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Bonnefons vdom Élie-Benoît), savant bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, ne à Mauriac, en 1622, mort. à Saint-Vandrille, en 1702, avait composé une Histoire civile et ecclésiastique de la ville de Corbie, 2 gros vol. in -fol., et les fies des saints religieux de l'abbaye de Fontenelle, ou de Saint-Vandrille , 3 vol. in-4°; ces deux ouvrages sont restés manuscrits.
Bonnefons (Jean), né à Clermont, en Auvergne, en 1554, étudia le droit sous Cujas, à l'université de Bourges, puis alla se fixer à Paris, où il exerça, avec assez de distinction , la profession d'avocat. Son talent pour la poésie latine lui fit des amis et des protecteurs , entre autres Achille de Harlay, qui lui procura la charge de, lieutenant général du bailliage de Bar* sur-Seine. Ses poésies erotiques ont été publiées sous le titre de Pancharis. Éloquent et habile versificateur, il n'a pas cependant mérité les grands éloges que lui ont donnés ses contemporains, qui le comparaient à Catulle dont il avait adopté le mètre. La Monnoye lui a rendu toute justice sans en parler d'une manière aussi avantageuse.
Bonnemain (Pierre, baron) entra au service comme sous-lieutenant de dragons. Il fit, en qualité d'aide de camp du général Tilly, plusieurs campagnes aux arméesde Sambre-et- Meuse, fut successivement chef d'escadron, major, et enfin colonel de chasseurs à cheval en 180G. Il fit en cette qualité les campagnes de Prusse et de Pologne, en 1806 et 1807, se distingua à Schleitz, à Lubeck, à Iéna et à Trévitz, où il reçut une blessure. Appelé en Espagne en 1808 , il se fit remarquer à Truxillo et h Médelin; lors de l'évacuation de Talavera par les Français , il parvint à dégager un bataillon d'infanterie qu'enveloppait une cavalerie nombreuse. Le 26 du même mois, à la bataille de Talavera, il chassa les insurgés des montagnes de Ronda, et les battit l'année suivante à Algés:ras. En 1811 , il fut élevé au grade de général de brigade, et passa en 1813 en Italie.
11 y fit, sous Se prince Eugène, les campagnes de 1813 et 1814, et donna des preuves de talent et de valeur dans plusieurs affaires, notamment à celles de Caldero et de Villa-Franca en 1814.
Il contribua puissamment au succès de la bataille du Mincio, le 8 février 1814. Au moment de l'abdication de Napoléon, il était proposé pour le grade de général de division. Il commanda, pendant les cent jours, une brigade de cavalerie sous les ordres du général Grouchy, et écrivit de Dinan, fc surlendemain de la bataille de Waterloo, au gouverneur de Givet, une lettre qui fut transmise au ministre de la guerre, et lue ensuite le 22 à la chambre des pairs et des représentants.
Depuis la seconde restauration, le baron Bonnemain a été employé, soit comme maréchal de. camp , soit comme inspecteur de cavalerie, enfin comme inspecteur général de gendarmerie.
Bonnesœur ( Siméon - Jacques- Henri), né à Coutances, exerçait dans cette ville la profession d'avocat lorsque la révolution, dont il adopta les principes , l'appela à différentes fonctions publiques. En 1792, il fut nommé député du département de la Manche à la Convention nationale. Il y siégea parmi les montagnards et vota la mort de Louis XVI. Devenu membre du Conseil des Anciens après la session conventionnelle, il s'y livra à l'étude des matières de finances ; vota , on 1796, pour l'exclusion de Job Aymé(*), et appuya la proposition d'envoyer aux départements un discours du président du Conseil pour l'anniversaire de 1 1 mort de Louis XVI. Sorti du Conseil en 1797, il fut nommé commissaire du Directoire dans le département de la Manche. Après le 18 brumaire, il obtint la présidence du tribunal de Mortain , et remplit cette place jusqu'en 1815. A cette époque, il fut envoyé de nouveau à la chambre des représentants; mais, en 1816, il fut banni de France par la loi dite d'-amnistie, s'embarqua pour l'Angleterre, fut détenu pendant longtemps à Ports-
(*) Voyez ce mot.
mouth , et envoyé en surveillance à Anvers. Il a obtenu, en 1818, la permission de rentrer dans sa patrie.
Bonnet. — L'auteur du Dictionnaire des origines fait remonter à l'année 1449 l'époque où s'introduisit en France l'usage de porter des bonnets et des chapeaux. Ce fut, dit-il , à l'entrée de Charles VII à Rouen que l'on commença à en voir.
Auparavant on se servait de chaperons ou de capuchons. Il est cependant tiuestion de chapeaux et de bonnets dans le Livre des métiers, d'Étienne Boileau, qui date, comme on sait, du milieu du treizième siècle. Quoi qu'il en soit, les bonnets étaient de laine ou de coton , et ils prenaient le nom de mortiers lorsqu'ils étaient en velours. Ceux-ci étaient galonnés, tandis que les autres n'avaient pour ornements que deux espèces de cornes fort courtes. Le roi, les princes et les chevaliers avaient seuls le droit de porter le mortier. Le bonnet était la coiffure du clergé, des gradués et du peuple.
Les marchands drapiers restèrent en possession du droit exclusif de fabriquer et de vendre les mortiers , chaperons et bonnets, jusqu'au commencement du seizième siècle, époque de l'établissement de la corporation des bonnetiers -chaussiers. Les bonnetiers au tricot furent réunis à cette corporation, en 1672. Voyez les articles Chapeliebs et Chaussiers.
Bonnet bouge. — L'amnistie accordée après l'acceptation de la constitution de 1790 avait accordé la liberté aux quarante Suisses du régiment de Châteauroux, condamnés aux galères à la suite des événements de Nancy. Ces soldats, après avoir été l'objet du plus vif intérêt pendant leur voyage, arrivèrent à Paris, coiffés du bonnet rouge qu'on leur avait donné au bagne. Les jacobins se rappelèrent aJors que ce bonnet était en Grèce et à Rome l'emblème de l'affranchissement et aussitôt ils adoptèrent pour coitfure le bonnet phrygien. Bientôt un grand nombre de citoyens suivi-
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rent leur exemple, et le bonnet rouge devint le signe distinctif des opinions révolutionnaires les plus avancées.
Sous la restauration , les royalistes donnaient avec une intention injurieuse le nom de bonnets rouges aux hommes qui avaient pris part à la révolution, et à ceux qui se distinguaient par leurs opinions libérales.
Bonnet vebt. — La peine du bonnet vert pour les cessionnaires et les banqueroutiers nous vient d'Italie.
C'est à la ûn du seizième siècle qu'elle s'introduisit en France. Elle tomba en désuétude au commencement du dix-huitième. Boileau y fait allusion par ces vers de sa satire première :
Sans attendre qu'ici la justice ennemie L'enferme en un cacbot le reste de sa vie , Ou que d'un bonnet vert le salutaire affront Flétrisse les lauriers qui lui couvrent le front.
Cette peine , suivant Pasquier, était symbolique, et signifiait que ceux qui en étaient frappés s'étaient ruinés par leurs folies. Du reste , cette marque d'infamie avait, pour ceux qui s'y soumettaient, l'avantage d'empêcher l'exécution des décrets de prise de corps.
Les banqueroutiers et les cessionnaires ne pouvaient être arrêtés que lorsqu'ils étaient trouvés sans leur bonnet. — Le bonnet vert est aujourd'hui la coiffure des condamnés aux travaux forcés à perpétuité.
Bonnet de Tbeyches , député du tiers état de la sénéchaussée du Puy en Velay, aux états généraux, fut envoyé, en 1792, par le département de la Haute-Loire, à la Convention nationale. Il se plaça sur les bancs des girondins, vota la mort de Louis XVI, et fut mis hors la loi au 31 mai. Mais il parvint à s'échapper de Paris , erra pendant dix-huit mois , et rentra à la Convention après le 9 thermidor. Il lut alors envoyé en mission dans le département (le la Loire. Après la session, il resta quelque temps sans emploi, et devint ensuite administrateur de la comptabilité de l'Opéra de Paris.
Bonnet (Joseph-Balthasar), exerçait à Limoux la profession d'avocat, lorsqu'il fut nommé député aux état»
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généraux par la sénéchaussée de cette ville. Envoyé ensuite à la Convention par le département del'Aube, il siégea, dans cette assemblée , parmi les montagnards, vota la mort de I,ouis XVI, et fut ensuite envoyé en mission dans les départements de l'Eure, du Calvados et des Pyrénées-Orientales. Rappelé à Paris, le 3 novembre 1794, il fut un des commissaires chargés d'examiner la conduite de Carrier.
Appelé ensuite au Conseil des Cinq- Cents, il en sortit en 1797, et fut nommé par le Directoire commissaire central dans le département de l'Aube.
Il entra, en 1798 , au Conseil des Anciens, et y combattit énergiquement la résolution qui n'accordait d'indemnités qu'aux députés des assemblées où il n'y avait pas eu de scission. Depuis ce moment, Bonnet n'a plus reparu sur la scène politique.
Bonnet (Pierre), médecin de la duchesse de Bourgogne , naquit à Paris, en 1638, et mourut à Versailles, le 19 décembre 1708. Il était neveu de l'abbé Bourdelot, qui s'était beaucoup occupé de l'histoire des arts en général , et de la musique en particulier.
Pierre Bonnet , héritier de la bibliothèque de son oncle, continua ses recherches, mais ne put les publier. Ce fut son frère , Jacques Bonnet, qui, héritier à son tour des travaux de ses parents, les livra au public, sous le titre d'Histoire de ta musique et de ses effets , depuis son origine jusqu'à présent, Paris, 1515, in-12. Cette histoire de la musique est la première qui ait paru en France; aussi eut-elle d'abord beaucoup de succès. Mais depuis, elle a été complètement éclipsée
{>ar celle de Blainville, et surtout par e savant ouvn.ge de Kalkbrenner.
Jacques Bonnet mourut en 1724 , âgé de quatre-vingts ans.
Bonne val (maison de), ancienne maison du Limousin qui remonte à Giraud de Bonneval , lequel vivait en 1055. Parmi les membres de cette famille, nous citerons Jean III, qui devint vassal du roi d'Angleterre par le traité de Bretigny. mais qui , en 1373, se soumit à Charles V; Bernard, qui
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sous Charles VII se fit l'homme des Anglais , et défendit pour eux Paris, avec Jean de Luxembourg et nie-Adam ; Antoine de Bonneval, qui fut conseiller et chambellan des rois Louis XI, Charles VIII et Louis XII , et remplit plusieurs fonctions importantes; Germain de Bonueval qui, accompagna Charles VIII en Italie, et fut l'un des sept gentilshommes qui, vêtus et armés comme ce prince, se tinrent constamment auprès de lui à la bataille de Fornoue. Il fut tué à la bataille de Pavie. Son frère Jean fut fait prisonnier à cette bataille, et fut chargé ensuite, conjointement avec le comte de Tende, ne défendre la province de Marseille, lorsque Charles-Quint vint, en 1536 , assiéger cette ville. Il contribua puissamment à la retraite des Impériaux. Comme toutes les vieilles maisons féodales , la maison de Bonneval perdit de son importance à partir du dix-septième siècle , et l'on n'a guère à citer , depuis cette époque, que Henri II de Bonneval, qui soutint la révolte du prince de Condé , et se distingua dans cette réaction féodale ; puis César Phœbus de Bonneval , brave officier, et qui se signala à presque toutes les batailles du règne de Louis XIV , comme mestre de camp du régiment royal des cuirassiers , et enfin Claude- Alexandre de Bonneval , qui , à cause de son aventureuse carrière, nous a paru mériter un article spécial.
Bonneval ( Claude - Alexandre , comte de), né dans le Limousin , en 1675, obtint, à l'âge de douze ans, par la protection du maréchal de Tourville, dont il était parent , une place de garde-marine ; l'année suivante , il fut nommé enseigne de vaisseau , et il justifia cet avancement si rapide , en signalant son courage aux combats de Dieppe, de la Hogue et de Cadix.
Mais quelque temps après, une affaire d'honneur le força de quitter la marine. Il acheta, en 1698, un commandement dans le régiment des gardes, et y demeura jusqu'en 1701. A cette époque, il obtint le régiment de Lafeour-infanterie, et, la guerre ayant
éclaté, il fut envoyé en Italie, sous les ordres du maréchal de Catinat. Ce général, ainsi que ses successeurs, Villeroi et Vendôme , le comptèrent au nombre de leurs meilleurs officiers.
Mais, en 1704, une nouvelle affaire d'honneur lui attira Panimadversion du ministre Chamillard ; il demanda un congé au duc de Vendôme, l'obtint, employa deux ans à voyager en Italie, et enfin passa, en 1706, au service de l'Autricne. Le prince Eugène, qui avait pu apprécier sa valeur, lorsqu'il l'avait eu pour adversaire dans les rangs français, lui fit obtenir le grade de général major. C'est en cette qualité qu'il combattit ses compatriotes et déploya de nouveau une brillante valeur à 'l'attaque des lignes de Turin, à Alexandrie, a Tortone, en Provence et en Dauphiné. Envoyé en Flandre, en 1710 , il y fit les" campagnes de 1711 et 1712, assista, en 1714, à Rastadt, à l'entrevue du prince Eugène et du maréchal de Villars, fut nommé , par l'empereur Charles VI , lieutenant générai et membre du conseil aulique, suivit, en 1715, le )rince Eugène dans la guerre contre es Turcs, et contribua au gain de la bataille de Peterwa radin, en 1716.
Mais son caractère bouillant et emporté vint bientôt interrompre de nouveau sa carrière. Des actes de la plus inconcevable insubordination lui fn-cnt perdre l'amitié du prince Eugène, et, pour échapper à la rigueur des lois militaires, il se vit obligé de se réfugier en Turquie, où il embrassa l'islamisme, en 1720. Devenu pacha, sous le nom d'Achmet, il essaya d'introduire la tactique et la discipline européennes dans l'armée du Grand Seigneur, apprit aux Turcs à se servir plus utilement des bombes et de l'artillerie, et leur enseigna l'usage des instruments destinés à donner au tir plus de précision. Mais les musulmans n'étaient point encore préparés à se rapprocher de la civilisation européenne ; les innovations du comte de Bonneval occasionnèrent des soulèvements dans l'armée ; le sultan craignit une révolte générale et fut oblige de
l'exiler. Cependant il reparut à Constantinople en 1789 , et se distingua de nouveau dans la guerre contre 'l'Autriche. Il mourut, en 1747, au moment où il pensait, dit-on , à quitter la religion de Mahomet et à revenir en France. Sur son tombeau , qui existe encore à Péra, dans la cour du téké des derviches tourneurs , on lit une inscription turque , dont voici la traduction : « Dieu est éternel! que « Dieu grand et glorieux pour les « vrais croyants donne paix au défunt « Aehmet-Pacha , chef «des bombar- « diers, l'an de l'hégire 1160. » Le fils du comtede Bonneval, Soliman-Aga, lui succéda dans la charge de tapidjibachi.
Si le comte de Bonneval n'avait point, en portant les armes contre sa patrie , terni l'éclat des qualités brillantes qui pouvaient faire admirer son caractère ; s'il n'avait point ensuite violé, de la manière la plus seandaleuse, les devoirs de l'hospitalité et ceux de la reconnaissance, en combattant dans les rangs des ennemis de l'Autriche et du prince Eugène, à qui il devait tant, il occuperait un rang distingué au milieu de ces glorieux missionnaires de la civilisation, qui , à différentes époques, ont été porter en Orient nos arts et nos idées. Quoi qu'il en soit, les Ottomans euxmêmes, plus fidèles que lui à la religion des souvenirs, n'ont point oublié les services qu'il leur a rendus : ils conservent encore pour sa mémoire une profonde vénération.
Bonneval (Sixte-Louis-Constnnt- Ruffode), né à Aix en 1742, était chanoine du chapitre de Paris, lorsqu'il fut élu député du clergé de cette ville anx états généraux. Il ne prit qu'une fois la parole pour dénoncer le Journal de Paris, et demander le rappel a l'ordre de Robespierre , qui avait porté une accusation contre les officiers de marine arrêtés à Toulon, dans une émeute qu'ils avaient occasionnée en refusant de porter la cocarde tricolore. Bonneval signa la protestation du 12 septembre, et passa à l'étranger en 1794 , après avoir publié plusieurs bro-
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cbures contre les décrets des Assemblées constituante et législative qui usurpaient, suivant lui, une autorité injuste sur les matières religieuses et politiques. Il se retira en Allemagne, et obtint de l'empereur d'Autriche la conservation de l'abbaye d Honnecourt, dont il avait été pourvu en 1788, et qui était située sur le territoire du saint empire romain. Après avoir voyagé en Italie, Bonneval revint se fixer à Vienne, où il fut nommé, en 1808, chanoine de la métropole de Saint- Étienne. Il mourut dans cette ville, en 1820.
Bonneville (C. de), ingénieur, né à Lvon vers 1710, mort vers 1780, fut le premier éditeur des Rêveries du maréchal de Saxe, la Haye,. 1756, in-fol., fig., et fit paraître plusieurs autres ouvrages, dont un seul, celui qui a pour titre : Esprit des lois de tactique et des différentes institutions militaires, ou jSotes du maréchal de Saxe commentées, etc., la Haye et Paris, 1762, 2 vol. in-4°, fig., mérite d'être cité ici.
. Bonneville (Nicolas de), né #à Évreux en 1760, vint de bonne heure se fixer à Paris, et au moment où la révolution éclata, il s'était déjà fait connaître par des ouvrages remarquables. Il fut nommé alors électeur et président de district. C'est à lui qu'on attribue l'idée de la formation d'une garde bourgeoise, qui prit le nom de garde nationale. Quelque temps auparavant, il avait fondé une société qui devint bientôt célèbre sous le nom de Cercle social. Dès la fin de l'année 1 789 , cette société eut une imprimerie , d'où sortirent une foule d ouvrages remarquables, sans compter les brochures et journaux patriotiques rédigés par Bonneville lui-même. Nous citerons seulement la Bouche de fer, ou les Tribuns du peuple, qui parut en 1791 , la Chronique du jour et le Bien informé, auquel Bernardin de Saint- Pierre et Mercier ont fourni des articles remarquables. Mais Bonneville appartenait au parti girondin; il fut arrêté en 1793, et ne fut rendu à la liberté qu'après le 9 thermidor. Sous
l'empire, l'indépendance de ses opinions lui attira des persécutions; il fut même arrêté, et ne sortit de prison * que pour être soumis à la surveillance ae la police. Bonneville mourut à Paris, en 1828. 11 était partisan des doctrines de Saint-Martin et des illuminés.
Bonnieb d'Abco (Ange-Élisabeth- Louis- Antoine), né en 1750, à Montpellier, était président de la chambre des aides de cette ville. A l'époque de la révolution, il fut nommé par le département de l'Hérault député à l'Assemblée législative, puis à la Convention , où il siégea parmi les modérés; il vota cependant la mort de Louis XVI, passa ensuite au Conseil des Anciens, et fut employé, en 1797, par le Directoire comme agent diplomatique dans les conférences qui eurent lieu à Lille avec les envoyés du gouvernement anglais. Dans le mois de novembre de la même année, il fut envoyé, avecïreilhard et Roberjot, en qualité de plénipotentiaire de la république au congrès de Rastadt. ïreilhard ayant été nommé directeur, le 19 mai 1798, et remplacé par Jean Debry, Bonnier se trouva le chef de la légaiion française. « En entrant en Souabe , Jourdah avait déclaré Rastadt ville neutre et donné une sauvegarde au congrès. Cette situation favorisait les desseins de la France, qui voulait détacher les princes de 1 Empire de l'alliance de l'Autriche.
Déjà la tournure des négociations promettait au Directoire un plein succès, quand la bataille de Stockach et la retraite de l'armée du Danube firent tout à coup pencher la balance du côté du vainqueur. Dès lors aussi le cabinet de Vienne prétendit régler le sort du midi de l'Allemagne. Désirant connaître jusqu'à quel point les princes de l'Empire s'étaient avancés vis-à-vis du Directoire , il chargea le comte de Lehrbach, son ministre plénipotentiaire, d'aviser aux moyens de se procurer leur correspondance avec les négociateurs républicains. Celui-ci n'en trouva pas de plus sûr que de faire enlever le caisson de la légation française au moment de la rupture du congres , et fut autorisé,
par sa cour, à requérir du prince neur des victimes; il fut décrété que, Charles les troupes nécessaires à ce pendant deux ans , In place de Bonnier coup de main. L'archiduc les refusa au Conseil des Anciens resterait vad'abord, objectant que ses soldats ne cante et couverte d'un crêpe, et qu'à devaient pas se mêler d'affaires diplo- l'ouverture de chaque séance, le présimatiques ; mais le comte de Lehrbach dent rappellerait à l' Assemblée le crime avant exhibé de nouveaux ordres, l'ar- odieux dont l'empereur s'était rendu cliiduc fut.obligé de mettre à sa dispo- coupable. — Bonnier a laissé des Resition un détachement de hussards de cherches historiques et politiques sur Szeckler. Le colonel de ce corps fut Malte , in-8°, 1798; plusieurs mormis dans la conGdence. L'officier chargé ceaux relatifs à la révolution française , de l'expédition devait seulement enle- et des poésies assez estimées, ver le caisson de la chancellerie, en Bonnivet (Guillaume Gouffier, seiextraire l«s papiers, et, pr occasion, gneur de), de la célèbre maison des administrer la bastonnade à Jean De- Goufïier (voyez ce mot), fut, dit bry et Bonnier, en punition de la hau- Brantôme, « en bonne réputation aux teûr qu'ils avaient mise dans leurs « armées et aux guerres, au delà des relations diplomatiques. Roberjot, an- «monts, où il fit son apprentissage; cien condisciple du ministre autrichien «et pour ce, le roi (François Ie') le et lié d'amitie avec lui , avait été nomi- « prit en grande amitié , étant d'ailleurs nati veinent excepté de cette dernière « de fort gentil et subtil esprit et trèsmesure. « habile, fort bien disant, fort beau et
«Après le départ du comte de « agréable. » C'est au siège de Gênes,
Lehrbach, qui alla attendre dans les en 1507, et à la journée des éperons,
environs le succès de ses manœuvres, que Bonnivet commença à se signaler,
les hussards vinrent rôder autour de 11 fut ensuite employé par François Ier
Rastadt. Le congrès ayant adressé des à diverses négociations. Ce fut lui qui,
réclamations qui ne furent point écou- en 1519 , se chargea de corrompre Wol-
tées, se hâta de se dissoudre. Les sey, ce facile ministre de Henri VIII,
plénipotentiaires devaient se retirer le et qui parvint à le décider à faire en-
28 avril; mais dans la soirée du 19, trer son maître dans l'alliance de la
ils furent sommés de se retirer sur-Ie- France. Mais la négociation qui lui fut
champ. Ils se mirent donc en route la confiée Tannée suivante n'eut pas le
même nuit pour Strasbourg. A peine même succès ; chargé de parcourir l'Ai-
étaient-ils sortis de Rastadt, que les lemagne, pour y gagner au roi les voix
hussards , à l'affût de leur proie , enve- des électeurs , il distribua , pour arriver
loppèrent les voitures; mais oubliant à ce but, beaucoup d'argent, sans
leur consigne, ces soldats, ivres pour obtenir aucun résultat. Lorsqu'il revint
la plupart, frappèrent les envoyés, en France, son frère, Boisy, grand
sans distinction de personnes, du tran- maître de la maison de France, venait
chant de leurs sabres , et laissèrent sur de mourir ; il lui succéda dans la faveur
la place Bonnier et Roberjot. Jean dont il jouissait auprès du roi, mais fut
Debry, blessé au bras et à la tête, se loin de la mériter comme lui. Il ne dut
sauva par miracle, et alla, au point du le crédit qu'il eut constamment à la
jour, chercher un asile chez le ministre cour qu'aux flatteries qu'il prodiguait à
de Prusse (*). » François Ier, et à sa soumission aveugle
Cet effroyable attentat contre le aux désirs et aux caprices de la reine
droit des gens excita une colère una- mère, Louise de Savoie. En 1521 , il
ni me dans la nation. Le gouverne- commanda l'armée de Guyenne, et
ment, pour en perpétuer le souvenir, s'empara de Fontarabie. De retour à
fit célébrer une tête funéraire en Thon- la cour, il servit la haine de Louise de
Savoie contre le connétable de Bour-
(*) Joaiini, Guerres de la révolution, t. XI, bon, dont il était l'ennemi, et qu'il
p. 143. poussa ainsi à la trahison. C'est au
T. m« 8° Livraison. (Dict. bncycl., etc.) 8
crédit de la reine mère qu'il dut le commandement de l'armée d'Italie en 1523. Dans ce poste important, il ne commit que des fautes, bloqua Milan, au lieu de l'emporter d'assaut , se retira derrière le Tésin à l'approche de l'armée impériale, et fut, par ses mauvaises dispositions, la cause de la défaite de Bavard à Rebec; enfin ce fut lui qui conseilla la bataille de Pavie. Ajoutons cependant que, reconnaissant bientôt le désastreux effet de ses conseils, il ne voulut pas survivre à cette armée dont il avait causé la perte, et qu'il se fit tuer en combattant. On eonserve à la bibliothèque royale (n05 8552-3) deux volumes manuscrits des lettres qu'il avait écrites pendant son ambassade à Londres, en 1519.
Bonnot (Honoré) ou Bonnet , prieur de Salon, dans le quatorzième siècle, a laissé un ouvrage intitulé V Arbre des batailles y composé par ordre de Charles V pour l'instruction du dauphin.
La bibliothèque en possède au moins quinze manuscrits.
Bonnot (René), né dans le département d'Indre-et-Loire, caporal de grenadiers à la 2e demi-brigade d'infanterie de ligne, s'est rendu célèbre par plusieurs traits héroïques. Nous nous bornerons à raconter les suivants.
Le 10 avril 1800, l'un des corps de l'armée d'Italie, à laquelle il appartenait, engagea, sur les hauteurs de la Verrerie, un combat opiniâtre contre des forces quatre fois plus nombreuses.
Les Français avaient épuisé leurs cartouches : « Grenadiers , en avant! » s'écria alors Bonnot. Il était le premier; sa contenance ferme et son courage donnèrent le signal de la charge, qui s'exécuta avec tant de précision et d'Impétuosité, que l'ennemi, occupant sur un rocher une position des plus avantageuses, fut forcé de fuir, en laissant le champ de bataille couvert de ses morts et de ses blessés. Cette action mérita à Bonnot le grade de caporal. Vingt jours après , il s'agissait de reprendre sur les Autrichiens tes Deux- Frères et le fort Kaisique; Bonnot irarche au premier rang, et fait un officier et deux soldats prisonniers. Le
11 mai, à l'attaque du Monte-Cormia et du Monte-Faccio , il enleva deux officiers au milieu de leur troupe, prit deux chevaux et un mulet chargés de cartouches. Le surlendemain, Bonnot s'élance dans une redoute; déjà il a désarmé un capitaine , mais il se trouve seul, et, sans se découragée, se défend contre tous ceux qui l'attaquent. Parvenu à s'échapper, il veut rejoindre sa colonne; serré à chaque pas, il est obligé de se battre; il tue deux Autrichiens, et fait une chute en luttant avec un troisième; il a perdu son chapeau et son fusil ; il ne lui reste plus pour se défendre que le sabre de l'officier qu'il a désarmé; mais alors l'adresse vient au secours du courage, il s'élance sur un peloton dont il vient d'essuyer le feu , en criant : A moi, mes amis y ils sont pris! Ces paroles épouvantent les Autrichiens, qui prennent la fuite. Bonnot fait cinq prisonniers, et retourne à sa compagnie.
