‹ France. Dictionnaire encyclopédique (volume 4)Chapitre 11 sur 96 · SOI · texte numérisé non relu

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anciennes troupes de Bohémiens ; on en rencontre dans les Cévennes; mais c'est dans le Languedoc et dans la Provence qu'ils sont le plus nombreux.

« Dans les mois d'aortt et de septembre, aux fêtes de Saint -Roch et de Saint -Michel, on voit arriver à Nîmes, entassés sur de mauvaises charrettes traînées par des mules, ou chassant devant eux des troupes d'ânes ou de petits mulets qu'ils vont vendre dans les foires, ces demi-sauvages, vrais enfants perdus de la Providence.

Ils couchent à la belle étoile, ordinairement sons les ponts ; leur quartier général est le Cadreau, petit pont jeté sur un ravin qui descend d'une des collines, et sert de voirie publique. C'est là qu'on peut les voir demi-nus , sales , accroupis sur de la paille ou de vieilles hardes, et mangeant, avec leurs doigts, les chiens et les chats qu'ils ont tués dans leurs excursions crépusculaires. Dans les jours de foire, ils sont tour à tour marchands, maquignons, mendiants et saltimbanques. Les jeunes filles , aux grands yeux bruns et lascifs, au visage cuivré, pieds nus, la robe coupée ou plutôt déchirée jusqu'aux genoux, dansent devant la foule, en s'accompagnant d'un bruit de castagnettes qu'elles font avec leur menton. Ces filles, dont quelques-unes ont à peine seize ans, n'ont jamais eu d'innocence.

Venues au monde dans la corruption, elles sont flétries avant même de s'être données, et prostituées avant la puberté. Ces Bohémiens parlent un espagnol corrompu. L'hiver, on ne les voit pas: où vont-ils, d'où viennent -ils?

« L'hirondelle, d'où Tient-elle? m (')

Bouier (Nicolas), en latin Boerius, savant jurisconsulte , naquit à Montpellier vers 1470. Il fut successivement avocat à Bourges, où il enseigna le droit , conseiller au grand conseil I , et président à mortier au parlement de Bordeaux. Il mourut dans cette ville en 1579. Il a publié en un latin assez barbare plusieurs ouvrages de droit

(*)Nuard, Histoire de Nîmes, p. i5-j.

public et privé , qui prouvent qu'il avait plus d'érudition que de logique.

Boiceau (Jean) , seigneur de la Borderie, gentilhomme poitevin, cultivait les muses latines , françaises et poitevines. La plus remarquable de ses œuvres est le Monologue de Robin, lequel a perdit son procès , traduit de grec en français, de Jrançois en latin, et enfin de latin en poitevin, imprimé à Poitiers, à renseigne de la Fontaine, en 1555. C'est une satire vive et pleine d'esprit contre les plaideurs. Jean Boiceau a aussi publié quelques traités de jurisprudence qui furent bien accueillis , et qui montrent en lui un jurisconsulte d'un esprit solide et méthodique.

Boichot (Jean) , statuaire du roi , membre de l'ancienne Académie de peinture , correspondant de l'Institut, né à Châlons-sur-Saône en 1738, mort à Paris , en 1814. Parmi les ouvrages remarquables de Boichot, on distingue la statue colossale de Y Hercule assis, qui figurait autrefois sous le portique du Panthéon ; le groupe colossal de Saint-Michel ; Ja statue de Saint-Roch ; les bas-reliefs des fleuves de l'arc de triomphe du Carrousel. Les connaisseurs attachent également du prix aux dessins des estampes qui ornent plusieurs traductions de M. Gail.

Boichot est mort le 9 décembre. 1814.

Boieldieu (François-Adrien), compositeur, naquit à Rouen , le 16 décembre 1775. Son premier maître fut l'organiste de ta cathédrale. Il avait à peine vingt ans qu'un opéra de sa composition, joué sur le théâtre de Rouen, eut un succès immense. Il vint à Paris en 1795. Boieldieu ne comprit pas la révolution et ne mit pas son talent au service de la liberté Toutefois , de charmantes romances le firent bientôt connaître; il fit représentera Fevdeau, en 1797, son premier opéra, la Famille suisse , et deux ans après , en 1799, il se plaça, par son Calife de Bagdad, au niveau des plus grands compositeurs de l'époque. Toutefois, ce succès ne l'empêcha point de travailler à perfectionner encore son talent; et c'est alors qu'il reçut des le-

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çonsdeCherubini. En 1802 , il donna ma Tante Aurore t dont rinstrumentation , plus soignée que celle de ses précédents ouvrages , est une preuve des progrès que faisait son talent. On chantera toujours le fameux quatuor du premier acte de cet opéra. En 1803, à la suite de chagrins domestiques, Boieldieu prit la résolution d'aller à Saint-Pétersbourg , où il fut reçu par l'empereur Alexandre de la manière la plus flatteuse. Ce fut pendant son séjour en Russie qu'il composa , entre autres partitions, Aline, reine de Golconde, Télémaque , et la musique des Chœurs d'Athalie; il y fit aussi des marches pour la garde impériale.

En t811 , il revint en France. Il y trouva Nicolo en possession de l'Opéra-Con iique ; mais il partagea bientôt avec lui l'exploitation de ce théâtre, et donna , Tannée suivante , Jean de Pflm, l'un de ses meilleurs ouvrages.

Le Nouveau seigneur de village parut en 1813. En 1814, au moment où les alliés envahissaient la France , Boieldieu s'unit , avec Cherubini , Catel et Nicolo, pour composer Bayard à A/ezières, oeuvre patriotique que nous aimons à signaler ici, et qui prouve que Boieldieu savait comprendre la plus noble mission de l'art. En 1817, Boieldieu remplaça Méhul à l'Institut.

L'aunée suivante,' il produisit son Petit chaperon rouqe; en 1820, las toitures versées, enfin, en 1825 , il lit représenter son chef-d'œuvre, la Dame Blanche. Il mourut à la suite d'une longue maladie, le. 8 octobre 1834.

Boieldieu, comme compositeur, appartient à l'école mélodique. Pour lui, la musique c'est le chant, c'est la mélodie. L harmonie n'est qu'un moyen et non un but; aussi ne fait-il pas de bruit. Secondant de tout son pouvoir la réaction opérée par Délia Maria , et

3ui contribua si efficacement au retour e la mélodie , il sut , par ses charmants opéras , prouver qu'on pouvait être à la fois savant, aimable et harmonieux sans vacarme.

Bon, peuple de la Gaule celtique, habitant entre l'Allier et la Loire* vers le confluent de ces deux rivières.

Un grand nombre de Boiens se trou* vaient parmi les Gaulois qui envahirent l'Italie à la suite de Bcllovèse (voyez ce mot); d'autres, qui tentèrent de pénétrer de nouveau en Italie, quatre cents ans après la fondation de Rome, furent repoussés par les Romains , et allèrent s'établir en Germanie.

Boileau (Charles) f abbé de Beaulieu, membre de l'Académie française, prédicateur de Louis XIV, né à Beauvais, mort à Paris, en 1704 , a publié des Homélies, des Sermons , des Panégyriques et des Pensées extraites de ses sermons. La Champmélé demandant un jour à Racine pourquoi la Judith de Boyer, qui avait obtenu quelque succès pendant le carême de 1605, n'avait pu se soutenir après la rentrée de Pâques « : C'est, répondit Racine, que pendant le carême , les sifflets étaietit à Versailles aux sermons de Cabbé Boileau. » Ces sermons n'étaient pourtant point sans mérite, et d'Alembert , dans son Histoire des membres de l' Académie française, dit qu'on y trouve , sinon de l'éloquence, au moins de l'esprit.

Boileau (Etienne) , Stephanus Boileue, Steph. Bibens aquam, Steph.

Boitleaue , prévôt de Paris, devenu célèbre pour avoir donné son nom au remier recueil connu des règlements e police de cette ville.

C'est en 1258 qu'Etienne Boileau fut élevé à la charge de prévôt. Voici en quels termes ioinviile raconte cet événement : « Sachez que du temps « passé l'office de la prévosté de Paris « se vendoit au plus offrant. Les pré- « vosts étoient alors prévosts-fermiers, « dont il advenoit que plusieurs pi I le- « ries et maléfices s'en faisoient , et « étoit totalement justice corrompue « par faveur d'amys et par dons ou « promesses , dont le commun n'osoit «habiter au royaume de France, et « étoit lors presque vague , et sou- « ventes fois n'y avoit-il aux plaids de « la ^prévosté de Paris que dix per- « sonnes pour les injustices et abusions « qui s'y faisoient , et fist enquérir le « roi partout ce pays là où il trouve- « roit quelque grant sage homme qui

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« fust bon justicier, et qui punist étroi-

• tement les malfaicteurs , sans avoir « égard au riche plus que au pauvre , a et lui fut amené ung qu'on appeloit «Estienne Boyleaue, auquel il donna ■ l'office de prévost de Paris, lequel

• depuis fit merveilles de soy mainte* « nir audit office. Tellement que désormais n'y avoit larron , meurtrier ni « autre maifaicteur qui osast demeurer «à Paris, que tantost il en avoit con- « noissance, qui ne fust pendu ou puni «à rigueur de justice, selon la qualité «du malfaict, et n'y avoit faveur de «parenté, ni d'amys, ni d'or, ni d'ar- «gent qui l'en eust pu garantir, et

• grandement fit bonne justice. »

On ne sait d'ailleurs que peu de détails sur la vie de ce magistrat, « qui justifia la confiance qu'il avait inspirée a son souverain. Louis IX venant quelquefois s'asseoir à ses côtés, quand ce prévôt rendait la justice au CluUelet, prouva combien il honorait les fonctions dont il l'avait revêtu. On lit dans un ouvrage , composé deux siècles après le règne de ce prince , que Boileau maintint une police si sévère, qu'il fît pendre même son filleul coupable de vol, et un de ses compères, convaincu d'avoir nié un dépôt d'argent qui lui avait été confié (*).

«Ce qui est mieux avéré, c'est l'influeuce qu'Etienne Boileau exerça sur les corporations : c'est du temps de sa prévôté que datent les règlements d'arts et métiers de la ville de Paris. Il faut détruire d'abord une erreur générale* roeot répandue, et journellement reproduite. On représente ce prévôt comme l'auteur de règlements parfaits, et wie comme le fondateur et l'organisateurdes communautés d'artisans (**).

<e n'est pas là le mérite qui recommande son nom à la postérité. Les communautés existaient avant Louis IX, et elles avaient des règlements , des us et coutumes auxquels leurs mem-

(*) Merdes histoires > édlt. de x5oi, ia-f°., fi'àgc, f°. ce, v°.

(**) Toy. Laniare, Traité de police , 1. 1, :, tiL ix , et l'art. Boyleaux de la Biographie universelle.

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bres se conformaient ; d'ailleurs la législation du moyen âge consistait moins à prescrire des règles nouvelles qu'à donner une sanction légale aux usages pratiqués depuis longtemps , et éprouves par l'expérience.

« Voilà ce que fit Etienne Boileau à l'égard des communautés d'arts et métiers de Paris: il établit au Chûtelet des registres pour y inscrire les règles pratiquées habituellement pour les maîtrises des artisans , puis les tarifs des droits prélevés , au nom du roi , sur l'entrée des denrées et marchandises; puis les titres sur lesquels les abbés et autres seigneurs fondaient des privilèges dont ils jouissaient daift l'intérieur de Paris. Les corporations d'artisans, représentées par leurs maîtres-jurés ou prud'hommes, comparurent l'une après l'autre devant lui , au Chûtelet, pour déclarer les us et coutumes pratiqués depuis un temps immémorial dans leur communauté, et pour les faire enregistrer dans le livre qui désormais devait servir de régulateur, de cartulaire de l'industrie ouvrière. Un clerc tenait la plume, et enregistrait sous les yeux du prévôt les dispositions des traditions et pratiques du métier. Aussi, dans la plupart des règlements, on déclare au début qu'on "va exposer les us et coutumes; et plusieurs se terminent par une adresse au prévôt pour lui signaler des abus à redresser ou des vœux à exaucer. Tous ces règlements sont brefs et dégagés du verbiage qui enveloppe et embrouille les règlements des temps postérieurs. A Etienne Boileau est peut-être due la forme de ces règlements; en magistrat habile, il a pu veiller à ce qu'ils fussent rédigés d'une manière claire et précise, et à peu près uniforme. Ce type est si prononcé qu'il n'est pas difficile de distinguer un règlement des registres d'É-.

tienne Boileau de ceux qui ont été faits sous la prévôté de ses successeurs.

« Boileau a donc le mérite incontestable d'avoir rassemblé les us et coutumes des métiers, tels qu'on les suivait à Paris , et tels qu'ils lui étaient déclarés par les notables de chaque.

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communauté. Il a donné un corps, une existence matérielle à des règles qui n'avaient jamais été recueillies, et dont plusieurs n'avaient peut-être pas même été écrites. Si dans la suite on a conservé , malgré les progrès de la législation, le fond de plusieurs de ces règlements, c'est qu'ils étaient le fruit d'une longue expérience , et éprouvés par le temps ; ils avaient reçu la sanction qui manque à des règlements inventés dans le cabinet d'un législateur qui a dédaigné de consulter la pratique (*). »

Ce recueil de règlements est connu sous le nom de Livre des métiers, d'Êtienne Boileau. Le registre original sur lequel ils avaient été inscrits fut longtemps conservé à la cour des comptes, et ne fut détruit qu'en 1737, lors de l'incendie qui consuma les archives de cet établissement. Mais on en possédait plusieurs copies , d'après lesquelles le comité des chartes , chroniques et inscriptions, a pu faire imprimer, en 1837, ce document, l'un des plus curieux, à coup sûr, de la collection publiée par les soins du ministre de l'instruction publique.

C'est seulement après Etienne Boileau que la charge de prévôt de Paris devint annuelle. Pour lui , il l'exerça au moins pendant dix ans. On ne sait rien de positif sur l'époque de sa mort ; suivant l'o'pinion la plus générale, elle arriva en 1269 ou 1270; cependant on a des motifs de croire qu il survécut longtemps à ses fonctions de prévôt, et mourut fort vieux.

Boileau (Gilles) , frère aîné de Nie.

Despréaux. Il avait un esprit satirique et de la facilité pour les vers ; mais ses écrits sont négligés. Confiant dans son mérite , il se contentait de la première inspiration, et, irfalgré l'exemple de son frère , il ne voulait rien corriger. Son orgueil et ses épigrammes lui firent dans les lettres de nombreux ennemis. Scarron, Costar, Ménage, Pélisson, usèrent envers lui de représailles. Une ligue fut formée contre

(*) Depping , Introduction à son édition du livre des métiers d'Élienne Boileau.

lui quand il voulut entrer à l'Académie, et le crédit de Chapelain put seul le faire admettre. De bonne heure Gilles s'était brouillé avec son frère.

On ne sait de quel côté furent les véritables torts. Ce qu'il y a de certain , c?est que Gilles chercha constamment à rabaisser le mérite de Despréaux , tandis que celui-ci faisait l'éloge du talent de son frère , en se plaignant seulement de son caractère et de sa conduite. Enfin ils se réconcilièrent peu de vtemps avant la mort de Gilles, arrivée en 1669. Cet auteur a fait aussi des traductions qui, selon Voltaire, valent mieux que ses vers.

Boileau (Gilles de Bullion), écrivain du seizième siècle, fit plus de traductions que d'ouvrages originaux. Il traduisit de l'espagnol les mémoires de don Loys d'Avila et de Cuniga, sur les guerres de Charles-Quint en Allemagne, pendant les années 1545 et 1548, et y joignit des notes historiques et stratégiques. Il mit en français Fouvrage latin d'Albert Durer sur'les fortifications, et celui de Sleidan sur la tactique, et la levée du siège de Metz. Il fut aussi le traducteur du 9e livre de l'histoire espagnole d'Amadis.

Il est l'auteur d'un ouvrage intitulé : la Sphère des deux mondes, avec un émtnalame sur les noces et mariage de très -illustre et très - sérénissime prince don Philippe, roi d Angleterre y Anvers, 1555.

