‹ France. Dictionnaire encyclopédique (volume 4)Chapitre 10 sur 96 · BU · texte numérisé non relu

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mot de ce qui concerne les États-Unis d'Amérique. Les Américains du Nord faisaient un trop grand commerce avec l'Europe, et étaient des auxiliaires trop importants pour que l'Angleterre et la France ne cherchassent pas à les décider à prendre parti dans la lutte.

Mais évitant dese prononcerais s'efforcèrent, en se compromettant le moins

{)ossible , de tourner à leur avantage 'exclusion qui rejetait du continent européen les navires de la Grande- Bretagne. Il est vrai que leur marine de guerre, alors peu développée, ne leur aurait permis que difficilement de prendre l'offensive contre la dictature maritime de cette puissance. Le décret de Milan , en grande partie dirigé contre eux , les avait mis dans une position vraiment critique. D'un côté, l'Angleterre, dénationalisant leurs navires , leur avait fait une loi de subir la visite, et de venir acquitter une taxe honteuse dans ses ports avant d'aborder sur le continent européen; de l'autre côté, Napoléon leur signifiait que , s'ils se soumettaient aux intimations du cabinet de Londres, ils seraient considérés par lui non plus comme des Américains , mais comme des Anglais, et, par conséquent, traités en ennemis. Le gouvernement américain sortit de ce dilemme en interdisant toute communication soit avec la France, soit avec l'Angleterre; et, à ce sujet, le 22 décembre 1807, il mit l'embargo sur ses propres navires dans tous les ports de la république. Cette défense n'arrêta pas les négociants américains; ils la violèrent pour continuer d'exercer le métier plus lucratif qu'honorable de facteurs des Anglais. Le irr mars 1809, le gouvernement de la république remplaça l'embargo par une mesure plus sévère, le non-intei'course act, qui interdisait aux Américains toutes relations commerciales avec l'Angleterre et la France, déclarait les ports de l'Union fermés aux navires de ces deux puissances , prononçait la «onfiscation contre tous ceux qui y pénétreraient. Répression inutile ! Pacte de non-intercourse ne fut pas plus respecté que l'embargo; et les compa-

triotes de Washington , oubliant les services que la France avait rendus à leur patrie naissante , ne rougirent pas de se mettre au service de la contrebande anglaise, et de faire le trafic de leur paviilon.

Le 23 mars 1810, Napoléon ordonna, par son décret de Rambouillet, la saisie et la vente de tous les bâtiments américains qui, à partir du 2t> mai 1809, seraient entrés ou entreraient dans les ports de l'empire, de ses colonies, ou des pays occupés par ses troupes. C'était une représaille contre l'embargo et l'acte de non-intercourse.

Cette disposition, en rendant la situation des Américains moins avantageuse, força leur gouvernement à s'en prendre à l'Angleterre ; la guerre devint inévitable entre les deux pays , et éclata effectivement en 1812. Napoléon, dans l'intention d'en avancer le moment , avait eu l'adresse de rapporter, le 28 avril 1811, une partie de ses décrets contre les États-Unis. Malheureusement l'issue de la campagne de Russie ne lui permit pas de profiter de cette guerre qu'il avait tant désirée.

Examinons maintenant le système continental sous les trois points de vue que nous avons indiqués.

Comme moyen d'attaque, il avait certainement de grands mérites , puis-

3u'il porta le trouble dans les finances e l'Angleterre , et faillit , en 1810 , la ruiner complètement; mais il avait aussi de graves inconvénients; entre autres, celui de la confirmer dans le sentiment de sa supériorité maritime , et de la forcer à donner toujours plus d'étendue à ses relations avec les autres peuples de l'univers. L'accroissement de son empire indien et l'augmentation de son commerce dans la Chine étaient, à ses yeux, avec la conquête (pour ne pas nous servir d'un autre mot) de toutes les plus belles colonies de la France, de l'Espagne et de la Hollande, un dédommagement naturel de sa mise en interdit sur notre continent; plus les prohibitions devenaient sévères, mieux elle apprenait à se passer de l'ancien monde. Ensuite , pour réussir, il fallait que la France associât

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a ses vues non-seulement toutes les nations de l'Europe, mais encore les Américains, qui occupaient la première place parmi les neutres. Or, il y eut toujours en Europe quelques nations qui ouvrirent leurs ports à l'Angleterre ; la Turquie resta le plus souvent en dehors de notre sphère d'action ; au moment où Napoléon contraignit le Portugal à se soumettre à son système , V Espagne s'en détacha ; de même, lorsque la Suède se vit réduite à abandonner sa neutralité , la Russie se mit à revendiquer la sienne; quant aux Américains, on a vu comment ils se renfermèrent dans un égoïsme étroit.

En admettant même que l'empereur frit venu à bout des Russes aussi facilement que des Prussiens et des Autrichiens , il restait encore l'Espagne , la Suède, la Turquie; et il est probable que les agrandissements de l'Angleterre dans la mer du Sud lui auraient procuré de nouvelles ressources en même temps que de nouveaux débouchés. L'orgueilleuse reine des flots ne pouvait succomber que devant une attaque maritime. Tel était le sentiment de Napoléon lui-même, puisqu'il parla souvent de lancer contre elle cent vaisseaux de haut bord , et plus, s'il le fallait.

Il y avait surtout une arme nouvelle qui , frappant l'Angleterre au défaut de la cuirasse, l'aurait immanquablement terrassée ; cette arme , c'était la vapeur appliquée à la marine. Par une de ces bonnes fortunes qui paraissent avoir quelque chose de providentiel, tin Américain offrit à Napoléon les moyens de se servir le premier d'une découverte du génie français , découverte qui allait changer le monde.

Cen était fait de l'Angleterre , si l'empereur avait écouté Fulton ; deux cent mille hommes, transportés sur une flotte de petits pyroscaphes, pouvaient , par un vent contraire qui aurait retenu enchaînés les vaisseaux anglais , opérer une descente à Londres, et mettre fin, en quelques jours, à un siècle de dictature , à six siècles d'outrages. Napoléon n'accepta pas le moyen que Fulton mettait à sa disposition. Mé-

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connut-il l'importance de ce moyen , ou bien dominé pat d'autres plans, crut-il devoir en renvoyer l'application à des temps plus favorables? cette dernière opinion est celle qui offre le plus de vraisemblance, car il répugne de croire que sans quelque grave motif une pareille intelligence n'ait pas voulu voir ce que d'autres avaient déjà deviné, et s efforçaient de lui faire reconnaître.

Le blocus continental fut donc une machine de guerre incomplète , ou plutôt il ne fut que la première partie d'un plan d'attaque plus parfait. Si Napoléon n'avait pas eu des motifs pour différer l'exécution de sa vengeance , il aurait évidemment préféré une agression directe à une agression terrible dans ses conséquences, il est vrai , mais toujours indirecte, et, pour ainsi dire, boiteuse. Ce n'est pas sans cause que l'homme pour qui le mot impossible n'était pas français, recula lui-même devant la réalisation de ses projets du camp de Boulogne. Avant de saisir corps à corps sa rivale, il croyait avoir autre chose à faire; et, comme, pour le moment, c'était, à son avis , assez de l'affaiblir, le blocus continental lui paraissait suffisant.

Cet autre projet qu'il espérait accomplir avant d'atteindre l'Angleterre, c'était la conquête de l'Eurqpe , c'était la reconstruction de l'ancien empire romain. Dans les combinaisons auxquelles il eut recours pour réaliser la chimère de la monarchie universelle, le système continental joua un grand rôle; aussi faut-il y voir un moyen d'attaque contre l'Europe au moins autant qu'un moyen d'attaque contre l'Angleterre. C'était une arme «à deux tranchants que l'empereur tenait sans cesse levée et suspendue comme l'épée de Damoclès sur la tête des Anglais, mais avec laquelle il frappait surtout ses ennemis du continent; trop heureux ses amis , quand il ne la tournait pas contre eux-mêmes.

Comment en douter, lorsqu'on se rappelle mie c'est à l'occasion du blocus continental que les villes anséatiques , les États au pape, la Hollande ,

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le Portugal, le duché d'Oldenbourg, et d'autres pays, ont été incorporés par Napoléon à son empire? La violation des décrets de Berlin et de Milan fut également la cause de la guerre avec l'Espagne, avec Naples, avec la Suisse, avec la Suède et avec la Russie. Mais , disent quelques pub|ic,istes en s'appuyantdes déclarations officielles de l'empereur, c'était une des nécessités de la situation , il fallait à tout prix empêcher les marchandises anglaises de pénétrer sur le continent.

Admirable nécessité pour un conquérant, que celle qui lui fournit un prétexte pour intervenir dans les affaires de toutes les nations, et pour les punird'unc infraction à ses ordres en les asservfssant ! Certes, si cette nécessité n'avait pas existé, Napoléon se serait appliqué a la faire naître , comme il a to.ujours eu soin d'en prolonger la durée. Dans une pareille circonstance , que prouvent ses déclarations officielles ? Fallait-il qu'il révélât lui-même le secret de sa pensée aux peuples non encore soumis? Personne assurément ne devait exiger de lui autant de franchise : quand il a pu parler sans imprudence, il l'a fait; à Sainte-Hélène, il ne s'est

Eas défendu d'avoir entrepris le rétalissement de la monarchie universelle; il s'est borné, pour toute excuse , à djre que c'étaient ses ennemis eux-mêmes qui l'y avaient conduit pas à pas et que d'ailleurs il en aurait tait un noble usage, j (Voyez Agglomébation.)

Pour se former une conviction sur les sentiments qui animaient Napoléon à l'époque où il fit du système continental le pivot de sa politique, il est nécessaire de jeter un coup d'oeil sur les différentes phases qu'a parcourues sa pensée; phases progressives, si l'on ne voit que la puissance matérielle, mais rétrogrades, si l'on tient compte de. la grandeur morale. Qui n'est frappé de ce fait, en comparant le général d'Italie à l'empereur en 1812?

D'abord , plein d'une poésie révolutionnaire, Napoléon s'annonce comme le sauveur de la république française

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et le libérateur de l'Europe. Dans cette première période, ses triomphes sont innombrables , et leur rapidité tient du prodige. Sa cause est sainte , il combat pour le progrès.

Bientôt l'ambitieux prend le dessus sur l'homme politique ; la dictature ne suffit plus au vainqueur de Marengo :

il aspire à descendre, il lui faut une couronne et l'hérédité. Le triomphe de la révolution a cessé d'être son but, c'est déjà un instrument dont il se sert pour son intérêt personnel. Alors s'ouvre une seconde période, pendant laquelle il accomplit encore de grandes choses , mais qui est un mélange de bien et de mal. C'est l'époque où, une seconde fois victorieux de l'Autriche à "Wagram, il renverse l'empire germanique , vieil édifice de mille ans , et élève sur ses ruines la confédération du Rhin. Jusque-là, bien qu'il soit inférieur à lui-même, et qu'une arrière-pensée le travaille, il est encore aimé en Europe, parce que, en créant les royaumes de Bavière et de Wurtemberg, et eu protégeant les petits princes d'Allemagne, il sert encore la cause de la liberté et de l'avenir contre celle du despotisme et du passé.

Mais après Iéna , après le démembrement ue la Prusse , il a beau former les royaumes de Saxe et deWestphalie, sa popularité est sur son déclin. Cette nouvelle Allemagne, qu'il a arrachée au joug de l'Autriche et de la Prusse, commence à comprendre qu'a son tour il lui prépare des fers , et que l'ancien libérateur cache un nouveau maître. Il en est de même pour l'Italie, qu'il a successivement convertie en république, en royaume et en fief; il en est de même pour l'Espagne, le Portugal, et toute l'Europe , dont il veut être plus que le protecteur, plus que l'arbitre. La troisième période de sa vie a commencé.

Devenu autocrate en France , préoccupé du soin d'affermir sa dynastie, jaloux d'éclipser Charles - Quint et Louis XIV , en réalisant la monarchie universelle , qui pour eux ne fut qu'un réve; n'ayant plus qu'un pas à taire pour reproduire Charlemagne et

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César, mais perdu, s'il est deviné par les peuples , comme il est déjà compris par les rois , il doit chercher de nouveaux expédients pour endormir ses voisins, de nouveaux déguisements pour cacher ce qui fermente dans son cneur. Les principes révolutionnaires, il n'a plus rien à en attendre, lui qui a tué la liberté , et porté de si rudes atteintes à l'égalité, par l'institution d'une autre noblesse héréditaire. Son ambition dévorante a tout matérialisé autour de lui ; à défaut d'un levier moral, il est condamné à ne plus trouver que des ressources matérielles.

Dans cette voie, l'Angleterre lui offrait un précédent dangereux ; il la suit avec passion sur le terrain des intérêts. Maintenant que la foudre révolutionnaire s'est éteinte dans sa main, à la place de la liberté et de l'égalité , il prendra pour arme le commerce : le blocus continental sera désormais son système.

