BOI7 IRA
I/érêque de Bile.
— de Bellai.
— de Genève.
— de Grenoble.
— de Lausanne.
— de Gap.
— de Die.
— de Valette*.
Tous décorés des titres de princes et comtes d'empire.
Quant aux fiefs , le comté de Bourgogne, leDauphiné, la Provence, le Lyonnais, ils turent réunis à la France; la Savoie forma un État libre; la Suisse , démembrée à l'infini, resta à l'Allemagne.
Après avoir faitsommairement l'histoire des royaumes de Bourgogne, nous revenons à celle de la Bourgogne proprement dite. Dans le partage de l'empire entre les fils de Louis le Débonnaire, en 843, la partie de l'ancien royaume de Bourgogne située à l'ouest du Rhône et de la Saône, et formant le duché de Bourgogne , fut séparée du reste du royaume de Bourgogne , et resta attachée à la France. Ce duché fut l'un des fiefs les plus importants du royaume, et il fut successivement possédé par plusieurs dynasties.
;iiMiki\E hts astis ou unes oa loosoooya.
Ducs bénéficiaires.
i* Richard le Justicier, 877.
a0 Raoul .gaz.
3' Giselberl, ga3.
4° Hugues le Noir et Hugues le Grand, q38. 5° Ottou, o56.
Ducs propriétaires.
6° Henri le Grand, 965.
Réunion au domaine , 100a.
Ducs de la première race*
7* Henri II, ioi5.
»° Robert dit le Vieux, io3a.
90 Hugues 1er, 1075.
iq° Eudes Ier, dit Borel , 1078.
ii° Hugues II , dit le Pacifique, n»a. ia° Kudes II , n4a.
i3° Hugues III , 11 6a.
i4w Eudes III, n93.
i5° Hngues IV, iai8.
160 Robert II , ia7a.
170 Hugues V, i3o5.
18° Eudes IV, i3i5.
19* Philippe Ier de Rourre, i35o.
Ducs de la seconde race.
ao° Philippe II le Hardi, i363.
at° Jean sans Peur, i4o4< aa° Philippe III le Bon , 1419. «3° Ourles la Téméraire, 1467.
A la mort de Charles le Téméraire, Louis XI réunit la Bourgogne à la France.
Cette province forma depuis un gouvernement militaire, auquel on ajouta la Bresse. Ce gouvernement était un pays d'états. Les états s'assemblaient à Dijon de trois en trois ans. Dans la division de la France en départements, la Bourgogne et la Bresse ont formé les quatre départements delà Côte-d'Or, de l'Yonne, de Saône-et-Loire et de l'Ain.
Bourgogne ( première maison royate de). Deux branches de la famille capétienne ont possédé tour à tour la Bourgogne à titre de duché»
La première maison de Bourgogne eut pour chef Robert le Vieux, deuxième fils du roi de France, Robert Pr. Son frère aîné, qui monta sur le trône de France sous le nom de Henri Ier, avait porté d'abord le titre de duc de' Bourgogne. Robert , qui était l'objet des préférences de sa mère Constance , tut poussé par elle à la révolte contre son frère. Le but de cette reine était de placer son fils de prédilection sur le trône, au mépris du droit qui y appelait l'aîné.
Robert réussit à soulever une partie des vassaux turbulents de la couronne, et s'empara de quelques places dont l'activité de son frère ne le laissa pas maître longtemps. Il échoua dans son entreprise, et fut trop heureux de recevoir, en échange de ses prétentions à la couronne, le duché de Bourgogne que lui abandonna le roi Henri, non point à titre d'apanage, mais en toute propriété pour sa race, ainsi que le font observer les auteurs de XArt de vérifier les dates. Robert était d'un caractère violent et farouche. U tua, dans un accès de colère, le seigneur de Semur, son beau-père, avec
3 ni il s'était pris de querelle au milieu 'un repas. Ce crime eut pour conséquence un pèlerinage à Rome et la fondation aun prieuré, sur les portes duquel il fit sculpter l'histoire de ce meurtre. Ce monument subsistait encore dans le siècle dernier.
Robert le Vieux abandonna le soin
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de la justice et du gouvernement de son duché à des mains faibles ou infidèles qui laissèrent tous les désordres s'y introduire. Il mourut l'an
Hugues /er, petit-fils du précédent, avait perdu son père en bas âge, dans une guerre faite au comte de Nevers.
