‹ France. Dictionnaire encyclopédique (volume 4)Chapitre 28 sur 96 · ROI · texte numérisé non relu

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tes les forces qu'il put trouver disponibles : Lorrains, Lansquenets, Espannisquenets (spannische knechten) .

gendarmes espagnols, Écossais, Stradiots d'Épire, arquebusiers italiens, piquiers allemands et volontaires français. Avec cette armée, forte de onze mille hommes au plus, le duc arriva le 15 mai devant Saverne, ville d'Alsace alors importante , dont les révoltés étaient maîtres. Un fort détachement de ses troupes massacra et brûla d'abord six mille paysans au village de Lupstein, sur la route de Strasbourg.

Consterné par cette défaite, Érasme Gerber, chef des Boures de Saverne, consentit une capitulation qu'on ne se fit aucun scrupule de violer. Les féroces mercenaires du duc de Lorraine pillèrent la ville et massacrèrent plus de vingt mille paysans et la plus grande partie des habitants. Cependant la guerre n'était pas encore finie. Les troupes du duc reprenaient le chemin de la Lorraine, quand leur avantgarde se heurta, Îe20 mai, à Châtenoi , près de Scheletstadt, contre une seconde armée de Boures, évaluéeàvingt-auatre mille hommes, et menant avec elle dix ou douze fauconneaux. Le duc Antoine se décida à les attaquer avec trois mille hommes environ qu'il avait. Bientôt ces bandes mal équipées, mal disciplinées et peu au fait du maniement des armes à feu, furent écrasées, culbutées, et mises dans une telle déroute que plus de la moitié tomba sur le champ de bataille; les autres se dispersèrent; et de cet immense soulèvement il ne resta qu'un effet moral, c'est-a-dire, une impulsion plus rapide donnée à la réforme.

Bourette (Charlotte Renyer, dame) , plus connue sous le nom de Musc- Limonadière, tenait à Paris, vers le milieu du dix-huitième siècle, un café fort en vogue chez les notabilités contemporaines, et qu'elle changeait quelquefois en cercle littéraire ou en salle de spectacle. On a d'elle deux vol. de poésies dédiées au roi Stanislas, et publiées en 1755, sous le titre de la Muse-Limonadière. Ces poésies eurent dans leur temps beaucoup de succès; il

en fut de même de la comédie en un acte et en vers intitulée : la Coquette punie y qu'elle fit représenter chez elle, et publia en 1779. Née à Paris en 1714 , elle y mourut en 1784.

Boubg, chef-lieu du département de l'Ain , ancienne capitale de la Bresse, à 44 kilomètres N.-E. de Lyon.

Suivant la Martinière, qui attribue la fondation de Bourg aux anciens seigneurs de Baugé, l'origine de cette ville ne remonterait pas au delà du treizième siècle. Le président de Thou a émis une autre opinion, qui s'appuie, entre autres preuves, sur de nombreux débris d'antiquités découvertes à Bourg et dans les environs.

Selon lui, cette ville serait située sur l'emplacement de l'ancien Forum Sebusionorum.Quo'i qu'il en soit,du onzième au seizième siècle, Bourg fit partie des États des ducs de Savoie, qui y construisirent une citadelle remarquable.

Prise par les Français en 1536 et en

1600, elle fut définitivement cédée à la France par le traité de Lyon, en

1601. Marie de Médicis en fit démo* lir la citadelle en 1611.

Bourg fut pendant quelque temps une ville épiscopale. Léon X, à la sollicitation de Charles, duc de Savoie, y avait nommé, en 1515, un évêque, qu'il révoqua l'année suivante, à la prière de François rr. Cinq ans après il en nomma un autre; mais cette fois encore, les réclamations de François I*r se firent entendre, et en 1536,PakulIII, qui occupait alors la chaire pontificale, supprima définitivement l'ivéché de Byurg, pour le réunir à l'archevêché de Lyon.

Bourg, dont la population est au jour d'hui de 8,996 habitants , possède des tribunaux* de première instance et de commerce, un collège communal et une bibliothèque publique de 19,000 volumes. C'est la patrie du grammairien Vaugelas et du célèbre astronome Jérôme la Lande.

Le monument le plus remarquable de Bourg est l'église Notre-Dame de Brou, construite en 1511, par ordre de Marguerite d'Autriche, fille de Maximilien Ier et tante de Charles-

Quint. Cette église, où l'on admire les mausolées de Marguerite, de Philippe II de Savoie, son mari, et de Marguerite de Bourbon, sa bellè-mère, est une des productions les plus remarquables de l'architecture du seizième siècle.

Bourg-Achard, titre et seigneurie de Normandie, à 4 kilomètres sudouest de Rouen, érigée en baronnieen

Bourg-Déols ou Bourg -Dieu, Ficus Dolensis, petite ville du Berry, à dix kilomètres sud-est de Bourges; jadis capitale du bas Berry, et le cheflieu de la seigneurie déoloise.

Bourg-sur-mer , Burgus, ville de l'ancienne province de Guyenne, à quatre kilomètres et demi de Blaye, au confluent de la Garonne et de la Dordogne. Sidoine Apollinaire (*) a consacré un poëme entier à la description de cette ville , que venait de fonder Pontius Paulinus, préfet du prétoire sous Valentinien, et père de saint Paulin. Bourç-sur-Mer, dont la population est aujourd'hui de deux mille trois cent cinquante habitants, fait partie du département de la Gironde.

Bourg (Anne du), conseiller-clerc au parlement de Paris, neveu d'Antoine du Bourg (chancelier de France sous François Irr), naquit, en 1521, à Riom en Auvergne. Destiné d'abord à l'Église , et ayant même pris les ordres, il quitta la carrière ecclésiastique pour celle du barreau. La distinction avec laquelle il enseigna le droit à Orléans fixa l'attention sur lui, et, en 1557, il fut reçu conseiller-clerc au

Iiarlementde Paris; mais ayant adopté es opinions de Calvin, il ne tarda pas à être victime de son zèle pour la réforme, qui, depuis François Ier, était alternativement la cause ou le prétexte de grandes agitations dans le sein de la France. A l'exemple de son père, Henri II se montra hostile aux protestants français, tout en recherchant l'alliance de ceux du dehors. En 1559, un jour destiné aux séances mercuriales, ce prince se rendit au parle-

(*) Carmen xxu, ad Pontium Lcontium.

ment, auquel il ordonna de délibérer sur le genre de peine à infliger aux novateurs religieux. Il ne trouva pas, chez tous les membres de ce corps politique, la docilité qu'il espérait : plusieurs, au lieu d'élever la voix contre les réformistes, firent une critique chaleureuse des mœurs corrompues de l'Église romaine. Louis Faur osa dire en face à Henri II : « Craignez « qu'on ne vous dise comme autrefois « Elie à Achab : C'est vous qui trou- « blez Israël. » Anne du Bourg alla encore plus loin : il lui dit que les hommes commettaient contre les lois plusieurs crimes dignes de mort , tels que les blasphèmes réitérés, les adultères, les débauches, et que ces crimes restaient impunis, tandis qu'on demandait des supplices contre des gens à qui on ne pouvait reprocher aucun crime. « Car « enfin, ajouta-t-il , peut-on imputer « le crime de lèse- majesté à des nom- « mes qui ne font mention des prio- « ces que dans leurs prières ? Ce qui « fait qu'on les regarde comme sédi- « tieux , c'est parce qu'ils ont révélé, « à la faveur de l'Écriture , la tarpi- « tude de la puissance romaine, qui « penche vers sa ruine, et qu'ils « demandent une salutaire réforma- « tion. » Le roi répondit à ces remontrances en ordonnant au connétable de Montmorenci d'arrêter Faur et du Bourg, qui furent en effet conduits à la Bastille. L'évéque de Paris déclara Anne du Bourg hérétique, le dégrada du sacerdoce dont il était revêtu, et le livra au bras séculier, c'est-à-dire, aujuge royal, pour être puni. Du Bourg appela de cette sentence à l'archevêque de Sens, métropolitain de Paris.

Sur ces entrefaites, Henri II mourut; mais les Guise, qui gouvernaient la France sous le nom de François II , et qui étaient gouvernés eux-mêmes par l'influence ultra-montaine, montrèrent encore plus d'acharnement contre les opinions nouvelles ; le procès d'Anne du Bourg fut continué. Toutefois, l'électeur palatin, dans l'intention d'attirer près de lui un homme aussi savant , et de le mettre à la tête de son université deHeidelberg, demanda par

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lettre sa grâce à François II. Malheureusement, un événement funeste rendit son salut impossible : ce fut l'assassinat de Minard, un de ses juges les plus hostiles. Anne du Bourg l'avait d'abord inutilement récusé ; on prétendait même qu'il lui avait dit avec menace : « Dieu saura t'y for- «cer. » Minard > l'homme de confiance du cardinal de Lorraine, fut assassiné à six heures du soir, en sortant du palais. Telle fut l'occasion qui lit rendre Yordonnance minarde, par laquelle la fin de l'audience de relevée fut fixée à quatre heures du soir, depuis la Saint-Martin jusqu'à Pâques.