Boileau (Jacques), autre aîné de Despréaux , docteur de Sorbonne , « esprit bizarre, dit Voltaire, qui a fait des livres bizarres écrits dans un latin extraordinaire. » Les sujets de ces livres sont des questions curieuses sur l'histoire ou la discipline de l'Église, ou de minutieuses discussions sur un point de théologie ou de morale. Recherches sur la résidence des chanoines; Traité des attouchements impudiques; Recherches sur les habits des prêtres; Histoire des flagellants; Histoire de la confession auriculaire ; tels sont les titres des principaux ouvrages de Jacques Boileau>Il y montre une étonnante érudition et une assez grande hardiesse d'esprit. On lui de-

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mandait pourquoi il écrivait toujours d'après tous ses biographes, le 1er no-

en latin : «C'est, dit-il, de peur que vembre 1636. Bien jeune encore, il

« les évéques ne me lisent; ils me per- perdit sa mère, ët ses premières années

« sécuteraient.» Il mit à la tête de plu- ne furent pas très-heureuses dans une

sieurs de ses livres des noms supposés, famille sans fortune, et qui ne paraît

tels que Claudius Fonteius , Jacques pas avoir pris beaucoup de soin ne son

Barnabe , Marcel lus Ancyranus. Né en enfance. Dans ce grenier aérien où on

fioiLEAU (Jacques) , né à Auxerre en dans la suite , il eut à subir plus d'une 1752, fut d'abord juge de paix à Aval- privation; mais le goût ae l'étude Ion , puis député du département de qui était déjà en lui un penchant prol' Yonne à la Convention nationale. Il noncé, le consolait dans ce rude apsiégea, dans cette assemblée, parmi les prentissage de la vie. On l'envoyait membres qui prirent le nom de giron- aux classes du collège d'Harcourt, et dios , vota la mort de Louis XVI , fut son esprit saisissait avidement tout ce ensuite envoyé à l'armée du Nord, et, qu'on enseignait dans cette docte maîà peine de retour, dénonça la coin- son. Son goût pour la lecture était tel, mune de Paris, Marat surtout, qu'il qu'il veillait souvent des nuits entières appela un monstre, et demanda que la avec le livre qu'il avait commencé. Au tribune nationale fiU purifiée chaque bout de ses études, étant d'une famille fois que ce représentant y serait monté, d'avocats et de greffiers, il se vit con- II fut un de ceux qui appuyèrent le damné à travailler pour le barreau, plus violemment le projet d'une sarde Rien n'était plus contraire à la nature départementale pour assurer la liberté de son esprit; et malgré le titre delà Convention. Il faisait partie de d'avocat qu'il obtint en 1656, on peut la commission des douze, qui commit se faire une idée de l'ennui que lui eautant de fautes, et fut la cause de Tin- sait ce genre d'occupation quand on le surrection du 31 mai 1793. Mis hors voit s'endormir sur les dossiers en prête loi avec le parti de la Gironde, et sence même de son patron, H. Donn'ayant pas voulu se soustraire au dé- gois, et dans sa première cause ne soncret d'accusation lancé contre lui, il ger qu'aux moyens de se défaire honnéfut condamné à mort par le tribunal tement de sa partie. Ne pouvant surrévolutionnaire, et exécuté le 31 oc- monter sa répugnance pour le barreau, tobre 1 793. il se tourna du côté de la théologie, et Boileau ( Jacques - René ) , né à peu de temps après on le chargea d'un Amiens en 1715, fut directeur de la cours en Sorbonne; mais il s'aperçut manufacture royale de Sèvres sous bientôt qu'il n'avait fait que changer Louis XV, et contribua beaucoup à la d'ennui : en fuyant la chicane, il trouprospérité de cet établissement. II vait la scolastique. Au milieu de ces mouru t en 1 772. dégoûts , il sentait croître l'amour qu'il Boileau ( Jean - Jacques ) , né près nourrissait depuis longtemps pour la d'Agen eu 1649 , chanoine de la collé- poésie : il sentait s'agiter en lui les ciale de Saint -Honoré à Paris, a pu- idées ingénieuses, les traits piquants bliéun grand nombre d'ouvrages ascé- et les beaux vers. En 1660, il publia tiques. On a encore de lui une vie ses premières satires, qui le firent manuscrite de madame d'Épernon, qui ranger aussitôt parmi les poètes dont contient, dit -on, des détails curieux, le talent donnait les plus belles espé- Boileau (Nicolas Despréaux) fut le rances. Il fut admis a les lire dans le dernier des onze enfants du greffier cercle fameux que présidait la marquise Gilles Boileau , et celui qui devait faire de Rambouillet. Mais peu fait pour passer le nom de cette famille à la pas- goûter l'esprit et les manières des prétérité. Il naquit, selon les uns, à cieuses, il les fréquenta peu, et se Crône, village près de Villeneuve-Saint- produisit surtout dans cette société George; selon les autres, à Paris; mais spirituelle, sans être guindée, qui se

T. ni. 5*. Livraison. \Dict. encyclop, etc.) 5

1631, mort en 1716.

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réunissait autour de la Rochefoucauld, de madame de la Fayette, de madame de Sévigné. La plus grande partie des autres satires, le discours en vers adressé à Louis XIV et le dialogue des héros de romans, parurent successivement dans l'intervalle de 1060 à 1669, et achevèrent de mettre en évidence ce génie ferme, élégant, caustique, raisonnable. En H>69, le roi voulut voir un poète à qui la langue et les lettres avaient tant d'obligations, et par lequel il avait été si magnifiquement et si délicatement loué. L'entrevue, où Boileau se montra bon courtisan, augmenta encore l'estime qu'il avait inspirée au monarque. Une pension de deux mille livres lui fut donnée. Peu de temps après , il s'attira de nouveaux applaudissements du public et de la cour par ses épîtres , où son talent a déjà atteint toute sa maturité et toute sa perfection. Honoré de l'amitié du grand roi, accueilli avec empressement par une société brillante toujours avide de lui entendre réciter ses vers Jouissant , sans être riche, d'un revenu assez considérable pour lui procurer une douce aisance, recherché par les meilleurs et les plus grands esprits du temps, lié avec Molière, la Fontaine, Bourdaloue, Racine surtout, pour lequel on connaît sa touchante et fidèle amitié, Boileau était heureux comme il a rarement été donné à un poëte de l'être.

Il ne voyait s'élever contre lui que les mauvais auteurs dont il avait fait justice, et qui formaient une cabale soutenue par quelques seigneurs entêtés pour leurs premières admirations, mais peu inquiétante, parce qu'elle devenait de plus en plus ridicule. En 1677, après la publication de VArt poétique et du Lutrin 9 il fut nommé, avec Racine, historiographe du roi; mais cette nomination n'eut d'autre résultat que de faire faire aux deux poètes le voyage de la Flandre et celui de l'Alsace dans les campagnes de 1678 et de 1681. Soit négligence, soit défiance d'eux-mêmes dans un genre qui n'était point celui qu'ils avaient adopté, ils ne firent que prendre des notes et rédiger quelques Fragments qui périrent , selon Racine

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le fils, dans l'incendie de la maison àe Valincour à Saint-Cloud. En 1683, Boileau avait publié ses meilleurs écrits; il avait quarante-sept ans et n'était point de l'Académie. « Je veux que vous en soyez , » lui dit le roi ; et aussitôt la compagnie l'appela dans son sein. Mais il ne vécut pas toujours en parfaite intelligence avec elle. Plusieurs de ses collègues étaient de l'origine de l'Académie, et tenaient pour les principes et les ouvrages adoptés dans leur jeunesse : d'autres n'avaient eu que des succès de salon , et cachaient assez de mauvais goût sous un brillant esprit de société. Boileau releva plus d'une fois assez rudement les erreurs de l'Académie. Après la guerre des anciens et des modernes, ou il prodigua à Charles Perrault des railleries si justes, mais si dures, il n'assista plus que rarement aux séances; après la mort de Racine, il ne s'y montra plus que lorsqu'il y avait à taire une élection. Vers le même temps, il se retira de la cour; il vieillissait, et sa santé, dont il s'occupait beaucoup, et que plusieurs accidents avaient altérée, contribuait, avec la perte de la plupart de ses amis, à lui faire aimer la retraite. Cette vieillesse fut longue, et ne produisit qu'un petit nombre de travaux qui sont les moins précieux dans l'ensemble de ses œuvres. D'assez bonne heure, sa verve s'était ralentie, et il avait senti diminuer la facilité de son génie; dans ses dernières années, il n'eut d'autre occupation que de revoir ses ouvrages pour une édition nouvelle, et ,.ce qui n'est peut-être jamais arrivé à aucun poëte, d'écrire et de donner des conseils à son propre commentateur. Mais s'il ne produisait plus , il n'avait rien perdu de la force de son bon sens ; s'il ne donnait plus de modèles du vrai goût, il se défendait encore par les critiques et les sarcasmes que lui arrachaient les applaudisse-

ments donnés par un public déjà moins délicat et moins sévère à des réformes téméraires ou à des ouvrages mal écrits. Son vieux sang s'allumait à la vue du succès des paradoxes de Lamothe , et dans l'impatience où le jetaient les

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tragédies de Crébillon , il allait jusqu'à regretter ces Pradon et ces Cotin , jadis morts sous les coups de sa critique. EnGn le terme de ses jours arriva peu de temps avant la On du règne gu'il avait embelli et chanté. II mourut à Paris, le 17 mars 1711, dans sa soixante et quinzième année.

Il a été dit plus d'une fois de nos jours que la gloire de Boileau était en partie usurpée. Les principaux champions de la grande réforme littéraire I laquelle nous avons assisté, ont cité Boileau à leur tribunal : ils ont revu ses titres et en ont cassé plusieurs.

Ce n'était pas le premier procès intenté à sa mémoire. Le dix-huitième siècle avait vu des critiques éminents porter contre lui plus d'une accusation. Il est intéressant d'examiner ces diverses attaques , les plus récentes surtout, à cause de l'importante question littéraire qu'elles soulèvent. Au dix-huitième siècle, les griefs allégués rontre Boileau étaient des imperfections de génie ou des erreurs de détail : de nos iours on l'a surtout attaqué pour 1 influence qu'il a exercée sur notre littérature; on a voulu ruiner le système littéraire à l'établissement duquel il a plus que tout autre contribue.

Écoutons Voltaire, d'Alembert, Diderot, Marmontel, à leurs instants de sévérité pour Boileau. Ils lui reprochent de manquer de sensibilité , de n'avoir pas cet accent de l'âme qui révèle surtout le poète, d'être sec et froid, à force d'être raisonnable. Ils raccusent de n'avoir pas assez de verve et de laisser voir trop souvent l'effort dans la composition de ses ouvrages. Ils le représentent comme un génie imcomparable pour la raison, le bon sens, l'esprit et le travail, mais sans mouvement , sans chaleur et sans fécondité. Après ce reproche général, ils considèrent en particulier ses satires, et se plaignent d'y trouver des inégalités et trop peu d'intérêt; ils se prononcent aussi contre les satires au nom de la morale , qui, dans leur opinion, défend au poète de railler publiquement les auteurs, et

lut ôte le droit de nommer. Enfin , ils relèvent chez lui quelques jugements littéraires, où ils ne retrouvent pas la justesse ordinaire de son goût : par exemple, ils le reprennent pour avoir mis Horace à côté de Voiture , pour n'avoir vu que du clinquant dans le Tasse, pour n'avoir jamais eu que des paroles de blâme pour Quinault.

Telles sont , en résumé , les principales critiques adressées à Boileau par des hommes qui , d'ailleurs , lui ont rendu de sincères et glorieux hommages. Le vrai et le faux se mêlent dans ces critiques. Sans doute , Boileau n'avait pas reçu de la nature cette sensibilité vive' et profonde qui donne à la poésie son plus puissant attrait. Il avait plus de raison que d'âme, et eût été incapable assurément de faire une tragédie comme Racine, ou une fable comme la Fontaine. Mais, ainsi que l'observe justement la Harpe, on ne peut pas en tirer contre lui une raison de blâme, puisqu'il a toujours su se borner aux genres qui lui convenaient, et sur lesquels il avait plus de droits que personne.

Prétendre qu'il n'a point de verve, c'est pousser bien loin la sévérité.

Sans doute l'inspiration poétique n'est point abondante chez lui; elle n'est point continue ; on sent qu'après avoir parcouru un certain trajet l'auteur est iorcé de faire une pause, et d'attendre le retour de la muse : on le sent à la froideur et au tour pénible des transitions; mais si la verve ne circulé pas d'un jet dans les vers de Boileau, elle n'en est pas absente , et beaucoup de passages sont écrits avec abondance et vivacité, pleins de feu et d'entraînement. On en pourrait tirer un grand nombre de ce genr-e des Épitres, et plus encore peut-être du Lutrin, cette oeuvre originale que tant d'imagination anime, cette fantaisie brillante et correcte, où toujours le mouvement et la couleur s'unissent à la rigoureuse perfection du travail. On trouverait même pour répondre à l'exagération du reproche beaucoup, de citations dans ces satires tant dépréciées par Voltaire et Marmontel. Les satires, malgré les

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faiblesses qu'on y rencontre, et la distance évidente qui les sépare des épîtres, doivent compter parmi les titres de gloire de Boileau , car elles sont, en général, l'ouvrage d'un esprit juste et mordant qui enferme sa pensée dans un tour précis et vif. En vain a-t-on invoqué la morale contre elles ; la question de savoir s'il est permis au poète de tourner en ridicule les mauvais livres , et de nommer leurs auteurs, ne peut faire le sujet d'un doute pour tout homme impartial , et Voltaire ne consultait que son dépit et sa haine contre ses propres censeurs, en traitant de liberté criminelle le plus légitime de tous les droits , le privilège inaliénable de la critique.

Quant aux erreurs que Boileau a pu commettre dans quelques-uns de ses jugements, elles ne nous semblent pas constituer un tort aussi £rave qu'on l'a dit. Jamais aucun critique n'a été infaillible, et les plus éclairés, les plus maîtres d'eux-mêmes ne peuvent se soustraire entièrement à l'empire des préjugés de leur époque ou à l'exagération de leurs propres idées. Si Boileau met Voiture à une place trop élevée, c'est une maraue de l'ascendant universel que ce bel esprit possédait sur le siècle; s'il parle du Tasse avec dédain, cela tient à l'excès de son amour pour la simplicité et de son aversion pour la mollesse et la fadeur. Nous ne faisons ici que reproduire la Harpe , qui a bien défendu Boileau contre ses détracteurs du dixhuitième siècle. Mais la Harpe n'aurait pas dû" se mettre comme les autres à réhabiliter Quinault, pour lequel Boileau n'avait été que trop sévèrement juste. Quinault, adopté au dix-huitième siècle par une société

{>assionnée pour les tirades d'opéra et es fadeurs lyriques, ne mérite 1 estime des connaisseurs que pour quelques morceaux que l'on a souvent cités , et qu'on est sûr de retrouver partout où il est question de lui , parce qu'il n'y en a pas d'autres à citer.

De nos jours, les novateurs en littérature, après avoir répété tout ce que le dix-huitième siècle avait élevé

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de plaintes contre Boileau, ont été

{)lus loin , et ont accusé formellement 'auteur de VArt poétique d'avoir ôté au génie français sa liberté, enchaîné l'imagination au nom de la raison, étouffé l'enthousiasme au nom du goût, et donné à la littérature dn dixseptième siècle, par ses critiques et ses préceptes , un caractère de régularité pompeuse, de rectitude froide et monotone, qu'elle n'aurait pas eu , si elle eût été dirigée avec plus d'intelligence et de grandeur. Puis, agissant d'après cette idée , ils ont aboli les anciennes lois , renversé tout l'édifice élevé par Boileau, et se sont mis à bâtir euxmêmes , dans un genre tout nouveau, sur les ruines qu'ils avaient faites.

Plaçons-nous comme il faut pour apprécier au vrai l'influence de Boileau sur son siècle, influence qui, dans tous les cas , salutaire ou nuisible, heureuse ou funeste, n'a pas été aussi grande qu'on le dit ; car un homme ne tait pas à lui seul le caractère d'une littérature; et les grands critiques, les législateurs du goût , obéissent à l'impulsion commune autant qu'ils la règlent.

Quel était l'état des lettres au moment où parurent les premiers ouvrages de Boileau, c'est-à-dire, au moment où Louis XIV commençait à régner par lui-même sur la France paisible et florissante ? Des hommes de génie, dont la gloire devait illustrer ce siècle , mais dont le nom était encore peu connu , mettaient au jour leurs premiers essais : la voie vers laquelle ils se sentaient portés était celle que Malherbe, Corneille et Pascal avaient frayée. L'exemple de ces grands devanciers , l'étude sérieuse de l'antiquité, et la tendance croissante de l'époque vers la noblesse et l'ordre , les portaient à joindre, dans leurs écrits, la régularité à la grandeur, la sagesse à la force , et l'élégance à l'enthousiasme. C'était là l'instinct et lex besoin de leur génie. Mais l'expérience leur manquait à cause de leur âge , et sur un terrain encore peu battu leurs premiers pas étaient peu sûrs. D'un autre côté, se présentait une école

boi FRANCE.