Son aïeul , Robert, voulut disposer de son héritage en faveur d'un de ses oncles, mais le jeune duc revendiqua ses droits avec tant de noblesse et de fermeté , selon le récit d'Orderic Vital , que l'assemblée des vassaux réunie à Dijon le reconnut pour suzerain avec acclamation. Les chroniqueurs vantent son amour pour la justice, sa fermeté redoutable aux vassaux qui troublaient l'ordre et la paix de son gouvernement. Il mérita l'amour de tous les gens de bien, dit Orderic Vital, et se rendit terrible comme la foudre aux méchants qui ne connaissent point de loi. Son zèle religieux le conduisit en Espagne combattre les infidèles, s'il faut en croire l'opinion de quelques historiens; d'autres révoquent en aoute cette expédition qui leur semble inconciliable avec les autres événements du règne de Hugues. La mort de sa femme, dont il n'avait point eu d'enfants , le détacha complètement du monde où il avait toujours vécu dans les pratiques religieuses les plus ferventes. Il abandonna tout pour se retirer au monastère de Cluny. Il passa quinze ans dans sa nouvelle condition , devint aveugle dans les dernières années de sa vie, et mourut en 1093.
Eudes surnommé Borel , frère du précédent, lui succéda en 1078. Il donna des secours au roi de France contre ses vassaux les plus turbulents, et se mit en route pour l'Espagne à la téte d'une armée grossie d'une multitude de seigneurs. Une nouvelle invasion des populations africaines dans la Péninsule avait déterminé cette expédition. Eudes ne trouva pas l'occasion de rendre de grands services à la cause de la chrétienté, et revint dans ses États après avoir passé quelque temps à la cour de Léon , près de sa tante, la reine Constance. Il se rendit
ensuite en Palestine, et y mourut en 1102. Les chroniqueurs "lui donnent un caractère violent et brutal , et des habitudes de rapacité et de pillage qui s'exerçaient sur tous ceux qui passaient dans ses États. Il laissa deux fils et deux filles.
Hugues II le Pacifique, succéda à son pere en 1102.11 donna des secours au roi Louis le Gros contre le roi d'Angleterre en 1109, et contre les Impériaux qui envahirent la Champagne en 1124. Il termina sa carrière en 1142, après un règne de quarante ans, dont la tranquillité lui valut le surnom de Pacifique. Il avait épousé une fille du vicomte de Turenne; il en eut six fils , qui se vouèrent presque tous à l'Église. Une de ses filles, du nom de Sy bille , épousa Roger II , roi de Sicile.
Eudes II, fils de Hugues II. Un historien moderne fait honneur à ce prince d'une expédition en Portugal qui parait extrêmement contestable. Les auteurs de Y Art de vérifier les dates font remarquer que la prise de Lisbonne, qui lui est attribuée l'an 1144, eut lieu en 1147, et que le prédicateur Arnauld, témoin oculaire de l'expédition , ne fait aucune mention du duc de Bourgogne.
Il avait refusé de se reconnaître le vassal de Louis VIII ; mais un jugement sanctionné par Adrien IV l'obligea à rendre hommage à ce prince.
Il mourut en 1162, laissant de Marie, fille de Thibaut le Grand, comte de Champagne, Hugues, qui lui succéda.
Hugues III. Ce prince partit vers 1171 pour la terre sainte; mais il ne put atteindre le but de son voyage; une tempête l'assaillit, et il fit vœu, s'il échappait au naufrage, de bâtir une église à la Vierge. Il réalisa son vœu; et telle est l'origine de la Sainte-Chapelle de Dijon. Hugues III trouva l'occasion d'ajouter à son duché des possessions importantes, en secondant le roi Louis le Jeune contre le comte de Châlons.