Trois jours après, Anne du Bourg fut condamné à mort. Il fut pendu en jilocede Grève, et son corps tut brûlé le 20 décembre 1559. Il mourut avec un grand counge, à' peine âgé de trentenuit ans. Loin de se montrer effrayés fie sa mort, les protestants redouBlè- •ent d'audace; il fut rangé par eux au nombre de leurs plus illustres martyrs.

Bourg (Antoine du), oncle du prêtant, était président au parlement de Paris , lorsque, en 1585 , après la mon du cardinal Duprat, François Ier 'éleva à la Ji^nité de chancelier de France. Il est à remarquer que Fédit de tolérance rendu par Je roi àCouci, m faveur des protestants, porte la •rôme date que les lettres de nominale d'Antoine du Bourg , celle du !fi juillet. Il est donc permis de croire <]ue ce magistrat, oncle d'Anne du Bour&qui, vingt-quatre ans après, fut une des plus illustres victimes des Actions du catholicisme contre la réforme, avait contribué à faire adopter cette mesure conciliatrice; mais son administration ne fut pas longue :

le roi étant allé, en 1038, visiter la ville de Laon , l'empressement du peuple pour le voir fut si grand , que le chancelier, qui faisait partie du cortège, fut renversé de cheval et foulé aux pieds par la foule. Il mourut quelque temps après de ses blessures.

Boubganeuf, Bvrgus novus, ville °e la Marche, autrefois chef-lieu d'une élection et résidence d'un grand prieur

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de l'ordre de Malte; aujourd'hui cheflieu d'arrondissement du département de la Creuse:

Cette ville doit toute sa célébrité au séjour qu'y fit, au quinzième siècle, le malheureux Zizim. Ce prince, vaincu par son frère, Bajazet II, auquel il disputait l'empire ottoman, avait été chercher un asile dans l'île de Rhodes, d'où> le grand maître de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, Pierre d'Aubusson , le fit transférer à Bourganeuf , où il resta jusqu'en 1489, époque où il fut livré au pape Innocent VIII (voyez Aubusson et les Annales, t. F% p. 258). On voit encore dans cette ville une grosse tour dont on lui attribue la construction.

< Cette petite ville s'est fait remarquer dans ces dernières années par l'insistance qu'elle mit à se faire représenter à la chambre des députés par M. tfmile Girardin. Un Anglais demandait à cette occasion s'il y avait aussi des bourgs pourris en France.

Bourgelàt (Claude) fut le fondateur des écoles vétérinaires en France et le créateur de Yhippiatrique, ou médecine des animaux domestiques. Il établit à Lyon, en 1762, la première école vétérinaire que l'on ait vue en Europe. On lui doit plusieurs ouvrages fort utiles; ce sont ; un Traité de cavalerie, Lausanne, 1747, in-12; Nouveaux principes sur la connaissance et sur la médecine des chevaux, Lyon, 1750- 1552, 3 vol. in-8°; Ânatomie comparée du cheval, du bœuf et du mouton; un règlement pour les écoles vétérinaires de France, et les articles de l'Encyclopédie relatifs à l'art vétérinaire èt au manège. Il mourut en 1779, âgé de soixante-sept ans.

Bourgeois, Bourgeoisie. — Les mots bourgeois et bourgeoisie n'ont pas toujours eu la même signification.

Leur sens, au moyen âge, était restreint et spécial; aujourd'hui, il est plus étendu et plus général. Entre les bourgeois et les bourgeoisies que l'on rencontrait aux douzième, treizième et quatorzième siècles, non point seulement dans les villes, mais encore dans les campagnes , et les bourgeois

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et la bourgeoisie actuels, la différence est.'grande. Cependant on ne saurait méconnaître qu'entre la bourgeoisie du moyen âge et celle du dix-neuvième siècle il n'y ait des rapports directs. Ce sont, si Ton peut s'exprimer ainsi, des rapports de filiation et de parenté. Les bourgeois d'aujourd'hui ont eu pour ancêtres les bourgeois des anciens nm ni ripes romains et des communes; et la bourgeoisie que nous voyons si forte et si puissante, a eu son berceau placé dans ces villes qui au nord et au midi ont fait, au douzième siècle, de si grands efforts pour maintenir ou pour acquérir une précieuse indépendance. Toutefois, la parenté que nous signalons n'entraîne pas nécessairement, entre ce qui est et ce qui a été, ime complète ressemblance. Le cours des siècles et des années a amené dans l'état des personnes et des classes de notables changements. Ce sont ces changements que, dans un aperçu rapide, nous allons essayer de saisir et d'apprécier (*).

Plusieurs érudits ont longuement et savamment discuté pour donner l'étymologie réelle et la signification première du mot bourg, et de bourgeois et bourgeoisie, ses oerivés; mais, nous le croyons, nul jusqu'à présent n'est encore arrivé à obtenir, dans ses recherches , un résultat d'une incontestable vérité. Qu'il nous soit permis de proposer ici quelques conjectures.

Dans l'ancienne comme dans la nouvelle langue germanique, le mot burg signifie un lieu fortifié , un château.

Après l'invasion des Gaules, les chefs germains qui avaient franchi le Rhin se disséminèrent avec leurs fidèles sur

(*) Nous devons dire ici que nous avons eu constamment sous les yeux l'excellent mémoire que Bréquigny, sous le titre de préface, a inséré dans le tome XIIe des ordonnances des rois de France. Nous avons eu recours aussi à un mémoire que Bréquigny a consulté avec fruit : nous voulons parler des Essais sur l'histoire des bourgeoisies du roi, des seigneurs et des tilles , par M. Droz, Besançon, 17K0, à la suite des Mémoires pour servir à l'histoire de la ville d* Pontarlier.

différents points du territoire conquis, et chacun d'eux eut son burg ou résidence que ja nature et l'art avaient

f)lus ou moins fortifiée. Les esclaves et es vassaux qui cultivaient les terres du chef barbare se réunirent non loin de cette résidence, et l'on vit souvent s'élever autour de la, maison du maître de nombreuses habitations. Les hommes qui s'étaient ainsi fixés près du lieu fortifié où se tenait celui qu'on désigna plus tard sous le nom de sei-

Îjneur, étaient les hommes du 6î/ro, et eurs habitations faisaient partie de ce burg. Cet état de choses subsista non point seulement au temps de l'invasion des Gaules par les Germains, mais encore dans tous les siècles qui s'écoulèrent jusqu'à l'établissement de la féodalité. Le système féodal, hâtons-nous de le dire, n'apporta, en ce qui concerne les habitants des bourgs, aucun changement à ce qui avait existé depuis ta conquête. Les serfs, pour trouver aide et appui contre les attaques soudaines et imprévues, continuaient à fixer leurs habitations au pied de l'ancien burg germanique, que, dans la langue latine et dans l'idiome vulgaire qui commençait à se former, on désignait par les mots de castellum, castel ou château. Nous devons placer ici une remarque qui , suivant nous, n'est point sans importance.

On avait, à l'origine, donné le nom de bourg à la réunion des habitations placées non loin de la maison fortifiée que les conquérants appelaient burg dans leur dialecte. Au dixième siècle, ce nom était devenu plus général, et, s'il faut en croire Luitprand, on désignait par le nom de bourg toute réunion de, maisons qui n'était point close par une muraille, congregationem domorum guœ muro non clauditur{*)> Plus tard encore, le mot bourg se généralisant de plus en plus, s'appliqua à tous les villages fortifiés ou non fortifiés, quand ils étaient assez considérables.

Bréquigny, dans ses savantes recherches, a donné sur les mots bout-

(*)Luitprand, liv. III, ch. xa.

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geois et bourgeoisie quelques explications que nous allons reproduire. « Sans prétendre, dit-il, rappeler toutes les acceptions du mot bourgeois, nous nous contenterons de dire qu'il fut d'abord employé pour désigner en général les habitants des bourgs ou villages , soit ouverts , soit fermés. Lorsque les bourgs fermés s'élevèrent au litre de ville, les habitants conservèrent le nom de bourgeois. Enûn , lorsque ces lieux obtinrent des privilèges pour leurs habitants réunis en corps, le nom de bourgeois devint propre aux individus de ce corps, à l'exclusion non-seul (mu eut des habitants des lieux non privilégiés, mais même de ceux des habitants du lieu privilégié, qui n'avaient pas été associés au corps pour lequel le privilège avait été accordé. Par là, on restreignit l'acception première du mot bourgeois : il avait d'abord désigné en général tout habitant des lieux auxquels on donnait le nom de bourg; il désigna par la suite l'habitant associé aux privilèges de ces lieux. Il n'avait exprimé originairement qu'une idée de position, Ton y joignit une idée de privilège. — De ce mot bourgeois se forma celui de bourgeoisie, dont la signification éprouva encore plus de variations : on nomma bourgeoisie tantôt le territoire dont les habitants, sous le nom de bourgeois, avaient des privilèges en commun, tantôt la redevance annuelle dont les bourgeois étaient chargés pour le prix de ces privilèges (*). Tantôt ce

