrats de la ville. Il alla à Bruxelles, en 1651, et y fit pour l'archiduc Léopold Adam et Ève pleurant la mort d'Abel. A son retour , il fit pour Saint - Gervais les trois tableaux (aujourd'hui placés au Louvre et au musée de Lyon) qui représentent l'apparition de saint Gervais et de saint Protais à saiut Arabroise, l'invention des reliques de ces saints, et leur translation.
Il peignit ensuite, en 1659, avec son neveu, 1 un des appartements du château de \ i :i rennes, où il représenta la paix des Pyrénées et le mariage du roi. Puis il fit un Christ donnant les clefs à saint Pierre et une Assomption pour la cathédrale de Soissons ; un Crucifix pour l'église de Sainte-Croix de la Bretonnerie; une Présentation pour l'église de Saint -Honoré; une Nativité de Notre - Seigneur et une Assomption pour les PP. de l'Oratoire ; Jésus - Christ délivrant les âmes du purgatoire et Saint Pierre délivré de prison pour les jésuites de la rue Saint-Antoine ; une Vierge de pitié pour Sainte - Opportune ; Jésus- Christ dans le temple au mUieu des
docteurs pour les chartreux ; le Songe de Joseph pour les minimes de la place Royale; un Ange gardien pour l'église des Incurables ; Saint Joseph, et sainte Geneviève pour Saint-Séverîfi; le Martyre de sainte Agathe pour Saint-Merry. Il travailla en 1666, toujours avec son neveu , à l'appartement du dauphin aux Tuileries, où il Ht son tableau de l'Éducation d 'Achille.
Enfin il fit , en 1671 , son dernier ouvrage, le Portrait du président de Lamoignon.
Philippe de Champagne excellait dans les portraits ; il en a fait plusieurs de Louis XIII , de Louis XIV enfant , d'Anne d'Autriche, de Richelieu, de Mazarin, de Colbert, du chancelier Séguier , etc. Il fut le premier membre élu de l'Académie de peinture, et donna pour son morceau de réception Saint Philippe en méditation. En 1655, il fut nommé professeur, puis recteur. Cet artiste ne fut pas un peintre de génie, et pourtant ce fut un grand peintre. Il dessinait fort bien, imitait avec exactitude la nature , savait la choisir belle, mais ne pouvait s'élever jusqu'à l'idéal .11 était tres-versé dans toutes les sciences qui touchent à la peinture; etses compositions sont en effet bien plus savantes que poétiques; elles sont irréprochables , mais n'entraînent pas. Les musées duLouvreet de Versailles , la galerie du Palais- Royal , Fontainebleau , possèdent un grand nombre de ses œuvres. 11 mourut le 12 août 1674.
Son neveu, Jean- Baptiste de Champagne, ou Champagne le neveu, peintre d'histoire comme lui , naquit à Bruxelles en 1631. Il fut appelé à Paris à l'âge de onze ans par son oncle, dont il devint l'élève. En 1658, il alla en Italie, et à son retour il aida Philippe de Champagne dans tous les travaux que ce dernier fit à Vincennes.
Il se rendit ensuite à Bruxelles où il peignit divers tableaux ; et, en 16G3 , lorsqu'il revint à Paris , il fut reçu académicien sur son tableau de la Valeur sous la figure d'Hercule couronné par la Vertu. Il peignit ensuite au Val-de-Grâce la demi-coupole de la
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chapelle du Saint-Sacrement. En 1667, il fit le tableau du may de Notre-Dame, et y représenta saint Paul lapidé par tes juifs. Son oncle le chargea, l'année suivante, de décorer l'appartement du dauphin aux Tuileries, ne se réservant que le plafond , où il représenta, ainsi que nous l'avons dit, l'éducation d'Achille. Louis XIV l'employa ensuite à Versailles, où il peignit un Mercure , divers sujets relatifs à l'histoire des lettres et des arts dans un plafond, et toute la chapelle de la reine. 11 fit ensuite, pour l'abbaye de Saint-Antoine des Champs, une Apparition du Sauveur à la Madeleine. Il mourut le 27 octobre 1681.
Oh am pagn y (Jean-Baptiste Nompere de), duc de Cadore , naquit à Roanne en 1756. Sa mère était sœur de l'abbé Terray ; et , par la protection de ce ministre, Champagnv obtint une bourse au collège de la Flèche. En sortant de ce collège , il fut admis à l'école militaire de Paris, et entra dans la marine. Nommé, dès 1775, enseigne de vaisseau, il parvint, en 1780, au grade de lieutenant de vaisseau , et fut tait major six ans après. Il comptait alors neuf campagnes, et avait assisté à cinq combats. Une blessure grave qu'il reçut à celui du 12 avril 1782 lui valut la croix de Saint-Louis.
