‹ France. Dictionnaire encyclopédique (volume 4)Chapitre 26 sur 96 · H BB · texte numérisé non relu

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Bourbon (Nicolas ) , dit Y Ancien , l'un des plus célèbres poètes latins du seizième siècle, précepteur de Jeanne d'Albret, reine de Navarre, mère de Henri IV, naquit à Vandeuvre, près de Bar-sur- Aube, en 1503, et mourut ?ers Tannée 1550 à Candé, petite ville de la Touraine , où il s'était retiré après avoir terminé l'éducation de sa royale élève. Ses divers poèmes, et surtout le recueil intitulé Nugarum lu bri octo, ont été plusieurs fois imprimés séparément; Philippe Dubois les a tous réunis et publiés en 2 vol. in-4°, Paris, 1685, ad usum Delphini.

Bourbon ( Nicolas ) , dit le Jeune, petit-neveu du précédent , professeur île littérature grecque au collège royal, et membre de l'Académie française, naquit à Vandeuvre en 1574, et mourut à Paris en 1644, dans une maison de la congrégation de l'Oratoire, à laquelle il appartenait. Comme son grandoncle, il s appliqua à l'étude de la littérature latine , et il y obtint tant de succès qu'il passa avec raison pour le meilleur poète latin de son temps.

Ses œuvres ont été plusieurs fois im-

Erimées, entre autres, en 1630, sous ! titre de Poêmatia, etc.

Bourbon, voltigeur au 1086 régiment de ligne. Envoyé en tirailleur en 1809. à la bataille de Thann, il tomba dans une embuscade de douze Autrichiens commandés par un officier.

« Cernez ! cernez ! les voilà ! les voilà ! » s'écria aussitôt Bourbon en tirant deux fois sur l'ennemi. Le commandant autrichien lui présente alors son épée, se rend, et Bourbon ramène à son colonel les ennemis prisonniers.

Bourbonnais, Burbonensis ager, province avec titre de sirie, formant aujourd'hui le département de l'Allier.

Moulins en était la capitale. Au temps de César, cette province était habitée par les jEdui et les Boii, et plus tard elle fut comprise dans la première Aquitaine. Après avoir été près de cinq siècles soumis à la domination romaine, le Bourbonnais passa sous celle des Wisigoths et des Franks. Il obéit ensuite aux ducs d'Aquitaine; mais dès lw premières années du dixième siè-

cle, la sirie du Bourbonnais fut mise sous la mouvance immédiate de la couronne. Robert de Clermont, sixième fils de saint Louis, épousa, en 1271, Béatrix ,. héritière de ce duché; il devint ainsi chef des Valois-Bourbons.

En 1327, le Bourbonnais fut érigé en duché-pairie; il futréuni à la couronne en 1523, après la trahison du connétable de Bourbon.

Bourbonne-les-Baïns , petite ville de l'ancien Bassigny, aujourd'hui du département de la" Haute-Marne, à onze lieues de Langres, célèbre par ses eaux thermales. %

La découverte de ces eaux thermales remonte à une très-haute antiquité.

De nombreuses ruines découvertes dans les environs de Bourbonne, des monuments authentiques, attestent que les Romains connaissaient la propriété de ces eaux, et qu'ils avaient forme dans leur voisinage un établissement considérable.

Borvonts aqux, tel était le nom sous lequel Bourbonne était alors désignée (*).* Son château, construit en 612, sous le règne de Thierry II, roi de Bourgogne, fut incendié en 1717.

De ses ruines fut construite une maison seigneuriale, démolie en 1822, et remplacée par une jolie promenade.

Bourbonne, dont la population est de trois mille deux cent soixante et douze habitants, possède un hôpital militaire qui reçoit annuellement de six à huit cents malades. Cet hôpital fondé en 1732, agrandi en 1785, attira de nouveau, en 1812, l'attention du gouvernement, qui fit aussi à cette époque l'acquisition des bains civils.

Les militaires y arrivent chaque année au 1er juin et au 1er août, et ils y restent ordinairement deux mois. La France ne possède que deux autres hôpitaux militaires uniquement destinés à l'usage des eaux; l'un est à Bourges, l'autre à Bagnoles (Orne).