Depuis cette époque, ce brave a été perdu de vue.
I H) MF il (Étienne), architecte de la fin du treizième siècle, qui , après avoir travaillé à la cathédrale de Paris, alla en Suède, avec des compagnons et des bacheliers, bâtir la cathédrale d'Upsal sur le modèle de celle de Paris.
Bonsergent (Jean-Baptiste), né à Montmartre (Seine), se distingua sur tous les champs de bataille par des traits de bravoure qui paraîtraient incroyables, s'ils n'étaient attestés par des témoignages authentiques. Il s'en-
§agea comme simple soldat, et chacun es grades qu'il obtint, jusqu'à celui de capitaine, fut le prix d'une action d'éclat. Après avoir fait des prodiges de valeur dans un combat, en 1793, près de l'abbaye de Haguenau , Bonsergent se fit encore remarquer par son intré-
f >iiiite dans Manheim , et y passait pour e plus vaillant soldat de la garnison.
ANidau, en Suisse, il chargea seul sur une pièce de canon, sabrâtes artilleurs et les charretiers, s'empara des chevaux , et ramena la pièce au général Fressinet. A Winterthur, il se précipita sur des hussards de Barco , pour dégager le lieutenant Bâcher, qui , mal-
grêla plus opiniâtre résistance, allait être fait prisonnier. Peu de jours après , dans une charge de cavalerie, il mit pied à terre pour secourir un hussard renversé sur le champ de bataille et pris par l'ennemi; il le délivra, l'aida a remonter sur son cheval, se lit jour à coups de sabre à travers une nuée de combattants, et rejoignit avec lui son régiment. A Schatïhausen, il traversa les deux camps où les Russes s'étaient retranchés, chargea, avec le capitaine Chocq, contre une pièce d'artillerie, l'enleva, et fit mettre bas les armes à cent cinquante grenadiers. A la bataille de Feldkirch , blessé d'une balie à la jambe gauche, il subit sur la place même l'opération la plus douloureuse , remonta aussitôt à cheval , contt&ua à combattre, et renversa tous ceux qui osèrent lui résister. A Kempten, en Souabe, il s'élança sur un peloton du régiment de Waldecker, avec le lieutenant Bridonla, fut atteint de deux coups de sabre, et fit prisonnier celui qui l'avait blessé. Fait prisonnier à Salzbourg, puis délivré, il chargea, avec un sous-lieutenant, un gros de cuirassiers, et parvint à le disperser.
Appelé quelque temps après auprès du vice-roi d'Italie, il fut nommé souslieutenant dans le régiment des dragons-Napoléon, et lit avec ce .corps la campagne de 1809. Le 16 avril, devant Pordenone, il culbuta, avec douze cavaliers, un corps d'infanterie autrichienne, et fit trente prisonniers; revint une seconde fois à la charge avec quatre dragons, et enleva encore cinq chevaux à l'ennemi. A la prise de Mulbach, dans le Tyrol, il abattit la porte de la Chiusa, pénétra dans la place avec quelques chasseurs , chargea les insurges, et s'empara de leurs chefs. Le 8 février 1814, devant Spécher, il fit, avec dix cavaliers, mettre bas les armes à cent soixante-trois fantassins. Un mois après, il contribua à la prise du village et des redoutes de Roverbeila, qui furent enlevés par une compagnie de voltigeurs , qu'il soutint contre une compagnie de lanciers autrichiens. Il fit payer cher à l'ennemi une blessure assez grave qu'il avait
reçue dans cette affaire. Mis en retraite après la restauration , le capitaine Bon- ' sergent s'est retiré à Dijon, où il jouit de I estime que lui ont méritée ses vertus privées et ses glorieux faits d'armes.
Bontems (Pierre). — Jusque dans ces derniers temps , c'était une chose convenue chez nous, qu'avant Goujon et Philibert Delorme, la France n'avait donné le jour à aucun artiste capable de produire un ouvrage qui réunît toutes les conditions du beau dans les arts. On en concluait que toute œuvre remarquable, dont la date certaine était antérieure à l'époque où vécurent ces deux grands maîtres, devait être attribuée a des artistes italiens. C'est ainsi que l'on fit longtemps honneur à Paul Ponce, à Serlio, etc., des ouvrages des frères Juste, de Gentil, de Pierre Valence, de Pierre Bontems, et de tant d'autres artistes français , dont ra gloire était ainsi perdue pour U France. On commence à revenir de cette longue erreur. Il est maintenant prouvé que le tombeau de François 1er, attribué si longtemps à des maîtres étrangers, est dû, en grande partie, au ciseau d'un sculpteur français, d'un bourgeois de Paris, dont le nom, oublié ue ses ingrats compatriotes, a été retrouvé tardivement par M. Lencîr, dans les registres de la chambre des comptes.
Ces registres, où l'on trouve la liste des artistes payés pour avoir travaillé à ce tombeau , constatent en effet :
1° que la statue de François Ier, celles de Claude sa femme, du dauphin F. an-
Î'ois, de Charles d'Orléans et de C!iarbtte de France , ainsi que les bas-re3iefs représentant les victoires de Marignan et de Cérisoles , sont de Pierre Bon tems; 2° que tous les ornements ont été faits par Jacques Chantrel , Bastien Galles, Pierre Bigoigne, Jean de Bourges et Ambroise Perret, sculpteurs d'ornements et tous Français; 3° que les bas-reliefs et les arabesques de lu voûte sont de Germain Pilon; 4° que les quatre évangélistes de la voûte sont d'Ambroise Perret; 6° enfin que l'architecture du monument est de Philibert Delorme.
116 BOQ L'UNIVERS. BOR
Le savant à qui nous devons cette précieuse découverte a encore restitué a Pierre Bon teins un bas-relief représentant l'adoration des mages (*), et une urne sépulcrale qui , destinée à renfermer le cœur de François Ier, avait été déposée dans l'abbaye de Haute- Bruyère. « Ce vase, sculpté en marbre blanc, est orné de quatre bas-reliefs imitant le eamée, représentant la peinture, la sculpture, l'architecture et la géométrie. Des mascarons et des cartouches ornent aussi cette urne, qui est surmontée de deux petits génies éteignant le flambeau de la vie : le tout est supporté par un piédestal aussi en marbre blanc, décoré de médaillons formant bas-reliefs , et représentant la poésie lyrique, l'astronomie et la musique (**). »
Voilà tout ce que nous savons sur Pierre Bontems; sa biographie, la date de sa naissance, celle de sa mort, le nom du maître aux leçons duquel il dut ce talent si pur que nous admirons aujourd'hui , et qui n'avait pu sauver son nom de l'injuste oubli de ses contemporains , nous ignorons tout cela ; et il est probable que nous attribuons encore à d'autres maîtres un grand nombre de ses ouvrages.
Boquin ou Bouquin, né au commencement du seizième siècle, embrassa de bonne heure la vie monastique, et appartenait à l'ordre des Carmes, lorsque les doctrines de Luther commencèrent à être connues en France. Il quitta cet ordre en 1541, sortit de France et se rendit à Baie, puis à Wittemberg, où il fut bien accueilli par Luther et Mélanchton, et reçut de celui-ci le conseil d'aller occuper à Strasbourg la chaire que Calvin venait de quitter. Il suivit ce conseil , professa en effet pendant quelque temps à Strasbourg, puis revint à Bourges, où il lit un cours public de langue hébraïque. Peu de temps après, la reine de Navarre lui fit donner un traitement, et le fit nommer prédica-
(*) Lenoir, M tuée impérial des monuments français, p. aaa.
(**) Même ouvrage, p. aa5.
teur de la cathédrale. Mais bientôt les principes qu'il développait dans ses sermons lui attirèrent des poursuites de la part de l'évêque et du parlement. Bouquin s'enfuit alors à Strasbourg,
{mis à Heildelberg, où l'électeur paatin lui donna la chaire de philosophie. Il y professa vingt ans, pendant lesquels la différence qui existait entre ses opinions et celles de Luther lui attira plus d'une fois des désagréments. Il fut enfin obligé de quitter sa place en 1575, et se réfugia à Lausanne, où il mourut en 1582. Il avait publié un grand nombre d'ouvrages de théologie et de controverse.
Borda (Jean-Charles), savant mathématicien , naquit à Dax , le 4 mai 1733. Après d'excellentes études faites au collège de la Flèche , il entra fort jeune encore dans le génie militaire.
En 1756, il lut à l'Académie des sciences un Mémoire sur le mouvement des projectiles; et, la même année, ce corps savant se l'attacha en qualité de membre associé. En 1757, il était aide de camp du maréchal de Maillebois, avec lequel il se trouva à la bataille d'Hastembeck. Après cette campagne, il rentra dans le génie militaire, et fut employé dans les ports.
Dès ce moment, il dirigea toutes ses vues vers l'art nautique. C'est alors qu'il publia plusieurs Mémoires sur la résistance des fluides; sur la meilleure forme à donner aux vannes des roues hydrauliques et aux roues ellesmêmes; sur la théorie des project iles , en ayant égard à la résistance de l'air, et enfin sur le calcul des variations. Ces ouvrages le firent distinguer
{>ar M. de Praslin, alors ministre, qui 'attacha au service de la marine en 1767. Borda fit sa première campagne sur mer en 1768. En 1771, il s'embarqua sur la frégate la Flore en qualité de commissaire de l'Académie, pour faire l'examen des montres marines. En 1774 et 1775, il visita les Açores, les îles du Cap- Vert et la côte d'Afrique. Ce voyage lui valut le grade de lieutenant de vaisseau. L'année suivante, il fut chargé de déterminer plus exactement qu'on ne l'avait fait encore
BOR
la position des îles Canaries. Dans cette expédition, Borda substitua, aux méthodes imparfaites usitées avant lui pour déterminer la position des points d*une côte, le procédé plus sûr des relèvements astronomiques obtenus par des instruments à réflexion. C'est à ce voyage que l'on doit la belle carte qu'il a tracée des îles Canaries et de la côte d'Afrique. Il fit les campagnes de 1777 et 1778 avec le comte dEstaing, et fut nommé major général de l'armée navale. En 1781 , il commanda le vaisseau le Guerrier, et en 1782, il fut chargé d'escorter, avec le Solitaire, vaisseau de soixante et quatorze canons, un corps de troupes que l'on envoyait à la Martinique. Lorsque les troupes furent rendues à leur destination, il se mit en croisière; mais, attaqué par une escadre ennemie, il soutint un combat fort long, et ne se rendit qu'après une défense héroïque. La réputation qu'il s'était acquise comme savant le fit traiter avec distinction par les Anglais, qui le renvoyèrent sur parole dans sa patrie. Il fit exécuter, en 1777, son cercle à réflexion, dont un astronome anglais, Tobie Mayer, avait eu la première idée, mais que Borda sut .s'approprier en le perfectionnant. 11 fit aussi construire sur les mêmes principes, pour les observations terrestres, les cercles répétiteurs, dont l'usage est aujourd'hui généralement répandu. Lorsque l'Assemblée constituante décida la formation d'un nouveau système de poids et mesures, Borda fut chargé, avec Delambre et - Méchain, de la détermination de Tare du méridien qui devait servir à fixer l'unité fondamentale. C'est lui qui, dans cette entreprise immense, dirigea les principales expériences de physique, et la plupart des instruments employés furent inventés par lui. Borda mourut à Paris le 20 février 1799. On a de lui : Vogage fait par ordre du roi, en 1771 et 1772 , pour vérifier l'utilité de plusieurs méthodes et instruments, servant à déterminer la latitude et la longitude, tant du vaisseau que des côtes, iles et écueils qu'on reconnaît, suivi de Recherches pour rectifier les
BOR 117
cartes hydrographiques, par MM. Borda, Pingré et Verdun ue la Crenne, 2 vol. in-4° , 1778 ; Description et usage du cercle de réflexion, in-4°, 1778; Tables trigonométriques décimales, etc., ou Tables des logarithmes, des sinus, sécantes et tangentes, suivant la division du quart de cercle en cent degrés, revues , augmentées et publiées par M. Delambre, in-4°, 1804. Borda est un des plus grands géomètres qu'ait produits la France, a II. doit être regardé, dit M. Biot, comme un de»
hommes qui ont le plus contribué aux progrès de l'art nautique, tant par les instruments exacts qu'il a donnés aux marins, que par l'adresse avec laquelle il a su rapprocher d'eux les méthodes géométriques, sans rien ôter à cellesci de leur exactitude. L'époque à laquelle il a publié ses observations doit être regardée comme celle où les marins français ont abandonné les routines de l'ignorance pour se guider par le flambeau d'une science exacte. »
Bordas (Pardoux) était président du district de Saiut-Yriex , lorsqu'il fut député en 1791 , par le département de la Haute-Vienne, à l'Assemblée législative. Nommé ensuite membre de la Convention , il vota pour la détention de Louis XVI , contre l'appel au peuple et contre le sursis. Il prit parti pour les vainqueurs au 9 thermidor, et fut nommé secrétaire de la Convention le 15 juin 1794. Quelques mois après, il fut envoyé, avec son collègue Jean- Bon-Saint- André, en mission à Bordeaux. De retour à Paris, il prononça, le 16 juin 1795, sur les bases de la constitution , un discours qui contribua à le faire nommer membre du comité de sûreté générale, et bientôt après du Conseil des Cinq-Cents , forme en partie de la réélection des deux tiers des conventionnels. Sorti du Conseil en 1797, il fut élu peu de temps après à celui des Anciens. Immédiatement après la révolution du 18 fructidor, il dit que, pour profiter de la victoire, il fallait se montrer inexorable envers les vaincus , et appuya le rapport de Bailleul , qui demandait la déportation des clichiens. Nommé président le 19 février
1798, il prononça en cette qualité, le privilèges, qu'ils croyaient violés par 4 mars suivant, un discours sur la cet impôt. Ils s'emparèrent de l'hôtel souveraineté du peuple; il s'opposa de de ville, mirent en fuite les magistrats, tout son pouvoir à la révolution du 18 et massacrèrent le lieutenant du goubrumaire, et fut, en conséquence, éli- verneur, Tristan de Moneins. Mais miné du Conseil. Bordas fut depuis bientôt , les autorités de la province employé comme chef de division au revinrent avec des forces supérieures, ministère de la justice, et nommé, en les séditieux furent vaincus , les plus 1807, juge suppléant à la cour de jus- coupables furent livrés au supplice, tice criminelle. En 1816, il se retira en et tout était rentré dans l'ordre . lors- Suisse, que le roi Henri II fut instruit de ces
Bordeaux ( Burdigala ). — Cette événements. Ce résultat ne parut pas • ville, dont l'origine est antérieure à la suffisant à ce prince : il crut avoir enconquétede la Goule par les Romains, core quelque chose à faire. La justice était le chef-lieu des Bituriges Fivisci. était satisfaite , mais sa vengeance ne Plus tard, elle devint la métropole de l'était pas ; il envoya contre Bordeaux la seconde Aquitaine. On peut ju- une armée commandée par le connéeer de l'importance qu'elle avait à table de Montmorency. Cet** malheul'époque gallo-romaine , par l'intéres- reuse ville, qui ne lit aucune résissante description qu'Ausone en a don- tance , fut traitée comme une place née (*). Les études y étaient floris- prise d'assaut ; les habitants furent santés, et ses écoles étaient fréquen- désarmés , et durent payer une contées par de nombreux étudiants; c'est tribution de deux cent mille livres; une conséquence que Ton peut tirer du enfin un tribunal, qui accompagnait grand nombre des professeurs qui y le connétable, condamna de dix en dix enseignaient les lettres grecques et la- maisons un bourgeois à être pendu, et tines (**). fit exécuter tous les magistrats sur la
Bordeaux fut prise et brûlée par les place publique. Visigoths, en 415; Clovis la leur reprit, Au moment de la révolution, Bor-
en 509 , après la bataille de \ ouille, deaux était gouvernée par un maire
Klle fut pillée , en 729, par les Sarra- et quatre jurats ou échevins. Elle
sîns, et eut beaucoup a souffrir des était le siège d'un archevêché fondé au
ravages des Normands , à l'époque troisième siècle, d'un parlement, com-
de la décadence de l'empire carlovin- posé de neuf présidents à mortiers et
gien. de quatre-vingt-dix conseillers , d'une
Rebâtie, vers 911 , par les ducs de cour des aides, d'un bureau de (inan- Guyenne , sur le territoire desquels ces, l'un des seize bureaux généraux elle se trouvait, elle suivit ensuite le créés par François Ier. Elle possédait sort de cette province, et passa avec une université, et une académie dont elle, sous la domination anglaise, par les travaux avaient quelque retentisle mariage d'Éléonore avec Henri, duc sèment.
de Normandie, depuis roi d'Angle- Cette ville , dont la population s'é-
terre. (Voyez les art. Éléonohe et lève aujourd'hui à quatre-vingt-dix-
Guyennb.) Ce fut seulement sous le huit mille sept cent cinq habitants,
règne de Charles VII , en 1452, que devint, lors de la nouvelle division
Bordeaux redevint une partie de la administrative de la France, le chef -
monarchie française. lieu du département de la Gironde
Lors de l'établissement de la gabelle, et de la 11e division militaire. Elle a
en 1548, les habitants de Bordeaux conservé son archevêché , et possède
prirent les armes pour défendre leurs une cour royale, une académie universitaire, des facultés de théologie,
(*) Auson. Clara: urées, liv. xiv. des sciences et des lettres, un coliége
{")U.CommemoratioprofessonmBurdi' royal, une école secondaire de naéde-
gaUniium. cine , une institution des sourds-
Boa u9
muets, etc. La bibliothèque publique , fondée par J. J. Bel , qui légua à l'académie de Bordeaux, dont il était membre, son hôtel et ses livres, fut ensuite augmentée par les dons de MM. Cardoz , Barbot , Beaujon , et par la réunion de plusieurs bibliothèques de couvents supprimés en 1790. On y compte aujourd'hui plus de cent mille volumes , parmi les-
âuels on remarque plusieurs éditions u quinzième siècle , et quelques manuscrits précieux. Cette ville possède en outre un curieux cabinet d'histoire naturelle et une belle galerie de tableaux.
Les monuments de l'antiquité sont fort rares à Bordeaux ; sauf le prétendu palais de l'empereur G al lien, qui n'est autre chose qu'un amphithéâtre bâti à l'époque de la décadence, l'ancienne Burdigala n'offre plus de traces de son origine romaine.
Parmi les monuments du moyen âge, les plus remarquables sont : les églises de Saint- Seurin et de Sainte- Croix , sous le rapport de l'art, et le beffroi de l'église Saint-Michel , sous celui des souvenirs historiques. Les monuments modernes les plus intéressants, sont : le Château-Royal, ancienne résidence des archevêques ; le grand théâtre, bâti par l'architecte Louis; le fort du Ha, et surtout le pont sur la Garonne.
Bordeaux est la patrie d'Ausone, de Berquin, de François Ducos, de Gensonné,de l'historien du Hailian,de Montesquieu , de Boyer-Fonfrède, de Carie Vernet, du général Nansouty, des ministres Martignac et Peyronnet, etc.
Bordeaux (sièges de). — 1. Charles VII, après avoir chassé les Anglais de la Normandie, voulut aussi leur enlever la Guyenne. Fronsac, Blaye, Dax et la Roche-Guyon furent les premières villes qui tombèrent en son pouvoir. Le comte de Dunois vint ensuite mettre le siège devant Bordeaux. Cette ville n'était pas en état de soutenir un long siège ; elle trembla à la vue des Français, se soumit, et ouvrit ses portes. Dunois en prit
possession au nom du roi, l'an 1451.
— 2. Bordeaux se révolta l'année suivante ; le reste de la Guyenne suivit son exemple, et Talbot , l'un des meilleurs généraux que l'Angleterre eût alors, y fut envoyé avec des troupes; mais il fut vaincu devant Castillon.
Toute la Guyenne rentra alors dans l'obéissance, et Charles VII arriva bientôt en personne devant Bordeaux ; il l'investit par terre, taudis que des vaisseaux, stationnés à l'entrée de la Gironde, interceptaient tous les convois, et arrêtaient tous les secours.
Les bourgeois révoltés ne furent pas intimidés de tous ces préparatifs. Ils étaient commandés par un habile officier anglais, et avaient une garnison de quatre mille hommes qui avaient fait avec Talbot l'apprentissage de la guerre. Pour enlever aux soldats tout espoir de retraite , on coupa tous les cordages, on dégréa tous les vaisseaux qui se trouvaient dans le port. Mais bientôt le feu de l'artillerie vint apprendre aux Bordelais , en détruisant leurs remparts, que tout espoir de résister était perdu pour eux. Cent députés furent alors envoyés au roi; ils offrirent de rentrer sous son obéissance, à condition de conserver intacts leurs biens et leurs vies. Mais Charles leur signifia « qu'ils pouvaient se retirer, « que son intention était de se rendre « maître de la ville, et d'en avoir tous « les habitants à discrétion . afin que « leur punition servît d'exemple aux « siècles à venir. » Cette réponse consterna les députés , et Jean Bureau, grand maître de l'artillerie , augmenta encore leur terreur en annonçant que, sous peu de jours , il espérait réduire la ville en cendres par le moyen de ses engins volants. C étaient de nouvelles bombes imaginées par cet habile officier. Les Bordelais se rendirent alors à discrétion. Ils payèrent une amende de cent mille marcs d'argent , perdirent leurs privilèges , prêtèrent un nouveau serment , et firent sortir la garnison anglaise. Cependant Charles VII montra de la clémence ; il remit aux Bordelais une portion de leur amende, et, par cette conduite pleine
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de douceur, s'attacha tellement la Guyenne, que, depuis ce moment, elle n'entretint plus aucune correspondance avec les ennemis de l'État.
Cette seconde conquête réunit définitivement à la France cette province qui, depuis trois cents ans , appartenait aux Anglais.
— 3. Deux siècles d'une profonde paix, un commerce étendu, et de grandes richesses, mirent Bordeaux en état de (igurer dans les guerres civiles qui déchirèrent la minorité de Louis XIV. En 1653, deux factions se formèrent dans Bordeaux : l'une , composée de riches bourgeois , était soumise au prince de Condé; les citoyens les moins opulents et les pauvres composaient l'autre. On leur donnait le nom iïorméistes. Leur rassemblement ordinaire dans une ormée voisine du château du Hâ fut la cause de cette dénomination. En vain employa-t-on, pour les soumettre, tous les moyens de douceur; il fallut ordonner aux ducs de Vendôme et de Candale d'employer la force. Mais comment se déterminer à ruiner une ville opulente, égarée un moment , et peuplée de Français? On forma d'abord le siège de Bourg, occupée par huit cents Espagnols : cinq jours de tranchée ouverte suffirent pour s'en emparer. Libourne suivit cet exemple. Bientôt Bordeaux se trouva serrée de si près, que la famine s'y fit sentir. Les ormêistes moins riches l'éprouvèrent les premiers. Dans un accès de désespoir, ils voulurent arracher des secours à leurs adversaires ; on ne leur en donna pas le temps. Les riches firent leur paix avec la cour, ouvrirent leurs portes. Une police sévère et une amnistie générale éteignirent jusqu'au moindre germe de rébellion
Bordelais , Burdigalensis ager , pays avec titre de comté compris dans la Guyenne. Son chef-lieu est Bordeaux. Il comprenait le Bordelais, le Médoc , avec la Flandre de Médoc, les Landes de Bordeaux, les pays de Buch, de Born , de Marensin ( au nord de la Garonne ) , le Benauge , le pays entre deux mers, le pays de Libourne, le
Fronsadois , le Cuzaguès , le Bourgè; , le Blayès , le Vitrezay ( au sud de U Garonne ). Le Bordelais forme aujourd'hui l'arrondissement deBordeaux. Au temps de César, ce pays était habité par les Carumni, les Bituriges Vivis»
et, Meduli, Succanes. Boii Vivisci , Belendi. Aqtàtani. Il a suivi dans le moyen âge toutes les destinées de la Guyenne.
Bordelais, nom de monnaie, qui se rencontre souvent chez les écrivains du moyen âge , et par lequel ces écrivains désignent un denier, frappé à Bordeaux, par les ducs de Guyenne.
Les Bituriges tectosages étaient un peuple assez important pour avoir eu, comme les autres cités gauloises, une monnaie particulière. Cependant cette monnaie n'a point encore été reconnue, et l'on est surpris de ne rencontrer des espèces incontestablement frappées à Bordeaux , qu'à partir de l'époque mérovingienne. Les premières espèces de ce genre que l'on connaisse , sont des trie us ou tiers de sols d'or , qui portent d'un côté , comme à l'ordinaire , une téte barbare avec le nom de la ville
BVRDEGALA, BVRDEGALA FIT (pOUT
fecit ) , et au revers , une croix tantôt enchrée , c'est-à-dire , ornée d'un ch ris me défiguré, tantôt plantée sur le globe du monde , accostée des signes de l'Éternel , l'A et l'Q , et accompagnée du nom de l'officier monétaire avrolenvs mt , bettone m , etc. Ces triens sont fort nombreux ; nous en connaissons jusqu'à dix-huit variétés, dont la plus remarquable est une pièce sur laquelle on
ht BVRDEGALA SCI STEPHAN. C'est
une des premières monnaies frappées par une autorité ecclésiastique.
Moins riche que l'époque mérovingienne , sous le rapport de la numismatique, l'époque oarlovingienne n'a encore produit qu'une seule pièce au nom de Bordeaux. Mais cette pièce est de la plus haute importance , car elle porte le nom de Lothaire , qui n'a jamais possédé cette ville. On y voit , d'un côté , un temple , emblème de la
religion chrétienne, avec la légende b v rdf.g a l a ; de l'autre , une croix avec ces mots : hlotabivs imp. Une telle disette de monnaie aurait lieu d'étonner, s'il n'était pas évident
Îu'elle n'est qu'apparente, et que c'est Bordeaux même que fuirent frappés les nombreux deniers qui portent pour légende le mot aqvitania ( voy. Deniers d'Aquitaine).
Le nom de bvbdegala reparut sur les deniers des ducs d'Aquitaine : les princes du nom de Guillaume , Eléonore et son mari , Louis VII , en ont frappé qu'ils ont signés cvillelmo , alienob , etc. Ces deniers sont en billon, mais à un titre assez élevé; ils présentent d'un côté une croix , et de l'autre quatre croisettes dans le champ. On a découvert aussi des oboles frappées à la même empreinte, du temps d'Éléonore. Le nom de son époux s'y trouve quelquefois substitué à celui de la ville, de sorte que sur ces
frièces, on lit d'un côté alienob, et de 'autre lodovicvs. Mais bientôt le nom de la province aquitania remplace de nouveau celui de la ville (voy. Guienne monnaie de). Lorsque sur les monnaies de Guienne la légende aqvitania eut péri comme celle qu'elle avait remplacée, les rois d'An-
{;leterre désignèrent, par l'initiale B, 'atelier monétaire de Bordeaux. On établit dans cette ville , en 1539, un hôtel des monnaies qui prit pour différent la lettre K. Cet hôtel, fermé en 179-1, fut ouvert de nouveau en 1795, et depuis il n'a cessé de fonctionner.
On ignore le rapport des anciennes monnaies de Bordeaux avec les espèces tournois.
