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rait à la couronne ; que Charles VI , Henri V et Philippe de Bourgogne ne feraient ni paix ni accord avec Charles, soi-disant dauphin , sinon de commun consentement et de concert avec les trois états des royaumes de Franne et d'Angleterre. 11 vint ensuite à Paris en compagnie des deux rois, vétu de deuil et suivi de sa noblesse, puis il se rendit à l'hôtel Saint-Pol qu'habitait le roi de France, et lui demanda justice.de l'assassinat de son père. Le roi la lui promit, accueillant ses plaintes contre le dauphin , .son Ois, et ceux qu'on accusait du meurtre. Puis , le ouc se rait en campagne et envoya offrir la bataille au dauphin. La mort de Henri V changea bientôt la situation des partis ; le duc de Bourgogne, mécontent des Anglais, ses allies, ne tarda pas à reconnaître la faute où le désir de la vengeance l'avait entraîné. Henri V, en mourant, avait surtout recommandé de retenir à tout prix le duc de Bourgogne; mais une insulte que ce dernier reçut du duc «Hlocester, et à laquelle i) répondit par un défi, contribua à rompre cette désastreuse alliance. Le dauphin , derenuroi par la mort de Charles VI, mit tout en œuvre pour ramener à lui leduc, qui se trouvait à peu près l'arbitre du sort de la France. Enfin , Philippe se rendit aux avances du roi , qui obtint une réconciliation aux conditions suivantes : « Que le roi dirait ou ferait «dire en son nom, par des personnes « notables, au duc de Bourgogne, que « le meurtre du duc Jean , son père , ■ avait été fait injustement et par mauvais conseil; que cette action lui avait « toujours déplu et lui déplairait toujours; et que s'il eût su ce dessein, « et qu'il eût eu l'âge et la connaissance « qu il avait précisément , il s'y fût op- « poséde tout son pouvoir. Qu'il priait «Je duc de Bourgogne d'oublier cette «injure et de se réconcilier sincèrement avec lui.» Après ce traité, daté d'Arras, le duc de Bourgogne fit exposerai! roi d'Angleterre les raisons qu'il avait eues de s'accommoder avec le roi de France, et l'engagea à suivre son exemple. Mais ses envoyés furent
mal accueillis et faillirent être massacrés par la populace de Londres. L'An-
?;leterre, irritée de sa défection, ne ravailla plus qu'à lui susciter des embarras. La guerre s'alluma ; et le duc* après plusieurs combats, se mit en marche pour assiéger Calais. Sa flotte approcha pour seconder l'entreprise; mais les Gantois, qui formaient le principal corps de son armée, se retirèrent, fatigués des lenteurs du siège. Après 6'étre rendu à Bruges pour apaiser une de ces séditions où se porta si souvent cette grande commune, il fit une nouvelle tentative sur Calais et ne réussit pas mieux.
Le duc Philippe donna ensuite au roi, en plusieurs occasions, des preuves de son retour sincère et d'une fidélité qui l'honore. En effet, quand le dauphin , depuis Louis XI , parvint à entraîner dans sa révolte contre son père une partie des plus puissants vassaux de la couronne, le duc Philippe , sollicité de se joindre à lui, resta inébranlable. En vain le dauphin le fit-il supplier de lui envoyer quelques secours et de lui accorder refuge dans ses États en cas de besoin : le duc lui fit ré^ pondre qu'il y serait toujours bien venu, mais qu'il ne ferait rien pouf le soutenir contre le roi ; qu'il interviendrait seulement entre eux comme médiateur, et s'efforcerait de les réconcilier. Il voulut aussi effacer les restes d'animosité qui subsistaient entre les maisons de Bourgogne et d'Orléans. Charles d'Orléans , fait prisonnier à Azincourt, n'avait pas recouvré la liberté; Philippe le Bon paya deux cent mille écus d'or pout sa "rançon, et lui fit épouser sa nièce, mademoiselle de Clèves. Quand le dauphin se fut réfugié dans ses États, il écrivit à Charles VII pour l'en prévenir, et ne voulut pas accueillir le rebelle avant d'avoir une réponse de son père (1456). Il reçut le prince à Lille, et s'efforça de le ramener à des sentiments d'obéissance. Cependant quelques défiances de la part du roi, a qui on avait fait prendre de l'ombrage contre le duc de Bourgogne, amenèrent des préparatifs de guerre,
auxquels le duo, tout en protestant , répondit de son côté.
Peu de temps après, la mort du roi Charles survint ; Philippe prêta serment de foi et hommage à son successeur, et raccompagna lors de son entrée à Paris. La ligue du bien public se forma ensuite; le duc de Bourgogne, alarmé par des avis secrets qu'on lui fit parvenir sur les desseins de Louis XI a son égard , s'enfuit d'Hesdin où . le roi devait se rendre pour l'entretenir.
Il mourut à Bruges, après le traité de Conflans , en 1467 ; sa mémoire resta chère aux peuples de ses vastes domaines, dont une administration paternelle accrut considérablement la prospérité. Il favorisa surtout le commerce de la Hollande. Son équité , sa modération, sa clémence, lui donnent un caractère à part parmi les princes de sa maison. Il eut pour héritier son fils Charles, comte ae Charolais.
Charles , comte de Charolais , duc de Bourgogne , surnommé le Téméraire, fils de Philippe le Bon et d'Isabelle de Portugal , naquit à Dijon , le 30 novembre 1433. Il fit ses premières armes fort jeune à la bataille de Rapelmonde, et s'y comporta avec cet impétueux courage qui devint plus tard son seul guide. Il voua à Louis XI, avec qui ne devait pas sympathiser un homme de cette nature , une haine implacable , qui lui fit prendre les armes contre lui , lors de la ligue du bien public. Il entraîna dans cette guerre le duc Philippe son père, et marcha sur Paris à la tête de vingt mille hommes. Il établit son camp près* Montlhéry, où il rencontra l'armée royale. Il ne s'épargna pas dans le combat , et y courut de grands dangers. L'honneur de la journée lui resta. Il se porta de là sur Etampes, pour se joindre aux ducs de Bern et de Bretagne ; mais Louis XI , voyant le danger grandir , ne songea plus qu'à Técarter quelque prix qu'il dût lui en coûter, et il parvint en effet à un arrangement dont l'avantage n'était pas pour lui. Le comte de Charolais s'était à peine mis en possession des domaines auxquels la paix de Conflans
lui, donnait droit, qu'il marcha sur Liège , pour y apaiser la révolte que Louis XI y avait suscitée. Cette puissante commune, qui s'était liguée avec le roi de France, avait fait irruption dans les comtés de Brabant et delSamur. Le comte s'y porta avec son impétuosité ordinaire. Incapables de résister seuls, les Liégeois implorèrent l'intervention du vieux duc , et se soumirent aux dures conditions que le vainqueur leur imposa. Mais, le danger écarté, et sur la promesse d'un secdurs de Louis XI, ils reprirent les armes après la mort de Philippe le Bon.
Charles les .défit encore, entra dans leur ville par la brèche, l'épuisa d'argent , en enleva les armes , et la fit démanteler. Des négociations suivies entre le roi et le duc amenèrent l'entrevue de Péronne , où Louis XI agit comme eût pu le faire Charles le Téméraire. Il se mit à la merci de son ennemi , au moment même où deux envoyés secrets excitaient de nouveau en son nom les Liégeois à la révolte.
Cette nouvelle parvint au duc et le mit en fureur. Il s'emporta contre Louis , l'accusant de perfidie et de trahison. Pendant huit jours, le duc flotta incertain sur le sort qu'il ferait à son prisonnier. « La premier jour, dit Commines , ce fut tout effroi et murmure par la ville. Le second jour, ledict duc fut un peu refroidy ; il tint conseil la plupart du jour et partie de la nuict. Le roy faisoit parler à tous ceux qu'il pouvoit penser qui lui pourroient aider , et ne falloit pas à promettre , et ordonna distribuer quinze mille écus d'or ; mais celui qui en eut la charge en retint une partie , comme le roy sceut depuis. Le roy craignoit fort ceux qui autrefois l'avoient servi. A ce conseil dont j'ai parlé, y eut plusieurs opinions. La plupart disoient que la sûreté qu'avoit le roi lui fût gardée, veu qu'il accordoit assez la paix en la forme qu'elle avoit été couchée par escript. Autres vouloient sa prise rondement, sans cérémonie... Ceste nuit, qui fut ,la tierce, ledict duc ne se dépouilla oncques , seulement se coucha par deux
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ou trois fois sur son lit, et puis se pourmenoyt (car telle estoit sa façon quand il estoit troublé). Je couchay ceste nuict en sa chambre , et me pourmenay avec lui plusieurs fois.
Sur le matin, se trouva en plus grande colère que jamais , en usant de menaces , et prêt à exécuter grand chose.
Toutefois, il se réduisit en sorte, que si le roi juroit la paix , et vouloit aller avec lui à Liège, il se contenteroit. » Louis XI, trop heureux d'échapper à ce prix, consentit à marcher contre ses amis. Les deux princes coururent devant Liège un grand dan-
Ser ; cependant Charles çrit la ville 'assaut et la livra au pillage.
Mais cet accord forcé ne fut pas de longue durée. La guerre des deux roses, qui désolait alors l'Angleterre, fut poiwr eux un prétexte de rupture.
Le duc de Bourgogne, toujours prompt à l'attaque , commença le premier les hostilités. Cependant le roi était arrivé à son but, de ramener à lui les puissants feudataires de la couronne. Une trêve d'un an fut conclue ; et le duc, à l'expiration de cette trêve, porta le fer et le feu dans la Picardie , s'y empara de plusieurs places , dont il fit massacrer tous les habitants ( voyez Nesle ) ; mais il ne fut pas heureux devant Beauvais, où il essuya de grandes pertes (voyez Beauvais). Il se jeta alors sur la Normandie, et poussa jusqu'à Rouen (1472). Les négociations recommencèrent ensuite. Charles prit deux ans de repos, puis il résolut de frapper un coup plus décisif : il s'allia au roi d'Angleterre, Édouard IV, et tous deux préparèrent, mais sans résultat, une attaque formidable. L'ambition de Charles était de faire ériger en royaume ses vastes États; et, parmi ses projets grandioses et chimériques, était celui 3e s'emparer de toute la vallée du Rhin , depuis Bâie jusqu'à Nimègue.
Ce projet inquiéta les Suisses , que Louis XI avait attirés dans son alliance, et leur fit conclure une ligue avec les villes du Rhin. Charles s'attira, par ses desseins imprudents et par sa politique malhabile, un nouvel ennemi dans le
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jeune ducde Lorraine, René, qui osa loi déclarer la guerre, le tenant sans doute pour fort compromis par tant d'ennemis qu'il s'était faits. La France , l'Empire, la Lorraine et les Suisses étaient en armes contre lui. Il laissa échapper l'alliance de l'Angleterre, entreprit le siège de Nuits, qu'il poussa avec une vigueur qui lui valut le surnom de Terrible , puis il se rendit maître de Nancy et de toute la Lorraine ; après quoi il tourna ses efforts contre les Suisses. Il espérait , une fois maître de leurs montagnes , s'ôuvrir un débouché dans le Milanais, qu'il convoitait. Il s'avança à la tête de seize mille hommes , et campa près de Lausanne. « Il alla ensuite , dit Connûmes , mettre le siège devant une place appelée Granson..!; se rendirent à lui ceux de dedans à volonté, lesquels il fit tous mourir. Les Suisses s'étoient assemblés , non point en grand nombre ( car de leurs terres ne se tirent point les gens que Ton pense , et encore moins lors que maintenant ; car , depuis ce temps , la plupart ont laissé le labeur pour se raire gens de guerre; et de leurs alliés en avoient peu avec eux ; car ils estoient contraints se hâter pour secourir la place)... Le duc de Bourgogne , contre l'opinion de ceux à qui il en demandoit, délibéra d'aller au-devant d'eux à l'entrée des montagnes.»
Les Suisses laissèrent l'ennemi s'engager sur ce champ de bataille dangereux , et fondirent sur lui comme un torrent , en faisant une terrible décharge. La peur fit reculer les premiers rangs, qui rompirent le gros de l'armée. La déroute fut complète et prompte ; il n'y eut pas d'autre- combat. Le duc, désespéré, fit de vains efforts pour rallier ses troupes ; il fut entraîné lui-même et contraint de fuir.
Cette première atteinte portée à sa réputation militaire grossit la ligue de ses ennemis. Cependant il ne4 renonça pas à prendre une revanche.
