‹ France Dictionnaire Encyclopédique (volume 3)Chapitre 71 sur 88 · S'CE. CHA · texte numérisé non relu

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brigade qui bivouaquait à peu de distance, étaient venus renforcer le poste qu'elle allait attaquer. Ce surcroît d'ennemis n'intimida point ces intrépides soldats; ils s'avancèrent avec audace contre des forces trois fois plus nombreuses , et qui pouvaient augmenter encore d'un moment à l'autre, à cause de la proximité des bivouacs. Ils étaient à peine à une portée de fusil du village, que les vedettes ennemies les ayant reconnus , firent feu sur eux et donnèrent l'alarme. Les éclaireurs, leurs officiers en tête, s'élancent aussitôt , la baïonnette en avant, entrent dans le village au pas de course , se précipitent sur un piquet de dragons , le culbutent , le dispersent, et tuent le commandant.

Les autres cavaliers russes, rassemblés dans une écurie, s'apprêtent à venir au secours de leurs camarades ; mais à leur sortie ils sont accueillis par une fusillade meurtrière.

Le combat s'engage avec acharnement.

Enfin , après une lutte acharnée , les Russes sont enfoncés, et se réfugient dans l'écurie , où ils se disposent à faire une vigoureuse défense. Le capitaine Métivier et le sous-lieutenant Charcot, suivis seulement de quelques éclaireurs , enfoncent la porte , et se précipitent dans l'intérieur le sabre à la main. La mêlée devient terrible, le carnage est effroyable. Bientôt cinquante dragons ont succombé, les autres mettent bas les armes et se rendent à discrétion. Plusieurs détachements russes, accourus au secours du poste de Gravelotte, essayent vainement de couper la retraite à nos intrépides éclaireurs, ceux-ci renversent tout ce qui s'oppose à leur passage , et rentrent triomphants dans Metz , avec vingt-sept prisonniers et trentedeux chevaux. Le sous -lieutenant Charcot se distingua surtout dans cette brillante affaire- Il reçut les éloges du lieutenant général comte Bel- Haïti commandant en chef l'armée de la Moselle; son nom fut proclamé dans un ordre du jour de l'armée , et la croix de la Légion d'honneur fut

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demandée pour lui. Mais les désastres du mont Saint -Jean retardèrent le moment de la justice , et Charcot ne reçut que longtemps après l'étoile des braves qu'il avait si bien méritée.

Licencié en 1815, Charcot fit ensuite partie de la légion du Cantal, et passa en 1820 dans le 8« régiment d'infanterie de ligne. Il est aujourd'hui capitaine de grenadiers dans ce régiment.

Charcutiehs (corporation des). — Le débit de la chair de porc fut longtemps, ainsi que celui des grosses viandes, entre les mains des bouchers, qui la vendaient fraîche ou salée, mais toujours crue. Lorsque les rôtisseurs furent. établis en communauté , ils en étalèrent aussi chez eux , mais ils ne la vendaient que rôtie. Enfin quelquesunes de ces personnes dont la profession est de donner à boire et a manger, s'avisèrent, pour la plus grande commodité du pubHc , de vendre du porc cuit, et de joindre à ce petit commerce celui des saucisses toutes faites. Le débit de ces deux articles les lit nommer chaircmtiers ou saucissiers. Bientôt cette profession devint si lucrative , et il y eut tant de gens qui l'embrassèrent ou la cumulèrent avec la leur , que le parlement fut obligé de limiter le nombre de ceux qui pouvaient l'exercer. 11 l'interdit en effet, pr un règlement de 1419, aux chandeliers et aux corroyeurs , dont le métier n'était pas assez propre pour qu'ils pussent y joindre le commerce des comestibles. Enfin, en 1475, les charcutiers furent réunis en communauté , et ils reçurent des mains du prévôt de Paris des statuts qui furent confirmés par un édit du roi. Par ces statuts, la vente du porc cuit leur fut attribuée ; mais cette vente devait cesser pendant le carême , et alors ils

Pouvaient la remplacer par celle du areng salé et du poisson de mer. On leur permit en outre, en 1513, de vendre du porc frais ; mais les bouchers continuèrent à jouir , concurremment avec eux , de ce privilège, qui

leur fut confirmé par les statuts que leur donna Henri III. Toutefois , ils l'abandonnèrent ensuite peu à peu, et enfin des lettres patentes , publiées en 1705 , attribuèrent exclusivement aux charcutiers le droit de vendre la chair du porc, quel que fût le degré de préparation qu'elle eût subi. Quant aux saucisses , que depuis longtemps ils pouvaient seuls débiter , la vente leur en fut interdite depuis le carême jusqu'au 15 septembre, parce qu'en été la chaleur aurait pu les corrompre.

La communauté des charcutiers , supprimée, avec quelques autres corporations , vers le milieu du dix-huitième siècle , fut rétablie nar un édit du mois d'août 1776; et elle reçut, le 26 août 1783, les nouveaux règlements par lesquels elle était gouvernée à l'époque de l'abolition des jurandes et des maîtrises.