(*) Le mot bourgeoisie a le sens de territoire dans une charte de 1284, citée par le continuateur du glossaire de du Cange, au mol Burgesia. Si alitfui infra burgesiam i'illœ Anziaci de novo ventre voluerint , etc. De même, dans l'arrêt des Grands jours de Troyes, en 1287, cité par Brusscl, on lit : Burgenses venientes in burgenciis suis. Il serait superflu de multiplier les preuves. Bourgeoisie a le sens de redevance dans une charte de Philippe-Auguste de 1200, citée par du Cange au mot Burgesia : De servientlbus Uiïcis schoiarium qui non debent burgensiam nobis ; et dans une charte d'un comte de Blois en 127 7 : « J'ai donné en per-

mot, comme collectif, servit à désigner la classe des habitants des villes, par opposition à la classe des habitants de la campagne; ou la classe des roturiers, par opposition à la classe des nobles (*). Enfin il signifie le droit accordé aux habitants d'un lieu ou à ceux qui leur étaient associés, de jouir, à certaines conditions, de privilèges communs. Brussel soutient qu'il ne fut en usage que sur la fin du treizième siècle, quoiqu'on se servît depuis longtemps du mot bourgeois. Cependant le mot bourgeoisie existait dès le temps de Philippe-Auguste , dans un sens différent, à la vérité, de celui dont il s'agit; mais il n'est guère probable qu'il n'ait pas été dès lors employé dans ce sens même, qu'il offrait si naturellement et qu'on avait si fréquemment besoin d'exprimer, puisque ce fut surtout alors que les bourgeoisies prises en ce sens se multiplièrent. »

L'existence du droit de bourgeoisie , du droit accordé aux habitants d'un lieu ou à ceux qui leur étaient associés , de jouir, à certaines conditions, de privilèges communs, ne remonte pas au delà de l'établissement du système féodal. Quelques auteurs ont placé les origines de ce droit dans la grande révolution qui vit naître les communes.

péluelle aumône à prendre sur mes bourgeoisies de Guyse, par la main de celi qui pour teus recepvra lesdites bourgeoisies. a Il faut observer qu'on a aussi compris sous le nom de bourgeoisies de simples redevances féodales, appartenant aux seigneurs sur les fiefs qu'ils avaient dans les bourgs, et qu'on appelait plus communément bourgages, droit réel dû par le terrain; au lieu que la redevance dont nous parlons ici était un droit personnel dû par le bourgeois. (Note de Bréquigny.)

(*) Le mot bourgeois fut aussi employé en ce sens , même anciennement. Voyez du Cange sous le mot Burgenses. Mais on pourrait prouver que l'habitation dans les villes ne fut pas toujours essentielle à la bourgeoisie, et que la bourgeoisie ne fut jamais incompatible avec la noblesse, quoique ces deux conditions aient toujours pu, à divers égards, être mises en opposition. (Note de Bréquigny.)

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En cela, nous le croyons, ils ont commis une grave erreur. Qu'il nous soit permis de donner à ce sujet de courtes explications.

Après la dissolution de l'empire carlovingien, au moment où l'action d'un pouvoir fort et unique, d'un pouvoir central , cessa de se manifester dans toutes les parties du corps nolitique de l'État, on vit la société se fractionner, les provinces se séparer et les individus s'isoler. Dans ces instants de violente séparation, les invasions des Normands, l'absence de l'autorité régulière et protectrice qui , sous Charlemagne et ses premiers successeurs, avait défendu la société contre ellemême, enfin d'autres causes encore, gu'ici nous ne devons point apprécier, forcèrent les hommes qui habitaient la portion de territoire qui est aujourd'hui la France, à chercher contre les désordres du temps de nouvelles garanties. Ces garanties de sécurité, chaque classe les trouva en quelque sorte en elle-même et dans ses propres forces. Le clergé se vit défendu par le caractère sacré qui était imprimé à chacun de ses membres et par les croyances religieuses de l'époque. Les puissants du siècle, les riches propriétaires qui devinrent plus tard les nobles et les seigneurs , trouvèrent leur sauvegarde dans l'étendue de leurs domaines, dans le nombre de leurs vassaux , et dans les fossés profonds et les épaisses murailles qui entouraient la maison qu'ils habitaient. Enfin il y eut une troi. 'me classe qui trouva aide et protect on contre les violences et les désordres, dans l'association.

Nous vouions parler ici des habitants des villes.

A l'époque où se constitua , pour ainsi dire , dans toutes les parties de la France, le régime féodal , les villes s'organisèrent pour la lutte. Elles soutinrent longtemps une guerre ouverte, avec plus ou moins de succès, contre les hommes puissants , laïques ou ecclésiastiques , qui cherchaient à les opprimer. Dès lors les villes avaient des droits qui n'étaient point toujours reconnus , il est vrai , mais

qui souvent étaient respectés. Ceux qui étaient ainsi réunis pour lutter, et qui jouissaient des droits et des avantages que leur avait procurés l'association, formaient déjà dans l'État une classe à part , classe nombreuse et puissante qui, sous le nom de bourgeoisie, devait bientôt acquérir assez de puissance pour soutenir avec avantage le combat contre le clergé et la noblesse. Les chroniques et les actes officiels des dixième et onzième siècles ne donnent point encore le nom de bourgeois aux habitants des villes ; mais on ne saurait méconnaître qu'entre les hommes qui soutinrent la première guerre contre la féodalité , et ceux qui , plus tard, au douzième siècle, s'enorgueillissaient à juste titre de leurs chartes de communes, il n'y eût une complète ressemblance.

Les chartes de communes, en effet, ne firent que sanctionner un droit préexistant. Ce qui n'avait été <pie coutume devint loi écrite, loi positive. La bourgeoisie et les bourgeois sont donc de beaucoup antérieurs au douzième siècle, et à la révolution qui éclata alors dans les villes du nord de la France. 11 est vrai de dire , toutefois, que la classe des bourgeois, cette classe intermédiaire, comme dit Bréquigny, entre la classe infortunée des vilains et celle des seigneurs de fief y ne commença à,prendre un rang considérable dans l'État qu'à l'époque de l'érection des communes et sous le règne de Louis le Gros.

Bréquigny, dans le savant mémoire que nous avons déjà cité , a dit , en quelques mots , quels étaient , au moyen âge , les caractères et les objets" des privilèges attachés aux bourgepisies. Nous reproduirons ici l'opinion de cet illustre érudit. « Les caractères généraux des bourgeoisies sont : 1° qu'elles ne peuvent être conférées qu'à des personnes de condition libre; 2° qu'elles supposent un corps auquel ces personnes sont associées; 3° qu'elles exigent la réunion de ces mêmes personnes dans un lieu déterminé, pour y jouir en commun de leur

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droit, soit que cette réunion soit réelle ou fictive. Développons ces trois caractères. Premièrement , la bourgeoisie ne pouvait être accordée qu'a des personnes libres. Si on voulait Taccorder à des serfs , on avait soin de les affranchir préalablement; delà tant de lettres de bourgeoisie, à la tète desquelles ceux à qui on les accorde sont affranchis. L'homme affranchi par le roi ne devenait pas pour cela bourgeois du roi (*)wcomme quelques auteurs ont paru le croire ; I affranchissement était un préliminaire essentiel pour parvenir à la bourgeoisie, mais il n'était ni ne procurait la bourgeoisie. En second lieu, pour acquérir la bourgeoisie, il fallait être associé à un corps de bourgeois ; il était indifférent que ce fût au corps des habitants d'une ville de simple bourgeoisie, d'une ville de commune, ou d'un ancien municipe; le droit de bourgeoisie y était essentiellement le même , il n y avait de différence que relativement à l'étendue des privilèges. Les villes de commune et les nwnicipes avaient une magistrature line du corps de leurs bourgeois ; les rôles de simple bourgeoisie étaient régies par les officiers du roi. Les premières étaient administrées par leurs maires ou leurs conseils , les autres par les prévôts et les juges royaux. Lesmumcipes, les communes, pouvaient faire des statuts en matière civile et criminelle; les villes de sim-

(*)Les rois sentant de plus en plus de quelle importance il élait pour eux de multiplier les bourgeoisies, les étendirent hors de l'enceinte des villes et même de leurs domaines. Dans l'origiue, les bourgeoisies n'étaient accordées aux habitants d'un lieu désigné, qu'autant qu'ils y avaient un domicile réel et continu. L'autorité souveraine dispensa de cette condition , et suppléa au domicile réel par un domicile fictif. On put devenir bourgeois du roi, sans cesser de demeurer sur le territoire d'un seigneur particulier; et l'on n'en fut pas moins soustrait, quant à la personne, à la juridiction féodale. L'établissement des bourgeoisies du roi^rla. le coup le plus dangereux au pouvoir des seigneurs de fief. >

f)le bourgeoisie recevaient toutes leurs ois, tous leurs règlements du roi ou de leurs seigneurs. Toute commune, tout municipe, jouissait des droits de bourgeoisie; mais toute ville de bourgeoisie ne jouissait pas des droits de commune ou de municipe : ce que ceux qui ont écrit sur ces matières n'ont pas toujours assez distingué.