C'était là un mauvais calcul , dont il fut cruellement puni. L'assentiment énéral qui l'avait porté au pouvoir, t place en peu de temps à la désaffection. Violemment comprimé chez tous les peuples civilisés de l'Europe, l'élément libéral , que Napoléon avait un instant si bien dirigé, et avec lequel il avait accompli de si grandes choses , se tourna contre lui , et il disparut dans l'orage qu'il avait amoncelé lui-même. C'est en vain que son génie militaire , développé par une longue expérience, et paraissant népasser les limites du possible, enfanta merveilles sur merveilles, il vint un moment où , pour lui , la victoire eut les mêmes suites que la défaite. Rien ne lui avait résisté, tant qu'il avait eu les peuples pour auxiliaires , tout lui fit obstacle , lorsqu'il eut séparé sa cause de la leur. N'ayant plus autour de lui que les restes décimés d'une armée innombrable, il dut rendre son épee , et , victime de sa confiance dans la foi britannique, aller mourir dans l'isolement , après avoir été élevé sur le pavois populaire. Leçon terrible, et bien faite pour servir d'exemple !

Toutefois , si c'est un devoir de

blâmer Napoléon d'avoir matérialisé la révolution française, au point de lui donner pour conclusion un problème commercial , il y «aurait de l'injustice à ne pas reconnaître ce qu'il déploya de génie jusque dans cette dernière combinaison. Réduit au rôle de conquérant, Napoléon est un des plus grands hommes qui aient existé, et il n'a peut-être pas d'égal dans l'histoire. Quoique le blocus continental ait été la conséquence de la destruction de la marine française, et, de la sorte, l'œuvre des circonstances

1)lutôt qu'une conception originale , a manière dont Napoléon sut en tirer parti et en déduire un système, l'es-

[>rit d'à-propos et la profondeur avec esquels il en fit le principal ressort de son plan d'attaque, lui assurent un rang exceptionnel parmi les plus grands politiques. La violence à l'aide de laquelle la Grande-Bretagne avait anéanti la liberté maritime et usurpé l'empire des mers; la supériorité de ses manufactures, qui lui valait des bénéfices immodérés , et l'investissait du monopole du commerce; le machiavélisme avec lequel le cabinet de Saint-James avait entretenu et exploité les divisions de l'Eur pe, étaient au- . tant de griefs qui créaient un intérêt commun pour tous les peuples, et les avaient indisposés contre la nation anglaise. Napoléon entrevit la possibilité de leur taire comprendre qu'ayant un même intérêt, ils devaient aussi n'avoir qu'un seul but, celui de se coaliser contre les envahissements de l'Angleterre. Pour lui, c'était se créer le droit d'intervenir dans le gouvernement de chaque peuple , parce que les hostilités permanentes de l'Angleterre contre la France le désignaient naturellement pour chef de la coalition. Ainsi , au nom de la liberté maritime, et en affranchissant l'industrie européenne des entraves qui menaçaient de la replonger dans l'enfance , il jetait un voile sur sa propre ambition , et se ménageait les moyens de conduire par degrés , de transitions en transitions , tous les peuples du continent à une obéissance définitive.

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Ainsi v en avant Pair de combattre pour l'équilibre , il ne marchait que plus sûrement à la dictature, et met- . tait, pour aiqsi dire, la conquête en

fjermanence ; toujours prêt , suivant 'opportunité des circonstances , à abaisser la main sur telle ou telle pièce de l'échiquier européen.

Ce plan lui réussit dans le principe; comme nous l'avons déjà dit, il lui fournit une occasion d'envahir la Hollande , les villes anséatiques , la Poméranie suédoise, le duché d'Oldenbourg , les États pontificaux , la Toscane , le Portugal , et de placer des membres de sa famille sur les trônes de Naples et d'Espagne , avec l'intention de leur faire subir plus tard le même sort qu'au roi de Hollande. Les exigences du blocus continental lui donnèrent la haute main dans les affaires de la Prusse, de l'Autriche, de l'Allemagne, de la Suisse, de l'Italie, et enchaînèrent la Russie à son alliance. La Turquie elle-même reçut le mot d'ordre, et s'y conforma un moment. Pendant nres de six années , de 1806 à 1812, c'est-à-dire du décret de Berlin à la campagne de Russie, le blocus continental servit de base à toutes les négociations, de prétexte à toutes les guerres. En 1810, lorsque la Suède , entraînée la dernière , déclara enfin la guerre aux Anglais, Napoléon, toujours en vertu de son système continental, régnait déjà réellement sur la plus grande partie de l'Europe. Vainement l'Espagne protestait encore à main armée contre son omnipotence , dès 1811 l'heure de la monarchie universelle semblait arrivée. Pour arracher le continent aux serres de l'aigle impériale , il fallut quelque chose de plus fort que les hommes : l'intempérie des éléments. Il fallut surtout que l'Angleterre , la Russie, la Prusse et l'Autriche , bien qu'à regret et avec des intentions perfides, déplaçant la question politique, et la ramenant du terrain matériel dans le domaine moral , fissent un appel à tous les peuples, au nom de la liberté, partout expirante, Mais cela même ne démontra-t-il pas combien était savamment

ordonné le réseau que , sous le nom de blocus continental , Napoléon avait étendu sur l'Europe?

En faisant la part de ce qu'a eu d'imprévu et comme de surhumain l'issue de la guerre de Russie, et en supposant que les cabinets de Saint- Pétersbourg et de Saint-James n'eussent pas brusquement transformé les termes du problème, il y a des raisons .de croire que l'empereur aurait pu arriver à ses fins. La Russie, tenue en respect du côté de l'occident par le duché de Varsovie et l'Allemagne, se serait sans doute enfin décidée à diriger son énergie militaire vers les contrées orientales, où Napoléon aurait consenti sans peine au partage de la Turquie et des Indes. Quant à l'Angleterre, elle aurait vu s'élever tout à coup et comme par enchantement, sur les côtes de l'Europe française, de nouvelles flottes auxquelles n auraient certes pas manqué de bons marins.

Au besoin, l'empereur se serait souvenu de Fulton et de ses expériences, confirmées par de nouveaux progrès; n'étant plus absorbée comme auparavant par des préoccupations d'une autre nature , cette fois sa pensée n'aurait pu se refuser à l'évidence. Attaquée de toutes parts, ayant à se détendre contre des descentes multipliées en Irlande et à Londres, la Grande-Bretagne aurait succombé en peu de temps. Sa dictature maritime, le fruit d'un siècle d'efforts et de rapides, Napoléon en aurait hérité en

auelques jours, et l'aurait ajoutée à sa ictature continentale. Telles étaient sans doute les illusions du grand homme, qui n'avait dd abandonner, sans plus de résistance, le champ de la mer à sa rivale que dans l'espoir qu'elle travaillait pour lui sur les flots, tandis qu'il habituait le continent à son joug. Mais , dans son mépris pour les idées philosophiques, Napoléon oubliait que si vastes, si séduisants qu'ils fussent, tous ces projets n'étaient que des rêves. Façonné sur le moule des héros de Plutarque,^ comme disait Paoli , Napoléon , à la fin de sa carrière, n'était plus, pour ainsi dire, de son

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temps, il croyait vivre dans l'antiquité. Il ne savait pas que l'unité de la conquête, œuvre civilisatrice à l'époque des Romains, n'était plus qu'un lait rétrograde dans l'ère moderne, où le sentiment de la nationalité est inviolable, parce qu'il est nécessaire au développement général du monde. Oui, l'Europe gravite de nouveau vers l'unité ; mais ce n'est plus par la force brutale, c'est par les alliances, c'est, par l'association fédérative qu'elle s'y élève. Pour l'apprendre à Napoléon, la Providence a permis qu'il filt vaincu par le principe de la liberté et de l'égalité qu'il avait pour mission de faire triompher et non de détruire.

Ainsi donc, moyen d'attaque contre l'Angleterre et instrument de conquête à l'égard de l'Europe, le système continental a échoué sous ce double rapport. Est-ce à dire qu'il n'en est rien resté, et qu'il a passé sur le monde sans y laisser de traces? Non, sans aucun doute. Ce système, fondé sur des intérêts réels /a eu aussi d'heureuses conséquences; ce qu'il avait de bon a survécu à sa ruine. Le blocus continental a mis un terme, en Europe, à cette espèce de vassalité dans laquelle le monopole de l'Angleterre retenait l'industrie des autres nations.

Si l'Allemagne et la Russie ont maintenant des fabriques en état de soutenir, sous quelques rapports, la concurrence anglaise, c'est au système continental, à Napoléon qu'elles le doivent. L'exemple de l'Espagne %n est une preuve incontestable; ce pays a payé l'amitié de l'Angleterre au prix de la destruction de ses usines et de ses établissements manufacturiers. La Russie est demeurée quatre ans à peu près fidèle à l'alliance de Tilsitt , parce que l'exclusion de l'Angleterre était indispensable à l'existence de son industrie nationale. Cela est si vrai, que, ne possédant pas de colonies à epices, elle a toujours admis les denrées coloniales de l'Angleterre, en même temps qu'elle repoussait ses produits manufacturés. L'Autriche, la Prusse, toute l'Allemagne et l'Italie, patientaient en songeant qu'elles je-

taient les bases de leur indépendance industrielle. Sans cela, comment comprendre qu'à partir de la paix de Vienne, signée en 1809, jusqu'à la campagne de 1812, l'Angleterre ait été impuissante à monter de nouvelles coalitions contre la France? Au nombre des résultats du système continental, il faut aussi ranger la fabrication du sucre de betterave, découverte française, à laquelle le haut prix du , sucre colonial, frappé d'une taxe de 60 pour 100, avait donné une grande importance, mais qui, depuis la levée du blocus, a été nuisible à notre marine, sans avoir encore beaucoup profité à la classe malheureuse.

Quant à la question maritime, elle est toujours pendante. La dictature de l'Angleterre subsiste; mais la France s'est refait une marine; la Hotte russe, que les Anglais, d'après leur manière de voir, ont eu l'imprudence de ne pas anéantir pendant qu'ils étaient en train, a considérablement augmenté; le nombre des vaisseaux américains s'accroît aussi tous les jours; le Danemark et la Hollande ont réparé en partie leurs pertes; l'Autriche, la Sardaigne, le royaume des Deux-Siciles, l'Égvpte et d autres pays, pourraient, s'il était nécessaire, entrer en ligne.

En un mot, les principes proclamés par Napoléon sur les droits des neutres, dans ses décrets de Berlin et de Milan, ont aujourd'hui pour se faire respecter des ressources plus que suffisantes. Sur ce point encore, le temps a donné raison au grand homme.

Bientôt, il faut l'espérer, l'Angleterre reconnaîtra elle-même que le pavillon couvre la marchandise, et se désistera de ses prétentions à la tyrannie des mers.

Blois , JBlesis ou Blescnsis civitas, capitale de l'ancien Blaisois, sur la rive droite de la Loire , à vingt-deux myriamètres de Paris , aujourd'hui chéflieu du département de Loir-et-Cher et d'un évêché fondé par Louis XIV en 1G97. Cette ville remonte probablement à la plus haute antiquité, quoique son nom ne se trouve ni sur la table de Peutinger, ni dans les Itiné-

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raires anciens. Les débris de constructions antiquesqu'on y a découverts, une route romaine qui la traverse, en allant iïAvaricum (Bourges) à Âulricum (Chartres) , tout porte à croire que Blois existait sous la domination romaine. Quoi qu'il en soit, son nom est prononcé pour la première fois par Grégoire de Tours, qui la nomme deux fois du temps de Gontran et de Chilpéric. C'était à cette époque un castrum, ou lieu fortifié, gouverné par un comte. Le pays dont cette ville était la capitale avait assez d'étendue. Quanta la ville elle-même, elle se composait d'un château fort, résidence du seigneur , situé à l'endroit où s'élève le château actuel , et de plusieurs bourgades groupées à Pentour. Les principales étaient le bourg de Foix , de Fisco, le bourg Moyen, le bourg Saint Jean, et Henné. Ce dernier quartier était situé dans une île de la Loire; il est nommé dans les anciens titres Evennay et parait avoir été le

Êremier quartirr habité de la ville de Jois. Quoique liés ensemble aujourd'hui , ces divers quartiers ont conservé les mêmes noms. Mais Vienne n'est plus maintenant qu'un faubourg situé de l'autre côté de la Loire.