Il parvint à mettre sur pied vingtcinq mille hommes, rentra sur les terres des Suisses , et vint assiéger Mo«at. Le duc René de Lorraine, îm-
{)atient de recouvrer ses États, était à a téte de l'armée des alliés. Il eut recours à une ruse de guerre pour engager le combat avec avantage, et fondit sur les Bourguignons à ('improviste. L'attaque fut si brusque et si vive qu'il passa sur les premiers rangs ennemis et pénétra dans le camp du duc de Bourgogne. La déroute causée par la terreur qu'il y ré- - pandit fut presque aussi soudaine qu'à Granson. Une partie de l'armée vaincue se noya dans le lac. Le duc de Bourgogne ne put sauver ni bagage, ni artillerie, et s'enfuit, accompagné seulement de quelques cavaliers. Les vainqueurs profitèrent de l'état de pénurie où se trouvait leur ennemi pour attaquer la Lorraine ; c'était un témoignage de reconnaissance pour le général à qui ils devaient leur dernière victoire. La place de Nancy tomba en leur pouvoir. Le duc de Bourgogne accourut, et y mit le siège (1477). Il s'y entêta avec une poignée d'hommes que les maladies mettaient pour la plupart hors de combat. Les ennemis prirent l'offensive ; il les attendit de pied ferme avec son incorrigible obstination. Sa faible infanterie ne put résister aux Suisses , et s'enfuit. On chercha longtemps, après le combat, ce que le duc était devenu; il n'était point au nombre des fuyards, personne ne Pavait vu tomber dans la bataille ; mais le page d'un seigneur italien assura qu'il avait été tué, et indiqua le lieu où son corps devait être. On l'y trouva en effet, nu , couché sur le ventre , le visage attaché aux glaçons du marais. Son corps portait trois blessures. Le duc de Lorraine le fit transporter à Nancy ; on l'exposa sur un lit de parade, et René, prenant la main du mort, lui dit: «Voaine « ait Dieu, vous nous avez fait moult « de maux et de douleurs. »
Ainsi devait périr cet homme violent et aveugle par l'orgueil , tout animé des passions du moyen âge , et dont la valeur et l'ambition féodales ne pouvaient mettre un obstacle durable a la formation de la nationalité française.
Bourgogne (Louis , duc de) , petitfils de Louis XIV et père de Louis XV, naquit à Versailles le 6 août 1682 , et mourut subitement le 18 février 1712, dans le cours de sa trentième année.
Il est peu de princes dont l'éducation ait été l'objet d'autant de soins : à l'âge de sept ans, Louis XIV lui donna pour gouverneur le vertueux duc de Beauvilliers, et pour précepteur l'immortel Fénelon, auquel tut adjoint l'abbé de Fleury, en qualité de sousprécepteur. Pour lui , Fénelon écrivit ses fables, ses dialogues et son Télémaque; pour lui encore, la Fontaine composa quelques-uns de ses derniers chefs-d'œuvre. Après lui avoir enseigné la religion , la morale , l'histoire et les belles-lettres, on ne négligea rien pour l'initier aux mystères de la politique. Dans ce but, l'archevêque de Cambrai , toujours animé du plus ardent patriotisme, conçut le plan d'une vaste enquête sur l'état de la France , et fit demander à tous les intendants du royaume des informations détaillées sur les antiquités de chaque province, sur les anciens usages et les anciennes formes de gouvernement des pays réunis à la couronne (*).
Après son éloignement des affaires, Fénelon ne cessa pas d'avoir les yeux fixés sur son élève , auquel, de temps en temps, il parvint à adresser d'admirables lettres. Le marquis de Saint-Simon profita de l'intimité que le duc de Beauvilliers avait aidé à établir entre lui et le jeune prince, pour l'entretenir souvent de ses plans de réforme. Enfin , le grand roi , qui avait toujours tenu son fils en dehors de toute participation aux' affaires de l'État, initia lui-même son petit-fils aux secrets du gouvernement, et donna aux ministres Tordre de travailler avec lui. Il était difficile assurément de faire plus pour l'héritier de la couronne. Aussi, tous les partis plaçaient-ils en lui les plus belles espérances, lorsqu'il mourut avant l'âge , du même mal qui , six jours auparavant, avait enlevé l'ai-
(*) Voyez Aug. Thierry, Récits des temps mérovingiens, 1. 1, p. 5o et suivantes.
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mable princesse Adélaïde de Savoie , sa femme, et, vingt jours plus tard, emporta son fils aîné, le duc de Bretagne. Le duc d'Orléans, depuis régent de France, et la duchesse de Berri , l'un et l'autre de mœurs dissolues, furent accusés par la rumeur publique de la mort de ces trois membres de la famille royale. Saint-Simon lui-même attribue le trépas dè la duchesse de Bourgogne à une tabatière empoisonnée, qui lui avait été donnée par un duc dont il a cru devoir taire le nom. Mais , si étrange que paraisse encore aujourd'hui ce sinistre événement, si opportun qu'il ait été pour l'ambitieux duc d'Orléans , de pareils soupçons ne doivent pas être accueillis sans les preuves les plus certaines.
Ce qu'aurait fait le duc de Bourgogne, s'il était monté sur le trône, personne ne saurait l'affirmer. Les uns , et c'est le plus grand nombre, prétendent qu'il aurait réalisé des merveilles ; suivant les autres , il n'eût été qu'un fort mauvais prince.
Cette diversité d'Opinions, choquante en apparence , est néanmoins motivée par les changements brusques que son naturel n'a que trop souvent présentés. Né avec un caractère altier et des passions d'une violence extrême, il s'amenda peu à peu , et , cédant aux nobles efforts de son entourage, il devint doux, affable, studieux, plein de piété, modeste et presque timide.
Tel il était, du moins, lorsqu'à dixhuit ans il sortit des mains de son illustre précepteur. Mais il y eut toujours une lutte intérieure entre son naturel de prince et la seconde nature que l'éducation lui avait faite. Tant que Fénelon ne le quitta pas , la seconde nature fut la plus forte ; Fénelon une fois parti, les passions innées, vainement combattues par des scrupules religieux et par une dévotion monacale, cherchèrent à reprendre le dessus et ne réussirent malheureusement que trop.C'est ce dont il est faci le de se convaincre par le portrait qu'a tracé, dans son style original et plein de verve, le marquis de Saint-Simon , un des personnages qui l'ont approché de plus
près et qui lui ont porté le plus d'attachement : « Ce prince naquit terrible, « et sa première jeunesse fit trembler : « dur et colère jusqu'aux derniers em- « portements et jusque contre les cho- « ses inanimées; impétueux avec fu- « reur, incapablede souffrir la moindre « résistance, même des heures et des « éléments, sans entrer dans des fou- « gues à faire craindre que tout ne se « rompît dans son corps ; opiniâtre à « l'excès, passionné pour toute espèce «de volupté, et des femmes, et, ce « qui est rare à la fois, avec un autre «penchant tout aussi fort. Il n'aimoit « pas moins le vin , la bonne chère, la « chasse avec fureur, la musique avec « ravissement, et le jeu encore, où il « ne pouvoit supporter d'être vaincu, « et où le danger avec lui étoit ex- « trême ; enfin , livré à toutes les « passions et transporté de tous les « plaisirs •, souvent farouche, naturel- « lement porté a la cruauté; barbare en « railleries et à produire les ridicules « avec une justesse qui assommoit. De « la hauteur des cieux, il ne regardoit « les hommes que comme des atomes « avec qui il n'avoit aucune ressem- « hlance , quels qu'ils fussent. A peine « messieurs ses frères lui paroissoient- « ils intermédiaires entre lui et le « genre humain. L'esprit , la pénétrait tion brilloient en lui de toutes parts : « jusque dans ses furies , ses réponses « étonnoient. Ses raisonnements ten- « doient toujours au juste et au pro- « fond, même dans ses emportements.»
Saint-Simon parle des miracles qu'avait opères l'éducation sur le duc de Bourgogne; il dit que grâce aux soins de ses directeurs, puis Dieu aidant, quand le prince eut atteint sa dix-huitième année, l'œuvre fut accomplie, et de cet abîme sortit un prince affable , doux, humain, modéré, patient, modeste, pénitent, et, autant et quelquefois au delà de ce que son état pouvait comporter, humble et austère pour soi.
Mais la peinture qui précède et qui s'applique évidemment à l'homme fait confirme ce que nous avons déjà dit, et montre combien l'éloignement de l'archevêque de Cambrai avait été fu-
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neste h son royal élève. Il y a plus : indépendamment de ses mémoires, Saint- Simon a laissé un Discours sur monseigneur le duc de Bourgogne, du 25 mai 1710, adressé à M. le duc de Beauvilliers, qui l'avait demandé; le prince a va i t'a lors vingt-neuf ans, et, comme toujours, l'écrivain avait de lui l'idée la plus favorable : cependant il résulte de la lecture de ce discours, que si le duc de Bourgogne était bien pénétré des principes de la religion et de la morale, il avait l'esprit rétréci par la dévotion; qu'il répétait sans cesse des refrains d'enfant, qu'il aimait à étouffer des mouches dans l'huile, à faire fondre de la cire, à remplir de poudre des crapauds vivants pour jouir de l'explosion du malheureux animal; qu'il lui échappait au dehors trop de mouvements peu dignes de l'âge et du rang. Il aimait avec passion la duchesse de Bourgogne, qu'il avait épousée en 1697; mais, pour ce qui le concernait lui-même, il ne savait pas contenir les jeunes dames du palais de la duchesse dans les bornes du respect qu'elles lui devaient, et dont nulle gaieté n'excuse qui en sort ni gui l'endure. L'arrangement de ses journées était tel, que sa vie s'écoulait dans son cabinet ou parmi une troupe de femmes, chose d'autant plus surprenante, dit Saint-Simon , qu'il n'y étoit pas porté par ses plaisirs. Voilà, certes, bien des ombres au tableau. La manière peu brillante dont le duc de Bourgogne s'acquitta de ses fonctions de généralissime de l'armée d'Allemagne en 1701 , et de celle de Flandre en 1702, ne donne pas non plus une haute idée de sa capacité militaire. Il est vrai qu'il n'était réellement qu'en second sous les ordres du duc de Vendôme; il faut ajouter pour son excuse qu'il n'avait encore appris la guerre que dans les livres, qu'il débuta au moment de nos revers , et qu'il se trouva en présence de terribles rivaux. Près de Nimègue, il déploya du courage dans un combat de cavalerie, et en 1703 on lui lit honneur de la prise de Brisach , que les manœuvres de Villars avaient forcé de capituler. En réalité, il se distin-
guait dans les camps plutôt par sa piété que par ses conceptions stratégiques. Ayant été forcé un jour d'établir son quartier général dans un couvent de religieuses, il en eut de grands scrupules , et écrivit à ce sujet à Fénelon qui le rassura. C'est ce qui explique comment un de ses menins osa lui dire : « Monseigneur, je ne sais si vous « aurez le royaume du ciel; mais pour « celui de la terre, le prince Eugène et « Malborough s'y prennent mieux que « vous. » Ses démêlés avec le duc de Vendôme contribuèrent autant que sa dévotion aux revers de nos armées. Il faut convenir aussi que Louis XIV avait commis une grande faute en choisissant un pareil moment pour lui faire commencer son apprentissage, et en opposant à la coalition triomphante une armée avec deux chefs et par conséquent sans général.
Il est difficile, d'après tout ce qui précède, de s'expliquer l'engouement national dont le duc de Bourgogne était l'objet. Ce qui peut le faire comprendre, c'est la nature des idées politiques dont il était ou passait pour être le partisan. Qu'il eût un système bien arrêté, cela est d'autant plus douteux, qu'il paraissait imbu lur-même de principes assez peu homogènes, et qu il avait puisé ses inspirations, pour ainsi dire, à deux sources différentes. Ainsi Fénelon s'était attaché à lui inspirer avant tout l'amour du peuple et le sentiment de l'égalité; tandis que le marquis de Saint-Simon, renchérissant encore sur les préjugés aristocratiques du comte deBouïainvilliers, réveillait sa morgue de grand seigneur, et voulait lui faire prêter les mains à une espèce de restauration de la féodalité et à une résurrection de la caste nobiliaire. Pour la politique aussi bien que pour le reste, il y avait anarchie dans son âme. Sa première pensée, en prenant les rênes de l'État, c'eût été de tirer Fénelon de son exil, et de lui donner la haute main dans les affaires publiques. C'est ce qu'il aurait pu faire de plus beau, et cette douce perspective devait beaucoup plaire à la France.