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d'écrivains arriérés qui s'obsiinaient dans les traditions de l'hôtel de Rambouillet , et mêlaient au goût de la cour de Louis XIII et d'Anne d'Autriche pour le jargon précieux et pour les romans, un reste de l'enflure et du pédantisme de Ronsard. Chapelain était à leur téte et trouvait encore de nombreux partisans. D'autres auteurs, oui n'avaient ni plus de goût ni plus de £énie que Chapelain , mais qu'animait une verve libre jusqu'à la grossièreté et la folie, professaient le mépris des règles et du travail , et s'inspiraient de la débauche et du hasard dans leurs poésies bouffonnes ou licencieuses. C'était l'école de Saint- Amant et des poètes buveurs et fanfarons de la fronde. Ainsi, chez ceux-ci, force et grandeur de génie , goût naturel de I élégance et de la justesse, mais jeunesse , inexpérience, hésitation ; chez ceux-là , pédantisme , emphase romanesque, purisme ridicule, et réminiscences du seizième siècle; chez les autres, liberté désordonnée et trrossière , licence sans génie : voilà sousquels traits la littérature s'offrait à Boileau lorsqu'il publia ses premières satires , en 1660. Voici l'influence aa'il exerça sur elle. Il seconda les dispositions des hommes de génie ; il les affermit dans cette voie de naturel et d'art , de passion et de raison, où l'esprit de l'époque et leur propre nature les attiraient , et qui est , après tout, celle du génie français lui-même.

Il les avertit de leurs faux pas au début, encouragea leurs progrès, applaudit à leurs triomphes, et prit la défense de leur gloire contre une critique envieuse. Il ne leur imposa aucun joug, et fut pour eux un conseiller judicieux, un utile ami , non un pédant un despote. Les auteurs , les beaux esprits pédants qu'on admirait encore dans les ruelles, trouvèrent en lui un impitoyable critique. Sans s'inquiéter du préjugé oui combattait pour cette école , et des protections qu'elle trouvait à la cour, il épuisa les traits du ridicule contre ces poèmes épiques fastidieux , ces aventures extravagantes de romans

dont la mode et l'enfance du goût avaient seules fait le succès. Quant aux poètes bouffons et indisciplinés qui s'enivraient au cabaret , ou s'engraissaient dans la domesticité d'un grand seigneur, il joignit, pour les combattre, le méprisa la raillerie , et fit bientôt partager au public son dégoût pour leur burlesque indécence. Telles furent les diverses parties de la tâche ou'il accomplit. En même temps qu'il éclairait Racine sur la frivolité et l'affectation de ses premières poésies, et l'avertissait de sa vocation pour la simplicité, le naturel et la correction, il desabusait le public sur la Puce/le, et dépouillait son auteur d'une réputation usurpée : il condamnait au mépris et à l'oubli les vers de Saint- Amant et de Linière. Y a - 1 - il là-dedans matière à procès contre lui ? Dira-t-on qu'il a méconnu le génie de son époque et fait peser sur les lettres un joug violent ? Où sont les grands génies dont il a fait tomber ou contrarié l'essor? Où sont ceux qu'il a étouffés ? Croira-t-on que sans lui Racine eût été un Shakspeare; que Saint-Amant fût devenu un grand poète? Soyons plus justes envers lui.

Avouons qu'il a servi et développé les véritables tendances littéraires du dixseptième siècle. Disons qu'il a accéléré le progrès de ce qui devait triompher et la chute de ce qui devait périr. C'est la plus juste manière d'apprécier son influence et ses services.

Après l'accusation générale dont nous avons essayé de discuter la valeur, les modernes réformateurs ont attaqué Roileau en détail, dans les règles particulières de son code littéraire. Il serait trop long d'examiner toutes les objections élevées contre les prescriptions de l'Art poétique. La question du théâtre est une de celles qui ont excité les plus vives réclamations et les débats les plus animés. II est eertain qu'on pouvait introduire dans la tragédie quelques réformes légitimes. On pouvait trouver trop étroites les unités de temps et de lieu, et demander à les suivre moins strictement. Nul doute qu'on eût raison

de vouloir mettre sur la scène un peu droit de cité dans les lettres. Or, on plus d'action et de variété qu'il n'y en ne peut nier que le drame ne puisse avait eu , en général , et a quelques produire ces effets. Nous n'en citerons grandes exceptions près , du temps de pas pour exemple les ouvrages des 110- Boileau. Si les réformateurs s'étaient vateurs eux-mêmes, qui rarement ont bornés à ces changements, ils eussent appliqué avec fc>onheûr leurs propres rencontré moins d'adversaires , et il principes, mais le théâtre de Shakseût été plus facile de s'entendre. Mais peare est là pour répondre à une prosdes changements ne leur suffisaient cription arbitraire et aveugle. Laispas, ils ont fait une révolution. On les sons donc ouverte à nos auteurs cette a vus abolir entièrement les unités de nouvelle carrière. Mais faut-il, avec la temps et de lieu, disposer à leur gré, nouvelle école , reléguer au nombre et avec une liberté absolue, de la du- des choses mortes la théorie de Boiré(vet de l'espace; compliquer les leau sur l'art dramatique, et placer ies ressorts de l'action, multiplier les évé- tragédies de Racine dans un rang bien nements, les coups de théiitre, les pé- inférieur aux drames de Shakspeare? ripéties frappantes et terribles, recou- C'est là un autre excès. Pour nous, rir à l'horreur pour donner plus de loin que les nouveaux principes nous force à l'émotion dramatique; enlin paraissent être la condamnation et la porter le dernier coup à l'ancien sys- ruine des anciens , il nous semble que tème , en substituant à la noblesse la tragédie classique , telle qu'elle se soutenue, à la grandeur idéale de la présente dans Andromaque, lphigétragédie, une image plus exacte et nie et Athalie^ est, et restera toujours

f)lus complète des différentes faces de la plus haute expression , le plus para vie réelle ; en présentant à coté du fait modèle du genre dramatique , et noble et du majestueux le familier et que la théorie de Boileau, malgré quelle trivial, à côte du touchant le co- ques erreurs de détail , est ce qui a mique,àcôtédu pathétique le bouffon, jamais été dit de plus juste et de plus à côté du beau et du régulier le laid élevé sur ce grand art. Sans doute et le bizarre. Tels furent les principaux l'impression causée par le drame, caractères du drame, sorte d'intermé- étant plus voisine de celle que la réadiaire entre la tragédie et la comédie, lité produit, est plus forte et plus saiforme bien préférable , aux yeux des sissante que celle de la tragédie *, mais novateurs, a tout le système drama- le but suprême de l'art est-il de faire tique de Boileau, et destinée , selon naître ces impressions qui saisissent, eux, à le remplacer. D'un autre côté, troublent, remuent, comme les évéles partisans exclusifs du passé re- nements même de la vie humaine? poussaient le drame comme une in- Pour nous, le vrai but de l'art, k'œuvention monstrueuse, une œuvre de vre essentielle du génie, c'est de nous folie. Cesanathèmes réciproques étaient transporter dans un monde idéal où injustes. Tout en admirant, autant les impressions de notre âme sont le que nous le faisons, les tragédies de reflet épuré de celles de la vie , où Racine et l' Art poétique de Boileau, on tous les objets agrandis ou embellis, peut croire que le champ des tentati- sans cesser d'être vrais, ne produisent ves littéraires ne doit jamais être sur nous aucune émotion qui ne soit fermé à la pensée, et que l'art est sus- un plaisir noble, doux, élevé. La traceptible de revêtir plusieurs formes, gédie classique, et nous ne donnons ce La nouveauté ne doit jamais être une nom qu'aux œuvres dignes de le porcause d'exclusion dans les arts. Tous ter, la tragédie classique représentant les genres sont (xnis , a dit Boileau, la nature humaine avec une attentive hors le genre ennuyeux. Si le drame et savante fidélité, et en même temps est un genre capable d'intéresser l'es- lui prêtant une délicatesse , une harprit, de saisir 1 imagination, d'émou- inonie, une beauté que malheureusevoir le cœur, il faut donner au drame ment elle ne possède pas ea réalité,

ri

élève notre âme en même temps qu'elle l'intéresse, et enchante à la fois la raison et l'imagination. Telle est la double puissance de YAndromaque et de Ylphigénie. Voilà pourquoi la forme dans laquelle ces ouvrages sont conçus nous paraît supérieure à toutes celles qu'on a créées pour le théâtre. Sans doute ces contrastes qui naissent dans le drame d'une reproduction moins épurée de la vie humaine, y sont une source d'effets puissants : sans doute les musiciens qui rient et boivent auprès du corps inanimé de Juliette rendent les larmes de sa mère et de son amant plus touchantes : sans doute Desdémone ressort plus pure et plus naïve encore sur le fond ténébreux des bassesses et du cynisme de lago. Mais ce qui est une source de contrastes peut en être une de dissonances. En jetant ainsi sur le théâtre tous les accents de l'âme , tous les aspects de la vie, peut-on éviter de choquantes disparates ? L'âme ne se prête pas toujours à ces impressions de nature si diverse qui la frappent coup sur coup. Souvent la brusque opposition du pathétique et du comique, au lieu de seconder l'effet de l'un ou de l'autre, ne peut qu'affaiblir l'un et l'autre. Ce n'est pas sans raison que Boileau a séparé la comédie de la tragédie, et exigé de celle-ci cette uoblesse soutenue, qu'il ne faut pas confondre avec la pompe, et qui n exclut ni le naturel ni la passion. On objecte que le poète, fidèle aux préceptes de Boileau , pourra charmer les esprits d'élite , les intelligences élevées, mais restera sans action sur la foule dont le drame s'empare avec tant de puissance. Est-il donc vrai que le peuple ne puisse pas être sensible aux beautés dramatiques de l'ordre le pius élevé? Est-il vrai que Fart véritable ne puisse admettre que l'aristocratie des intelligences dans son sanctuaire? IVavons-nous pas vu plus d'une fois, lorsque naguère de grandes solennités ouvraient a la foule empressée les portes de la comédie française, n'avonsnous pas vu Racine accueilli avec plus d'admiration et d'enthousiasme que

les jours ordinaires, par un parterre

ignorant mais sensible, comme l'est toujours le peuple, à tout ce qui est grand et élevé? Avant de prononcer si vite sur cette question, qu'on se rappelle ce que disait le plus habile interprète de nos chefs-d'œuvre , notre ïalma : il avouait qu'il ne jouait jamais mieux que dans ces jours de représentation gratuite, ou l'émotion populaire augmentait la sienne. Encore une fois, nous laissons place au drame parmi les genres littéraires ; mais nous croyons que celui où s'immortalisa Racine, en suivant les préceptes de Boileau , appartient à une sphère plus haute et fait plus d'honneur à l'esprit humain.

Boin (Antoine) , médecin et député, naquit à Bourges le 19 janvier 1769.

Il servit longtemps comme médecin dans les armées de la république et de l'empire , et il est auteur de quelques bons ouvrages, parmi lesquels nous citerons les suivants : Dissertation sur la chaleur vitale ; Coup d'œil sur le magnétisme; Mémoire sur la maladie gui, en 1809, régna sur les Espagnols prisonniers de guerre à Bourges. Il lit, en 1815, partie de la minorité de la chambre introuvable. Dans les sessions suivantes, ses opinions furent, en général , assez modérées ; mais en 1820, lors de la discussion de la loi électorale , il eut le malheur d'attacher son nom au déplorable amendement qui accordait le double vote aux électeurs des collèges de département , et duquel résulta la nouvelle loi des élections , et la chambre qui vota tant de lois funestes , telles que celles de l indemnité, du sacrilège, du droit d'ainessej etc. A cette époque, M. Boin était inspecteur général des eaux minérales de France , aux appointements de douze mille francs. En 1815, il avait travaillé avec beaucoup d'activité au renversement du trône impérial, et avait , en récompense de son zèle , reçu la croix d'honneur des mains du duc d'Angouléme.

Boinvilliehs ( Jean - Etienne - Judith Forestier), laborieux grammairien, né à Versailles en 1766, ût ses

éludes au collège de cette ville, et vint, à l'âge de vingt ans, ouvrir à Paris un cours de littérature. Il entra ensuite comme élève du département à l'École normale, et obtint, lors de la création des écoles centrales, la chaire de belles-lettres à celle de Beauvais. Ce fut le sentiment patriotique qui lui dicta son premier ouvrage , lequel parut en 1794, sous le titre de Manuel du républicain, ou l'Esprit du contrat social mis à la portée de tout le monde. Il serait difficile aujourd'hui d'en retrouver un exemplaire.

L'élan qui le lui avait inspiré se calma singulièrement dans la suite. On peut supposer néanmoins que le souvenir que cette publication avait laissé dans certains esprits fut pour quelque chose dans la disgrâce qui frappa Boinvilliers en 1816. Il était, à cette époque, inspecteur de l'Académie de Douai , après avoir successivement rempli les fonctions de censeur des études dans les lycées de Rouen et d'Orléans. Sans motif apparent, il fut brusquement mis à la retraite. Il vint à Paris , résolu de consacrer à ses travaux littéraires les loisirs forcés que lui procurait cette sorte de destitution. La liste des ouvrages auxquels il a mis son nom est trop longue pour trouver place ici. Les plus connus ne sont que des éditions améliorées, des abrégés ou des traductions d'auteurs, à l'usage des écoles. Parmi ceux qui lui appartiennent en propre , on doit distinguer sa Grammaire raisonnée, ou Cours théorique et analytique de la langue française, qui parut pour la première fois en 1803, travail utile, fait avec conscience, et particulièrement riche en exemples bien choisis , et par lesquels l'auteur éclaire d'une manière plus heureuse qu'il n'eût pu le faire par de longs développements théoriques , une foule de cas particuliers. Il avait précédemment publié une grammaire et un manuel pour l'étude de la langue latine. Il y ajouta ensuite divers bons recueils d'exercices, des ouvrages d'éducation , enfin quelques oeuvres dramatiques, et des poésies qui sont ses productions les plus faibles. Mem-

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bre d'un grand nombre de sociétés littéraires des départements, et correspondant de l'Institut depuis 180O, il se mit sur les rangs, en 1819, pour une place vacante à l'Académie, et; n'eut qu'une voix! Ce fut alors qu'il se retira à Ourscamp , département de l'Oise, où il mourut en 1830.

Boiron (Pierre) , né à Saint- Chamond, exerçait, dans cette ville, la profession de tonnelier lorsque ses sentiments patriotiques bien connus lui firent donner par ses concitoyens la place d'officier municipal ; il fut ensuite nommé député suppléant à la Convention nationale par le département de Saône-et-Loire , ne prit; séance qu'après le procès de Louis XVI, et se rangea du côté des girondins. Après le 31 mai 1793, il fut accusé d'avoir pris une part active, par ses conseils, à l'insurrection fédéraliste de Lyon ; il parvint à se disculper, et un décret, rendu le 8 mars 1794, le déchargea de cette accusation. Après la session conventionnelle, il retourna à Aval- Ion , et reprit son métier de tonnelier.

Bois-Dauphin (Urbain de Laval, marquis de Sablé, seigneur de), maréchal de France, chevalier du Saint- Esprit et gouverneur d'Anjou, fils de René II de Laval-Bois-Dauphin et de Jeanne de Lenoncourt-Nanteuil. Ses premières actions d'éclat eurent lieu au siège de Livron, en 1575. Il se distingua ensuite à celui de la Fère , en 1580, et au combat d'Anneau, en 1587.

Plus tard, ayant embrassé le parti de la ligue, il fut blessé et fait prisonnier à la bataille d'Ivry, en 1590. Il ne tarda pas cependant à faire sa paix avec Henri IV, auquel il remit les places de Sablé , Château - Gonthier , etc.

C'est ce prince qui le fit maréchal de France, et lui confia le gouvernement de la province d'Anjou. Louis XIII le nomma, en 1615, lieutenant général de l'armée qu'il envoya contre les princes. C'est le dernier commandement dont ait été revêtu le maréchal de Bois-Dauphin; il quitta la cour peu de temps après, et se retira dans ses terres, où il mourut en 1629. Il avait épousé Madeleine de Montclair, dame

boi L?UN1VERS.

de Bourbon, dont il avait eu un fils, Philippe-Emmanuel de Laval-Bois-Dauphin, qui mourut en 1640.