Aujourd'hui la profession de charcutier , sans être limitée comme autrefois , est soumise , dans chaque localité, ainsi que celles des bouchers et des boulangers, à des règlements émanés de l'autorité municipale, et dont le but est de prévenir les falsifications et les fraudes dont l'effet pourrait être nuisible à la santé publique. Suivant un relevé fait par Lavoisier, il était entré a Paris , en 1 789 , 35,000 porcs. Il eu est entré 87,000 en 1835. Le nombre des charcutiers de Paris , qui s'accroît régulièrement de deux ou trois par an, était de 234 au commencement de 1836.

Chardin (Jean) , célèbre voyageur, était fils d'un bijoutier protestant de Paris. Il naquit le 16 novembre 1643, et n'avait que vingt-deux ans, lorsque son père l'envoya dans les Indes orientales, pour quelques opérations relatives au commerce des diamants. Il se rendit à Surate, en traversant la Perse. Mais son séjour^' fut de courte durée, et il revint bientôt après à Ispahan, où il demeura six ans. Nommé marchand du shah, il se trouva en relation avec les hommes les plus puissants du pays et profita de cet avantage pour recueil-

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lir une foule de renseignements sur le gouvernement , les mœurs et les usages de la Perse.

11 revint à Paris, en 1070, avec l'intention de s'y fixer ; mais il reconnut bientôt que sa religion , à laquelle il ne voulait pas renoncer, l'exposerait à des persécutions , et il repartit , en 1671 , pour la Perse et les Indes, où il séjourna encore dix ans. Il en revint en 1681 par le cap de Bonne- Espérance ; et , après avoir abordé en France , mais sans s'y arrêter , il alla se fixer à Londres, où il épousa bientôt après une Française , que sa religion avait également forcée de quitter sa patrie.

Chardin travailla ensuite à la relation de ses voyages , et il en publia la première partie en 1686, en 1 vol. in- Ibl. ,orné de dix-huit belles gravures.

Les autres parties allaient suivre celle-ci , lorsqu'il fut nommé plénipotentiaire du roi d'Angleterre, et agent de la compagnie anglaise des Indes orientales auprès des États de Hollande.

On ne sait pas précisément à quelle époque il revint en Angleterre ; mais il y mourut en 1713, à l'âge de soixanteneuf ans. Il avait achevé, pendant son séjour en Hollande , la publication de son voyage , dont deux éditions parurent en 1711.

Ch a. Ri) on (chevaliers du).— L'ordre militaire des chevaliers du Chardon fut institué en 1370 , par Louis II, duc de Bourbon , lors de son mariage avec Anne, fille de Béraud II , comte de Clermont et dauphin d'Auvergne.

Les insignes de cet ordre étaient une large ceinture de velours bleu, doublée de satin rouge , bordée d'or, et fermant au moyen de boucles et d'ardillons d'or, ébarbillonnés et déchiquetés avec l'émail vert , comme la tête d'un chardon ; les chevaliers portaient , en outre , un manteau de velours bleu céleste , doublé de satin rouge , et un collier d'or, composé de losanges et de demi-losanges à double orle , émaillées de vert , percées à jour, remplies de fleurs de lis d'or, et où on lisait le mot Espérance, A ce

collier était attaché un médaillon qui pendait sur la poitrine , et sur lequel était peinte l'image de la sainte Vierge, entourée d'un soleil d'or et couronnée de douze étoiles, avec un croissant sous ses pieds et une téte de chardon émaillée de vert.Enfin, la coiffure des chevaliers était un bonnet de velours vert, rebrassé de panne cramoisie , et orné d'un écu d'or.Les ducs de Bourbon étaient les chefs de cet ordre, dont les membres devaient être au nombre de vingt -six , tous gentilshommes et sans reproche : mais on croit qu'il ne subsista pas fort longtemps.

Chardon de la. Rochette ( Simon), savant philologue et bibliographe, naquit en 1753, dans le Gévaudan, et se fit remarquer de bonne heure comme habile helléniste. Un voyage qu'il fit, en 1773, pour visiter les bibliothèques d'Italie, lui valut l'amitié de plusieurs savants étrangers; l'un d'eux même, le célèbre Amaduzzi, lui proposa d'être l'éditeur de deux nouveaux chapitres de Théophraste qu'il venait de découvrir. Mais Chardon qui venait de se procurer à grand'peine et à grands frais une copie du fameux manuscrit palatin de V Anthologie, ne put accepter cette offre, et revint à Paris où il forma , avec d'Ansse de Villoison, une liaison que la mort put seule interrompre. A l'époque de la révolution , Chardon de la Rochette fut nommé inspecteur des bibliothèques nouvellement créées dans les départements ; il devint ensuite l'un des principaux collaborateurs du Magasin encyclopédique de Millin , et eut quelque part à la publication de la HibUothèque des romans grecs , qui parut en 1797. 11 se disposait, en 1808, à

Imblier son grand travail sur l'anthoogie, travail qui devait former 9 vol.

grand in-8°, et contenir, outre le texte u manuscrit palatin, avec une version latine , de nombreuses notes et variantes , et la bibliographie complète de tous les poètes mentionnés dans ce recueil. Malheureusement cette entreprise fut encore ajournée, et Chardon de la Rochette mourut en

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1814, avant qu'elle eût même reçu un

commencement d'exécution. Il avait publié comme auteur des Mélanges de critique etdephilologie,\%\2^\o\:\ti'%0; et comme éditeur, 1° une nouvelle édition de SéméUon , histoire véritable du marquis de lieUe lste, 1807, roman tres-licencienx ; 2° une Histoire secrète du cardinal de Richelieu, 1808; 3° une Histoire de la vie et des ouvrages de la Fontaine, par Marais.