(*) Voy. Walckenaer, Géographie ancienne des Gaules, t. I, pag. 3a i ; Berger de Xivrey, Lettre à M. Hase , i833, in-8°, p. 46, et Caylus , Antiquités, t. V, pl. xao, n* 3 , p. 335.

Bourbotte (N.), né à Vaux, près jon, Romme, Duquesnoy, Duroy et d'Avalon , s'est fait remarquer dans la Soubrany, furent arrêtés en vertu du révolution par son courage personnel , décret proposé par Tallien , et ensuite mais poussa souvent le patriotisme transférés au château du Taureau dans jusqu'aux dernières rigueurs. Élu mem- le Finistère. Ramenés à Paris vingtbre de la Convention en 1792, par le trois jours après, ils y furent condam département de l1 Yonne, il demanda nés à mort, le 13 juin 1795, par une la mise en jugement de la reine, après commission spéciale militaire qui se avoir voté la mort de Louis XVI, sans tint à l'hôtel de ville, après s'être déappel ni sursis. Il se joignit à Albitte fendus devant ce tribunal avec une et Chabot, qui s'opposèrent à ce que énergie et une éloquence remarquâtes complices des massacres de sep- bles. L'un d'eux, lorsqu'ils furent tembre fussent recherchés. Il fut en- sortis de la salle, se frappa d'un couvoyé à Orléans, afin d'y examiner la teau qu'il avait tenu cache, et le remit conduite des chefc de la légion germa- à son collègue, qui s'empressa de nique, accusés d'incivisme, et passa l'imiter. L'exemple fut bientôt suivi ensuite dans la Vendée, où il donna par les quatre autres. Bourbotte et des preuves marquantes de talent et trois de ses collègues respiraient end'intrépidité. A la prise de Saumur core en arrivant à l'échafaud. Bourpar les Vendéens, son cheval ayant botte, regardé comme le plus coupable, été tué sous lui, Bourbotte, environné fut réservé pour être exécuté le derpar de nombreux ennemis, se défend nier; mais son courage ne se démentit seul , et tue plusieurs hommes ; il allait pas plus devant la guillotine que sur le succomber lorsque Môreau , alors si m- champ de bataille , et le sourire était pie officier, arriva à temps avec quel- encore sur ses lèvres lorsque tomba le que s soldats, et parvint a le délivrer, fatal couteau. i Dans une autre affaire, étourdi par un Bourboubg-, petite ville de la Flancoup de crosse qu'il venait de recevoir dre, à deux myriam. de Dunkerque (dé sur la tête, il revient à lui y soulève partement du Nord); population, deux d'une main le fusil du soldat qui l'ajus- mille trois cent soixante- dix-huit hâtait, et de l'autre fend avec son sabre bitants. On ne connaît pas la date de le front de celui qui allait lui donner la fondation de cette ville; mais on la mort. Rappelé de ses fonctions ad- sait qu'elle fut fortifiée au commenministratives par le comité de salut cernent du dixième siècle par Baudouin public, et accusé de mesures oppres- le Chauve, comte de Flandre. Clésives, il fut défendu par Carrier, à la mence de Bourgogne y fonda, eo condamnation duquel il s'opposa vai- 1102, une abbaye de religieuse de l'ornement quelque temps après. Bour- dre de Saint-Benoît. Les Anglais s'en botte acquitte fut envoyé a l'armée du rendirent maîtres en 1383 ; mais elle Rhin et Moselle, où il montra la même ne resta pas longtemps en leur pouintrépidité. Le 26 août 1794, il an- voir : les Français la reprirent et nonça à la Convention la prise de la saccagèrent peu de temps après. Reinsfeld, de Bingen et de Trêves. Le Elle fut encore prise parles Autri- 9 thermidor, il se mit à la tête des chiens en 1439, par les Français en mécontents, et commanda ouverte- 164.5, abandonnée en 1647, et reprise ment l'insurrection. Le 1er prairial, parTurenne en 16*7. La paix des Pymaître pendant quelque temps du pou- rénées en assura définitivement la voir, il demanda l'arrestation des jour- possession à la France; mais ses fornalistes réacteurs et celle des conspi- tifications furent détruites, rateurs sortis de prison après le 9 Boubcet (Pierre- Joseph de), savant thermidor; mais, pendant qu'il discu- tacticien, naquit à Usseaux, près tait, Legendre et Auguis marchaient Châtelleraut , en 1700, entra au serà la tête des sections sur l'Assemblée, vice à l'âge de dix-huit ans , parvint et la prirent d'assaut. Bourbotte, Gou- au grade de lieutenant général, servit