Rien de bien important ne se passa à Blois sous la première race. Grégoire de Tours ne parle de cette ville qu'à propos d'une querelle qui s'était élevée entre ses habitants et ceux de Chartres. Sous les carlovingiens , pendant les divisions qui éclatèrent entre Louis le Débonnaire et ses (ils, ce fut aux environs de Blois, à Chousy, que Lothaire et son père se trouvèrent en présence l'un de l'autre, et conclurent un de ces accords passagers, comme ils vu conclurent tant. Plus tard, Blois fut plusieurs fois pillé par les Normands , dont les barques remontaient la Loire jusque-là. Sous la troisième race , Blois devint le chef* lieu d'un comté considérable ; et au seizième siècle, plusieurs rois de France établirent quelquefois leur résidence, lois fut, à cette époque, deux fois le siège des états généiaux, en 1577 et 1588. (Voyez Blois états de.)En 1814,

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lorsque les armées ennemies menacèrent Paris, l'impératrice Marie-Louise s'y retira momentanément, et y transporta le siégedu gouvernement impérial et de la régence, dont les derniers actes furent dates et expédiés de cette ville.

Blois, dont la population est aujourd'hui de onze mille quatre cents habitants , possède un assez grand nombre de monuments remarquables. Le • plus curieux est le château, transformé aujourd'hui en caserne , et dont quelques parties remontent au treizième siècle, comme, par exemple, la salle des états. D'autres ont été bâties par Louis XII (façade de l'est) ; par François I" ( façade du nord ) ; par Gaston d'Orléans ( façade du nord , œuvre de Mausard).*La halle, située sous le Palais de Justice, date du treizième siècle ; l'église de Saint-Nicolas etSaint- Laumer est du douzième et du treizième siècle. On remarque encore à Blois l'évéché (aujourd nui la préfecture), bâti par Gabriel , sous Louis XIV, auprèsdela cathédrale Cette ville possède en outre de vieilles maisons fort curieuses , parmi .lesquelles il faut citer l'hôtel d'Alluye et celui de Poutances, commentateur de la coutume de Blois. C'est la patrie de Denis Papin et de Jean Morin , célèbre oratorien du dix-septième siècle ; de Pierre de Blois, du médecin Jean Bernier, historien de sa natrie ; de Louis XII , du marquis de Favras , etc.

Blois (maison de). La maison de Blois , qui a donné des rois à l'Angleterre, à Jérusalem, à la Navarre, des dues à la Bretagne, et des comtes à la Champagne , se divise en deux races ; la première a la même origine que les rois Capétiens. Théodebert , quatrième aïeul de Hugues Capet, eut trois fils, dont le second, Guillaume commence la série des comtes de Blois.

1° Guillaume, tué vers 834.

2° Eudes } son fils , mort en 865 , sans enfants.

3° Robert le Fort, son cousin, mort en 866.

4° Thibaut P\ dit le Vieux et le Tricheur, son petit fils. Il possédait, outre le comté de Blois A les villes de

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Chartres, de Tours, de Meaux, de Provins , de Beauvais , et une partie du Berri. Il mourut vers 978.

5° Eudes r\ son fils, mort en 995.

6° Thibaut //, mort en 1004.

7° Eudes II le Champenois , son frère, mort en 1037, fut toujours en guerre avec les ducs de Normandie et d'Anjou , pour agrandir ses États. En 1019, à la mort d'Etienne, comte de Champagne , il reçut l investiture de ce comté. En 1027 , il s'empara de plusieurs villes de l'Anjou, se rendit maître de Sens en 1034 , puis éleva des prétentions sur les couronnes de Bourgogne , de Lorraine et d'Italie.

Mais il fut tué, en 1037 , pendant la guerre contre le duc de Lorraine. A sa mort , ses fils , Etienne H et Thibaut, se partagèrent ses États : le premier eut le comté de Champagne et la Brie, le second le comté de Blois.

8° Thibaut III refusa de se reconnaître vassal du roi Henri , et forma avec son frère et d'autres seigneurs une ligue pour le détrôner ; mais, en 1044, il fut vaincu et pris par le comte d'Anjou , et obligé de céder à celui-ci Tours, Chinon et Langev. En 1048, à la mort d'Etienne II, il lui succéda en Champagne. Il mourut en 1089. A sa mort , la Champagne passa à son dis Hugues , et le comte de Blois à

9° Etienne ou Henri, fait prisonnier en 1089 par Philippe Ier, contre lequel il s'était sans doute révolté. Il obtint sa liberté, et devint le vassal le plus soumis et le plus fidèle du roi de France. Il lui en donna une preuve éclatante lors de la révolte de Bouchard II , comte de Corbeil , qui disputait la couronne à Philippe. Etienne défit les rebelles et tua Bouchard. Eu 1096 , il alla à la croisade, et s'y distingua à la prise de Sicée et à Dorghi. Mais fatigué de la longueur du siège d'Antioche, il revint en France, en 1098. L'accusation générale de lâcheté qui s'éleva contre lui le força de retourner en terre sainte , où il fut pris à la bataille de Rama par les Sarrasins , qui le tuèrent (1102).

10° Thibaut IV le Grand succéda à son père dans les comtés de Blois ,

de Chartres et de Brie. Il aida Louis le Gros à soumettre le fameux Hugues du Puiset ; mais plus tard il soutint ce dernier contre le roi. En 1124, il vint , comme tous les autres vassaux , joindre le roi à Reims, pour marcher avec lui contre l'empereur, qui menaçait la Champagne d une invasion ; car telle était la différence que les vassaux mettaient alors entre les guerres du roi contre ses vassaux , et les guerres contre l'étranger, que dans les premières chacun se croyait libre de l'aider ou de lui refuser du secours, suivant que les intérêts de chacun l'exigeaient, au lieu quedans les autres tous se croyaient obligés de réunir leurs efforts contre l'ennemi commun de l'État.

En 1125 , il acquit la Champagne, et eut à soutenir plusieurs guerres contre Louis VII , en qualité de seigneur de cette province. A sa mort (1152), ses fils se partagèrent ses États.

1 1* Thibaut V le Bon eut le comté de Blois et de Chartres. Il alla , en i no . en terre sainte, et mourut au siège de Saint-Jean d'Acre.

12° Louis succéda à son père en 1191. Il se ligua, en 1198, avec les comtes de Flandre , du Perche , de Guines et de Toulouse , contre Philippe-Auguste , à la place duquel ils voulaient mettre Richard, roi d'Angleterre. Louis se croisa, persuadé par les prédications de Foulques ; il se distingua à la prise de Constantinople , obtint, dans le partage de l'empire grec, la ville de Nicée, et mourut, en 1205, à la bataille d'Andrinople. Il eut pour successeur

13° Thibaut f Ile Jeune, qui mourut en 1218.

Les sœurs de Thibaut VI , Marguerite et Elisabeth, lui succédèrent , la première dans le comté de Blois, la seconde dans le comté de Chartres.

14° Marguerite épousa Gautier II, seigneur d'Avesnes, qui mourut à Damiette.

15° Sa fille Marie , qui lui succéda, épousa Hugues de Châtillon, seigneur de Crécy et comte de Snint-Pol. Elle réunit au comté de Blois les seigneuries d'Avesues et de Guise.

blo L'UNIVERS, blo

16» Jean de ChâtiUon, son fils, lui succéda, en 1241, dans le comté de Blois; vers 1268, il succéda à Mahaut dans le comté de Chartres. Ce comté, depuis Elisabeth, avait passé, en 1249, à sa fille Mahaut, qui mourut sans postérité. Elle avait succédé à son père, Sulpice d'Ain boise, dans les seigneuries d'Amboise, de Montrichard et de Chaumont.

17° Jeanne de ChâtiUon, sa fille, lui succéda dans les comtés de Blois, de Chartres, de Dunois, etc. , avec son époux Pierre d'Alençon. A la mort de son mari, en 1286, elle vendit le comté de Chartres à Philippe le Bel.

Elle mourut en 1292.

18' Hugues de ChâtiUon, comte de Saint-Pol , succéda à Jeanne ,' sa cousine gèrmaine, et mourut en 1307.

19° Gui de ChâtUlon succéda à son père dans les comtés de Blois et de Dunois, etdans la seigneuried'Avesnes.

Il accompagna, en 1336, le roi Philippe de Valois dans son expédition contre les Anglais. Il mourut en 1342.

20° Louis /er de ChàtilUm servit aussi Philippe de Valois contre les Anglais, et fut tué à Crécy en 1346.

21° Louis II de ChâtUlon, comte de Blois, Dunois, Soissons, seigneur d' Avesnes , fut l'un des otages que le roi Jean donna au roi d'Angleterre pour obtenir sa liberté. Il mourut en

22° Jean II de ChâtiUon, son frère, comte de Blois, Dunois, Soissons; seigneur d'Avesnes, de Gouda, Schoonoven, de Hollande, Zélande, Frise, de Chimai , duc de Gueldre, vicomte de Chàteaudun , mourut en Hollande en 1381.

23° Gui II de ChâtUlon, son frère , lui succéda. Il était l'un des otases donnés aux Anglais pour la délivrance du roi Jean ; pour se racheter, il céda le comté de Soissons au roi d'Angleterre, qui le donna à Enguerrand de Couci , son gendre. Il combattit avec les ducs d'Anjou et de Berri , en Guvenne, contre les Anglais. En 1382, iï commanda l'arrière-garde de l'armée française à Rosebecque. Ce fut un vaillant homme, mais un grand dissipateur:

accablé de dettes, il vendit, au préjudice de ses héritiers, en 1391, les comtés de Blois, de Dunois , les seigneuries de Romorentin, de Chfiteau-Renaud , à Louis d'Orléans, pour la somme de deux cent mille francs d'or. Il mourut en 1397.

24° Louis Pr d'Orléans, comte de Blois.

25° Charles d'Orléans.

26° Louis II d'Orléans, XIIe de France, réunit les comtés de Blois et de Dunois à la couronne.

Blois ( États de). — 6 décembre 1576(*). «Henri III avaitdonnéau mois de mai de cette année un édit de pacification si favorable aux huguenots qu'ils conçurent des soupçons sur la sincérité oe cette concession, et que les catholiques, inquiets à plus juste titre, formèrent la célèore association connue sous le nom de sainte union, ou sainte ligue. Henri III effrayé céda aux instances des huguenots, qui demandaient la convocation des états généraux dans l'espoir de s'y montrer triomphants; mais son but était de se replacer à la tête du parti catholique, en faisant déclarer la religion catholique, apostolique et romaine, la seule religion des Français. Les états s'ouvrirentà Blois ; les projets du roi s'étant révélés dès les premières séances , les députés du parti huguenot quittèrent l'assemblée. A près des discussions lon-

§ues et animées , la révocation de l'édi t e pacification fut prononcée, et Henri III se déclara le chef de la ligue. De son côté, Henri de Navarre devint le chef du parti calviniste, et la guerre civile recommença avec une nouvelle violence. L'assemblée, avant de se dissoudre , avait , suivant l'usage , remis au roi ses cahiers, d'après lesquels l'ordonnance de mai 1579 fut rédigée.

Cette ordonnance contenait plusieurs dispositions prudentes et utiles , mais

(*) Nous empruntons une partie de cette notice sur les États de Blois à un savant article public par M. le comte Reugnot , sous le titre de Clironologie des états généraux, dans l'annuaire de la Société de l'histoire de France pour 1840.

BLO FRANCE.

qui ne pouvaient produire aucun effet ciiez une nation que les passions les plus violentes exaltaient , et où chacun poursuivait les armes à la main' le triomphe de son opinion religieuse. »

16 octobre 1588. — « Après la journée des barricades, le roi avait nommé le duc de Guise lieutenant général du royaume, déclaré le cardinal de Bourbon le plus proche héritier de la couronne, et remis à une assemblée d'états , qui devait se tenir à Blois, le soin de pourvoir plus amplement à ce que réclamait la situation de la France. Les élections se firent sons l'influence de ceux de lu ligue, qui donnoient singulièrement ordre que les partisans y vinssent forts, lesquels, de lietc en lieu par les prorinces, ils avoient fait banqueter (*). L'assemblée était très - nombreuse , et Blois se rendit comme l'abrégé de la France (**). » Suivant ce qui s'était passé à Orléans en 1560, et douze ans auparavant dans la même ville de Blois, les trois ordres «délibérèrent séparément. Le clergé se réunit dans le couvent des dominicains; la noblesse au Palais , et le tiers état en la maison de ville. Il y avait cent trentequatre membres du clergé , cent quatrevingts de la noblesse, et le tiers état comptait cent quatre-vingt-onze représentants. Le roi se faisait amener les députés les uns après les autres dans son cabinet, à mesure qu'ils arrivaient, et sondait leurs dispositions; le 18 octobre, il Gt lire une déclaration par laquelle il ordonnait, de l'avis et du consentement des trois états, que l'édit d'union .serait à jamais loi fondamentale, et qu'il serait présentement juré par les trois états. C'était assurer le triomphe de la ligue. Mais les espérances de Henri III s'évanouirent promptement , car les demandes hardies et réitérées de l'assemblée ne lui permirent plus de se faire illusion sur les desseins de son compétiteur. «Alors, il se décida à frapper un coup qui , sans

O Voyez Collection des états généraux, t. XIV, p. 274.

Olbid., p. a;6.