Bobdelon, né à Bourges en 1633, mort à Paris en 1730, docteur en théologie, auteur dramatique, a fait un grand nombre d'ouvrages très-médiocres dont il confessait lui-même la faiblesse, et qu'il appelait plaisamment ses péchés mortels. Ce sont des traités de religion et de morale, comme ceuxci : Sentiments chrétiens sur les hon* neursj tes richesses et les plaisirs; Sentiments sur les attributs de Dieu; Réflexions critiques et morales sur les
plus bettes et les plus agréables pensées des auteurs anciens et modernes. Ce sont aussi des compositions plaisantes ou ayant la prétention de l'être, comme les Scènes au clam et du coram et des grands et des petits, et Gongam ou F homme prodigieux transporté sur la terre et sous les eaux. Le mauvais goût de Bordelon perce dans ces titres. Ses comédies ne méritent pas plus d'estime que ses livres. Il disait avec naïveté : « Je sais que je suis un mau- « vais auteur, mais du moins je suis un « honnête homme. »
Bobdebie, né en Normandie en 1507, fut le contemporain et l'élève de Marot, qui lui donne dans quelquesuns de ses vers le titre de mignon.
C'est la seule circonstance que l'on connaisse de la vie de Borderie, qui est maintenant tout à fait oublié , malgré son poëme de YAmye de Court, qui semble cependant avoir fait quelque bruit à l'époque où il parut. Antoine d'Héroët venait de publier La parfaite AmyCy quand Borderie lui répondit par YAmye de Court. Ce poëme , auquel s'attacha aussi l'intérêt de la controverse , était écrit dans des principes tout à fait opposés à ceux d'Héroèt :
on y trouvait une imagination gracieuse et assez riche, une gaieté franche; et comme c'était l'époque où toutes ces querelles sur le mérite du sexe étaient en grande vogue, YAmye de Court fut très-bien accueillie. Peut-être pourraiton y comparer Borderie avec Villon , mais avec Villon purifié. VAmye de Court tient un peu de Dame Sidoine; elle trouve que l'amour platonique est une chimère, et elle a mis dès sa jeunesse tout en usage pour plaire aux galants ; mais elle a su préserver son cœur de toute atteinte, parce qu'elle a eu la sage précaution de le loger dans la tour de fermeté, dont la garde est confiée à honneur, crainte et innocence , etc. Une autre production de Borderie est un f 'oyage à Constantinople, en vers de dix syllabes, où l'on retrouve quelques descriptions intéressantes, la versification heureuse et facile, les tournures aisées et l'expression aimable de l'auteur de Y A*
L'UNIVERS
mye de Court On ignore la date de la mort de Borderie.
Bord ru (Théophile de) naquit à Iseste, en Béarn, le 22 février 1722. A l'âge de vingt ans , il soutint , pour parvenir au grade de bachelier dans l'université de Montpellier, une thèse intitulée de Sensu genehce considérât® dissertatio , qui renferme le germe de tous les ouvrages qu'il publia depuis. Le mérite de cette thèse engagea ses professeurs à le dispenser d'une partie des actes ordinairement exigés pour la licence. En 1746, il se rendit à Paris, où il se fit bientôt une grande réputation. Ayant pris ses licences dans cette ville, en 1755, il fut nommé médecin de l'hôpital de la Charité, et mourut subitement la nuit du 23 au 24 novembre 1776. Une mé-.
lancolie profonde, produite , à ce que Ton prétend , par une goutte vague, précéda ses derniers jours; on le trouva mort dans son lit. La facilité avec laquelle il exerçait sa profession , son éloignement pour les remèdes , et sa confiance dans la nature, lui ont quelquefois attiré le reproche de ne pas croire beaucoup à la médecine.
Mais ses doutes étaient d'autant moins blâmables , qu'il s'occupa sans cesse à rendre les ressources de son art plus certaines. Il était l'adversaire de Boerhaave trop naturaliste , et l'ami personnel, le correspondant de Stahl, l'illustre chef de I école spiritualiste, qu'on appelle à tort animiste, et dont Hippocrate sera le maître éternel. Ils trouvaient l'esprit, c'est-à-dire le vice, à la source de toutes les maladies. Ses ouvrages sont : Lettres sur les eaux minérales du Béarn , 1746 et 1748, in-12 ; Recherches anatomiques sur la position des glandes , 1751, in-12; Dissertation sur les écroueUes, 1751, in-12; Dissertation sur les crises, 1 755, in-1 i;Recherches surlepoulspar rapport aux crises, 1 772, 4 vol . i n-1 2 : cetouvrage,où l'auteur fait preuved'une grande sagacité, a été traduit en anglais ; Recherches sur quelques points de l'histoire de la médecine, 1764, 2 vol. in-12; Recherches sur le tissu muqueux ou l'organe cellulaire, et
svr quelques maladies de voitrine , 1766, in-12; Traité des maladies chroniques, tome 1er, in-8', 1776.
Bobel (Pierre), né à Castres, en 1620, médecin ordinaire du roi, associé de l'Académie des sciences pour la chimie . mourut en 1689, selon d'autres en 1678. Il a publié plusieurs ouvrages, dont quelques-uns sont encore recherchés des curieux; ce sont :
de vero telescopii Invcntore, à la Haye, 1651, in -4°; Antiquités de Castres, imprimées dans cette ville en 1649, in-8° : ce livre est rare; Trésor des recherches et des antiquités gauloises, Paris, 1655, in-4°.
Borghetto ( passage du Mincîo et combat de). — Le général Beaulieu , vaincu par Bonaparte au pontdeLodi, passa le Mincio , appuya sa droite au lac de Garda, sa gauche sur la ville de Mantoue, et plaça des batteries sur tous les points de cette ligne, afin de défendre le Mincio. Le quartier général français arriva à Brescia le 28 mai 1796. Aussitôt le général Bonaparte ordonna au général Kilmaine de se rendre, avec quinze cents hommes et six bataillons de grenadiers, à Dezinzanno. Le général Rusca se porta vers Salo, avec une demi-brigade d'infanterie léeère. L'intention de Bonaparte était de faire croire au général Beaulieu qu'il voulait le tourner par le haut du lac Garda, pour lui couper le chemin du Tyrol , en passant par Riva, et de le tromper sur le point d'attague du Mincio. Toutes les divisions françaises sur la droite furent tenues à un jour et demi de marche de l'ennemi. Placées sur la Chiusa, elles avaient l'air d'être tout à fait sur la défensive, tandis que le général Kilmaine allait chaque jour aux portes de Peschiera, et chaque jour avait des escarmouches avec l'ennemi , dans Tune desquelles le général autrichien Liptay fut tué. Toute la ligne autrichienne se trouvant menacée par ces dispositions, la défense du général Beaulieu était fort affaiblie par la multitude de postes que son armée avait à garder.
La division Augereau remplaça , le
BOK FRANCE.
30 mai , celle du général Kilmaine à Dezînzanno. Cette dernière rétrograda àLonado, et arriva dans la nuit à Castiglione. Le général Masséna se trouvait à Monte-Chiaro, et le général Serrurier à Montze. Toutes les divisions se mirent en mouvement dès deux heures du matin , dirigeant leur marche sur Borghetto , où Bonaparte avait résolu de passer le Mincio. L'avant-garde autrichienne, forte de trois à quatre mille hommes, et de dix-huit cents chevaux, défendait l'approche de Borghetto. La cavalerie française, flanuée par les carabiniers et les grenaiers, la suivait au petit trot. Elle chargea avec beaucoup de bravoure, mit en déroute la cavalerie ennemie, et lui enleva une pièce de canon. Les Autrichiens s'empressèrent de couper le pont. L'artillerie légère engagea aussitôt une vive canonnade , tandis qu'on le raccommodait avec peine sous le feu de l'ennemi. Tout à coup une cinquantaine de grenadiers, impatients de combattre, se jettent dans le Mincio, tenant leurs fusils sur leurs têtes, et ayant de l'eau jusqu'au menton. Le général Gardanne , grenadier pour la taille comme pour le courage , était à leur tête. Les Autrichiens croient revoir la terrible colonne de Lodi; les plus avancés lâchent pied ; le pont est alors facilement raccommodé, et les grenadiers français s'emparent de Vallegio, quartier général de Beaulieu, au moment où il venait d'en partir. Cependant les Autrichiens ébranlés, et presque en déroute, se rangèrent en bataille sur le bord d'un large canal qui communique du Mincio au Tanaro , entre Vallegio et Villa- Franca. Bonaparte se garda bien de les y suivre; ils paraissaient s'y rallier et prendre confiance dans leurs positions dont ils garnissaient le front de canons, en s'approchantdes Français.
C'était précisément le lieu le plus propre au succès d'une manoeuvre qu'exécutait en ce moment le général Augereau. Il avait ordre de se porter, en suivant le Mincio, droit sur Peschiera, d'envelopper cette place et de couper •ux ennemis les gorges du Tyrol;
Beaulieu et son armée se seraient alors trouvés sans retraite. Pour empêcher les Autrichiens de s'apercevoir de ce mouvement, Bonaparte , contenant avec peine la fureur des grenadiers français , faisait canonner vivement le village de Vallegio ; mais les ennemis furent instruits, par leurs patrouilles de cavalerie, du mouvement d'Augereau. Le général Beaulieu , qui ne cherchait pas à vaincre dans cette journée, mais à sauver son armée, h«Ha aussitôt sa retraite sur Castel-Novo, et se retira derrière l'Adige, en envoyant ses munitions et son artillerie dans Mantoue. Un corps considérable de cavalerie qui arriva se plaça à l'arrière-garde. Il fut bientôt attaqué par la cavalerie française commandée par le général Murât.
L'action fut vive; Murjt et le chef de brigade Leclerc y Crent des prodiges de valeur, mais la nuit les empêcha de remporter une victoire complète.
Tandis que les fuyards repassaient l'Adige, et que Beaulieu jetait une partie de son armée dans Mantoue, Augereau s'emparait de Peschiera.
Dès le lendemain les Français se portèrent sur Rivoli; mais l'ennemi avait coupé les ponts sur l'Adige. Les Autrichiens perdirent dans cette journée quinze cents hommes, cinq cents chevaux et cinq canons. Ainsi, en moins de deux mois, les Autrichiens avaient été repoussés des bords de la Méditerranée contre ceux de l'Adige; ils se trouvaient chassés de l'Italie , et voyaient placés sur les montagnes de l'Allemagne les avant-postes français.
« Je ne vous citerai point , disait Bo- « naparte dans son rapport , les hom- « mes qui se sont distingués par des « traits de bravoure ; il faudrait nom- « mer tous les grenadiers et carahi- « niers de l'avant-garde. Ils jouent et « rient avec la mort; ils sont aujour- « d'hui parfaitement accoutumés avec « la cavalerie, dont ils se moquent.
« Rien n'égale leur intrépidité , si ce « n'est la gaieté avec laquelle ils font « les marches les plus forcées. Ils « chantent tour à tour la patrie et l'a- « roour. Vous croiriez qu'arrivés à
« leur bivouac ils doivent au moins « dormir? Point du tout, chacun fait « son conte ou son plan de l'opération « du lendemain, et souvent Ton en « rencontre qui voient très-juste. Je « voyais défiler une demi-brigade; un « chasseur s'approcha de mon cheval :
« Général, me dit-il, il faut faire cela. « Malheureux , lui dis-je , veux - tu « bien te taire! Il disparaît à l'ins- « tant. Je l'ai fait en vain chercher : « c'était justement ce que j'avais or- « donné. »
Bobies (Jean-François-Louis Leclerc).— Ce nom est un de ceux que l'histoire doit enregistrer pour qu'il ne sorte pas de la mémoire des amis de la liberté : cependant ce n'est point celui d'un guerrier célèbre, ni d'un orateur éloquent; c'est le nom d'un simple sergent d'infanterie, qui mourut pour avoir conspiré contre le gouvernement des Bourbons. Bories était, en 1821, sergent dans le 45' de li§ne; il avait reçu une instruction solide; son patriotisme s'était formé à la lecture des annales de la république française. Il se fit recevoir dans une vente de carbonari, avec trois de ses camarades, Baoulx , Goubin et Pommiers, nobles jeunes gens qui prévoyaient l'avenir, et ne se trompaient que sur les dates. Arrêtés tous les quatre en 1822, à la Rochelle , où leur régiment était en garnison, ils furent transférés à Paris, où se lit leur procès. L'accusation fut soutenue avec partialité par le procureur général Marchangy. Les quatre sergents , accusés sans preuve d'avoir voulu renverser le gouvernement . furent condamnés à mort : le jury avait été choisi à l'avance. Bories s'efforça d'attirer sur lui seul toute la sévérité des lois: « MM. les jurés, « s'écria-t-il , M. l'avocat général n'a « cessé de me représenter comme le « chef du complot. . . Eh bien , j'ac- « cepte ; heureux si ma téte , en rou- « lant sur 1 echafaud , peut sauver « celle de mes camarades. » Tout fut inutile. Les quatre sergents furent exécutés le 20 septembre 1822, à cinq heures du soir, sur la place de Grève. Ils montèrent sur l'échafaud, s'em-
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brassèrent, et tombèrent en criant :
Vive la liberté !
Borjon (Charles -Emmanuel), avocat au parlement de Paris , naquit en 1633, à Pont-de-Vaux, en Bresse. Il avait conçu le projet de réunir en un corps d'ouvrage toutes les décisions de droit sur les matières les plus importantes; plusieurs des traités qui faisaient partie de ce grand travail, ont été publiés séparément. Parmi ses autres ouvrages de droit, on cite son Traité des offices de judicature, Paris, 1682, et l'abrégé qu'il publia en un volume in-4°, des 6 volumes in-fol. du Recueil des actes du clergé de France , par Jean Legentil. Il a joint à cette collection des mémoires historiques trèscurieux sur les édits de pacification et le texte de ces édits. Borjon était bon musicien ; on lui doit même un curieux Traité de la musette^ avec des planches et des airs composés pour cet instrument, Lyon, 1674, in-fol.
Bormio (combat de). Sept mille Autrichiens étaient campés dans la Valteline , derrière des retranchements formidables garnis de dix-huit pièces de canon. Vis-à-vis de ce corps se trouvaient quatre mille cinq cents Français , commandés par le général Dessoles , ayant pour toute artillerie deux pièces de 3. La position de ce corps était telle à Sainte-Marie qu'il ne pouvait y essuyer un demi-revers. Il se trouvait presque sans retraite; les communications entre Sainte-Marie et Bormio étaient impraticables , et les défilés si étroits que deux hommes ne pouvaient y passer de front. Une attaque audacieuse était seule capable de soustraire ce corps d'armée au péril qui le menaçait. Les Autrichiens appuyaient la gauche de leurs retranchements sur un torrent dont leur li^ne suivait la direction. Une reconnaissance exacte
firouvaau général Dessoles que le metteur moyen de vaincre c'était de resserrer l'ennemi le plus possible. Il occupa pour cela le village de Munster, 1118 disposa son attaque de manière le prendre sur son flanc, le long du torrent, sa droite pénétrant la ligne de l'ennemi , et sa gauche refusée en
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avant du village de Munster. L'attaque commença, le 26 mars 1799, avant le jour, parles tirailleurs envoyés sur la droite des Impériaux. Au premier coup de fusil, la première demi -brigade ébranle, culbute les premiers postes autrichiens , se jette clans le torrent , pénètre, à l'abri de l'artillerie impériale , jusqu'à la hauteur de leurs retranchements , et débouchant ensuite elle tourne la première redoute, qui est aussitôt enlevée. La deuxième demibrigade prend la route de Glurentz, et se place sur les derrières de l'ennemi. Dès que cette redoute est enlevée , le général Dessoles ordonne à sa gauche de s'avancer vers la droite des Autrichiens. Elle était disposée sur plusieurs lignes en échelons; un bataillon de réserve la soutenait par une ligne pleine. Cette aile marcha ainsi dans un ordre admirable vers l'ennemi jusque sous les retranchements. Exposée au feu le plus vif, elle se jeta dans les retranchements; l'Autrichien fut partout culbuté. Jamais on ne vit exécuter des manœuvres avec plus de précision; jamais des troupes ne montrèrent plus décourage; le conscrit disputa de valeur avec le vétéran. Un corps de grenadiers marchait sur la redoute qui vomissait la mort de toutes parts; un conscrit se trouvait dans leurs rangs et se précipitait en avant; un grenadier, dont il gênait sans doute le passage, lui dit : Jeune homme, que fais-tu là ? Ce n'est pas ta place. Le conscrit, piqué de ce propos, s'élance dans la redoute avant les grenadiers, et, se tournant vers eux, se mit à crier : A moi les grenadiers et les conscrits! Les Autrichiens comptèrent douze cents morts et quatre mille cinq cents prisonniers ; ils perdirent de plus dix-huit pièces de canon. Dès le lendemain les Français arrivèrent à Glurentz, dont ils s'emparèrent. Dans une affaire d'avant - poste, le petit bourg de Glurentz, entièrement construit en bois, fut totalement brillé en un instant. L'explosion d'un petit magasin à poudre augmenta ce désastre, et enleva tous moyens d'y remédier.
Boen (Bertrand de), troubadour du
douzième siècle, vicomte de Hautefort , dans le diocèse de Périguéux , est auteur d'un grand nombre de pièces de vers, dont cinquante-quatre sont parvenues jusqu'à nous. 11 joua un assez grand rôle dans les querelles de Henri II, roi d'Angleterre, et de ses fils, Richard, comte de Poitou, et Henri, duc de Guyenne. Il commença par engager ce dernier dans une guerre contre son frère. Il était parvenu à former contre Richard une ligue redoutable, à la tête de laquelle était le duc de Guyenne; mais au moment d'entrer en campagne , les deux frères se réconcilièrent, et la ligue fut dissoute. Bertrand n'en persista pas moins dans son hostilité contre Richard, qui vint mettre le siège devant son château de Hautefort, le força à se rendre à composition et lui pardonna. Les fils de Henri II s'étant révoltés quelque temps après contre leur père, Bertrand offrit ses services à Henri; mais la mort de ce jeune prince le laissa encore seul exposé à la colère du roi. Henri II vint l'assiéger, et le fit prisonnier avec toute sa garnison, malgré leur vigoureuse résistance. Il était d'autant plus irrité contre lui, qu'il l'accusait, non sans raison, d'être l'instigateur de la révolte de son fils. Mais Bertrand désarma son vainqueur, en lui rappelant l'attachement que lui portait le jeune prince. Le roi lui pardonna, lui rendit son château et toutes ses terres, et poussa même la générosité jusqu'à lui
fiayer le dommage que lui avait causé a "guerre. Après la mort de ce prince, Bertrand prit parti dans toutes les querelles de Richard et de Philippe- Auguste. Enfin, usé par les fatigues de la guerre , et peut-être aussi poussé par les remords d'une vie remplie d'intrigues et d'injustices, il prit l'habit de Cîteaux, et mourut dans un cloître.
Le Dante ne l'en a pas moins placé dans son enfer, où il le peint portant sa tête, séparée de son corps, en guise de lanterne. La plupart des sircentes composés par Bertrand roulent sur des sujets guerriers; ils sont tous l'expression des passions violentes de l'auteur, et l'on voit percer le désir de nuire,
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même dans ceux qui , étant adressés à des dames, semblent avoir été destinés à exprimer des sentiments plus doux.
— Son fils, Bertrand de Born, cultiva aussi la poésie; on lui attribue deux des sirventes insérés dans le recueil des œuvres de son père. II fit hommage à Philippe-Auguste pour sa terre de Hautefort, et suivit ce prince à la bataille de Bouvines, où l'on croit qu'il fut tué.
Borneil (Giraud de), troubadour de la fin du douzième siècle, naquit à Excideuil, de parents pauvres. Ses compositions poétiques le mirent au rang des plus célèbres troubadours.
Le Dante parle de lui dans la Divine comédie. Nous avons quatre-vingtdeux pièces de Borneil, la plupart fort obscures : quelques-unes sont satiri-
3 ues. Il déplore dans plusieurs la perte u véritable amour et la décadence de la jonglerie.
Borodino (bataille de). C'est le nom que les Russes donnent à la bataille que nous appelons , nous , bataille de la Moscowa. Le village de Borodino est situé sur la route de Smolensk à Moscou , à environ seize myriam. de cette dernière ville, sur la rive gauche de la Kologa , et sur la rive droite de la Moscowa, dont il est cependant éloigné d'environ trois mille mètres.
Le 5 septembre 1812, l'armée française, commandée par Napoléon, et s'avançant vers l'ancienne capitale de l'empire moscovite, découvrit toute l'armée russe en ordre de bataille, la droite du côté de la Moscowa, la gauche sur les hauteurs de la rive droite de la Kologa et le centre au nord de Borodino. Il était deux heures. En avant de leur gauche , lesRusses avaient fortifié un beau mamelon où ils avaient
5 lacé dix mille hommes pour le défenre. Napoléon résolut d'enlever surle-champ cette position. A quatre heures, le roi de Naples, Joachim Murât, et le prince Poniatowski commencèrent l'attaque. Une heure après, la redoute était prise avec ses canons, et le corps russe était chassé de ses positions, où il laissait quatre mille tués ou blessés. La journée du lendemain se passa à
se reconnaître. Les forces des deux armées en présence étaient égales en nombre : chacune d'elles comptait environ cent trente mille combattants.
Kutusoff, vieux guerrier et vainqueur des Turcs, commandait les Russes, et avait sous ses ordres le général Barclayde-Toily dirigeant la droite; le général Bagration la gauche, et le général Benigsen le centre. Les corps français présents étaient, outre la vieille et la jeune garde, ceux des maréchaux Davoust et Ney, des princes Eugène et Poniatowski, les quatre grands corps de cavalerie sous les généraux Montbrun, Nansouty, Latour-Maubourg et Grouchy, lesquels obéissaient au roi de Naples.
Le 7, le soleil se leva sans nuages, et Napoléon, sortant de sa tente, dit à ses officiers : roilà un beau soleil; c'est le soleil d' Austerlitz. Cependant toute l'armée a pris les armes, et cha-
3ue compagnie formée encercle autour e son capitaine a entendu la proclamation suivante de l'empereur : u Sol- «dats! voilà la bataille que vous avez « tant désirée. Désormais la victoire « dépend de vous : elle nous est néces- « saire ; elle nous donnera l'abondance, « de bons quartiersd'hiveretun prompt « retour dans la patrie. Conduisez-vous « comme à Austerlitz, à Friedland, à « Witepsk, à Smolensk, et que la pos- « térite la plus reculée cite votre con- « duite dans cette journée; que Ton * dise de vous : // était à la grande « bataille sous les murs de Moscou. »
À six heures, le signal de la bataille est donné. A notre droite, Davoust et Poniatowski, avec l'artillerie des généraux Sorbier et Pernetti, et les divisions Campans et Desaix, marchent sur les positions de Bagration; à notre gauche, le prince Eugène attaque le village de Borodino. Tout réussit d'abord; mais Campans, Desaix, Rapp sont blessés; Davoust a un cheval tué sous lui. Ces accidents ont compromis le premier succès. Alors Ney reçoit l'ordre de recommencer le combat. Cependant Borodino est déjà au pouvoir du prince Eugène. 11 est sept heures. Davoust marche contre
Bagration; Ney le seconde; Eugèneattaquela grande redoute du centrede l'ennemi. Le triomphe couronne sur tous ces points la valeur française.Toutefois, la grande redoute, au secours de laquelle Kutusoff a envové des forces considérables, a été reprise par les Russes, mais ce n'est qu'après avoir fait de grandes pertes, et après que le général français Bonamy qui la défendait eut été mis hors de combat. Après ce succès, Kutusoff porte ses masses sur sa poche, où Ney, Davoust et Poniatowski font de rapides progrès et se sont emparés de plusieurs redoutes de Bagration, et lance en même temps dix régiments et une multitude innombrable de Cosaques sur le prince Eugène. Napoléon envoie alors ses réserves de la ligne et une batterie de quatre-vingts canons au secours de sa oroite, et lui-même marche sur le centre. Dans ce moment, mille pièces de canon vomissent la mort de part et d'autre. L'attaque et la défense sont également acharnées. Les Russes restent impassibles sous la mitraille des Français : ceux-ci avancent toujours malgré la mitraille des Russes. Bientôt on se joint, on se charge à la baïonnette: la mêlée devient épouvantable.
La victoire est encore indécise. Mais enfin Ney et Davoust sont parvenus à ouvrir un espace pour la cavalerie; alors Murât s'élance avec sa cavalerie sur l'ennemi , pénètre par les brèches que la mitraille de nos canons a faites dans les masses serrées des Russes et les escadrons de leurs cuirassiers , culbute tout et entre dans la grande redoute de gauche. Aussitôt il tourne contre les Russes les pièces de canon qui se trouvent dans la redoute. Bientôt 'e prince Eugèn e s'empare de nou vea u de la grande redoute de droite où venait de Pénétrer Caulaincourt, qui, un instant 3près, fut frappé d'un boulet et tomba mort. Déjà, a la redoute de gauche, Montbrun , à la tête de ses cuirassiers , ^ait eu le même sort. Dès ce moment, la bataille est gagnée. Néanmoins, pendant que la cavalerie de Grouchy presse ■ retraite d'une partie de l'armée fasse, une autre partie de cette même
armée s'arrête sur le ravin de Psarewo , et demeure, on ne sait pourquoi, exposée au feu de nos batteries , lesquelles causentd'effroycibles ravages dans leurs rangs, jusqu'à la fiw du jour. Ce ne fut qu'a la nuit close qu'Hti s'éloignèrent. La garde impériale française ne donna point dans cette bataille. On et) a fait un reproche à Napoléon. Si elle eût donné, l'armée russe éprouvait une entière destruction. Mais , sans cela , ses pertes furent assez considérables :
elle laissait sur le champ de bataille trente mille morts, parmi lesquels un grand nombre d'officiers généraux , et entre autres, le prince Bagration. Elle avait en outre à regretter quinze mille prisonniers, cinquante pièces de canon et plusieurs drapeaux. Les Français, de leur côté, avaient à regretter quinze mille des leurs, deux généraux de division et sept autres officiers généraux : Plouzolle, Romeuf, M arion, Compère, Huart, Lanubère, et les deux dont nous avons déjà parlé, Montbrun et Auguste Caulaincourt. «Jamais, remarque le dix-huitième bulletin de la campagne de Russie, on n'avait vu un pareil champ de bataille. » La victoire de la Moscowa , autrement dite de Borodino, ouvrit à l'armée française le chemin de Moscou.
Boby (Gabriel) , membre de l'Institut, né à Paris , le 13 mars 1720, fut successivement capitaine de vaisseau, chef d'escadre, et gouverneur de Saint- Domingue. De savants travaux sur les différentes parties de l'art nautique l'avaient fait nommer, avant la révolution , associé libre de l'Académie des sciences. Il fut admis, en 1796, à l'Institut, en remplacement de Pingre. Il mourut à Pans, le 8 octobre 1801. Il a publié un Mémoire sur les moyens de purifier Vair des vaisseaux , un autre Sur l'administration de la marine et des colonies, 1789, 2 vol.
in-8°, et un grand nombre de travaux hydrographiques et astronomiques , imprimés dans les recueils de l'Académie des sciences et de l'Institut.
Boby de Saint-Vincent (J. B.
M. G.)> naturaliste, géographe et militaire distingué , est né à Agen , en
bor L'UNIVERS. BOR
1780. De bonne heure il montra les plus heureuses dispositions pour l'étude des sciences naturelles. Dès l'âge de quinze ans il avait attiré sur lui l'attention des savants , en adressant à la société d'histoire naturelle de Bordeaux deux mémoires fort remarquables, en effet , sur le Byssus et les conserves, et sur le défrichement des landes. Il Gt partie, en 1800, en qualité de naturaliste, de l'expédition du capitaine Baudin. On sait que, pour des raisons relatives à la conduite du capitaine, la discorde se mit dans son état-major, et que près de la moitié des officiers et des savants qui étaient à bord l'abandonna à l'île de France.