Il obtint en récompense une partie des terres de ce seigneur. Il fit ensuite la guerre au comte de Nevers et au seigneur de Vergy, qui lui refusaient l'hommage. Il aida le jeune Henri , au
Botr
bon
Court mantel, fils du roi d'Angleterre , Henri II, dans la rébellion contre son père. Il accorda, Tan 1187, une charte de commune à la ville de Dijon. Le mauvais succès de sa première campagne en terre sainte ne le détourna
en 1238, et en revint en 1241 , sans y avoir rien fait d'important. Il s'y rendit de nouveau en 1249, et prit part à tous les revers du monarque dont il suivait la fortune. Il tomba comme lui aux mains des infidèles, après le
pas de prendre part à la croisade dont combat de la Massoure; il fut le com-
Philippe- Auguste et Richard d'Angle- pagnon de sa captivité , et recouvra la
terre furent les chefs. Il s'y com- liberté avec lui. Un traité qu'il fit avec
porta vaillamment, et se signala sur- l'empereur Baudouin II, lui donna le
tout à la prise de Saint-Jean d'Acre, royaume de Thessalonique. Il alla vi-
II commandait l'aile gauche à la ba- siter le tombeau de saint Jacques, et
taille d'Ascalon; mais, après le départ mourut au retour, en 1272.
de Philippe- Auguste, la basse jalousie Robert II était le troisième fils de
qu'il portait à Richard, auquel cepen- Hugues IV, qui l'institua son succes-
dant il avait été redevable de son salut à seur, et lui donna l'investiture du du-
la bataille d'Ascalon, mit le désordre ché de Bourgogne. Chargé de diverses
dans l'armée chrétienne, et fit man- missions importantes sous Philippe le
fluer le but de l'expédition, la reprise Hardi et PhUippe le Bel, Robert si-
de Jérusalem. Join ville porte de lui ce gnala plusieurs fois son zèle pour la
jugement : «Hugues fut moult bon défense des droits delà couronne, et
» chevalier de sa main et chevalereux, surpassa en richesses, en puissance et
«mais il ne fut oncques tenu à saige, en crédit, tous les princes de sa race
«ne à Dieu ne au monde. » Ce prince qui l'avaient précédé. Robert assista,
mourut en Asie en 1 193 , et laissa deux l'an 1 303 , à l'assemblée convoquée pa r
fils, Eudes et Alexandre. Philippe le Bel, à l'effet de délibérer
Eudes III, fils de Hugues III , sur les prétentions des papes au gou-
servit avec zèle Philippe-Auguste dans vernement temporel des États, et y
la plupart de ses expéditions, et fut .déploya un grand zèle pour la défense
l'an des instruments les plus dévoués du droit des princes. 11 mourut en
de la politique suivie par ce prince 1305.
dans le but de dépouiller Jean sans Hugues V succéda en 1305 à Ro-
Terre de ses États de France. 11 se bert II, son père, et régna sous la
croisa contre les Albigeois; et, comme pour prouver que le zèle religieux lui avait seul mis les armes à la main, il montra un grand désintéressement dans cette lutte, et refusa la part qui lui était offerte dans les dépouilles des excommuniés. Il commandait l'aile droite à la bataille de Bouvines, et faillit y périr. Il avait eu son cheval tué sous lui , et ne s'était relevé qu'à grand' peine sous sa lourde armure. Il mourut en 1218, au moment où il se préparait à passer en Égypte à la téte d'un corps de croisés.
Hugues IV succéda à son père en 12 1 8 , sous la tutelle de sa mère, Alix de Vergy, à qui Philippe-Auguste avait fait prendre Rengagement de ne point
tutelle d'Agnès de France , sa mère. Il avait été fiancé à Catherine de Valois en 1302, et allait épouser Jeanne, fille de Philippe V, roi de France, lorsqu'il mourut en 1315.
Eudes IV y frère du précédent, lui succéda. Il prit en main, contre Philippe le Long, les intérêts de sa nièce, Jeanne, fille et unique héritière de Louis le Hutin. Mais quand Philippe eut été proclamé roi par l'assemblée des grands, il fit sa paix avec lui, et épousa sa fille aînée. Il vendit à Philippe, prince de Tarente, son^itre de roi de Thessalonique, et de prince d'Achaïe et de Morée, et hérita des comtés d'Artois et de Bourgogne, à la mort de la reine Jeanne, sa belle-mère. Eudes servit loyalement Philippe de Va-
se remarier sans son consentement.