Mais aurait-il longtemps résisté aux
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séductions du parti de la noblesse? Le vieil homme se réveillant en lui n'aurait-il pas abandonné l'archevêque de Cambrai , qui lui-même n'aurait peutêtre jamais pu acquérir cette énergie pratique avec le secours de laquelle Richelieu a su' régner tout en restant ministre? Ce sont là autant de problèmes. Ce qui est certain, c'est que le prince héréditaire prononça quelquefois de belles paroles et s'occupa d'utiles réformes. « Le pauvre peuple , dit-il un jour, doit être quelquefois consulté. » Il se proposait de convoquer les états généraux, et même de créer des états particuliers pour arriver à une assiette équitable de l'impôt; ces différents corps auraient été choisis par des électeurs des trois ordres, et auraient été convoqués à des époques périodiques. On assure que telle est la substance des projets que Louis XIV trouva dans la cassette de son petitfils et s'empressa de jeter au feu. Instruit par les revers du grand roi, et, comme il arrive presque toujours, tombant d'un excès dans l'autre, il avait pour la paix une prédilection qui n'aurait pas été sans inconvénient, mais qui plaisait à un peuple épuisé par tant de sacrifices et surchargé d'impôts.
Nous avons essayé de montrer ce qu'il y avait de bien et de mal dans ce prince, dont Voltaire a fait un si pompeux éloge. Ce qui l'honore le plus, c'est son attachement profond pour l'archevêque de Cambrai, attachement qui ne s'est jamais démenti ; c'est le respect dont il a toujours entouré la duchesse de Bourgogne, dont l'aimable douceur n'avait pas peu contribué à adoucir l'âpreté de son caractère; ce sont enfin ses efforts personnels pour triompher de ses passions, et les bonnes intentions avec lesquelles il paraît avoir abordé l'étude de questions politiques.
Boubgogne (théâtre de l'hôtel de).
— Les confrères de la Passion, associés aux enfants de Sans-Souci , ayant dû quitter l'hôtel de Flandre, que François Ier faisait démolir , achetèrent, vers 1548, une grande partie du
terrain de l'ancien hôtel des ducs de Bourgogne , dans la rue Mauconseil , et y firent bâtir un théâtre. Leur nouveau privilège , concédé par arrêt du 17 novembre 1548, leur interdisait la représentation des mystères sacrés, et leur enjoignait de se borner aux sujets profanes, licites et honnêtes.
Se voyant peu à peu abandonnée par le public , la confrérie , comme nous l'avons déjà dit à l'article Art dramatique (t. Ier, pag. 370), loua, en 1588 , la salle et son privilège à une troupe récemment formée. Une autre compagnie en prit possession en 1598, et en tut déclarée seule propriétaire, par arrêt du conseil de 1629. — Les
Ïirincipaux acteurs de ce théâtre , qui ut 1' origine du Théâtre-Français , étaient , a cette dernière époque , Robert Guérin , dit Lafleur ou Gros- Guillaume; Hugues Guérin , dit Fléchelle ou Gautier-Garguille ; Boni/ace; Henri Ijegrand, dit Belleville ou Turlupin ; Deslauriers, dit Bruscambille, tous acteurs burlesques ; Pierre Lemesier , dit Bellerose, qui fut directeur de la troupe , et créa les principaux rôles des premières pièces du grand Corneille ; Alison , qui jouait les servantes et les nourrices , dans un temps où les femmes ne montaient pas encore sur la scène ; Jodelet, qui représenta le valet du Menteur ; enfin la Beaupré y la première femme qui parut sur le théâtre, où elle créa, en 1634 , les rôles de soubrette dans la Galerie du palais, de Corneille. Après 1650 , on vit s'élever de nouveaux théâtres, qui, pour la comédie, rivalisèrent avec l'hôtel de Bourgogne : le théâtre du faubourg Saint-Germain , où débuta Molière , et qu'on nomma Villustre théâtre, puis successivement les théâtres du Petit-Bourbon et du Palais-Royal ; où la troupe de notre premier comique- jouait alternativement avec les Italiens (voyez Théatbe). Ce fut cependant toujours à l'hôtel de Bourgogne que jouèrent les meilleurs acteurs tragiques , et que furent représentées les meilleures tragédies. Ce fut là que jouèrent Floridor , Baron père , Brécourt, la Bé-
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iarl, belle-mère de Molière, et surtout la célèbre Champmeslé. Ce fut là que Ton représenta les premières pièces de Corneille , depuis le Cid jusqu'à la Mort de Pompée, et toutes les tragédies de Racine, depuis Andromaque jusqu'à Phèdre. Tandis que les comédiens de Monsieur quittaient, après la mort de Molière, le Palais-Royal pour la salle Guénégaud , où la troupe du Marais était venue se fondre avec eux, l'hôtel de Bourgogne était en proie à l'anarchie. Ses meilleurs acteurs l'abandonnèrent pour le théâtre de la rue Guénégaud ; et çè fut dans cette dernière salle que se" trouvèrent définitivement réunis, en 1680, tous les comédiens français. Alors les comédiens italiens se séparèrent d'eux , et vinrent habiter seuls l'hôtel de Bourgogne jusqu'en 1697, époque où le roi lit fermer ce théâtre , parce qu'on y avait désigné, dit-on, madame de Maintenon dans une pièce intitulée : la Fausse prude. Après une interruption de dix-neuf ans, une nouvelle troupe italienne s'y établit, et joignit à l'ancien répertoire , les comédies françaises de Marivaux , de Sainte-Foix ,* de Boissy, etc.; en 1762, on y entendit encore les opéras comiques de Philidor, de Monsîgny, de Grétry, etc., et après la suppression de la comédie italienne, en 1779 , les drames de Mercier , des vaudevilles, de petites comédies de Mon.it), des opéras comiques de Marsol lier, etc. Eniin, en 1783, cette antique salle fut démolie; et, à l'endioit même où l'on avait entendu tant de chefs-d'œuvre de poésie et de musique, fut élevée la halle aux cuirs.
Bolûgoin (Edmond), prieur des jacobins de Paris, manifesta un grand fanatisme pendant les troubles de la ligue. Il osa, dans ses sermons, prendre la défense de son confrère Jacques Clément, le meurtrier de Henri III, comparer cet assassin à Judith et le proclamer martyr. Ennemi furieux de Henri IV, il excita sans cesse Je peuple contre ce prince. En 1589, à l'assaut d'un faubourg de Paris, il fut pris les armes à la main par les soldats du Béarnais. L'année suivante, le parle-
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ment de la ville de Tours, où il avait été conduit, le condamna au supplice de la roue.
Bourgoin (Étienne), tambour à la 56e demi-brigade de ligne, s'avança témérairement au milieu des Suisses* à l'affaire de Villebœuf. Les ennemis voulurent, en lui appuyant la baïonnette sur la gorge, le forcer à crier vice Berne, Il ne leur répondit que par des cris de vive la république, répétés jusqu'à ce que l'ennemi lui eût tranché la tête.
Boubgoin (Thérèse), née à Paris, en 1781, Gt ses débuts sur la scène du Théâtre-Français, en 1800. Sans être dépourvue d'un certain mérite, mademoiselle Bourgoin s'est acquis du renom, moins par son talent que par l'éclat de sa beauté et la facilite de ses mœurs.
Boukgoing ( François ) , troisième général de la compagnie de l'Oratoire, fut un des six premiers prêtres qui s'associèrent au cardinal de Bérulle , lorsque , dans les premières années du dix- septième siècle, ce prélat fonda la congrégation de l'Oratoire, dans le but de rétablir la discipline ecclésiastique que les guerres civiles avaient beaucoup relâchée, comme aussi peut-être pour enlever à l'influence ultramontaine ce qu'elle avait d'excessif, et rendre le retour des jésuites impossible. Fort de la protection de Richelieu , le P. Bourgoing consacra tous ses efforts à la consolidation de la nouvelle communauté, dont il voulait faire une espèce de corps enseignant pour Je clergé français. Ne reculant devant aucun obstacle , ne se laissant décourager par aucune tracasserie , il fut, dans cette voie , le digne continuateur du cardinal de Bérulle. Le principal objet de son ambition, c'était de donner à la congrégation de l'Oratoire une organisation stable et régulière.
A cet effet, il fit un grand nombre de règlements , auxquels on a justement reproché quelque chose de trop minutieux , mais qui avaient tous en vue le maintien du bon ordre. Bossuet, qui l'estimait beaucoup , prononça
pour lui sa première oraison funèbre.
Borne, oi m; (Jean) , avocat générai du bailliage de Nevers , écrivit, au commencement du dix-septième siècle, une Histoire de Louis de Gonzague, duc de Nevers.
Boubgoing (Jean-Fr. , baron de), appartenant à la même famille que les précédents et que le suivant, fut tour à tour militaire et diplomate. Placé à l'école militaire en 1760, il s'y Ct remarquer par son intelligence, et, lorsque Pâris Duverney, fondateur de cet établissement , forma le projet de produire quelques-uns de ses élèves dans la carrière de la diplomatie, il jeta les yeux sur le jeune Bourgoing, et l'envoya étudier le droit a Strasbourg.
Après avoir suivi avec assiduité les leçons du professeur Kugler, il fut reçu, en 1764, officier au régiment d'Auvergne, et attaché à la légation française près la diète de l'Empire.
Pendant l'absence du ministre plénipotentiaire et du secrétaire de légation, il fut chargé, à dix-neuf ans, de la correspondance avec le ministère, et fit preuve d'un talent au-dessus de soo âge ; mais ayant osé faire des représentations à M. de Choiseul qui lui avait adressé un ordre dont /exécution répugnait à son caractère, il faillit perdre le fruit de son rapide avancement; car, bien que ses représentations eussent été accueillies, on le renvoya à son régiment. M. de Montmorin , ambassadeur en Espagne, le demanda à M. de Vergennes, en 1777 , comme premier secrétaire de légation ; et , lorsque cet ambassadeur quitta Madrid , M. de Bourgoing remplit les fonctions de ministre , sous le titre de chargé d'affaires, jusqu'à l'arrivée du duc de Lavauguyon, au mois de mai 1785. M. de Bourgoing revint alors en France, et fut nommé ministre plénipotentiaire dans la basse Saxe, en 1787. Il quitta, en 1792, la résidence de Hambourg pour aller remplir les mêmes fonctions auprès de la cour d'Espagne, dont il calma pendant quelque temps les dispositions hostiles. Après le 9 thermidor (juillet M. de Bourgoing
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fut envoyé à Figuières pour négocier un traité de paix avec l'Espagne.
Sans emploi sous le Directoire, mais rappelé à ses fonctions diplomatiques après le 18 brumaire, et nommé ministre plénipotentiaire en Danemark, il se rendit en mars 1800 à Hambourg, où pendant cinq mois il fut occupé de négociations très-importantes; il alla ensuite à Copenhague, et remplit l'année d'après les mêmes fonctions à Stockholm. De retour à Paris, en 1803, il reçut des reproches très-vifs du premier consul pour avoir prononcé à Stockholm, à son audience de réception , un discours qui semblait annoncer le retour en France du système monarchique. Bonaparte, qui ne voulait pas encore heurter les idées républicaines, le priva de ses fonctions, mais finit par lui pardonner,, et le nomma, en 1807, envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire près du roi de Saxe. Dans ce dernier pays , il fut atteint d'une maladie grave, et mourut le 20 juillet 1811.
Il était né à Nevers le 20 novembre 1748. Parmi les ouvrages qu'il composa dans ses loisirs , on doit citer celui qui a pour titre : Tableau de l'Espagne moderne, et V Histoire de l'empereur Charlemagne, traduction libre de V allemand , du projesseur Hegewisch, avec un avant- propos, quelques notes , et un supplément du traducteur, 1805, in-8°.
Ses trois Armand- Marc-Joseph f Paul et Honoré , ont suivi la carrière militaire et se sont distingués dans les guerres de l'empire.
Boubgoing (Noël), conseiller au parlement de Paris, fut, en 1534, le principal rédacteur de la Coutume de Nivernais, qu'il fit imprimer en 1535, avec une préface composée par lui.
D'après l'opinion de Guy-Coquille, son petit-neveu, Noël Bourgoing etaitd'ea;cellent iugement , savoir et promptitude. Il avait, de son temps, la réputation d'un homme extrêmement érudit.
Bourgtheboude , bourg de Normandie, à seize kilomètres sud-ouest de Rouen, érigé en baronnie en 1617.
Boukgujeil, en latin, BuroyUim^
petite ville de l'ancien Anjou , à quatorze kilomètres de Tours, aujourd'hui chef- lieu de canton du département d'Indre-et-Loire , possédait, avant la révolution , une célèbre abbaye d'hommes de l'ordre de Saint-Benoît, fondée en 990 par Guillaume de Poitiers, qui, la même année , fut défait par Hugues Capet, dans une sanglante bataille, près de cette ville. Bourgueil possède un collège communal ; sa population est de trois mille cinq cent cinquante habitants.