Bois de la Roche , vicomté de Bretagne, dépend aujourd'hui du département du Morbihan.

Bois-Févbïer, seigneurie de Bretagne, érigée en marquisat en 1674.

Boisgelin (Jean-de-Dieu-Raymond de Lucé) naquit à Rennes , le 27 février 1 732. Destiné dès l'enfance à l'état ecclésiastique, il fut nommé successivement grand vicaire de Pontoise, ëvéque de Lavaur et archevêque d'Aix.

Il laissa dans cette dernière ville des souvenirs honorables. Ayantété nommé président des états de Provence, il fit décréter par cette assemblée la construction a' un canal, auquel on a donné son nom ; la fondation d'une maison d'éducation pour les demoiselles pauvres, et qui subsiste encore à Lambsec, et plusieurs autres établissements utiles. En 1 789, M. de Boisgelin siégea, comme député du clergé d'Aix, aux états généraux , où , après s'être montré l'an des plus zélés antagonistes de la réunion des trois ordres , il vota pour l'abolition des privilèges féodaux et pour la répartition annuelle de l'impôt. Mais ensuite il se prononça pour que l'on conservât au roi le droit de guerre et de paix. Cependant il fut élu président de l'Assemblée le 23 novembre 1790. Il opina ensuite pour le maintien des dîmes , en proposant, de la part du clergé, un sacrifice de quatre cents millions. Après avoir combattu la motion qui mettait à la disposition de l'Assemblée tous les biens de l'Église , en garantie de la valeur des assignats , il proposa la convocation d'un concile général , et publia un écrit intitulé : Exposition des principes des évéques de F Assemblée. Après la session de l'Assemblée constituante, un archevêque constitutionnel ayant été nommé a Aix, M. Boisgelin se retira en Angleterre, et ne revint en France qu'après la signature du concordat. Il fut nommé, en 1802 , à l'archevêché de Tours , et reçut peu de temps après le chapeau de cardinal. Il mourut à Angervillers, le 22 août 1804.

Le cardinal de Boisgelin était doué d'un goût fin et délicat, d'un esprit brillant et facile; il aima les lettres et les cultiva avec succès. Il prononça, en 1765 , l'oraison funèbre du dauphin , fils de Louis XV, celle de Stanislas, roi de Pologne, et enfin celle de la dauphine. Il fut nommé, en 1776, membre de l'Académie française, à la place de l'abbé de Voisenon. Son successeur à la seconde classe de l'Institut fut Dureau de Lamalle.

Roi. s gerard (Marie-An ne-François Bnrbuat de) naquit le 18 juillet 1767, à Tonnerre, département de l'Yonne.

Destiné à la carrière des armes qu'avait suivie son père, il entra à l'École militaire , et y fit de tels progrès , qu'en 1791 il fut nommé capitaine du génie.

L'année suivante, il se trouva au siège de Spire, et se signala à la prise de cette ville. Il assista aussi à la prise de Mayence, et se rendit ensuite dans la Vendée. Quelque temps après , il passa à l'armée du Nord , et se fit remarquer à Charleroi , à Landrecies , devant le Quesnoy, où il fut blessé, et au siège de Valenciennes , où il fut chargé de l'attaque de la citadelle. Lors du blocus de Maëstricht , il commanda les troupes qui avaient ordre de se porter sur le fort Saint-Pierre, et était sur le point de voir les mesures qu'il avait prises pour faire sauter ce fort couronnées d'un entier succès, quand les assiégés demandèrent à capituler. Il reconstruisit ensuite le fort de Kehl et la tête du pont de Huningue. Ce fut dans cette occasion qu'il imagina les pontsradeaux, afin de faciliter les communications. Bientôt après, il passa, en qualité de chef de brigade et de commandant en chef du génie . à l'armée dite d'Angleterre. En 1799, il se rendit à l'armée d'Italie, et fut blessé mortellement à la bataille de Capoue, gagnée par le général Championnet, au moment ou le traité de paix venait d'être signé.

Boisguillebert (Pierre le Pesant, sieur de), lieutenant général au bailliage de Rouen, mort en 1714, est auteur de deux traductions de Xiphilin et d'Hérodien, et d'une Nouvelle

historique sur Marie Stuart; mais son principal ouvrage est son Détail de la France sous le règne de Louis XIV.

Cet ouvrage, après avoir eu plusieurs éditions sous ce titre, fut réimprimé à Bruxelles, en 1712, sous celui de Testament politique de M. de Vauban.

Il renferme sur l'administration des finances des idées justes et saines, et peut encore être consulté aujourd'hui avec fruit, surtout pour les détails statistiques qu'on y trouve.

Roi su a rd y (Charles) avait servi comme ofOcier dans le régiment de Royal-Marine, et donné sa démission au commencement de la révolution.

Après s'être mêlé, en 1792, aux intrigues de laRouarie, il devint, en 1793, officier supérieur de l'armée catholique et royale de Bretagne. Il se soumit en 1795; mais sa. correspondance adressée aux membres du conseil du Morbihan ayant été interceptée, et son projet de réunion avec d'autres chefs de chouans à Villehemet ayant été divulgué, il fut surveillé et arrêté au moment où il cherchait à rejoindre ses complices. Il fut fusillé, et sa tête fut promenée dans les rues de Lamballe et de Montcontour.

Boislàndby (Louis de), né en 1749, était négociant à Versailles, lorsqu'il fut nommé député du tiers état de la prévôté de Paris aux états généraux de 1789. Le 6 juillet 1790, il lit, au nom des comités ecclésiastique et de constitution, un rapport sur la nécessité de forcer les évêques à résider dans leurs diocèses ; il combattit aussi la proposition de Mirabeau sur une nouvelle émission d'assignats, et proposa d'éteindre la dette nationale au moyen de délégations nationales portant cinq pour cent d'intérêt. En février 1791 , il vota contre l'établissement des taxes à l'entrée des villes, et engagea l'As* semblée à s'occuper de régler les droits de patentes. Il se retira de la scène politique après la session de l'Assemblée constituante. Il est mort à Paris en 1S34. On a de lui plusieurs ouvrages estimés sur le commerce et l'administration publique.

Bois-le-Duc (siège de). —En 1794,

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une place forte était nécessaire à l'armée du Nord pour poursuivre les Anglais au delà de la Meuse. Ce fut Boisle-Duc que Ton choisit; mais ce n'était pas chose facile que de s'en emparer.

Cette place était environnée de forts bien entretenus et bien armés , et des inondations, qui s'étendaient à plus de trois cents toises de ses remparts, en faisaient comme une île au milieu d'un vaste fleuve. Tant d'obstacles ne rebutèrent pas l'armée française. On n'avait point d'artillerie de siège, mais la garnison était faible; on se fia à la fortune. On attaqua tout à la fois la ville et les forts d'Orten et de Crèvecœur, dont la prise devait priver la place de toute communication avec la Meuse.

La ville fut investie le 23 septembre.

Dès le lendemain, on entra dans le fort d'Orten, évacué par les Hollandais. On établit quelques batteries d'obus i ers et de canons, à quatre-vingts toises des ouvrages extérieurs; on ouvrit la tranchée devant le fort de Crèvecœur, et on le bombarda avec tant de persévérance, qu'il se rendit, le 29 septembre, au général Delmas. L'occupation de ce fort, en affaiblissant les moyens de défense de Bois-le-Duc, ouvrait encore le passage de l'île de Bommel, position décisive pour l'invasion de la Hollande. On s'empara même du fort Saint- André, mais on ne pensa pas à en réparer les fortifications et a les mettre en état de défense; de sorte que les Hollandais, qui connaissaient l'importance de cette position, purent la reprendre et la mettre à l'abri d'un nouveau coup de main.

Cependant le siège de Bois-le-Duc traînait en longueur. On commençait à avoir des inquiétudes sur l'issue de cette entreprise. Les pluies avaient étendu les inondations; les tranchées près des ouvrages extérieurs n'étaient plus praticables; l'artillerie de siège était arrivée, mais il fallait, pour l'établir, de grands travaux que le sol inondé rendait longs et difficiles. Les forts isolés qui environnaient la villa en empêchaient les approches. Cependant les batteries de pièces de campagne et les obusiers avaient incendié

boi FIU

plusieurs parties de la ville; èt l'opinion, plus forte dans la guerre que les armes elles-mêmes, y combattait pour les Français. Au moment où Ton s'y attendait^ moins, le gouverneur, qui s'était casematé et qui même avait blindé sa demeure avec des bois et du fumier, pour la mettre à l'abri des bombes, dont il craignait singulièrement les éclats, demanda à capituler.

On se hâta de lui accorder les honneurs de la guerre; et, le 10 octobre 1794, il retourna en Hollande avec sa garnison, prisonnière de guerre sur parole.

On s'étonna de trouver sur les remparts cent quarante-six bouches à feu, et cent trente milliers de poudre dans les magasins.

Bois-Meslé (Jean-Baptiste Torchet de) , avocat au parlement de Paris , est auteur d'une Histoire générale de la marine, publiée de 1744 à 17ô8, en 3. vol. i ii-4°. Il a paru, en 1759, une seconde édition de cet utile ouvrage.

Boismont (Nicolas Thyrd de), célèbre prédicateur, membre de -l'Académie française, était né près de Rouen, en 1715. Il mourut à Paris, le 20 décembre 1786, âgé de soixante et onze ans, avec le titre de prédicateur du roi , et celui de docteur en théologie de la maison de Navarre. Ses œuvres ont été recueillies et publiées à Paris en 1805, en 1 vol. in-8°.

Boismorand (Claude- Joseph) naouit à Quimper en 1680, et entra dans 1 ordre des jésuites, chez lesquels il professa pendant quelque temps la rhétorique à Rennes; mais quelques écarts rayant fait reléguer à la Flèche, il quitta fa société, quoique déjà revêtu de la prêtrise , et rentra dans le monde, où il se fit bientôt connaître sous le nom de l'abbé Sacred... « Il a passé, dit Collé, pour le plus beau et le plus grand jureur de son temps. Cependant il reconnaissait un supérieur dans ce grand art de jurer : c'était un nommé Passavant, mauvais sujet et gros joueur; cela est presque synonyme. Un jour que l'abbé de Boismorand avait perdu beaucoup d'argent de suite, et qu'il s'était épuisé en jurements nouveaux, n'en pouvant plus inventer, il

regardait le ciel avec fureur, en disant :

Mon Dieu, mon Dieu, je ne te dis rien , je ne te dis rien , mais je te recommande à Passavant. Le soir d'un matin qu'il avait fait un sermon trèspathétique, comme il perdait son arerit au jeu, il regardait le ciel en onnant ses derniers écus, et disait:

Eh! oui, mon Dieu!... oui!... oui!...

je t'enverrai des âmes. » Lors des

grandes querelles des jansénistes et es moiinistes, Boismorand se créa une singulière ressource. Il composait contre les jésuites des mémoires qu'il allait dénoncer au P. Tournemine comme l'œuvre des jansénistes, et se faisait ensuite donner de l'argent pour répondre à ces mémoires. Le manège fut découvert; mais les jésuites, craignant sans doute de s'en faire un ennemi , ne lui tinrent pas rancune. La plume de boismorand était aux ordres de qui la payait; sans savoir l'anglais, il traduisit le Paradis perdu, d'après la traduction de Dupré de Saint-Maur.

Cet homme singulier mourut, dit la Place, sous la naire et le cilice, en 1740. On a de lui divers mémoires pleins de verve , et une Histoire amoureuse et tragique des princesses de Bourgogne, 1720, in-12.

Boisrobebt (François-Métel), né à Caen vers 1592, se fit remarquer par sa gaieté et son talent pour la bouffonnerie , et eut pour auteurs de sa fortune un pape et un cardinal. II fut d'abord avocat, profession qui ne convenait point à son humeur. Dans un voyage qu'il fit en Italie, il montra à Rome tant d'esprit et de verve plaisante, que le bruit en vint nu pape Urbain VIII , qui désira le voir. Boisrobert fut présenté, et fut si amusant, que le pontife voulut lui donner une marque de sa reconnaissance : il le fit possesseur d'un prieuré en Bretagne. Boisrobert ne s'était senti jusque-la nulle vocation pour l'état ecclésiastique : quand il se vit prieur, il comprit que l'Eglise pouvait être le chemin de la fortune; il entra bientôt dans les ordres, et ne tarda pas à être pourvu d'un bon canonicat à Rouen. L'habit ecclésiastique ne lui ôta rien de sa gaieté. Ayant été

introduit un jour chez le cardinal de Richelieu f il se surpassa lui-même en esprit et en bons mots. Le cardinal voulut que Boisrobert fût à lui. Le joyeux bouffon devint de plus en plus nécessaire au ministre pour lui faire oublier, à ses instants de loisir, les fatigues et les soucis de la politique.

Richelieu s'habitua tellement a lui, que l'ayant disgracié pour certaines plaisanteries un peu trop fortes, il ne riait plus depuis son départ, et ne put résister à la requête ae l'exilé, au bas de laquelle le médecin Citoir avait ajouté, en forme d'ordonnance : Recipe Boisrobert. Citoir, premier médecin du cardinal , reconnaissait que la gaieté de Boisrobert était plus puissante que tous ses remèdes. Boisrobert eut encore d'autres titres à la reconnaissance de Richelieu : il travailla beaucoup à ces pièces de théâtre que le cardinal com-

E osait en collaboration avec plusieurs ommes de lettres ses favoris, et dont il aimait à être cru l'auteur. Il fut généreusement récompensé : il reçut plusieurs riches bénéfices, entre autres l'abbaye de Châtillon-sur-Seine, et eut en outre une place de conseiller d'État ordinaire. On connaît le joli rondeau où Malieville s'égaya sur la fortune de Boisrobert :

Coiffé d'un froc bien raffiné 1 Et revêtu d'un doyenné.

Qui lui rapporte de quoi frire, Frère René , etc.

Après la mort de Richelieu , Boisrobert fut exilé de la cour. Il était grand joueur, et avait le défaut de jurer beaucoup en jouant. On trouva qu'il n'avait pas les mœurs d'un ecclésiastique, et comme son protecteur n'était plus la pour le défendre, on le renvoya dans son abbaye. Il mourut en 1662. Il avait composé dix-huit pièces de théâtre, et un roman intitulé Histoire indienne d Anaxandre et d'Orasie.

Boisseau (François-Gabriel), membre de l'Académie de médecine , né à Brest, le 11 octobre 1791, a publié un grand nombre d'ouvrages fort estimes. Les principaux sont : Considérations générales sur les classifications en médecine, Paris, 1826, iu-8°;

ERS. »oi

2° Réflexions sur tes principes généraux de la 'doctrine de Paul-Joseph Barthez, Paris, 1819, in-8°; Nosographie organique y Paris, 1828, 1830, 4 vol. in-8°; Pyrétologie physiologique, ou Traité des fièvres considérées dans l'esprit de la nouvelle doctrine médicale , Paris, 1826 , 4e édition, 1 vol. in-8°.

Boissel de Montville (le baron Thomas - Charles - Gaston ) , pair de France, ancien conseiller au parlement de Paris , naquit à Paris , en 1763. On lui doit plusieurs ouvrages utiles; nous citerons seulement les deux suivants : Voyage pittoresque de navigation, exécuté sur une partie du Rhône, réputée non navigable, depuis Genève jusqu'à Seyssel, afin de tirer pour la marine des mâtures que peuvent fournir les mélèzes, Paris, an m, in-4°; De la législation des cours d'eau , Paris , 1818 , in-4°. Boissel mourut en 1832. Il avait adopté franchement les principes de la révolution de juillet.