Chardon de la Rochette a laissé en outre un grand nombre de manuscrits.

Chàbentb. —Ce fleuve, qui donne son nom à deux départements , prend sa source dans le département de la Haute- Vienne, au petit bourg de Chéronnac, arrondissement de Rochechouart. Après avoir suivi d'abord une ligne parallèle au cours de la Vienne, il se dirige du sud au nord vers la Loire, mais à Civray (département de la Vienne) un plateau élevé le force à rétrograder. Après un cours de 30,000 mètres dans le département de la Vienne, il entre dans celui de la Charente, et coule du nord au sud jusque près d'Angouléme. l a , il fait un coude vers l'ouest , traverse la Saintonge et l'Aunis , et se jette dans la mer à 12 kil. au-dessous de Rochefort. Dans une longueur totale de 284 kil. il arrose quatre départements, savoir ceux de la Haute-Vienne, de la Vienne , de la Charente et de la Charente-Inférieure. La marée s'y fait sentir jusqu'à Saintes , c'est-à-dire , à 48,000 mètres de la mer. De Cognac à la mer, la Charente est naturellement navigable, et, au moven de quelques travaux réclamés par'Turgot en 1776, sa navigation s'est étendue jusqu'à Montignac, au-dessus d'Angouléme.

Chabente (département de la). — Ce département , formé de l'ancien Angoumois , d'une partie de la Saintonge et du Limousin , et d'une faible portion du Poitou , est situé dans la région occidentale de la France. Il est borné au nord par le département de la Vienne, au nord-ouest par celui des Deux-Sevres , à l'ouest par la Charente-Inférieure, au sud et au sud-est

par la Dordogne, à l'est par la Haute- Vienne. Son territoire est inégal, entrecoupé de collines élevées, couvertes en partie de bois de châtaigniers. Le sol en est , en général , sec et aride. Sa superficie totale est de 602,849 hect., dont près de la moitié est en terres labourables; les vignes en occupent un sixième, les prairies un neuvième, ainsi que les bois.

La principale richesse du département consiste dans le produit des vignobles, dont la plus grande partie est convertie en eaux-de-vie. On y cultive d'ailleurs avec succès les céréales de toutes sortes , la navette , le colza, le chanvre, le lin , le safran, etc...; enfin, l'on y trouve du minerai de fer d'excellente qualité et des truffières assez abondantes.

La distillation des eaux-de-vîe occupe le premier rang dans l'industrie locale; mais après les distilleries , les établissements métallurgiques occupent le premier rang parmi les établissements industriels. Le revenu territorial est évalué à 17,906,000 fr.; les contributions directes se sont élevées, en 1839, à 2,298,299 fr.

La Charente est navigable depuis Angouléme; outre cette voie de communication, le département possède encore 5 routes royales et 9 routes départementales. Le* parcours des premières est de 349.514 mètres, celui des secondes, de 246,387 mètres.

La Charente est divisée en 5 arrondissements communaux dont les chefslieux sont, Angouléme, chef-lieu du département , Barbezieux , Cognac , Confolens et Ruffec ; on y compte 29 cantons et 454 communes. D'après le dernier recensement ofûciel , la population est de 365,120 individus, dont 2,616 électeurs, représentés à la chambre par 5 députés. \jt département fait partie de la il division militaire ( Bordeaux ) et de la 26' conservation forestière (Niort). Il est compris dans le ressort de la cour rovale et de l'académie universitaire de Bordeaux.

Angouléme est le siège d'un évéché suffragant de l'archevêché de Bordeaux.

Parmi les personnages célèbres nés dans ce département, on peut citer François Ier, Marguerite de Valois, Balzac , l'on de nos premiers prosateurs, la Rochefoucauld, l'auteur des Maximes , la marquise de Montespan, la Quintinie , Legonidec , etc. . .

Charente-Inférieure (département de la ). — Ce département, l'un des plus importants de la région du sud-ouest de la France, est baigné au couchant par l'Atlantique, et au sudouest par la Gironde. Il a pour limites, au sud le département de la Gironde, au sud-est celui de la Dordogne , à Test celui de la Charente, au nordest celui des Deux-Sèvres, et au nord celui de la Vendée. Il est forme d'une partie de la Saintonge et de la totalité du petit pays d'Àunis.

Ce département a une étendue superficielle de G34,685 hectares ; sa surface ne présente aucune montagne proprement dite. La Charente, qui lui donne son nom , en traverse la partie centrale du sud-est au nord-ouest, et va se jeter dans l'Océan, après avoir baigné Saintes et Rochefort, et y avoir reçu par ladroitelaBoutonne,et par la gaûehe la Seugne. Au sud de la Charente, entre ce fleuve et la Gironde, la seule rivière notable est laSpudre, qui porte aussi ses eaux à la mer. Un sixième environ du territoire de ce département était autrefois occupé par des marais , qui y causaient de nombreuses maladies , et qui , desséchés aujourd'hui , sont comptés au nombre des terrains les plus productifs de la France. Ces marais, situés au-dessous du niveau des hautes mers, se divisent en marais salants et en marais desséchés. Les dignes et les canaux des derniers sont l'objet des travaux de 114 associations particulières. La moitié du sol est consacrée à la culture des céréales, et le tiers de l'autre moitié à celle de la vigne. Environ 79,000 hectares sur 654,000 sont couverts de bois; une étendue à peu près égale est consacrée aux pâturarages , et 14,000 seulement sont en landes incultes.