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doute, ne rétablit pas immédiatement en France l'ordre et la paix, mais qui empêcha que la couronne ne passât dans la maison de Lorraine. Le duc de Guise fut assassiné le 23 décembre; le cardinal de Guise le fut le lendemain, et on arrêta le cardinal de Bourbon.

D'un'boutde la France à l'autre, le parti catholique courut aux armes; quant à Henri III , au lieu de presser les résultats du parti extrême qu'il venait de prendre, il resta à Blois, occupé à discuter avec l'assemblée, à protester de son dévouement à la cause catholique , et à examiner des cahiers de remontrances, qui signalaient des abus auxquels les circonstances ne permettaient pas de porter remède. Les états se séparèrent le 17 janvier 1589. »

Blonde (André) , célèbre jurisconsulte du dix -huitième siècle, qui prit part aux travaux de Mey, Maultrot, Aubry, Camus, et autres canonistes.

Lors de la révolution parlementaire en 1771, il se prononça avec énergie contre les innovations du chancelier Maupeou , et se vit contraint de se réfugier en Hollande. Il rentra en France à I avènement de Louis XVI ; et, lors du rétablissement de la magistrature, il reprit lecours de ses travaux. Au commencement de la révolution , Blonde fut un des signataires d'un Mémoire à consulter, dirigé contre les décrets de l'Assemblée constituante , relativement à l'érection et à la suppression des sièges épiscopaux. Il prit part à la rédaction des Nouvelles ecclésiastiques, recueil qui faisait une vive opposition aux innovations de l'Assemblée, en ce qui concernait le clergé.

Il paraît qu'il ne fut pas étranger à la controverse non moins vive qui s'éleva, en 1791 et 1792, sur le même sujet.

Il mourut en 1794.

Blonde au (Antoine-François Raimond), général, naquit le 7 janvier 1747, en Franche-Comté; entra jeune au service, comme simple soldat, parvint bientôt au grade Je capitaine, et fut nommé, en 1792, chef du second bataillon des volontaires du Doubs.

C'est en cette qualité quîil fit, en 1793, la campagne du Rhin, pendant la*

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L'UNIVERS

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quelle il fut fait adjudant général , puis la philosophie et de la législation. Il

v*hef de brigade. En 1794, il servit vint à Paris au commencement de 1802

sous les ordres de Pichégru. En 1795, (ventôse an x), et fut admis, comme

il se trouvait à Paris lors de la révolte élève d'élite du département des Deux-

des sections , et contribua à la victoire Nèthes , à suivre les cours de X Acadê-

de la Convention. Il se distingua de mie de législation. Reçu avocat en

nouveau pendant la campagne de 1799 1805, il fut nommé la même année

en Italie. Nommé, en 1804, officier professeur suppléant à l'école de droit

de la Légion d'honneur, il se retira, deStrasbourg; trois ans après, il passa,

en 1806, à Clerval, près de Beaume- avec le même titre, à celle de Paris.

Ies-Dames, sa ville natale, et y mou- On lui offrit, en 1811, une -place de

rut le 8 mai 1825. procureur impérial au chef-lieu de l'un

Blondeau (Charles), avocat au des départements de la Hollande; mais

Mans, mort en 1G80. On a de lui un il refusa cette place, et fut chargé, en

ouvrage estimé, sous le titre de : Por- 1812, de l'enseignement du droit ro-

traits des hommes illustres de la province du Maine , le Mans , 1666 , iu-4°.

Blondeau (Claude), avocat au parlement de Paris, commença en 1672, avec Guéret, le Journal du Palais, dont il composa seul , après la mort de celui-ci , les tomes XI et XII. Le soin et la clarté qui ont présidé à la

main à la Faculté de droit de Paris. Il fut nommé définitivement à cette chaire en 1819. Enfin, le 4 août 1830, il fut nommé doyen de la Faculté de droit , fonctions qu'il exerce encore aujourd'hui.

M. Blondeau avait fondé, en 1820, un recueil périodique, intitulé: Thé-

rédaction de cette utile collection font mis, ou Bibliothèque du jurisconsulte , l'éloge des deux auteurs. Blondeau a qui a longtemps exercé sur les progrès encore publié, en 1689, sous le titre de l'étude du droit une heureuse inde Bibliothèque canonique, une nou- fluence. Il a en outre publié, avec velle édition de la Somme bénéficiaire, M. Du Caurroy, trois éditions du Juris de Laurent Bouchel , enrichie de nom- civitis Kcloga, dans lequel on a réuni breuses notes. aux Institutes de Justinien les princî- Blondeau de Charnage (Claude- paux textes du droit antéjustinien ; et, François) naquit en Franche-Comté avec M-Bonjean, une traduction des le 12 mai 1710, et mourut à Paris le Institutes accompagnée d'un Corpus 20 octobre 1776. Après avoir servi juris civilis antejustinianei, où (à quelque temps dans les milices comme l'exception des codes Théodésien , Grélieutenant, il obtint sa retraite avec gorien et Hermogénien) se trouvent

une pension, et vint se fixer à Paris, où il composa un grand nombre de brochures, qui ont été recueillies en partie sous le titre ÏÏOEuvres du chevalier Blondeau, et publiées en 2 vol.

in-12, Avignon, 1745. Le principal ouvrage de Blondeau de Charnage est un Dictionnaire de titres originaux,

réunis tous les documents juridiques antérieurs à Justinien, qui concernent spécialement le droit privé. Des articles plus ou moins étendus sur les méthodes philosophiques, sur la législation ou sur le droit, ont été donnés par M. Blondeau à divers, recueils périodiques , et notamment à la Décade

en 5 vol. in-12, Paris, 1764 et an- philosophique , au Magasin encyclo-

nées suivantes, où l'on trouve des ren- pédique, a la Bibliothèque du bar-

seiguements curieux pour l'histoire de reau et à la Bévue de législation et de

l'ancienne noblesse. jurisprudence.

Blondeau (Jean-Baptiste-Antoine- Blondeau (N.), soldat au 20e ré- Hyacinthe) , né à Namur (Belgique) le giment de chasseurs à cheval, né à 20 aoiit 1784, après avoir fait ses bu- Cotillon (Nord). En 1793 , il s'élança inanités au collège de cette ville, corn- à cheval dans l'Inn, et alla sur la rive mença a l'école centrale de Bruxelles, opposée attaquer trois dragons de Laet ensuite à celle d'Anvers, l'étude de tour, qu'il ramena prisonniers avec

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leurs chevaux. Peu de temps après, dans une charge, il sauva la vie a un grenadier français , et le dégagea des maius de deux "cavaliers, qui , à leur tour, furent obligés de se rendre. Pendant la campagne de 1796, Biondeau se trouvant à la découverte dans les environs cl Offenbourg, se mit avec le brigadier Desbordes a la poursuite de plusieurs vedettes qu'il noussa à travers un bois ; à peine s'y fut-il enfoncé, qu'il aperçut devant lui vingt -cinq hommes d'infanterie. Sans hésiter , il les somme de se rendre; ceux-ci mettent bas les armes , et l'audacieux chasseur «les dirige aussitôt vers son camarade, qu'il charge de les conduire au camp. A peine a-t-il terminé ce coup de main , qu'il part au galop , poursuit de nouveau les vedettes et ne revient qu'après avoir pris deux cavaliers et leurs chevaux. On vit quelquefois Biondeau conduire à son ré- Simentjusqu'à onze cavaliers montés et équipés.

Blondel (David) , savant ministre protestant, historiographe de France, naquit à Châlons-sur- Marne, en 1591, et mourut à Amsterdam en 1655. Ses ouvrages les plus estimés sont : des Sibylles célèbres, Paris, 1649,in-4°; de Formulœ begnante Chbisto, in veterum monumentis, usu, Amsterdam, 1646, in-4°. C'est un traité curieux et plein d'érudition , où l'auteur réfute les historiens qui prétendaient que cette formule avait commencé sous les règnes de Philippe I#r et de Philippe II, pendant l'excommunication desquels elle aurait été substituée aux années de règne ; Assertio genealooiœ franckx, Amsterdam, 2 vol. in-tol., ouvrage dont l'objet était de réfuter les livres publiés par Chifïlet contre la France; entin Barrum - Campano- Francicum adversus commenta Hum lotharingicum, J. J. Chifjletii, Amsterdam, 1652, in-fol.

Blondel (François), architecte célèbre , naquit à Ribemont , en Picarde, en 1617. Il étudia d'abord les ^Iles-lettres , et fut choisi pour accompagner, dans ses voyages, le jeune comte de Brieune. Pendant trois ans

il parcourut l'Allemagne et l'Italie. A son retour, il fut employé dans diverses négociations , visita l'Égypte , et, en 1659, il se rendit à Constantinople, en qualité d'envoyé extraordinaire, au sujet de la détention de l'ambassadeur français. Le succès qu'il obtint dans cette affaire lui valut un brevet de conseiller d'État, et il fut chargé d'enseigner au premier dauphin les lettres et les mathématiques. Il professa même cette dernière science au Collège royal.

Ce n'est que vers Tannée 1665 que Blondel dirigea son esprit vers l'architecture. Il rétablit un pont sur la Charente, à Saintes, et le décora d'un arc de triomphe. En 1669 , il fut admis à l'Académie des sciences , et Louis XIV ordonna que les travaux publics qui se feraient à Paris seraient exécutés d'après ses plans. C'est alors que Blondel dirigea la restauration des portes Saint- Antoine et Saint-Bernard, et fit élever la porte Saint-Denis, que l'on regarde comme son chef-d'œuvre. Il en fut récompensé par la place de directeur et de professeur de l'Académie d'architecture. Il publia, sous le titre de Cours d* architecture, les leçons qu'il donnait à ses élèves. Son excellent traité intitulé : Nouvelle manière de jortifier les places, 1683, lui valut le grade de maréchal de camp. Ce savant artiste mourut le 21 janvier 1686. et non pas en février , comme le prétendent tous ses biographes.

Blondel (Jacques -François) était neveu de François Blondel; il fut comme lui architecte et membre de l'Académie d'architecture. Il mourut en 1756. Nous ne savons rien sur sa vie. Son fils , Jacques Blondel , né à Rouen , en 1705, fut son élève, et non pas, comme on l'avance souvent, celui de François. En 1739, il ouvrit une école d'architecture, et le mérite de ses leçons le fit recevoir à l'Académie d'architecture, en 1755.

Les monuments qu'il éleva sont : le palais archiépiscopal de Cambrai , le portail de la cathédrale de Metz , le palais épiscopal, l'hôtel de ville et les

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casernes de cette viHe. Il mourut le 9 janvier 1774. Il avait su se tenir en dehors du mauvais gortt du dixhuitième siècU», et son école présente une grande sévérité de principes. On a de Jacques Blondel plusieurs ouvrages estimés ; nous citerons, entre autres, sonÂrchitecture française, 1 772, 4 vol. in-fol., et son Cours d'architecture civile, 9 vol. in-8°, terminé par M. Patte.

Blondel (Jean) , président à la cour impériale de Paris et l'un des rédacteurs du Code criminel , naquit à Reims, en 1733. Après avoir débuté d'une manière brillante dans la carrière du barreau , il fut nommé , en 1787, secrétaire du sceau, place qu'il occupa jusqu'à la déchéance de Louis XVI. Arrêté à cette époque, il subit une longue détention. C'est en 1803 qu'il fut appelé à la cour impériale. Il mourut en 1810. Il a publié un assez grand nombre d'ouvrages qui ont eu du succès à l'époque où ils ont paru.

Blondel (N.), sous-lieutenant de carabiniers. Atteint d'une blessure grave à la bataille d'Arlon , en 1793, il attendait du secours; près de lui se trouvait un Autrichien plus maltraité encore : un chirurgien se présente pour le panser, « Non, non, mon camarade, s'écrie Blondel; ce n'est pas moi qu'il faut secourir, c'est ce orave Autrichien qui est plus blessé que moi ! »

Blondel ou Blondt^us , poète célèbre du douzième siècle , naquit à Nesle, en Picardie, et s'attacha à Richard Cœur de Lion, roi d'Angleterre, devint son favori, et le suivit dans toutes ses expéditions. On connaît l'anecdote très-peu authentique , qui a fourni à Sedaine le sujet de son opéra de Richard Cœur de Lion. C'est à cet opéra que le nom de Blondel doit toute sa popularité. Quant à ses chansons, dont vingt-neuf se trouvent dans les manuscrits de la bibliothèque royale et de celle de l'Arsenal, elles n'ont rien de bien remarquable , et ne justifient jpoint la grande célébrité dont a joui eur auteur.

Blondin (Pierre), botaniste , né à

Audricourt, en Picardie, le 18 décembre 1G82, fut reçu à l'Académie des sciences, en 1712, et mourut Tannée suivante. ïournefort avait une telle confiance dans son savoir, qu'il le chargeait de remplir sa place au Jardin royal lorsqu'il était indisposé.