Boisset (Joseph de), né à Montélimart, en 1750, fut nommé député à la Convention par le département de la Drôme. Il se rangea avec les députés qui formaient le parti de la Montagne, et, dans le procès de Louis XVI, vota la mort sans sursis et sans appel. Envoyé en mission dans le Midi, en 1793, il fit casser le tribunal populaire et le comité central de Marseille qui , sous les influences des girondins , lui avaient signifié de partir sous vingtquatre heures. Revenu à Paris, il attaqua, au club des jacobins, les riches et les muscadins qui pervertissaient l'esprit des sections, et proposa de les en chasser à coups de nâton. Ce fut lui qui, au mois d'août suivant, fut chargé de régulariser la levée en masse conformément aux décrets*de la Convention. Le 2 octobre, il demanda aux jacobins le jugement de Brissot et de ses coaccusés, et fut envoyé une seconde fois en mission, à la fin de 1793, dans le Midi. En février 1794, il fut accusé, aux jacobins, par la société populaire de Nîmes, d'avoir opprimé les patriotes dans le département du

BOI FRANCE. boi

Gard. Trois jours avant le 9 thermidor, il présenta aux jacohins un projet sûr la liberté de la presse et sur les moyens d'en prévenir les abus. Envoyé quelque temps après dans le département de l'Ain, il y mit en liberté quelques nobles , et passa ensuite à Autunet à Moulins. En 1.795 , il appuya la réclamation des comédiens français qui demandaient la réouverture de leur théâtre. Envoyé une troisième fois dans le Midi et à Lyon , il écrivit que tes habitants de Lyon exerçaient de cruelles vengeances contre les terroristes , et qu'ils les massacraient dans les rues et dans les prisons; la Convention, trouvant qu'il ne sévissait pas assez sévèrement contre ces réactionnaires , le rappela à Paris. Après la session conventionnelle, il passa au Conseil des Anciens et s'y lit peu remarquer jusqu'au 18 fructider an v. A cette époque , il se réunit à la minorité qui s'était assemblée à l'Ecole de médecine. En juin 1798 , il fut élu secrétaire et demanda un décret d'urgence sur la résolution qui assimilait aux émigrés les individus qui s'étaient soustraits à la déportation. Après le 18 brumaire , il cessa de faire partie de la représentation nationale, et se retira à Montélimart, où il mourut quelque temps avant la chute du gouvernement impérial.

Boissier ( Pierre - Bruno ) fut nommé député suppléant du département du Finistère à la Convention nationale; il n'y entra qu'après le procès de Louis XVI, et ne monta qu une fois à la tribune , en 1794 , pour faire décréter l'établissement des écoles de navigation et de canonnage , et fixer la solde des marins. Il passa ensuite au Conseil des Cinq-Cents et y fit un nouveau rapport sur l'organisation maritime. En 1797, il fit décréter l'envoi au Directoire d'un message, relativement à la situation des îles de France et de la Réunion, et provoqua plus tard la création d'une direction des travaux hydrauliques dans les ports. Il sortit du Corps législatif en i 798, et fut nommé commissaire de

la marine en 1815. Pendant les cent jours, il présida le collège électoral de Nîmes.

Boissieu (Denis Salvaing de) naquit à Vienne, en Dauphiné, le 20 an-il 1000. Après avoir obtenu le grade de * docteur en droit à l'université de Valence , il quitta la carrière du barreau à laquelle il s'était d'abord destiné, prit le parti des armes, et obtint bientôt un brevet de capitaine. Licencié a la paix, il entra dans la carrière de la magistrature , où , après avoir été chargé de plusieurs emplois subalternes, il obtint enfin la place de lieutenant général du bailliage de Grenoble. Il accompagna à Rome M. de Créqui, et fut chargé de haranguer le pape en 1633. Plus tard , il fut envoyé à Venise, en qualité d'ambassadeur, s'acquitta avec succès des négociations qui lui furent confiées, et fut, à son retour , nommé conseiller d'État. Il succéda ensuite à son père dans la place de président de la chambre des comptes de Dauphiné, et mourut dans son château de Vourcy , le 10 avril 1G83. Boissieu a laissé plusieurs ouvrages , dont un , qui a eu plusieurs éditions, a pour titre : De l'usage des fiefs et autres droits seigneuriaux en Dauphiné, Grenoble, 1664,

Boissieu ( Jean- Jacques de), graveur, naquit à Lyon en 1736, étudia le dessin sous Frontier , et se forma

fiar l'étude des tableaux de l'école Irlandaise et flamande. Après avoir étudié dans les forêts de Fontainebleau et Saint-Germain les beaux arbres qui s'y trouvent, il se rendit en Italie . où if s'exerça à reproduire sur ses toiles les chefs - d'oeuvre de l'architecture moderne et les ruines des monuments antiques. Il se lia, pendant son séjour à Rome, avec Winckelmann , dont les conseils achevèrent de caractériser son talent. Ami de Vernet et de Soufflot, Boissieu doit, aussi bien que ces deux hommes, être regardé comme l'un des plus grands artistes que la France ait produits, et comme l'un de ceux cjui, nar leurs talents, préparèrent la révolution artistique opérée par David. La peinture à l'nuile l'avait d'abord ex-

clusivement occupé , mais l'excès du travail et la préparation des couleurs, dont il se chargeait lui-même, ayant altéré sa santé, il sé consacra tout entier à la gravure à Peau-fOrte, et travailla avec tant de soin, qu'il peut être regardé comme le plus habile graveur en ce genre. Toutes ses gravures sont des pavsages de sa composition , des vues d'Italie , etc., et des copies de tableaux de l'école flamande. Fixé à Lyon, il exerça sur l'école de peinture dé cette ville'une influence puissante, et inspira aux artistes de cette école le goût du naturel et du fini qui la caractérise. MM. de Forbin, Granet, Richard, Grosbon, Revoil, etc., se sont, en général, formés d'après ses conseils. Boissieu est mort le 1er mars 1810. Le catalogue de son œuvre contient cent sept numéros de gravures, sans compter un nombre infini de dessins au lavis , de paysages au crayon, et de portraits à la sanguine , tous très-recherchés. On estime surtout ses gravures d'après Ruisdaal , sa Porte de Vaise, ses Petits maçons , etc.

Boissieu (Pierre-Joseph-Didier), né à Saint-Marcellin , y exerça d'abord la profession d'homme de loi , et devint ensuite administrateur du département. Au mois de septembre 1791 , il fut nommé député suppléant du département de l'Isère à l'Assemblée législative, et un an après, député du même département à la Convention nationale. Royaliste au fond du cœur, il vota contre toutes les mesures qui avaient pour but le salut de la république. Dans le procès de Louis XVI, il refusa d'opiner comme juge, et conclut, comme législateur, a la détention et au bannissement , et ne reparut à la tribune qu'après le 9 thermidor. Au mois de janvier 1795. à l'occasion d'insultes faites au buste deMarat, Boissieu demanda la liberté des cultes pour les saints politiques ; le 28 juillet , il appuya la demande faite par un pétitionnaire de la suppression du calendrier républicain. Boissieu, enhardi par la tournure contre-révolutionnaire que prenaient les affaires, combattit la proposition qui demandait

HERS. BOI

qu'aucun émigré ne pût réclamer sa radiation qu après s'être constitué prisonnier. A la fin de la session conventionnelle, et au moment où les sections de Paris , égarées par les royalistes , menaçaient la représentation nationale, il sê prononça avec passion contre le réarmement des patriotes qui, oubliant leurs ressentiments et leurs griefs, étaient venus défendre la Convention. Entré au Conseil des Cinq Cents, il donna sa démission quelques jours après l'ouverture de la session, et rentra dans la vie privée.

Boissoîvade (Jean-François), savaut helléniste, membre de l'Institut, est né à Paris, le 12 août 1774. Avant de se consacrer exclusivement aux lettres, il exerça sous le gouvernement consulaire, en 1801, les fonctions de secrétaire général de la préfecture du département de la Haute-Marne. Il vint ensuite dans la capitale, et fut nommé professeur de littérature grecque à la faculté de Paris, d'abord comme adjoinj, en 1809, et ensuite comme titulaire, en 1812. L'année suivante , il fut élu membre de la troisième classe de l'Institut (Académie des inscriptions et belles-lettres). Enfin, en 1828, il succéda à Gail comme professeur de littérature grecque au collège de France. Décoré de la Légion d'honneur en 1814, M. Boissonade a été nommé officier de cet ordre en 1840.

Les ouvrages publiés par M. Boissonade sont : 1° Philostrati f/eroïca, in- 8°, Paris, 1806; 2° Notice sur la vie et les écrits de M. Larcher (publiée à la tête du catalogue de la bibliothèque de ce savant, qu'il remplaça dans sa chaire et à l'Institut); 3° Marini Vita Procli, grec et latin, in-8°, Leipzig, 1814; 4 Tiberius rhetor De figuris, altéra parte auctior, una cum Rufi arte rhetorica, in-8°, Londres, 1815; 5° Lucx Holstenii Epistolx ad diversos y accedit commentatio epigraphica in inscriptionem Àctiacam, in -8°, Paris, 1817; 6° Nicetœ Eugeniani narratio amatoria et Constantini Manassis fragmenta, grec-latin, 2 vol.

in-12, Paris, 181.9; 7° Ex Procli scholiis in Cratylum Platonis excerpta,

U\pzig,i820; 8° EunapuFUscsophis. dans les t. I et II des Litterarische {arum, Amsterdam , 1822 , 2 vol. in-8° ; Analekten de Wolf. VAmtœneti Epistolx, adjvdem Cod. Cet infatigable érudit a été pendant / ùu/oô., in-8°, grec-latin, Paris, 1822; dix années, de 1803 à 1813, l'un des 10*» Publii Ouidii Nasonis Metamor- rédacteurs du Journal des Débats , où phoseon, libri Xf, grœce versi a il signait modestement d'un û des ar- Slaximo Planude et nwic primum ticles remarquables par une science tditi, in-8°, Paris , 1822. Cette version étendue et féconde , par un goût épuré , grecque des Métamorphoses d'Ovide par les plus saines doctrines littélait partie de la collection des classi- raires. Les mêmes qualités se retrouves latins de N. E.Lemaire, et forme vent dans les dissertations dont il a le cinquième volume des œuvres d'O- enrichi le Mercure de 1803 à 1805; vide. 11° Novum Testamentum , 2 vol. dans celles que lui doit le Magasin enifl-32, 1824; 12° Sytloge poetarum cyclopédique de M Mini ; enfin dans les grsœrum, 1823-1826,24 vol. in- 32; nombreuses notices qu'il a fournies à 13" DeSyntipa et Cyrifilio Andraeo- la Biographie universelle. On serait puli narratio e codd. Parisinis, Paris , porté à croire que tant de travaux , re- 1828, in-12; 14° Anecdota grxca, latifs pour la plupart aux études philoô vol. in-8*, 1829-1833; 15° Theophy- logiques, ont du absorber la vie entière kcHSimocattie Quœstiones physicx et de M. Boisson ;i d . Il n'en est rien. Le epistolœ, Paris, 1835, in-8°; 16° M- savant helléniste a plus d'une fois fait ckadPseUusDeoperatio7iedœmonum, place à l'homme de godt, et notre litacceduîit inedita opuscula Pselli, térature nationale a souvent aussi Norimberg, 1838, in-8°. occupé ses veilles. C'est ainsi gu'en

M. Boissonade a contribué à l'édi- 1802, il a publié les Lettres inédites

tion de Grégoire de Corinthe, donnée de foliaire à Frédéric le Grand; en

en 1811 à Leipzig, par M. G. H* 1824, les OEuvres de Berlin, et une

Sdiaefer; à VAtfiénée de Schweighaeu- édition de Télémaque en 2 vol. in-8°,

ser, à l'Euripide de M. Mattbiae, au et en 1827, les OEuvres choisies de

Thésaurus linguœ grœcas, publié à Parny. Également versé dans les lit*

Londres par M. Valpy, et enrichit des tératures étrangères, M. Boissonade

Iniits de son immense lecture la nou- a donné un élégant spécimen des heu-

vflle édition du Trésor de la langue reuses excursions qu'il a faites dans ce

grecque de Henri Étienne, entreprise genre en livrant au public une traduc-

par MM. Didot à Paris. tion du Goupillon, poème héroï-comi-

Les tomes X, XI et XII des Noti- que, par le Portugais Antonio Dinys, f» et extraits des manuscrits de la Paris, 1828, in-32. bibliothèque du roi contiennent aussi Cette rare variété de connaissances plusieurs travaux remarquables du sa- fait regretter que M. Boissonade n'ait vant helléniste : 1° Lettres inédites de pas pu donner suite à son projet de Mogènele Cynique, t. X; 2° les LeU publication d'un Dictionnaire univer» tes inédites de Cratès le Cynique; sel de la langue française, pour lequel 1 Scholies inédites de Basile de Cè- il avait rassemblé des matériaux contée sur saint Grégoire de Nazianze; sidérables; d'un autre côté, elle ex- Traité alimentaire du médecin plique le charme qu'on éprouve en IJjérophUe, t. XI; 5° Poème moral de lisant les commentaires qu il a joints wrge LapUhès. à ses excellentes éditions d'auteurs

Mn plusieurs recueils étrangers grecs. Les travaux de ce genre, ordi-

,joivent à M. Boissonade des articles nairement arides et abstraits, prennent

'"^portants. Contentons- nous de citer soussa plume une forme élégante et gra-

Mémoire sur une inscription cieuse. D'ingénieux rapprochements,

insérée dans le tome XX du que lui fournit sa vaste mémoire, jet-

tmical journal, t. XX, p. 285 et tent une vive lumière sur les questions

et les dissertations contenues les plus difficiles et reposent agréable*

BOI LTJNIVERS. boi

ment l'esprit. Mais si dans ses notes, remarquables par une latinité que ne désavoueraient pas les meilleurs modèles, on trouve toute la séduction d'une aimable causerie, on y trouve aussi les idées les plus judicieuses , la critique la plus sûre, l'érudition la plus étendue et la plus solide.

Disons encore qu'un des plus beaux titres de M. Boissonade , c'est d'avoir par son enseignement donné une puissante impulsion aux études philblogi-

2ues en France; d'y avoir fondé une soie où ont figuré tous les hommes qui occupent aujourd'hui les premiers rangs dans l'instruction publique, et à laquelle se fait gloire d'appartenir l'auteur de cet article, aujourd'hui le confrère et l'ami du savant professeur.

Boissons. — Si l'on s'en rapporte au témoignage des anciens auteurs , les premières boissons des Gaulois furent l'hydromel , qu'ils faisaient avec le miel sauvage de leurs forêts , la bière , que Pline appelle cerevisia , dont on a formé le mot cervoise, qui s'est conservé fort longtemps, et le vin, dont l'usage est aujourd'hui si généralement répandu. Plus tard, leurs descendants y joignirent, à différentes époques, le cidre, le poiré, et plusieurs autres produits de la fermentation des racines, des tiges, des feuilles, des fleurs et des fruits.

L'hydromel était , comme son nom l'indique, un mélange d'eau et de miel , dans des proportions qui nous sont inconnues pour les temps anciens, et qui se composait . au treizièmesiècle, d'une partie de miel sur douze parties d'eau, auxquelles on ajoutait, pour en corriger fa fadeur, quelques poudres d'herbes aromatiques , indigènes ou exotiques. Ainsi préparée, cette boisson se nommait borgérase , borgérafre , ou borgêraste. Elle était fort estimée.

Daus un festin que l'auteur de Florès et Blanchefleur fait donner à son héros , on sert de la borgérase. Dans les monastères, on en usait comme d'un régal les jours de grandes fêtes. Les coutumes de Clunv l'appellent potus duicissimus. L'hydromel, ainsi composé, était réservé pour les personnes

riches. On en faisait un autre de qualité inférieure pour les paysans et les domestiques.

La bière était jadis , comme aujourd'hui, le produit de la fermentation de grains convenablement préparés à l'avance. Selon Athénée , celle des gens riches était apprêtée avec du miel ; celle que buvait le peuple n'avait point cet assaisonnement , et se nommait coma. On servait à la fois de la bière et du vin sur la table des grands et même sur celle du roi. Parmi les présents que Henri , roi d'Angleterre, venu en France pour épouser la fille de Charles VI , fit à son futur beau-père, était un très-beau vaisseau à boire cervoise. Un concile tenu en 817 à Aix-la-Chapelle règle la quantité de l'une et de l'autre de ces boissons qui pourra être donnée aux religieux et religieuses , en considération de la dignité, de l'âge, du sexe de chacun d'eux, et de la richesse de chaque monastère en terres labourables et en vignobles. A cette occasion, nous remarquerons, comme une singularité, que cette quantité est établie, non en mesures de capacité, mais au poids.

Il existait plusieurs qualités de bières. Dans le treizième siècle, on distinguait de la cervoise la godale, qui était une bière forte. Dans les monastères, il y avait la bière de couvent ou covent , de qualité inférieure , pour l'usage des religieux, et celle des pères, préparée avec plus de soin pour les supérieurs et officiers dignitaires de la maison.

On faisait pour les gens du commun et les pauvres une petite bière qui revenait à un prix modique. L'usage de la bière s'étant répandu , il fallut des ouvriers et des appareils pour la faire. Charlemagne, dans son capitulai re.

De Fillis, ordonna que dans chacune de ses métairies il y eût des hommes qui sussent la préparer. Chaque maison religieuse où l'on en buvait possédait les fourneaux , les cuves , les moulins nécessaires pour le grain , et les moines la fabriquaient eux-mêmes.