La distillation des eaux -de -vie,

l'exploitation des marais salants, celle des parcs d'huttres vertes, et la pèche de la sardine , occupent le premier rang dans l'industrie du département, qui compte d'ailleurs 757 manufactures, fabriques et usines de toute espèce. Son revenu territorial est évalué à 22,637,000 fr. Il a payé a l'État, en 1839, 3,126,840 fr. de contributions directes.

Le département de la Charente-Inférieure est essentiellement maritime; la beauté de ses rades et de ses ports, les cours de la Gironde , de la Charente et de la Boutonne , les îles de Ré, d'Oleron et d'Aix , lui donnent une grande importance sous le rapport commercial. Outre plusieurs canaux destinés à l'assainissement des parties marécageuses, il possède deux canaux navigables , celui de Brouage , dans le sud, et celui de Niort à la Rochelle, dans le nord : ce dernier est en construction. 11 a en outre 23 randes routes , dont 9 royales et 14 épartementales. Le parcours des premières est de 429,361 mètres, et celui des secondes de 408,737.

Le chef-lieu du département est la Rochelle ; les arrondissements sont au nombre de six , savoir : la Rochelle, Jonzac, Mare nnes , Rochefort, Saintes et Saint-Jean d'Angely; ils se divisent en 40 cantons , et renferment 481 communes. La population était, lors du dernier recensement officiel , de 449,649 hab., dont 2,903 électeurs , représentés à la chambre par 7 députés.

Le département de la Charente-Inférieure fait partie de laiT division (Bordeaux), du 4e arrondissement maritime (Rochefort) et de la 26' conservation forestière ( Niort ) ; il est compris dans le ressort de la cour rovale et de l'académie universitaire de* Poitiers. L'évéché de la Rochelle est sutîragant de l'archevêché de Bordeaux.

On peut citer , parmi les hommes célèbres nés dans ce département , les savants J. T. Désaguliers et Réaumur ; les marins et navigateurs Barri u, marquis de la Galissonnièrc , Du*

perré, Baudin, etc. ; les historiens ou littérateurs Tallemant des Réaux , B. Nougaret, Desforges, Maillard , les deux Dupaty, etc.

Chabenton , bourg de l'Ile de France , auj. chef-lieu de canton du dép. de la Seine, à 8 kil. de Paris, est divisé en deux communes , dont Tune porte nom de Charente -le-Pont, et l'autre celui de Charenton-Saint-Maurice. La population totale est de 3,450 hab.

Charenton-le-Pont doit son nom à un pont dont il est question très-anciennement, et qui est désigné, dans la vie de saint Merry (huitième siècle), sous le nom de Pons Carantonis. Ce n'était alors qu'un pont de bois; mais sa position fut de bonne heure regardée comme très-importante. Les Normands s'en emparèrent et le rompirent en 865. Plus tard , on y établit un fort. Les Anglais , qui s'en étaient rendus maîtres en 1436 , en furent chassés en 1437. En 1590 , il tomba au pouvoir de Henri IV, qui ne put toutefois le garder jusqu'à la fin de l'année. Lors des guerres de la fronde, en 1649 , le prince de Condé s'en empara. Le 30 mars 1814, les alliés attaquèrent ce pont, qui n'était prdé que par une compagnie de vétérans, un bataillon des élèves de l'école vétérinaire d'Alfort, et quelques canonniers pointeurs. Malgré une vive résistance, les colonnes austro-wurtembergeoises s'en emparèrent et forcèrent les défenseurs à repasser la Marne.

Ce pont a été rebâti plusieurs fois :

sa dernière reconstruction date de 1714. Il se compose de dix arches, dont six sont en pierre, et quatre en bois. Le nom de Charenton se rencontre souvent dans notre histoire. La situation de ce bourg avait séduit les rois de France, qui y avaient établi leur séjour dans une maison qu'on appelait encore, en 1578, le Séjour du roi. Ce fut à Charenton que Charles V, régent de France, campa, le 30 juin 1358, à la téte de trente mille hommes , pendant que Paris était au pouvoir du roi de Navarre. En 4418, la peste régnant à Paris, des conférences eurent lieu à

Charenton , entre le duc de Bourgogne et le dauphin , mais ils se séparèrent sans avoir pu s'accorder. En 1420, Henri V , roi d'Angleterre , allant à Troyes pour y épouser Catherine de France , s'arrêta en passant , à Charenton, où la ville de Paris lui fit présenter quatre charretées de moult bon vin. Charenton renferme aujourd'hui de nombreuses fabriques de produits chimiques , des forges , et une manufacture de porcelaine.