Le jeune duc partit pour la terre sainte lois , fit la guerre de Flandre*," et se si T. in. 17* livraison. (Dicx. epïcycl., etc.) 17
gnala à Cassel, où il fut blessé. Eo 1340, il conduisit en Flandre un renfort au roi Philippe, attaqué par les Anglais et les Flamands. Il défendit avec courage Saint-Omer contre Robert d'Artois, Gt une vigoureuse sortie, et chassa l'ennemi, qu'il contraignit de s'enfermer dans Cassel. Il mourut à Sens en 1350, après un règne long et brillant. L'aîné de ses fds, Philippe, mourut d'une chute de cheval au siège d'Aiguillon, laissant un fds au berceau , qui succéda à son aïeul.
Philippe /cr, comte et duc de Bourgogne, surnommé de Rouvre, du lieu qe sa naissance, n'avait que dix-huit mois lorsqu'il succéda à Jeanne, son aïeule, dans les comtés d'Artois et de Bourgogne. Il eut pour tutrice Jeanne de Boulogne, sa mère. Cette princesse ayant donné sa main au roi de France, Jean le Bon, le jeune prince trouva un appui dans le monarque, qui, de son côté, lira de la Bourgogne des secours de tout genre dans la guerre contre les Anglais. La Bourgogne secourut la France d'armes et d'argent, et s'exposa par là aux fureurs des Anglais, dont elle ne se débarrassa qu'au moyen d'une rançon de deux cent mille moutons d'or, et en donnant des otages.
Après le désastre de Poitiers , où le roi tomba aux mains des Anglais , ces derniers portèrent le ravage dans la Bourgogne, et brûlèrent Châtillon, Tonnerre, etc. Le jeune duc, déclaré majeur à la mort de sa mère, prit en main le gouvernement à l'âge de quinze ans. Il tenait d'elle le comté d'Auvergne. Il avait épousé depuis trois ans Marguerite, héritière de Louis, comte de Flandre, et se trouvait ainsi l'un des principaux souverains de I Europe; mais il mourut d'une chute, dit-on, un an après la déclaration de sa majorité, en 1361. En lui finit la première branche royale des ducs de Bourgogne.
Ce duché fut alors réuni, mais pour bien peu de temps , à la couronne.
Bourgogne (deuxième maison royale de). Le roi Jean, à son retour d'Angleterre, en 1360, donna le duché de Bourgogne au quatrième de ses fils, Philippe le Hardi, pour le récom-
ERS. BQO
penser de la bravoure dont il avait fait )reuve à la bataille de Poitiers. Le ; eune prince avait à peine quinze ans orsqu'il se trouva à cette funeste ( ournée. Il y combattit aux côtés de son père, à qui il signalait les coups dont il était menacé. Il alla partager sa captivité à Londres , où sa fierté et son courage ne se démentirent point. On rapporte que, voyant dans un repas l'échanson servir fe roi Édouard avant son père, il lui appliqua un soufflet, l'avertissant ainsi de ne point servir le vassal avant le suzerain.
Tant que Vécut son père, Philippe
f'ouverna leduchédeBourçognecomme leutenant général ; mais a la mort du roi Jean , il prit le titre de duc et celui de premier pair de France. tA ce brillant apanage vinrent se joindre, en 1384, les comtés de Bourgogne, de Flandre, d'Artois, de Réthel et de ÎS'evers, par la mort du comte de Flandre , dont il avait épousé la fille Marguerite. Charles V ratifia, en 1364 , la donation que le roi Jean avait faite à son frère do duché de Bourgogne, et le duc lui rendit hommage la même année. Ce-
I rendant la guerre se ralluma entre 'Angleterre et la France, et Philippe fut chargé de s'opposer au duc de Lancastre qui venait de descendre en Artois. Les ordres du roi lui prescrivirent une attitude d'observation et de prudence qui s'accordait peu avec l'impétuosité de son caractère. Il s'y résigna toutefois, et passa la campagne, dit un historien, à solliciter vainement la permission de livrer bataille. Cependant il perdit à la tin patience et se retira. Charles V, en mourant, appela le duc de Bourgogne a partager l'autorité avec le duc de Berri, son frère, pen* dant la minorité de Charles VI, quoi-
3ue la régence edt été attribuée aii*duc 'Anjou. Philippe eut bientôt mécontenté les courtisans, qui persuadèrent su jeune roi de gouverner par lui-même. La maladie de Charles VI lui fournit bientôt une occasion de ressaisir le pouvoir de concert avec le duc de Berri.