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en Italie en 1733 et 1741, et commanda en 1756, en Allemagne, l'artillerie et le génie. Il mourut en 1780. On a publié en 1792, à Paris, des Mémoires historiques sur la guerre $ Allemagne, de 1757 à 1762, 3 vol.

in-8°, dont les deux premiers sont extraits des papiers de Bourcet. On a en outre de lui des Mémoires militaires sur les frontières de la France, du Piémont, de la Savoie, depuis l'embouchure du ï'ar jusqu'au tac de Genève, Berlin, 1801, in-8° ; sa Carte topographique du liant Dauphiné , 1758 , eu neuf feuilles , est très-estimée.

Bourchenu < Jean-Pierre Moret de), marquis de Valbonnais, né à Grenoble en 1651, embrassa, après une jeunesse fort aventureuse , la carrière de la magistrature, et devint successivement conseiller au parlement de Grenoble, président de la chambre des comptes de cette ville, et enfin conseiller d'État. Il mourut en 1730, âgé de 79 ans. L'Académie des inscriptions l'avait reçu , en 1728 , au nombre de ses membres. On a de lui :

Mémoires pour servir à C histoire du Dauphiné, sous les dauphins de la maison de la Tour du Pin, Paris , 1711, in-fol., réimprimés avec de nombreuses additions sous le titre ^Histoire du Dauphiné et des princes qui ont porté te nom de Dauphin, Genève, 1722, 2 vol. in-fol.; et d'autres ouvrages moins importants.

Bourcieb (le comte François-Antoine), lieutenant général, naquit en 1760, à la Petite-Pierre, près de Phalsbourg, département du Bas-Rhin. Lieutenant de cavalerie au commencement de la révolution, il fut alors nommé aide de camp du duc d'Aiguillon, et passa, en 1792, à l'état-major du général Custine. Devenu ensuite général de brigade, il fut nommé, en 1793, chef d'état-major de l'armée du Rhin , et élevé Tannée suivante au grade de général de division. Chargé de la conduite d'une division de cavalerie, sous le général Moreau , il se distingua au combat d'Ingolstadt, et contribua , par son talent et son courage, aux résul-

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tats de la fameuse retraite de 1796.

Nommé inspecteur général de cavalerie le 3 août 1797, il fit les campagnes de Suisse et de Naples, où il commanda une colonne de cavalerie, qui tailla en pièces les insurgés nui s'étaient rassemblés à Andria. Il nt la campagne de 1805, à la téte d'une division de dragons, et prit part aux batailles d'Elchingen et d'Ulm ainsi qu'à celle d'Austerfitz,au succèsde laquelle il contribua par de brillantes charges. Il assista, l'année suivante, à la bataille d'Iéna, et fut nommé, après la prisedeBerlin, inspecteur général du grand dépôt des chevaux pris sur l'ennemi. Envoyé en Espagne, il n'en revint que pour aller combattre à Wagram, où il donna des preuves d'un courage et d'une intrépidité extraordinaires. Plus tard, il fit partie de l'expédition de Russie, et vint, après les revers qui l'accompagnèrent, s établir à Berlin, où il réorganisa la cavalerie française. Il fut mis à la retraite en 1816, mais fut, l'année suivante, rappelé au conseil d'État, et employé en qualité de commissaire du roi près de la régie générale des subsistances militaires; il fit ensuite longtemps partie de la chambre des députes, où il vota avec la majorité. Il est mort en 1828.

Bourcier - Montureux ( Jean- Léonard, baron de), né à Vezelise en 1646, nommé, en 1698, par le duc Léopold , procureur général de la cour souveraine de Nancy, rédigea pour la Lorraine un code qui tut longtemps observé dans cette province , et dont la Russie emprunta plus tard un assez grand nombre de dispositions. Bourcier fut ensuite successivement plénipotentiaire à la Haye et à Utrecht, et ambassadeur à Rome pour le duc de Lorraine. Il mourut en 1726. — Son fils, Jean-Louis de BouRCiER-MoisTUREUX,né à Luxembourg en 1687, fut son successeur à l'ambassade de Rome, et suivit à Vienne le duc François, lorsque ce prince fut nommé empereur d'Allemagne. 11 mourut en 1749.