Charenton - Saint - Maurice devint célèbre au commencement du dix - septième siècle , parce que ce fut l'endroit que Henri IV assigna aux protestants, le 1er août 1606, pour les cérémonies de leur culte. Ils y tinrent leur première assemblée, au nombre de 3,000, dès le dimanche 27 du même mois. Plus tard, ils y firent bâtir, sur les dessins de Jacques de Brosse, un temple qui -pouvait contenir plus de 14,000 personnes. Ce fut dans ce temple que se tinrent les synodes nationaux de 1623, 1632 et 1644. Quelques catholiques essayèrent une nuit d'y mettre le feu, au mois d'août 1671; les réformés en portèrent plainte au parlement, et une information fut commencée; mais après la révocation de l'édit de Nantes, on ordonna la démolition de cet édifice. On se mit à l'ouvrage le mardi 23 octobre 1585, et, bien que les murs fussent épais de près d'un mètre 50 centimètres, tout fut détruit en moins de cinq jours. Les matériaux furent abandonnés à l'hôpital général de Paris, et la place resta vide pendant seize ans, après quoi on y bâtit un couvent destiné aux religieux du Saint-Sacrement. Ce couvent, depuis la révolution , a été détruit et vendu en plusieurs lots avec ses dépendances.

C'est à Charenton -Saint -Maurice u'est situé le célèbre établissement es aliénés. Cet établissement, fondé en 1644 par Sébastin le Blanc, ne fut d'abord qu'un hospice peu considérable qui ne contenait qu'une douzaine de lits, et n'était point spécialement affecté à un genre particulier de maladie. Quelquefois même on s'en ser-

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fait comme d'une prison. Cette maison devint, en 1792, une propriété nationale; une partie de ses biens furent vendus, et rétablissement était à peu près anéanti, lorsqu'en 1797, l'abbé Decoulmiers , ancien membre de l'Assemblée constituante, en fut nommé directeur. EnGn, un décret, daté de Tan x de la république , l'affecta spécialement au traitement des aliénés. Depuis ce temps, ces malheureux sont la seule classe de malades qu'on y admette. Mais Napoléon, dès le consulat, en fit en outre une prison d'État, où il envoya plus d'une fois, sans jugement, les écrivains qui osaient manifester des opinions en opposition avec ses idées. Un homme tristement célèbre, le marquis de Sade, qui déjà V avait été emprisonné avant 1789, y fut de nouveau enfermé sous le consulat, et y mourut en 1814. Maintenant Charenton n'est point un hôpital proprement dit, c'est bien plutôt une maison de santé, où l'on n'est reçu qu'à titre de pensionnaire, et moyennant une pension, qui varie de 800 à 1,500 fr. Cette maison contient environ 500 malades; et ordinairement on y reçoit un peu plus de femmes que d'hommes. Les recettes ont été, en 1833, d'environ 450,000 fr., et les dépenses de 4 12,000 fr.

Charenton , ancienne seigneurie du Berry, dont le possesseur avait droit de battre monnaie. Une ordonnance donnée à Lagny-sur-Marne , en 1315, oblige, en effet, le comte de Charenton a faire ses deniers à G grains de loi argent le roi (c'est-à-dire, aue sur douze parties, il devait y en avoir trois et demie d'argent fin), et à la taille de 240 au marc ; les 15 deniers valant 12 deniers tournois, monnoie le roi. Ce texte curieux est le seul document que nous connaissions sur cette monnaie, qui existait déjà au moins depuis le douzième siècle, ainsi que le prouve un denier frappé par Renaud de Montfaucon , seigneur de Charenton , qui vivait vers lan 1171. Ce dernier, qui porte pour légende : Renavovs dns Carentonis , est marqué d'un côté d'une croix à branches égales , et de

l'autre d'une faucille et d'une étoile qu'on remarque aussi sur les monnaies de Bourbon et de Nevers. [Voy.

Ne vers (monnaie de)]. Cette pièce et celles qui portent les armes de Louis H (1326-1346) sont les seules monnaies que l'on connaisse de cette localité.

Chabette de la Contrrie (François-A thanase), l'un des chefs les plus fameux de l'insurrection vendéenne , naquit à Couffé, près d'Ancenis , en 1763. A l'âge de 16 ans, il entra dans la marine, et s'y distingua ; mais ayant épousé, en 1790, une de ses parentes qui lui donna de la fortune, il quitta le service et se retira dans ses terres. Quelque temps après, il alla rejoindre les émigrés à Coblentz. Mais il y lut mal accueilli par la noblesse, revint à Paris, se battit au 10 août pour la monarchie , et se retira ensuite à son château de Fonteclause. La Vendée venait de se soulever. Charette, pressé de se joindre aux rebelles , s'y refusa d'abord, et ce ne fut qu'après y avoir été contraint par les paysans", qu'il consentit à se mettre a leur téte. Il éprouva d'abord quelques échecs; mais il les répara bientôt, et remporta, à Machecoul , sur les républicains , une victoire assez importante. Après des alternatives de défaites et de victoires, les royalistes étaient parvenus à s'emparer de Saumur; ils étaient maîtres des deux rives de la Loire; ils se réunirent, et Cathelineau, général en chef,

firoposa à Charette de se concerter avec ui pour l'attaque de Nantes. On sait

Îue cette entreprise échoua , et que athelineau y perdit la vie. Charette, qui espérait le remplacer dans le commandement en chef, fut écarté par la jalousie des autres généraux; il fut blessé de ce manque de confiance, mais il n'en seconda pas moins les mouvements de la grande armée, qui fut cependant battue à Flines, à Vihiers, à Chantonay et à Luçon. Charette se sépara alors de ses collègues , et se retira à Machecoul, où les royalistes l'accusent d'avoir passé dans les plaisirs et la débauche un temps qu'il eût pu employer plus utilement dans l'intérêt de leur cause. Mais bientôt la garni-