Mais le duc d'Orléans, frère du roi, parvint à le leur enlever, et la médiation de la reme put seule empêcher la
guerre civile d'éclater entre les Orléanais et les Bourguignons. Les conventions stipulées alors furent favorables à Philippe, qui reprit les rênes du gouvernement, ce qui alimenta cette haine mortelle qui régna entre les maisons de Bourgogne et d'Orléans.
Les États de Philippe, devenus si vastes à la mort du dernier comte de Flandre, dont sa femme était l'héritière, s'accrurent encore du comté de Charolais, qu'il acheta du comte d'Armagnac au prix de soixante mille francs d'or.
Le duc de Bourgogne visita l'Espagne en 1375. C'était depuis" longtemps un usage traditionnel des ducs de Bourgogne , de payer leur dette aux idées religieuses par un pèlerinage à Saint-Jacques en G alliée. Philippe le Hardi fut reçu en Castille, et comblé d'honneurs par le roi Henri de Transtamarre. Il mourut à Hall en 1404, âgé de soixante-sept ans, laissant pour successeur Jean sans Peur, son fils aîné. Il avait eu de son mariage avec Marguerite de Flandre cinq fils et quatre filles, au nombre desquels nous mentionnerons Antoine, comte de Bétbeletducde Brabant, Philippe, comte deNevers, qui périrent l'un et l'autre a la bataille d'Azincourt.
Telle était la magnificence et la fastueuse prodigalité de Philippe, que, malgré les immenses revenus de ses riches provinces et les moyens violents dont il usait parfois pour les accroître il mourut accablé de dettes. On eut peine à faire les frais de ses funérailles , qui mirent son successeur dans la nécessité de recourir à un emprunt.
Les meubles de son palais furent saisis et vendus à l'enchère, et sa veuve se vit réduite à déposer sur le cercueil du défunt sa bourse, ses clefs et sa ceinture, en signe de renonciation à la communauté des biens.
Jean sans Peur avait 36 ans lorsqu'il succéda à son père. Il devait à la valeur qu'il avait déployée dans sa première campagne, son surnom, assez semblable a ceux des princes de sa maison, qui rappellent, pour la plupart, des qualités guerrières. Si-
non 269
eismond, roi de Hongrie, menacé par les Turcs, avait fait un appel aux princes de la chrétienté; l'élite de la ehevalerie française avait répondu avec enthousiasme à cet appel ; le duc de Bourgogne, Philippe, demanda pour son (ils, connu alors sous le nom de comte de Nevers, le commandement de cette expédition. Les croisés traversèrent l'Allemagne, scandalisant les peuples par leur faste et leurs débauches, préludant par des pillages et des dévastations dont les chrétiens étaient victimes, aux prouesses qu'ils se promettaient contre les infidèles. Arrivés sur le théâtre de la guerçe, ils attaquèrent, contre l'avis prudent du roi de Hongrie, la puissante forteresse de Nicopolis, qui était tombée au pouvoir des Turcs. Bajazet accourut pouf la secourir. Les chevaliers français engagèrent l'action par un acte de la plus révoltante barbarie; ils massacrèrent les prisonniers qu'ils avaient faits, pour s'éviter les embarras qu'ils auraient pu leur causer pendant la bataille. La folle présomption qu'ils opposèrent aux avis de Sigismond sur la manière de combattre des Turcs et sur l'ordre qu'il convenait d'observer, rendit leur valeur inutile. L'impétuosité de leur premier choc rompit les lignes des Ottomans ; mais ils commirent l'imprudence de s'abandonner à la poursuite de l'ennemi, et le désordre qui se mit dans leurs rangs donna au sultan une victoire complète. Le comte de Nevers et ceux qui échappèrent au carnage mirent bas les armes.
Le sultan se les fit amener et les fit presque tous massacrer. Le comté dd Nevers et ceux dont on espérait une forte rançon furent seuls épargnés.
La rançon de Jean de Bourgogne fut fixée, par le vainqueur, à deux cent mille écus d'or. Les historiens du temps rapportent qu'il allait subir fe* sort de la plupnrt de ses compagnons, quand un astrologue lui sauva h vie eu disant à Bajazet qu'il lisait dans les traits du prisonnier qu'il causerait de grands maux aux chrétiens. Peu de temps après sa délivrance, le comte de devers devint duc de Bourgogne, et
justifia assez complètement cette douteuse prédiction. L'anarchie dans laquelle la France était plongée depuis la démence du roi, offrait a la turbulente ambition de Jean sans Peur l'occasion de s'immiscer dans ces désordres avec l'espérance d'en profiter.