Troisièmement, l'obligation du domicile, dans le lieu privilégié , était encore un caractère essentiel de la bourgeoisie. Ce domicile dut d'abord être réel et continu ; mais il devint ensuite momentané et même purement fictif, lorsque les souverains eurent introduit cette espèce de bourgeoisie personnelle , qu'on nomma bourgeoisie du roi. La dispense d'un domicile réel , dans le lieu privilégié, a fait prendre quelquefois les bourgeoisies du roi pour de simples sauvegardes. Mais les lieux qui avaient droit de bourgeoisie, les villes de commune même, demandaient Quelquefois des sauvegardes; l'effet de la sauvegarde était donc autre que celui de la bourgeoisie. Tels sont les caractères distinctifs des bourgeoisies

en général L'objet principal de

la bourgeoisie était de soustraire aux vexations féodales les personnes qui jouissaient de ses privilèges. Pour y parvenir , on leur accordait et des exemptions et des droits. Dans toutes les lettres de bourgeoisie, on aperçoit aisément ces deux classes de privilèges. »

Nous croyons avoir insisté assez longuement sur les origines et la formation de la classe bourgeoise au moyen âge; nous allons la suivre maintenant dans ses développements successifs, et nous verrons que dans un lapsde près de huit siècles elle n'a cessé de grandir dans l'État et d'acquérir richesse, puissance et considération.

Il y a une chose importante à constater dans notre histoire, c'est qu'au douzième siècle la bourgeoisie et la royauté s'élevèrent simultanément. Les rois, il est vrai, firent beaucoup pour les villes eh les protégeant contre les seigneurs féodaux , en appuyant quel*

guefois de leurs armes les grandes insurrections des communes, et en sanctionnant les chartes de libertés et de franchises. Mais les habitants des villes, à leur tour, dédommagèrent amplement la royauté de tout ce qu'elle avait fait pour eux. D'abord par la révolution d'où surgirent les communes, les pouvoirs locaux, c'est-à-dire, les pouvoirs des grands feudataires qui, jusqu'alors, avaientcontre-balancérautorité du chef suprême, de celui qui tenait le premier rang dans la hiérarchie féodale i furent abaissés, et de cette révolution, on le voit, la royauté retira d'immenses avantages. Mais les habitants des villes au douzième siècle, c'est-à-dire, les véritables ancêtres de ceux qui , deux siècles plus tard, dans la division des ordres de l'État, furent appelés bourgeois , rendirent à leur puissante protectrice , à la royauté, des services plus directs et plus immédiats : ils lui offrirent généreusement dans toutes les occasions leur sang et leur argent. Quand le roi s'armait en guerre et publiait son ban, quand il reclamait de tous ceux qui lui étaient soumis l'ost et la chevauchée, les bourgeois s'empressaient d'accourir autour de lui , offrant des subsides et de bonnes milices. C'est un fait qui s'est reproduit pendant plus de trois siècles , à l'époque où il était facile aux villes de se soustraire à ces charges, que la royauté, dans son impuissance, ne pouvait rigoureusement exiger. Dès le commencement du treizième siècle, les milices bourgeoises se montrèrent avec gloire sur les champs de bataille, à Bouvines, par exemple, où elles étaient venues, suivant l'expression d'un vieux poète,

Pour aidier au roi léaument (*).

Elles suivirent saint Louis dans ses expéditions contre Henri III d'Angleterre; et sous le règne de Philippe le Bel , elles reparurent à Courtrai et à Mons-en-Puelle. Dans cette dernière bataille surtout , elles se distinguèrent : elles attaquèrent l'ennemi à coups de

(*) Guill. Guiart , La branche aux royaux lignage* '

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pierres et de flèches, et lui causèrent des pertes considérables. Si , pendant le cours du quatorzième siècle et pendant les premières années du quinzième , les rois avaient pu conserver le souvenir de ces deux mémorables journées , l'une funeste à la France parce que la noblesse seule combattit, l'autre glorieuse , parce que les milices bourgeoises eurent leur part d'action; si, dans la guerre si longue qu'ils eurent à soutenir contre l'Angleterre, ils avaient appelé plus fréquemment à leur aide les milices des villes; enfin, si, dans les. grandes rencontres, ils avaient opposé aux archers angUis, non point une chevalerie inutile et indisciplinée , mais les arbalétriers des communes , tout porte à croire que le pays serait sorti victorieux de la lutte, et qu'il n'aurait pas eu à déplorer les désastres de Crecy , de Poitiers et d'Azincourt. Mais, pour le malheur de la France , il n'en fut point ainsi , et la royauté, dans les grands périls, en tenant pour ainsi dire à l'écart les milices des villes , se priva de la plus précieuse de ses ressources. Dans ces moments de crise , la bourgeoisie ne se rebuta point : elle essaya encore de rendre utiles, sur mille points divers, les forces qu'on ne lui permettait point de réunir pour un but commun. Chaque ville de France soutint contre les Anglais , pendant la période la plus triste de notre histoire , un siège ou un combat.

Les bourgeois ne prodiguèrent point seulement leur sang,ils ûrent aussi d'autres sacrifices, et ils s'épuisèrent d'argent pour venir en aide au pouvoir royal, èn qui reposaient alors toutes leurs espérances. Quand la France avait éprouvé quelque désastre , on voyait aussitôt accourir auprès du roi les députés des bonnes villes du Nord et du Midi , qui venaient s'enquérir des besoins les plus pressants , et qui prenaient conseil entre eux pour voter des aides et des subsides. Indépendamment de ces grandes assemblées , où l'on voyait réunis les hommes de la langue d Oïl et de la langue d'Oc , on tint , pendant les règnes de Philippe de Valois et de

boc FRANCE.

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Jean , dans chaque province, des états particuliers. En Picardie, en Normandie, dans l'Ile de France , en Champagne, en Auvergne, et dans nos provinces méridionales , on cherchait les movens de secourir la rovauté d'une manière efficace ; on votait et on déposait dans les coffres royaux des sommes d'argent considérables. Le roi Jean déclara dans une ordonnance, que les procureurs des cités, villes et châteaux de Carcassonne , de Narbonne, de Béziers , d'Albi , d'Agde , de Lodève , de Limoux , de Castres , (ie Mirepoix , de Saint-Pont , et de douze autres localités , avaient comparu devant lui, munis de pleins pouvoirs, et lui avaient offert pour un an un subside de cinquante mille livres tournois, qui devait être employé aux dépenses de la guerre. On peut voir , d'après ce seul fait , que les rois trouvèrent dans l'appui de la bourgeoisie d'immenses ressources. Mais il faut le dire, il en fut de l'argent des villes comme cje leurs milices; la royauté, au quatorzième siècle, fit souvent un mauvais emploi des deniers qui lui avaient été confiés pour la défense du pays.

Cependant , il est un fait qu'on ne saurait méconnaître , c'est que , dès la flndu treizième siècle , les hommes des bonnes villes, comme on disait alors, jouirent auprès de la royauté, du clergé et de la noblesse , "d'une grande considération ; et c'est ici le 'jeu , nous le croyons , de parler de l'influence que la bourgeoisie du moyen âîe exerça dans le gouvernement de l 'Etat. .On sentit de bonne heure qu'on ue pouvait ôter la connaissance des affaires publiques à ces notables de nos grandes cités , qui avaient acquis par le commerce et l'industrie, t)u par "étude des lois , des richesses considérables et un grand crédit. Il fallut alors les consulter dans les moments jfc péril , et tenir compte de leurs avis lorsqu'il s'agissait de prendre une grave décision. Cette intervention nécessaire de la bourgeoisie dans les affaires de l'Etat ne devint manifeste qu'à partir du règne de Philippe le

Bel. Ce fut en l'année 1302 que l'on vit pour la première fois les députés des villes siéger et délibérer à côté du clergé et de la noblesse. Ils s'associèrent <i es le principe avec la royauté, identifièrent ses intérêts avec deux de la France, et lui prêtèrent, dans les circonstances difficiles où elle se trouvait, une assistance inespérée. Dans ces premiers états généraux , où le clergé et même les nobles hésitaient à entrer en lutte ouverte avec la papauté , les bourgeois se montrèrent fermes et résolus. Ils prirent parti , sans balancer, pour Philippe le Bel contre Boniface VIII , et ils présentèrent au roi cette mémorable requête :

« A vous . très - noble prince notre « sire , Philippe, par la grâce de Dieu « roi de France ; supplie et requiert le « peuple de votre royaume, pour ce « qui lui appartient, que ce soit fait, « que vous gardiez la souveraine fran- « chise de votre royaume, qui est telle « que vous ne reconnaissiez de votre « temporel souverain en terre, fors « que DIEU ; et que vous fassiez dé- « clarer, si que tout le monde le sa- « che , que le pape Boniface «rra ma- « nifestement et fit péché mortel , « notoirement en vous mandant par a lettres bullées qu'il était souverain « de votre temporel , et que vous ne « pouviez prébendes donner , ni les « fruits des églises cathédrales va- « cants retenir, et que tous ceux qui « croient au contraire il les tient pour « hérétiques.»Certes,en lisant une semblable requête , Philippe le Bel ne dut point se repentir alors d'avoir mande a ses baillis royaux de faire élire par les copimunautés des villes et territoires des syndics ou procureurs capables dç délibérer sur les hautes matières qu il avait à leur proposer (*).