Bourdaloue (Dominique) , né en 1628 à Bourges, mort à Paris, en 1704.

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a Bourdaloue , dit la Harpe , est con- « cluant dans ses raisonnements , sûr « dans sa marche,clair et instructif dans « ses résultats; mais il a peu de ce qu'on « peut appeler les grandes parties de « l'orateur, qui sont les mouvements , « 1 l'élocution, le sentiment. C'est un ex- « cellent théologien, un savant caté- « chiste plutôt qu'un savant prédica- « teur. En portant toujours avec lui la < conviction, il laisse trop désirer cette « onction précieuse qui rend la con- « viction efficace. » Il y a beaucoup de vrai dans ce jugement , qui est pourtant d'une sévérité injuste. Sans doute, Bourdaloue n'eut point cette vivacité d'imagination et ces élans de sensibilité qui donnent tant de puissance à l'orateur ; il ne faut point chercher en lui cette ardeur de génie qui anime Bossuet , ni cette onction pénétrante que Fénelon et Massillon répandent sur leurc discours; il est vrai que ce qui domine chez lui , c'est la raison et la logique, et qu'il ne remplit pas toute la définition de l'orateur , étant beaucoup plus occupé de persuader que de toucher et de plaire. Mais estce à dire qu'il n'ait été qu'un excellent théologien et un savant catéchiste, et qu'on soit en droit de lui contester le titre de prédicateur? Est-ce à dire que la logique ait tué chez lui l'éloquence, et qu'il ne doive pas compter parmi les maîtres de la parole au dix-septième siècle? Oui , la démonstration , le raisonnement , sont sa principale et même son unique affaire ; oui , il n'est occupé qu'à convaincre par la force des principes et l'enchaînement des preuves , et laisse à d'autres les séductions du langage et les ressources du pathétique ; mais chez lui , la perfection du raisonnement est telle, qu'elle le dispense en quelque sorte des autres parties de l'éloquence, ou lui en tient lieu, pour mieux dire. Par la perfection du raisonnement", Bourdaloue arrive à plaire et à toucher. La vérité, chez lui, se présente avec une si lumineuse évidence , s'impose avec une force si pressante , que l'esprit qui la reçoit ne peut pas s'empêcher d'être charmé et d'être ému. Qu'on ne

dise pas que Bourdaloue est un froid orateur, et qu'il laisse froids ceux qu'il éclaire; chez lui, c'est la raison qui s'émeut , c'est la logique qui entraine. Qu'on relise ses sermons sur la Conception, sur la Passion , sur le Jugement dernier , sur le Pardon des injures; quelle austérité de style I quelle régularité de méthode ! Et cependant qu'il y a dans cette lecture d'intérêt pour l'esprit, et comme on est entraîné souvent par cette marche si mesurée! C'est que partout règne une clarté qui réjouit la pensée, et une vigueur de raison qui la saisit. Quoiqu'il n'ait ni les mouvements passionnés , ni la sublimité* de Démosthène, souvent Bourdaloue est aussi éloquent que lui. II est certainement celui de nos orateurs qui lui ressemble le plus. Il lui ressemble par la solidité des preuves , la véhémence de l'argumentation, la mâle simplicité du discours, et souvent Démosthène n'est éloquent que par là. Les chefs-d'œuvre de l'orateur grec lurent sans doute l'objet d'une étude attentive pour Bourdaloue ; tout porte à penser qu'il s'est formé à cette école. Son autre maître fut Pascal. Il apprit aussi de l'auteur des Provinciales l'art d'être éloquent en ne cherchant qu'à convaincre. Il hérita de lui cette rigueur de déduction qui transporte dans le raisonnement oratoire les lois sévères de la démonstration géométrique. Jamais Bourdaloue ne ressent ces élans d'imagination et de génie qui souvent élèvent Pascal à une si grande hauteur ; mais il l'égale par la force du bon sens et la puissante régularité de la méthode. Il semble qu'il ait sans cesse devant les yeux ces pensées sur Fart de persuader , où Pascal trace la route a l'orateur avec une précision si simple et si austère. Les rapports qui unissent ces deux grands maîtres n'ont pas échappé à Voltaire : il les place a côté l'un de l'autre dans le Temple du Goût. Il les montre s'entretenant ensemble sur le grand art d'arriver à l'éloquence par la raison.