Pour les besoins du peuple, qui ne pouvait pas la faire lui-même, faute de 1 instruction et des ustensiles nécessaires,

il s'établit des brasseries, auxquelles Étienne Boileau donna, en 1264, des statuts gui sont venus jusqu'à nous.

La fabrication de la bière fut tantôt autorisée et tantôt défendue, suivant les circonstances politiques ou météorologiques. Domitien ayant fait arracher les vignes de la Gaule , dut permettre l'usage de cette boisson, et cet usage devint général. Probus ayant permis plus tard aux Gaulois de replanter leurs vignobles , la bière fut moins recherchée. Toutefois , on en continua la fabrication ; car , quatrevingts ans après, Julien, qui estimait tant les vins de Paris , lui reprochait dans une épigramme de ne pas être un véritable enfant de Baccnus, et d'exhaler une odeur de bouc. Quand la récolte des grains avait été mauvaise, on limitait, on suspendait même le droit d'en fabriquer , ainsi que cela arriva bien des fois, notamment dans les années 1415, 1482, 1693, 1709, 1740* Autrefois , cette boisson se faisait avec toutes sortes de grains ; on y employait jusqu'à l'épeautre ; et , pendant longtemps, toute boisson faite avec un blé germé, soit orge, soit avoine, porta le nom de cervoise. Par les statuts qu'Etienne Boileau donna aux brasseurs, il fut ordonné qu'ils ne pourraient fabriquer de la bière qu'avec de l'orge, de l'avoine et de la dragée » c'est-à-dire, ces menues graines dont on nourrit les animaux , comme vesces, lentilles, etc. Les premiers qui fabriquèrent de la bière, employèrent un levain de pâte pour en décider la fermentation , et ce ne fut que plus tard que l'on trouva dans la lie tjui reste au fond des cuves, une matière plus abondante et plus active pour cette opératiou. Plus tard encore , on introduisit dans la confection de la bière le houblon , qui lui donne une légère amertume , la rend plus coulante et plus saine. Pendant fort longtemps , cette boisson , même celle réputée forte , fut douce et peu chargée d'alcool ; mais nos pères ayant , par i croisades , pris le goût des d'Orient et des saveurs éner- , ils ne voulurent plus que des

bières chaudes, vigoureuses, qui participassent des qualités du vin. Alors,

Î>our les satisfaire, on introduisit dans eur composition des baies, de la poix résine et jusqu'à du piment , choses

Î|ue les statuts d'Étieune Boileau déendirent comme mie bonnes et loyaux.

Aujourd'hui , nos départements du Nord et de l'est sont à peu près les seuls où la bière soit une boisson habituelle et figure dans les repas. Partout ailleurs , on la boit comme rafraîchissement. On en fait de plusieurs qualités : celles du Nord sont fortes, vineuses; celles des autres provinces sont agréables, légères, et d'une digestion facile.

Le cidre partagea avec la bière l'honneur de figurer à côté du vin sur les tables royales. Thierry , roi de Bourgogne, l'admettait sur la sienne, comme le prouve une anecdote de la vie de saint Colomban , trop longue pour que nous puissions la reproduire ici (*). Charlemagne, en ordonnant, par le capitulaire que nous avons déjà cité, qu'il y eut dans ses métairies des hommes qui sussent faire la bière , veut qu'il y en ait aussi qui sachent faire le cidre , le poiré , et les autres boissons d'usage. La Normandie, ce pays classique du cidre, n'a pas toujours joui de l'avantage qu'elle possède aujourd'hui d'en abreuver les étrangers. Sans doute elle en fabriquait dans l'ancien temps , maison petite quantité, et quand on en manquait, on en allait chercher en Biscaye, ou bien on y suppléait par la bière qu'on préparait sur les lieux mêmes, ou par le vin qu'on y recueillait alors en dépit de la nature. Insensiblement , les Normands secouèrent le joug des Biscayens , et firent une quantité suffisante de cidre pour leurs besoins et ceux de leurs voisins. Cette boisson, connue dès les premiers temps de la monarchie, était, dans le seizième siècle , si complétementoubliée à Paris, cju'un Normand appelé Pauthier , médecin du duc d'Anjou , frère de Charles IX, et depuis Henri III, gagna, au rapport de Gui Patin, cinquante mille écus à eu

(*) Voyez Colomba*.

T. III. 6e LiV. (DlCT. EWCYCL. , RTC.)

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vendre des bouteilles, dans lesquelles il faisait infuser du séné , et qu il faisait payer un écu pièce, en grand secret, comme un médicament dont lui seul connaissait la composition. De la Normandie, le cidre s'étendit dans les provinces environnantes , telles que l'Anjou, le Maine, et pénétra 'en Picardie ; mais nulle part il ne fut aussi bon que dans le pays dont il était parti. On fait aujourd'hui, comme autrefois , des cidres de diverses qualités. Il en est de doucereux appelés cidres d'Isigny, que l'on apporte à Paris où on les préfère ; on en fait de rudes au goût et de capiteux , qui se consomment sur place. Il en est de mousseux comme du vin de Champagne. En l'honneur du cidre , nous devons ajouter que François Ier, passant en 1532 par Morsafines, près la Hogue, trouva le cidre si bon, qu'il en fit acheter une certaine quantité , dont il but tant que la provision dura.

Ce que nous disons ici du cidre peut s'appliquer au poiré, auquel les cabaretiers donnaient, au moyen d'une décoction de mûres, une couleur de vin capable de tromper l'œil , et une saveur agréable qui favorisait l'illusion.

Nous nous contenterons de mentionner u n breuvage appelé prunelle, d ont il est fait mention dans une ordonnance de Charles VI, amie ï 1 407. U se vendait comme le vin et le cidre dans les marchés, et tirait son nom des prunelles dont il était fait. Nous ne parlerons point non plus de diverses boissons fabriquées avec des cerises, desgroseilles, des framboises , des mûres , des grenades, etc. , auxquelles, pour les ennoblir, on donnait le nom de vins.

Nous arrivons à la plus importante, à la plus recherchée , au vin proprement dit. De toutes les opinions qui ont été émises sur l'origine de cette boisson dans la Gaule , selon nous la plus probable , nous ne disons pas la plus certaine , est celle de Justin et Strabon, qui attribuent aux Phocéens, fondateurs de Marseille, six cents ans avant Jésus-Christ, l'importation sur notre sol de l'arbuste qui la produit.

La culture de cet arbuste fut d'abord

fort restreinte, et ne s'étendit pas bien loin du mur d'enceinte de la nouvelle ville ; car les Phocéens , peuple navigateur et commerçant, étaient venus dans la Gaule bien plus pour y faire le négoce que pour en mettre les terres en valeur. Quand les Romains eurent établi leur domination sur ce qu'ils appelèrent la province, et y eurent fonaé des colonies, les émigrés, cherchant naturellement à féconder une nouvelle patrie, il fallut que par leurs soins la culture de la vigne prit de l'extension , et c'est ce qui arriva. Elle s'étendit donc de proche en proche , et parvint avec le temps jusque sur les bords de la Loire. Alors les Gaulois du Midi récoltèrent assez de vin pour leur consommation, et eurent même un excédant , qui fut pour eux l'objet d'un assez grand commerce d'exportation. Au rapport de Cicéron et de Columelle , ils en envoyaient jusqu'en Italie. Lorsque César eut fait la conquête de la Gaule, et que le sénat y eut introduit les institutions romaines , ainsi que le goût de l'ai* sance et des superfluités d'Italie, la culture de la vigne franchit la Loire, se propagea dans les contrées du Nord, s'acclimata dans les environs de Paris, pénétra le long des bords de la Moselle et du Rhin; et quand les barbares envahirent nos contrées , ils purent à leur gré s'y abreuver de cette liqueur que leurs ancêtres allaient autrefois conquérir à main armée au delà des Alpes. Tous ces vins, par suite de Ignorance dans laquelle on était de art de les fabriquer, avaient une saveur âpre et sauvage , que ne corrigeaient point la poix, le plâtre, les cendres, l'eau de mer et les autres ingrédients qu'où y mêlait. Tels qu'ils étaient cependant, ils faisaient les délices des indigènes et des étrangers établis chez eux ; aussi , les rois barbares prirent-ils sous leur protection spéciale les vignes' et les ouvriers qui les cultivaient. lia loi salique et celle des Visigoths frappent d'amendes ceux qui arracheront un cep ou voleront des raisins. Nos rois avaient dans chacun de leurs domaines des vignes, un

pressoir, et tout ce qu'il fallait pour fabriquer le vin. Les capitulaires de Charlemagne en offrent la preuve. On y voit ce prince entrer , à cette occasion, dans de grands détails avec les intendants de ses métairies. L'enclos même du Louvre enferma des vignes, comme les autres palais de nos rois ; et ces vignes étaient assez abondantes pour quren 1160 Louis le Jeune pût assigner annuellement six muids de rin au curé de Saint -Nicolas des Champs. On voit, dans un compte des revenus de Philippe - Auguste . pour Tan 1202, que ce roi possédait des vipes dans vingt et un cantons différents, fort éloignés les uns des autres, et taisait encore acheter des vins à Choisy, Montargis , Saint-Césaire et Metilan. Un fabliau du treizième siècle, intitulé la Bataille des vins, dans lequel l'auteur suppose que les vins disputent entre eux à oui revient l'honneur de figurer sur la table des rois , nous apprend que la vigne était alors cultivée dans presque toutes les pronnces'de France. Ce qu'il y a de plus curieux dans cette pièce , c est de voir mettre au rang des meilleurs, et assimiler à ceux de Champagne et de Bourgogne, les vins des environs de Paris, si décriés aujourd'hui. Cette îûondance de vins donna naissance à «m commerce étendu et lucratif pour ra pays vignobles. Les Flamands venaient chercher les vins de la Gasco- KM, del'Aunis et de la Saintonge; «Allemands ceux de l'Auxois et de b Bourgogne ; les Anglais enlevaient ceux delà Guyenne et envoyaient à cet J"et des flottes de deux cents voilfS.au rapport de Froissard. Ce commerce prospère , qui dura plusieurs JGdes, fut menace de mort en 1566.

« fecolte ayant été mauvaise cette jnnee-là, Charles IX ordonna que, ™»s chaque canton , les vignes ne juraient occuper que le tiers du ^oire, et que le restant serait con- \fTtl m terres labourables et en prai- Cette injonction , à laquelle on ne se hâta point de se conformer, fut «odiOée en 1577 par Henri III, qui î! contenta d'inviter les gouverneurs

de provinces à veiller à ce qu'en leurs territoires « les labours ne tussent dé- « laissés pour faire plants excessifs de

« vignes. »

L'immense développement qu'avait reçu la culture de la vigne opéra presque une révolution dans l'Etat, et donna naissance à une multitude de règlements , au droit de ban-vin , à la dignité de bouteiller du roi et des seigneurs suzerains, à la profession des marchands de vin , hôteliers, cabaretiers, taverniers, débitants à pot; aux offices de courtiers , jurés* vendeurs , contrôleurs , jaugeurs , déchargeurs , rouleurs , enfin crieurs de vins. Chaque propriétaire faisait vendre chez lui son vin en détail et à pot. Il y avait dans le Louvre même une taverne où l'on vendait le vin du roi. Robert Ier, duc de Bourgogne, accorda en 1051 aux religieux de Saint-Bénigne de Dijon la permission de débiter, dans la taverne du cloître, le vin qu'ils auraient recueilli , soit que lui-même il voulût vendre le sien , soit qu'il ne le voulût pas. Cette manière de tirer parti de sa récolte tut en usage jusqu'au dix-septième siècle, puis tomba en désuétude à Paris pour se maintenir en province , où elle subsiste encore. Les règlements et les offices furent avec le temps modifiés et abolis ; quant au droit de ban-vin , il subsista jusqu'à la révolution, qui en fit justice.

Dès un temps très-reculé , on conservait les boissons dans des citernes en maçonnerie, des foudres en bois et des tonneaux. Pour la consommation journalière , on tirait à la pièce même, et on emplissait des vases d'argent, de terre , et des outres de cuir que l'on plaçait sur le dressoir où les valets allaient chercher à boire pour les convives. Si, à la table du roi, on buvait de plusieurs vins différents , comme il arrivait dans les jours de grande cérémonie , on entamait alors plusieurs futailles ; et toutes ces pièces , ainsi entamées, appartenaient de droit au grand bouteiller : c'était un des privilèges de sa charge. Dès l'an 1258, Jean d'Acre, grand bouteiller de Louis IX, jouissait comme tel de ce droit assez

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important. Les gens gui voyageaient à 'cheval , et qui craignaient de ne pas trouver du vin sur leur route .

en portaient dans une bouteille de cuir qu'ils attachaient à leur selle; les personnes opulentes et, les grands seigneurs qui se faisaient suivre par un domestique, lui confiaient le soin de porter la bouteille. Ces sortes de vaisseaux, proportionnés, pour la dimension, à la longueur du voyage et au nombre de personnes qu'ils devaient abreuver , se nommaient bouchaux, boutiatiXj bouties, boutilles, et se bouchaient avec un morceau de bois taillé en vis. Quand on les eut remplacés par des flacons de verre, ils prirent, de leur ancien nom , celui de bouteilles, qu'ils portent encore aujourd'hui.

Pour boire , on se servait de coupes ou hanaps de différentes grandeurs, suivant la soif ou plutôt J'intempérance du buveur. Ces coupes étaient de bois ou de terre cuite pour les pauvres ; elles étaient de métaux précieux, et quelquefois garnies de pierreries , dans les maisons opulentes. Les premiers Gaulois s'étaient servis pour le même usage , d'abord du crâne de leurs parents et de leurs amis, que, par piété, ils faisaient entourer d'or et d'argent; puis de cornes d'aurochs, de taureaux domestiques et de béliers.

Le vin , trouvé délicieux dans les temps anciens, parut bientôt fade, par suite de l'abus qu'en firent les buveurs. Alors on lui fit subir différentes préparations , et on y mêla diverses substances irritantes , propres à stimuler les goûts blasés. Dès le temps de Pline, et jusqu'aux douzième et treizième siècles, on l'aromatisait avec des baies de lentisque et des herbes odorantes. Grégoire de Tours appelle les vins ainsi parfumés , vina odoramentis immixta. Sous le règne de Charlemagne , et longtemps encore

après

on soumit le vin à une cuisson

qui le réduisait au tiers ou à la moitié, et lui donnait plus d'énergie , en rapprochant les principes que l'opération n'avait pas fait évaporer. On y faisait aussi infuser des herbes, et les vins

ainsi préparés se nommaient vins her- Boissy (Louis de), beaucoup moins

bés. Si l'infusion leur avait donné quelque amertume , on les édulcorait avec le miel. Lorsque les épices furent connues, on jeta dans les vins du girofle, de la cannelle, de la muscade, du piment, etc., et on les nomma vins épicés. C'est ainsi que l'on fabriquait alors des vins fort estimés des gourmets et des femmes , tels que le madon ou médon, le nectar, le clairet, Yhippocrasy etc., tous oubliés aujourd'hui que l'on préfère avec raison un vin franc et naturel.

Dans des temps plus rapprochés de nous, on soumit a la distillation le vin, ainsi que le résidu de la pression des raisins, et on en tira l'eau-de-vie, à laquelle on attribua d'abord de grandes vertus médicales , que l'on prôna comme une panacée universelle, et qui est justement considérée de nos jours comme une boisson incendiaire et dangereuse.

Dès qu'on connut le vin , on chercha à utiliser jusqu'aux débris du fruit précieux qui le produit. Au temps des vendanges , lorsque le raisin» avait subi sa première pression , on jetait de l'eau sur le marc ; et , au moyen de la fermentation , on en tirait une piquette pour les journaliers et les domestiques. Cette boisson, que l'on fabrique encore de la même manière, si ce n'est que l'on y ajoute les raisins qui ne sont point parvenus à maturité, et quelquefois des baies de genièvre , se nommait buvande, en latin bibenda, et se vendait dans les marchés publics. Dans l'ordonnance de Charles VI , année 1407, on l'appelait dépense, qui était aussi le nom qu'on donnait au pruncllé, dont il faut la distinguer.

Dès les temps les plus anciens, les Doissons ont été frappées de certains droits en argent ou en nature , au profit du roi, de l'Église et des seigneurs. A l'article impositions , il sera parlé de ceux qu'elles ont à supporter d'après notre législation actuelle.