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son de Mayence arriva dans la Vendée, et les chefs des rebelles comprirent qu'ils avaient besoin , pour résister à ces troupes aguerries, d'agir avec le plus grand concert. Ils réunirent donc toutes leurs forces , et remportèrent les victoires de Torfou et de Montai-

Î;u , auxquelles la bravoure et les taents de Charette eurent la plus grande part. Les batailles où Charette se signala seront racontées en détail dans des articles spéciaux, et elles sont trop nombreuses pour que nous les mentionnions toutes ici. Contentons-nous de dire qu'agissant, tantôt de concert avec les autres chefs royalistes, tantôt seul , il montra dans toute occasion une bravoure à toute épreuve et une activité surprenante; ses efforts ne purent cependant rétablir les affaires du parti royaliste. La division régnait entre tous les nobles, qui se battaient bien plutôt pour leur intérêt personnel que pour la cause royale. Aussi Charette fut-il enûn amené à signer, avec les plénipotentiaires de la Convention, un traité par lequel il s'engageait à reconnaître l'autorité de cette assemblée et à déposer les armes; il offrit même de réduire Stofflet, son ancien collègue , qui continuait à se battre. Conformément au traité, il fit dans la ville de Nantes une espèce d'entrée triomphale; mais les couleurs du royalisme, qu'il portait, furent insultées par le peuple; le lendemain, il retourna à son quartier général, recommença la guerre, et obtint d'abord quelques succès; mais la défaite de Quiberon , et surtout la faiblesse du comte d'Artois, qui n'osa pas effectuer la promesse qu'il avait faite aux insurgés, de débarquer sur les côtes du Poitou , et de venir se mettre à leur téte, lui ôtèrent tout espoir de réussir. Dès lors il ne chercha plus qu'a mourir glorieusement; cerné à la Preulère, il se défendit avec courage, fut blessé à la téte et à la main, et parvint cependant à s'échapper dans la forêt de la Chabotière, où il fut arrêté le 25 mars t796, conduit à Angers, puis à Nantes; il y fut traduit devant un conseil de guerre, et fusillé quatre

jours après. Charette ne fut pas un de ces royalistes enthousiastes qui combattaient pour Dieu et pour le roi :

l'amour de la guerre et le désir de commander furent ses principaux mobiles. Il méprisait la plupart des chefs de son parti, et plusieurs fois il parla avec dédain de la famille royale. Il n'en fut que plus coupable : car pour lever contre sa patrie l'étendard de h révolte, il n'eut pas même l'espèce d'excuse que les autres pouvaient tirer de leurs convictions. Son excessive ambition le poussa d'ailleurs à commettre contre ses compagnons d'armes des crimes dont ses partisans ne peuvent l'excuser eux - mêmes. L'assassinat de Marigny sera pour sa mémoire une tache éternelle aux yeux de tous les partis.

Chabges sordides. — On appelait indifféremment charges sordides ou extraordinaires, les contributions imprévues qui n'étaient pas de nature à être comprises dans le Cajîo^ (voyez ce mot), et que des circonstances particulières rendaient nécessaires. Lorsqu'on n'avait pas nu prévoir ces circonstances, et que le besoin était pressant, le préfet du prétoire était en droit d'en faire l'indiction de sa seule autorité; hors de là, il fallait qu'elle émanât de l'autorité du prince. Un grand nombre de faits nous apprennent que les charges sordides étaient des redevances personnelles. Les gouverneurs de province écrivaient de leur propre main à quel travail devaient être employés les contribuables, et combien de journées d'hommes, de voitures ou de cheveux étaient nécessaires. Ce tableau général était remis au juge, qui dressait l'état de tous ceux qui devaient acquitter la contribution, en commençant par les plus aisés et les plus notables, et en exemptant les clercs , les magistrats et les décurions. C'était un crime capital de comprendre dans cet état les laboureurs au moment où ils étaient occupés à ensemencer la terre ou à en recueillir les fruits. Parmi ceux qui n'appartenaient pas à l'une des trois classes privilégiées dont nous venons d«

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parler, les possesseurs que leur indigence réduisait au service personnel pouvaient seuls obtenir légitimement ce qu'on appelait une vacation, c'està-dire , une exemption de charges extraordinaires. Cette faveur était pareillement acquise à ceux qui s'étaient fait inscrire dans un corps de métier.

Voilà pourquoi on appelle encore vacation, en terme de droit, la profession particulière d'un artisan. Les hommes qui ne faisaient partie d'aucune corporation industrielle reconnue par les lois étaient tous soumis aux charges sordides, de même que les colons et les serfs des décurions et des églises. Après la conquête de la Gaule par les Francs, ces charges devinrent perpétuelles sans qu'il fût nécessaire d'en publier l'indiction, et, jusqu'à la révolution, qui les abolit, elles firent partie, sous le nom de corvées, du revenu utile des terres seigneuriales.