Blot le Rocher, terre et seigneurie d'Auvergne , à seize lieues ouest de Gannat.

Blot, baron de Chauvigny, gentilhomme de Gaston, duc d'Orléans , frère de Louis XIII , contribua à l'élévation du cardinal Mazarin , en l'indiquant à Richelieu, qui cherchait à remplacer le P. Joseph. Mazarin,. parvenu au ministère, oublia Blot, qui s'en vengea par des épigrammes et par des couplets satiriques. Il prit parti contre le cardinal dans la guerre de la fronde, et s'y distingua par ses bons mots et son "inépuisable gaieté.

En 1651, le parlement ayant mis à prix la tête du cardinal, Blot et Marigny, l'un deses amis, firent une répartition de la somme de cent cinquante mille francs promise par le parlement :

tant pour le nez , tant pour un oeil, tant pour une oreille. « Ce ridicule, dit Voltaire, fut tout l'effet de la proscription contre le ministre. » Blot, dans les sociétés, était surnommé l'Esprit, et madame de Sévigné dit de quelques-uns de ses couplets, qu'ils avaient le Diable au corps. Il mourut à Blois, en 1655, au moment où arrivaient en cette ville Bachaumont et son compagnon de voyage. Chapelle, qui a laissé son éloge funéraire dans les vers suivants :

Ce que fil en mourant notre pauvre ami Blot, Et ses moindres discours, et ses moindres pensées, La douleur nous défend d'en dire plus d'uu mot ; 11 fit tout ce qu'il fit d'une Ame bien sensée.

Blouse gauloise. Voyez Saye.

Blutel ( Charles- Auguste - Espr i t- Rose), né à Caen , le 29 mars 1757, était avocat à Rouen lorsqu'il fut nommé député du département de la Seine-Inférieure à la Convention nationale; il se plaça au Marais, et, dans le procès de Louis XVI, il vota pour la détention et le bannissement. A la lin de 1794, il fut envoyé dans les

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villes de Rochefort , Bordeaux et Baronne; il rendit compte à la Contention des prises faites sur les ennemis, et dénonça les commissaires qui abusaient des réquisitions. Après la journée du 13 vendémiaire an iv, il lit décréter la destitution des employés de la Convention qui avaient quitté leur poste pendant: cette journée.

Membre du Conseil des Cinq-Cents , il y lit partie de l'opposition patriotique, et chercha surtout à faire maintenir les lois de la Convention, portant prohibition des marchandises anglaises. Il fit, en février 1797, un rapport remarquable sur l'organisation des douanes, et donna, au mois de mars suivant , sa démission , motivée sur des affaires de famille. Il mourut à Rouen, le 1er novembre 1806.

Bo (Jean-Baptiste) exerçait la profession de médecin à Mur "de Barrez , département de l'Aveyron, lorsqu'il fut nommé , en 1789 , procureur syndic du district de cette ville, puis député du département de l'Aveyron à 1 Assemblée législative. Il lit partie de plusieurs comités dans cette assemblée, mais il s'y fit peu remarquer. Après la session, il fut envoyé par le même département à la Convention nationale.

Là, il se rangea parmi les députés qui formèrent, le parti de la Montagne, vota la mort de Louis XVI, et fut envoyé en mission dans la Corse et dans la Vendée. Emprisonné à Marseille par les fédéralistes, il fut délivré par l'armée de Cartaux, et revint à la Convention, qui l'envoya de nouveau dans les départements des Ardennes, de l'Aube et de la Marne , pour y organiser révolutionnairement l'administration. C'est dans le cours de cette mission qu'il faillit être tué à Aurillac, d'un coup de fusil qu'on tira sur lui. Envoyé ensuite à Nantes, il fit arrêter et conduire à Paris les membres du comité révolutionnaire, qui, sous la présidence de l'infâme Carrier, avaient commis tant d'horreurs dans cette Tille. Mais, à son retour à la Convention, il fut accusé lui-même de terrorisme, parce qu'il ne voulait point approuver les sanglants excès des ther-

T. m. 4e Livraison (Dict. encycl., etc.)

midoriens; on lui prêta des paroles atroces; on l'accusa d'avoir supposé des correspondances entre des émigrés et des citoyens, afin d'avoir des motifs pour traduire ces derniers devant les tribunaux révolutionnaires. Aucune de ces imputations ne put, être prouvée, et toutefois Tallien, Legendre et quelques autres auteurs des réactions, insistèrent pour obtenir un décret d'arrestation, qui fut enfin rendu le 8 août 179.5; mais Bo profita de l'amnistie du 4 brumaire de la même année, et fut ensuite employé comme chef de bureau au ministère âe la police. Au 18 brumaire, ses opinions républicaines lui firent perdre sa place. Il vint habiter Fontainebleau , et y reprit son ancienne profession de médecin. Il y mourut en 1812, regretté de tous ceux qui eurent des relations avec lui.

Bocage , pays de la bosse Normandie, dont Vire est le chef-lieu. Il forme aujourd'hui le département du Calvados.

Bocage, pays du Poitou, forme aujourd'hui une partie du département de la Vendée.

Bochart de Sabon (Jean-Baptiste- Gaspard) , premier président au parlement de Paris, naquit dans cette ville en 1730, d'une famille distinguée dans la magistrature, et à laquelle avait ap-

Sartenu le savant ministre protestant amuel Bochart. Habile mathématicien et astronome distingué, il soupçonna le premier que le nouvel astre que Herschell venait de découvrir pouvait bien être une planète et non une comète, comme on l'avait cru d'abord.

Il avait reconnu, en effet, que sa marche était beaucoup mieux représentée par une orbite circulaire que par une orbite parabolique. Reçu membre de l'Académie des sciences en 1779, il consacra à l'astronomie son temps et sa fortune. Il se composa un cabinet renommé par le nombre et la perfection des instruments d'observation, et qu'il mettait avec empressement à la disposition des astronomes. Il fit imprimer à ses frais le bel ouvrage de la Place, la Théorie du mouvement elliptique et de la figure de la terre. Son amour

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pour la science ne lui fît cependant pas négliger ses hautes fonctions dans la magistrature; malheureusement ces mêmes fonctions, qu'il avait toujours remplies avec zèle et dévouement , le conduisirent à l'échafaud, où il fut envoyé le 20 avril 1794, avec les autres membres de la chambre des vacations du parlement

Bochart (Samuel) naquit à Rouen en 1599. Après avoir fait à Rouen ses humanités de la manière la plus distinguée, il alla étudier la philosophie et la théologie à Sedan , puis à Saumur et à Leyde. A son retour en France, en 1628, il fut nommé pasteur de l'église réformée de Caen. C'est à cette époque

Îiu'il eut avec le jésuite Véron ces céèbres conférences où assista le duc de Longueville. Sa Géographie sacrée, qu'il publia ensuite, lui fit une grande réputation de savoir, et attira sur lui l'attention de Christine, reine de Suède, qui , par une lettre autographe, l'engagea à se rendre auprès d'elle.

Bochart fît ce voyage en 1652, fut parfaitement accueilli de la reine, et après un assez long séjour en Suède i revint à Caen reprendre ses fonctious de ministre. Il y mourut le 16 mai 1667. Bochart est l'un des érudits dont les travaux font le plus d'honneur à la France. Ses œuvres ont été publiées à Leyde en 2 vol.-in-fol., 1675, et en 3 vol. in-fol., 1692-1712. Le principal de ses ouvrages est sa Géographie sacrée. Il savait toutes les langues orientales que l'on apprenait alors, l'hébreu, le syriaque, le chaldéen et l'arabe; il voulut même dans un âge déjà fort avancé apprendre l'éthiopien.

BocK(le baron Jean-Nicolas-Étienne de) , l'un de nos plus féconds écrivains , naquit à Thionville en 1747. Il fut successivement capitaine de cavalerie et lieutenant des maréchaux de France.

Il émigra au commencement de la révolution, rentra en France en 1800, et fut nommé conseiller de préfecture à Luxembourg. Il mourut à Arlon en 1809. Il avait été l'ami de Goethe, de "Wieland et de Buffon f qui le cite quelque part avec éloge. On peut voir dans le supplément de la Biographie univer-

selle la liste complète des ouvrages du baron de Bock.

Bodabd de Tezai (Nicolas-Marie- Félix), né à Bayeux au mois d'août 1757, se livra d'abord tout entier à la poésie, puis entra dans la carrière des emplois publics, et devint, en 1792, chef de division à la caisse de l'extraordinaire; dénoncé bientôt comme modéré, il lut mis en prison, et n'en sortit qu'au 9 thermidor.Quand M. Laumond fut nommé consul général à Smyrne, Bodard l'y suivit en qualité de vice-consul. Chargé par lui d'aller à Constautiuople demander réparation des vexations que notre commerce éprouvait à Smyrne de la part des sujets mêmes du Grand Seigneur, il s'acquitta de cette mission avec succès, et profita de son retour pour visiter la Grèce.

En 1799, il fut envoyé à Naples en qualité de commissaire ou administrateur civil, fonctions qu'il ne remplit que pendant le peu de mois que les Français occupèrent ce royaume. Vers la fin 'de la même année, le gouvernement consulaire le fit passer à Gênes, en, qualité de consul général et de chargé d'affaires; il se trouva bloqué dans cette résidence lors du siège si glorieusement soutenu par Masséna.

Sa mission ne cessa qu'avec l'existence de la république ligurienne. A cette époque, il obtint sa retraite. Bodard est mort à Paris le 13 janvier 1823. Il est auteur d'un assez grand nombre de comédies qui ont eu quelque succès, mais qui sont aujourd'hui complètement oubliées.

Bodel (Jehan), trouvère artésien, se croisa pendant la première croisade de saint Louis, et, en 1269, allait suivre ce roi dans sa seconde expédition d'outre-mer, lorsqu'il fut atteint de la lèpre, et réduit à renoncer à vivre avec ses semblables. Il s'ensevelit alors dans une retraite prôtonde , après avoir adressé de touchants adieux a ses concitoyens. A cette époque, dit M. Monmerqué, qui a publié une savante dissertation sur Jehan Bodel , à cette époque « la langue romane du Nord se divisait en trois principaux dialectes. A la cour de nos rois, à Paris et

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dans l'ancienne France, on parlait le roman le plus pur et le plus intelligible. Guillaume de Lorris et Jehan de Meung, son continuateur, l'ont employé dans le roman de la Rose. L'anglo-normand est le second de ces dialectés; Guillaume, duc de Normandie, en conquérant l'Angleterre, imposa ses lois et son langage à ses . nouveaux sujets. Ceuxci y mêlèrent des mots saxons et danois, et ils en altérèrent la prononciation. Waee se servit de ce dialecte.

■On parlait le troisième dialecte dans le comté d'Artois et dans le Cambresis; il a de l'analogie avec le patois picard encore en usage dans nos provinces du Nord. Nos trouvères Jehan Bodel et Adam de la Halle l'ont employé dans leurs essais dramatiques.

C'est malheureusement ,1e plus obscur et le plus barbare des jargons romans. »

Bodel a composé sur la vie de saint Nicolas, évéque de Myre, une pièce dramatique en vers de douze et de huit syllabes. Cette pièce est un des plus anciens ouvrages que notre langue ait produits dans ce genre. On y remarque ces deux vers , qui rappellent ceux du Cid de Corneille :

So^Bcor, se je sais joncs, ne m'aies en despit. On» Tén souvent grant cuer en cors petit.

BODILLON, BODILO OU BODOLEN ,

l'un des grands de la cour de Childeric 11. Ce prince l'ayant fait attacher 3 un poteau et battre de verges , comme |w esclave, Bodillon lui jura une haine implacable. Pour mieux assurer sa Tendance, il s'unit à ceux qui comme toi avaient reçu des injures personnelles, et alla 'surprendre le roi, qui ^ssait dans la forêt de Leuconie (aujourd'hui la forêt de Bondi), non loin k la maison royale deCheUes. Pendant qu'il l'égorgeait de sa propre main, ses complices massacrèrent la reine Blitilde, qui était enceinte, et l'aîné feses fils, nommé Dagobert (693). On w connaît aucune autre particularité sur Bodillon , qui du reste paraît n'agir pas agi seulement par des motifs r*nonnels, mais encore avoir été l'a- Çfnt d'une vaste conspiration , orga- ^ contre Childéric, par tous les grands du royaume.