Boubguet (Louis), savant distingué, né à Nîmes le 23 avril 1678, s'occupa d'archéologie , d'histoire naturelle et de littérature. On lui doit la découverte de l'alphabet étrusque, et il fut un des premiers à s'apercevoir que ce n'était qu'un très-ancien alphabet grec. Proscrit, dès sa jeunesse, par la révocation de l'édit de Nantes , il passa une grande partie de sa vie à voyager, et visita particulièrement l'Italie, la Suisse, l'Allemagne et la Hollande. Il fut honoré du choix de l'Académie de Berlin; celle de Tortone l'appela également dans son sein. Une chaire de philosophie et de mathématiques fut créée pour lui par le conseil de Neufchâtel, ville où il mourut le 31 décembre 1742, universellement regretté.
Bourgueville (Charles de), sieur de Bras, naquit à Caen, le 6 mars 1501 , d'une famille qui occupait depuis longtemps un rang distingué dans la magistrature. Ayant d'abord embrassé cette carrière, il la quitta ensuite pour aller à la cour de François Ier. Après avoir rempli quelques charges importantes , telles aue celle de lieutenant général du bailli de Caen, en 1568, il s'en défit sur ses vieux jours , pour se livrer tout entier à l'étude. Il mourut en 1593. 11 a laissé entre autres ouvrages : Recherches et antiquités de la Neustrie, et plus spécialement de la ville et université ae Caen et lieux circonvoisins les plus remarquables, Caen, 1588, in-8° et in-4° ; réimprimé à Rouen en 1705, in-4°. Quoique défectueux sous beaucoup de rapports, ce livre contient
une foule de renseignements d'un grand prix.
Boubguignon-Dumolàbd (Claude- Sébastien), né à Vif, près Grenoble, en 1760, remplit d'abord, dans cette dernière ville, des fonctions administratives et judiciaires. Arrêté, après le 31 mai, comme chef des fédéralistes du Midi, il fut rendu à la liberté, et vint à Paris, où il changea de nom, pour échapper à la loi des suspects.
Mais il reparut, aussitôt après le 9 thermidor, sur la scène politique. Ce fut lui qui fut alors chargé d'apposer les scelles sur les papiers des deux Robespierre. Nommé bientôt après secrétaire du comité de sûreté générale, il devint ensuite secrétaire général du ministère de la justice, commissaire du directoire près le tribunal civil de Paris et la cour de cassation , et ensuite ministre de la police. Remplacé dans ce poste par Fouché, quelque temps avant le 18 brumaire, il fut tait régisseur de l'enregistrement et des domaines , et plus tard , conseiller à la cour de justice criminelle, magistrat de la haute cour impériale, enfin conseiller à la cour royale de Paris. Mis à la retraite, après la seconde restauration, avec le titre de conseiller honoraire, il se borna au rôle d'avocat consultant. Il est mort à Paris en avril 1829. On a de lui plusieurs ouvrages, parmi lesquels nous citerons seulement : Trois Mémoires sur l'institution du jury et les moyens de le perfectionner, an x, 1804-1808 , 3 part.
in-8°.
Boue guignons , nom donné, sous le règne de Charles VI , aux partisans de Jean sans Peur, duc de Bourgo-
S ne , par opposition aux partisans du uc d Orléans, que Ton nommait Armagnacs (voyez Armagnacs , Roi hgogne (Jean sans Peur, duc de), Caboche , Cabochiens , Chaperons
BLANCS, etc.)
Boubguignons (loi des). — (Voyez
LOIS DES BABBABES.)
Bourguignote , espèce de casque ouvert , assez semblable aux casques romains , et muni seulement sur les côtés de deux larges plaques carrées
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appelles oreillettes , et quelquefois d une paire de jugulaires qui s'attachaient sous le menton. — Les bourguignotes , dont l'etymologie indique sans doute l'origine, étaient fort employées vers le milieu du quinzième siècle. On en voit de très-Delles au musée d'artillerie de Paris (numéros 181 à 190).
Boubi, terre et seigneurie du Vexin français , à cinq kilomètres sud-ouest de Gisors , érigée en marquisat en
Bourignon ( Antoinette ) , née à Lille en 1616, s'imaginait avoir reçu du ciel une mission divine. Disgraciée par la nature, mais aussi spirituelle que laide , entraînée par une imagination sans frein , naturellement portée aux idées mystiques , elle mena la vie la plus irréguliere et la plus extravagante. Sa difformité ne l'empêcha pas d'être recherchée plusieurs fois en mariage ; mais jamais elle ne voulut consentir à se donner un maître. Quand elle eut atteint sa vingtième année , ses parents s'etant décidés à l'unir à une personne de leur choix , elle se déguisa en homme , et prit la fuite, au moment où tout était prêt pour la cérémonie. Alors , grâce à la protection de l'archevêque de Camoray, elle entra dans le couvent de Saint-Symphorien. Elle y passa son temps â expliquer des idées réformatrices à ses compagnes , et allait fuir avecquelques-unesdecellesqu'elleavait converties , si on ne se fût aperçu à temps de ses projets. Après la mort de ses parents, devenue maîtresse d'une fortune assez considérable , elle fut nommée directrice de l'hôpital Notre- Dame des Sept-Plaies , à Lille. L'agitation de son caractère ne lui permit pas de rester longtemps dans ces fonctions paisibles. Chaque jour , en proie à de nouvelles extases et à de nouvelles visions, elle résolut de quitter la France , et parcourut la Flandre , le Brabant et la Hollande, espérant y être mieux comprise. Elle eut en eftet un moment de vogue à Amsterdam , où elle se lia. avec une foule de réformés, d'anabaptistes et de rab-
T. m. 18e Livraison. (Dict. en<
bins ; mais ayant eu l'imprudence de mêler la politique à la religion, elle fut contrainte de quitter précipitamment cette ville . et de se réfugier dans le Holstein , à Noordstrandt , île conquise sur la mer , où elle avait acquis une propriété. Là encore , elle éveilla l'attention des magistrats, qui lui défendirent de faire usage d'une imprimerie dont elle se servait pour publier ses ouvrages, en français, en allemand et en flamand , et qui finirent par la chasser. Elle fut également expulsée de Hambourg et de l'Oost-Frise ; à Strasbourg, le peuple la prit pour une sorcière , et elle taillit être lapidée. Cette vie errante l'exposa , comme on pense, à toutes sortes de dangers. Toutefois elle prétendait avoir un préservatif contre la violence.
D'une grande chasteté , elle se vantait d'inspirer cette vertu à ceux qui l'approchaient. D'après son portrait , on pourrait l'en croire sur parole. Il n'en fut rien cependant , et elle eut plusieurs fois à lutter contre les entreprises les plus audacieuses. Elle mourut, le 30 octobre 1680 , à Franeker , sans que l'âge eût rien fait perdre à l'activité de son esprit. Elle disait que la véritable Église avait péri , et que Dieu l'avait chargée de lui rendre une vie nouvelle. Un culte intérieur , sans aucune cérémonie , tel était l'idéal qu'elle semblait poursuivre. Elle proscrivait l'aumône, comme une charité insuflisante , et parce que les pauvres peuvent en faire un mauvais usage ; mais elle encourageait les établissements publics fondés pour leur soulagement: et, en mourant , elle légua tous ses biens à l'hôpital des Sept-Plaies. Parmi ses principaux sectateurs, on remarque JNoëls, secrétaire de Jansénius ; le P. de Cordt , prêtre de l'Oratoire de Malines, qui l'institua son héritière ; et Nicolas Henning. Elle écrivit beaucoup; la collection de ses œuvres s'élève a vingt-deux: gros volumes. Poiret, théologien mystique de la communion protestante, et partisan déclaré de Descartes , a mis en système les opinions d'Antoinette Bourignon , dans son ouvrage de i'£-
(CL., etc.) 18
Bou L'UTrtVERS. *àv
tonomie de la nature. La secte des Éourignonistes s'est peu développée ; cependant elle prit un instant quelques racines en Écosse.
Bourignon (François-Marie) , mérite d'être cité pour 'quelques ouvrages sur les antiquités nationales, entre autres pour ses Recherches topographiques sur les antiquités gauloises et romaines de la Saintonge et de tAngoumois, 1789, in-8°. On a également de lui des Observations sur quelques antiquités romaines déterrées au Palais- Royal, 1789, in-8°. Le godt de l'archéologie lui vint d'une façon singulière : des enfants ayant découvert en jouant une urne remplie d'objets précieux , quelques-unes des médailles qu'elle contenait tombèrent dans les mains de Bourignon encore jeune, qui éprouva un vit désir de les examiner et de les l'expliquer. Après ce premier essai , qui fut heureux , il se mit à étudier les nombreuses ruines qui existent à Saintes, sa ville natale. Bientôt il fit dans cette étude des progrès extraordinaires pour son âge ; mais le manque de fortune ne lui permettant pas de se livrer exclusivement à sa vocation naturelle, il embrassa la carrière médicale. Esprit vif et brillant , mais mobile et un peu superficiel , il rechercha aussi les succès littéraires , publia quelque's petites pièces de théâtre , et rédigea , sous le titre de Journal de Saintonge, une feuille hebdomadaire, à laquelle il sut donner de l'intérêt.
Emporté vers les idées nouvelles, Bourignon épousa avec ardeur la cause de la révolution. Non content de la défendre par ses écrits, il voulut en prêcher de vive voix les principes dans les campagnes ; mais il fut maltraité dans un village, et mourut, en 1792, des suites de cette scène violente. Il était né en 1755. On le désigne quelquefois sous le nom de Bourguignon.
Bourre ( Jean-Ra mond-Charles) , né à Lorient, en 1773, d'une famille irlandaise, qui avait suivi les Stuarts enf France, entra, en 1787, dans le régiment de Wels. et fit partie, à l'âge de 14 ans, dfe l'expédition de Cochin-
chine. Il était, en 1792, à Saiirt-tUc^
mingue, où il fut blessé en défendant la porte de Genton. De retour en France, il passa à l'armée des côtes de Cherbourg, puiss'embarqUa,en l'an vi, comme chef de bataillon , dans la brigade étrangère qui fit partie de l'escadre que conduisait en Irlande le capitaine de vaisseau Bompart. Fait prisonnier à bord du bâtiment qu'il montait , il fut échangé, et remplaça, en l'an TOI, le général Humbert dans le commandement supérieur de Lorient. Il prit part, en l'an x, à la tête de 300 hommes de la marine, à l'expédition de Saint-Domingue, et fut nommé, à son retour, en l'an xi, I eutenant-colonel aide de camp du général Davoust, qui commandait le troisième corps de l'armée d'Angleterre. Il se distingua dans tous les engagements de la flottille françaisequi eurent lieu entre Flessingue et Ambleteuse , et principalement à celle de messidor, an xin, sous le cap Grinez.
Durant l'empire, comme pendant le consulat et la république, Bourke soutint avec un rare courage l'honneur des armes françaises. A la bataille d'Austerlitz, avec une partie du 15' léger, il contint l'ennemi, qui voulait prendre en flanc notre armée, et déjoua toutes ses tentatives. Dans ht campagne de Prusse, il s'empara (Tuft équipage de pont sur la Saale, et porta les postes de cavalerie légère jusqti'à Freyberg. Cette belle action lui mérita le titre ue commandant de la Légion d'honneur. Dans la deuxième campagne d'Autriche, en 1809, sa rare opiniâtreté contribua puissamment à la prise de trois mille Autrichiens qui défendaient une des portes de la ville de Ratisbonne. Sur le champ de bataille de Wagram , où il eut deux chevaux tués sous lui, il fut nommé général de brigade. L'armée anglaise ayant débarqué dans File de Walcheren, il se porta en toute hâte à Anvers et entra, à la tête de sa brigade, le 15 novembre 1809, dans le fort de Batz, et à Flessïngue, le 15 décembre de la même année.