Il se rendit à Paris, attiré par les ennemis secrets du duc d'Orléans. Il s'était donné le temps de rassembler des troupes. Le duc d'Orléans avait pour lui les classes élégantes. Jean sans Peur trouva tout prêts pour former sa faction, les bourgeois qui voyaient avec jalousie le luxe et l'insolence des hautes classes, le bas peuple et l'université où dominait l'esprit démocratique, et dont l'austérité condamnait avec amertume les mœurs relâchées de la cour.
A l'approche de Jean sans Peur, la reine et le duc d'Orléans s'enfuirent de Paris. Le premier soin du duc fut de convoquer les princes , les prélats qui se trouvaient dans la capitale, le recteur et les professeurs de l'université. Il leur rendit compte de sa conduite, et protesta de l'intérêt qu'il prenait au bien de l'État. Il prit pour organe Jean de Nielle, qui exposa longuement les mesures au moyen desquelles le duc entendait remédier aux calamités publiques. La harangue de l'orateur bourguignon fut fort applaudie, et la guerre civile devint imminente.
Le duc d'Orléans arma de son côté.
Les deux adversaires s'attaquèrent d'abord par des manifestes injurieux.
Jean sans Peur s'empara d'Argenteuil et y attendit son ennemi. Mais le frère du roi ne put réunir assez de troupes. La plupart des princes étaient demeurés a Paris, sous l'influence du duc de Bourgogne, qui les avait contraints de plier. Des conférences s'ouvrirent et amenèrent un arrangement. Les princes des deux partis s'embrassèrent, et le duc de Bourgogne eut une part dans le gouvernement. Mais cet accommodement n'était pas de nature à durer longtemps. Chacun prétendant attirer tout le pouvoir à soi, les deux adversaires vivaient dans un état d'hostilité qui s'aggravait de plus en plus. Vai-
nement le duc de Berri essaya de s'in* terposer entre eux comme médiateur.
Il crut les avoir réconciliés en les amenant à communier ensemble ; mais trois jours après cet acte solennel , où ils s'étaient juré amitié et fraternité , le duc d'Orléans , revenant le soir d'une visite qu'il avait rendue à la reine (voir l'art. Okl i ans [maison d'j), tomba au milieu d'une troupe d'hommes qui le massacrèrent. Aucun des assassins n'avait été reconnu, et on ne sut d'abord où trouver le coupable. On ordonna des recherches jusque dans l'hôtel du duc de Bourgogne , qui, présent au conseil quand cette mesure fut prise, changea de couleur et laissa échapper l'aveu de son crime. Deux des princes l'engagèrent à fuir; il s'élança a, cheval presque seul et gagna lès États de Flandre. Après son départ, le conseil prit la résolution de s'engager à reconnaître publiquement sa faute, et à donner quelque satisfaction qui permît à la clémence royale d'intervenir. Mais le duc fit distribuer par tous ses États un manifeste où il se déclarait en effet l'auteur du meurtre, mais s'en prenant aux crimes du duc d'Orléans, qui faisaient de lui, disaitil, un monstre indigne de vivre et l'avaient obligé de se défaire de lui. Puis il reprit le chemin de Paris avec mille hommes d'armes. Il fut reçu par le peuple avec enthousiasme , fit entourer son hôtel de retranchements , et demanda] au roi une audience qu'on n'osa lui refuser. Il s'y rendit, suivi d'une foule immense, et proposa de donner une justification publique de tout ce qu'il avait fait. Le dauphin et tous les princes, les docteurs de l'université et une foule immense assistèrent à cette cérémonie, où le docteur Jean Petit porta la parole pour le meurtrier, et outragea la mémoire du duc d'Orléans selon toutes les règles de la dialectique.