Toutefois , lorsque la bourgeoisie fut appelée pour discuter en commun avec le clergé et la noblesse sur les affaires de l'État , elle n'adopta point toujours sans examen les projets de .

la royauté. 11 lui arriva plus d'une fois

(*) Voy. Boulainvilliers , Lettre 7e sur les anciens parlements de France.

L'UNIVERS

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de contrôler les actes du gouvernement, et de faire entendre de dures et sévères paroles aux représentants de l'autorité suprême et quelquefois au roi lui-même. Ainsi , dans les états qui furent convoqués sous le règne de Jean, elle s'éleva hautement contre les abus de toute sorte qui désolaient la France, et elle parvint même à faire partager ses convictions à la noblesse et au clergé. Les représentations faites au dauphin Charles par Robert le Coq , évéqtie de Laon , peu de temps après la bataille de Poitiers , représentations qui avaient été rédigées sous l'inspiration des députés des villes, nous donneront une idée de l'influence que la bourgeoisie exerçait dans les grîmdes assemblées du royaume , dès le milieu du quatorzième siècle.

En 1356, les états déclarèrent au régent :

« 1° Que le royaume ayant été mal « gouverné ci devant , ils estimaient « que c'était par la faute et les mau- « vais conseils de ceux que le roi avait « employés ; pourquoi ils requéraient « que tous les officiers du roi en gé- « néral fussent privés ou suspendus « de leurs charges; que le dauphin fît « emprisonner les personnes et saisir « les biens de ceux dont i Is donneraient « la liste ; que leurs deniers fussent « dès à présent réputés confisqués , et « comme tels , après inventaire fait , « appliqués aux dépenses de la guerre; « qu à l'égard des personnes , leur « procès serait fait et parfait sur les « accusations et articles que les élus « des états donneraient contre eux à a des commissaires non suspects ; et « d'autant que le chancelier , le pre- « mier de ceux dont ils se plaignaient, « était personne ecclésiastique, ils de- « mandaient que le dauphin écrivît au « pape de sa propre main , pour obte- « nir des commissaires, au choix des « états , qui fussent autorisés à pro- « noncer jugement définitif contre lui.

« La liste des accusés , au nombre de « vingt-deux, comprenait Pierre de la « Forest, chancelier; Simon de Bussi, « premier président du parlement ; « Robert de Lory , chambellan du roi;

« Jean Chamelart et Pierre d'Orge- « mont, présidents au parlement ; Ni- « colas Barque, maître d'hôtel du roi, « auparavant son trésorier; Jean Poil- «vilain, maître des monnaies; En- « guerrand du Petit-Sellier et Ber- « nard de Fremond , trésoriers de « France ; Jean Chauveau et Jaques « Lempereur, trésoriers des guerres ; « Étienne de Paris , Pierre de la Cha- « rité et Ancel Choquart , maîtres des « requêtes du parlement ; Jean Tur- « pin , conseiller des requêtes du par- « lement ; Robert Despréaux , notaire « du roi ; Jean Dassi , avocat du roi « au parlement; Jean d'Auxerre, mai- « tre des comptes ; Jean de Brehai- « gne , valet de chambre ; le Borgne « deBeausse, maître de l'écurie ;Geof- « froy le Mazurier , échanson , tous « trois officiers du dauphin ; et enfin « l'abbé de Falaise , président des en- « quêtes du parlement.

« 2° Ils demandèrent qu'il fut envoyé « dans les provinces des commissaires « réformateurs au choix des états, « autorisés par commissions expres- «« ses, pour faire le procès définitive- « ment" à tous les officiers prévarica- « teurs.

« 3° Que la monnaie fût rétablie « selon que les états l'ordonneraient.

« 4° Qu'il plût au dauphin , duc de v Normandie, de composer son con- « seii de vingt-huit conseillers qui se- « raient nommés par les états; savoir:

« quatre prélats , douze chevaliers et « autant de bourgeois qui auraient « l'administration de toutes les affai- « res, avec le droit de pourvoir aux « offices vacants , même de destituer « ceux qui en étaient ou seraient « pourvus , le tout à la pluralité des « voix. (

« 5° Ils demandèrent la délivrance « du roi de Navarre , que le dauphin « était intéressé lui-même d'accorder « pour sa propre justification. »

Il y eut des époques où la royauté, plus forte qu'elle ne l'était alors, ne permit point à la bourgeoisie de lui tenir en face un si hardi langage.. Mais si les hommes des villes n'eurent pas toujours , dans les affaires de l'État ,

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la part de pouvoir et d'action qu'ils s'étaient attribuée pendant la période de troubles qui suivit la journée de Poitiers et la captivité du roi Jean, ils ne continuèrent pas moins à former dans le pays une classe puissante et considérée. On les vit reparaître dans les grands conseils de la nation a tous les moments de 'crise , et notamment, sous le règne de Charles VI, ils prirent encore en main , pendant quelques années, le gouvernement de la France. C'était le temps où les rois d'Angleterre réclamaient fréquemment pour otages, non point des princes ou d'illustres personnages , mais les notables habitants de nos communes.

Charles VI , Charles VII, à leur tour, initiaient la bourgeoisie aux secrets du gouvernement et de l'administration. Ils faisaient part aux villes , si nous pouvons nous servir de cette expression, de toutes les nouvelles qui intéressaient le pays. Ils leur mandaient dans des lettres, que les officiers royaux faisaient circuler jusqu'au fond des provinces les plus éloignées, les causes des guerres et les traités de paix et Miance. La considération et l'influence que la bourgeoisie avait acquises au prix des plus grands sacrifices et des plus nobles efforts s'accrut encore sous le règne de Louis XL

Mais, il faut le dire, il y avait à cette époque , entre les bourgeois des villes et les hommes des deux premiers ordres , nobles et prêtres , une ligne de démarcation bien profonde.

Ceux-ci , suivant les expressions d'un document contemporain, ne devaient au pays que leurs prières ou le service militaire, et ceux-là donnaient tout à la fois lêur sang dans les batailles , et l'argent qui devait subvenir à tous les besoins du royaume. Le tiers état seulement était soumis à l'impôt. Au reste, nous citons ici un document qui nous fera connaître la différence qui, dans les préjugés du temps, existait entre le clergé, la noblesse et la bourgeoisie. Aux états généraux tenus à Tours en 1484, un député du tiers état , avocat à Troyes, prit la parole pour demander que les frais occasion-

nés par la convocation des députés fussent également supportés par les trois ordres. Il s'exprima en ces termes :

« Mes collègues et moi nous requérons « taxe et indemnité. Mais comme ils « pensent qu'on n'a pas dit ici tout ce « qu'il fallait , ils m'ont chargé d'y « suppléer et de vous demander des « explications. Votre sagesse sait qu'il « ne faut pas que les ecclésiastiques « et les nobles soient h charge au malce heureux peuple, qu'ils sont plutôt « obligés de le secourir, et au lieu « de l'opprimer, de le soulager au- « tant qu'ils peuvent, puisqu'il nour- « rit et sustente tous les autres habi? « tants du royaume, et qu'il est dans « un extrême déndment. Or, il paraît « juste que les hommes envoyés aux « états par l'Église pour traiter les « affaires qui la concernent, soient « payés des biens dont elle abonde.

« Nous en disons autant des nobles, « persuadés que le pauvre tiers état « en aura assez d'entretenir tant bien « que mal ses députés, et qu'on com- « mettrait injustice à son égard si la « noblesse et le clergé traitaient à ses « frais leurs intérêts particuliers, in- « justice d'autant plus indigne d'eux, « que ce serait ainsi contraindre lés « plus pauvres à faire l'aumône aux « plus riches. Ce mode de paye- « ment , par lequel chacun rétribue a ses représentants, déjà différentes « personnes, dès le moment des no- « minations , l'ont jugé équitable.

« Très-illustres seigneurs, c'est à votre « justice et à votre modération de « rendre la répartition de l'indemnité « si égale qu'un député ne porte point « la charge de son collègue, et qu'elle « n'incomniode personne. » Ces paroles soulevèrent contre l'orateur l'indignation des deux premiers ordres.