De 1 81 0 à 1 81 3, il se signala par des prodiges de valeur en Espagne, où il cul-
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botî
buta toutes lès bandes de Mina. Nommé lieutenant général et gouverneur de Wesel, le 7 novembre 1813, il ne consentit à rendre cette place aux Prussiens que sur l'injonction de Louis XVIII. De même, en 1815, ce ne fut qu'en exécution des traités de Paris qu'il remit à l'armée russe la rille dë Givet, dont Napoléon lui avait confié la défense; il se retira alors avec le peu d'hommes qui lui restaient, dans la citadelle de Charlemdht, où 11 se maintint tant que dura l'irivasion étrangère, et qu'il eut ainsi la gloire de conserver à la France. Eu 1822, le général Bourke fit la campagne d'Espagne. Ce n'était pas un tacticien de premier ordre, mais son impétuosité et sa constance le rendaient terrible dans un coup de main. Rien ne put refroidir Son ardeur, ni l'âge, ni les blessures, ni la richesse. II aimait la France avec passion et donna, comme on Ta vu, de nombreuses preuves de son patriotisme. Aussi peut-on dire qu'il fut Un des meilleurs soldats de cette légion irlandaise, qui en renfermait de si braves et qui se montra si fidèle à la France, sa patrie adop-
Doublé (Jacques), né dans le courant du seizième siècle, à Longménil, diocèse de Beauvais, docteur de Sorbonne et curé de la paroisse Saint- Germain le Vieil, de Paris, s'est fait connaître par la publication d'un grand nombre d'ouvrages. Nous nous bornerons à citer les Regrets sur la mort hastive de Charles IX, roi dp. France \ Paris, 1574, in-8°, livre dans lequel domine une certaine exaltation catholique. On pèut adresser le même reproche à son Discours sur la prise de Mende par les hérétiques, en 1563, Paris, 1580, in-8°. Cest à tort que
BotJRLEMOrtT (Louis de), fût envoyé à Pise, en 1664, par Louis XIV, pour obtenir réparation des insultes qui avaient été faites au duc de Créqui, lors de son ambassade à Rome. Il négocia le traité de Pise, dans lequel étaient stipulées les excuses qui devaient être adressées au roi de France.
Bouhlette, bourlote ou bourelet) espèce de massue armée de clous , fort en Usage dans les guerres du moyen âge.
Boubmont, Burnohis mons, petite ville de l'ancien Bassighy, à quatre myriamètresdeChaUmont, aujourd'hui chef-lieu de canton du département de la Haute-Marne. Cette ville, dont la population n'est que de onze cent dix-huit habitants , possède une bibliothèque de huit mille volumes.
Quelques auteurs font remonter l'originede Bourmontà l'époque gauloise.
Boubmont (Louis-Auguste-Victor, comte de Graines de) , né en 1773, était officier aux gardes françaises quand la révolution éclata. Opposé aux idées constitutionnelles, il émigra dès 1789. devint aide de camp du prince de Condé, avec lequel il pénétra en Champagne, Ht la campagne de 1 793 , une partie de celle de 1794, et passa dans la Vendée, où il fut fait major général de l'armée commandée par M. de Scépeaux. Hoche étant parvenu à pacilier la Vendée , le comte de Bourmont , qui avait déjà été une première foi* envoyé eh Angleterre par les Vendéens, retourna à Londres, d'où il fit tous ses efforts pour rallumer la guerre civile. Nommé , par le comte a' Artois, commandant des provinces du Maine, du Perclie, etc., il revint en Bretagne dans les premiers mois de 1799, passa dans le Maine* et se mit à la téte des royalistes <
3uelques bibliographes ont distingué avec lesquels il attaqua les républieux auteurs du même nom, l'un s'ap- cains à Saumur , et remporta un pelant Jacques et l'autre Jean; les sucrés important qui ne tarda pas à deux Bourlé n'en font qu'un, et Ter- grossir sa troupe. Il pénétra ensuite reur paraît uniquement provenir de ce dans la ville du Mans, où vivra longque le prénom de Bourlé a quelque- temps le souvenir des ravages et des lois été désigné seulement par la lettre massacres auxquels se livrèrent ces initiale J en tête de ses ouvrages, furieux, et dont la responsabilité doit Jacques Bourlé vivait encore en 1584. peser sur le chef qui ne fit rien pour
BOIT
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les prévenir. Cependant les victoires des troupes républicaines aya'it enlevé aux reb lies tout espoir de succès, le comte de Bourmont abandonna leur cause et lit sa soumission à la république. Il vint s'établir à Paris, ou il épousa mademoiselle de Bec de Lièvre, d'une ancienne famille de Bretagne. Se montrant alors très- empressé de plaire au premier consul, il réussit, en courtisan adroit , à lui inspirer de la confiance et acquit du crédit auprès de lui. Le jour de l'explosion de la machine infernale , il se rendit dans la loge de Bonaparte et demanda la punition des jacobins qu'il accusa d'être les auteurs de cet attentat. Mais cette dénonciation avait donné des doutes au gouvernement sur la bonne foi du comte de Bourmont; Fouché, ministre de la police , fit surveiller sévèrement sa conduite. Quelque temps après, de nouveaux soupçons s' étant élevés contre lui , il fut renfermé au Temple, transféré ensuite à la citadelle de Dijon , et de là à celle de Besançon, d'où il réussit à s'évader deux ans après, et se réfugia en Portugal avec sa famille. Ses biens ne furent point séquestrés. Rentré en France après la prise de Lisbonne par le général Junot, en 1808, le comte de Bourmont, qui n'avait encore montré qu'un attachement fort suspect à la nouvelle cause qu'il avait embrassée,
Karut alors s'y dévouer franchement, fut nommé colonel adjudant-comniandant de l'armée de Naples , d'où il passa à l'état-major du prince Eu-
Sène, avec lequel il fit la campagne e Russie. Employé en 1813, dans le 11e corps, il assista aux batailles qui furent livrées sur les bords de l'Elbe. Nommé général dans le courant d'octobre de cette année , il eut , en 1814, le commandement d'une brigade du corps de réserve , avec lequel il se signala par sa défense de Nogent, où il fut blessé. Sa belle conduite, dans cette circonstance, lui valut le grade de général de division. Il n'en fut pas moins un des premiers à reconnaître l'autorité du roi Louis XVIII, qui le décora du titre de grand of-
ficier de la Légion d'honneur et le nomma commandant de la 6e division militaire à Besançon. Il était encore dans cette ville à I époque où Napoléon débarqua sur les côtes de la Provence.
L'ordre lui fut alors donné de se réunir au maréchal Ney, et il fut témoin de la défection des troupes. Pendant les Cent jours, M. de Bourmont se rendit à Paris , s'insinua de nouveau dans les bonnes grâces de l'empereur, et obtint le commandement de la 6e division du «orps d'armée, commandé par le général Gérard. Il prit la route de Flandre ; et, la veille de la bataille de Waterloo , il passa à l'ennemi. Il figura ensuite dans les procès du maréchal Ney et du général Bonnaire , et contribua beaucoup par ses dépositions à la condamnation du premier. En 1816, il fut nommé commandant de l'une des divisions de la garde royale. Lorsqu'en 1823 , l'armée française entra en Espagne , le comte de Bourmont y commanda la division d'infanterie de la garde royale attachée au corps de réserve. En 182'J, il fit partie du ministère Polignac, avec le portefeuille de la guerre. Ce fut lui qui, en 1830, commanda l'expédition d'Alger. Il dut à cette circonstance de n'être pas impliqué dans le procès des ministres après la révolution de juillet. Charles X , après ia prise d'Alger, n'avait pas craint de nommer M. de Bourmont maréchal de France; le nouveau gouvernement fut mieux inspiré, en refusant de lui reconnaître ce titre, et en lui donnant le lieutenant - général Clausel pour remplaçant dans le gouvernement d'Afrique. Depuis lors, M. de Bourmont essaya de ranimer la guerre de la Vendée, où il accompagna la duchesse de Berri dans sa folle entreprise. Il mit aussi son talent militaire au service de don Miguel en Portugal. Ce dernier acte a autorisé le gouvernement à lui appliquer tout récemment les dispositions du code concernant les Français qui servent en pays étranger sans autorisation :
M. de Bourmont a cessé d'être Français. Telle devait être la fin de l'homme
BOU FBJ
qui abandonna la Vendée pour la république, Napoléon pour les Bourbons , les Bourbons pour Napoléon , puis enfin, par une dernière trahison, la plus infâme de toutes , déserta les rangs français au moment du combat.
Vainement ses fils , animés de sentiments qui les honorent , ont tout fait pour laver son nom : il est des taches qui ne s'effacent pas. La France admire leur piété filiale, elle plaint leur malheureuse destinée ; mais , tout en les plaignant , elle ne peut sacrifier l'honneur national à des exigences de famille, et persiste dans sa triste conviction. D'ailleurs , que pourrait son indulgence contre la flétrissure historique de Tordre du jour qui annonce la désertion de leur père; contre cette autre flétrissure historique renfermée dans ce mot de l'empereur à Sainte- Hélène : « Bourmont est une de mes erreurs. »
Boubnazel , terre et seigneurie dans le Bouergue , à trente-quatre kilomètres nord-est de Montauban , érigée en marquisat en 1624.
Boubnon ( Jacques-Louis , comte 4}, né à Metz, quitta le service militaire à l'époque de la révolution , et a/fa grossir le nombre des émigrés.
Après avoir fait la campagne de 1792, il se rendit en Angleterre, où il s'adonna exclusivement à son goût pour les sciences naturelles. La minéralogie, spécialité dans laquelle il avait déjà acquis quelque renom, fut le principal objet de ses études, et il ne tarda pas à être admis dans le sein de la société royale de Londres. Il fut un des savants qui contribuèrent le plus a la formation de la société géologique , dont les travaux ont aidé la science à faire de nouveaux progrès.
Revenu à Paris, en 1814, M. de Bournon reprit le chemin de Londres, en 1815, et ce ne fut qu'après ia seconde restauration qu'il effectua son retour définitif en France. Alors Louis XVIII le nomma directeur général de son cabinet de minéralogie.
Bournon - Mallarmé (comtesse de), membre de l'Académie des Arcades de Rome, née à Metz, en 1754,
a publié un grand nombre de romans, dont la plupart ont eu du succès à l'époque où ils ont paru , mais qui sont complètement oubliés maintenant. (Voyez Romans.)
Boubnon ville, terre et seigneurie du Boulonnais , à douze kilomètres E. de Boulogne , érigée en duché en
Bourotte (dom François-Nicolas), bénédictin de la congrégation de Saint- Maur, fut un de ceux oui terminèrent l' Histoire générale au Languedoc, dont le cinquième volume, publié par dom Vaissette, s'arrêtait à l'année 1643. On a en outre de lui : Mémoire sur la description géographique et historique du Languedoc, 1759, in - 4° ; Recueil de lois et autres pièces relatives au droit public et particulier du Languedoc. Paris, 1765, in-4°; Arrêts et décisions qui établissent la possession de souveraineté et propriété de Sa Majesté sur le fleuve le Rhône d'un bord à l'autre. Paris , 1^65, in-4°; Précis analytique du procès intenté à la province au Languedoc par les états de Provence, concernant le Rhône et ses dépendances. Paris, 1771, in-4°. Dom Bourotte était né à Paris en 1710; on ne sait pas au juste la date de sa mort.
Bourotte, sergent d'artillerie, s'aperçut, le 16 avril 1807, au siège de Nice, qu'un obus venait de traverser le parapet et de s'introduire dans le petit magasin à poudre de la batterie où il savait que plusieurs bombes et obus chargés étaient déposés. Sans hésiter, Bourotte pénètre en rampant sur les genoux dans ce réduit , où la mort paraissait inévitable; il saisit l'obus, recule et le fait rouler au milieu de la batterie, où il éclata à l'instant sans blesser personne. La croix de la Légion d'honneur fut accordée à ce brave.
Bourreau. Voyez Exécuteur des arrêts de justice criminelle.
Bourrée. — Cette danse , d'un mouvement fort gai, et à deux temps, est originaire d'Auvergne. A la voir aujourd'hui à Paris , reléguée , avec ses petites allures , dans quelques ca-
278 • jwwj ^phitos. mv
barets fréquentés par de pauvres Au- tjon des colliers et des dossiers des
vergnats , qui devinerait le rôle bril- selles ; les autres parties de l'équipe*
lant qu'elle a longtemps joué en ment étant du ressort d'autres corpo-
France? Introduite à la cour par Mar- rations, telles que celles des selliers,
guérite de Valois, fille de Catherine des lormiers, ou faiseurs de brides
de Médicis , qui avait les jambes fort et de mors , des blasonniers et des
belles , la bourrée y succéda aux bas- chapuiseurs de selles et d'arçons. Ces
ses danses, où l'on marchait au lieu corporations si voisines devaient sou-
de sauter. Elle fut très à la mode de- vent empiéter les unes sur les autres;
puis Charles IX jusqu'à Louis XIII, et aussi elles étaient souvent en contes-
redevint en vogue sous la régence. Au- tation , et le soin de les maintenir
jourd'hui par un effet des vicissitudes dans leurs attributions respectives
éternelles de la mode, elle est bannie n'était pas le moins pénible de ceui
de la bonne société, où la basse danse auxquels devait se livrer la garde de
a repris son empire. la prévôté de Paris.