La vie de Bourdaloue , malgré Je rang éclatant qu'il occupa dans le

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grand siècle , n'offre point la matière d'an récit. Tout entier aux devoirs de la prédication , il ne songea point a s'élever aux dignités ecclésiastiques; il n'eut point d'influence sur les affaires de l'Église; il ne joua point de rôle dans les débats religieux fie l'époque. Il n'y a point dans sa vie d'autres événements que ses serinons.

Les premiers qu'il fit après avoir été professeur de fa compagnie des jésuites, furent prononcés dans la ville d'Eu , en présence de Mademoiselle , qui , frappée de son talent , voulut le connaître , et ne cessa dans la suite de lui donner des preuves d'amitié et de eonGance. Il se nt entendre ensuite à Amiens, à Rennes, à Rouen. L'année 1669 est l'époque de son début à Pari*. Appelé par la cour dans la chaire dont Bossuet , chargé de l'éducation du dauphin , venait de descendre, il fit oublier, par la raison parfaite et l'art profond de ses discours , les éloquentes improvisations de son prédécesseur. Ce serait peu de dire qu'il fut admiré par ses auditeurs ; on accourait auprès de lui avec enthousiasme. La cour l'adopta avec passion, et ne tarissait pas sur ses éloges. L'empressement pour l'entendre était tel, que madame de Sévigné écrivait à sa nlle, en lui racontant sa journée du vendredi saint : « J'avois grande en- « vie de me jeter dans lè Bourdaloue , « mais l'impossibilité m'en a ôté le godt. « Les laquais y étoient dès le mercredi, • et la presse étoit à mourir. » Aller en Bourdaloue, comme disait madame de Sévigné , devint un des plaisirs sérieux et nécessaires de ce monde , qui , avee tant de frivole élégance , conservait tant de gravité pour les occupations pieuses et les solides jouissances de l'esprit. Plusieurs traits rapportés par les contemporains montrent quel empire exerçait sur les âmes la parole du sévère orateur. Le plus remarquable c'est le mot familier, mais expressif, qui échappa au maréchal de Grammont au milieu d'un sermon auquel assistait toute la cour. On sait qu'il se leva tout à coup , et s'écria : « Mordieu ! il a raison , » ne pouvant con-

tenir le ravissement où le jetait la force persuasive de l'orateur. Louis XIV avait un des premiers rendu hommage au génie de Bourdaloue : il le combla toujours de marques de bienveillance et d'éloges flatteurs. Il disait qu'il aimait mieux entendre les redites de Bourdaloue que les choses nouvelles des autres. Lorsque, après la révocation de l'édit de Nantes , il l'envoya dans le Languedoc instruire les protestants, il disait : « Les cour- « tisans entendront peut-être des ser- « mons médiocres , mais les Langue- « dociens apprendront une bonne « doctrine et une belle morale. »

Il n'y eut qu'une voix dans le dixhuitième siècle sur Bourdaloue : ses contemporains, devançant la postérité, firent entendre autour de lui un concert unanime d'admiration et d'éloges.

Fénelon seul ne lui rendit pas justice : Fénelon, génie facile, nature douce et passionnée , répugnait aux formes exactes et rigoureuses du raisonnement , et n'en comprenait pas la puissance. Il avait, d'ailleurs, sur l'éloquence sacrée des principes qui sacrifiaient toute espèce d'art aux devoirs religieux et lui taisaient rejeter, comme une recherche condamnable , toute prédication combinée et savante, toute structure laborieuse et habile de preuves et de leçons. On ne peut pas douter que ce prédicateur, dont il juge et critique longuement la manière dans le second dialogue sur l'éloquence, ne soit le portrait anonyme de Bourdaloue. Tout le prouve, Jusqu'au reproche que Fénelon fait à ce personnage de fermer d'ordinaire les yeux en parlant, ce qui était comme on sait une habitude de Bourdaloue. On peut donc sans hésiter reprocher à Fénelon de méconnaître un çrand génie, quand il ne voit dans celui qu'il attaque que des déductions exactes, des termes propres, des choses très -sensées et aucune variété, rien de vif, rien d'insinuant, rien d'élevé. Malgré l'autorité d'un juge tel que Fénelon , il n'est pas besoin de réfuter cet arrêt ; nous n'aurions, nour le faire, qu'à reproduire les réflexions que nous a