M. Bory de Saint-Vincent fut du nombre de ceux qui se retirèrent, sa santé ne lui permettant pas alors d'aller plus loin. Après son rétablissement, il fut employé à l'état-major de la colonie par le gouverneur Magallon de la Morlière, et obtint de ce chef toutes les facilités possibles pour visiter les îles du voisinage. L'île de la Réunion, aujourd'hui Bourbon, fixa surtout son attention; il la parcourut dans tous les sens et en dressa la plus belle carte topographique qui eût jamais été gravée. En revenant en France, M. Bory de Saint-Vincent toucha à diverses îles d'Afrique, et notamment à Sainte- Hélène, dont il parvint à faire une excellente carte, malgré les difficultés qu'il eut à essuyer de la part des autorités pour parcourir l'île. Outre ce résultat important, l'auteur rapporta de l'île un papillon magnifique, qui , malgré sa grande taille et la richesse de ses couleurs, avait échappé aux voyageurs et n'ornait alors aucune collection. M. Bory de Saint-Vincent le fit connaître vingt ans après environ dans les Annales générales des sciences physiques, et Napoléon, lorsqu'il était prisonnier des Anglais , a nommé Prométhée ce beau papillon, « du « nom, dit-il, de ce grand mortel qui, « ayant dérobé un rayon du soleil pour « répandre la lumière parmi les nom- « mes , fut attaché sur un rocher par « les dieux jaloux. » M. Bory deSamt- Vincent était à peine de retour en
France, depuis dix mois, lorsque parurent ses Essais sur les îles Fortunées et l'antique Atlantide , 1 vol.
in-4°, Paris, 1803. La relation de son Voyage dans les îles d'Afrique, 3 vol.
in-8°, avec un fort bel atlas grand in-4° de plus de cinquante cartes et planches , Paris , 1804, suivit à quelques mois de distance. Cet ouvrage mérita à M. Bory de Saint- Vincent le titre de correspondant de l'Institut. La guerre s'étant rallumée, il fut employé en qualité de capitaine à l'étatmajorparticulierdu maréchal Davoust; il servit près de ce général jusqu'à la fin de la campagne d'Austerlitz , et passa avec avancement au 5e régiment de dragons au commencement de la campagne d'Iéna. II ne quitta ce corps, en 1808, après la paix de Tilsitt, que pour être attaché à l'état-major particulier du maréchal Ney, qui , se rendant en Espagne , désirait avoir près de lui un officier de cavalerie capable en même temps d'être chargé de toutes sortes de reconnaissances.
Ce fut le chef d'état-major Jomini qui désigna M. Bory de Saint-Vincent au vainqueur d'Élchingen. Bientôt après, il fut promu au grade de major, et resta auprès du maréchal Soult, sous les ordres duquel il fit la campa-
{;ne que termina la bataille de Tououse. Les événements de la guerre ayant placé M. Bory de Saint-Vincent à la tête des troupes qui formaient la garnison d'Agen , il se trouva , par cette circonstance , commander sa propre patrie pendant une quinzaine de jours. Rappelé peu de temps après à Paris, lorsque le maréchal Soult fut nommé ministre de la guerre, M. Bory de Saint-Vincent fut 1 un des huit colonels d'état-major employés au dépôt de la guerre, dont il fut exclu de fait par l'ordonnance du 24 juillet 1815.
La paix , en rendant des loisirs à M. Bory de Saint-Vincent, lui permit de se vouer avec un nouveau zele aux sciences et à la littérature; il s'occupa de la rédaction du Nain jaune ; sa participation aux articles de cette feu 1 1 le périodique lui fit de nombreux ennemis. Occupé de ses fonctions au
dépôt de la guerre, il n'alla point audevant de Napoléon triomphant; mais il fut appelé par le département de Lot-et-Garonne à la chambre des représentants, qui l'envoya en députation auprès de l'armée. Dans le cours de cette mission, il harangua plusieurs divisions qui occupaient les nauteurs de Bellevîlle et de la Villette, et sut exciter en elles un grand enthousiasme. Aussi fut-il porté sur les listes de proscription du 24 juillet 1815, et banni par la loi d'amnistie. Traqué par toutes les polices de l'Europe, il avait été obligé , pour rester libre, de se cacher sous une multitude de déguisements. C'est alors que, forcé de chercher une retraite dans les carrières des environs de Maestricht, il composa l'histoire des vastes cryptes que renferme la montagne. Celte his-
ficatifs et ses pétitions qu'on peut considérer comme des ouvrages; une partie des Annales générales des sciences physiques, où la préface très-savante est de lui seul; plusieurs Mémoires dans les Nouvelles Annales de Eyriès et Malle-Brun, ou dans celles de MM. Audouin et Brongniart; près de la moitié des articles dont se composent les dix premiers volumes du Dictionnaire classique d'histoire naturelle, dont il fut le directeur ou rédacteur principal ; tous les articles d'histoire naturelle de V Encyclopédie de M. Court in; un Traite del homme; une Histoire des animaux microscopiques; un Essai sur la matière; enîin deux ouvrages sur l'Espagne, intitulés , l'un Guide du voyageur, 1 vol. in-8°; l'autre Résumé Se la géographie physique , historique et
toire, qu'il publia en 1823, in-S°, avec politique de la Péninsule, 1 vol. in-18
cartes et planches , a pour titre Voyage souterrain. Cependant on se lassa de persécuter M. Bory de Saint- Vincent; il fut honorablcmentaccueilli par les savants de Berlin , demeura pendant quelque temps dans la maison de Carnot à Magdebourg et à Aix-la- Chapelle, et se fixa enfin à Bruxelles, où, s'associant à deux savants du pays, il publia , de concert avec eux , les Annales générales des sciences physiques, S vol. in 8°, avec une mul
de 500 pages, avec cartes.
Bos-Jean, terre et seigneurie de Bourgogne , à vinçt-deux kilomètres est de Châlons, érigée en comté en 1634.
Bosc ( Louis-Auguste-Guillaume) , naturaliste, fils d'un médecin du roi, né à Paris le 9 janvier 1759, mort le 1 1 juillet 1828, eut de bonne heure du gout pour l'histoire naturelle. Attaché, de 1784 à 1788, à l'intendance des postes, dont il était secrétaire, il ne se livra que par intervalles et dans
titude de planches. Il s'occupait alors ses moments de loisir à sa science de
beaucoup de lithographie, et ne fut prédilection; cependant ses premiers
pas étranger aux grands progrès que travaux, consignés dans le Journal de
fil ce bel art dans les Pays-Bas. Ren- physique, lui méritèrent d'honorables
tréen France, en 1820," M. Bory de sutfragcs. La protection du ministre
Saint-Vincent fut chargé, en 1829, du Roland l'avait élevé au rang d'admi-
eommandement de l'expédition scien- nistratcur général des postes; mais la
tilique de Morée. Depuis 1830 , il est révolution du 31 mai 1793 lui enleva
chef du bureau historique au dépôt sa place et son protecteur. Par un
de la guerre et a été promu au grade généreux dévouement, il accompagna
de maréchal de camp. Outre les ouvra- jusqu'au pied de l'échafaud madame
çes dont nous avons parlé, on a encore Roland , femme de l'ex-ministre , con-
de lui divers Mémoires sur plusieurs su- damnée à mort à cause de ses relations
jet* d'histoire naturelle, insérés dans le avec les girondins. Il se réfugia ensuite
Recueil de Capelle et Villers , depuis dans la forêt de Montmorency, et y
1795 jusqu'à 1798; quelques Mémoires vécut trois ans, occupé exclusivement
imprimés dans les Annales du Mu- d'histoire naturelle. C'est là qu'il pré-
féum et dans l'ancien Journal des para la première publication des mé-
Voyages de Malte-Brun; plusieurs moires que madame Roland lui avait
écrits politiques; ses Mémoires justi- confiés. En 1796, le directeur Lare-
T. m. 9# Livraison. (Dict. ekcycl., etc.) 9
nos
LTNIVERS.
BOS
reillère-Lepaux le fit envoyer en qualité de consul aux États-Unis d'Amérique; s'il ne fut pas admis a remplir cette fonction diplomatique, il s'occupa du moins, pendant son séjour dans le nouveau monde, du soin de former de nouvelles collections d'histoire naturelle. Nommé à son retour administrateur des hospices civils de la ville de Paris, il perdit cette piace à la révolution du 18 brumaire. Il se livra dès lors entièrement à l'étude. Successivement nommé inspecteur des pépinières de Versailles, membre de la société d'agriculture de Paris, de la société d'encouragement et de l'Institut, il lit dans ces sociétés un nombre considérable de rapports , et donna une foule d'articles à des journaux ou recueils scientifiques. Il a laissé : Nouveau dictionnaire d histoire naturelle (avec d'autres naturalistes et physiciens), 24 vol. in-8°; réimprimé en 30 vol.
in-8°; Histoire "naturelle des coquilles, des vers et des crustacés (faisant suite au Buffon de Deterville), 1802, 10 vol. in-8°; Dictionnaire d'agriculture (avec d'autres membres de l'Institut) , 1803-9, 15 vol. in-8°; Annales d'agriculture (les 20 derniers vol.); Dictionnaire d'agriculture et d'économie rurale, de Y Encyclopédie méthodique (les 3 derniers vol.), 1812-13, in-4°.
Bosc avait succédé en 1825 au célèbre Jean Thouin , comme professeur de culture au Jardin des Plantes.
Bosc (L.-C.-P.), savant ecclésiastique, né dans le Rouergue, vers 1740, est auteur d'un ouvrage estimé, publié en 1793, en trois volumes in-8°, sous le titre de Mémoire pour servir à Chistoire du Rouergue. On ignore la date de sa mort.
Bosc (Nicolas du), chancelier de France, était originaire de la Normandie. Il fut nommé, en 1374 , évêque de Bayeux, et assista en cette qualité à la translation du corps de saint Louis, translation qui eut lieu en 1392, en présence de Charles VI. Il fut nommé président de la chambre des comptes de Paris au mois de février 1397, et fait chancelier au mois de novembre suivant. Il exerça ces fonctions jus-
qu'en 1400, époque où le chancelier de Corhie fut rétabli. Nicolas du Bosc mourut à Paris, le 19 septembre 1408.
Bosc d'Antic (Paul), médecin, né en 172G, mort en 1784, étudia la physique avec l'abbé Nollet, l'histoire naturelle avec Réaumur, et fut désigné en 17.55, par l'Académie des sciences, dont il était correspondant, pour rétablir la manufacture de glaces de Saint- Gobin. Il composa sur l'art de la verrerie plusieurs mémoires qui contribuèrent aux perfectionnements que cet art a reçus en France.
Boschet ( le P. Antoine ) , jésuite, est connu par une vive et spirituelle critique des ouvrages de Baiilet, qui avait eu le double tort de parler tresfavorablement de Port-Royal et peu favorablement de quelques-uns des bons Pères. Ses Réflexions sur les jugements des savants et sesftéjlexions d'un académicien sur la vie de Descartes eurent beaucoup de succès, ce dernier opuscule surtout, qui fut longtemps attribué au P. Letellier, l'un des meilleurs écrivains de la société.
Le P. Boschet mourut a la Flèche, en 1703, à l'âge de soixante-cinq ans.
Boschle.vrd , terre et seigneurie de Normandie , a seize kilomètres nord de Rouen; érigée en barounie en 1G07.
Bosco (combat de). L'aile droite de l'armée d'Italie continuait de combattre avec courage, malgré des revers multipliés. Chargé de défendre Gênes , le général Saint-Cyr attaqua les Autrichiens, le 24 octobre 1799, sur Bosco, Bezzaluzzo et Pasturama.
Il commandait quatre mille hommes d'infanterie, mais il manquait entièrement de cavalerie et d'artillerie. La position de l'ennemi était excellente; il comptait cinq mille hommes , dont douze cents «cavaliers; il possédait en outre sept pièces de canon. Malgré leurs désavantages les Français 's'avancent à la baïonnette; les Autrichiens sont mis en déroute; on leur fait mille prisonniers. Tous les corps de cette armée montrèrent un courage héroïque.
Pour récompenser leur valeur, en la personne de leur chef, le gouverne-
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ment donna au général Saint-Cyr un sabre magnifique , en l'invitant de le porter aux jours de bataille.
Bosio (François-Joseph), sculpteur, est né à Monaco en 1769. Il se livra deboHne heure à la sculpture, et vint à Paris étudier cet art à l'école de Pajou; puis, après avoir suivi pendant quelque temps la carrière des armes, il retourna en Italie, dont il visita les principales villes, étudiant l'art antique et l'art italien, et produisant de nombreux ouvrages. Il revint à Paris en 1808, et s'y fixa. Le sculpteur Bartolini , qu'il avait connu à Florence, le présenta à Denon , qui lui fit d'abord peu d'accueil-, mais qui devint son protecteur, lorsque M. Bosio lui eut montré le modèle des vingt basreliefs qu'il avait faits pour la colonne de la place Vendôme. A la même époque M. Bosio exposa son Amour lançant des traite. Il fit ensuite le buste «Joséphine, et devintdès lors le sculpteur favori de la cour. On a en effet de lui quarante bustes des principaux personnages de la cour de l'empereur.
£n 1810, parut son groupe de ÏAmour séduisant F Innocence, qui fut suivi d'Aristée, et de Y Hercule terrasnuit Achetons.
Sous la restauration, M. Bosio fut chargé de différents ouvrages; citons, entre autres , le Louis XIV de la place des Victoires, le quadrige de l'arc de triomphe du Carrousel , les statues du duc d'Enghien, de Montyon, de Henri IV enfant.
Les œuvres de M. Bosio sontbienplus nombreuses encore . mais nous avons cité les plus importantes. Pour nous, le beau temps de M. Bosio , c'est l'empire ; «n chef-d'œuvre, ce sont ses basreliefs de la colonne. Certes, la plus noble application qu'il ait pu taire de son talent, c'était de reproduire, dans toute leur vérité, sur le bronze ennemi, trophée de nos victoires, les immortelles actions de la campagne d'Austerlitz. Mais à côté de cette manière d'entendre l'art dans ses applications à l'histoire nationale, que dire delà statue de Louis XIV? Ce roi de France , vêtu en empereur romain ,*
et distingué de ceux-ci par une énorme perruque, se tenant roide sur un cheval oui se cabre, le tout posé sur un piédestal , où deux bas-reliefs historiques, dans le style du temps, représentent deux faits de l'histoire du grand roi, est-ce bien là un monument, ou bien n'est-ce pas une caricature? Peut-on imaginer quelque chose de plus malheureux quecettecombinaison de perruque, d'empereur romain, et de bas-reliefs du dix-septième siècle? Nous ne saurions trop nous élever contre ce système bâtard, contre cette maladroite imitation de l'antique; et si nous élevons la voix à propos de cette statue, c'est que M. Bosio, l'auteur des bas - reliefs de la colonne , est plus coupable que ne le serait un autre d'avoir commis une pareille erreur.
A quoi donc attribuer cette aberration dans cet artiste, comme dans tant d'autres? A l'absence d'études historiques et philosophiques; à l'absence de convictions politiques et souvent même de sentiments patriotiques. Quand le conventionnel David, exilé à Bruxelles, refusait de peindre Wellington, en lui disant à trois reprises différentes : « Je ne peins que V histoire; » quand un autre David refusait, quoique pressé par la misère, d'élever a Londres un monument qui aurait fait sa fortune, mais qui edt été injurieux pour la France ; quand tant d'autres artistes mettent leur talent au service d'une idée, à laquelle ils se vouent tout entiers, on ne remarque pas ces variations dans leur style, et on ne les voit pas reproduire tour à tour l'histoire des guerres de Napoléon , les hommes de l'empire, Louis XIV, les hommes de la restauration, les martyrs de la révolution, Blùcher, la nièce" de Wellington, puis les hommes ou les femmes de 1830. Leur vie est une; chez eux, le lendemain n'est jamais une négation de la veille. L'on n'est vraiment artiste qu'à la condition d'avoir une opinion et de lui vouer sa vie.
Bosquet (François de), l'un des plus savants préhits de l'église de France, naquit à Narbonne en 1605.
Il avait d'abord embrassé la carrière
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judiciaire, et avait été successivement juge royal à Narbonne, procureur général du parlement de Rouen, intendant de Guyenne, et ensuite de Languedoc, et il venait d'être nommé conseiller d'État, lorsqu'en 1G50, il se démit de toutes ses places pour accepter l'évêché de Lodève. L'éveché de Montpellier étant ensuite venu à vaquer, il y fut nommé, et en prit possession en 1657. Dans ses fonctions épiscopales, Bosquet donna constamment l'exemple de toutes les vertus chrétiennes, et mourut vivement regretté, le 24 juin 1676, après a voir administré son diocèse pendant près de vingt ans. Il était âge de soixante et onze ans. On a de ce savant prélat un assez grand nombre d'ouvrages, parmi lesquels nous citerons : Micnadis Pselii synopsis legum. gr, cum. lat.
versione et notis, Paris, 1632, in-8°; Pontificum romanorum , qui e Gallia oriundi in ea sederunt, historia ab anno 1305, ad annum 1394, cum notis, Paris, 1632, in-8°. Baluze a donné une édition plus correcte de cet ouvrage. Ecclesiœ galticanx historiarum liber primus , Paris, 1633, in-8°; Spécimen iconis historicœ cardinalis Mazarini, Paris, 1G60, in-4°.
Bosquillon ( Edouard- François- Marie), médecin et helléniste, naquit à Montdidier le 30 mars 1744. Il apprit de son père les éléments des langues anciennes, et, à l'âge de onze ans , il fut envoyé à Paris , chez les jésuites , pour y continuer le cours de • ses études. Il étudia ensuite la médecine, et fut reçu, à vingt-six ans, docteur-régent de la faculté. En 1774, il fut nommé professeur de langue et dè philosophie grecques au collège de France, et devint successivement censeur royal , médecin de l'Hôtel-Dieu de Paris, et membre d'un grand nombre de sociétés savantes. Bosquillon a rendu, comme traducteur, de véritables services aux sciences. Il était grand bibliophile, et possédait la bibliothèque la plus riche qu'un médecin ait jamais rassemblée , si l'on en excepte Falconet(*). Atteint d'une ma- (*) Voyei ce mot et l'article BiBuomi-
ladie lente, il prévit sa mort plusieurs années avant qu'elle arrivât , et n'en conserva pas moins tout le calme de son esprit. Il fit lui-môme prépare/ sa tombe au cimetière du P. Lacnaise, et alla l'essayer avec un sang-froid extraordinaire. Il nadurut en novembre 1816. Les pauvres »nt conservé la mémoire de ce médecin bienfaisant , qui les aidait à la fois de ses ordonnances et de sa bourse. Les principaux ouvrages de Bosquillon sont : Traduction des Aphorismes et Prognostics d'Hippocrate, Paris, 1784, 2 volumes in-18, réimprimés en 1814 ; Traduction des Eléments de Médecine pratique de Cullen, in-8°, Paris, 1785; Traduction du Traité théorique et pratique des ulcères, par Benjamin Bell, Paris, 1788-1803, in-8°, etc.
Toutes ces traductions sont enrichies de notes nombreuses.
Bosse ( la. ) , seigneurie dans le Vexin français, à douze kilomètres sud-ouest de Beauvais, érigée en baronnie l'an 15î>6.
Bosse ( Abraham ) , graveur à l'eauforte , né à Tours en 1611 , vint étudier son art à Paris, fut reçu en 1651 à l'Académie de peinture , et nommé professeur de perspective. Il a publié un grand nombre d'ouvrages, parmi lesquels nous citerons seulement les plus importants. Ce sont : le Moyen universel de pratiquer la perspective sur les tableaux et surjaces irrégulières, Paris, 1653, 2 volumes in-8° ; Traité de la manière de dessiner les ordres d'architecture , Paris, 1684, in-folio ; et un Traité des diverses manières de graver en taille-douce , Paris, 1645 et 1701, in-8°. Cochin fils a publié en 1758 une 3e édition de cet ouvrage , où l'auteur entre dans de grands détails sur la pratique manuelle
que, p. 3 1 S. La collection de livres ami par Bosquillon a été évaluée à plus de trente mille volumes. Elle renfermait tous les écrits des médecins les plus célèbres, grecs, latins, arabes, français, italiens, anglais. Le catalogue de cette bibliothèque, qui a été public, forme un voL in-8* de 400 pages.
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de son art, ce qu'on n'avait point fait encore avant lui. On doit nier, parmi les gravures qui sont dues au burin d'Abraham Bosse, le Recueil estampes pour servir à Vhistoire des plantes, exécuté par ordre de Louis XIV (3119 planches en 3 volumes in-folio), d'après les peintures originales de Robert. Bosse, dont le caractère ne pouvait se plier aux exigences de Lebrun , fut exclu de l'Académie par suite de sa mésintelligence avec cet artiste, alors tout-puissant. Il se retira à Tours, où il mourut en 1678.
Bosse (Simon) donna des preuves de la plus rare intrépidité à la bataille d'Arcole, le 15 novembre 179G. Il était alors lieutenant à la 5 Ie demi-brigade; il fut un des premiers officiers qui, sous le feu de l'ennemi, traversèrent à la nage le canal près de son embouchure dans l'Adige. Pendant la campagne de 1813 , il commanda le 85e régiment en qualité de chef de bataillon.
Lors de la capitulation de Dresde, il
f)arviut à sauver l'aigle du régiment, a conserva pendant la captivité du corps en Hongrie , et la rapporta en France en 1814. Cet officier est mort major de la légion de Tarn-et-Garonne.
iîossu (N.), chef de bataillon à la 38" demi-brigade. Au mois d'août 1799, cet officier, alors sous-lieutenant, rencontra une colonne ennemie qui s'avançait dans le pays des Grisons entre Vasora et le Pont-du-Diable ; sans hésiter, il chargea, la baïonnette en avant, à la tête de ses grenadiers , culbuta tout ce qui lui opposait de la résistance, et fit 1200 prisonniers, dont 26 officiers.
Bossu (N.), capitaine de la marine française, né à Baigneux-les-Juifs, au commencement du dix-huitième siècle, est un des premiers voyageurs qui aient bien fait connaître la Louisiane et les peuples qui l'habitaient. Il fit, par ordre du gouvernement, trois voyages dans ce pays. L'histoire des découvertes qu'il y a faites se trouve dans deux ouvrages qu'il a publiés, et qui ont pour titre : Nouveaux voyages aux Indes occidentales , etc., Paris, 17CS , et Nouveaux voyages dans
r Amérique septentrionale, Amsterdam, 1777, in-8°.
Bossu (René le), né en 1631 , chanoine régulier de Sainte-Geneviève, sous-prieur de l'abbaye de Saint- Jean de Chartres, a fait un traité du poème épique , où il n'omet aucune des règles , ni aucune des ressources du genre. Mais il n'y a rien de plus inutile que ces ouvrages où l'on enseigne minutieusement au poète tout ce qu'il lui est nécessaire ou possible de faire, et qui font de l'art un liée commun.
D'ailleurs , le P. le Bossu n'a pas un gout très-sûr; il veut que le poème épique ait toujours un but moral , ce
3ui est un principe louable assuréicnt, mais non pas incontestable; et il prétend tirer ce principe d'Homère, qui a voulu , selon lui , montrer dans 1 Iliade les inconvénients de la discorde. Le plus souvent, il ne voit Homère qu'a travers Aristote ou la poétique moderne ; et il en résulte que les règles qu'il appuie sur le poète ne sont pas toujours évidentes. Il loue Homère d'avoir compris la durée de l'Iliade en vingt-sept jours , et il invite tout poète épique qui aura à raconter comme lui îles batailles , à se renfermer dans des dimensions semblables ; et sa raison , c'est qu'Aristote a dit que ce qui est violent ne peut durçr. Ce traité n'a eu de la réputation que parce que la critique n'était pas encore formée du temps de le Bossu. On a encore de cet auteur un parallèle de la philosophie de Descartes et d'Aristotc.
Bossuët ( Jacques - Bénigne ). — L'homme qui devait être, au dix-septième siècle, la lumière de l'Église, par sa science, ses vertus, son zèle, et la gloire des lettres, par la grandeur de son génie et de son éloquence, naquit à Dijon, dans la nuit du 27 au 28 septembre de l'année 1627. Dès son enfance , il fit augurer beaucoup de Jui par la promptitude singulièrement neureuse de son intelligence , par la gravité de son esprit, et par son ardent amour de l'étude et du savoir. A une raison prématurée , il joignait une vive chaleur d'imaçination. A treize
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ans, ayant ouvert une Bible dans la bibliothèque de son père, il se passionna pour cette lecture avec un feu, avec des transports et des ravissements qui étonnaient et charmaient tous ceux qui en étaient témoins; sa vocation se révélait, au plaisirque lui faisaient éprouver ces pieuses leçons, ces images hardies , ce vigoureux langage de l'Écriture. Les jésuites de Dijon, chez lesquels il avait été placé, eussent voulu s'attacher un tel disciple. Dès l'âge de huit ans , Bossuet avait été voué par sa famille au ministère ecclésiastique ; et , n'étant encore qu'en seconde, il avait été nommé à un canonicat de la cathédrale de Metz. Mais son père, ambitieux pour lui , ne répondit pas au désir de ses maîtres ; et peut-être est-il heureux que Bossuet ne soit point entré dans cette compagnie , où le talent était le bienvenu , 'mais où il abdiquait son originalité , et s'effaçait en quelque sorte pour travailler à l'intérêt général dans un esprit de corps trop exclusif.
Après avoir achevé sa rhétorique chez les jésuites , Bossuet fut conduit à Paris , et vint faire sa philosophie dans ce célèbre collège de Navarre, dont une reine du quatorzième siècle avait été la fondatrice. 11 en fut bientôt le premier élève. Dans les exercices intérieurs de cette maison, il se montrait déjà orateur. Interrogé devant tout le collège réuni sur des questions de théologie et de philosophie, il improvisait sur-le-champ un discours avec une solidité de jugement et un éclat de parole qui remplissaient d'étonnement et d'orgueil les supérieurs de cet établissement, et surtout l'homme vertueux qui en était le chef, Nicolas Cornet. Envoyé un jour comme représentant du collège de Navarre à une espèce d'épreuve publique, où l'Université faisait montre de ses meilleurs élèves , il fut si ferme et si brillant, que la nouvelle de son succès parvint jusqu'à l'hôtel de Rambouillet, cette réunion si curieuse et si avide de tout ce qui était esprit, savoir, éloquence. Il fallut que Nicolas Cornet envoyât le jeune orateur à cette ingénieuse et frivole
assemblée. On sait quels applaudissements accueillirent ce sermon prononcé à onze heures du soir dans un salon, et quelle pointe fit Balzac pour célébrer un mérite si précoce. Plus tard , Bossuet eût regardé comme une vanité répréhensible cet emploi mondain de la parole sainte. Mais alors , quoique d'une humeur déjà grave et sévère , il partageait entre les lettres et la religion son zèle et son enthousiasme ; et il est certain qu'à cette époque il alla plusieurs fois au théâtre où l'on représentait les chefs-d'œuvre de Corneille , pour y étudier les règles de la déclamation oratoire.
Déjà le jeune ecclésiastique s'était attiré, par ses hautes qualités, la faveur ou l'amitié de personnages éminents dans l'Université , le clergé et la noblesse. L'origine de sa liaison avec le grand Condé mérite d'être rapportée. Il soutenait en Sorbonne sa thèse de bachelier devant la faculté de théologie, lorsque le vainqueur de Rocroy et de Fribourg vint s'asseoir parmi ses auditeurs. Bossuet introduisit dans son discours les éloges les plus flatteurs pour le prince avec tant de naturel et de mesure, puis, revenant à son sujet , et comme excité par la présence d'un tel ju^e, il soutint ses preuves, et combattit celles de ses adversaires avec tant de précision , de lumière et de chaleur, que Condé, ravi, lui voua dès cet instant une estime et une amitié qui ne firent que s'accroître dans la suite, et qu'il lui conserva jusqu'à la mort.