Cette harangue fut écoutée avec un grand silence et une patience dont l'orateur fut redevable à la terreur qu'inspirait le duc de Bourgogne. Personne n'interrompit et n'osa contredire, et le duc obtint du roi des let-
très d'abolition. Dès ce moment le gouvernement passa presque tout entier dans ses mains; il s'empara de l'éducation du dauphin , et mit dans les principaux emplois des hommes qui lui étaient dévoués ; mais les princes, effrayés de ses progrès et de son despotisme, s'entendirent secrètement, et formèrent une ligue contre lui. Le duc, informé à temps , fit entrer des troupes dans Paris, et força ses ennemis à signer un traité qui fut appelé Paix de Bicêtre. La principale clause était que les princes s'éloigneraient de Paris arec leurs troupes. Le duc de Bourgogne s'éloigna de son côté, mais il continua d'intriguer de loin,et(bientôt les deux partis armèrent de nouveau , malgré les défenses réitérés du conseil. Le jeune duc d'Orléans , chef du parti opposé au duc de Bourgogne , et Qui travaillait à venger son père , lui déclara de nouveau la guerre par un cartel , signé de lui et de ses trois frères. Ce cartel commençait de la sorte : 1 Charles, duc d'Orléans et de Valois, «comte de Blois , Philippe et Jean «d'Orléans, comtes de Vertus et d'An- ^ouléme, à toi Jean qui te dis duc « de Bourgogne, pour l'homicide horrible par toi, proditoi rement, de «guet-apens, et par tes assassins or-
■ dinaires, commis en la personne de « notre très-redouté seigneur et père,
■ prince, duc d'Orléans, frère unique « du roi »
LeducdeBourgogneavait réussi, par ses menées,à faire nommer un des siens, îe comte de Saint-Pol , gouverneur de Paris. Celui-ci s'appliqua à gagner la populace, qu'il regardait comme un instrument propre à l'exécution de ses desseins, et il arma une milice en partie composée de bouchers. Les deux armées se mirent en campagne, et ravagèrent la Picardie. Knèn la cour, cédant au parti le plus fort , se prononça pour le duc de Bourgogne , et déclara confisqués tous les biens de ceux qui prendraient fait et cause pour la faction opposée, connue sous le nom de faction d'Armagnac (Voyez Abmagnac).
Jean se mit en campagne avec une armée de 60,000 hommes, et fit le siège
de Ham' , qui résista fortement. Les deux partis demandèrent secours au roi d'Angleterre , et le duc de Bourgogne fut seul écouté (1411). Il recula cependant à l'approche du duc d'Orléans Ses partisans voulurent faire une sortie quand les Armagnacs s'approchèrent de Paris; mais ils donnèrent dans une embuscade, et se firent tailler en pièces. Il y eut alors de part et d'autre de sanglantes représailles.
Mais l'absence du duc compromettait le succès de sa cause ; sur les instances de son parti , il revint avec une poignée de troupes, débris de sa puissante armée, dont il n'avait pu prévenir la désunion. Sa présence calma et rassura les esprits. Il fit d'heureuses sorties , et reprit bientôt l'avantage. Il s'empara de la faible volonté du roi, le mena à Saint-Denis prendre l'oriflamme, et l'entraîna
I'usqu'au siège de Bourges. Des maadies et les pertes essuyées de part et d'autre ralentirent l'ardeur des combattants, et un arrangement fut accepté. Le traité de Bourges mit fin à la guerre (1413); mais le duc de Bourgogne, aussi difficile à contenter que ses rivaux, fomentait de nouveaux troubles dans Paris,' où il était resté. Il essaya de s'emparer du roi. Il l'alla trouver à l'hôtel Saint-Pol et lui proposa une partie de chasse au bois de Vincennes. Le prince y consentit; mais, averti à temps, il rebroussa chemin. Le duc de Bourgogne ayant manqué son coup, s'entuit en Flandre. De là, il mit tout en œuvre pour se justifier ; il écrivit au roi des lettres qui avaient pour but de préparer les voies à son retour ; mais il reçut l'ordre de ne point reparaître sous les murs de Paris, sous peine d'être traité en rebelle. Il se remit doncen campagne et entra en Picardie. Soissons, Compiègne et Troyes lui ouvrirent leurs portes ; il se fit livrer Saint-Denis par trahison, puis il envoya un héraut à Paris, pour dire qu'il se rendait aux ordres de Paris et du dauphin , qu'il venait les tirer de la captivité; mais on renvoya le héraut sans réponse. Il se présenta un jour à la porte Saint-
L'UNIVERS
BOIT
Honoré , et y resta en bataille une heure et demie ; mais il ne se fit aucun mouvement du côté des assiégés.