Bodin (Félix), fils de Jean-François Bodin, naquit à Saumur en décembre 1 795. On lui doit la première idée des Résumés historiques, dont il commença l'importante collection en 1821 , en publiant le Résumé de l'histoire de France , 1 vol. in-18, qui a eu un grand succès. Il a fait paraître, en 1823, le Résumé de l'histoire d'Angleterre , 1 vol. in-18; en 1824, Études historiques sur les assemblées représentatives (cours d'histoire fait à l'Athénée), 1 vol. in-18. M. Félix Bodin a coopéré à la rédaction d'un grand nombre de feuilles périodiques, telles que le Constitutionnel ? le Miroir, les Tablettes, le Viable boiteux, la Revue encyclopédit/ue , le Mercure du dixneuvième siècle, etc. Il a paru de lui, dans le Globe, le Mercure et la Revue, divers fragments de romans historiques, dont un a pour sujet V Établissement d'une commune; un autre, la Fin du monde, ou Récit de Van mil; enlin des fragments de Y Histoire de la révolution Jrançaise de 1356, ou des états généra ux'sous le roi Jean. Bodin est mort à Paris, le 7 mai 1837.

Bodin (Jean) naquit à Angers, vers 1530. Après avoir étudié le droit à Toulouse, il essava de suivre le barreau de Paris; mais il ne put lutter avec Brisson, Pasquier, Pithou , et se voua dès lors à la politique. Les premiers ouvrages qu'il publia lui acquirent une certaine réputation, et Henri III l'admit dans ses conversations particulières. Mais l'envie des courtisans lui- fit bientôt perdre la faveur du roi. Cependant, il trouva un protecteur dans le duc d'Anjou, le chef des politiques, dont Bodin devint alors le conseiller , et qu'il accompagna dans sou expédition des Pays-Bas. A la mort du duc d'Anjou (1576), Bodin se retira à Laon , et , la même année , il fut nommé , par le tiers état du Vermandois , député aux états de Blois. 11 y défendit les édits de pacification , et s'opposa à l'aliénation du domaine. En 1589, il fit déclarer la ville de Laon en faveur de la ligue ; et , plus tard , il contribua à y faire reconnaître les droits de Henri IV à la couronne de

52 BOD L'UNIVERS. BOD

France. Il mourut à Laon de la peste, en 1596. Nous ne citerons pas tous les ouvrages de Bodin; nous nous contenterons de parler de celui qui l'a surtout rendu célèbre, c'est-à-dire, de ses Siœ livres de la république , publiés en 1577.

Voici le jugement que porte sur cet ouvrage tin écrivain dont nous partageons sur ce point toutes les opinions :

« Bodin doit être regardé comme le père de la science politique en France, et même, si Ton en excepte Machiavel , en Europe. Ses ouvrages , peu consultés aujourd'hui par le public, à cause de leur style vieilli, de leur forme peu attrayante, et des divagations fatigantes dont ils sont semés , ont cependant exercé une influence considérable dans le monde. Entourés, dans le temps de leur nouveauté, d'une faveur singulière , ils ont rempli la France ; et , traduits dans presque toutes les langues, ils se sont établis,

fiour ainsi dire, sur tous les points de 'Europe. Partout ils ont servi à donner l'exemple d'une étude sérieuse des questions politiques; et, placés au premier rang dans les bibliothèques des publicistes , ils n'ont pas été inutiles aux écrits plus modernes derrière lesquels ils sont maintenant éclipsés.

« Son traité de la république est son

fnrincipal ouvrage. Ce ne sont point es principes républicains , comme on pourrait, au premier abord, l'imaginer d'après le titre, qui y dominent ; l'auteur y examine les diverses sortes de gouvernements de la chose publique que l'histoire des nations nous présente , s'efforce de fixer leurs principes et leurs caractères ; et , sans eii ' condamner aucun , hormis ceux qui sont excessifs , tels que la tyrannie et l'anarchie, il laisse voir son penchant pour ce qu'il nomme la monarchie royale, ou la monarchie tempérée par les lois.

• «...Bien différent de Machiavel, qui s'était précisément proposé de réunir dans son livre la théorie des calculs déréglés de la politique, Bodin

se propose au contraire d'en fixer les véritables fondements. Au lieu d'adopter pour principe l'intérêt personnel des princes , il prend pour point de départ l'intérêt général de la communauté ou république , et dès lors il n'est pas étonnant de le voir conduit, nonobstant sa fidélité à la monarchie, à des conséquences entièrement opposées à celles du diplomate italien.

L'un a pris pour titre de son livre , le Prince , l'autre , la République ; cela seul montre assez leurs différences.

Aussi Bodin attaque-t-il vertement dans sa préface, sans trop déguiser son antipathie contre Machiavel, ceux qui, sans se soucier aucunement des lois et du droit public , sont venus profaner « les sacrez mystères de la philosophie politique. » Ce livre est donc bien plutôt la contre-partie que l'imitation de celui de Machiavel. C'est un noble commencement pour l'école " française (*). »

Bodin (Jean-François) , né à Angers , en 1776 , fut chargé de l'administration du district de Saint-Florent (Maine-et-Loire), et' fut attaché en qualité de payeur à l'armée de l'Ouest. Le gouvernement lui offrit alors la place de payeur général de la Vendée; M. Bodin la refusa, lorsqu'il eut appris qu'elle était remplie par un père de famille estimable, et dénoncé pour ses opinions politiques. Les événements de 1815 trouvèrent Bodin receveur particulier à Saumur. Sa conduite dans ces circonstances difficiles fut celle d'un administrateur zélé pour les intérêts de son pays ; mais ce dévouement ne lui attira que des persécutions , à la suite desquelles il perdit sa place. Cependant, ni les entraves du ministère , ni les manœuvres d'un parti, ne purent empêcher, en 1820, son élection à la chambre des députés, où il siégea jusqu'en 1823. Depuis cette époque jusqu'à sa mort , arrivée à Launay en 1829, il ne s'occupa plus que de la culture des sciences et des lettres. Il avait été nommé, en 1821,

(*) Reynaud , art. Bomw, dans l'Encyclopédie nouvelle.

BOP

PRANCE.

la restauration du Palais - Bourbon (1720), plusieurs hôtels, entre autres ceux de Guerchy, de Voyer, de Duras, de ïingry ; la porte de l'hôtel de Villars ; dans les provinces : le palais de Nancy, et les châteaux de Lunéville et de'Harroné en Lorraine, et celui de Bosfiette, près de Melun. Comme ingénieur, il a fait construire le célèbre puits de Bicétre et le pont de Sens. 11 a publié ;sur son art divers ouvrages, dont le plus important a pour titre :

Livre d 'architecture , contenant les principes généraux de cet art , et les plans, élévations et profils de quelques-uns des bâtiments faits en France et dans les pays étrangers, Paris, 1745 , in-fol. , avec soixante-dix planches. Telles sont les productions de cet artiste ; il nous reste à les apprécier. Boffrand était élère de J.

H. Mansard, et Palladio fut toujours son modèle ; mais il vécut à une époque où les arts tombaient en décadence ; et , loin de lutter , comme Blondel , contre le mauvais godt de son siècle, il y céda entièrement, et contribua même à augmenter la décadence. On peut avoir, dans la décoration intérieure de l'hôtel Soubise , confiée à Boffrand en 1737 , une preuve de ce mauvais goût : de petites chambres, des réduits décorés de plates peintures de Boucher, de Natoire, de la Trémollière , représentant des sujets mvthologiques , des femmes nues, mal peintes, mal dessinées; des ornements en chicorée se trouvent partout ; tout est contourné.

Boguet (Henri), né dans le seizième siècle en Franche-Comté , était grand juge de la terre de Saint-Claude. Parmi les ouvrages qu'il a laissés, le suivant, devenu très-rare , était autrefois très-

correspondant de l'Institut.

Il avait publié sur la province d'Anjou deux ouvrages statistiques , aussi remarquables par l'érudition que par la richesse de style. Us ont pour titre : Recherclies historiques sur Saumur et le Haut- Anjou, avec gravures dessinées par l'auteur , 2 vol. in-8°, 1821 et 1822 ; Recherches historiques sur Angers et le Bas Anjou, avec gravures, 2 vol. in-8°.

Bodin ( Pierre - Joseph - François ) était chirurgien à Lymerais , en Touraine, lorsqu'il fut élu, en 1789, maire deGoumay. Il fut nommé, en 1792j, député du département d'Indre-et- Loire à la Convention nationale. Il se plaça au côté droit de cette assemblée ; et, dans le procès de Louis XVI, il vota la détention et la déportation à la paix. Le 2 octobre 1793 , il appuya et amenda la motion de Bourdon de TOise en faveur des citoyens incarcérés avant le 10 thermidor. Il fut ensuite'élu secrétaire de l'Assemblée, et lit décréter la liberté des entreprises de voitures publiques. Le 30 mai 1*95 , il contribua à faire dispenser du service de la garde nationale les ouvriers indigents. Peu de temps après, il fut envoyé en mission à l'armée de l'Ouest. Il entra ensuite au Conseil des Cinq-Cents, en sortit le 10 mai 1797, et fut réélu , en 1799, par le département des Deux-Sèvres. Après le 18 brumaire, il fut nommé commandant de la gendarmerie du département de Loir-et-Cher, place qu'il occupa jusqu'à sa mort, arrivée à Blois en 1810.

Boetie (Etienne de la ). Voyez la Boetie.

Boffrand (Germain), architecte et ingénieur des ponts et chaussées , naquit à Nantes, le 7 mai 16G7, et

mourut à Paris , le 18 mars 1754. recherché ; c'est le Discours des sor Après avoir étudié la sculpture sous . ciers tiré de quelques procès , avec Girardon , il se livra entièrement à une instruction pour un juge en sori'architecture , et fut reçu à l'Acadé- ceUerie. L'extrême crédulité et le zèle m»e en 1719. Boffrand a élevé un farouche qu'il y montre font frémir, grand nombre de monuments en quand on pense que ce manuel d'assas- Franceet à l'étranger. Les principaux sinat juridique fut écrit après expéwot , à l'étranger , la résidence de rience , et que la théorie de l'écrivain Wurtzbourg et le château de la Favo- était le résultat de la pratique du juge, file, près de Mayence (1725); à Paris: Boguet publia encore les Actions de

54 non

la vie et de ta mort de saint Claudt, et le premier traité qui ait été fait sur la coutume de Franche-Comté. Nommé en 1G18 conseiller au parlement de Dôle, il fallut un ordre exprès du roi pour l'enregistrement de ses lettres de nomination, auquel se refusait le parlement.

Bohan (Alain) , membre de l'Assemblée législative , fut envoyé , en 1792, par le département du Finistère, à la Convention nationale. Dans le procès de Louis XVI , il vota successivement pour l'appel au peuple , pour la mort , et pour le sursis. Il signa la protestation contre la journée du 31 mai , organisée contre les girondins , et fut un des soixante-treize députés de ce parti que celui de la Montagne fit arrêter, et qui furent mis en liberté après lé1!) thermidor. Bohan fit encore partie du Conseil des Cinq-Cents en 1795 et 1798 ; mais, depuis le 18 brumaire , il s'est tenu dans l'obscurité la plus profonde.

Bohême (relations de la France avec la). — La Bohême eut pour premiers habitants connus les Bôïens (Boii), peuplade celtique, sortie des Gaules sous la conduite de Sigovèse, vers l'an 164 de la fondation de Rome. Avant l'arrivée des Boïens, du nom desquels a été formé celui de Bohême , ce pays ne portait aucune dénomination particulière ou du moins généralement connue ; il faisait partie 5e la forêt Hercinie, si célèbre dans l'antiquité. Ainsi* la Bohême dut naissance à une émigration de Gaulois; mais les Boïens ne paraissent pas avoir eu avec les habitants de la Gaule d'autres rapports que ceux d'une commune origine.

Il en fut autrement pour les Tchèques, peuple slave qui, au sixième siècle, se superposa aux Marcomans, lesquels avaient eux-mêmes envahi le territoire des Boïens sous le règne d'Auguste. Les Tchècjues reconnurent la suzeraineté des Mérovingiens, et ils ne se lassaient pas d'implorer l'assistance de ces princes contre les attaques continuelles des Avares. Étant passés sous le joug des Avares dans les pre-

Bon

mières années du septième siècle, les Tchèques eurent le bonheur d'en être délivrés , vers l'an 630, par le courage d'un chef énergique nommé Samo , qui étendit en outre sa domination sur la plupart des tribus slaves , cantonnées dans la Moravie, la basse Silésie, la Lusace et la Misnie. Ce Samo, d'origine slave selon les uns, d'origine franque suivant les autres , tenta de consolider son autorité naissante par une alliance avec Dagobert. Mais l'empereur des Francs ayant dédaigné de traiter avec un peuple vassal et encore païen , des hostilités s'ensuivirent dans lesquelles Samo remporta l'avantage. Dès lors, les Tchèques, attirés par l'appât d'un butin considérable, firent de fréquentes incursions dans les provinces de l'empire mérovingien. Voici, du reste, comment les faits dont il s'agit sont rapportés dans la Chronique de Frédégaire , qui désigne , sous le nom de Venèdes ou Esclavons , le mélange de peuples slaves auxquels commandait Samo , et donne à ce dernier une origine franque et le nom de Samon.