En 1652, la thèse de licence fut pour Bossuet l'occasion d'un autre triomphe; cependant i! ne fut pas reçu le premier : ce fut M. de Rancé qui obtint cet honneur. Quelques mois après, Bossuet reçut la prêtrise, et partit pour Metz, ou on venait de l'élever au rang d'archidiacre. Six années qu'il passa dans cette ville furent activement emplovces, soit à remplir les fonctions qui lui avaient été confiées, soit à compléter, par de fortes études, ses connaissances en théologie, soit à convertir ou à réfuter les protestants qui étaient en assez grand nombre dans cette
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province. Plusieurs abjurations montrèrent quel empire il savait prendre sur les âmes. Le ministre des réformés de Metz ayant publié un catéchisme où il entreprenait de démontrer que les fidèles ne pouvaient espérer leur salut dans l'Église romaine, I l'issu et lui répliqua d'une manière qui frappa également d'admiration réformés et catholiques. On trouve déjà dans la Réfutation du catéchisme de Paul Ferri ces grands traits d'éloquence qui sont si simples , et dont la beauté tient surtout à la force de la pensée et à l'élévation du sentiment. « Votre nouveauté, dit-il à ses adversaires, s'égalera-t-elle à cette antiquité vénérable, à cette constance de tant de siècles, à cette majesté de l'Église?
Qui étes-vous , et d'où venez-vous ? A qui avez-vous succédé? Où était l'Église de Dieu, lorsque vous êtes parus tout d'un coup dans le monde ? Cherchez les antiquités, lisez les historiens et les saints docteurs , etc. » A ce langage , on reconnut un homme fait pour renouveler au dix-septième siècle les prodiges que l'éloquence chrétienne avait opérés dans les premiers temps de l'Église. Dans les chaires de Metz où il montait souvent , Bossuet ne portait pas moins d'autorité et d'ardeur. Une mission que la reine mère, de concert avec saint Vincent de Paul, lit prêcher dans cette ville pour la conversion des protestants , l'eut pour principal cher, et fut redevable de ses succès à l'activité de son zèle et à la puissance de sa parole.
Déjà aussi se montre en Bossuet cet espritd'intolérancequi lefitquelquefois sortir des bornes de son ministère. Le lieutenant général de Metz ayant commencé des poursuites contre un protestant soupçonné d'avoir fait violence à la conscience d'une domestique au lit de mort, tous les coreligionnaires de l'accusé prirent sa défense, et se mirent en devoir de porter plainte à la cour et d'évoquer l'affaire au conseil. Bossuet craignit de les voir réussir par cette voie , et il s'empressa de la leur fermer, en prévenant saint Vincent de Paul ,* et en le priant d'a-
gir et de faire agir la reine, pour que les plaignants fussent renvoyés à la juridiction qui leur offrait le moins de chances favorables. Il faut avouer que cette manœuvre , qui eut un plein succès, était d'un homme plus dévoué à la cause de la religion que scrupuleux sur les moyens de la servir.
En 1658, Bossuet fît un voyagea Paris, pour y traiter quelques affaires qui intéressaient le chapitre de Metz. Il prêcha dans plusieurs églises pendant son séjour, et avec tant de succès, que la reine mère voulut l'entendre. Toute la cour fut étonnée et séduite par le langage de cet homme qui lui découvrait avec tant de grandeur le néant des plaisirs et de la puissance, et l'humiliait si éloquemment. Ici commence dans la vie de Bossuet une nouvelle période pendant laquelle, prédicateur de la cour à Paris, sans oublier les fonctions qu'il conservait à Metz , il se partage entre ces deux villes, et, dans l'une et l'autre, travaille sans relâche à la conversion des protestants , dont il rêve la réunion générale à l'Église romaine.
Il passa dans ces occupations diverses onze années, jusqu'à sa nomination à l'évêché de Condom, arrivée en 1669.
La plupart des sermons que nous avons de lui ont été prononcés dans cet intervalle. Quoiqu'il les préparât rapidement, et les improvisât en quelque sorte la plume a la main, on y trouve des beautés d'autant plus dignes d'admiration, qu'aucun prédicateur avant lui n'avait connu le véritable caractère de l'éloquence chrétienne.
Chaque discours , écrit avec une simplicité (ière et animée , est semé de traits sublimes qui égalent les passages les plus vantes des oraisons funèbres. Quelquefois on y Fencontre des pensées et des mouvements, et même des phrases entières , qu'on avait admirées et relues depuis longtemps dans les oraisons funèbres, sans savoir que c'étaient des emprunts faits par Bossuet à lui-même. C'est ainsi qu'on lit dans un sermon sur la mort ce magnifique et terrible développement de la pensée de Tertullien, si souvent remarqué dans l'oraison fu-
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nèbre de Madame : «Notre chair change bientôt de nature ; notre corps prend un autre nom ; môme celui de cadavre, dit Tertullieu , ne lui reste pas longtemps, etc. » Ce qui ne frappe pas moins dans ces sermons que la fréquente sublimité du langage, c'est ,1a connaissance du cœur humain que Bossuet y déploie, c'est la profondeur et la délicatesse avec laquelle il analyse et peint les passions qu'il voudrait anéantir.
On ne s'explique pas comment la Harpe a pu dire que Bossuet était médiocre dans la prédication. 11 fallait qu'il eilt bien peu lu ce qu'il osait juger. Il est inutile de réfuter cette étrange opinion, dont on a fait justice. Du reste, il est vrai que, comme tous les ouvrages improvisés , ces sermons ont des parties ou la simplicité et la facilité sont portées au pointd'affaiblir l'intérêt. Il faut avouer aussi que parfois ia vivacité des mouvements y est trop heurtée. Ce sont des ébauches d'un génie puissant , qui tantôt se borne au langage familier d'une conversation édifiante , et tantôt , s'élançant avec une fougue et un désordre sublimes, prodigue les grandes pensées et les images saisissantes. C'est sans doute à cause de ces inégalités que Voltaire a mis Bossuet au-dessous de Bourdaloue dans l'éloauence du sermon.
Mais si dans ses discours qu'il méditait à loisir, Bourdaloue est plus achevé, plus serré, plus soutenu, a t- il jamais cette action , celte variété, et ce don si rare de créer sans effort des expressions marquées au coin du sublime?
Au surplus, peu nous importe ici ia question de la prééminence, tout ce que nous voulons, c'est qu'où s'accorde à reconnaître dans les sermons de Bossuet, malgré leur irrégularité, les parties les plus essentielles de l'éloquence. Nous ne croyons pas aller trop loin en ajoutant que la manière même dont ils outété composés, leur donne un l'eu et une liberté qui peut-être révèlent mieux l'originalité de Bossuet que la grandeur plus régulière des oraisons funèbres.
Dans cette carrière de prédicateur, si glorieusement remplie , un des
moments les plus brillants fut l'Avent de; 1601 , pendant lequel Louis XIV vint pour la première fois entendre Bossuet. 11 fut si vivement frappé, qu'il voulut lui donner une marque particulière d'admiration et d'intérêt :
il fit écrire à son père pour le féliciter d'avoir un teljils.
Dans les intervalles de ses prédications , Bossuet revenait à la composition d'un ouvrage qu'il avait entrepris pour éclaircir la controverse avec les protestants , et préparer une fusion entre les deux Églises. A cette fin , il exposait dans toute leur simplicité les principes fondamentaux du catholicisme , compris dans les canons du concile de Trente. L1 Exposition de la doctrine catholique parut un chefd'œuvre de clarté, de précision et de logique. Ce fut un véritable coup porté à la réforme. Les ministres protestants, embarrassés pour répondre , prétendirent que Bossuet , dans le désir de ménager une conciliation , s'était écarté de la tradition véritable. Bossuet n'avait accordé que ce que l'Église sacrifiait sans peine, et ne regardait comme indifférentes que les questions étrangères au dogme luimême , comme celle de la communion sous les deux espèces. Mais comme son livre resta longtemps manuscrit, le mensonge des protestants s'accrédita auprès des gens du monde ; et madame de Sévigné parle de Y Exposition à sa fille, qui avait des prétentions à cire cartésienne cl esprit fort, comme d'un ouvrage qui lui convient, par sa simplicité et ses accommodements. L' Exposition n'avait d'abord été destinée qu'à l'instruction d'une seule personne.
Bossuet avait pris la plume pour achever de dissiper les doutes d'un homme illustre qui se sentait attiré vers le catholicisme, moins par ambition, comme on l'a dit, que par un de ces mouvements religieux qui agitaient si souvent les âmes au dix-septième siècle, ïurenne était venu trouver Bossuet, et se remettre entre ses mains. Les plus grands personnages se faisaient les disciples respectueux et dociles d'un simple prêtre : on s'inclinait devant la
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puissance du raisonnement , de l'éloquence et dr l'enthousiasme. Turenne y céda, et son abjuration, qui fit tant de bruit, couvrit Bossuet de gloire aux yeux de l'Église et du monde.
Vers le même temps , les membres les plus élevés du clergé de Paris lui rendirent un éclatant nommage en l'invoquant comme conciliateur dans une querelle qui agitait tous les esprits, et où l'autorité des évéques et du pape même venait échouer contre la résistance opiniâtre de quelques religieuses.
On refusait à Port-Royal de signer 1c formulaire qui condamnait les fameuses propositions. Bossuet écrivit aux religieuses pour les inviter à l'obéissance; et sa lettre, admirablement propre à persuader, porte l'empreinte d'une modération qu'il eut rarement dans ses combats avec les sectes infidèles ou ennemies. Le jansénisme trouva toujours dans .Bossuet un adversaire, mais jamais un persécuteur; sans doute, ce qui adoucissait sa rigueur, c'était le respect et l'estime qu'il ne pouvait s'empêcher de ressentir pour les vertus et les talents des principaux personnages de Port-Royal.
Malgré la réunion si puissante de la douceur et de la raison , la lettre de Bossuet ne produisit point l'effet qu'on en avait attendu : l'esprit de secte s'était emparé des religieuses, et elles ne signèrent que lorsqu'un nouveau pape eut introduit, dans le formulaire,' un mot nouveau dont le sens équivoque favorisait la restriction mentale.
La querelle du jansénisme ayant paru apaisée, l'Église n'eut plus à lutter
au'avec les protestants: Arnauld et ses isciples portèrent de ce côté toute leur ardeur. C'est alors qu'on vit cette même société de Port-Royal prier le roi de lui donner Bossuet pour censeur des ouvrages qu'elle se proposait de publier contre la réforme. Bossuet n'était pas évéque, et quand le premier volume de la Perpétuité de la foi eut été achevé par les solitaires, ce fut son approbation qui en autorisa la lecture.
Il était à quarante-deux ans, sans di-
ânité et sans titres , le véritable chef e l'église française. Il ne devait pas
seulement son autorité à l'éclat du génie, mais au respect qu'inspiraient la pureté de ses mœurs et sa profonde
piété.
En parlant ici de la vertu et de la conviction de Bossuet , nous ne craignons pas d'être dupe d'une de ces erreurs que la séduction exercée par le génie , ou l'art complaisant des biographes, impose trop souvent à la postérité. Tel Bossuet se montre à nous dans ses écrits , tel il fut dans toute sa vie et dans toutes ses actions privées ou publiques. Ceux qui répètent qu'il vécut marié ne savent pas que ce bruit n'a d'autre fondement qu'une calomnie insérée dans un libelle par un moine défroqué, huit ans après la mort de Bossuet. Voltaire même est obligé de reconnaître l'imposture dans la notice qu'il consacre à Bossuet à la (in du Siècle de Louis XIV. Du reste , cette notice est loin d'être en tout digne de confiance ; si Voltaire se refuse à croire que Bossuet vécut marié , il raconte qu'un contrat de mariage secret fut signé entre Bossuet, encore très-jeune, et mademoiselle Desvieux de Mauléon, que cet acte ne fut pas suivi de la célébration , à cause de l'entrée de Bossuet dans les ordres, et que des reprises matrimoniales furent faites à la mort de Bossuet. Rien de tout cela ne peut passer pour vrai, comme le démontre de la manière la plus satisfaisante M. de Bausset, dans une de ses pièces justificatives. Cette notice de Voltaire a été faite avec une grande légèreté. Pour-
3uoi après avoir dit que la célébration u mariage n'eut pas lieu , ajoute-t-il mae mademoiselle de Mauléon n'abusa jamais du dangereux secret qu'elle avait entre les mains. Ce secret n'avait rien de dangereux, si le contrat n'avait pas eu de suite. Après avoir rendu justice à la pureté des liaisons qui subsistèrent entre Bossuet et celle qu'il prétend avoir été sa fiancée , pourquoi rapporte-t-il , sans le réfuter, un mot scandaleux où l'on ne peut voir autre chose que la satire d'un commerce illégitime et secret avec mademoiselle de Mauléon ? Peut-être y a-t-il au fond beaucoup de perfidie dans cette légè*
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reté. Une ruse souvent employée par Voltaire consiste à éveiller lies soupçons chez Je lecteur sans en exprimer aucun lui-même. Cette notice équivoque se termine par une de ces suppositions qu'il est trop facile de faire, et que Voltaire se permettait trop souvent. « On a prétendu, dit-il, que ce grand homme avait des sentiments philosophiques différents de sa théologie, à peu près comme un savant magistrat qui , jugeant selon la lettre de la loi , s'élèverait quelquefois en secret au-dessus par la force de son génie. » Mais Voltaire cite-t-il un seul fait, une seule parole qui puisse autoriser ce sentiment? La seule preuve qu'il apporteàl'appui de sa supposition, c'est cette comparaison par laquelle il l'achève. Les esprits indépendants qui rejettent les dogmes du catholicisme comme une erreur insupportable .
à la raison , développent la, pensée de Voltaire, en disant que la foi religieuse était une chose impossible à Bossuet,
Sar là nature même de son génie trop ♦rme et trop pénétrant pour se soumettre à un tel joug. L'arrêt porté contre la religion par l'incrédulité serait légitime, qu'on n'en pourrait rien conclure contre la foi de Bossuet:
car jamais l'homme n'est à l'abri de l'erreur ; et combien on a vu d'esprits élevés, de profonds génies mettre leur force au service d'une illusion !
Que d'exemples on en pourrait citer!
Pour ce qui regarde Bossuet , on peut dire que la nature de son génie, loin de le détourner de la foi religieuse, devait l'y conduire au contraire, et l'y porter" irrésistiblement. Il fut un de ces hommes qui naissent avec un esprit clairvoyant et vigoureux , mais aussi avec un violent besoin de régularité, d'ordre et d'unité. L'ordre intérieur, l'ordre extérieur, la régularité dans sa conscience et dans sa vie, et la même régularité dans les autres qu'en lui-même, voilà ce que voulait impérieusement une nature telle que la sienne; c'était là son penchant souverain et son vœu absolu. Pour le satisfaire, il ne pouvait s'adresser à la philosophie . avec un tel besoin , il faut
abdiquer l'indépendance de sa raison, principe éternel d anarcjiie ; il faut s'attacher au dogme religieux , seul élément d'unité parfaite dans le monde moral , comme les libres penseurs l'avouent sans peine. La religion , le catholicisme, voilà ce qui seul pouvait fournir à Bossuet une base et un niveau pour lui-même et pour les autres.
Sa foi fut sincère , sa conviction profonde, parce qu'il y avait en lui un amour pour la stabilité que rien n'égalait , si ce n'est son horreur pour la liberté inquiète et agitée. Qu'on soit donc sans soupçon et sans curiosité déliante en lisant ces ouvrages , où il épanche sa foi et dirige et anime celle des autres. Ne craignons pas d'être dupes, comme il arrive souvent, d'un feu d'imagination, d'un prestige d'éloqueuce , d'une hypocrisie de style. Reconnaissons, respectons la piété de Bossuet, dont personne n'a douté dans son siècle.
Frappés d'une réunion si imposante de vertus et de talents, ses amis et le public s'étonnaient qu'il n'eût pas encore monté dans l'Église à uu rang plus haut. Pour lui, il avait assez de la puissance morale qu'il s'était acquise , de cette domination qu'il exerçait sur les âmes au nom et pour le bien de la religion. Ces dignités, que recherchaient tant d'ambitions , ne le tentaient pas : il attendait que les honneurs vinssent à lui. En 1669, le roi le nomma à l'évéché de Condom. Ici commence dans sa vie une nouvelle époque illustrée par ses premières oraisons funèbres et par ses travaux pour l'éducation du dauphin. Il venait d'être appelé à l'épiscopat , lorsque la reine d'Angleterre mourut. Depuis longtemps la voix des ministres de l'Église s'élevait sur la tombe des grands pour célébrer leur vie et tirer une leçon de leur mort ; mais tous les vices dé l'érudition et du faux goût avaient régné dans ce genre, comme dans le reste, et la flatterie l'avait trop souvent détourné de son but le plus digne. Aussi quel ne fut pas rétonnement et l'admiration des contemporains de Bossuet à l'apparition de ce discours qui ren-
fermait le plus magnifique éloge et les plus fortes leçons ; qui mêlait à la politesse du siècle et à toutes les convenances du tact et du goût, la gravité de l'histoire, la profondeur de la théologie, l'inspiration et la poésie des livres saints ; qui était réglé et hardi , sublime et naturel ; qui révélait enfin une éloquence inconnue et inimitable!
ij vie d'une princesse qui avait partagé la puissance et les malheurs de Charles Ier, et dont Phistoire offrait toutes les exh émités des choses humaines , était un des plus beaux sujets qui ptlt être fourni à l'éloquence; mais quelque grand que soit son- sujet, Bossuet se I»l3ce bientôt au-dessus par la force de sa piété et de son génie. Après avoir contemplé le spectacle que présentent de si graves événements et des infortunes si touchantes, il porte plus avant ses regards, et découvre I action de cette main toute-puissante qui élève les trônes et qui les abaisse , et donne , quand il le faut, aux princes et aux peuples de terribles leçons, « J'entrerai, dit-il, avec David dans les puissances du Seigneur, et je vous ferai voir les merveilles de sa main et de ses conseils. » Alors tout s'agrandit, tout s'élève. L'orateur devient un autre homme: il est l'interprète enthousiaste, l'historien inspiré des volontés et de la politique de Dieu. C'est Dieu qui remplit sa pensée , c'est Dieu que présente son discours. C'est ce grand Dieu, comme il dit, qui donne la reine à l'Angleterre pour la consolation des catholiques affligés ; c'est lui qui précipite l'Angleterre dans les malheurs des guerres civiles, et l'asservit à un usurpateur pour la punir de sa révolte contre l'autorité de l'Église et l'unité de la foi ; c'est lui qui frappe la îeine pour l'éclairer, et la fait malheureuse pour la faire chrétienne. Voilà J source de sublime que la croyance fc Bossuet ouvre à son génie. Il est certain que , dans cette orjiison funèbre cl dans celles qui suivirent, son éloquence doit ses plus hautes inspirations a cette foi passionnée et hardie dans » Providence.
Un autre avantage de ce religieux
penchant' à voir partout l'action de Dieu , c'est *de trancher pour l'orateur beaucoup de ces questions délicates qui sont ordinairement un sujet de scrupule ou d'embarras dans la chaire chrétienne. Ainsi Bossuet peut honorer franchement dans ceux u'il loue la noblesse du sang , l'éclat e la naissance ; car, comme il le dit dans l'oraison funèbre de Marie-Thérèse , c'est Dieu qui prépare dans son conseil éternel les familles qui doivent gouverner les nations. Bien ne le généra dans l'éloge des qualités militaires et des victoires d'un grand capitaine : car « c'est Dieu seul qui fait les guerriers et les conquérants , et qui seul les fait servir à ses desseins. » Un orateur dont la foi semble plus timide ou plus vulgaire, Fléchier, célébrant la gloire militaire de Turenne, s'interroge avec embarras sur la légitimité de la guerre : il raisonne, moralise, et n'autorise l'emploi de la force que pour la conservation de l'État: mais cela met -il à couvert son héros , et Fléchier peut-il croire que l'invasion de la Hollande et l'incendie du Palatinat étaient commandés par le salut de la France?
Que Bossuet est au-dessus de ces distinctions et de ces douteuses apologies î Que ces difficultés sont loin de sa pensée , quand il parle de Condé !
C'est qu'à ses yeux Condé est le héros choisi du ciel pour protéger le berceau et pour illustrer le règne de Louis le Grand. Condé a reçu du ciel cette indomptable valeur, "et Dieu a marché devant lui comme devant Cyrus. C'est Dieu qui a fait dans les grands hommes ces rares qualités, comme il a fait le soleil. Le plus beau présent qu'il puisse faire, c'est la piété; mais la fortune, le génie, la gloire, sont aussi son ouvrage , et tout part de sa puissanté main. Sans cesse, dans les oraisons funèbres, Bossuet présente les grands génies qui jetaient tant d'éclat sur la France du dix -septième siècle, et le prince qui les réunissait autour de son trône , comme les ouvrages de prédilection et les agents de la Providence. Par là , il les avertit de ne pas s'attribuer leur gloire , et leur donne
une salutaire leçon : par là aussi , par ne lui permirent pas de refuser; mais ce rapport contfnuel qu'il établit entre un an après (1671) , n'écoutant que sa eux et la suprême puissance , il les re- conscience et indifférent aux intérêts hausse et les consacré , eu quelque de sa fortune , il se démit de son évcsorte, à leurs propres yeux et aux yeux ché. Ce qui ne fait pas moins d'honde la foule. Il fait de cette monarchie, neur à Bossuet que ce sacrifice , c'est . dont la grandeur était la force de la le soin et le zèle scrupuleux avec Ic- France, un pouvoir intermédiaire entre quel il se prépara à ses fonctions de le ciel et la terre , un instrument divin précepteur , se remettant à étudier tous et absolu des décrets éternels. Il fait les objets d'enseignement sur lesquels de la nation à la tête de laquelle Dieu il ne se croyait pas parfaitement insplace un tel roi et de si rares génies , truit. Malgré le penchant qui , de bonne un peuple choisi et protégé comme heure, lui avait fait préférer l'étude Israël. Il flatte le souverain au nom de des livres saints , il possédait des coula religion même : il anime la nation naissances solides et variées dans les du sentiment de son importance; et lettres profanes; il écrivait en latin lui révélant les conseils de Dieu sur comme un homme nourri de la lecture elle avec l'accent du prophète qui de Cicéron ; il savait le grec aussi bien montre aux Hébreux la colonne lumi- que les érudits de son temps. Cepenneuse, il la remplit de confiance en dant il lui sembla qu'il n'avait point ses destinées. C'est ainsi que cette foi encore toutes les ressources nécessans bornes dans la Providence, qui saires : il relut un grand nombre'd'aufait de Bossuet l'homme le plus reli- teurs anciens, faisant choix d'avance gicux et le plus éloquent de son sic* des parties dont l'étude conviendrait cle, donne à son génie un caractère à son élève; il repassa l'histoire anéminemment national. Que les philo- cienne et la moderne; il entreprit des sophes réclament, qu'ils trouvent Bos- travaux sur la grammaire; et l'abbé suet bien téméraire de mettre sans Ledieu rapporte qu'il composa une cesse en action la Divinité, et de se grammaire latine pour faciliter les croire initié à tous ses secrets ; que progrès du dauphin, même, parmi les catholiques, des es- Au milieu de ces importantes ocprits mesurés lui reprochent d'aller cupations , Bossuet vit se tourner sur trop loin dans l'interprétation d'une lui les regards dé l'Académie fran- Providence qu'il faut croire , mais que çaise , où la mort de l'abbé Duchàtclet l'homme ne peut expliquer toujours , venait de laisser une place vacante. Il ces réflexions ne se présentent pas v fut appelé par les suffrages de toute quand on lit Bossuet, mais après qu on la compagnie, et prononça son disla lu , et la chaleur de sa conviction cours de réception le 8 juin 1671. Dans et l'impétuosité de sa parole subjuguant cette cérémonie, où triomphait dès la raison, nous entraînent comme elles cette époque l'éloquence d'apparat, son entraînaient son siècle. langage conserva cette mâle simplicité Après l'oraison funèbre de la reine d'un grand esprit pour lequel l'cxpresd' Angleterre, et celle de la princesse sion n'est que le vêtement et non la pa«
dauphin , s'empressa d'appeler Bossuet vaux de l'Académie , et la remercie de comme le seul digne de remplir celte son attention à veiller sur la langue lâche si grande de l'éducation d'un roi. dont la pureté et la beauté intéressent Un scrupule qui fait honneur à Bossuet la gloire de la France. Mais à ces éloges l'arrêta quelque temps: il ne voyait il mêle un conseil ; et, avec cette graupas de moyen de concilier ses devoirs deur et cette sûreté de vues que le gén'évêque avec ceux du poste où le roi nie porte toujours dans la critique , il relevait. Les instances de Louis XIV demaude qu'on laisse à la langue et
aux lettres cette liberté et cette hardiesse qui valent mieux que l'art, et se concilient avec les règles. Comme averti par un goût supérieur de ce que l'amour de Tordre et l'élégance pouvaient ôter à la littérature contemporaine de vivacité et d'inspiration , il dit à l'assemblée , avec un ton d'autorité qui lui était bien permis :
«Vous prendrez garde qu'une trop « scrupuleuse régularité, qu'une délicatesse trop molle n'éteignent lefeu des « esprits et n'affaiblissent la vigueur du « style. » Il se prononce plus foin contre cette critique qui fait la docte et la curieuse par de bizarres raffinements. «Faites paraître, dit -il, une critique sévère , mais raisonnable. »
Ces principes, que quelques hommes avec lui ont seuls compris nu dix-septième siècle , font de ce discours de réception un ouvrage remarquable qui n'est pas assez connu. Bossuet le termine par un éloge de Louis XIV, où respire le plus sincère enthousiasme, et par la vive expression des espérances qu'il conçoit de son royal élève.
L'éducation au dauphin allait être, pendant près de dix années, l'objet presque unique des travaux de Bossuet.
La postérité n'y a rien perdu : elle a trouvé autant de chefs-d'œuvre dans écrits que le maître composait pour l'élève. Le premier de ces écrits lut le Traité de la connaissaîice de Dieu et de soi-même. Là , Bossuet étudie la nature morale et physique de l'homme; ft, par tout ce qu'il y découvre de facultés , de besoins et de rapports , il s'élève peu n peu jusqu'à la connaissance de Dieu. Dans ce plan , qu'il développe avec son éloquence ordinaire , il ne se sert que de sa raison : il n'emprunte aucune preuve à la révélation et à la théologie : il est philosophe, mais sa philosophie n'admet rien qui ne puisse s'accorder avec le dogme reigieux. Dans la partie où il examine tes facultés intellectuelles et les passions de l'homme , on reconnaît eu lui "n disciple de Descartes et un observateur attentif et profond. Dans celle °u il considère le corps humain, il entre dans les détails plus qu'on n'au-
rait pu s'y attendre , et il étonne par ses connaissances en anatomie et en physiologie. Il avait consulté des naturalistes et des médecins illustres , et avait recueilli auprçs d'eux tous les renseignements nécessaires; mais, par la manière dont il expose ce qu'on lui a communiqué, il se l'approprie et semble l'avoir découvert. C'est quelque chose de merveilleux chez lui , que la facilité et la souplesse avec laquelle son génie se prête à tous les sujets qu'il aborde; il a, dans tous, la même aisance et la même force, quelque éloignés qu'ils soient du cercle ordinaire de ses occupations et de ses idées.
Ici , on croirait qu'il n'a fait toute sa vie autre chose qu'étudier la structure du corps humain, et les secrets rapports des organes avec l'intelligence.