Boubrée (Edme-Bernard), né à Di- Du reste, les statuts de la commu-
jon en 1652, et mort dans la même nauté des bourreliers n'avaient pour
ville, le 26 mai 1722, était de {a con- objet que d'assurer la bonne qualité
grégation de l'Oratoire. Prédicateur, des objets fabriqués par ces artisans,
théologien, il a, en outre, composé un Ils ne contenaient aucune disposition
assez grand nombre d'ouvrages. Quel- remarquable, et qui mérite d être ci-
ques-uns touchent indirectement à tée. Au moment où les corporations
l'histoire de France, comme les Con- furent supprimées , il fallait , pour
j'érences ecclésiastiques du diocèse de être admis dans ce|le des bourreliers,
Langres. 1684, 2 vol. in-12, et VA- avoir fait cinq années d'apprentissage,
brégé de la vie du père François de deux années de compagnonnage, et
Çluny, prêtre de V Oratoire.' 1C98 , présenter un chef-d'œuvre, dont lef
in-12. fils de maîtres seuls étaient exempts.
Boubbelieb (Nicolas (je Malpas) , Le brevet coûtait soixante-iiouze li-
né à Dole en 1606, fut conseiller au vres, et la maîtrise neuf cent cinquante
parlement de Franche-Comté en 1674, livres.
et mourut dans sa ville natale en 1681. Boubbienne (Louis- Antoine Fan
Nous ne le mentionnons ici que parce velet de), né à Sens en 1769, fut à
qu'il prononça, en 1632 , I Oraison l'école de Brienne le condisciple,
funèbre de Cleriadus de l'ergy, gou- l'ami et le confident de Napoléon. Ii
verneur de Franche-Comté. alla ensuite à Leipzig étudier le droit
Boubbeuebs. — La corporation et les langues étrangères; puis il visita
des bourreliers était une des plus arç- la Pologne, et , à son retour en France
ciennes de Paris. La chevalerie, et les en 1792, il fut nompié secrétaire de
jeux que préférait la noblesse, avaient, légation à Stuttgardt, oy il se rendit
dès les premiers temps du moyen quelques jours avant' le 10 août. La
âge, donné naissance a de nombreux guerre qui éclata entre l'Allemagne et
métiers, qui s'étaient partagé la fabri- la France le ramena un instant à Pa-
cation des divers objets qui compo- ris; mais il retourna presque aussitôt
saient l'équipement du chevalier et le à Leipzig, et s'y maria. Ses intelli-
harnachement de sa monture. Ces mé- gences avec un agent de la république
tiers, plus nombreux qu'on ne le croi- française excitèrent les soupçons des
rait d'abord, parvinrent bientôt à un émigrés, alarmèrent les autorités, et
assez haut degré de prospérité, puis- l'électeur de Saxe ordonna l'arresta*
qué les artisans qui les pratiquaient tion de ces deux personnages. Après
trouvaient, en se livrant aux spéciali- soixante-dix jours de captivité, de
tés les plus restreintes, les moyens de Bourrienne fut mis eh liberté, mais il
s'enrichir. Les bourreliers, par exem- se vit forcé de quitter immédiatement
pie, ne ^occupaient que de la fabrica- la Saie et de rentrer |en France. 11
JBQU FRANCE. BQU 27S
avait été inscrit sur la liste des émigrés : quoique n'inspirant que peu de confiance au gouvernement, il parvint cepeudant à se faire rayer. Mais il resta dans l'oubli jusqu'en 1797, époque où des triomphes dont l'histoire n'offre point d'exemple fixaient déjà sur Napoléon l'attention du monde.
Bourrienne se décida alors à écrire à son ancien condisciple pour lui demander l'autorisation de se rendre au-
frès de sa personne. Le général de armée d'Italie l'imita à venir le joindre sur-le-champ à Gratz en Styrie , et dès qu'il fut arrivé, il le Ht son secrétaire intime, l'emmena dans toutes ses expéditions, l'établit auprès de lui au palais des Tuileries, et le fit nommer conseiller d'État, le 20 juillet 1801 ; mais cet excès de confiance et de faveur cessa tout à coup. Compromis par la banqueroute de la maison Coulon, de Bourrienne ne put cacher la part qu'il avait prise aux opérations de cette, maison, et INapoléon, irrité, l'éloigna de son cabinet. Il parvint pourtant, aidé de Fouché, à se faire nommer chargé d'affaires de France à Hambourg, avec le titre d'envoyé extraordinaire près le cercle de Basse- Saie. 11 conserva cet emploi jusqu'en 1810, époque où des plaintes nombreuses engagèrent l'empereur à envoyer à Hambourg un homme de confiance pour v examiner la conduite du charge d'affaires. Ce commissaire évalua à deux millions de fr. les exactions commises par de Bourrienne. Napoléon se montra indulgent, et condamna seulement le coupable à restituer la moitié de cette somme. Mais cette affaire avait entraîné des longueurs, et 1814 était déjà arrivé que Bourrienne n'avait pas encore effectué sa restitution. A peine le gouvernement provisoire fut-il institué, qu'il alla offrir ses services au prince de Talleyrand. Celui-ci lui fit donner la direction générale des postes, et le gouvernement provisoire lui accorda la remise du million que l'empereur l'avait condamné à restituer. Mais à l'arrivée de LouisXVllI, de Bourrienne fut obligé de céder sa place à M. Ferrand. Il fat alors nommé
conseiller d'État honoraire. Le 12 mars 1815. au moment où l'empereur sortit de l'île d'Elbe, de Bourrienne fut nommé préfet de police. Son premier acte fut de signer Tord re d'arrêter le duc d'Otrante (Fouehe), qui lui avait rendu d'eminents services. Il alla ensuite avec d'autres transfuges, dont il était le digne collègue, composer Je conseil de cette dynastie que l'étranger nous imposait, et contre laquelle la France épuisée faisait ses derniers efforts.
Louis XVIII le nomma alors son chargé d'affaires à Hambourg; mais il n'eut pas le temps de remplir cette place.
Après la seconde restauration, il fut nommé conseiller d'État, et, peu de temps après, fut envoy é par le département de l'Yonne à la chambre des députés. Il y vota constamment avec la majorité. Réélu en 1821, il sapa sans ménagement, dans son rapport sur le budget, les institutions libérales, et rien de tout ce qui tient à la gloire de la nation ne fut épargné; aussi reçut-il de l'opposition le surnom d'Omar. Réélu à la chambre septennale, il y vota dans le sens de M. Je Villèle, dont il rédigeait, dit-on, chaque année le budget , service qui était annuellement payé au prix de cent mille francs. Mais bientôt le dérangement de sa fortune devint iel , qu'il fut forcé de s'enfuir en Belgique pour échapper à ses créanciers. Il se réfugia a Fontaine-l'Évêque, près Charleroy, chez la duchesse de Brancas, et trouva le moyen de s'y créer de nouvelles ressources, en vendant pour soixante mille francs, au libraire Ladvocat, le droit de publier, sous son nom, dix volumes deses mémoires. Ces mémoires, rédigés sur des notes fournies par de Bourrienne, par M. de Villemarest, contiennent sur Napoléon des calomnies qui ont achevé de perdre Bourrienne dans l'opinion publique. Cet homme était encore en Belgique à l'époque de la révolution de juillet. La nouvelle de cet événement le chagrina vivement. Son esprit s'égara tout a fait, et l'on fut obligé de le conduire près de Caen,dans une maison destinée au traitement des
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L'UNIVERS
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aliénés. C'est là qu'il mourut en 1834.
Bourru (Edme-Claude), dernier doyen et bibliothécaire de l'ancienne faculté de médecine de Paris, mort en 1823, à quatre-vingt-seize ans, est auteur d'un assez grand nombre de traductions de livres anglais, et de quelques ouvrages qui ont eu peu de succès. Nous citerons seulement son Éloge funèbre du docteur Guillotin, 1814, in-4°.
Boursault (Edme), né à Mucitl'Évéque en Bourgogne, au mois d'octobre 1638 , et mort à Montluçon , le 1 5 septembre 1 70 1 , est un de ces auteurs dramatiques qui, au dix-septième siècle, eurent de la vogue à défaut de gloire, et dont quelques productions sont encore estimées aujourd'hui. On joue et on applaudit encore le Mercure galant , qui est la meilleure comédie de Boursault. Lorsqu'il vint à Paris, en 1651, il ne savait encore que le patois de sa province; quelques années après il était devenu un écrivain assez remarquable pour qu'on le chargeât de composer un livre destiné à l'éducation du dauphin. Boursault plaisait par les qualités du cœur, aussi bien que par celles de l'esprit ; son caractère franc et ouvert lui fît beaucoup d'amis. Il fut lié avec la plupart des gens de lettres ses contemporains , si l'on en excepte Molière, contre lequel il se crut des griefs et qu'il eut l'imprudence d'attaquer dans une satire. Molière prit sa revancke dans Y Impromptu de Versailles, et nomma même son adversaire dans la scène où il le jouait. Ce qui fait plus d'honneur à Boursault que tout l'esprit qu'il mit dans cette querelle, c'est la manière dont, à une autre époque de sa vie , il se conduisit à l'égard de Boiieau. Étant receveur des tailles à Montluçon, il apprit que Boiieau , qui était venu à Bourbonne pour sa santé, se trouvait, par le manque imprévu d'argent, dans le plus grand embarras. Il accourut aussitôt, quoique Boiieau l'eût maltraité dans se satires, et lui offrit sa bourse avec une générosité si franche, qu'il lui lit accepter un prêt de deux cents louis.
A une grande vivacité d'esprit, Bour-
sault joignait une indépendance de caractère et d'opinions qui nuisit quelquefois à sa fortune. Dans sa jeunesse, une gazette qu'il rédigeait et qui lui avait valu d'abord une pension de deux mille francs, fut supprimée à cause de la liberté avec laquelle il y attaquait plusieurs personnages de cour et entre autres le confesseur de la reine. Le hardi journaliste n'échappa même à la Bastille que par la protection du grand Condé. Plus heureux au théâtre , il vit représenter quatre-vingts fois de suite le Mercure galant, pièce dont le fond est très-léger, mais où l'on trouve ce qui, au défaut de caractères et en l'absence d'un plan et d'une action , peut faire vivre un ouvrage au théâtre, de la gaieté. Dans les détails, Boursault a une gaieté si aisée, si naturelle , qu'il s'approche souvent du vrai comique, et que quelques endroits de son dialogue rappellent le style de Molière.
Ce n'est qu'une pièce à tiroirs ; mais des scènes telles que celle des procureurs, et cette autre où un soldat ivre s'irrite des solécismes qu'une irrégularité de la langue lui fait commettre, attestent un génie vif, enjoué, facile.
Les mêmes qualités se retrouvent, uoique à un degré inférieur, dans les eux comédies d1 Ésope à la ville et d' Ésope à la cour. La dernière ne fut jouée qu'après la mort de Boursault, et l'on en supprima à la représentation quelques vers qui parurent une allusion maligne à Louis XIV. A la ville et à la cour, Ésope est un homme d'es-
{>rit, un moraliste aimable : mais, à a ville, il a le tort de débiter des fables composées pour la plupart sur des sujets déjà traités par la Fontaine, et , à la cour, le tort bien plus grand encore d'être ce que ne sont point ordinairement les bossus ni les sages, c'est-à-dire, amoureux. Témoins de ses succès , les amis de Boursault lui proposèrent de le présenter aux suffrages de l'Académie. Il refusa, disant qu'il n'était point assez instruit : il est vrai qu'il ne savait ni le latin ni le grec; mais la manière dont il écrivait le "français le rendait digne du fauteuil, et son refus d'y prétendre est un trait
bou
de modestie qui le fait aimer. Du reste, les seuls titres de Boursault étaient ses comédies. Il ne fit dans la tragédie que des essais malheureux. Marie Stuart et Germanicus eurent peu de succès , et on ne se souvient aujourd'hui de la dernière de ces deux pièces, qu'à cause de la querelle qu'elle excita entre Corneille et Racine. Corneille parlant du Germanicus à l'Académie, en fit l'éloge, et allajusqu'à dire qu'il ne manquait à l'ouvrage que le nom de Racine. Le compliment n'était flatteur que pour Boursault, aussi Racine le prit-il fort mal, et les deux grands nommes en vinrent à des paroles piquantes, dont ils gardèrent l'impression et qui augmentèrent encore leur éloignement l'un pour l'autre. Le souvenir du dédain que Racine avait montré pour le Germanicus, a sans doute influé sur le jugement que Boursault a fait de Britannicus dans la préface de son roman tfArtémise et Poliante.