Chabité. — Bien que nous ayons formé ce terme du mot latin charitas, qui revient à chaque page dans les écrits philosophiques de Cicéron ; bien que le principe affectueux dont il représente l'idée, ait servi de base à la morale religieuse de presque tous les peuples, on peut dire cependant qu'il est devenu chez nous l'expression d'un sentiment que l'on ne retrouve dans aucune autre foi que la foi chrétienne. La charité n'est plus, en effet, dans le christianisme, une simple sympathie de l'homme pour les souffrances de son semblable; elle ajoute à la bienfaisance la sanction d'en haut, et fait au croyant une obligation d'embrasser dans un même amour ses frères et le père céleste. C'est , non-seulement un désir, mais encore un effort continuel dirigé vers le bien du prochain en vue de suivre les voies de la Divinité. La charité, avant les progrès du scepticisme moderne, a fondé le plus grand nombre de ces asiles ou* verts à toutes les misères, et que nous ont légués nos ancêtres. Elle a créé ces saintes sociétés dont les membres se dévouent au soulagement de toutes les souffrances. Nous ne nierons point que la charité n'ait parfois ses erreurs.

Le zèle de ses adeptes n'est pas toujours éclairé. C'est elle qui , pendant des siècles, entretint au cœur de Paris la hideuse plaie de cette population de truands que vomissait chaque matin dans les rues le repaire de la cour des Miracles. C'est peut-être elle aussi qui, par ses libéralités irréfléchies , a rendu le fléau de la mendicité si difficile à extirper. Mais disons aussi que la charité a sur sa moderne émule , la philanthropie, cet avantage, qu'essentiellement active de sa nature , elle ne peut même se concevoir à l'état spéculatif, état auquel se réduit trop souvent la seconde. Rappelons d'ailleurs en finissant , que c'est la charité qui, dans des vocations diverses, a inspiré Vincent de Paul, Fénelon, Belsunce et l'abbé de l'Épée. L'histoire de plusieurs grandes œuvres de charité a été résumée aux articles Aumône et Bienfaisance publique; nous devons cependant encore nous arrêter sur quelques-unes de ces œuvres , dont la place se trouve marquée naturellement ici , par le titre même qu'elles portent.

Les frères de la charité, institués par Jean de Dieu, approuvés comme société par Léon X en 1520, reconnus plus tard comme ordre religieux, furent introduits en France par Marie de Medicis en 1601 , et fondèrent à Paris l'hôpital qui a conservé leur nom. Henri IV leur accorda, en 1602, des lettres patentes que confirma son successeur. Ils eurent jusqu'à vingtsept maisons , tant en France que dans les colonies, et pratiquèrent avec succès la chirurgie jusqu'à la révolution. Leur ordre disparut alors pour toujours. Un frère de la charité , le P. Élysée, jouissait encore auprès de Louis X Vin d'une assez grande faveur.

Sous le titre d'institution de la charité chrétienne , Henri III avait voulu fonder à Paris, dans le quartier Saint-Marcel , une maison de retraite pour les vieux soldats invalides. Les fonds devaient en être pris sur ceux de tous les hôpitaux de France; mais le projet reçut à peine un commence-

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ment d'exécution. Voyez Moine lai.

Les dames de charité, qui sont depuis longtemps attachées à la plupart des paroisses et à quelques bureaux de bienfaisance , sont généralement choisies dans les classes de la société les plus favorisées de la fortune. Elles ont la double mission de solliciter les aumônes du riche et de rechercher les besoins du pauvre. S' il n'est que trop vrai que ces saintes fonctions sont pourquel-

3ues-unes un simple objet de monaine vanité, d'autres savent ajouter, par ces douces consolations dont leur sexe a le secret, un prix nouveau aux secours qu'elles apportent à l'indigence.

Écoles de charité. —Des écoles gratuites sont établies sous ce nom dans la plupart de nos grandes villes. Qu'on nous permette de faire observer, au sujet de ce nom , que l'on commence, du reste , à mettre de côté , combien c'est une chose choquante que dans un pays comme la France, ce soit par charité que l'on donne au peuple les notions les plus indispensables au commerce de la vie.

Filles ou sœurs de la charité. Le noyau de cette utile institution existait dès 1617 à Châtillon-Iez-Dombes, en Bresse. C'était une confrérie dont on désignait les membres par le titre de servantes des pauvres. Des soins aux malades, des secours aux indigents, l'instruction chrétienne à Pentance, des consolations religieuses aux prisonniers, telles étaient les œuvres auxquelles avait appelé de pieuses veuves et de généreuses filles, la dame Louise de Marillac, veuve d'Antoine le Gras , secrétaire de la reine. Eu novembre 1633, aidée de la coopération de Vincent de Paul , elle établit sa confrérie à Paris , dans le voisinage de Saint-Nicolas du Chardonneret, d'où elle la transporta ensuite dans une maison sise à la Villette, pour la fixer définitivement, en 1636, rue du Faubourg-Saint-Denis, en face des bâtiments de Saint- Lazare. Le 18 janvier 1655, l'archevêque de Paris, le cardinal de Retz, érigea cette confrérie en congrégation;

Louis XIV l'autorisa par lettres patentes le 14 novembre 1657 ; et enfin le cardinal de Vendôme, légat à la/ere de Clément IX , en confirma les statuts le 8 juin 1668. En 1770, les Filles de la charité desservaient en France plus de 400 établissements, dont près de 130 hospices. Paris seul en comptait 35. Ces pieuses filles furent forcées, en 1792 , d'évacuer le siège de leur communauté ; et tant que dura la tourmente révolutionnaire, on ne rencontra plus leur robe grise consacrée par tant de bénédictions; mais la plupart de ces charitables hospitalières, en déposant le costume, étaient demeurées fidèles à l'œuvre, et elles n'avaient rien perdu de leurs habitudes de dévouement , lorsque Napoléon les rappela, en 1802. L'empereur voulut qu'elles fussent , comme autrefois , sous la direction du supérieur général des Lazaristes , et en même temps il les plaça sous la protection de sa mère. Toutefois , elles ne reprirent pas d'abord leur habit primitif ; la bure noire remplaça le drap gris, et le bonnet rond la grande coiffe empesée. Elles ne sont revenues que depuis quelques années à leur ancien costume. Depuis 1813, le chef-lieu de l'ordre est établi rue du Bac , dans l'hôtel de la Vallière.