En célébrant les exploits de Condé, il parlera de campements et de combats avec l'exactitude et l'enthousiasme d'un homme de guerre ; et son récit de la bataille de Rocroy sera plus vrai que l'histoire. En racontant la vie d'un homme d'État célèbre , de ce Michel le Tellier qui fut le confident de iMazarin et le père de Louvois , il semble un politique nourri dans les conseils et les cabinets , tant le coup d'œil qu'il jette sur les affaires est pénétrant , tant ses jugements ont de gravité et de finesse. Rien ne lui est étranger, tous les sujets lui appartiennent, parce qu'il conçoit tout pleinement et fortement , et que toutes ses impressions sont vives.
Après le Traite de la connaissance de Dieu et de soi-même, Bossuet entreprit de rassembler sous les yeux du dauphin tous les devoirs attachés à l'exercice de la royauté. Tel est le but de la Politique sacrée. Pour déterminer les* attributions de la royauté, son origine, ses droits, Bossuet ne consulte ni la raison humaine, ni l'histoire des différents peuples; il n'entre dans aucune discussion, ne trace point de théorie; il cite tous les* passages de l'Écriture, où la puissance royale est définie, où les devoirs du prince sont exposés; et faisant suivre chacun de ces fragments bibliques d'une courte réflexion qui les fait ressortir, il tran-
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che avec une simplicité hautaine les questions les plus épineuses de la politique. Il y a peu d'invention , mais il y a beaucoup de majesté dans un tel ouvrage; les livres saints, sans cesse invoqués et traduits par Bossuet , communiquent à ses propres pensées leur sublimité naïve , et souvent on ne distingue plus les citations d'avec le texte. Au commencement, Bossuet proclame la puissance absolue et illimitée du souverain ; à ses yeux , et d'après l'Écriture qu'il atteste, les sujets ne sont dans aucun cas dispensés de l'obéissance : car, ou, comme il arrive souvent, le souverain n'est que l'instrument de la volonté divine, ou il agit par lui-même: dans le premier cas, l'obéissance est aussi nécessaire que la soumission à Dieu; dans le second, elle ne peut jamais être éludée ni refusée , même lorsque le souverain , infidèle aux devoirs que Dieu lui trace, se livre à ses passions et ne règne que pour les satisfaire ; car alors ce if est
Eaux hommes qu'il appartient de le er, mais à Dieu seul dont il dépend, ne, selon la parole de l'EecIésiaste, personne n'a le droit de lui dire :
« Pourquoi faites -vous ainsi? » Voilà le résume de ce passage important de la Politique sacrée, et il n'est pas étonnant que la pensée qu'il contient ait soulevé bien des réclamations et attiré bien des reproches au grand homme. En effet, le sentiment du devoir et la crainte de Dieu sont -ils un contre-poids suffisant à ce [Jouvoir immense, effrayant, dont la royauté est investie? Mais on doit avouer qu'en soutenant cette doctrine, Bossuet était conséquent à ses principes, et que, parti de la foi à la Providence, il devait arriver à cette conclusion.
Croyant à l'intervention continuelle d'une Providence dans les événements de la terre , il fallait bien qu'il vit dans les puissants, de la terre les ministres particuliers de cette Providence ; dès lors il devait faire participer les ministres à la majesté sacrée et à l'inviolabilité du maître : il devait récuser pour les rois tout tribunal humain , et ne leur imposer qu'une juridiction di-
vine. La foi politique de Bossuet est respectable, parce qu'elle tient étroitement à sa foi religieuse.
Pour achever de donner à son élève les connaissances qu'il croyait nécessaires pour former un roi , Bossuet éleva ce monument immortel, qui, par sa hauteur, sa hardiesse, sa régularité, son harmonie, peut être compté parmi les prodiges de l'esprit humain. On a tant de fois parlé de Y Histoire universelle, tant de voix éloquentes en ont célébré les beautés incomparables, qu'il serait superflu d'exprimer à notre tour notre admiration. Mais ce qu'on n'a pas assez remarqué peut-être, c'est la différence des caractères que Bossuet présente dans les différentes parties de son ouvrage, dont chacune atteint à la perfection. Le préambule annonce trois parties, dont la première doit être une revue rapide des principaux événements, depuis les premiers temps jusqu'au siècle de Charlemagne ; la seconde, une étude de la religion dans son origine , son développement et sa suite; la troisième, une histoire raisonnée de la puissance et du déclin des grands empires. En se conformant à ce plan , Bossuet est tour à tour ahréviateur sublime, théologien inspiré, historien profond ; partout grand écrivain, sans chercher à l'être. Dans la première partie , il fait une chose qui paraissait impossible, et que personne n'a su faire après lui : il joint, dans un résumé, à la brièveté la plus sévère, le mouvement , l'éclat et la chaleur de la plus haute éloquence. Dans la seconde, développant, par l'interprétation savante et majestueuse des livres saints, les conseils de Dieu sur son Église , marquant d'une main infatigable et sûre les rapports des événements avec les prophéties , rattachant avec une absolue rigueur l'ancienne loi à la nouvelle , il présente la religion , depuis les premiers jours jusqu'au siècle présent, comme un vaste édifice dont toutes les parties se tiennent et se répondent avec une unité et une beauté parfaite ; et ravi lui-même à ce spectacle , souvent il ne peut contenir
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ses transports , et sa joie et son orgueil lui échappent par des mouvements semblables aux divins élans des prophètes. Dans la troisième partie , toujours fidèle à son système providentiel, mais attentif en même temps à l'action des causes secondes, il surprend par la sagacité et la vérité avec laquelle il saisit, dans le caractère des nations et la nature des circonstances, le secret de la prospérité et de la décadence des empires. Les peuples et les grands hommes sont appréciés avec un jugement souverain, et peints des couleurs les plus fidèles et les plus fortes. Montesquieu a emprunté beaucoup de ses plus belles considérations sur le génie de Rome à cette dernière partie de F Histoire universelle. Chaque fois qu'on relit un tel ouvrage, on n'a qu'une chose à regretter, c'est que Bossuet ne l'ait pas continué jusqu'au terme où H voulait le conduire.
VHistoire universelle, qui , dans la pensée de Bossuet , devait s'étendre jusqu'au règne de Louis XIV, s'arrête à celui de Charleiîtagne ; et la continuation que l'on a imprimée en 1806, n'est que le recueil des notes que Bossuet avait prises pour ébaucher son travail.
La tâche de présenter, dans un tableau général , les siècles du moyen âge et l'époque moderne, était laissée à un génie qui devait s'en acquitter d'une manière si opposée aux idées de Bossuet, qu'on a peine à concevoir
Sue deux ouvrages si différents, et ont le dernier suppose un tel changement dans les opinions et dans les mœurs, ne soient séparés que par un demi-siècle. Rien n est plus propre à «ire voir la rapidité avec laquelle s'accomplissent les révolutions de l'esprit humain , que la comparaison des dates de V Histoire universelle et de YEssai sur les mœurs.
Nous ne parlerons pas d'un ouvrage intitulé // istoire de France, ord i nai relent compris parmi ceux que Bossuet écrivit pour le jeune prince. Ce n'est que le recueil des rédactions que composait le dauphin lui-même , après la leçon de Bossuet , et qu'il s'exerçait
ensuite à mettre en latin : la rédaction et le thème étaient revus chaque fois par Bossuet. Ce n'est pas un ouvrage de lui , mais c'est un monument précieux de la prévoyance ingénieuse et du zèle qu'il apportait dans cette éducation. Quel autre prince eut jamais un précepteur tel que Bossuet? Quel bonheur fut celui de Louis XIV , qui trouvait un Condé pour commander ses armées, et un Bossuet pour élever son fils! Cependant une Jirection si éclairée et si attentive, un plan si bien conçu et si bien suivi , tant de soins que "Bossuet lui-même nous retrace dans cette éloquente lettre adressée en latin à Innocent XI, ne produisirent qu'un résultat médiocre , bien éloigné oe ce qu'avaient attendu la cour et le public. Mais que peuvent l'habileté et la sollicitude du génie sur une nature molle, indifférente, distraite, incapable d'activité et d'attention? Le fils de Louis XIV offrait, par son apathie et sa nullité, une résistance bien difficile à vaincre. Peut-être aussi , mal-
fré son dévouement , Bossuet ne s'aaissait-il pas toujours assez pour se mettre à la portée de cette intelligence étroite et lente. Toujours élevé dans ses idées , toujours sévère dans son langage , il n'avait pas cette familiarité douce et insinuante, cette condescendance enfantine que Fénelon , moins sublime et plus tendre, employa si heureusement auprès du duc de Bourgogne. Aujourd'hui le Télémaque et les Fables de l'archevêque de Cambrai sont, pour le premier âge, une lecture aussi attachante que salutaire ; mais une raison développée peut seule sentir le prix de la Politique sacrée et de V Histoire universelle. Bossuet est la nou rriture solide des esprits déjà forts. Peut-être qu'une des conditions pour être l'instituteur de l'enfance c'est de n'avoir pas un trop grand génie. % Quoi qu'il en soit, Bossuet avait mérité, par la manière dont il avait rempli sa tache, la reconnaissance de Louis XIV. L'éducation du dauphin étant terminée en 1G80, il fut nommé premier aumônier de la dauphine , et un an après évêque de Meaux.
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C'est alors qu'il quitta ia cour où il était resté onze années. La conduite qu'il y tint pendant tout ce temps fut telle, qu'elle n'a pu être attaquée que par une malveillance évidente , ou par cette sévérité aveugle çt absurde, qui ne tient aucun compte de l'empire exerce par les convenances et les usages sur la vertu même. A ceux qui s'écrient que Bossuet à la cour fut le flatteur des grands et le témoin complaisant des amours scandaleux et des prodigalités insensées du prince, peu de mots serviront de réponse. Si Bossuet a rendu aux principaux personnages de cette cour brillante des hommages qu'exigeait leur ranj» , et que justifiait souvent leur mérite, il l'a toujours fart de manière à conserver la dignité qui convenait à son ministère , et la louange ne lui ôte jamais son indépendance , parce qu'il la décerne avec délicatesse, et s'empresse aussitôt de la retirer au nom de la foi, et de l'anéantir devant Dieu. S'il ne s'éleva pas contre les faiblesses de Louis XIV avec cette liberté et cette chaleur qu'on admire dans les premiers temps de l'Église, mais qui eussent paru étranges au dix-septieme siècle , il saisit toutes les occasions qui s'offraient d'avertir le prince sans éclat et de le ramener sans scandale. Il seconda les mouvements religieux du coeur de Lavallière ; il acheva l'œuvre de sa conversion. Il travailla avec toute la hardiesse que comportait sa position à soustraire le monarque au joug de madame de Montespan (*) ; ses discrets
(*) Peu de temps avant son départ pour la campagne de 1675, le roi cédant aux représentations du curé de Versailles, de Bossuet et de M. de Montausier, avait rélégué madame de Montespan à Clagny. Pendant la campagne, Bossuet lui écrivit pour l'affermir dans une résolution qu'il n'avait prise qu'avec beaucoup de peine. Cette lettre respectueuse et sévère, à la fois fait le plus grand honneur au caractère de Bossuet. Il est vrai que Louis XIV était alors dans un de ses bons moments : docile aux conseils religieux du saint évéque, il lui demanda en outre des avis sur ses devoirs de prince. Une seconde lettre de Bossuet , écrite dans
mais constants efforts amenèrent enfin l'éloignement de la puissante favorite. Il n'eut point de complaisance pour un autre attachement:
il respecta un commerce légitime et secret , et où le roi puisait de graves conseils et de pieuses leçons. Madame de Maintenon ne fut pas la maîtresse, mais l'épouse sévère et dévote de I,ou is XIV.
Si Bossuet était forcé , par la place qu'il occupait, de se montrer dans res pompes et les fêtes de la cour, au milieu d'une foule brillante et frivole , avide de tous les plaisirs qu'il proscrivait, il se dérobait, toutes les fois qu'il le pouvait , à rot éclat et à ce bruit. Il se renfermait dans sa bibliothèque, pour continuer les travaux destinés à son élève , ou bien , suivi d'une petite troupe d'ecclésiastiques, dont il appréciait les connaissances et la piété, et parmi lesquels se distinguaient Fénelon et l'abbé de Fleury , il se retirait sous les ombrages du petit parc de Versailles, surtout dans cet endroit qui conserva le nom d'allée des philosophes, pour v discourir sur les affaires et les intérêts de l'Église, ou travailler en commun à des commentaires sur les livres saints. Il s'éloignait, quand la cour ne lui offrait que le spectacle mondain de son luxe et de ses fêtes ; mais il s'empressait d'accourir, aussitôt que des esprits, qui mêlaient le goût ae la religion à celui des plaisirs, invoquaient le secours de ses lumières et l'autorité persuasive de sa foi. Sur la prière de mademoiselle de Duras , il engageait une discussion avec le ministre Claude
le même temps, renferme des représentations très-franches sur les misères du peuple cl finit par un éloge des vertus bienfaisantes et populaires de Henri IV. Louis XIV reçut bien cette lettre : il paraissait changé ; mais à son retour il rappela madame de Montespan dont il n'avait pu chasser le souvenir ; et quant à la misère du peuple il ne parut pas s'en inquiéter beaucoup. Toutefois Bossuet ne cessa pas de combattre autant qu'il le pouvait l'empire de la favorite, et l'inconstance de Louis XIV y aidant , madame de Montespan quitta eniin la cour.
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«n sa présence , et la ramenait au ca- vaste , à une prudence si consommée, tholicisme , par l'éclatant triomphe En réalité, il fut l'âme et le chef de ce qu'il obtenait sur un des plus habiles célèbre concile. Ce fut lui qui rédigea orateurs de la réforme. Et quel zèle v cette lettre adressée au pontife , où , il déployait, quelle ardeur ranimait, sous les formes du respect, les évêlorsqu'on réclamait , au lit de mort , ques réclamaient une concession auses exhortations et ses prières comme torisée par les canons mêmes. Ce fut un infaillible appui ! Bossuet prend un lui qui , après la réponse menaçante caractère auguste, lorsqu'il se présente d'Innocent XI , écrivit cette circulaire à nous, portant les secours de l'Église destinée à justifier , devant toutes les et tes consolations de sa parole à ces églises de France , les démarches de princes illustres, à ces grands person- l'assemblée, et à motiver la désobéisnages , qui tenaient à répandre dans sance que lui imposait son devoir. Ce le sein d'un si pieux ministre leurs fut lui enfin qui , en grande partie , derniers sentiments , et à mourir en- arrêta la forme des quatre propositre ses bras. tions de 1682. Ainsi l'Église gallicane Mais qu'est-il besoin de justifier lui dut la fondation ou du moins le plus longtemps la conduite qu'il tint renouvellement de ses libertés. C'est a la cour? Ajoutons seulement les l'époque la plus glorieuse de sa vie. paroles que consacre à la louange La France entière remercia d'une de Bossuet un contemporain d'au- seule voix l'homme qui la défendait tant plus digne de foi , qu'il mon- dans la nationalité de son Église avec tre ordinairement peu d'indulgence, tant de modération , de noblesse, et que son humeur maligne le portait d'habileté et d'éloquence, à saisir toutes les occasions de satire Disons tout cependant : au fond, ou de blâme. « C'était, dit Saint-Si- ce moment triomphant de la vie de mon en parlant de Bossuet, un homme Bossuet en est l'endroit faible : son dont les vertus , la droiture et l'hon- triomphe cachait une défaite. Par neur étaient aussi inséparables que la quoi s'élevait -il à ce degré de poscienceetla vaste érudition. » pularité et de gloire? Par une doc- C'est le témoignage que lui rendit toute trine qui, non - seulement aux yeux l'Églisede France, lorsqu'elle le choisit, d'un ultramontain , mais pour tout en 1681 , pour prononcer le discours esprit impartial , pour tout juge déd'ouverture au milieu de cette impo- sintéressé , n'offre pas cette vigueur santé assemblée d'évêques réunis par de logique et ce puissant esprit de Louis XIV, au sujet des contestations conséquence que nous avons jusqu'ici de la couronne avec le saint-siége. Le admiré en Bossuet. Pour la première droit de régale, qui autorisait les prin- fois, il se trouvait engagé dans une ces à jouir des revenus ecclésiastiques, discussion sur l'infaillibilité pontificale et à conférer les bénéfices dans les et la distinction du spirituel et du temévêchés vacants, avait mis aux prises porel. Comment est-il sorti de ces difles deux puissances; et le débat s'a- utiles questions? Par un moyen terme, grandissant , les questions de la dis- par un de ces compromis qui , sans tinction du spirituel et du temporel , doute , sont ce qu'il y a de plus sage et de l'infaillibilité du pape, avaient dans les cas embarrassants, mais qui été de nouveau soulevées. Dans cette toujours mécontentent la raison, malaffaire importante, personne n'était gré l'excuse des circonstances, éveilplus capable que Bossuet d'éclairer lent le doute, prêtent à la critique, et l'Eglise , et de la préserver des maux n'ont pas assurément cet air de force qu'enfante la division. Nommé mem- et de grandeur que donnent au génie ore de la commission qui devait pré- la constance dans la même voie et parer les résolutions de l'assemblée, la rigueur d'une marche inflexible. ^ prit sur elle un ascendant qu'on ne Qu'est-ce que cette indéfectibilité , pouvait contester à une science si substituée par Bossuet à Y infaillibilité
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du pape? Quel est le sens de cette, pre discussion, et ouvre, malgré luidistinction ? Selon lui , le pape n'est même, dans le magnifique édifice élevé pas infaillible; mais il ne peut, même par ses mains , des brèches qu'il s'eflorsqu'il est tombé dans l'erreur, se force en vain de réparer. Il est donc séparer de l'Église, ni cesser d'en être bien difficile de rester jusqu'au bout le chef, parce que, l'Église se hâtant exempt de contradictions et d'incohéde réprimer et de condamner son ef- rence , et l'unité est une chose bien reur, il n'est pas possible qu'il ne la peu compatible avec la nature humaine, rejette pas aussitôt. Cette distinction puisqu'elle n'existe pas dans de tels n'est pas digne de Bossuet. En défi- nommes, et que des génies si f ermes et si nitive, il faisait résider dans l'Église croyants ne peuvent suivre jusqu'au l'infaillibilité qu'il refusait au pape, et boutuneligne inflexible. Au milieu des attribuait la souveraine puissance à sujets de joie que' lui donnèrent l'impo- Paristocratie des évéques. Mais où sant accord de l'Église de France et s'arrêtait le droit des évêques ? Où l'esprit de modération que gardèrent commençait la monarchie papale? constamment ses chefs, Bossuet dut Enfin, quelle raison y avait-il pour tristement sentir l'inutilité de ses efaccorder à l'ensemble des autorités forts pour replacer les bornes où deccclésfastiques l'infaillibilité refusée yaient s'arrêter les opinions. Il lui au chef principal ? Que d'objections échappe de temps en temps des ex- Bossuet soulève, et par combien de pressions qui trahissent le regret et cotés ce puissant athlète est devenu l'inquiétude. Ces sentiments percent vulnérable! surtout dans sa lettre à l'abbé de Dans la même discussion, il sé- Rancé. Même dans le discours d'oupare expressément le pouvoir spiri- verture sur l'unité de l'Église , on tuel du pouvoir temporel; et, quoi- sent, malgré l'habileté qui le dirige, que ayant pour lui l'ordre du Christ et l'enthousiasme qui l'anime, un selle rendre à César ce qui est à César, cret malaise que cause à ce génie , les décisions antérieures des évêques amoureux de la simplicité et de la gallicans, et enfin l'irrécusable témoi- rectitude, la fausseté de sa position, gnage de la raison et du sens com- Aussi, dès qu'il cessa d'être occupé de mun , toutefois il s'engage , par cette ces démêlés , il revint , avec plus de distinction positive, dans des difficul- chaleur que jamais, à la polémique tés, insolubles peut être, mais dont contre les réformés, comme pour y assurément il ne parvient pas à se ti- chercher un dédommagement, et retirer avec succès. Si l'empiétement de dre d'un côté à l'unité de l'Église ce l'un des deux pouvoirs sur l'autre est qu'elle avait perdu de l'autre, traité par lui d'usurpation coupable, Bientôt un de ses voeux les plus que fait-il de tant de siècles, où l'Ë- chers fut exaucé: l'autorité royale vint glise, par la nature même de sa cons- frapper un grand coup pour opérer en titution , empiétait de tant de manié- France la destruction du proies tanres sur la puissance des rois ? Inévi- tisme. La révocation de i'édit de Nantablement placé en face de l'histoire , tes le remplit d'une joie contre la- Bossuet ne peut que condamner fai- quelle se soulève l'humanité de notre blement, ou interpréter avec subtilité, temps, mais que toute la France ca* ou garder le silence. Quoi qu'il fasse, tholique éprouvait avec lui. Si , dans il révèle une longue erreur, et fournit l'oraison funèbre du chancelier dont des armes à l'incrédulité et à l'hérésie, la main mourante avait scellé I'édit Que la position de Bossuet est de proscription, Bossuet célèbre avec changée! Jusqu'ici, interprète simple un transport d'allégresse ce triomphe et fort de la doctrine religieuse , lo- de la foi , et salue dans Louis XIV gicien inattaquable dans la manière un nouveau Constantin 9 un nouveau dont il développe ses conséquences, il Théodose, un nouveau Cfkartemagne% s'embarrasse maintenant dans sa pro- de semblables mouvements d'admira-
bôs FILA
bon éclatent dans tous les écrits contemporains; et il n'est pas jusqu'aux lettres d'une femme célèbre par les ces légères de son esprit et la bonté son cœur , où l'on ne trouve un éloge sérieux de l'arrêt impitoyable qui nous révolte aujourd'hui. « Vous aurez vu sans doute , dit madame de Sévigné, l'édit par lequel le roi révoque celui de TSantes. Rien n'est si beau que ce qu'il contient, et jamais aucun roi n'a fait et ne fera rien de plus mémorable. » Cette erreur était celle de toute une nation , trop attachée à sa foi pour être tolérante.
Bussy-Rabutin écrivait dans le même temps (*) : « J'admire la conduite du roi pour ruiner les huguenots; les guerres qu'on leur a faites autrefois, et les Saint-Barthélémy , ont multiplié et donné vigueur à cette secte; Sa Majesté l'a sapée petit à petit , et Pédit qu'il vient de donner , soutenu des dragons et de Bourdaloue , a été le coup de grâce. » Du moins on ne trouve nulle part dans les écrits de Bossuet l'approbation des rigueurs qui amenèrent l'exil de tant de familles et les luttes sanglantes des Cevennes et du Vivarais. On est heureux d'apprendre des contemporains , qu'il éloigna toujours de son diocèse les missions armées : il disait qu'il ne pourrait jamais regarder les baïonnettes comme des moyens de conversion.
Si cette modération de Bossuet à l'égard des protestants n'était attestée par des témoignages certains , on pourrait en douter, en lisant dans le discours prononcé, en 1681 , sur l'unité de l'Église, auatre ans avant la révocation de l'édit , un passage dune sévérité menaçante, impitoyable, où il invoque contre les ennemis de la foi tous les moyens de contrainte dont les princes disposent. Il cite comme modèle à Louis XIV ce roi d'Angleterre qui disait à sou clergé :
Ego Constantini, vos Pétri gladium in manibus habetis : j ungamusdexte* ras, gladium gtadio œpulemus: * J'ai
(*) r4 uovembre i685.
MCE. BOS ur
«le glaive de Constantin à la main, et «vous y avez celui de Pierre; donnons- «nous la main , et joignons le glaive « au glaive. » Il s'écrie avec un enthou* siasme cruel et révoltant : « Ne craignez rien, saints évéques ; si les hommes sont assez rebelles |>our ne pas croire à vos paroles, qui sont celles de Jésus-Christ, des châtiments rigoureux leur en feront, malgré qu'ils en aient, sentir la force, et la puissance royale ne vous manquera jamais. » Heureusement l'homme n'était pas , chez Bossuet , aussi impitoyable que lé théologien. Sa conduite envers les protestants fut loin de répondre à cet odieux langage. Une nouvelle preuve de cette heureuse inconséquence, ce sont les lettres qu'il écrivit à l'intendant du Languedoc, M. de Basville, pour s'opposer n la contrainte par laquelle on obtenait la présence des nouveaux convertis à la messe»
Cependant, tout en rendant justice à cette modération qui l'honore, on doit dire qu'il aurait pu faire plus encore pour les opprimes , et combattre la persécution par une intervention plus active et plus étendue. Ces lettres à M. de. Basville ne furent écrites qu'en 1698, lorsque déjà, dans les diocèses du Midi , les plus grands excès avaient été commis, lorsque des populations entières avaient été réduites au désespoir. Il faut savoir, en outre, que si Bossuet était moins sévère, que M. de Basville sur la question de la messe, il voulait comme lui qu'on arrachât les enfants aux pères, pour les conduire aux écoles catholiques ; qu'il était inllexible sur la question du mariage ; qu'il admettait, dans certains cas, des contraintes et des amendes. L'humanité, la bonté, étaient dans le caractère et dans le coeur de Bossuet ; par son génie et sa croyance, il était porté à la dureté, et, pour tout dire, à la tyrannie. De la , ce mélange de. menaces et de ménagements ; de là , cette protection restreinte par des rigueurs; de là, cette demi-tolérance, où il faut convenir, en délinitive, qu'il s'est tenu à l'égard des protestants.
Après la révocation de l'édit de ISan-
'UNIVERS
BOS
tes , Bossuet , qui déjà avait quitté la cour, se consacra plus que jamais au soin de son diocèse. Il y déploya toutes les vertusd'unévêquedesanciensjours.
On est forcé d'admirer en lui l'homme de bien autant que l'homme de génie, quand on le voit prodiguer les aumônes , multiplier les visites pastorales , entretenir de longues correspondances avec d'humbles religieuses sur la, pratique du salut ; enseigner le catéchisme aux petits enfants , au retour de cette solennité où son éloquence ava-it payé à la gloire d'un héros un tribut immortel. En finissant l'oraison funèbre de Condé , le plus magnifique monument que le génie puisse élever au génie , Bossuet avait dit adieu à ces pompes de la mort, à cette funèbre et majestueuse arène de l'éloquence dont il se croyait éloigné désormais par son âge et par ses devoirs, et jamais il n'avait été aussi grand que lorsque, après avoir réuni autour des restes de l'illustre et pieux guerrier sa famille, ses amis, ses soldats, et toutes les gloires de la France , il s'était avancé lui-même , avec la majesté de ses cheveux blancs , et l'accent pathétique d'une voix qu'on ne devait plus entendre pour rendre à son tour les derniers devoirs à ce tombeau , et y recueillir une leçon et un exemple pour lui-même. Mais dans le premier moment , ce discours , auquel rien n'est comparable, ne produisit pas l'entraînement auquel nous ne pouvons résister en le lisant , et Bossuet essuya d'étranges critiques. Bussy- Rabutin écrivit : « L'oraison funèbre de M. de Meaux n'a fait honneur ni au mort ni à l'orateur. * La cour ap-
Êlaudit faiblement. Ce qui indisposait ussy-Rabutin et la cour, c'était un des passages les plus admirés aujourd'hui , c'était le magnifique parallèle de Turenne et de Condé. On trouvait que dans ce parallèle l'orateur ne s'était pas assez souvenu de la supériorité qu'assuraient à Condé les actions de sa vie et le rang qu'il avait occupé à la cour. On lui reprochait surtout d'avoir oublié les usages en laissant aussi peu de distance entre un prince du sang et
un Bouillon. Par manie d'étiquette, beaucoup plus que par impartialité historique, on se choqua de ce passage où il nous semble qne Bossuet, juste à l'égard des deux grands hommes, relève encore la gloire de Conde par les éloges qu'il donne à Turenne. H faut savoir que la famille des Bouillon , par ses prétentions et ses usurpations récentes, s'était attiré des inimitiés nombreuses. Cette aversion éclatait alors d'autant plus librement, que les Bouillon venaient d'être disgraciés. On accusa Bossuet d'être sorti de son sujet d'une manière offensante pour son héros -r et le comte de Grammont , pour faire sa cour au roi , lui dit , en revenant de Notre-Dame : « Je « viens d'entendre l'oraison funèbre de « M. de Turenne. •>
Au reste, cette injustice, qui offre un trait de mœurs assez curieux , fut de courte durée , et l'on s'aperçut bientôt de la perfection d'un éloge où Bossuet s'était surpassé lui-même. La Bruyère ne fut que l'interprète du sentiment universel , lorsque, en 1693, dans son discours de réception à l'Académie, il plaça Bossuet au premier rang des orateurs. Mais si Bossuet était sensible à la douceur de la louange, il dut être plus flatté , lorsque la Bruyère le proclama un défenseur de la religion, une lufnière de l'Église, et qu'il s'écria : « Parlons d'avance le langage de la postérité : un Père de l'Église. » En effet, combattre l'hérésie, ramener les âmes égarées . affermir la foi des fidèles , rendre droite et sûre la voie du troupeau de Dieu, telle fut la véritable , la seule ambition de Bossuet.