Il y a bien de la légèreté ou de l'injustice dans la manière dont il parle de ce chef-d'œuvre. Malgré ce tort, Boursault est un de ces hommes de lettres aimables dont on aime à garder le souvenir et dont on lit avec plaisir quelques ouvrages. On a encore de lui , la Satire des Satires, en un acte; JSe pas croire ce qu'an voit; des lettres; un recueil de contes , d'épigrammes et de bons mots.
Boursault-Malheree (J.-Franç.), avait été successi veinent comédien ambulant, directeur du théâtre de Marseille , puis de celui de Palerme, où il avait acquis une fortune assez considérable, lorsqu'il vint, en 1789, établir à Paris, rue Saint-Martin, le Théâtre de Molière, qui eut peu de succès. S' étant lié d'amitié avecCollotd'Herboisqui, comme lui, avait été comédien, Boursault se jeta dans la politique. Il fut d'abord électeuren 1792, puis député suppléant du département delà Seine a la Convention nationale, où il n'entra qu'après la mort de Louis XVI.
Envoyé,commereprésentantdu peuple, dans la Vendée, il y contraria continuellement les projets de Bollet, son collègue, ainsi que ceux du général Hoche,
dont tous les efforts tendaient à la pacification de cette contrée. Il y eut , à cette occasion, plusieurs accusations portées contre lui : il fut surtout dénoncé par l'assemblée électorale, dans la séance du 27 novembre 1793, comme ayant acquis, par des moyens illicites, une fortune considérable qui montait , disait-on , à plus d'un million et demi. Après le 27 juillet 1794, il fut envoyé à l'armée du Nord pour calmer les divisions qui y régnaient; mais, loin d'y réussir, il s'aliéna tous les esprits. Plus tard , il demanda qu'on poursuivît les assassins de Ferraud, et engagea les tribunes à défendre la Convention. Peu avant le 13 vendémiaire an iv, il fut envoyé de nouveau en mission dans le comtat Venaissin, où , suivant Prudhomme , il augmenta encore sa fortune d'une manière scandaleuse. Tontefois, ce fait n'est pas prouvé. Après la dissolution de la Convention, il établit, dans sa salle de la rue Saint-Martin, un théâtre des Variétés étrangères , où l'on ne représentait que des pièces traduites. Mais cette entreprise ne réussit pas. Il eut
Slus de succès dans celis des boues et es fosses d'aisances de Paris, qui lui procura d'immenses bénéfices. Plus tard, il obtint, avec M. de Chalabre, la ferme des jeux. Retiré ostensiblement de cette entreprise , il s'occupa ensuite de la culture des plantes exotiques, et son jardin devint un des plus beaux de l'Europe.
Bourse. — La bourse était , au moyen Age, une partie indispensable du costume; elle s'attachait à la ceinture, et l'on avait trouvé moyen d'y déployer un grand luxe. Les bourses des hommes étaient en peau , ornées de grelots et de clochettes d'argent.
Celles des femmes, d'une étoffe plus légère , velours ou cendal , étaient enrichies de broderies d'or et de pierres précieuses. « Je donne , estil écrit dans un testament cité par dom Carpentier (*) ; je donne à Agnès, femme Pierre Pouchin, une bourse de
(*) Supplément au Glossaire de du Gange, au mot Bursa.
m mv wn
velours vermeil , et ung bourselot cloaueté d'argent. » L'usage des bourses était tellement répandu , que leur fabrication suffisait pour faire vivre <)eux nombreuses corporations (voyez Boursiers).
Bourse commune. — On appelait ainsi une société que deux ou plusieurs personnes de même profession faisaient entre ejies pour se garantir mutuellement de la concurrence , et partager les profits. Les secrétaires du roi, les commissaires du Châtelet, Je s huissiers du parlement, faisaient bourse commune. On peut encore donner ce nom à l'association que forment les jeunes gens appelés par leur âge au service militaire, pour racheter ceux d'entre eux que le sort désignera.
Bourse de collège , somme annuelle assignée en vertu d'une fondation , ou par le gouvernement , pour l'entretien d'un étudiant dans un collège. La plupart de nos établissements d'instruction publique possédaient, avant la révolution, un grand nombre de bourses. C'était à servir ces bourses qu'étaient destinés les grands biens dont la générosité de nos pères avait doté l'ancienne Université et les autres corporations enseignantes. Malheureusement, ces corporations faisant toutes partie du clergé, leurs bsens , confondus avec ceux de ce corps, furent avec eux déclarés propriétés nationales. Il est vrai que l'Assemblée déclara alors qu'en principe , la nation était obligée de pourvoir a l'instruction des citoyens , et décréta , en conséquence , que désormais l'instruction , à tous ses degrés, serait gratuite pour tout le monde.
^ Mais, dans la suite, un gouvernement, 'guidé par d'autres principes, parvint au pouvoir. L'État jouissant des biens qui avaient appartenu aux anciennes corporations enseignantes , on ne pouvait abolir entièrement l'éducation gratuite; mais on la restreignit considérablement, et on l'accorda comme une récompense ou comme une faveur aux enfants des citoyens qui avaient rendu des services, ou dont on en es-
VE^S. bou
nérait. Tel est encore actuellement l'état de l'institution des bourses de collèges.
Bourse, petit sac de taffetas noir, où les hommes, au siècle denier, renfermaient leurchevelure. La bourse se serrait avec des rubans , que l'on attachait ensuite par devant.
Bourses de commerce. — L'établissement des bourses de commerce ne date pas de fort loin en France; les bourses de Bruges, Amsterdam, Venise et Londres , florissaien t longtemps avant celle de Lyon, la plus ancienne que nous ayons possédée. Cel|e de Toulouse fut fondée, en 1549, sous Henri JI; une ordonnance de Charles IX en établit une à Bouen en 1566; enfin ce fut seulement en 1724 que le gouvernement autorisa à Paris les réunions de négociants et de banquiers.
Les banquiers se tenaient autrefois dans la grande cour du palais, audessous de la galerie I)auphine. Ce lieu s'appelait la Place du Change , et c'est à son voisinage que le pont connu sous le nom de Pont-vu- Change doit la dénomination qui le distingue encore aujourd'hui. Dans la suite, les banquiers allèrent s'établir dans la rue Quincampoix, qui devint bientôt le centre du grand commerce de Paris, et le lieu où se traitèrent les affaires les plus importantes. Mais ce fut surtout à l'époque de l'établissement du système de Law que cette rue devint le théâtre des plus grandes réunions de spéculateurs.
Depuis que les guerres ruineuses de Louis XIV avaient forcé de recourir au crédit pour couvrir les dépenses extraordinaires , il s'était forme a Paris des agioteurs qui cherchaient à faire fortune, en vendant ou en achetant les papiers émis par le gouvernement.
Quelques-uns de ces hommes, d'une probité douteuse, avaient aussi établi, dans la rue Quincampoix, des comptoirs où ils vendaient et achetaient les effets publics à bureau ouvert. Mais après I établissement de la Compagoie des Indes et de celle des fermes, f afflue née fut telle dans ces bureaux, trop étroits pour contenir tous le*
spéculateurs, que ceux-ci finirent par aJler se grouper dans la rue même.
La foule y devint bientôt immense, surtout lorsque Law eut imaginé de converti/ toute la dette publique en actions de la Compagnie des Indes; toute la population, comptant sur des revenus imaginaires, se porta alors à la rue Quincampoix. Les actions, dont la valeur primitive était de cinq cents livres, furent bientôt portées à dix mille livres, et finirent par dépasser le cours de vingt mille livres. La rue où l'on en faisait le commerce fut appelée par le public le Mississipi. Elle était encombrée par toutes les classes de la société confondues ensemble et se repaissant des mêmes illusions. Toutes les habitations avaient été changées en bureaux; les locataires avaient cédé leurs appartements, les marchands leurs boutiques; des maisons dont le loyer ne s'élevait pas auparavant à buit cents livres, rapportaient cinquante et soixante mille livres. Un savetier qui avait changé son échoppe en bureau, en y plaçant des tabourets, une table et tin écritoire, gagnait deux cents litres par jour.
Les agioteurs s'entendaient comme (fadroits fripons; ils spéculaient généralement sur la hausse constante, mais souvent aussi sur les variations qu'ils avaient l'art de produire. Ils se rangeaient à la file dans la rue, prêts à agir au premier signal. A peine une sonnette placée dans le bureau d'un nommé Papillon s'etait-elle fait entendre, qu'ils offraient tous à la fois des actions, vendaient et amenaient une baisse; et à ûn signal contraire, ils rachetaient au prix le plus bas cé qu'ils avaient vendu très-cher. Les variations étaient si rapides, que, recevant des actions pour aller les vendre, ils avaient le temps de faire des profits énormes en les gardant un jour seulement (*).
Le gouvernement avait toujours cherche à empêcher ces réunions de
(*) Voy. Auguste Chevalier, article Bourse, dans le Dictionnaire de la Conversation. Voy. «uui au t. il , l'article Baaquk.
négociants et de spéculateurs. Il les
regardait comme des rassemblements tumultueux f faisant naître me infinité d'abus, de désordres et de frau' des , et, quelques années auparavant, il les avait défendues sous peine de prison. Il reconnut alors l'impossibilité d'empêcher entièrement le mal ; mais il songea du moins à l'atténuer, en affectant à ces réunions un lieu spécial, et en se donnant ainsi le moyen de surveiller les transactions qui s'y opéraient. C'est alors que fut établi la première bourse de Paris, dans une des salles du palais Mazarin, dont la partie supérieure était occupée par les bureaux de la Compagnie des Indes.
Lorsque après la chute du système de Law et la ruine de la Compagnie des Indes, le palais Ifclazarin changea de destination, et reçut la bibliothèque royale, la bourse fut transportée dans l'édifice occupé par le trésor. Pendant la révolution , elle fut transférée dans l'église des Petits-Pères, et de là au Palais-Royal, dans la galerie de Virginie, où" elle se tint jusqu'en 1826, époque où fut achevé le palais actuel de la Bourse, dont la première pierre avait été posée en 1808.
Nous avons raconté les turpitudes dont la rue Quincampoix fut le théâtre pendant la durée de l'espèce de fièvre épidémique causée par le système de Law; nous n'essayerons pas de faire l'histoire des intrigues de tout genre, et des vols non moins honteux, mais plus adroits, qu'ont vu commettre les différents lieux consacrés depuis cette époque aux réunions des négociants.
Nous ne dirons rien de l'agiotage effréné dont le nouveau palais de la Bourse est encore actuellement le théâtre. Jetons un voile sur les honteuses manœuvres de ces hommes avides, qui ne voient dans les dangers de la patrie que des occasions de spéculer et oje s'enrichir. Nous voudrions n'avoir à rapporter dans ce di< tionnaire que des faits dont la nation n'eût pas à rougir.
La plupart des grandes villes commerciales de la France ont maintenant, comme Paris, des bourses de commerce. Les bourses de Lyop, Mar-
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seille , le Havre et Bordeaux , sont celles où il se fait le plus d'affaires.
Boubsier (Laurent-François), docteur en Sorbonne, naquit en 1679, à Écouen, diocèse de Paris. Il se fit remarquer par une grande piété, mais eut à souffrir de cruelles persécutions pour s'être opposé au formulaire d'A- 1 lexandre VII et à la constitution Unigenitus de Clément XI. Il contribua puissamment à soulever la Sorbonne contre cette dernière bulle, fut un des plus fougueux appelants, et écrivit le fameux mémoire des quatre évéques, pour justifier la mesure de l'appel. Ses protestations contre l'accommodement de 1720 le firent exclure, par lettre de cachet, des assemblées ae la faculté de théologie ; une autre lettre de cachet lui enleva ses appointements en Sorbonne, après qu'il se fut élevé contre le concile d'Embrun, tenu dans la ville de ce nom, l'an 1728. Exilé à Girvet en 1735, il revint secrètement à Paris ; mais sa santé s'était altérée, et il mourut le 17 février 1749. Le curé de Saint-Nicolas du Chardonnet fut exilé à Senlis pour lui avoir donné la sépulture ecclésiastique.
Boursier avait travaillé très-activement à la réunion de l'Église grecque et de l'Église catholique. En 17 17, lorsque Pierre le Grand vint visiter, à la Sorbonne, le tombeau du cardinal de Richelieu, on profita de l'occasion pour lui faire sentir les avantages d'un rapprochement entre les deux cultes.