« La quarantième année du règne de Chlotner,un certain homme, nommé Samon , de la nation des Francs, s'associa plusieurs hommes du Sundgau qui faisaient le négoce avec lui , et se rendit chez les Esclavons, surnommés les Venèdes, pour y commercer. Les Esclavons avaient déjà commencé à se soulever contre les Avares , surnommés les Huns, et contre leur roi Gagan. Les Venèdes , surnommés Bi- Jidci, étaient depuis longtemps alliés des Huns : lorsque lesHuns attaquaient quelque nation, ils se tenaient rangés en bataille devant leur camp , et les Venèdes combattaient : s'ils remportaient la victoire, alors les Huns s'avançaient pour piller ; si les Venèdes étaient vaincus , les Huns venaient à leur secours. Ils appelaient les Venèdes Bifulces, parce qu'ils combattaient deux fois, attaquant toujours avant les Huns. Les Huns venaient tous les ans passer l'hiver chez les Esclavons.

Ils prenaient pour leur lit les femmes et les filles des Esclavons , qui leur

L'UNIVERS

BOH

payaient des tributs , outre bien d'autres oppressions. Les fils des Fîuns au'ils avaient eus des femmes et des filles esclavonnes , ne pouvant à la fin supporter cette honte et ce jou£ , refusèrent d'obéir aux Huns, et commencèrent à se soulever. Les Venèdes s'étant avancés contre les Huns, le marchand Samon alla avec eux , et sa bravoure fut si grande qu'elle excita l'admiration ; aussi les Venèdes taillèrent en pièces un nombre étonnant de Htins. Les Venèdes voyant la bravoure de Samon , le créèrent leur roi, et il les gouverna pendant trentecinq ans avec bonheur. Sous son règne, les Venèdes soutinrent contre . ies Huns plusieurs combats, et, par sa prudence et son courage, ils turent toujours vainqueurs. Samon avait douze femmes de la nation des Venèdes, et il en eut vingt-deux fils et quinze filles.

: « Cette année (631) . les Esclavons, surnommés les Venèdes, sous le roi Samon , tuèrent un grand nombre de négociants francs, et les dépouillèrent de leurs biens. Ce fut le commencement de la querelle entre Dagobert et Samon. Dagobert ayant envoyé Sichaire en députation auprès de Samon, lui demandait de faire justice de la mort des commerçants que ses gens avaient tués, et du* pillage de leurs biens; Samon ne voulut point vpir Sichaire , et ne lui permit pas de venir vers lui. Sichaire ay-ant revêtu des habits d'Esclavon , parvint ainsi en présence de Samon, et lui dit tout ce qu'il avait reçu Tordre de déclarer ; mais, comme il arrive parmi les païens et les méchants orgueilleux, Samon ne répara rien du mal qui avait été commis , disant seulement qu'il avait intention de tenir un plaid pour que la justice fut réciproquement rendue sur ces contestations et d'autres qui s'étaient élevées en même temps. Sichaire , envoyé insensé , adressa alors à Samon des paroles et des menaces qu'on ne lui avait point ordonné de faire , disant que lui et son peuple devaient soumission à Dagobert. Samon, offensé, lui répondit :

« La terre que nous habitons est à « Dagobert, et nous sommes ses hom- « mes, mais à condition qu'il voudra « conserver amitié avec nous. » Sichaire dit : « Il n'est pas possible que « des chrétiens , serviteurs de Dieu , « fassent amitié avec des chiens. »

Samon lui répliqua alors : « Si vous « êtes les serviteurs de Dieu , nous « sommes les chiens de Dieu; et « puisque vous agissez continuelle- « ment contre lui , nous avons reçu « la permission de vous déchirer à « coups de dents; » et Sichaire fut chassé hors de la présence de Samon.

« Lorsqu'il vint annoncer ces paroles à Dagobert , celui-ci ordonna avec orgueil de lever, dans tout le royaume d'Ostrusie , une armée contre Samon et les Venèdes. Trois troupes marchèrent alors contre eux. Les Lombards, à l'appui de Dagobert , s'avancèrent de leur côté. Les Esclavons de tous les pays se préparèrent à résister. Une armée d'Alemans, commandée par le duc Chlodobert, remporta une victoire dans les lieux où elle entra.

Les Lombards remportèrent aussi une victoire, et emmenèrent, ainsi que les Alemans , un grand nombre de captifs esclavons. Mais les Ostrasiens ayant entouré Wogastibourg, où s'étaient renfermés la plupart des plus braves Venèdes, après avoir combattu pendant trois jours , furent taillés en pièces, et abandonnant, pour fuir, leurs tentes et tous leurs équipages, s'en retournèrent dans leur pays. A la suite de cela , les YV>nèdes , ravageant à plusieurs reprises la Thuringe et les lieux voisins , se jetèrent sur le royaume des Francs. Dervan, duc des Sorabes, peuple d'origine esclavonne, et qui, autrefois, avait été soumis aux Francs, se rendit , avec ses sujets , sous le pouvoir de Samon. Ce ne fut

fias tant le courage des Venèdes qui eur fit remporter cette victoire sur les Ostrasiens, que l'abattement de ceux-ci qui se voyaient haïs de Dagobert et continuellement dépouillés par lui. »

Trop faible pour venger cette défaite* , Dagobert se reposa sur les Saxons du soin de contenir les peuples

qui s'étaient rangés sous les ordres de II y eut cependant , au quatorzième Samo. Exemptés du tribut , à cet ef- siècle, un moment où les relations de fet , les Saxons ne remplirent que la France avec la Bohême furent trèstrès- imparfaitement leur tache. actives et très-amicales. Ce fut lorsque Les Bohèmes ne jouirent pas de la la Bohême eut passé dans la maison même impunité sous la dynastie car- de Luxembourg, sous le règne de Jean lovingienne ; nous disons les Bohèmes, et de son fils Charles Ier, qui prit le car c'est, désormais, de ce nom qu'il nom de Charles IV en devenant emfaut appeler la nation qui résulta du pereur d'Allemagne. Jean de Luxemmélange des Boïens , des Marcomans bourg, roi de Bohême, vécut dans et des Tchèques , avec d'autres peu- l'intimité de Charles le Bel et de son plades slaves et germaniques, nation • successeur, Philippe de Valois. Désiqui resta fidèle à Samo, même après reux de renverser l'empereur Louis de la dissolution de la confédération for- Bavière, le roi de Bohême se rendit à mée par ce chef, et continua d'être la cour de France et promit à Charles gouvernée par des princes de la même le Bel l'appui des deux archevêques de famille. De 805 à 806 , Charlemagne Trêves et de Cologne et celui d'un

f)orta la guerre chez les Bohèmes, et grand nombre d'autres princes allées contraignit à lui payer un tribut mands. Avec Philippe - Auguste et annuel en qualité de vassaux. Ils de- Philippe le Bel, les rois de France meurèrent dans cette condition sous étaient devenus prépondérants en Eule règne du successeur de Charlema- rope , et la couronne impériale était gne. En effet, Hostiwit, leur chef, un appât qui flattait leur ambition, sollicita de Louis le Débonnaire la Charles le Bel , encouragé par le roi confirmation de son titre ducal. Tou- de Bohême, se mit donc sur les rangs tefois, pendant les querelles du mo- des compétiteurs; suivi d'une cour narque franc avec ses fils, les Bohé- nombreuse et brillante, il se rendit à mes levèrent plus d'une fois l'étendard Bar- sur-Aube pour mieux influencer de la révolte. l'élection; mais la vue des Français A l'époque du partage d'Aix-la-Cha- ayant réveillé les craintes qu'inspirait pelle (817), la Bohême entra dans le leur puissance, les Allemands déclaiot départi à Louis II, qui eut en ou- rèrent qu'ils n'avaient pas besoin de tre à gouverner la Bavière, la Carin- princes étrangers pour les gouverner, thie et les pays voisins du Danube, et la candidature du roi de France conquis sur les Slaves et sur les A va- échoua. Jean de Bohême ne se brouilla res. En 843 , lors du partage de Ver- pas pour cela avec le gouvernement dun, ce même prince, qui prit alors le français , car , quelques années plus nom de Louis le Germanique, conti- tard,* il en obtint un corps de troupes nua de régner sur les Bohèmes, ou auxiliaires qu'il mena en Italie, où la du moins de les compter au nombre fortune lui lut défavorable, de ses vassaux. Riais, dès ce moment, Toujours par voie et par chemin , ils commencèrent à être entraînés le roi de Bohême fit de fréquents vers l'Allemagne; et, malgré l'espèce voyages en France, où il résida deux d'indépendance dont ils jouirent de années consécutives sous le rècne de 871 à 894 , grâce à la protection de Philippe de Valois, avec lequel il était Svaitopluk le Grand, roi de Moravie, encore mieux qu'avec son prédécesils finirent par tomber complètement seur. On peut même dire qu'il devint dans la sphère de l'Empire germani- Français, puisqu'il fut chargé du conique , à la constitution duquel ils ad- mandement du Languedoc. On lit , à* hérèrent, à Ratisbonne , le 15 juillet ce sujet, dans l'histoire de ce pays : 895. Alors ils devinrent de plus en « Par des lettres données à Estrépilli plus étrangers à la France, dont le mor- « vers Mantes, le dernier de novemceliement féodal diminuait et anéan- « bre 1338, Philippe de Valois établit tissait presque l'inlluence extérieure. « son très-cher cousin et féal Jean,

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« roi de Bohême, capitaine général, et • son lieutenant sur tous autres en « tout le Languedoc, avec pouvoir de « prendre, recevoir, retenir, faire gar- « nir, garder et établir, comme bon r lui semblera , les château , ville et « appartenances de Penne , en Agé- « nois, et de faire en ce cas et en tout « ce qui en dépend, en tous autres qui « le touchent, en toute ladite Langue- « doc , tout ce qu'il pourrait y taire « lui-même s'il y était présent. » On voit par ces lettres, dit dom Vais* sette, quelle était l'étendue de l'autorité du roi de Bohême dans la province. En effet, il accorda par lui-même divers anoblissements dans le pays , et on voit des rémissions et des grâces données par Guillaume de Villars , en qualité de commissaire député par ce prince , dans les parties du Languedoc.

Cest donc en qualité de vassal de Philippe de Valois que le roi de Bohême, devenu aveugle, figura dans les rangs des chevaliers français à la bataille de Crécy ; mais ce qu'il y a de plus étonnant, c'est que son fils Charles, cependant déjà empereur d'Allemagne, se trouva aussi à la même bataille. Au fort de la mêlée, Jean l'Aveugle (tel était le nom que l'on donnait alors au roi de Bohême) , npprenant que la victoire penchait du coté des Anglais, dit aux chevaliers de son entourage de le mener à l'endroit où combattait son fils Charles. Comme on lui représentait qu'étant privé de la vue, c'était se précipiter inutilement dans le danger:

N'importe, dit-il, je veux faire un coup d'épée; et il ne sera pas dit que je serai venu ici pour rien, — Sire, reprirent les chevaliers, nous vous accompagnerons partout. Alors ils attachèrent son cheval aux leurs, et le conduisirent à l'ennemi. Jean périt victime de sa témérité, ainsi que tous ses compagnons d'armes; plus heureux, son fils en fut quitte pour oes blessures (*).

Charles IV était pour la France un

(*) Voir r Allemagne , t. II, p. 3a et suivantes.

allié très-précieux , d'abord à cause de sa qualité de chef de l'Empire germanique, et ensuite parce qu'il avait su se rendre populaire parmi les habitants de la Bohême, aux intérêts desquels il sacrifiait les intérêts de l'Allemagne; tandis que Jean avait toujours fait peu de cas de la Bohême et avait même essayé de l'abandonner, en échange du palatinat voisin de son duché de Luxembourg.

La politique de Charles IV, peu faite pour plaire aux Allemands, convenait parfaitement à la France, dont l'amitié était indispensable au roi de Bohême pour la réalisation de ses desseins ambitieux : avec un autre empereur, au contraire, la France aurait pu redouter une nouvelle alliance de l'Allemagne et de l'Angleterre, ce qui aurait encore aggravé les dangers de sa situation.