Aspirer, en parlant ou en écrivant, à la gloire littéraire, lui paraissait une vanité. On peut affirmer qu'il n'attachait d'importance à ses plus beaux ouvrages , qu'à cause de l'influence
3u'ils avaient pu exercer dans l'intérêt e la cause religieuse. A ses yeux , la parole n'était rien par elle-même , et tout esprit sérieux ne devait l'employer que comme un instrument d'action pour la pensée. Dans l'oraison funèbre du P. Bourçoing , il avait tracé avec un Père de l'Église le portrait de
BOS
l'orateur chrétien : « Son discours, avait-il dit, se répand à la manière d'un torrent; et s'il trouve en son chemin les fleurs de l'élocution , il les entraîne plutôt après lui par sa propre impétuosité , qu'il ne les cueille avec choix pour se parer d'un tel ornement. »
Cette Ggure semble avoir été faite pour Bossuet, tant elle le peint au vrai lui-même.
Cette réunion du naturel et de l'éclat, de la facilité et de la force, parut au plus haut degré dans un nouvel ouvrage , fruit des courts loisirs
2 ne lui laissait le soin de son diocèse, "est cette Histoire des variations, qui , en présentant , dans un récit plein d'action et de vie, les événements de la réforme, découvre la faiblesse et la honte de son origine, et poursuit ses contradictions et ses mensonges d'un raisonnement et d'une ironie impitoyables. En même temps qu'il lançait contre les réformés cet acte d'accusation accablant , qui produisit de nombreuses conversions , et entre autres, dans le siècle suivant, celle de l'historien Gibbon , auquel manqua , il est vrai , le don de la persévérance, Bossuet adressait aux religieuses d'un couvent de Meaux les Méditations sur f Évangile , et les Élévations sur les mystères , pensées graves et touchantes, pieux élans, ardentes extases d'une âme que ravit la contemplation des perfections divines.
Les bornes de cet article ne permettent pas de parler de tant d autres ouvrages de Bossuet qui appartiennent à cette époque, du Traité de la communion sous les deux espèces, de Y Oraison funèbre d'Jnne de Gonzague , des Lettres pastorales , de la correspondance avec Leibnitz sur un projet de réunion des luthériens. L'activité de Bossuet était prodigieuse , et la vieillesse n'ôtait rien à la fécondité et à la vigueur de son génie. Il se délassait en jouissant du
81 ai s I r de la conversation, au milieu e la société d'amis qu'il réunissait souvent à sa maison de Germigny.
Souvent , dans ses promenades sous les ombrages de son parc , il marchait
environné d'un groupe de savants ecclésiastiques , d'hommes de lettres renommés, de seigneurs illustres, qui étaient fiers de posséder son amitié , et jouissaient délicieusement d'un tel commerce. L'entretien, sérieux sans contrainte , roulait de préférence sur les affaires de l'Église , ou sur des questions de piété. Souvent aussi , Bossuet, oubliant les sévères arrêts qu'il avait plus d'une fois portés contre les lettres , et le plaisir qu'elles procurent, s'entretenait sur le mérite des ouvrages contemporains, sur les règles de 1 art , invoquait les anciens, récitait d'une voix émue des morceaux de Virgile ou d'Homère , et ravissait ses auditeurs par l'enthousiasme avec lequel il parlait de la douceur de l'un et de la sublimité de l'autre.
Au nombre des premiers amis de .
Bossuet, se trouvaient, outre l'abbé Fleury et Fénelon, dont nous avons parlé, la Bruyère, Pélissou, Santeuil, Valincoury M. de Cordemoi , M. de Malézieux. Fénelon s'était attaché à Bossuet dès sa première jeunesse ; il s'était formé sous sa direction bienveillante, et il avait dû à sa recommandation la place de précepteur auprès du duc ae Bourgogne. Bossuet le chérissait pour son génie, et'surtout pour l'aimable candeur de son caractère. Un démêlé théologique causé
Sar le goût de Fénelon pour les idées 'une femme à l'imagination mystique, vint, à l'époque où nous sommes parvenus, troubler leur union, et la rompre.
Nous n'exposerons pas ici les faits de la controverse du quiétisme , racontés tant de fois , et dont le résumé trouvera place ailleurs dans ce recueil. On a porté contre Bossuet l'accusation de jalousie : on a dit (jue s'il n'avait été poussé par un sentiment de cette nature , il n'aurait point attaqué l'innocente rêverie d'une imagination pieuse, comme une dangereuse hérésie. On ne peut croire que telle ait été l'inspiration de Bossuet, en déclarant la guerre à Fénelon. Lors même qu'il eût pu être envieux, il n'aurait point eu de sujet de l'être, car sa gloire était assez haute pour n'avoir rien à crain-
150 uns L'UNIVERS. BOS
dre , même des éclatants succès (je de sa doctrine. Le spectacJe de la lutte
Fénelon. Mais son âme était trop emprunte un grana intérêt 5 ce con-
grande pour être accessible à une pas- traste, et il est fâcheux que l'aversion
sion aussi basse, et tout ce que l'on qu'on éprouve pour les matières théo-
' connaît de sa vie et de son caractère logiques éloigne de cette étude tant
repousse une telle supposition. S'il a de lecteurs.
engagé le combat avec Fénelon , c'est La vieillesse de Bossuet fut une
que, dans cette doctrine qui paraît sans suite de combats pour la foi. A.
conséquence à des esprits indifférents, peine a'vait-il terrassé le quiétisme,
il y avait en effet de quoi alarmer une qu'il attaqua , devant l'assemblée du
foi aussi vive que la sienne; c'est que clergé de 1700, les jansénistes et les
le pur amour , recommandé comme jésuites : les premiers , pour avoir
le plus sûr chemin du salut, produi- protesté, dans de nouveaux ouvrages,
sait, comme conséquences, l'mdiffé- contre les arrêts qui condamnaient
rence pour les pratiques religieuses et Jansénius ; les seconds , à cause du
la paresse contemplative de l'âme; danger de quelques-uns de leurs écrits,
c'est que la dignité et le génie de l'an- où la casuistique ébranlait les bases
teur des Maximes des. saints donnaient de la morale. Les décrets que I l'assem-
a l'erreur des chances de succès. Ce blée rendit contre les deux sociétés
2u'il faut reprocher à Bossuet, c'est furent son ouvrage. Rien n'échappait e n'avoir pas su se maîtriser dans la au vigilant regard qu'il portait sans discussion ; c'est d'avoir oublié, en cesse sur toutes les parties du grand s'indignant contre les écrits , le res- corps que la confiance des peuples et pect qu'il devait à la personne ; c'est des pasteurs semblait placer sous sa d'avoir accusé son adversaire de fa- garde. Rien ne pouvait soustraire à natisme et de mauvaise foi , de l'avoir ses coups quiconque troublait , par appelé le Montan d'une autre Pris- l'erreur ou la révolte, l'harmonie de cille; c'est d'avoir effrayé Louis XIV l'Égide. Un docteur, Richard Simon, par des rapports exagérés , afin de se préparant à publier une version de mettre pour lui dans le débat la puis- l'Ancien Testament , où , avec une insance royale ; c'est d'avoir trenipé dépendance d'esprit qui s'appuyait sur dans les intrigues que son neveu, des connaissances étendues, il adopl'abbé Bossuet , formait à Rome pour tait des sens nouveaux, jetait des douarracher une condamnation au pape tes sur l'authenticité de quelques parincertain. Dans cette affaire, comme ties , et faisait ressortir les variations dans d'autres , toujours à clause du de la doctrine , Bossuet se leva , et le zèle jaloux avec lequel il veillait sur vieil évèque, agissant avec la vivacité l'arche sainte, Bossuet ne fut ni assez d'un jeune homme , fit suspendre l'immodéré, ni assez scrupuleux. Aussi, pression, condamner l'auteur, etdesquoiqu'il ait pleinement raison dans tituer un professeur de Sorbonne qui sa polémique , quoique la défense de lui avait été favorable. On dit qu'il Fénelon soit, au fond, subtile, obs- attacha plus d'importance à cette afcure, désavouée par la véritable théo- faire qu à celle du quiétisme. Il eut logie, et souvent par le bon sens, c'est raison , car c'était un des premiers à Fénelon que l'intérêt s'attache , symptômes de cette inquiétude et de c'est Fénelon qui emporte les sympa- cette indépendance qui allaient faire thies de quiconque se remet sous les de si grands progrès dans le siècle yeux les écrits et la lutte des deux ad- suivant: Richard Simon avait fait de versaires. On s'éloigne de Bossuet, l'érudition une arme pour la critique parce qu'il a raison avec trop d amer- et pour le doute. Dans le même temps, tume et de violence; on est gagné à des jésuites, revenus de la Chine, an- Fénelon , et par la persécution qu'il nonçaient qu'ils avaient trouvé dans subit, et par la grâce, l'émotion, le cette contrée la connaissance de Fupathétique qu'il jette sur les subtilités nité et de la perfection de Dieu étà-
bos FRANCK.
Mie depuis des siècles; une religion simple et pure , des mœurs dignes de servir de modèle aux chrétiens. L'incrédulité s'empara de ces récits , qui devaient fournir tant d'arguments à Voltaire : la Sorbonne intervint, déclara mensongères les relations des
ut
jésuites ; et Bossuet , dans une instruction pastorale de 1701 , tonna contre Fathéisme des Chinois. Cette colère était prévoyante , et la prudence de Bossuet l'avertissait du danopinions , qui , en accor-
Ser de ant un rayon de la lumière divine à des peuples anciens , entièrement isolés du peuple juif, déplacent le centre de la tradition, et ouvrent au doute une large porte. Mais , confiant dans la stabilité promise par Dieu à son Église , il ne prévit pas toute l'étendue des ravages qu'allait faire dans le siècle suivant l'esprit nouveau , et aucune crainte sérieuse ne troubla ses derniers jours.
Depuis quelque temps, il ressentait des douleurs qui s'accrurent, et ne laissèrent plus douter qu'il ne filt attaqué de la pierre. Son âge avancé ne permit pas de tenter une opération. Bossuet mourut lentement, au milieu de cruelles souffrances, contre lesquelles il se fortifia par tous les secours de la foi , et dans les intervalles desquelles il ébauchait encore de nouveaux écrits pour la cause de P Église. Il mourut le 12 avril, à l'âge de 77 ans. Peu de vies ont été aussi pleines que la sienne. Le nombre des travaux qui la remplissent est immense , et chacun de ces travaux est un service rendu à la religion , ou un présent immortel fait aux lettres.
Une telle vie est un des plus merveilleux spectacles qu'il soit donné à l'intelligence de contempler. Théologien, prêtre , orateur , écrivain , sous quelque face qu'on l'envisage , Bossuet a une grandeur qui étonne l'imagination et l'accable. Mais , pour résumer ses titres , empruntons les paroles d'un orateur illustre qui l'avait connu , et l'a jugé comme la postérité. Saluons en lui, avec Massillon, « un génie * vaste et heureux ; une candeur qui
• caractérise toujours les grandes « âmes et les esprits du premier or- « dre ; l'ornement de Pépiscopat ; un « évéque au milieu de la cour ; l'homme « de tous les talents et de toutes les « sciences ; le docteur de toutes les « églises; la terreur de toutes les sec- « tes; le Père du dix-septième siècle.
* à qui il n'a manqué que d'être ne « dans les premiers temps, pour avoir « été la lumière des conciles, l'âme des « Pères assemblés, dicté des canons , « et présidé à Nicée et à Êphèse (*). »
Bossut (affaire de). Au moment où Dumourier pénétra dans la Belgique, une première action eut lieu contre huit mille Autrichiens placés à Bossut, près Saint-Guilain, en Hainault. Elle fut chaude, mais la précision du tir de l'artillerie, la célérité de ses manœuvres, la valeur avec laquelle chargèrent les dragons, décidèrent l'action.
Cette affaire, qui précéda de quelques jours la bataille de Jemmapes, valut aux Français cinq cents prisonniers; on compta deux cents Autrichiens étendus sur le champ de bataille. Ce succès n'avait rien de décisif, mais il était important après les revers qu'on venait d'éprouver, et rendait la confiance aux troupes.
Bossut ( Charles ) , géomètre célèbre, naquit à Tartaras, département du Rhône, le 11 août 1730. Destiné d'abord à l'état ecclésiastique, il en prit l'habit chez les jésuites de Lyon, où il avait fait ses études avec un succès remarquable. Mais entraîné vers l'étude des mathématiques par un penchant irrésistible, il vint à Paris, après avoir terminé sa philosophie, et eut le bonheur d'y faire la connaissance de Fontenelle, qui l'accueillit avec bonté et le présenta à Clairaut et à d'Alembert. Ces deux savants devinèrent son aptitude, et devinrent ses guides dans ses premiers travaux scientifiques. Bossut, à l'âge de vingt -deux ans, fut nommé professeur de mathématiques à l'école du génie de Mézières. Le mérite des ouvrages qu'il publia lui acquit, en peu de temps, le suffrage des
(*) Oraison funèbre du dauphin.
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savants , et ce suffrage finit par être celui de l'académie des sciences , qui l'admit dans son sein. La révolution lui enleva ses emplois, qui faisaient presque tous ses moyens d'existence.
Déjà dans un âge avancé, il vécut dans une grande retraite pendant le moment le plus dangereux de nos orages politiques. Il reparut quand le calme se rétablit, fut nommé membre de l'Institut, et successivement examinateur de l'école polytechnique et membre de la Légion d'honneur. Bossut jouit, dans un âge très-avancé, de s toute la considération que ses talents lui avaient méritée , et lorsque les infirmités ne lui permirent plus d'exercer les fonctions ae sa place , le gouvernement lui en conserva le traitement.
II mourut, âgé de quatre- vingt-quatre ans, le 14 janvier 1S14. Sa mémoire est en vénération chez les savants et les gens de bien. Parmi ses nombreux ouvrages, nous citerons seulement les plus répandus, ceux qui ont eu le succès le plus populaire; ce sont un Traite élémentaire de mécanique et de dynamique. Charleville, 1763; des liecherches sur l'altération que l'éther peut produire dans le mouvement des planètes. Paris, 1766; un Cours complet de Mathématioues ( 1795 à 1801 , ou 1808, 7 vol. in-8° ), qui a longtemps partagé la vogue avec celui de Bezout ; et une Histoire générale des Mathématiques ( 1810, 2 vol. in- 8° ). Cet ouvrage fut mal accueilli des savants, oui lui reprochèrent d'être trop superficiel ; mais Bossut ne l'avait pas composé pour eux, c'est ce que prouvent évidemment ses Considérations sur le livre de Montucla.
Bostoniens. C'est ainsi que l'on appelait en France, vers 1777, les Américains des États-Unis, parce que l'insurrection avait commencé à Boston.
B otage ou Bouteillage , en latin botagium, dérivé du substantif bota, qui signifie bouteille. C'était un droit qui se percevait sur le vin , et non pas, comme quelques auteurs l'ont cru mal à propos, une redevance qui s'acquittait avec des butets ( sorte de hotte) , ou qu'on exigeait de ceux qui boutoient
rERS. BOU
la vigne en terre. Ainsi , quand . dans une charte de Lancelin IV, seigneur de Beaugency (1158), ou d'Etienne de Blois , il est question du bolagium de Tavers , ou du botagium de Blois , il faut entendre un impôt prélevé sur le vin uniquement.
Boton (Pierre ), né à Mâcon dans le seizième siècle, fut un des écrivains français les plus féconds de son épo-
3ue. Nous citerons seulement ici celui e ses ouvrages qui a pour titre : Les trois visions de Childéric , quatrième roi de France , pronostics des guerres civiles de ce royaume , et la projette de Basine , sa femme , sur les victoires et conquestes de Henri de Bourbon , roi de France et de Navarre. ( Voyez à l'article Ba sine la légende qui a fourni le sujet de cet ouvrage.)
Bott (Jean de), architecte, né en France en 1670, forcé de quitter sa patrie à la révocation de l'édit de Nantes , alla chercher un asile en Hollande, puis en Prusse, où il fut chargé,
{iar le roi Frédéric Ier , de construire 'arsenal de Berlin, qui passe pour l'un des plus beaux édifices de l'Allemagne. De Bott dirigea ensuite, sous le règne de Frédéric-Guillaume, la construction des fortifications de Wesel. U mourut à Dresde en 1745.
Boubehs (Alexandre -François -Joseph) , général de brigade , né à Lions (Picardie) le 5 janvier 1744, fit ses
f»remières armes dans le corps des voontaires de Belle -Isle, et les deux campagnes sur mer, de 1 757 et 1 758 , à bord de la frégate le Maréchal-de-BeÙe- Isle, commandée par le brave Thurot.
En 1759 et 1760, il fut inscrit comme surnuméraire parmi les gardes de la marine au dépôt de Brest. Il entra en qualité d'aspirant d'artillerie à la Fère en 1760; fut nommé élève en 1763; lieutenant en 1764, et capitaine en 1774. Il s'embarqua pour la Guadeloupe en 1775 , revint en France en 1777, et fut nommé lieutenant-colonel en 1792. Employé à l'état-major de l'artillerie, il assista à la bataille de Jemmapes, au bombardement de Maestricht en 1793, et à la bataille de
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Nerwinden. Nommé, la même année, colonel d'artillerie, il fit les campagnes de Tan n et de Tan ni , aux armées du Nord et des Ardennes. Élevé au grade de général de brigade au blocus de M aube tige, en Tan II, il fut mis à la retraite le 29 brumaire an v, et nommé officier de la Légion d'honneur dans le mois de prairial an xn.
Bouc , terre et seigneurie de Provence, à cinq kilom. sud d'Aix, érigée en marquisat en 1690.
Boucaniers. — On appelle ainsi les premiers aventuriers français qui habitèrent Saint-Domingue. Ils étaient, en 1635, au nombre de trois mille, la plupart Normands. Ce nom de boucaniers leur venait de ce qu'ils se réunissaient après leurs chasses pour boucaner ou rôtir les chairs des bœufs qu'ils avaient tués. Ils avaient, pour cela, des boucans, lesquels consistaient en un espace assez grand de terre défrichée , où se trouvaient les claies sur lesquelles on faisait boucaner la viande, une place pour étendre les cuirs, et des baraques, appelées ajoupas, où les chasseurs se mettaient a l'abri de la pluie et du soleil , mais qui étaient ouvertes à tous les vents. Les boucaniers n'avaient ni femmes ni enfants, et s'associaient deux à deux pour se prêter mutuellement secours au besoin.
Ces couples vivaient dans la plus parfaite communauté ; tout ce que laissait le mourant appartenait au survivant ; ils appelaient cela s'emmatetotter, d'où est venu le mot matehttage, qui , dans les colonies, désigne particulièrement l'état de deux femmes ou de deux hommes qui ont en commun le même homme ou la même femme. Au reste, les boucaniers en agissaient entre eux avec la plus grande liberté , et celui gui commettait le moindre larcin était ignominieusement chassé du corps.
Les boucaniers ne connaissaient d'à utrès lois que les conventions qu'ils avaient faites entre eux, et dont ils avaient forme une coutume qui était leur unique règle de conduite. Ils fondaient leur droit d'en agir ainsi , sur ce qu'en passant le tropique , ils avaient reçu u n baptême qui les affranchissait de
toute obligation antérieurement contractée. Ils ne dépendaient point du gouvernement de la Tortue, auquel ils rendaient quelquefois hommage; ils n'avaient aucune religion, et même avaient quitté leurs noms de famille pour des sobriquets ou des noms de guerre, dont la plupart ont passé à leurs descendants. Leur habillement consistait en une chemise tachée du sang des animaux qu'ils tuaient; un caleçon plus sale encore , et fait comme un tablier de brasseur, c'est-àdire, ouvert par le bas; une courroie qui leur servait de ceinture , et d'où pendait une large gaine, dans laquelle étaient quelques couteaux flamands, avec une espèce de sabre fort court , appelé manchette; un chapeau sans bords, excepté sur le devant. Point de bas , et des souliers faits de peaux de cochon. Leurs fusils avaient un canon de quatre pieds et demi de long. Chacun de ces boucaniers avait à sa suite plus ou moins ^engagés (voyez ce mot), suivant ses facultés, et une meute de vingt ou trente chiens. La chasse du bœuf était leur principale occupation ; c'était, on doit le penser, de hardis chasseurs. Quand la bête était à demi écorchée, le maître, c'està-dire, celui qui préparait la cuisine
(>our les autres, en tirait un gros os, e cassait , et en suçait la moelle ; c'était son déjeuner; il abandonnait les autres à ses engagés. Les boucaniers continuaient leurs chasses , jusqu'à ce qu'ils eussent tué autant de bœufs qu'il y avait de personnes , et ne s'en retournaient à la grande terre qu'après avoir réuni le nombre de cuirs qu'ils avaient promis aux marchands qui les attendaient à la Tortue, ou à quelque autre port de l'île. Leurs principaux boucans étaient la presqu'île de Samana, la Petite île, le port Margot, la Savane brûlée , vers les Gonaïves , l'embarcadère du Mirebalais , et le fond de l'Ile à Vache.
Les Espagnols, craignant de voir les boucaniers, qui étaient tous Français , et dont le nombre s'était considérablement accru , s'emparer de l'île entière, entreprirent contre eux une guerre à
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outrance. Mais ces braves, quoique tants. Cette ville fut bâtie , dit-on , par toujours en moins grand nombre que Pépin; cependant, le plus ancien titre leurs ennemis, repoussèrent constam- où il en soit fait mention, est un diment leurs attaques , et les défirent plôme signé par Charles le Simple , en souvent; ils en tuèrent quelquefois un 899. Elle fut prise et brûlée par Pemsi grand nombre, que plusieurs rivières pereur Henri IV en 11 02; dès le dixième conservent encore aujourd'hui le nom siècle , elle avait eu ses seigneurs ou de rivières du Massacre , qu'elles doi- châtelains, dont le dernier la vendit, vent aux défaites que les Espagnols en 1160, à Baudouin IV, comte de ont éprouvées sur leurs bords. La cour Hainaut. Ce prince la fit entourer de de Madrid fit de grands préparatifs, et murs et y fit construire un château, envoya de nouvelles troupes sous les Louis XI la prit en 1477, et la rendit, ordres d'un vieil officier qui avait servi l'année suivante, à l'archiduc Maximiavec distinction dans les guerres des lien. Les Français s'en rendirent mai' Pays-Bas ; mais son armée fut taillée très de nouveau, et y mirent le feu en en pièces , et il perdit lui-même la vie. 1521; elle se rendit, en 1580, au Découragés par le mauvais succès de comte de Mansfeld, et fut réduite en cette tentative, les Espagnols recom- cendres quelques jours après. Des inmencèrent alors contre les boucaniers cendies la détruisirent de uouveau en la guerre de détail, qui fut pour eux 1642 et en 1655. Prise par les Franplus heureuse , et força les boucaniers çais en 1676 , et cédée à la France à la a changer la position deleuraboucans. paix de Nimègue, reprise par les alliés A la fin, ees intrépides chasseurs en 171 1 , et par les Français en 1712, désespérant, après des combats san- c'est seulement à la paix d'Utrecht glants , de pouvoir continuer leur vie qu'elle fit définitivement partie du teraventureuse, et voyant leurs rangs ritoire français. 8'èclaircir chaque jour, leurs pertes Bodchabd (Alain) , avocat au parn'étant jamais réparées , furent con- lement de Rennes , est le premier qui traints les uns de se faire habitants ait donné une histoire complète de la et de défricher les quartiers du grand Bretagne , sa patrie. Cette histoire et du petit Goave ; les autres, de se parut en 1514 ; elle a pour titre : Les ranger parmi les flibustiers (voyez ce grandes chroniques de Bretaigne, parmot), qui alors seulement commencé- tant de très pieux nobles et très belrent à fonder leur vaste renommée Uqueux roys, ducs , princes , barons dans les Antilles. Tels furent les bou- et autres gens nobles, tant de la Bre~ caniers, ces hommes qui, les pre- taigne, dite à présent Angleterre, miers, ouvrirent à la France le chemin gue de notre Bretaigne de présent d'une terre qui devait devenir une de érigée en duché, etc.. Ces chroniques ses plus riches colonies, et qui, pour- ont été plusieurs fois réimprimées, tant, ne reçurent de leur mère patrie Bouchabd (Alexis-Daniel), savant aucun secours ni en argent , ni en pro- théologien , né à Besançon vers 1680 , visions, pas même quelques-unes de mort en cette ville en 1758, avait coinces paroles d'encouragement , qui , posé un grand nombre d'ouvrages; d'ordinaire, coûtent si peu et font ce- mais deux seulement ont été publiés ; pendant exécuter de si grandes choses, ce sont: 1° Juris Cœsaris, seu civi-
Bouchage (le), terre et seigneurie du Us, institutiones brèves, admodum
Dauphiné, érigée en baronnie en 1478, faciles et accuratx ; ad jus antiquum
et depuis en comté. ac novissimum, ipsasque potissimum
Bouchain, Buccinium, Bocha- Justinianeas institutiones accommo-
nium, ville forte dans le Hainaut, à datœ, 1713, 2vol. m \2\et2°Summida
dix kilomètres sud-est de Douai , jadis conciliorum generalium seu Romanœ
capitale de l'Ostrevain, faisant au- vallt. Ecclesiœ, Paris, 17 1 7.
jourd'hui partie du département du Bouchabd (Amaury) , chancelier du
Nord, et comptant douze cents habi- roi de Navarre , né à SainfeJean-d'An-
gel? vers la fin du quinzième siècle , a publié, pour combattre une opinion <lu célèbre jurisconsulte Tiraqueau , un ouvrage intitulé : Feminei sejçus apologia Paris, 1512, in-4°. On lui a reproché d'avoir trahi son maître, en livrant, en 1660, ses secrets aux Guises; mais il paraît que c'est un de ses fils qu'on doit accuser de ce crime ; il était trop vieux alors pour s'occuper d'intrigues politiques.
Boiichardon (Edme), l'un des meilleurs sculpteurs du dix -huitième siècle, naquit en 1698, à Chaumont.