Le comte d'Armagnac leur avait fait défense de tirer une seule flèche. Le duc de Bourgogne apprit alors qu'une ordonnance venait d'être rendue, qui le déclarait auteur de tous les troubles du royaume, rebelle et ennemi de l'État, et convoquait l'arrière-ban de France pour marcher au plus tôt contre lui. Il reprit aussitôt le chemin de la Flandre. Son apologie du meurtre de Louis d'Orléans fut brûlée de la main du bourreau, et le peuple, en entendant la réfutation oui fut faite de cette pièce, en assemblée publique, prodigua au prince, dont il avait d'àtord fait un héros, les épithètes de traître et d'assassin. Le duc s'approcha de nouveau de Paris ; mais il s'arrêta à Lagny, qu'il abandonna au pillage en se retirant. Le long et inutile séjour qu'il y fit lui valut, de la part du peuple de Paris, le sobriquet de Jean de Lagny qui n'a hâte. Sa fille, veuve du jeune dauphin , lui fut renvoyée; mais il réclama vainement sa dot. Ce fut alors qu'il refusa des troupes pour repousser les Anglais , avec lesquels il traitait en secret. La mort du second dauphin, qui appelait à la couronne le jeune Charles, comte de Ponthieu, dont l'esprit était tout asservi à d'Armagnac, lui ayant alors fait perdre tout espoir de réussir par la voie des négociations, il ne ménagea plus rien, attaqua plusieurs places, s'en empara, et parvint enfin à enlever la reine qui était à Tours. Mais il échoua dans une attaque sur Paris. Quelques efforts tentés pour arrivera la paix furent sans résultat. Les propositions de Jean sans Peur étaient inacceptables. Enfin la trahison lui ouvrit une des portes de Paris. (Voir Pébiçiet le Clerc.) Il y retrouva sa popularité parmi les basses classes, que le comte d'Armagnac s'était aliénées. Il fut reçu en grande pompe. (Voir Cabochiens.)
Cependant le roi d'Angleterre, le belliqueux Henri V, voyant le parti qu'il pouvait tirer de ces déchirements intérieurs, se porta hardiment au cœur du
royaume; il était déjà maître de la Normandie lorsque les deux factions, alarmées, songèrent à négocier. Leurs chefs se rapprochèrent. Le dauphin et le duc se donnèrent rendez-vous près de Melun. Jean sans Peur se mit à genoux devant son jeune souverain. Le prince l'embrassa, et dit qu'il oubliait le passé. lisse promirentde vivre en bonne intelligence , et fixèrent à Montereau le lieu d'une nouvelle entrevue. Malgré les craintes et les défiances qui pouvaient subsister de part et d'autre, ils s'y rendirent, et chacun d'eux s'avança sur le pont, escorté de dix personnes de son choix. Les princes étant entrés, on ferma les portes des barrières qu'on avait élevées. Ce qui se passa alors est rapporté diversement par les chroniqueurs des deux partis. La seule chose certaine, c'est que le duc de Bourgogne fut massacré. Le dauphin, suivant l'opinion de quelques historiens , était étranger à ce meurtre ; mais le projet en était conçu depuis longtemps autour de lui par d'anciens serviteurs du duc d'Oréans, qui n'avaient cessé de chercher 'occasion de venger leur maître. Cette représaille terrible du meurtre de Louis d'Orléans frappa de stupeur la population, et fut regardée comme l'expiation du crime que le duc de Bourgogne avait commis.
Jean sans Peur, dont l'ambition désordonnée fut pour la France une des causes décisives des calamités de ce temps, laissa un souvenir cher à ses sujets de Flandre et de Bourgogne. Son humeur libérale, son courage et l'ascendant de son caractère lui avaient conquis la plus grande popularité. Il mourut le 11 septembre 1419.
Philippe dit le Bon, fils de Jean sans Peur, comte de Charolais, hérita du duch4de Bourgogne après le meurtre de son père. Obéissant aux sentiments de haine et de vengeance qui l'animaient contre le dauphin, il seconda de tous ses efforts les conquêtes de Henri V et ses prétentions à la couronne de France. Le traité de Troyes qu'il signa, portait que Henri V, après ta mort de Charles VI , succéde-