Élu député aux états généraux par la noblesse de bailliage de M on tb ri son, il lit partie de la minorité de son ordre qui se réunit au tiers état sur la question du vote partéte.Il fut cependant du petit nombre des nobles qui protestèrent contre l'abolition des titres héréditaires , lors de la révision de l'acte constitutionnel du 8 août 1791. Pendant les trois années de la session , constamment occupé des utiles fonctions de rapporteur du comité de la marine, il ne se fit remarquer que par le succès de sa défense du comte d'Albert de Rivers , officier général sous les ordres duquel il avait servi.
Arrêté comme noole en 1793, il fut incarcéré et ne recouvra sa liberté qu'après le 9 thermidor. Quand Bonaparte, après le 18 brumaire, voulut jeter les fondements de sa nouvelle
monarchie, il rechercha de préférence les hommes qui avaient renoncé aux traditions révolutionnaires , et s'empressa d'appeler Champagny au conseil d'État. Orateur du gouvernement au Corps législatif et auTribunat, Champagny montra dans ses discours, toujours fort habiles , un dévouement absolu au pouvoir consulaire; aussi fut-il nommé , en juillet 1801 , ambassadeur à la cour de Vienne , où la noblesse , la douceur et la réserve de ses manières firent accueillir très-favorablement le gentilhomme représentant de la république.
Le premier acte du nouvel ambassadeur avait été de prescrire aux personnes de sa suite fa plus grande circonspection politique, et de leur défendre d'affecter des sentiments révolutionnaires. Il était encore à Vienne, lorsque Napoléon le nomma ministre de l'intérieur (août 1804) , en remplacement de Chaptal.Dans son expose de la situation de l'empire, on remarquait ces mots, qui peuvent donner une idée de sa féconde adulation : «On a re- « connu enfin, dit-il, qu'il n'v avait de « salut pour les grandes nations que « dans le pouvoir né rédi ta ire, que seul « il assurait leur vie politique, et em- « brassait danssa durée les générations « et les siècles. Le sénat a été, comme « il devait l'être, l'organe de Pinquié- « tude commune ; bientôt a éclaté ce « vœu d'hérédité qui était dans tous les « cœurs vraiment français ; il a été pro- « clamé par les collèges électoraux , par « les armées. Le conseil d'État , les « magistrats, les hommes les plus éclai- « rés, ont été consultés , et leur ré- « ponse a été unanime... Napoléon a « voulu rendre à la France ses formes « antiques, rappeler parmi nous ces « institutions que la Divinité semble « avoir inspirées, et imprimer au com- « mcncement de son règne le sceau « de la religion même. »
Le 10 août 1807, Champagny fut appelé au ministère des relations extérieures , en remplacement de Talleyrand, qui avait encouru alors la disgrâce de l'empereur. Le projet d'occuper le Portugal et l'Es-
pagne, et de détrôner la dvnastie de Philippe V, le trouva tout disposé à justifier et à seconder les vues de l'empereur , et ses actes officiels dans cette occasion, comme dans les démêlés avec le pape , témoignent de son entière docilité. Devenu duc de Cadore, il fit partie de la célèbre réunion de diplomates tenue à Erfurth en octobre 1808.
En 1809, la guerre étant devenue imminente avec l'Autriche, Champagny eut avec M. de Mettent ich un entretien dont il communiqua les résultats au sénat , en y joignant une dépêche qu'il avait adressée, le 16 août 1808, au général Andréossy, ambassadeur à Vienne, ainsi que ses divers rapports à l'empereur, et la séance se termina par un sénatus-consulte qui ordonna la levée de quarante mille conscrits. Il suivit ensuite Napoléon dans la rapide et brillante campagne de 1809, et contribua à la conclusion du traité de Vienne, qui amena le mariage de l'empereur avec l'archiduchesse Marie- Louise. Malgré ses services, ses adulations et son zèle, le duc de Cadore perdit en 1811 le portefeuille des relations extérieures , pour n'avoir pas compris , dit-on, la politique de Napoléon à l'égard de la Russie. Afin qu'il ne parût pas cependant avoir encouru une disgrâce complète , on le nomma intendant de Ja couronne, grand maître de l'ordre de la Réunion, et enfin sénateur, le 5 avril 1813. Il était minière secrétaire d'État de la régence , et commandait en chef une légion de la garde nationale parisienne, lors de l'invasion, des étrangers en 1814. Il adhéra , le 14 avril , à la déchéance du prince auquel il avait montré tant de dévouement,et fut appelé,par une ordonnance du roi , à faire partie de la chambre des pairs. Au retour de Napoléon , en 1815, il n'en reprit pas moins l'intendance des domaines de la couronne, et accepta la pairie impériale. Apres la seconde restauration, il rentra dans la vie privée. M. Decaze le comprit , en 1819, dans la fournée qui devait rendre la majorité au ministère. Après