Alors un député de la noblesse, Philippe de Poitiers, fit un discours où l'on trouve ces mots : « O très-redou- « tables seigneurs! quelle est l'extra- « vagance de cet homme, quel est son « aveuglement , de prétendre changer « la nature des choses, et bouleverser « les fonctions des membres du corps « politique! Car il demande claire-

T. m. 16* livraison. (Dict. kwcycl., stc.

« ment que le clergé et la noblesse, « les membres privilégiés de ce corps, « qui servent à le conduire et à le di- « riger sagement, ne rendent plus que « le service des pieds qui portent bien « le poids entier du corps et le main- « tiennent debout , mais ne dirigent « point sa marche; si vous en croyez « l'avocat, les parties supérieures du « corps politique, qui naturellement « ont les mouvements les plus libres, « deviendront évidemment esclaves et « tributaires des autres, ce qui amè- « nera une confusion totale de Pordre|; « que dis -je? une confusion de toute « 1 économie du corps social, la méta- « morphose de chacun de ses membres « en un autre, ou une mutilation du « trône en plusieurs morceaux n'ayant « aucun rapport entre eux , telle que « s'il venait à former trois corps dis- « tincts. Souhaiter cette désunion, « je le jure, c'est le désir d'une âme « qui n'est que folle ou perverse. Et, « bon Dieu ! de quelle force sont les « raisons que l'orateur a données pour « appuyer son projet? Il ne convient • pas, a-t-il dit , que la noblesse et le v clergé traitent leurs affaires aux dé- « pens du peuple , et qu'ils lui soient « a charge; mais il faut qu'ils le sou- « lagent. Je ne nierai pas, certes, qu'on « ne doive point être à charge à quel- « qu'un, car ces mots : être a charge, « expriment une injustice; mais gar- « dons-nous de dire qu'ici le clergé « et la noblesse soient à charge au « peuple, puisqu'ils usent de leur pri- « vilége le plus beau et le mieux re- « connu, qui leur permet de défendre « le peuple avec ses deniers, et non « avec les leurs. Personne n'ignore « quelle est la division des états « et des membres de la nation. Par « cette division, il est donné au clergé « de prier pour les autres, de conseil- « 1er, de prêcher; à la noblesse, de les « protéger par les armes ; et au tiers « état , de nourrir et d'entretenir les a nobles et les gens d'église, au moyen a des impôts et de l'agriculture. »

Déjà, dans les mêmes états , un député de la noblesse s'était écrié : « Moi, « je connais les mœurs des vilains.

« Si on ne les comprime pas en les « surchargeant, bientôt ils deviennent « insolents ! (*) »

On voit, par ces dures .paroles, combien, en 1484, on était encore éloigné de l'époque où il ne devait plus exister en France de classes privilégiées, et où tous les hommes indistinctement , prêtres , descendants de nobles, bourgeois et paysans, devaient également payer leur part des charges de l'État. Après comme avant l'assemblée de Tours, la bourgeoisie eut, dans le royaume, considération, crédit et richesse; mais elle ne vit point disparaître l'humiliante distinction que le moyen âge avait établie entre elle et les deux premiers ordres, et ellemême, pendant long-temps , se considéra comme une caste naturellement inférieure au clergé et à la noblesse.

Parmi les étrangers (mi visitèrent la France au seizième siècle, il y en eut plusieurs qui saisirent avec sagacité , non-seulement les rapports des trois ordres entre eux , mais encore leurs rapports, avec l'État, et qui apprécièrent avec une grande vérité le rôle que la bourgeoisie jouait alors dans les destinées de la France. Nous citerons entre autres Michel Suriano, ambassadeur vénitien, qui se trouvait à Paris en l'année 1561. Il envoya à sa république, sous forme de Commentaires, une relation de son ambassade, où nous trouvons le passage suivant :

« La nation est partagée en trois ordres, d'où viennent les trois états du royaume : le premier est le clergé; le second, la noblesse; le troisième n'a pas de nom spécial , et comme il se compose de gens qui ont mille professions différentes, on peut le désigner sous le nom général de peuple (**).

( *) Journal des états généraux tenus à Tours en 1484, édit. Bernier, Paris, i835,

in-40.

(**) Comme on le voit par ce qui suit , Michel Suriano ne parle point du peuple en général , mais specialemeut de la bourgeoisie.

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« Le clergé comprend beaucoup de personnes au tiers état et beaucoup d'étrangers, à qui les services rendus, ou bien la faveur du roi , ont acquis des bénéfices ecclésiastiques ; mais la noblesse en forme la partie la plus remarquable. Les puînés des grandes maisons, ayant peu de part dans l'héritage paternel , qui est presque tout dévol u aux aînés , embrassent l'état ecclésiastique pour obtenir tout à la fois richesse et crédit.

« Sous la dénomination de nobles , on comprend ceux qui sont exempts de tout impôt, et qui doivent seulement prêter leur service personnel en cas de guerre. Parmi eux, il faut compter les princes et les barons.

« Le tiers état comprend les lettrés , qu'on appelle hommes de robe longue; les marchands, les artisans, le peuple et les paysans. Celui des hommes de robe qui est président ou conseiller, ou décoré de quelque fonction semblable, est anooli par sa charge, et on le traite comme un noble pendant toute sa vie. Les marchands , aujourd'hui, étant les maîtres de l'argent, sont choyés et caressés; mais ils n'ont aucune prééminence ni dignité, car toute espèce de trafic est regardée comme indigne de la noblesse. Ainsi ils sont rangés dans le tiers état; ils payent leurs impôts tout comme les non nobles et les paysans, dont la classe est la plus durement traitée, tant par le roi que par les privilégiés. L'empereur Maximilien disait du roi de France qu'il était le roi des ânes, parce que son peuple portait en paix toutes sortes de poids sans se plaindre.

« Tous les trois états servent à leur manière le royaume. Celui du peuple a dans ses mains quatre offices importants ; et je ne sais pas si cela lui vient d'une loi ou d'une ancienne coutume, ou bien de ce que les nobles ne daignent pas y toucher. La première charge est celle de grand chancelier, qui entre dans tous les conseils , garde le sceau royal , et sans l'assentiment duquel rien ne peut se délibérer, ou rien de décidé ne pourrait se mettre à exécution . Le second office est celui des secré-

taires d'Etat, lesquels, chacun dans leur sphère , expédient les affaires , gardent les papiers, sont les dépositaires des secrets les plus graves. Le troisième office est celui des présidents , des conseillers , des juges , des avocats , et de tous ceux à qui la justice criminelle et civile est confiée dans le royaume entier. Le quatrième est celui des trésoriers , des percepteurs , des receveurs généraux , des receveurs en détail, qui administrent tous les revenus et toutes les dépenses de la couronne. Il s'ensuit que le peuple possédant tous ces importants offices par lesquels s'acquièrent la réputation et la richesse ; que la dignité de grand chancelier et toutes les innombrables charges judiciaires se donnant aux hommes lettrés et aux hommes de robe, tout le monde veut envoyer aux études quelqu'un de sa famille; et voilà pourquoi le nombre des étudiants est plus grand en France que partout ailleurs.

Paris à lui seul en renferme plus de quinze mille. Depuis quelque temps, les princes eux-mêmes envoient leurs enfants à l'étude , notamment les puînés , non pas pour les destiner à ces emplois , mais pour les faire entrer dans l'Église , parce qu'à présent on ne donne plus avec autant de facilité les sièges épiscopaux à des ignorants.

Plût à Dieu que , pour le bien de la chrétienté ,. on eût pris ce soin -là plus tôt.

« Le gouvernement est entre les mains des nobles et des prélats.

« Voilà ce que j'avais à dire du nombre et du caractère des populations en France , et des services que la couronne retire des trois états. Chacun de ces trois états faisant son devoir sans envier les autres , en contribuant pour sa part au bien du pays , en aidant le roi l'un par le conseil , l'autre par l'argent, l'autre en lui consacrant sa vie , ils ont rendu la France invincible et formidable à tous les peuples du monde (*). »

(*) Relations des ambassadeurs vénitiens, Paris, in-4, i838. Ces appréciations si cuet si vraies, faites en i56r , par

La bourgeoisie, à la fin du seizième siècle , a joué , dans les guerres de religion, un rôle important; et son intervention , au milieu des violences de tous les partis , a exercé une grande influencesur les destinées de notre patrie. Elle se tint alors à égaie distance des calvinistes et des catholiques exagérés.

En réprouvant également les uns et les autres, elle rendit au pays un éminent service, car elle contribua puissamment à rejeter hors du royaume les soldats de l'Espagne et de l'Angleterre. Nous n'insisterons pas sur ce point, et il nous suffira de dire que ce furent les hommes habiles, instruits et prudents de la bourgeoisie , ceux que 1 on désignait , à cette époque , par le nom de politiques, qui firent la Satire Ménippée, et placèrent Henri IV sur le trône.

Il n'est pas inutile ici de parler en quelques mots d'une classe à part, qui, depuis la fin du quinzième siècle, s'était constituée au sein même de la bourgeoisie. Nous voulons parler de la classe des hommes de robe. Au quatorzième siècle, dans les premiers états généraux, les représentants du tiers état étaient les notables des villes. A l'assemblée de Tours , qui fut convoquée en 1484 , sous le gouvernement de la dame de Beaujeu, la représentation du troisième ordre fut notablement modifiée par l'apparition des gens de robe. Cette classe nouvelle devint bientôt la partie inAuente de la bourgeoisie , et elle domina presque exclusivement , dans le tiers état , à la session de Blois , en 1588. Ce fut elle , comme nous l'avons dit ,

?|ui plaça Henri IV sur le trône , et ce ut elle encore qui parut aux états de 1614 (*). Remarquons que sous la

un Italien nourri dans les secrets de la politique la plus habile du siècle, se rattachaient trop directement à notre sujet pour que nous pussions les passer sous silence.