Boissy, seigneurie du Forest, à sept kilomètres nord-ouest de Roanne, érigée en marquisat en 1564 , et en duché-pairie en 1619.

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connu aujourd'hui que Piron et Gresset, obtint, au dix-huitième siècle, par sa comédie de l'Homme du jour, un succès presque égal à celui de la Métromanie et du Méchant. Il était né en 1694, à Vie, en Auvergne, d'une famille pauvre, et resta pauvre presque toute sa vie. Sans cesse pressé par le besoin d'argent , il composa successivement des satires qui lui firent beaucoup d'ennemis sans le tirer de sa misère , et une foule de pièces de théâtre que leur médiocrité a fait oublier. Dans le Sage étourdi, le Babillard, le Français à Londres , VÊ~ pouse par supercherie, on trouve quelquefois de la gaieté; mais le fond en est aussi léger que la forme en est souvent négligée et diffuse. « Enfin, dit la Harpe, Boissy parvint à faire une comédie où il v a de l'intrigue, de l'intérêt , des situations, des peintures de mœurs , et des détails comiques.

Le rôle principal, V Homme du jour, est la personnification de cette frivolité spirituelle et de cette politesse aimable qui cachent souvent, chez les gens du monde, la sécheresse du cœur et l'absence de principes, et sous lesquelles se déguisaient l'égoïsme et la corruption du dix-huitième siècle. Le mérite du Méchant serait égalé, si le style de Boissy avait la pureté et l'élégance soutenues de celui de Gresset. » Cependant Boissy retira de sa pièce plus de gloire que de profit. Sa misère s'accrut encore par un mariage d'inclination, et devint telle qu il songea un jour à se laisser mourir de faim. On assure qu'il fut obligé, pour subsister, de prêter sa plume à de méchants auteurs qui ne pouvaient versifier leurs ouvrages. Enfin, son sort s'adoucit, lorsque, en 1754, il entra à l'Académie , après la mort de Destouches, que le succès de C Homme du jour l'appelait à remplacer. Bientôt après , chargé de rédiger la Gazette, puis le Mercure de France, il acquit une aisance qu'il n'avait jamais eue, mais dont il ne sut pas user modérément. Ses excès abrégèrent ses jours. Il mourut en 1758. Dans sa vie et dans ses écrits, Boissy manqua de

cette réflexion et de cette sagesse d'esprit qui sont si nécessaires au bonheur et au bon goût. Son théâtre a été publié en 9 vol. in-8°, Paris,

Boissy d'Anglas ( François - Antoine de) , né à Saint-Jean-Chambre, département de PArdèche , en 1756, vfnt de bonne heure à Paris, où il se fit recevoir avocat au parlement , et acquit bientôt la réputation d'un littérateur distingué. En 1789, il fut nommé député aux états généraux par le tiers état de la sénéchaussée d'Annonay. Appartenant par sa naissance à la bourgeoisie, il vota constamment avec les représentants de cet ordre, contre les privilégiés, et fut un des députés qui contribuèrent le plus à la résolution par laquelle les communes se constituèrent en Assemblée nationale. Il publia ensuite plusieurs brochures sur les finances, en réponse à Bergasse; sur la révolution, en réponse à Galonné ; et enfin sur la niaise déclaration de Raynal, qui déclarait se repentir de la part glorieuse qu'il avait prise dans la lutte philosophique du dix-huitième siècle. A l'Assemblée, il défendit les journées du 14 juillet, et des 5 et 6 octobre 1789. L'année suivante, il demanda des mesures sévères contre les royalistes qui s'étaient attroupés au camp de Jalès, et dénonça un mandement incendiaire de l'archevêque de Vienne.

En 1791 , il fut nommé secrétaire, et se vanta publiquement de son vote en faveur des hommes de couleur.

Nommé, après la session , procureursyndic du département de l'Ardèche, if provoqua un examen public sur sa conduite, disant avec raison qu'une nation libre doit toujours surveiller ses fonctionnaires. Nommé ensuite membre de la Convention , il fut immédiatement envové à Lyon pour y réprimer des troubles survenus à l'occasion des subsistances. A son retour, il se rangea parmi les membres qui siégeaient à la Plaine, et dent il tut même considéré comme le chef. Dans le procès de Louis XVI, il vota pour la détention jusqu'à ce que la déporta-

L'UNIVERS

tion fût jugée convenable. Pendant la période révolutionnaire, désignée comm unémen t sous le nom de terreur, il s'effaça complètement ; mais la veille du 9 thermidor il céda, après de longues hésitations , il est vrai , aux sollicitations de Tallien et de Barrère, et se joignit à eux pour renverser Robespierre. Cette condescendance, oui n'était que l'effet de la peur , Jécida du succès de cette journée. Deux mois après, Boissy - d'Anglas fut élu secrétaire de la Convention , et bientôt après membre du comité de salut oublie ; il fit, en cette dernière qualité, de nombreux rapports sur les subsistances , et fut chargé spécialement de veiller à l'approvisionnement de Paris. A la fin de janvier, il prononça un discours sur les relations extérieures de la France; un mois plus tard , il fit décréter la liberté des cultes , fit un rapport sur les attroupements qui se formaient aux portes des boulangers, et les attribua à la malveillance. La Convention décréta, sur son rapport , le mode de distribution des comestibles. Le 12 germinal an m (rr avril 1796), il commençait un rapport sur les approvisionnements, lors-

3u'il fut interrompu par une invasion u peuple qui avait forcé la porte de la salle en demandant du pain et la constitution de 93. Boissy resta impassible à la tribune , et lorsque le calme fut rétabli, il reprit son rapport au point où il l'avait laissé. Mais ce fut surtout dans la journée du 1er prairial (20 mai) qu'il montra, comme président de la Convention , un courage admirable. (Voyez les Annales et l'art. Prairial [Journées du 1er].) Quel que soit le jugement que Ton porte sur les événements de cette journée, quelque opinion que l'on ait du parti auquel appartenait alors Boissy-d'Anglas, on est forcé d'admirer 1 héroïsme de sa conduite dans cette circonstance. La gloire qu'il acquit alors appartient à la France , et ce serait faire œuvre de mauvais citoyen que de ne pas le reconnaître. Le lendemain de cette séance, la Convention lui vota des remercîments.

Nommé ensuite membre de la commission chargée de présenter un projet de constitution , il fit, le 13 juin, un premier rapport , démentit le bruit que la république devait abandonner les places fortes de la Hollande au roi de Prusse, et parla des colonies , qu'il fit déclarer partie intégrante du territoire français. Le 27 août, il prononça un discours sur la situation politique de l'Europe, et proposa d'enlever aux lois révolutionnaires une partie de leur sévérité. Le 2 septembre , il demanda que le comité d'instruction publique présentât une liste des Français auxquels il était juste d'élever des statues; deux jours après, il appuya la proposition de rappeler de l'émigration Tëlieyrand-Périgord , et vota la réunion de la Belgique à la France. Le 15 octobre, il fut obligé de s'expliquer sur les éloges que lui avaient donnés les sections de Paris, ameutées contre la Convention par des agents royalistes. Boissy fut encore compromis dans la correspondance d'un intrigant royaliste nommé Lemaire , et fut , à juste titre , depuis cette époque , considéré comme dévoué à la contre-révolution.

La constitution de Tan ni est son ouvrage ; aussi les démocrates la nommaient-ils la constitution Babebibobu, à cause du bégaiement de Boissy, et parce que Daunou y avait coopéré. Devenu membre du Conseil des Cinq-Cents , il en fut, dès la première séance, élu secrétaire. Le 4 décembre, il appuya la demande des femmes de Billaud- Varennes et de Collot-d'Herbois, qui réclamaient la mise en liberté de leurs maris; le 10, il fit une motion en faveur de la liberté de la presse; le 30 août 1796, il combattit l'amnistie proposée pour les délits* révolutionnaires; le 28 septembre, il engagea le Corps législatif à formuler un vœu pour le rétablissement de la paix , et se déclara contre la loi qui excluait les parents d'émigrés de toute fonction publique; le 9 novembre, il dépeignit les abus des maisons de jeu et dénonça le Directoire comme fauteur de vices et de corruption. En avril 1797, il fut nommé député de Paris au Conseil des

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Cinq-Cents, et s'éleva contre la mise bors la toi des émigrés qui rentraient en France; le 11 juillet, il fit un long discours en faveur des prêtres déportés et de la liberté des cuites ; le 20 , il demanda la réorganisation de la garde nationale et accusa le Directoire de destituer les ministres favorables à la majorité des conseils qui était royaliste. Ses sympathies pour les Bourbons , connues depuis longtemps , le firent envelopper dans le décret de proscription du 18 fructidor. Cependant, il parvint à s'y soustraire, et s'enfuit en Angleterre. Rappelé en France, après le 18 brumaire, il ne tarda pas à s'accommoder au nouveau système de gouvernement, et en 1801, il devint membre du Tribunat, qui le choisit pour son président en décembre 1802. L'année suivante, il fit partie du nouveau consistoire de l'Église réformée de Paris, fut décoré de la croix de la Légion d'honneur en 1804, entra au sénat en 1805 , et fut nommé commandant de la Légion d'honneur le même jour. Lors de l'invasion de la France par les alliés, il fut chargé par Napoléon des fonctions de commissaire dans la 12* division militaire. C'est alors qu'il apprit la déchéance de l'empereur par le sénat , acte honteux auquel il se hâta de donner une adhésion formelle.

Louis XVIII l'en récompensa en l'élevantàla pairie. Auretourdel'iled'Elbe, Bonaparte , qui oublia la trahison de l'ancien sénateur, le chargea d'organiser les départements du Midi ; il remplit avec zèle cette mission, et fut une seconde fois nommé pair. Après la bataille de Waterloo, il combattit la proposition de proclamer Napoléon II. Au retour du roi, il fut éliminé de la chambre des pairs ; mais bientôt une ordonnance royale vint l'y réintégrer pour la troisième fois. Boissy-d'Anglas, dont la conduite politique avait été si variable pendant la révolution , sembla , sous la restauration , vouloir revenir aux principes qu'il avait défendus à l'Assemblée constituante, et fut, à la chambre des pairs, un des intrépides défenseurs des li-

bertés publiques. Il est mort à Paris le 20 octobre 1826. Boissy-d'Anglas faisait partie de l'Institut depuis la formation de ce corps. Lors de la réorganisation de 18 IG, il fut nommé membre de l'Académie des inscriptions et belleslettres. On a de lui , outre un grand nombre de discours, de rapports et de brochures politiques, un Essai sur la vie de Malfiesherbes , 3 parties in-8°, 1819 et 1821, et 6 vol. in-12 d'Études littéraires, publiées en 1825.

Le fils aîné de Boissy-d'Anglas lui a succédé dans son titre de comte et à la pairie. Son second fils , après avoir occupé un poste distingué dans l'intendance militaire, est venu ensuite siéger dans la chambre élective.

Boiste (Pierre-Claude-Victoire), le plus laborieux de nos lexicographes, était né à Paris, en 17G5. Ses premières études eurent pour but la connaissance des lois ; mais il quitta bientôt le barreau pour se livrer tout entier aux travaux littéraires et surtout à I investigation des éléments du vocabulaire de notre langue. Il donna, en 1800, la première édition de son Dictionnaire , œuvre gigantesque qui lui assigne chez nous le rang qu'a obtenu Johnson chez les Anglais. Comme ce savant, Boiste voulut prouver qu'il était en état d'employer les matériaux qu'il avait le mérite d'avoir réunis. Il publia, en 1801, une narration épique, en vingt-cinq livres , sorte de poème en prose , intitulé l'Univers délivré.

Les mystères de la création , les premiers événements de l'histoire sacrée, l'établissement du dogme de l'immortalité, telleest,enquelques mots, l'analyse de cet ouvrage, qu'un style souvent brillant n'a pu préserver de l'oubli complet dans lequel il est tombé.

Boiste fit paraître, en 1806, un Dictionnaire de géographie, et en 1820, ses Principes de grammaire. Ce dernier volume, qu'il appelait dans son épigraphe un cours de bon sens appliqué à la grammaire, se compose principalement d'une suite de solutions de questions et de difficultés.

L'auteur n'eut pas le temps de terminer le Dictionnaire de la littérature

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L'UNI VERS. boi

et de l'éloquence, dont il publia les premiers volumes l'année suivante, et qui formait le complément de ses autres productions lexicographiques. La mort le surprit à l'âge de cinquanteneuf ans. Le Dictionnaire universel de la langue française, « véritable

fian-lexique, » a dit* M. Nodier, à qui a dernière édition est redevable de notables améliorations , est à la fois un traité de grammaire et d'orthographe, et un manuel de vieux lan-

Fage et de néologie. On y trouve analyse et la critique des dictionnaires de l'Académie , de Furetière , de Trévoux, etc., avec des traités séparés des synonymes, des tropes , de la versification , des difficultés de la langue. On peut reprocher à l'auteur de n'être pas toujours assez sévère dans le choix de ses autorités. C'est même ce qui lui valut les censures de la police, et le fait est assez plaisant pour être rapporté. Parmi les exemples, à la suite du mot spoliateur, se trouvait celui-ci : lois spoliatrices , locution pour l'emploi de laquelle le premier consul était cité comme autorité. On força Boiste à changer son exemple.

Peut-être y avait-il en effet chez lui une intention maligne. Il y substitua les mots : nation spoliatrice, avec Frédéric le Grand pour autorité.

Boisy, voyez Bonnivet.

Boitàrd ('Pierre) , né à Mâcon en 1789, a publié un grand nombre d'ouvrages fort estimés sur l'histoire naturelle et sur l'économie rurale. Les principaux sont : Histoire naturelle des oiseaux de proie d'Europe, 1 vol.

in -4°, avec fig. ; Histoire naturelle des pigeons de volière et de colombier, 1 vol. in-8°, avec fig. Ces deux ouvrages sontregardéscomme des monographies excellentes. Traité des prairies naturelles et artificielles , 1 vol. in-8°, avec figures coloriées ; Traité de la composition de C ornement des jardins, 1 vol. in-4°, avec cent planches; il en a été publié quatre éditions.

Boite a Perbette. — « Un singulier procès s'engagea, le 4 octobre 1778, relativement au testament de M. Rouillé des Filletières. Cet inci-

dent de la longue querelle des jansénistes et des jésuites n'a d'importance que parce qu'il révéla les ressources et lés moyens d'une caisse connue , dans le public, sous le nom de la Boîte à Perrette. On croit qu'elle fut ainsi appelée du nom de la gouvernante du célèbre Nicole, qui laissa à cette fille les premiers fonds de cet établissement. D'autres personnes ont prétendu que le savant écrivain de Port-Royal avait confié ces fonds â trois légataires, ou plutôt à trois fidéicommis, qui furent le P. Fouquet, de l'Oratoire, l'abbé Couet et du Charmet. Nicole leur expliqua, dit -on, ses intentions dans deux mémoires joints à son testament. v

Il y disait que le revenu de ces biens devait être dépensé en œuvres de piété, et il recommandait instamment défaire en sorte « qu'ils ne passassent jamais, par voie de succession , à des parents ou à des héritiers, et qu'ils fussent transmis, successivement et à perpétuité, à des personnes sûres et désintéressées. » L'obligation imposée par cette dernière clause engagea les héritiers de Nicole à plaider la nullité de la disposition; mais une transaction termina le procès , et le legs presque entier resta au P. Fouquet , qui se conforma aux intentions du testateur. Nous ne suivrons pas les auteurs du factum publié relativement au testament de M. Rouillé des Filletières, lequel appela une seconde, (bis l'attention de la justice sur ce fidéicommis; ils passent en revue la gestion des dépositaires de cette caisse, depuis le P. Fouquet jusqu'à M. Rouillé des Filletières. On assure, dans cet écrit, que le legs primitif de Nicole, qui n'était d'abord que de quarante mille livres, s'était grossi, jusqu'en 1778, d'environ onze cent mille livrés, par les générosités de diverses personnes gui avaient voulu s'associer à cette fondation pieuse (le célèbre Rollin fut du nombre). Pendant l'espace d un siècle, la Boite à Perrette fut successivement remise en plusieurs mains, qui toutes, à ce qu'il paraît, s'acquittèrent fidèlement des obligations im-

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posées à ces dépositaires. En 1778, la gestion de cette caisse était confiée à M. des Fiiletières. Le 18 novembre 1777, il fit un testament par lequel il, instituait Pabbé de Majainville son légataire universel. Il faisait aussi un fegs de cent dix mille livres au sieur Defays, autant au sieur Desprez de Boissy, auteur des Lettres sur les spectacles', et soixante - quatre mille livres a l'abbé Clément, trésorier de l'église ti'Auxerre , et depuis évêque constitutionnel de Versailles. M. des Fiiletières mourut le 4 octobre 1778. Les héritiers du défunt , frustrés d'une succession sur laquelle ils comptaient , s'élevèrent contre les dispositions du testament: c'est un fidéicommis, disaient-ils. Ils citaient même, à cet égard , des aveux qu'auraient faits les légataires , quoique ceux-ci eussent fait depuis un serment contraire. Les héritiers ne négligèrent rien pour faire casser le testament. Ils alléguaient qu'on ne devait point tolérer ces dispositions exorbitantes; que le parlement de Paris avait cassé plusieurs fois des testaments de cette nature; que le cas actuel était plus condamnable encore; que cette association mystérieuse, ces fidéicommis furtifs, ces prodigalités exclusives étaient pernicieuses pour la société et préjudiciables aux familles. Ils rapportaient le double registre de M. des Fiiletières, l'un sur lequel il écrivait sa recette et sa dépense pour ses biens patrimoniaux , et l'autre qui marquait ce qu'il avait reçu et dépensé sur les fonds dont il était dépositaire.