Aussi Charles le Sage, diplomate habile, s'appliqua-t-il à entretenir la bonne harmonie entre la France et la Bohême, et il dut une partie de ses succès à ce système. Élevé à la cour de France, ayant fait ses premières armes avec les chevaliers français, ne

fjouvant réussir qu'avec le concours de a France, le roi de Bohême se montra sensible aux bons procédés de Charles le Sage, et, en 1377, il vint lui-même à Paris resserrer les nœuds d'une amitié commune. Nous ne parlerons pas ici des fêtes auxquelles donna lieu son voyage en France (*) : nous nous bornerons à rappeler que Charles IV, pour reconnaître les honneurs dont l'avait entouré le roi de France, nomma, en 1378, le dauphin Charles vicaire général de l'Empire dans le royaume d'Arles et le Dauphiné; nomination qui prépara la réunion successive du Dauphiné et de la Provence à la monarchie française. Malheureusement la mort de Charles IV, qui eut lieu dans le mois de décembre de la même année, vint rompre l'alliance des deux

()rinces au moment où elle allait avoir es résultats les plus utiles. Charles le

(*) On peut en voir un récit curieux dans le second volume de I'Aixkmagke , pages 37 et suivantes.

de Luxembourg, Antoine de Bourgogne, qui périt dans les rangs de l*ar-

5* B6H L'UTOVERS. BOH

Sage lui-même mourut trois ans plus ayant été choisi pour arbitre dans une

tard. auerelle qui divisait Thibaut, comte

Sous Charles VI et Venceslas VI, de Bar, et Henri III, comte de Luxemsuccesseur de Charles IV à la cou- bourg, le monarque français rendit ronne de Bohême et à la dignité impé- une sentence favorable à ce dernier, riale, l'alliance existait encore, et ces Dès lors la maison de Luxembourg tédeux monarques eurent une conférence moigna à la France un attachement à Reims; mais bientôt les troubles qui qui ne se démentit jamais. En 1294, le survinrent en même temps en deçà et comte Henri V de Luxembourg signa au delà du Rhin mirent un terme à un traité avec Philippe le Bel, contre l'union de la Bohême et de la France. Édouard d'Angleterre, moyennant une

Venceslas, de plus en plus odieux rente de &00 livres tournois et une

aux Bohèmes, n'eut plus de point somme de 600 livres, et marcha en

d'appui contre la rivalité des autres personne contre les Andais. Pendant

États allemands, principalement de la presque toute la durée de la guerre de

Bavière et de l'Autriche, et les que- cent ans que nous fit l'Angleterre, les

relies religieuses des Hussites vinrent Luxembourgeois furent nos auxiliaires;

ensanglanter encore la fin de son règne de même que l'on voit Jean l'Aveugle

et celui de Sigismond son successeur, et son fils Charles IV à la bataille de

Albert d'Autriche, fils d'Albert IV, duc Crécy, ainsi l'on retrouve à la bataille

d'Autriche, et de Jeanne de Bavière, d'Azincourt, en 1415, un autre duc monta sur le trône de la Bohême, qui ne tarda pas à perdre son indépendance

et à devenir un fief de l'Autriche. Dès méc française. En 1402, Josse s'était

lors, elle n'eut plus de rapports directs démis du gouvernement du Luxem-

avec aucun peuple. bourg en faveur de Louis , duc d'Or-

Ainsi donc, descendants d'une peu- léans , frère de Charles VI , qu'une

Slade gauloise, les Bohèmes sont pen- mort précoce empêcha de profiter long-

ant quelque temps vassaux des Méro- temps de cet avantage; mais ce serait

vingiens et# des Carlovingiens , puis anticiper sur l'article qui sera consa-

deviennent membres de l'Empire ger- cré aux relations de la France avec le

manique, et enfin entrent en relations Luxembourg, que de.pousser plus loin

d'amitié avec la France. A vrai dire, et d'énumérer d'autres preuves à l'ap-

l'alliance de la France et de la Bohême pui de cette vérité. Qu'il suffise d'a-

au quatorzième siècle fut un événement jouter que , vers la fin de la guerre de

fortuit plutôt que le résultat d'un sys- trente ans , Richelieu fut d'autant

tème politique. Sans le droit de suc- mieux inspiré en recherchant l'alliance

cession, qui porta les princes dé la de la Bavière, que le malheureux état

maison de Luxembourg sur le trône où les divisions religieuses et les ar-

de Bohême, il est douteux que les rois niées autrichiennes avaient réduit la

de France eussent songé ou fussent Bohême ne permettait plus de s'àp-

Êarvenus à se ménager l'alliance de la puyer sur ce pays. C'est ainsi que le ohême, qui leur permit un moment ministre-roi, qui semble avoir été le de paralyser les mavaises dispositions précurseur de Louis XIV en toutes de l'Autriche, de la Bavière, de la choses, jeta les bases de l'union de la Confédération germanique enfin, en France et de la Bavière, union natuplaçant tous les princes allemands en- relie qui devait, dans plusieurs cirtre deux feux. Le principal mérite de constances, être d'une si grande utilité Charles le Bel , de Philippe de Valois aux deux pays contre les empiétements et de Charles le Sage, c'est d'avoir su de la maison d'Autriche. Pour en retirer parti de l'occasion lorsqu'elle s'est venir à l'alliance de la France avec la présentée. Si l'on veut trouver la cause Bohême, nous dirons, en terminant, première de cette alliance , il faut rc- qu'elle a eu pour les Bohèmes des surmonter jusqu'à saint Louis. En 1268, tes d'autant plus heureuses, que Jean

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de Luxembourg et son fils Charles IV imitèrent souvent la politique des rois de France, et, à leur exemple, favorisèrent l'affranchissement des communes autant que les résistances des • seigneurs féodaux le leur permirent.

Bohémiens , nom que Ton donne , en France, à des troupes de vagabonds à demi sauvages, qui , depuis Te quinzième siècle , parcourent l'Europe sans se mêler aux autres peuples, dont ils savent exploiter la crédulité et les passions. Toutes les langues de l'Europe ont, pour les désigner, une dénomination particulière; c'est ainsi qu'on les appelle Heidenen (idolâtres) en Hollande; Tartares, en Suède et en Danemark; Pharaohites, en Hongrie; Égyptiens (Gypsies) en Angleterre; Oitanos, en Espagne; Zingari, en Italie et en Dalmatie; Tchinganes, en Turquie; Cigales, en Valachie et en Alold avie. Ils se donnertt à eux-mêmes le nom de Zigeuner, et c'est celui sous lequel ils sont maintenant le plus généralement désignés.

C'est en 1427 que Ton vit arriver à Paris les premières troupes de Bohémiens. Ils se disaient originaires de la petite Egypte, convertis une première fois à la foi chrétienne, puis retombés dans le mahométisme , et enfin reçus à résipiscence par le pape Martin V, aui leur avait ordonne, disaient -ils, de courir le monde pendant sept ans , sans se coucher sur un lit, la terre étant la seule couche qui leur fût permise. Ils firent leur entrée à Paris, le dimanche 17 août , au nombrede douze ; un duc , un comte , et dix hommes à cheval. Le reste de la troupe , qui était décent vingt personnes, en y comprenant les femmes et les enfants , n'arriva que douze jours après. Mais on leur défendit d'entrer dans la ville, et ils s'établirent à la Chapelle Saint-Denis. Les hommes avaient le teint noir, les' cheveux crépus, les oreilles percées et garnies de boucles d'argent. Les femmes, outre leur visage noir, avaient deux longues tresses de cheveux qui retombaient sur leurs épaules. Leur vêtement était une robe liée d'une corde, et, par-dessus, une espèce de

corset d'une étoffe grossière. L'arrivée de ces singuliers personnages excita au plus haut point la curiosité du peuple de Paris; et comme les femmes avaient la prétention de découvrir les secrets de l'avenir dans les lignes de la main, une foule de gens allaient leur demander leur bonne aventure , et perdaient le plus souvent auprès d'eux leur bourse et leurs bijoux. Cependant l'évêque de Paris, instruit de ces désordres, se rendit enfin lui-même au village de la Chapelle , y fit faire un sermon par un religieux , et excommunia tous les curieux qui avaient été consulter les Bohémiens. Dès lors les pauvres nomades ne reçurent plus aucune visite, et ne gagnant plus rien , ils furent forcés de quitter le pays.

D'où venaient-ils ? D'où venaient les bandes beaucoup plus nombreuses qui se répandirent, à la même époque, dans les autres contrées de l'Europe (*) ? Les savants qui se sont posé ces questions les ont résolues de différentes manières ; mais l'opinion la plus générale aujourd'hui donne aux Zigeuner une origine indienne. Suivant Grellmann (**) , ils auraient fait partie de la caste des sudra ou paria, et auraient quitté l'Inde à l'époque des conquêtes aeTimour, vers la fin du quatorzième siècle ou au commencement du quinzième. D'autres savants (***) font remonter à une époque beaucoup plus ancienne les premières migrations des Zigeuner. Us s'appuient sur ce qu'un peuple de ce nom est signalé

(*) Il en vint, dit-on, en Suisse, plus de quatorze mille, vers 141 8. On évalue à sept cent mille le nombre des Bohémiens actuellement en Europe. Sur ce nombre, il y en a environ dix-huit mille en Angleterre ; la Hongrie, la Moldavie et la Valachie en possèdent près de deux cent mille. Enlin , c'est dans la Turquie , la Bessarabie , la Crimée, qu'il s'en trouve le plus.

(**) Histoire des' Bohémiens , p. 284 et suiv. de la traduction française. Voyez aussi YOcéanie de r Univers pittoresque , tom.I, p. 263.

(***) Voyez Malte-Brun , Précis de géographie universelle, t. VI, première édi t.

même par les historiens de l'antiquité, comme habitant les bords de la mer Noire; et ils expliquent, par l'existence d'une ville nommée Aigypsos, dans le delta du Danube (*), l'origine égyptienne que se donnaient les premiers Bohémiens qui vinrent dans l'Europe occidentale.

Quoi qu'il en soit de l'origine de ces nomades, et de l'époque précise de leur première apparition en Europe , le séjour qu'une de leurs bandes avait fait à Paris, en 1427, avait été trop lucratif pour qu'ils ne cherchassent pas à y revenir bientôt. Ils parvinrent même à pénétrer dans l'enceinte de la cité; mais, cette fois, l'autorité ecclésiastique ne fut plus la seule à s'inquiéter de leur voisinage ; et une ordonnance des états généraux tenus à Orléans, en 1560, prescrivit aux gouverneurs des provinces de les exterminer par le fer et le feu. Cependant il parait que cette ordonnance fut mal exécutée, ou qu'ils parvinrent à se soustraire aux poursuites de l'autorité, puisqu'en 1612 on fut obligé de lancer contre eux un nouvel édit d'expulsion , en prononçant la peine des galères contre ceux qui seraient, à l'avenir, trouvés sur le territoire du royaume.

Ces édits contribuèrent, sans'doute, à diminuer, en France, le nombre des Bohémiens; mais ils ne purent les expulser entièrement. Les forêts et les pays de montagnes en recelèrent toujours quelques troupes plus ou moins considérables. Su ivantGrecllmann (**), vers le milieu du dix -huitième siècle, on en rencontrait beaucoup en Alsace et en Lorraine. On en trouve encore actuellement quelques-uns dans cette dernière province, où le peuple leur donne indifféremment les noms de Hûngar, Hongres , Honcks, Hnidns et Zigenners.

«(***) Cette race, complètement diffé-

(*) Strabon, et après lui, Etienne de Byzance , font mention de cette ville.

(**) Histoire des Bohémiens, p. 4".

(***) Le passage suivant, où l'on trouve des détails curieux sur ces Bohémiens de France, est extrait de Y Essai sur les inva-

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rente de celle qui habite la Lorraine, et dont le langage, inintelligible pour les gens du pays, indique l'origine étranère, est répandue dans les villages e Berenthal , Philipsbourg et Vcrrie- Sophie (canton de Bitche). Elle compte une quarantaine d'individus. Avanf 1803, ils vivaient dans les bois, sous la domination de l'un d'eux, qui était leur chef, et qui avait sur ses subordonnés le droit de vie et de mort. Plusieurs d'entre eux ayant commis des crimes, leurs compagnons n'attendirent pas les recherches de la justice, ils les tusillèrent eux-mêmes. En 1.803, les agents forestiers les forcèrent à rentrer dans les villages. Ces hommes vivent du produit de leur chasse , de leurs vols et de quelques aumônes.

Quelques-uns jouent de certains instruments dans les fêtes de villages; d'autres se sont faits colporteurs , et vendent de la menue verroterie et de la faïence fabriquée dans les environs.

Ils ont une danse extrêmement bizarre et tout à fait caractérisée. La peau des Hnidns est basanée; dès leur plus tendre enfance, ils s'enduisent le corps de lard , et s'exposent nus à l'ardeur du soleil.

« Les Hnidns sont agiles et robustes ; les hommes sont trapus, ils ont les yeux et les cheveux très-noirs , et quelquefois les traits distingués. Les jeunes «Iles de dix-huit ou vingt ans offrent, sous leurs haillons , une perfection de formes qu'il est rare de rencontrer chez des gens adonnés à un travail pénible. Elles sont très -belles, leur nez est légèrement aquilin , leurs yeux sont noirs , leurs sourcils arqués, leurs cheveux noirs sont d'une longueur démesurée. Une teinte de mélancolie est répandue sur la physionomie de toutes les femmes, sans exception, ce qui leur donne un caractère de tête analogue à celui des femmes de Léopold Robert, dans son tableau des pêcheurs et de la madone de l'arc. »

D'autres parties de la France contiennent encore quelques débris des

sions des Hongrois en Europe, par M. Dussieux, p. 73 et 74.

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