(*) Voici un fait qui pourra nous donner une idée de l'influence que devait exercer au dix-sepiième siècle la classe des gens de robe : « En 1664, il y avait 45,780 familles

régence de . Marie de Médicis les députés du tiers ne représentaient guère que la bourgeoisie privilégiée , opulente ; ils ne venaient aux sessions que pour défendre les intérêts de cent mille familles au plus de magistrats, d'officiers royaux , de financiers , séparés par leur crédit et leurs richesses de vingt millions d'individus qui ne formaient point un ordre; en un mot, qui n'étaient pas même comptés comme membres de la nation. Les intérêts de la bourgeoisie étaient donc bien distincts de ceux des dernières classes , des intérêts du vrai peuple ; cela devenait évident surtout, au moment des révolutions, pendant la ligue ou pendant la fronde , quand il y avait lutte entre le parlement et les halles. Or, les riches bourgeois étant les seuls admis à représenter tout à la fois et la classe moyenne à laquelle ils appartenaient, et la classe inférieure qui leur était étrangère et parfois hostile , on voit combien cette représentation de l'immense majorité de la France était irrégulière, incomplète et vicieuse. Toutefois, il faut le reconnaître, il y eut des moments où, en haine du clergé et de la noblesse qui les accablaient de leurs mépris , les députés de la bourgeoisie défendirent vivement et hardiment la cause du peuple. Ce fut un député du tiers état qui , après avoir attaqué avec franchise et énergie les abus dont se rendaient coupables les nobles el les* gens d'église, prononça, aux états de 1614, ces éloquentes paroles: «Le « peuple doit être préservé de l'op- « pression des gens de guerre. Que « les paroisses , exemptes des loge- « ments , contribuent à la dépense de « celles qui fournissent des logis, sans « différence de la terre du noble, de A l'ecclésiastique ni du bourgeois , « puisque tous sont vos sujets égaleemployées aux offices judiciaires. Ces familles, par leurs charges, représentaient 419,630,840 livres en numéraire, somme énorme pour l'époque, el qui était aîusi détournée de l'agriculture, des arts et du commerce.» ( Forbonnais, Histoire de finances.)

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« ment contribuables aux charges du

«royaume Outre ce, détendez

« les corvées qui chargent le peuple «autant que les tailles, un pauvre «homme étant contraint de laisser « ses semailles , (l'abandonner son « août, et d'aller à la corvée pour le ' gentilhomme. Que tel acte soit dé- « claré roturier et puni avec toute ri- «gueur, et vous roidissez généreuse- « ment contre leurs oppressions ; c'est «le plus sûr moyen de retenir tant « de têtes avec une seule téte, et ran- « ger doucement , sous quelque joug « commun d'obéissance , cette grande « multitude inquiète , désunie et tur- « bulente (*). »

L'histoire de la bourgeoisie française n'offre rien de remarquable pendant le dix-septième et le dix-huitième siècle ; les magistrats , les commerçants, les hommes qui se livraient aux professions industrielles continuèrent à jouir comme par le passé d'une grande influence, sans parvenir néanmoins à obtenir par les bons et loyaux services qu'ils rendaient à l'Etat, le rang et les droits du clergé et de la noblesse. Toutefois , dans le wors de ces deux siècles , il est une période que nous devons signaler.

Jamais l'ancienne bourgeoisie ne fut plus estimée et plus honorée que sous le règne de Louis XIV. Ce roi, qui eut pour principal ministre Colbert , et plusieurs autres encore , qui par leur naissance tenaient à la classe moyenne, I s'entourait volontiers de bourgeois.

Illes faisait entrer dans ses conseils, leur donnait les moyens de prendre place dans le système d'administration qu'il avait créé , encourageait leurs professions diverses et les comblait de prévenances. Cette tendance du monarque n'échappa point aux contemporains; la noblesse surtout voyait avec un sentiment haineux l'alliance de la royauté et de la bourgeoisie, et l'on trouve dans les Mémoires de Saint-Simon cette phrase pleine de dépit : « Louis XIII aimoit

(*) Cimber etDanjou , Archives curieuses de l'histoire de France, a* série, iervoI.

les gens de qualité , cherchort à Jes connoître et à les distinguer; aussi en a-t-on fait le proverbe des trois

Ë laces et des trois statues de Paris : lenri IV avec son peuple sur IePont- Pieuf ; Louis XIII avec les gens de qualité à la place Royale qui, de son temps, a été le beau quartier, et Louis XIV avec les maltôtiers dans la place des Victoires. Celle de Vendôme, faite longtemps depuis, ne lui a guère donné meilleure compagnie (*). »

Enfin , la révolution a fait dispa- • raftre l'injurieuse distinction établie depuis tant de siècles entre la bourgeoisie, confondue avec le peuple , et les autres classes de l'État.

De nos jours on recueille sur tous les points de la France les documents qui doivent servir à donner une histoire à l'ancienne bourgeoisie française; l'illustre écrivain qui s'est chargé de coordonner et de rédiger cette partie de nos annales disait naguère, en rendant compte des commencements de sa vaste entreprise :

« Il y a certes un grand mérite d'àpropos dans l'intention de recueillir et de rassembler en un seul corps tous les documents authentiques de l'histoire de ces familles sans nom , mais non pas sans gloire , d'où sont sortis les hommes qui firent la révolution de 1789 et celle de 1830

En effet, de grandes leçons et

de beaux exemples pour le siècle présent peuvent sortir de la révélation de cette face obscure et trop négligée de six derniers siècles de notre histoire nationale. Il y avait , chez nos ancêtres de la bourgeoisie, cantonnés dans leurs mille petits centres de liberté et d'action municipales, des mœurs fortes, des vertus publiques, un dévouement naïf et intrépide à la loi commune et à la cause de tous; surtout ils possédaient à un haut degré cette qualité du vrai citoyen et de l'homme politique , qui nous manque peut-être aujourd'hui, et qui consiste à savoir nettementcequ'on veut, et à nourrir en soi des volontés longues et persévérantes.

(*) Mémoires de Saint-Simon, 1. 1, ch. 7.

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« Dans toute l'étendue de la France actuelle, pas une ville importante qui n'ait eu sa loi propre et sa juridiction municipale ; pas un bourg ou simple village qui n'ait eu ses chartes de franchise et ses privilèges communaux ; et, parmi cette foule de constitutions d'origine diverse, produit de la lutte ou du bon accord entre les seigneurs et les sujets , de l'insurrection populaire ou de la médiation royale , d'une politique généreuse ou de calculs d'intérêts , d'antiques usages rajeunis ou d'une création neuve et spontanée (car il y a de tout cela dans l'histoire des communes), quelle infinie , j'allais dire quelle admirable variété d'inventions, de moyens de précautions, d'expédients politiques!

Si quelque chose peut faire éclater la puissance de l'esprit français, c'est la prodigieuse activité de combinaison qui , durant quatre siècles , du douzième au seizième, n'a cessé de s'exercer pour créer, perfectionner , modifier, réformer partout les gouvernements municipaux, passant du simple au complexe , de l'aristocratie à la démocratie, ou marchant en sens contraire, selon le besoin des circonstances et le mouvement de l'opinion.

Voilà quel spectacle digne d intérêt et de méditation m'ont présenté les deux mille pièces ou sommaires de pièces authentiques dont j'ai déjà pris connaissance. J y ai vu la bourgeoisie française non-seulement ferme et intelligente dans la gestion de ses affaires locales, mais , ce que l'on a trop oublié depuis, honorée par les chefs de l'État comme un pouvoir politique, appelée en garantie dans les traités conclus avec les puissances étrangères, complimentée et même flattée par les rois et les régents du royaume (*). »

On ne saurait méconnaître ce qu'il y a de grand et de patriotique dans cette entreprise commencée et poursuivie avec un zèle infatigable. Ce n'est l'œuvre d'aucun parti , mais , comme le dit M. Augustin Thierry, une jaee obscure et négligée de notre

(*) Aug. Thierry, Rapport au ministre.

rERS. BOIT

histoire que l'on doit mettre en lumière. Aujourd'hui seulement on peut rappeler le passé de l'ancienne bourgeoisie sans prévention et sans haine, car il n'y a plus en France ni noblesse, ni clergé, m tiers état, mais une agrégation d'individus qui , ayant indistinctement les mêmes devoirs, peuvent revendiquer les mêmes droits , et qui, bien qu'isolés en apparence par des intérêts particuliers , tiennent cependant par un lien commun à une seule et même famille, la nation.'

Bourgeois, monnaie. (Voyez Bock* ges (monnaie de).)

Bourgeois (Louise), dite Boursier, accoucheuse de Marie de Médicis, a publié, outre plusieurs ouvrages estimés sur sa profession , le Récit véritable de la naissance de messeigneurs et dames les enfants de France , Paris, 1625, in- 12. Ce petit livre contient des anecdotes d'une curieuse naïveté.