C'est là que réside la supérieure générale, et qu'est placée la maison du noviciat. Le temps des épreuves qu'on y fait est de 5 ans, et les vœux simples que font ensuite les sœurs ne les engagent chaque fois que pour ce laps de temps. A Paris, elles partagent avec d'autres communautés le service des hospices. Elles ont en particulier les Incurables , les Ménages, les Enfants-Trouvés , où elles sont rentrées en 1814 , etc. Elles gèrent aussi les maisons de charité où se fait la distribution des secours dans les arrondissements municipaux. Si, d'un côté, le pouvoir hiérarchique auquel elles sont soumises, éteint a peu près complètement chez elles fa liberté individuelle, de l'autre, les exigences extrêmes de leur discipline ont quelquefois forcé l'administration à se priver

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de leurs soins : comme il est arrivé à l'hospice de la Charité de Paris , où elles considérèrent la nomination d'un économe comme une atteinte portée à l'indépendance de leur ordre. Toutefois, disons -le en terminant , dans l'accomplissement de leur mission , ces dignes filles de Vincent de Paul méritent bien cette vénération dont le peuple ne se départit jamais à leur égard, et le spectacle des douces vertus des sœurs grises ou des soeurs du pot, comme il les appelle dans certaines localités, n'est pas renseignement religieux dont il profite le moins.

Vordre de la charité de la sainte Vierge fut fondé par Guy, seigneur de Joinville, à Boucheraumont, en Champagne; il fut approuvé par les papes Boniface VIII et Clément VI , et on lui donna le monastère des Billettes, bâti à Paris en 1290, sur la maison d'un juif accusé de sacriléee. Ces religieux, oui suivaient la règle de Saint- Augustin, se consacraient exclusivement au service des malades.

V association de la charité maternelle, fondée par madame Fougeret, a pour but d'encourager, par le don d'une layette et d'une légère pension en argent, les femmes indigentes devenues mères en état de mariage, à nourrir elles-mêmes leurs enfants. La reine Marie-Antoinette se mit dès l'origine, c'est-à-dire, en 1788, à la tête de cette association , dont les temps difficiles qui survinrent arrêtèrent les progrès, mais qui se reforma dès les premières années du Directoire par les soins de madame de Pastoret. Les ressources de cette institution étaient cependant encore fort bornées , lorsqu un décret du ô mai 1810 la mit, sous le nom de Société maternelle, au nombre des institutions impériales, et lui assigna une large dotation. Un autre décret du 25 juillet de l'année suivante homologua ses statuts. La société devait être exclusivement ré-

6 e par des dames. Marie-Louise prit titre de protectrice, lequel s'est depuis perpétué dans la première prinde chaque famille régnante. En

1837, la société avait étendu de faisantes ramifications dans 36 des principales villes du rovaume , et à Paris seulement, près de 800 mères avaient , dans l'année , eu part à ses secours.

Charité - sub • Loi re (la), petite ville de l'ancien Nivernais, aujourd'hui chef-lieu de canton du département de la Nièvre , doit son origine et son nom à une abbaye de Tordre de Cluny, fondée vers le milieu du onzième siècle , ou même , suivant quelques traditions assez incertaines, a un monastère établi vers Tan 700. Elle était jadis fortifiée et beaucoup plus considérable que maintenant. Mais sa position sur la route de Paris à Lyon , et près d'un pont sur la Loire, lui ont attiré de grands malheurs. Elle a été plusieurs Fois prise, dévastée et détruite, notamment dans les guerres contre les Anglais et dans les guerres de religion, où elle fut une des places de sûreté accordées aux protestants. Le prieur du monastère avait le titre de seigneur spirituel et temporel de la ville, et possédait , outre des revenus considérables , le droit de nommer à un grand nombre de bénéfices du royaume. La Charité était , avant la révolution , le siéçe d'un bailliage. On y compte maintenant cinq mille cent habitants.

Charivari , nom que l'on donne à un bruit injurieux que, dans certaines provinces, et surtout dans les campagnes, le peuple va faire , pendant la nuit, aux portes des personnes qui convolent à de secondes, troisièmes ou quatrièmes noces , et même de celles

a ni épousent des personnes d'un âge isproportionné au leur, ou qui refusent de contribuer, par le don d'une somme proportionnée à leur fortune, aux divertissements de lu jeunesse du lieu. Le charivari était, au moyen âge, une peine presque légale dont on se rachetait moyennant une composition. On lit , en effet , ce qui suit dans une pièce de 1409 : « Le suppliant et «Jehan Lolier dirent qu'ilz avoient « composé cri lui sur qui devoit se faire « ledit chalivari à xij solz pour le boire « des compagnons et à iiij solz parisis

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