Celui des héritiers qui paraît s'être donné le plus de mouvement dans cette affaire, fut le président Rolland. Ce magistrat avait joué un rôle lors de la destruction des jésuites ; et il pensait qu'à ce titre il devait obtenir la bienveillance de ses juges. Ses prétentions sont expliquées dans une lettre du 8 octobre 1778, qu'il écrivit à l'abbé de Majainville. Cette lettre, fort curieuse, a été imprimée avec les pièces du procès. Il y dit que « le testament lui fait tort de deux cent mille livres -, que l'affaire seule des jésuites et des col-

lèges lui coûtait, de son argent, plus de soixante mille livres, et qu'en vérité, les travaux qu'il avait faits, et surtout relativement aux jésuites, qui n'auraient pas été éteints s'il n'eût consacré à cette œuvre son temps , sa santé et son argent, ne devaient pas lui attirer une exhérédation de son oncle. » Il ajoutait , dans un autre endroit : « L'affaire des jésuites , qui me « coûte de mon argent plus de soixante « mille livres, me coûte de plus la suc- « cession de mon oncle. » Les adversairesdu président Rolland l'accusèrent de mensonge , et prétendirent qu'il ne cherchait à donner à ce procès une couleur de parti qu'afin devoir plus d'espoir de gagner sa cause. Quand l'affaire fut engagée, les héritiers de M. des Fiiletières déclarèrent qu'ils consentaient à ce que l'abbé de Majainville gardât les quatre cent cinquante mille livres oui provenaient du legs de l'abbé d'Eaubonne (dépositaire, avant M. des Fiiletières, de la caisse fondée par Nicole) , et ne demandaient que le reste de la succession , c'est - à - dire , sept cent cinquante mille livres. Ils disaient qu'on devait, séparer ce que le défunt avait en propre de ce qu'il avait reÇu. L'abbé de Majainville, qui avait pour avocat le célèbre Gerbier, gagna son procès. Les mémoires sur l'histoire ecclésiastique, auxquels nous empruntons ces détails, ajoutent : « Si on demande actuellement à quoi servaient des biens détournés ainsi de leur destination naturelle, nous répondrons qu'ils étaient employés à soutenir la gazette du parti (janséniste); à faire imprimer et à distribuer pour rien des brochures contre le pape et les évéques; à entretenir des moines et des religieuses échappés de leur cloître; à fournir aux frais des voyages des agents qu'on envoyait en différents lieux; a se concilier des partisans. » L'ouvrage que nous venons de citer n'est pas assez désintéressé dans la question pour qu'on adopte , sans autre preuve, l'emploi qu'il assigne à une fondation qu'un zèle pieux a seul inspirée à des hommes honorables , et qui n'aurait pu être dénaturée que par

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l'exaltation des passions religieuses à 1805, dans l'armée d'Àugereau. Il fut

ui régnaient au commencement du ensuite chargé du commandement de

ix-buitième siècle. Dans ce cas, bien la place de Bordeaux, et continua de

certainement, les plus curieux articles servir jusqu'à la chute de l'empire. Il

de dépenses auraient été ceux des fonds mourut, âgé de soixante et seize ans,

employés pour solder les acteurs des au mois de juillet 1832; il n'avait d'au-

scènes burlesques du cimetière de très moyens d'existence que sa pension

Saint-Médard ; mais les héritiers de de retraite.

M. des Filletières ont avoué qu'ils n'a- Boivin (Jean) de Villeneuve , célèbre

vaient trouvé aucune trace de ce bor- érudit, naquit à Montreuil- l'Argile

déreau dans les papiers du défunt (*). » en 1663. Après de brillantes études

Boitbqn , terre et seigneurie située sous la direction de son frère, Louis

en Normandie (Orne) , à quinze kilo- Boivin , qui s'était fait aussi une grande

mètres nord-est d'Alençon, et érigée réputation comme érudit, et était mein-

en comté en 1720. bre de l'Académie des inscriptions et

Boivin (Jacques-Denis) naquit à belles-lettres, il fut nommé, en 1692, Paris', le 28 septembre 1756, entra garde de la bibliothèque du roi. En comme simple dragon dans le régiment 1705, l'Académie des inscriptions et du roi, le 12 mars 1771 , et en sortit belles-lettres l'admit au nombre de ses après huit ans de service, sans avoir membres, et trois mois après, il fut obtenu aucun avancement. Mais, en nommé professeur de grec au collège 1792, il s'engagea dans l'armée du royal; enfin il entra, en 1721 , à l'Aca- Nord, ét cette fois, les barrières que demie française, à la place du célèbre les privilèges opposaient au mérite Huet, évêqùe d'Avranches. Il mourut étant levées, il obtint un avancement à Paris, le 29 octobre 1726, dans sa si rapide, qu'en moins d'un an il était soixante-quatrième année. Il avait été parvenu au grade d'adjudant général, lié avec Racine, Boileau, et tous les Lorsque l'insurrection éclata dans la grands écrivains du dix-huitième siècle. Vendée, en 1793, il y fut envoyé, et C'est à Boivin que l'on doit la publisignala son courage dans diverses cation de la belle édition in-fol. des Ma~ affaires devant Saumur, au Pont-de- thematici veteres , laissée imparfaite Cé, à Vie et à Parthenay. A la fin de par Thévenot, et celle de Nicéphore l'année, il fut élevé au grade de général Gregoras, en 2 vol. in-fol., qui fait de brigade, et nommé commandant de partie de la Byzantine. 11 a aussi publié la ville de Nantes; mais ii ne prit au- quelques ouvrages de poésie qui ont eu eu ne part aux crimes de l'infâme Car- quelques succès dans le temps, mais rier, et s'y opposa même de tout son qui sont complètement oubliés maintepouvoir. Après le 9 thermidor, Boivin nant. Les sept premiers volumes du alla servir sur le Rhin. En 1798, il recueil de l'Académie des inscriptions passa à l'armée d'Helvétie et se couvrit et belles-lettres contiennent de Jui plude gloire à l'affaire de Schwitz, où, à sieurs dissertations fort savantes, la tête de sa brigade, il enleva aux Boizot (Louis-Simon), fils d'An- Russes quatre canons, un drapeau et toine Boizot, peintre, membre de l'Ami Ile prisonniers. II était à Paris au 18 cadémie et dessinateur à la manufacture brumaire; il se déclara pour Bonaparte, des Gobelins, naquit en 1748. A l'âge et le suivit à Saint-Cloud. Bientôt de dix-neuf ans, il remporta le premier après, sa conduite à la bataille de prix de sculpture. Les connaisseurs, j\eu-Issembourg,prèsde Francfort, lui tout en admirant les créations de son valut les éloges du général en chef, habile ciseau , trouvent peu de dessin Il fit encore avec honneur les campa- dans ses ouvrages. Cependant il fut gnes de 1801 à 1803, et celles de 1803 chargé de travailler à plusieurs monu- (*) Michaud, continuaiion de l'abrégé ments publics. La belle statue qui chronologique de l'histoire de Frauce par le couronne la fontaine de la place du président Hénault , aimée 1778. Châtelet fut exécutée par lui, de même

que les quatre figures qui sont placées fut nommé commissaire près de l'ar-

au bas. Il a donné les modèles de vingt- mée du Nord, et à son retour, il se

cinq panneaux pour la colonne de la distingua parmi les ennemis du comité

place Vendôme. Admis à l'Académie de salut public; aussi la Convention

en 1778, Boizot donna le Méléagre l'adjoignit-elle à Barras pour comman-

pour morceau de réception. On lui der la force armée au 9 thermidor. Il

doit encore les statues de Joseph Ver- fut ensuite délégué en Bretagne pour

net , de Joubert et de Daubenton. Celle mettre fin à la chouannerie ; il se trouva

qui représente Racine , et qui est placée dans cette mission d'une opinion con-

dans le vestibule de l'Institut, est en- traire à celle de son collègue Boursault;

core le fruit de son travail. Il mourut mais soutenu par Hoche, il parvint à

le 10 mars 1809. conclure le traité. C'est chez ce repré-

Bolbec, ville de l'ancien comté sentant que l'intrigant Cormatin fut

d'Eu, aujourd'hui chef-lieu de canton arrêté. Devenu membre du Conseil des

de l'arrondissement du Havre, dépar- Cinq-Cents, Bollet demanda un congé

tement de la Seine-Inférieure. Cette et vint habiter une maison de cam-

ville, qui compte aujourd'hui plus de pagne qu'il possédait à Violaine, dans

neuf mille habitants, fut détruite, en le département du Pas-de-Calais. Dans

1765, par un incendie, qui y consuma la nuit du 24 au 25 octobre 1796, des

huit cent soixante-huit maisons. Elle brigands soudoyés par le parti royaliste

possède une petite bibliothèque pu- s'introduisirent chez lui et le frap-

blique. pèrent de plusieurs coups de couteau;

Hou vt v (relations de la France sa femme même ne fut pas épargnée,

avec). — Cette petite république, fon- On le crut mort; mais on parvint à le

dée par Bolivar en 1825, mais que le sauver, et il reparut au Conseit des

manque de villes maritimes condamne Cinq-Cents, d'où il passa en 1799 au

à l'isolement, a eu jusqu'à ce jour trop Corps législatif. Il en sortit en 1803,

peu de rapports directs avec la France se retira dans sa commune, dont il fut

>our mériter un article à part. C'est à nommé maire, et où il mourut en 1811.

'histoire de nos relations avec la Co- Bologne (prise de). — Le pape

ombie que le lecteur trouvera ce qui Pie VI s'était montré peu favorable aux

peut concerner la république boli- Français lors de l'entrée du général

vienne. Bonaparte en Italie : on l'avait vu lever

BOLLEMONT OU BELLBMONT (N .), des troupes , tolérer des insu I tes graves

entra comme simple soldat dans Tar- faites aux commissaires du gouveme-

tillerie, et s'y éleva progressivement ment républicain, s'allier avec l'Autri-

iusqu'au grade de général. Il commanda che pour repousser, les armes à la

l'artillerie au siège de Maëstricht. En main, les injures qu'il croyait faites au

1795, il se distingua au blocus de saint-siége. Bonaparte fut forcé, par

Luxembourg, puis à l'armée du gé- ces provocations, de diriger une atta-

néral Jourdan , où il fut chargé de dé- que contre les États de l'Église. D'après

fendre la citadelle de Wurtzbourg ses ordres, le général A ueereau marcha

contre les Autrichiens. A son retour avec sa division sur Bologne. Quatre

en France, il fut nommé inspecteur cents soldats en défendaient les appro-

général de l'artillerie, puis, en 1802, ches; ils furent faits prisonniers, avec

membre du Corps législatif, et enfin le cardinal légat et son état-major le 19

membre de la Légion d'honneur, en juin 1796. En payement des frais de la

1804. Depuis cette époque , il n'a plus guerre, on choisit parmi les tableaux qui

rempli de service actif aux armées. décoraient Bologne cinquante des plus

Bollet (Philippe-Albert) , député du beaux , et entre autres la célèbre Saintedépartement du Pas-de-Calais à la Con- Cécile, chef-d'œuvre de Raphaël. Les vention nationale, siégea dans la commissaires Thouin, Monge et Ber- . Plaine, et vota cependant la mort de tholet, enrichirent encore le Muséum Louis XVI. Après le procès du roi , il d'histoire naturelle de Paris de l'her-

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bier d'Aldovrandi , et d'une précieuse collection de minéraux provenant de P Institut fondé par ce savant. La bibliothèque nationale reçut aussi un grand nombre de manuscrits précieux et des livres rares.

Bologne (Jean), sculpteur français, quoique le nom de la ville d'Italie où il s'était établi, et qu'on lui donne ordinairement, ait fa"it croire à quelques biographes qu'il était Italien, naquit à Douai, en 1524, et se rendit de bonne heure en Italie , où il s'appliqua surtout à imiter la manière de Michel- Ange, dont il sut mettre à profit les conseils et les leçons.

Les principaux ouvrages de Jean de Bologne sont , à Bologne , les figures et les accessoires en bronze de la fameuse fontaine de la place Majeure; à Florence , un groupe représentant un soldat romain enlevant une Sabine, et deux statues colossales, Neptune et Jupiter pluvieux; à Versailles, un groupe de Y Amour et Psyché. L'ancienne statue équestre de Henri IV, sur le pont-Neuf, avait été commencée par lui, et achevée parTaffa, son élève. Jean de Bologne travailla jusqu'aux derniers moments de sa vie, et mourut, en 1608, âgé de 84 ans.

Bolsec (Jérôme-Hermès), natif de Paris, était aumônier de la duchesse de Ferrare , lorsqu'il embrassa la religion réformée, se fit médecin, et se maria. Il vint à Genève, en 1551, et s'y lia d'abord avec Calvin, avec lequel il se brouilla bientôt, pour s'être élevé contre la doctrine des décrets absolus surlaprédestination.F.mprisonné, puis banni de Genève, il se retira à Berne, où la haine de Calvin le poursuivit et le força de rentrer en France. Il alla alors faire abjuration à Autun , et exercer la médecine à Lyon , où il mourut, en 1585 , après s^étre marié deux fois. Bolsec a exhalé son ressentiment contre Calvin dans VHistoire de la vie, mœurs, actes, doctrine et mort de Jean Calvin, in-8*, 1577 , et contre Bèze dans VHistoire de la vie, mœurs, doctrine et déportement de Théodore de Bèze, 1580. Ces ouvrages ne sont tous deux qu'un tissu d'invec-

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tives et ne méritent aucune confiance.

Bombarde. — Les premières bouches à feu, que l'on appela bombardes, parurent vers l'an 1330, sous Philippe de Valois. C'est l'époque la plus reculée à laquelle on puisse taire remonter l'usage de l'artillerie. Quelques écrivains font dériver le nom de bombarde du mot grec Bôjjl&>ç (tintement , bourdonnement), à cause du bruit que produisaient ces armes.

Les premières bombardes étaient grosses, courtes, et d'une ouverture fort large; elles étaient faites avec de la tôle, que l'on entourait de cercles de fer. Mais leur défectuosité ayant été bientôt reconnue, on en fabriqua successivement en fer battu et en er coulé. Celles-ci présentant encore nés inconvénients, on remplaça le fer par un alliage, que l'expérience conduisit à découvrir, et que l'on appela bronze ou airain. C'est le métal dont se servent encore aujourd'hui tous les peuples de l'Europe pour la fabrication de l'artillerie de terre.

Froissart parle d'une bombarde, dont les Flamands firent usage au siège d'Oudenarde , et qui avait cinquante pieds de long et lançait de très-grosses pierres. Mais le*P. Daniel révoque en doute, dans son Histoire de la milice française, l'existence de cette machine comme arme à feu ; il pense que ce devait être une baliste ou une catapulte de l'ancien modèle, avec laquelle on lançait au loin de fort grosses pierres. Le bruit qu'elle faisait en jetant ces projectiles, et qui s'entendait, assurait-on, de cinq et même de dix lieues, n'est pas au nombre des choses qu'il faille croire aveuglément. Quoiqu'il en soit, les bombardes cessèrent d'être en usage vers la fin du quinzième siècle. C'est à cette époque qu'elles furent définitivement remplacées par les canons.

Bombardier. — On donna d'abord ce nom aux hommes préposés au service et à la garde des premiers canons ou bombardes; mais cette dénomination cessa d'être employée au quinzième siècle, époque où les bouches à feu, en usage dans nos armées , reçu-

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