Bourgeois (Nicolas), maréchal des logis au 12e dragons. Les troupes franaises qui couvraient Maubeuge ayant té repoussées par l'armée autrichienne et forcées de rentrer dans la place, les représentants du peuple résolurent de faire connaître aux chefs de notre armée la situation de cette ville, qui, bloquée par des forces supérieures, pouvait a'un instant à l'autre tomber au pouvoir de l'ennemi. Douze dragons, ayant à leur tête le maréchal des logis Bourgeois , vinrent solliciter l'honneur de s'acquitter de cette mission qui était des plus périlleuses. Ces treize braves sortent pendant la nuit, traversent le camp ennemi , passent la Sambre à la nage , et se faisant jour à travers la cavalerie autrichienne qui ne cesse de les poursuivre, ils se dirigent sur Philippeville, où ils entrent avant le jour. Sans mettre pied à terre, Bourgeois fait tirer le canon, pour que la çarnison de Maubeuge soit avertie qu'ils ont réussi dans leur entreprise; ils repartent sur-le-champ pour Givet, remettent des dépêches au général commandant la place, et arrivent auprès du représentant Perrin des Vosges , qui réunit à la hâte son corps

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d'armée, vole au secours de Maubeuge, et en fait lever le blocus.

Bourgeois ( N.), né à la Rochelle, en 1710, a fait de nombreuses recherches sur des sujets historiques, et s'est particulièrement occupé de l'histoire du Poitou. On a de lui : Dissertation sur l'origine des Poitevins et sur la position de /'Àugustoritum ou Limonum de Ptolémée; Dissertation sur le lieu où s'est livrée la bataille dite de Poitiers y en 1356 , insérée dans le Journal de Trévoux (septembre 1743):

Bourgeois place le champ de bataille entre Maupertuis et Beaumont, près de la route de Poitiers à Châtelleraut, contrairement à l'opinion générale, d'après laquelle l'action eut lieu sur la ligne de Poitiers à Limoges , auprès de Beauvoir et de Noaillé ; Relation de la prise a\ Hambourg par les Anglais; Éloge historique de la Rochelle; Fragment sur les premiers temps de l histoire du Poitou; Notices biographiques sur les frères Girouara, de Poitiers, sculpteurs; Recherches historiques sur, l'empereur Othon IV, où Von examine si ce princefl joui du duché d'Aquitaine et du comté de Poitou, en qualité de propriétaire ou de simple administrateur, avec V abrégé de sa vie, ouvrage qui répand un grand jour sur une partie ae notre histoire; Amsterdam (Paris) , 1775, in-8°: il résulte des recherches de l'auteur que c'est à titre de gouverneur et non pas comme propriétaire que l'empereur Othon IV a administre les deux provinces en question; Éloge historique du chancelier de V Hôpital; Réflexions sur le champ debatailte entre Clovis etAlaric: selon lui, cette bataille, dite de Vouillé, auraitétélivrée à Civaux ou dans les environs; Lettre sur une charte de Clovis . Il paraît que les manuscrits de Bourgeois sont perdus depuis longtemps; c'est une perte réelle pour l'histoire. Il fit en Amérique une longue résidence, pendant laquelle il composa sur Christophe Colomb un poëme en vingt-quatre chants. Bourgeois était savant, mais ne possédait aucun des dons du poète; aussi est-il convenu avec une fran-

chise qui l'honore, que l'ennui fut son seul Apollon. Il mourut à la Rochelle, en juillet 1776, à l'âge de soixante-six ans.

Bourgery (J. M.), né à Orléans en 1797, entra, en 1811, à l'école de médecine de Paris. Reçu élève externe des hôpitaux en novembre 1815, il obtint, l'année suivante, au concours, le titre d'élève interne. En 1817 et 1818, il obtint les prix de l'école pratique ; et, en 1819, la médaille d'or des hôpitaux. A l'expiration de son internat, M. Bourgery fut employé comme médecin aux fonderies de cuivre de Romilly-sur-Andille. Mais le pays n'offrant aucune ressource pour l'exercice de la médecine, il ajouta à ses fonctions celle de chimiste pour les analyses des métaux , et fonda , dans l'établissement, une fabrique de sulfate de cuivre qui a continué de prospérer.

Revenu à Paris en 1827, il se fit recevoir docteur la même année, et soutint, pour obtenir ce grade, une thèse intitulée : Quelques faits sur l'emploi des ligatures circulaires des membres.

Cette thèse , considérablement amplifiée , parut deux mois plus tard, comme un mémoire original, dans le Journal des progrès. Livré dès lors à la littérature scientifique, M. Bourgery publia, en 1828, un Traité de petite chirurgie, qui a été traduit en anglais et en allemand. Il commença, en 1829, avec M. Jacob, la publication du Traité complet de Vanatomie de l homme, renfermant la médecine opératoire; et, en 1834 , VAnatomie élémentaire. Déjà il a été parlé de cet ouvrage important à l'article Anatomie (voyez ce mot).

Qu'il nous suffise de dire ici que l'ouvrage de M. Bourgery est un des plus beaux dont se glorifiera notre siècle.

A tous les faits que pouvaient lui révéler les connaissances historiques les

S lus approfondies, l'auteur y joint des écouvertes qui lui sont propres ; et il a eu le talent de ramener l'attention des anatomistes sur des particularités entrevues par d'anciens auteurs, mais oubliées, ou même rejetées, par des observateurs moins attentifs que lui.

Bourges, Avaricum, puis JSUuri-

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ges, ancienne capitale du Berri, aujourd'hui chef-lieu du département du Cher, à 24 myriamètres de Paris.

Cent trente-neuf ans avant la fondation de Rome, six cent quinze ans avant notre ère , Bourges ou Avaricum était déjà une ville importante.

Ambigat, qui y régnait, avait étendu sa domination sur toute la GauJe; c'est de Bourges que partirent alors , sous la conduite de BeHovèse et de Sigovèse , ces deux grandes émigrations de Gaulois, qui allèrent s'établir en Italie et dans la forêt Hercinienne. (Voyez Ambigat, Bellovèse, Bohème et Sigovèse.)

Depuis cette époque jusqu'à la conquête de la Gaule par César, nous ne trouvons plus dans les historiens romains, les seules sources de l'histoire ancienne de notre patrie, aucun fait concernant la ville de Bourges. Mais à cette dernière époque, Avaricum joue de nouveau un grand rôle parmi les cités de la Gaule.

Vercingétorix , vaincu par les Romains à Villodaunum, à Genabum et à Noviodunum , avait pris le parti de brûler toutes les places que leur position ou la faiblesse de leurs fortifications ne pouvaient préserver d'une attaque. Il craignait que les traîtres n'y trouvassent un refuge, et qu'elles ne servissent de places d'armes aux Romains. Plus de vingt villes des Bituriges furent ainsi livrées aux flammes dans un même jour, et l'on délibérait sur l'opportunité de faire subir le même sort à Avaricum , lorsque les Bituriges demandèrent avec instance qu'on ne les forçât point à briller de leurs mains l'une des plus belles villes de la Gaule, qui, d'ailleurs, située au milieu des marais, et entourée presgue de tous côtés par une rivière profonde, était d'une défense facile. Vercingétorix , cédant aux prières des habitants , épargna cette ville , et en confia la défense à des hommes d'élite. César ne tarda pas à se présenter devant la place; il vint asseoir son camp dans l'endroit où la rivière et les marais laissaient une étroite avenue. Il y fit élever une terrasse dresser

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des mantelets et construire deux tours.

Ce fut en vain que les Gaulois opposèrent la plus vive résistance. En vain détruisirent-ils, à plusieurs reprises, les ouvrages des Romains ; ils ne firent que retarder leur propre ruine; la tactique et l'habileté triomphèrent encore une fois du courage; les soldats de César pénétrèrent dans la ville, *et en massacrèrent tous les habitants, sans distinction d'âge ni de sexe. De plus de guarante mille combattants qui s'y étaient enfermés, à peine en échappa-t-il huit cents.

Bourges fut, depuis cette époque, soumise aux Romains. Sous Auguste, elle prit le titre de métropole de l'A-

Huitaine, et fut constamment la résience du préfet de cette province.

Lors de la division de l'Aquitaine en trois parties, sous Honorius, elle devint la capitale de la première Aquitaine. Les Visiçoths s'en emparèrenten 475 ; mais après la bataille de Vouillé, elle se soumit volontairement à Ciovis.

Bourges, devenue alors la capitale de la province, désignée depuis sous le nom de Berri , suivit les destinées de cette province. (Voyez les articles Berki et Boubges ) (comtes et vicomtes de).

Cette ville soutint plusieurs sièges remarquables, et fut plusieurs iois prise et reprise. Les habitants du Poitou , de rAngoumois et de la Touraine s'en emparèrent en 585 , et la détruisirent en partie. Pépin le Bref s'en rendit maître après un long siège, en 762. Prise et pillée par les Normands en 878 , elle fut encore assiégée, mais en vain, par le duc de Bourgogne en 1412.

C'est à Bourges que Charles" VII transporta, au commencement de son règne, pendant que les Anglais étaient maîtres de la capitale, le siège de son gouvernement. Les protestants, commandés par le duc de Montgommery, s'emparèrent de cette ville en 1562, et y commirent les plus grands excès.

Mais quelques mois après, une armée royale vint les y assiéger; ils furent forcés de se rendre après une résis-

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