Son père, sculpteur et architecte , après avoir été son premier maître, l'envoya à Paris , étudier à l'école de Coustou le jeune. Bouchardon ayant obtenu le grand, prix , alla en Italie. L'antique et les œuvres de Raphaël furent les objets de ses études les plus sérieuses. De retour à Paris en 1732, Bouchardon étudia à fond l'anatomie , et Gt les dessins des planches du traite publié par Huguier, en 1741. II lit ensuite, pour le traité des merres
f;ravéesde Mariette, les dessins a'après esquels ont été gravées les planches de cet ouvrage ; et il disait que l'étude des monuments représentés dans cet ouvrage avait eu pour lui les mêmes résultats que celle des bas-reliefs et de la statuaire antiques. Si nous avons insisté sur ces travaux et ces études de Bouchardon , c'est que cet artiste est l'un de ceux qui ont arrêté l'art français dans sa décadence, et qu'il doit le peu de sévérité que I on trouve encore dans ses ouvrages à l'étude de la nature et des chefs-d'œuvre de l'art antique. Cependant Bouchardon ne fut pas ce qu'il aurait pu être dans un autre siècle; il .sacrifia trop encore au ût de son temps, ei l'on reproche la manière et trop de fini à ses œuvres. Cependant disons , pour être juste, surtout envers un artiste qui travailla pour la cour de Louis XV, que son dessin est en général corfect, et que ses ouvrages sont agréables , bien qu'un peu froids. Son chef d'eeuvre est la fontaine de la rue de Grenelle, a Paris. Il a fait aussi, pour Versailles et Gros-Bois , plusieurs mor-
ceaux remarquables. Bouchardon avait été reçu à l'Académie en 1744. Dès 1736, il était dessinateur de l'Académie des belles-lettres. Il mourut le 27 juillet 1762. Claude Vassé est le seul élève que l'on connaisse de Bouchardon.
Rouen a ri» (Marie- Antoine) naquit à Paris le 16 avril 1719. Reçu agrégé de la faculté de droit de Paris en 1747, il débuta bientôt après, dans la carrière des lettres , par les articles Concile , Décret de (fratien , Décrètale et Fausses décrétâtes, de l'Encyclopédie.
Mais sa coopération à ce grand monument du dix-huitième siècle, tout en l'associant à la gloire des d'Alembert , des Diderot , etc. , nuisit considérablement à son avancement. On le regarda comme un des adeptes de cette philosophie, ou triomphe de laquelle était consacrée l'Encyclopédie; et on lui fit attendre quinze ans une chaire de professeur, à laquelle il avait droit par ses talents et sa science. Bouchaud se consola de cette injustice en cultivant les l' tires. Après avoir publié quelques traductions de l'anglais, il adressa, en 1766, à l'Académie des inscriptions et belles-lettres, un Essai historique sur [impôt du 20e sur les successions, et de [impôt sur les marchandises , chez les Romains; et la même année, celte compagnie le reçut au nombre de ses membres. Bientôt après, il obtint cette chaire de droit qu'on lui avait refusée. Lorsqu'on créa, en 1774, une chaire de droit au collège de France, ce fut lui qui en fut chargé. Enfin, en 1785, il fut nommé conseiller d'État. Compris dans la troisième classe de l'Institut, lors de la réorganisation des Académies, en 1796, il mourut à Paris, en 1804, âgé de quatre-vingt-cinq ans. Outre l'essai que nous avons cité, Bouchaud a encore publié plusieurs ouvrages justement estimés. Les plus importants sont des Recherches historiques sur ta police des Romains , concernait les grands chemins, les rues et les marchés, Paris, 1784, in -8°, et un Commentaire sur la loi des Douze Tables, 1787 et 1803, in-4°.
Ce commentaire était le meilleur et le
plus complet qui eût encore été publié.
Bouche (Honoré), né à Aix en 1598, s'est acquis une juste célébrité par son histoire de Provence. Cet ouvrage, qui a pour titre, Chorographie, ou description de la Provence, et histoire chronologique du même pays, forme 2 volumes in-folio, et fut imprimé à Aix, en 1664, aux frais des états de la province. C'est peut-être la meilleure histoire locale que nous ayons. Bouche mourut à Aix en 1671.
Un autre Bouche ( Charles-François ) , avocat au parlement d'Aix , et député à l'Assemblée législative et à la Convention, s'est aussi fait connaître par de savantes recherches sur son pays natal. Son principal ouvrage est un Essai sur l'histoire de Provence, suivi des Provençaux célèbres, Marseille, 1785, 2 volumes in-4°. Il mourut en 1794.
Bouche ( la ) et les mains. — C'était l'expression consacrée pour désigner l'hommage que le vassal devait a son seigneur. Quand on trouve dans les coutumes que le vassat ne doit à son seigneur que la bouche et les mains, cela signifie qu'il ne lui doit qu'un simple acte de roi et hommage, et rien de plus. Cette formalité de la bouche et des mains était rigoureusement exigée. Le vassal devait la bouche à son seigneur pour lui témoigner l'étroite union dans laquelle il désirait vivre avec lui , et ce baiser était quelquefois appelé osculum pacis ; il lui devait les mains en signe de soumission et de fidélité.
Voici , suivant Bouteiller (*) , comment se rendait cet hommage :
« Doit l'homme joindre ses deux « mains en nom d'humilité, et mettre « ès deux mains de son seigneur en " « signe que tout lui voue et promet « foy : et le seigneur ainsi le reçoit et « aussi lui promet à garder foy et « loyauté, et doit l'homme dire ces pa- « rôles : Sire, je viens en vostre hom- « mage et en vostre foy , et deviens * vostre homme de bouche et de mains, « et vous jure et promets foy et loyauté
(*ï Somme rurale, I, la.
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« envers touts et contre touts, et garder « vostre droit en mon pouvoir. »
On voit dans Beaumanoir et dans le roman de la Rose , que le baiser à la bouche était une prérogative des vassaux nobles ; les vilains et roturiers n'étaient point admis à cet honneur.
C'était une grande question entre nos jurisconsultes féodaux de savoir si la femme vassale devait à son seigneur la bouche et les mains. Loisel, plus rigoriste que galant, prétendait que la femme ne devait que la main; d'autres, en raison de la courtoisie française ( vifux mot et vieille chose!), tenaient pour la formalité de la bouche et du baiser. Dumoulin ( art. 3 de la Coutume de Paris ) dit qu'une veuve ayant offert foi et hommage à son seigneur , ses offres furent jugées valables, quoique le seigneur fît une mauvaise contestation sur ce qu'elle n'avait pas offert nommément la bouche et les mains.
La loi du 15 mars 1790, après avoir aboli la foi-hommage, ajoute « que les « nefs qui 'ne devaient que la Douche « et les mains, ne sont plus soumis à « aucun aveu ni reconnaissance. »
Bouchée (François), peintre d'histoire, né à Paris en 1704, et mort le 7 mai 1770. Le nom de Boucher est devenu comme le symbole de l'art dégénéré du dix-huitième siècle ; c'est seulement à ce titre que nous entretiendrons nos lecteurs de cet artiste.
Il fut élève de Lemoine , prit à cette école cet amour du hardi et du facile qu'il devait pousser si loin. L'Italie qu'il visita ensuite ne lui inspira que de l'indifférence pour ses grands maîtres et du mépris pour l'antique. A son retour en France, ses peintures galantes lui valurent une réputation considérable, et il devint l'artiste à la mode. Bientôt même, à la mort de Carie Vanloo , il fut nommé premier peintre du roi. Ses œuvres, faites avec une vitesse incroyable, étaient mauvaises de couleur et détestables de dessin. Son coloris a une apparence de fraîcheur , mais il n'est que fade ; ses figures ont l'air d'avoir été nourries de roses. Le dessio.recherche la grâ-
bou L'UNIVERS.
BOU
ce, l'élégance ; mais Boucher, qui dessinait le plus souvent sans modèle, est toujours faux, et n'aboutit qu'à l'afféterie et à la manière. Rubens fut son modèle dans tout ce que ce maître avait de mauvais. Il n'avait point de sentiments élevés , et dans tout ce qu'il a fait , histoire ou genre , il ne put produire que des femmes de convention, impudiques, la bouche en cœur et les flancs en panier. Tout cela ne s'adresse qu'aux sens; tout cela n'est bon qu'à décorer le boudoir d'une Pompadour. Aucun mérite de dessin, aucune science. A quoi donc Boucher dut-il sa grande réputation ? A ses défauts, à la nature de ses tableaux, qui plaisaient à Louis XV , aux grands seigneurs de I époque, et à tout ce qu'il y avait alors de mauvais en France ; il se moquait de ceux qui l'admiraient, et profitait de leurs mauvaises passions pour gagner 50,000 livres par année.
Boucher (Gilles), jésuite, né en Artois, en 1576, entra dans la société en 1598, et s'y rendit célèbre par son érudition historique et par son talent comme prédicateur. Il mourut à Tournai le 8 mars 1665, après avoir été recteur du collège de Béthune pendant dix ans, et de celui de Liège pendant six. On a de lui : Disputatio historica deprimis Tungrorum seu Leodiensium episcopis, cum chronologia poster iorum, Liège, 1612, in-4°; Annotatio chronologica regum Francorum Merovsediorum : cet ouvrage et le précédent se trouvent dans le Recueil des évéques de Liège, par Chapeauville ; Chronographia historix leodiensis, e£ posteriorum episcoporum , additis romanorum pontificum et regum Fr an* ciœtabulis, Liège, avec les écrivains liégeois, publiés par Chapeauville; Gregorius turonensis, amplissimis notis illustrattts ; Commentarium in fictorii aquitani canonem paschalem, quo cycli paschales veterum exponuntur, verus Christi passionis dies eruitur, et doctrina temporum traditur, Anvers, Plantin, 1633; Belgium ecclesiasticum Romanorum et civile, in quo historia occidentalis universel continetur, a fine Commenr
tariorum Cxsaris, adannum Christi vulgarem 511, c'est-à-dire jusqu'au temps de Clovis; Liège; 1665* in-fol.
Boucher (Jean), cordelier observa ut in , né à Besançon dans le seizième siècle, est auteur* d'un voyage à la terre sainte, qu'il publia en 1616, in-8°, sous le titre de Bouquet sacré , composé des roses du Calcaire, des lys de Ret/Uéem, desjacintltesdyOlwet. Cet ouvrage curieux, mais où il ne faut chercher aucun renseignement exact et historique, a été souvent réimprimé.
Boucher (Jean), né à Paris au milieu du seizième siècle, et destiné à vivre tranquille dans une chaire de l'université ou dans le fond d'une abbaye, aima mieux se mêler à tous les troubles civils qui alors agitaient le royaume, et finit sa vie dans l'exil. D'abord il enseigna les lettres et la philosophie à Reims ; puis , lorsque le roi Henri III lit son entrée dans cette ville pour s'y faire sacrer, il fut chargé de le complimenter; et presque aussitôt appelé à Paris, il alla y enseigner la philosophie au collège àé Bourgogne, fa théologie au collège des Grassins, et devint recteur de l'université. Il ne s'arrêta pas là; prieur de la maison de Sorbonne, il reçut bientôt le bonnet de docteur et fut nommé curé de Saint-Benoît.
Mais cette fortune, qu'il s'était créée par son mérite , il la compromit par ses fureurs monarchomaques , comme on disait alors. C'est dans la chambre qu'il occupait au collège de Fortet que les premiers ligueurs tinrent leur assemblée en 1585, et dès lors le pacifique docteur de Reims devint une trompette de sédition, suivant l'expression de Bayle. Dans la fameuse journée des barricades, dont les suites furent si fatales à l'autorité du roi Henri III, il fit sonner le tocsin de son église. Sa langue comme sa plume était au service des ligueurs, et toutes deux étaient infatigables. Son érudition lui fut une arme puissante contre la cour. Dans une allégorie transparente ? il écrivit, en 1588, contre le duc d'Épernon une satire intitulée : Histoire tragique et mémorable de Gaver ston> ancien mignon d'£~
158 fcOU L'UNI
douard II. L'année suivante parât son traité de Justa Henricl III abdicatione e Francorum regno, Paris 1589, in-8°. Dans cet ouvrage, écrit avec une grande amertume, il faut remar-
?uer les deux derniers chapitres que auteur ajouta dès qu'il eut appris la mort de Henri III, l'un pour exalter jusqu'aux nues le meurtrier de ce prince, l'autre pour faire l'éloge du duc de Mayenne. Ses fureurs durant la ligue lui ont mérité les sarcasmes des au* teurs de la satire Ménippée. Il prononça et rédigea, pendant les derniers jours de la résistance de Paris, ses Sermons de la simulée conversion et nullité de la prétendue absolution de Henri de Bourbon. L'entrée de ce prince dans la capitale mit seule un terme à ses prédications, mais non pas à son fanatisme. Ses sermons furent brûlés en place publique par la main du bourreau. Porté lui-même sur la liste des plus fougueux ligueurs, dont le supplice fut jugé nécessaire à la tranquillité publique, il fut obligé de s'en* fuir hors du royaume , et quelque temps après, lorsqu'il tenta d'y rentrer, il fut arrêté par les ordres au procureur général , et ne dut son salut qu'à la clémence de Henri IV. Au lieu d'être désarmé il n'en lança pas moins de Tournai , où il se réfugia après avoir recouvré sa liberté, de nouvelles invectives contre le roi. Il mourut enfin en 1646. Sans avoir une grande importance littéraire , Boucher ne doit pas être oublié; il fut l'un des auteurs les plus féconds de la littérature pamphlétaire, alors si répandue et si puissante en France. Son style est pénible et généralement boursouflé; son érudition est pédantesque : mais ses invectives, ses calomnies, sont autant de traits caractéristiques de l'époque :
elles tirent toute leur valeur de l'intérêt historique qu'elles présentent.
Boucheb (Pierre), gouverneur des trois rivières, est auteur d'une Histoire véritable et naturelle des mœurs et des productions de lu nouvelle France y dite Canada, Paris, 1665, m- 1 2. On ne counaît ni la date de sa mort, ni celle de sa naissance.
VERS, i BOU
Boucheb-Beauvaïs (Jean) a publié un abrégé historique et chronologique de la ville de la Rochelle , 1673, in-8°.
Boucheb- de- Crevecoeiîb (Jules- Armand-Guillaume), botaniste distingué, et membre correspondant de l'Institut, est né à Paray-le-Monial , le 26 juillet 1757. lia publié, en 1803, une Flore d Abbevilley qui contient de précieux renseignements pour l'histoire naturelle du département de la Somme. L'amour des lettres est héréditaire dans la famille de M. Boucherde - Crevecœur. L'aîné de ses fils, M.Jacques Boucheb-de-Pebthes, né à Rethel en 1788, et qui lui a succédé dans ses fonctions de directeur des douanes à Abbeville , est un littérateur très-fécond et très-distingué; le second, M. Ètienne Boucheb-de-Cbevecqeub, né aussi à Rethel en 1 791 , a publié, sous le titre de Souvenirs du pays Basque. in-8°, 1830, un curieux voyage dans les Pyrénées.
Boucheb de la Richebie (Gilles), littérateur, naquit à Saint Germain en Lave, en 1733, fut successivement avocat au parlement de Paris, membre du directoire du département de Seineet-Marne, et juge au tribunal de cassation, fonctions qu'il exerça depuis 1791 jusqu'au 18 fructidor, eppque où il s'en démit pour rentrer dans la vie privée. Ses nombreux ouvrages, qui roulent, pour la plupart, sur des questions d'histoire littéraire, sont remarquables par un style correct et par une grande érudition. — René Boucheb»
frère de Boucher de la Richerie, procureur au Châtelet de Paris , remplaça Pétion, comme maire de cette grande cité, jusqu'à l'élection de son successeur. Au 13 vendémiaire an îv, il présida la section de l'Ouest, et fut condamné à mort pour avoir signé Tordre de marcher sur la Convention ; mais il échappa à cette condamnation et fut amnistié quelque temps après. Il est mort à Paris, en 1811.
Boucheb Saint -Sauveub (Antoine), né à Paris le 21 juin 1723, s'était établi à Paris, après avoir été successivement capitaine de cavalerie
BOl/ FRJ
au service d'Espagne, maître particulier des eaux et forêts en Touraine, lorsque, après le 10 août 1792, il fut nommé député à la Convention nationale par le département de Paris. Il se rangea d'abord parmi lès montagnards et vota ta mort de Louis XVI. Nommé membre du comité de sûreté générale en février 1793, il donna sa démission peu de jours après, fit placarder sur les murs de Paris les motifs de sa retraite. Après le 9 thermidor, il contribua à faire mettre en liberté uu grand nombre de citoyens incarcérés comme suspects, et se "distingua par sa modération. A l'époque de la formation des Conseils, il tut élu par le département d'Indre-et-Loire, au Conseil des Anciens, dont le tirage au sort le fit sortir une année après. Rendu à la vie privée et ayant perdu sa fortune par la révolution, il fut nommé par le Directoire, lors du rétablissement de la loterie, inspecteur dans cette administration. Il est mort à Bruxelles , chez son Gis, en 1805.
Boucherat (Louis), né à Paris en 1616, avait été successivement conseiller au parlement, maître des requêtes, intendant de Guienne, de Languedoc, de Picardie, de Champagne, conseiller d'Etal, trois fois commissaire du roi aux états de Languedoc, et dix fois aux états de Bretagne. Il venait d'être appelé par Colbert au conseil royal des fiuances établi en 1G67, lorsqu'il succéda, en 1685, au chancelier de France le Tellier. Louis XIV lui annonça, en ces termes, sa nomination : a La place « de chancelier est le prix de vos longs * services ; ce n'est pas une grâce , c'est tt une récompense. Elle n'eût pas été « pour vous, si tout autre l'eût mieux -méritée. » Le Tellier avait signé, quelques jours avant sa mort, la révocation de l'édit de Nantes; son successeur fut chargé d'exécuter cette funeste mesure; il le fit avec une conviction jjui peut excuser les rigueurs qu'il ordonna. Boucherat mourut à Paris, en !699, à l'âge de quatre-vingt-trois ans.
Bouchbbs. La corporation des bouchers de Paris était peut-être la plus ancienne de France. Elle avait conservé en grande partie l'organisation des
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corporations de l'ancienne Rome, et il est probable qu'elle s'était continuée sans interruption, depuis l'époque où Paris était le centre de la puissance romaine dans les Gaules, et qu'elle avait traversé, sans s'altérer sensiblement, les temps d'anarchie qui précédèrent et suivirent les invasions des barbares. < A Rome, sous les empereurs, un certain nombre de familles étaient chargées, sous le nom de Boarti ou Pecuarii, de fournir au peuple la viande dont il avait besoin. Elles formaient une corporation qui avait ses biens, ses magistrats et ses lois.
Ces familles, une fois vouées à leurs fonctions, y demeuraient irrévocablement attachées et ne pouvaient plus les quitter. Les fils succédaient à leurs pères, et aucun privilège, aucune dignité ne pouvaient les en dispenser; il existe même, dans le Code theodosien, une disposition qui déclare nulles toutes les lettres que la faveur eût pu arracher dans ce but à l'empereur.
Tel esta peu près l'état où Ton trouve la corporation des bouchers de Paris, à l'époque où elle commence à paraître dans les actes publics. « Il y.
avait, dit Lamarre (*), de temps immémorial , un certain nombre de familles chargées du soin d'acheter les bestiaux , d'en avoir toujours une provision suffisante pour la subsistance de la ville, et d'en débiter les chairs dans les boucheries. Ces familles composaient une espèce de corps ou société; elles n'admettaient avec elles, dans ce commerce, pucun étranger; les enfants y succédaient à leurs parents : mais comme les biens qu'elles possédaient en commun étaient destinés à u n emploi des plus laborieux, les seuls mâles en étaient mis en possession, à l'exclusion des filles; d'où il arriva que par une espèce de substitution, les familles qui ne laissaient aucuns hoirs en lignes masculines, n'avaient plus de part à la société et que leurs droits étaient dévolus aux autres.
« Ces familles élisaient entre elles un chef, sous le nom de maître des
O Traité de police, t. H, p. iao3.
bouchers. Celui qui était pourvu de cet office en jouissait sa vie durant, et il n'était destituabie qu'en cas de prévarication. Ce maître des bouchers décidait toutes les contestations qui naissaient entre eux concernant leur profession ou l'administration de leurs biens communs. Ils élisaient aussi un procureur d'office et un greffier, et les appellations de ce petit tribunal étaient relevées devant le prévôt de Paris, et jugées aux audiences de police de ce magistrat. »
Dans l'origine, la plupart des communautés d'artisans étaient gouvernées par des chefs de leur choix, au tribunal desquels devaient être portées les contestations qui pouvaient s'élever entre leurs membres. Mais les rois comprirent bientôt l'importance de ces juridictions, et ils se hâtèrent de les inféoder en faveur des grands officiers de leur couronne. Chacun de ces officiers eut alors1 pour vassaux les membres d'une ou de pjusieurs corporations, auxquelles ils étaient chargés de donner des juges. Dans la suite, toutes ces petitesjustices furent réunies au tribunal du prévôt de Paris. Les bouchers furent longtemps presque seuls exceptés de cette mesure.
Us ne furent point inféodés, et ce fut seulement en 1673 que leur justice particulière fut réunie au Châtelet.
Mais ces privilèges n'appartenaient pas indifféremment à tous les bouchers de Paris. Ceux-là seuls faisaient partie de la corporation, qui occupaient les étaux de la grande boucherie- Cette boucherie, établie d'abord sur la place du Parvis Notre-Dame, avait ensuite été transportée, lorsque Paris s'était étendu sur la rive droite de la Seine, près du Châtelet, à l'endroit où la tour Saint- Jacques la Boucherie perpétue encore le souvenir de son voisinage. La boucherie du Parvis, ainsi abandonnée, fut donnée, par Philippe-Auguste, en 1222, à l'évéque de Paris, qui y établit des bouchers de son choix.
D'un autre côté, des bouchers étrangers à l'ancienne corporation s'étaient également établis dans les environs du Châtelet ; leur voisinage
inquiéta les anciens bouchers, qui, après de longs débats , dont le but était de forcer les nouveaux venus à abandonnér une profession dont ils croyaient que le monopole leur appartenait , finirent cependant par traiter avec eux, acquirent leurs étaux , qu'ils réunirent aux leurs, et construisirent,
Eour abriter tous ces étaux , un vaste âtiment , qui prit alors le nom déjà indiqué plus haut, de Grande Boucherie. Les actes dressés à l'occasion de cette transaction nous apprennent que les familles qui composaient alors la corporation étaient au nombre de dix-neut.
Cependant , Paris s'agrandissant vers le nord, l'est et le midi, la Grande Boucherie et celle du Parvis furent bientôt à une trop grande distance des extrémités, et l'on éprouva le besoin de multiplier les étaux. Les templiers furent les premiers qui essayèrent d'en établir dans le voisinage du Temple. Mais cette tentative excita les réclamations des propriétaires de la Grande Boucherie; une contestation s'ensuivit, et, pour la terminer, il ne fallut rien moins qu'une charte du roi Philippe le Hardi. Cette charte donna gain de cause aux templiers, mais en même temps elle reconnut et confirma les privilèges de la communauté. Nous croyons devoir en citer le passage suivant : « Les anciens « bouchers prétendoient , y est-il dit , « qu'ils avoient , et que leurs prédé- « cesseurs avoient eu la faculté, pour « ainsi dire , de faire et de constituer « bouchers à l'effet de couper et de « débiter des viandes pour toute la « ville, les fils des bouchers existans, « sous notre autorité et avec notre « consentement, sans qu'aucune autre « personne dans la ville et dans ses « dépendances , ait la- permission de « faire des bouchers , ou d'élever une « boucherie pour la ville de Paris et « les faubourgs, à l'exception de ceux « qui ont des boucheries depuis un « temps immémorial. » La charte se termine ensuite par ce passage remarquable : « En faisant cette concession « au Temple, nous n'entendons point « qu'il soit porté aucun préjudice à
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« nos bouchers et à leur commu- « nauté , ni à leurs usages , coutumes, «privilèges et franchises; nous vou- « Ions au contraire que ces privilé- « ges, usages, coutumes et franchises « demeurent dans toute leur vi- « gueur (*). »
On voit qu'en autorisant rétablissement de nouveaux étaux le roi reconnaissait à la corporation qui était propriétaire de la Grande Boucherie, une supériorité bien réelle sur tous les autres bouchers , qui ne pouvaient ouvrir leurs étaux sans son assentiment. Ces privilèges furent confirmés de nouveau, en 1361 , à l'occasion de l'établissement de la Boucherie de la Montagne , et les religieux de Saint- Germain des Prés furent obligés de s'y soumettre , lorsqu'ils fondèrent la leur, en 1370, dans l'endroit où se trouve maintenant la rue des Boucheries-Saint-Germain.
Tel était l'état de la corporation des bouchers , au commencement du quinzième siècle. On sait par quels désordres fut signalé le règne funeste du malheureux Charles VI. Deux partis, les Armagnacs et les Bourguignons se disputaient le pouvoir. Le parti des Bourguignons , qui s'appuyait sur le peuple, trouva de puissants auxiliaires dans la corporation des bouchers. Caboche, boucher du parvis Notre-Dame , devint même le chef du peuple parisien , et l'allié le plus utile du duc de Bourgogne. Les Bourguignons dominaient alors dans Paris, d où ils avaient chassé les Armagnacs; mais ceux-ci parvinrent bientôt à rentrer dans la capitale , et ils n'y furent pas plutôt établis, qu'ils se livrèrent à de violentes réac-^ tions : les chefs du parti bourguignon," dont ils purent s'emparer , furent mis à mort, et pour punir les bouchers de l'appui qu'ils leur avaient prêté, des lettres au roi, en date du 13 mai 1416 , abolirent tous les privilèges de l'ancienne corporation de la Grande Boucherie, ordonnèrent que tous les
(*) Ordonnances des rois de France, t. III, charte de Philippe de Tan ia8a.
T. m. 11* Livraison. (Dict. en<
bouchers de Paris ne composeraient plus désormais qu'une seule communauté qui serait régie comme les autres arts et métiers , par des statuts donnés par le roi ; enfin que la Grande Boucherie et celle du parvis Notre- Dame seraient immédiatement démolles. Les prescriptions de ces lettres furent exécutées sans délai ; mais deux ans après , les Bourguignons redevinrent les plus forts, et de nouvelles lettres du roi , en ordonnant la reconstruction de la Grande Boucherie, rétablirent, avec tous ses privilèges, l'ancienne corporation a qui elle avait appartenu. Les bouchers du parvis Notre-Dame furent moins heureux, et il paraît qu'on ne leur rendit pas leurs étaux , car il n'en est plus fait mention depuis cette époque.
( Voyez Armagnacs , Bourgogne (ducs de), art. Jean sans Peur, et Caboche.)
Nous avons vu que les filles ne succédaient point aux droits de leur père, dans la propriété de la Grande Boucherie. Cette disposition des statuts avait fini par exclure de la communauté un grand nombre de familles, et celles qui restaient avaient vu leurs revenus augmenter en proportion de la diminution de leur nombre. Elles se trouvèrent bientôt trop riches pour continuer la pénible profession de leurs ancêtres; elles abandonnèrent, pour la plupart , cette profession , et se contentèrent de louer leurs étaux à de simples compagnons. Mais le parlement ne fut pas plutôt informé de cet état de choses , qu'il rendit , en 1465 , un arrêt qui les condamna à occuper eux-mêmes leurs étaux, ou à les faire desservir par leurs gens ou serviteurs, à peine de confiscation de ces étaux.
Cet arrêt fut-il rigoureusement exécuté? il y a lieu de croire le contraire, puisqu'en 1540, le procureur général se plaignit de nouveau du même abus, non-seulement à l'égard de la Grande Boucherie, mais aussi à l'égard de toutes les autres boucheries de Paris.
Le parlement se contenta cette fois de régulariser un état de choses qu'il ne