inspirées une autre erreur d'un genre analogue, celle de la Harpe. Que les lecteurs frivoles et dédaigneux qui déprécient Bourda loue, parce qu'ils n'ont pas la force de le lire, s'autorisent, s'ils veulent, de cette double injustice : cela n'empêchera jamais que Bourdalouc ne soit un modèle ae la bonne prédication, une des premières gloires de l'éloquence religieuse et du siècle de Louis le Grand. Mais pour l'apprécier, pour le sentir, il faut un esprit grave ou mûri par l'étude, une raison sérieuse, un goût sincère du solide et du vrai.

Bourdeilles , petite ville de l'ancien Périgord , avec titre de première baronnie de la province, et qui fait aujourd'hui partie du département de la Dordogne.

Boubdeilles (maison de), le plus ancien membre connu de cette maison est Hélie de Bourdeilles, qui vivait en 1044. Depuis, les seigneurs de Bourdeilles occupèrent toujours le premier rang parmi les barons de la province de Guyenne; mais aucun d'eux, jusqu'au quinzième siècle , ne joua un rôle assez important pour mériter ici une mention spéciale. Le premier qui se soit réellement distingué est Arnaud y*r, qui fut gouverneur du Périgord , et capitaine de l'une des compagnies d'hommes d'armes formées par Charles VIL

Hélie, l'un de ses fils, qui fut d'abord évéque de Périgueux, puis archevêque de Tours, et cardinal, se fit remarquer par son énergique opposition aux entreprises de Louis XI contre les franchises du clergé.

François II, arrière-petit-fils d'Arnaud Ie*, se distingua dans les guerres d'Italie, sous le règne de François Ier. Il fut le père de Pierre de Bourdeilles, abbé commanditaire de Brantôme.

(Voy. Brantôme.)

André, son fils aîné, se distingua dans les guerres de religion , et eut le commandement de l'armée de Guvenne pendant la maladie du duc de Montpensier. Il devint conseiller d'État, sénéchal et gouverneur du Périgord, et Henri III , dans le désir de récom-

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penser ses loyaux services, lui accorda, pour lui et pour ses héritiers , le droit de nommer à l'abbaye de Brantôme et à l'évêché de Périgueux, et d'en toucher les revenus.

Son petit-fils, Claude II, plus connu sous le nom de comte de Montrésor, est le dernier membre de cette famille qui ait joué un rôle important. Il est surtout connu pour sa participation à toutes les intrigues où fut mêlé Gaston d'Orléans, auquel il fut longtemps attaché en qualité de grand veneur, et qui en avait fait son conseiller et son ambassadeur. On a de lui des Mémoires qui contiennent des détails curieux pour l'histoire du temps , et qui sont intéressants par le ton de candeur et de bonne foi qui y règne.

Ils ont été imprimés deux fois par les Elzevirs , avec d'autres pièces historiques, Cologne, 1663, 1 vol. in-12, et Leyde, 1665, 2 vol. in-12.

Boubdel (Jehan). Voyez Barillon.

Boubdelin, nom d'une famille de savants distingués qui a vu trois de ses membres appelés à l'Académie des sciences, et un autre à l'Académie des inscriptions et belles-lettres. Claude Boubdelin, le plus ancien , naquit en 1621, à Villefranche, près de Lyon, fut reçu de l'Académie des sciences en 1668, et mourut le 15 octobre 1699. Il s'est particulièrement distingué dans la chimie. — Son fils aîné , qui portait également le nom de Claude, embrassa la carrière médicale, et devint, en 1703, premier médecin de la duchesse de Bourgogne. Né à Senlis, le 20 juin 1667, il mourut à Paris le 20 avril 1711. Ainsi que son père, il n'a laissé aucun ouvrage; mais il consacrait toutes ses études à l'Académie des sciences. — François Boubdelin, frère du précédent, choisit d'abord la jurisprudence, mais s'adonna surtout a l'étude des langues. Après avoir résidé dix-huit mois en Danemark en qualité de secrétaire d'ambassade, il revint à Paris , où il remplit secrètement les fonctions de traducteur des dépêches étrangères. Né à Senlis le 15 juillet 1668 , il cessa de vivre le

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