Boursier passa toute une nuit à rédiger sur ce sujet un mémoire éloquent qui fut goûté du monarque. Le czar promit de s'occuper sérieusement de cette grande mesure; mais, soit tiédeur de sa part, soit mauvaise volonté du clergé russe, la négociation éprouva des lenteurs, et le mémoire de Boursier, d'ailleurs combattu plutôt qu'appuyé par le cardinal Dubois, n'aboutit a aucun résultat.
Boursiers et Braiers. — La corporation des boursiers et braiers est une de celles dont les statuts composent le registre des métiers d'Étienne Boileau. La profession de ces artisans avait pour objet la fabrication des
bourses et des braies ou hauts-dechausses en cuir. Les bourses se faisaient principalement en peaux de lièvre et de chevreau , ou chevroHn.
et les braies en peaux de vache , cerf, truie, cheval ou mouton.
Les bourses fabriquées par les boursiers étaient destinées aux hommes, les femmes en portaient de plus élégantes, que l'on appelait aumôniéres sarrazinoises. C'étaient de petits sacs, qu'elles attachaient à leur ceinture, et qui contenaient la petite monnaie destinée aux aumônes. Il v en avait de plusieurs espèces :
« J'ai les diverses aumonièrts, « Et de soie et de cordouan, « que je vendrai encor dan , « Et si en ai de pleine toile (*). n
Ces aumôniéres , imitées probablement du costume oriental, à l'époque des croisades, étaient brodées et quelquefois richement ornées. Les ouvrières qui les faisaient formaient une corporation particulière et fort nombreuse, dont les statuts furent enregistrés, en 1299, parle garde delà prévôté de Paris (**).
Ceux de la corporation des boursiers furent renouvelés par Philippe de Valois , qui , dans une ordonnance de l'année 1342, les qualifia de boursiers , callotiers , bonnetiers , calçonniers, etc. . . Cette ordonnance fut confirmée successivement par Charles VI , Louis XII , Charles IX et Louis XIV, dont les lettres patentes, datées de l'année 1656, étaient encore en vigueur à l'époque de l'abolition des jurandes et des maîtrises. A cette époque, on avait ajouté de nombreuses attributions à celles que les statuts enregistres par Etienne Boileau attribuaient à la corporation des boursiers. On reconnaissait en effet à ces artisans le droit de faire et de vendre des parapluies, des parasols, des culottes, des gibecières, des cartouches , des gibernes , et une foule d'autres objets semblables. Il fallait,
(*) Dit d'un mercier, cité par M. Depping, Livre des métiers, p. 38a.
(**) Voyez le Livre des métiers d'Étienne Boileau, p. 38a , éd. Deppiog, ibid.
pour être admis dans la communauté, avoir fait quatre ans d'apprentissage et cinq ans de compagnonnage. Le brevet coûtait soixante-cinq livres, et la maîtrise six cents.
Boursiebs. — C'est le nom donné aux élèves entretenus gratuitement dans les établissements publics. Voy.
Bourses de collège.
Boursonne, terre et seigneurie dans le Valois, avec titre de vicomté, à 9 kilomètres sud-est de Crécy.
Bourvàlàis (Paul Poisson de), fils d'un paysan des environs de Rennes, après avoir été successivement laquais cnez le fermier général Thévenin, facteur chez un marchand de bois et huissier dans son village, devint un des llnanciers les plus riches de France. La protection de M. de Pontchartrain, chancelier de France, lui fut d'un grand secours; mais il était doué aussi d'une merveilleuse aptitude aux affaires. C'est seulement en 1687, lorsque son protecteur l'eût déjà fait connaître, qu'il prit le nom de Bourvalais; jusque-là il s'était appelé Paul Poisson. En peu de temps il se fit, par son talent dans les opérations financières, une de ces fortunes qui passent toute croyance. Il fut anobli, et le frère de Louis XIV ne dédaigna pas d'aller jouer et manger chez lui. Mais sa prospérité ne tarda pas à éveiller l'envie, et, comme il paraissait avoir plus d'adresse que de probité, le tribunal érigé en 1716 par le régent rechercha sa conduite. Les résultats de l'enquête amenèrent la saisie de tous ses biens, malgré les efforts qu'il fit pour en dissimuler une partie. Cependant, en 1718, il fut réintégré dans presque toutes ses possessions. Son ignorance attira sur lui une foule d'épigrammes, on lui prêta tous les genres de ridicules, et il faut avouer qu'à part le maniement des capitaux et l'art de jouir du fruit de ses bénéfices, il n'avait qu'un mérite fort ordinaire. C'était en tout point le parfait modèle du traitant.
Bourzeïs (Amable de), abbé de Saint-Martin de Cores, fut un des premiers membres de l'Académie fran-
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çaise que nomma le cardinal de Richelieu. Ayant ensuite pris les ordres, il se distingua surtout dans la controverse, et eut la gloire de convertir plusieurs des ministres contre lesquels il avait disputé. Dans le nombre de ses plus éclatantes conversions, figurent le prince palatin Edouard et le comte de Schomberg, depuis maréchal de France. La perspective de cette dignité à laquelle le comte de Schomberg seraitdifficilement parvenu s'il fût resté protestant, vint sans doute en aide à l'éloquence du P. Bourzeïs. Colbert le mit à la tête de l'Académie des inscriptions, et plaça en outre, sous sa direction, une autre assemblée, toute composée de théologiens, et qui tenait ses séances à la bibliothèque royale. Né en 1606, Bourzeïs mourut le 2 août 1672. Il avait d'abord incliné vers le parti des jansénistes; mais il signa, en 1661, le formulaire qui fut approuvé par Alexandre VII. Il a laissé un grand nombre de controverses et vingt et un sermons, dont le dernier est YOraison funèbre de Louis XIII.
Bouscal (Guvon, Guérin de), auteur dramatique du dix-septième siècle, né en Languedoc. On ignore la date précise de sa naissance et de sa mort. Il était conseiller du roi , avocat au conseil , et eut pour clerc Loraz , auteur du Jonas. Lui-même a composé un assez grand nombre de pièces, mais qui paraissent n'avoir eu qu'un succès passager.
Bousmard (A. de), né, en 1747, dans le département de la Meuse, était capitaine du génie en 1789. Quoiqu'il eût embrassé la cause' populaire, au commencement de la révolution , sa conduite ultérieure fit voir qu'il n'était
Ëoint animé d'une conviction sincère, réputé, par la noblesse de Bar-le-Duc, aux états généraux, il vota pour qu'au roi seul appartînt le droit de faire la paix ou la guerre. Il rentra dans la carrière militaire, après la dissolution de l'assemblée, et il faisait partie de la garnison de Verdun en 1792. Les armées ennemies avaient alors envahi notre territoire. Ce fut le moment
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qu'il choisit pour se détacher de la eause nationale. Il signa la reddition de la place , passa aux ennemis , se fît naturaliser Prussien, devint major général au service de Prusse, et fut tué, eti 1807, d'un éclat d'obus au siège de Dantzig, en combattant contre les Français". On a de Bousmard, qui avait cOfrifne ingénieur des talents incontesta blés , un" Essai général de fortificatlon et d'attaque, ou Défense des plates, dans lequel ces deux sciences sont expliquées et mises, l'une par l'autre; à là portée de tout le monde, 4 vOl. îri-80.
BÔUSMARD OÙ BOUSSEMART ( Nî-
fcolas de), évêque de Verdun, né, en 1512, àXivrt-le-Franc, près de Long- 4vy, et , par conséquent, dans le duché dé Lorraine , appartenait directement à la France par son origine, puisqu'il descèriddit d'une famille de l'Anjou, anciennefnént établie en Lorraine. Charles II I, duc de Lorraine, qui avait une graride considération pouf lui, le désigna, èn 1572, pour être un des réformateurs de la coutume dè Saint-Mihiel.
Quatre ans plus tard, l'évéchédeVerdun étantdèveriu vacant par suite de la mort de Nicolas Psaume, Charles III choisit Boussemart pour successeur du dernier brélat. Cette nomination occasionna des trouilles. Les chanoines, prétextant l'atteinte portée à leur droit d'élection , eti référèrent à l'Empire.
Dè son côté, Charles fil fit des instances auprès du pape pour qu'il confirmât son choix. Grâce à l'intervention du foi de France, Henri III# les nulles de ratification arrivèrent enfin!
de Rome, et le nouvel évêque fut sacré le 15 juillet t576. Il mourut à Verdun, le 10 avril 1584, généralement regretté. Il s'était occupe d'études historiques sur les principales maisons de Lorraine , et un de ses manuscrits a été consulté avec fruit par dom Calmet.
Bousquet-Deschamps ( Jacques- Lucien), né à Marmande, département de Lot-et-Garonne, en 1796, fut un des rédacteurs du journal YJrlstarque, si peu ménagé par la èensure. Lorsque ce journal cessa de ffaraltre, Ôousquet conçut l'idée de pu-
blier des brochures journalières fftriw demi-feuille, portant différents titres; mais comme ces brochures remplaçaient en quelque sorte le journal supprimé, l'auteur, en butte à dessaisies et à des condamnations continuelles, fut obligé de s'éloigner, et passa en Espagne. Il s'établit à Madrid, où il rédigea un journal français intitulé:
Y Écho de l'Europe, et devint, en même temps, l'un des collaborateurs du Constitutionnel espagnol. Il passa ensuite à Barcelone ou il se fit chérir des habitants par sa bienfaisance et son humanité. Il s'y trouvait à l'époque où la fièvre jaune y exerça tant de ravages, et rh'ohtra, dans* cette affreuse circonstance, un héroïsme et un dévouement au-dessus de tous Jes éloges. Bousquet Deschantys portait partout des secours et des consolations , méprisant tous les dangers et bravant tout ce que ce ftéau a d'horrible et de repoussant. Il accompagnait les médecins dans tous les lieux et les aidait à l'ouverture des cadavres. Ses ressources venant à manquer, il contracta des dettes pour alimenter sa bienfaisance. Enfin, sa conduite fut si généreuse que tous les médecins français sollicitèrent la remise des condamnations personnelles prononcés contre loi et la permission de rentrer dans sa patrie. Quoiqu'il fût alors sur le point de contracter un riche mariage, et qu'il fût particulièrement honoré de l'estime du général Riégo , se confiant aux promesses du ministère, il rentra en France; mais, à son arrivée, tout était changé. Les nouveaux ministres ne se crurent point obligés par les promesses de leurs prédécesseurs. On réduisit seulement à une année les trente-cinq ans de prison auxquels il avait été condamné. Arrêté et conduit à Àgen, il J subit Cette peine, qui ne fut pas médiocrement aggravée par les tracasseries de la police.
Boussac le château, petite ville du Berri , avec titre de baronnie, aujourd'hui chef-lieu d'arrondissement du département de la Creuse, à vingt kilomètres ouest de Montluçon. Quelques auteurs lui donnent une ongine
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fort ancienne, et la font remonter jusqu'à l'époque romaine. La population de Boussac est maintenant de huit cent soixante-dix-neuf habitants.
Boussanelle (Louis de), capitaine de cavalerie, membre de l'académie de Béziers, a publié entre autres livres , un Commentaire sur la cavalerie, Paris, 1758, in-12, ouvrage qui contient une histoire militaire de la cavalerie française depuis Clovis jusqu'à 1712.
Boussard (André-Joseph, baron), né à Binch, en Hainaut, le 13 novembre 1758, servit d'abord dans les troupes autrichiennes ; mais les troubles de la Belgique le rappelèrent dans sa patrie, où il servit, en qualité de capitaine, jusqu'en 1791. A cette époque, il passa sous nos drapeaux.
Nommé, en 1793, chef d'escadron au vingtième de dragons, il passa, avec ce régiment, à l'armée d'Italie, et se fit remarquer dans diverses rencontres. Nommé chef de brigade pour ses bons services, il suivit Napoléon en Égypte , et se signala dans toutes les rencontres où il en vint aux mains. Rentré en France avec le grade de général de brigade, il se distingua de nouveau pendant la campagne de Prusse. Mais c'est surtout en Espagne qu'il donna des preuves d'une éclatante bravoure. Chargé, en 1810, par le général Meunier d'arrêter le général O'DonelJ qui cherchait à dégager Lérida qu'assiégeaient nos troupes, il le joignit, l'attaqua avec tant d'impétuosité que les colonnes ennemies débordées ue purent se mettre en ligne , et s'enfuirent dans le plus affreux désordre. Cette belle charge et le succès au'elle décida valurent au général les éloges de toute l'armée. La tentative que fit Bassecourt sur le camp de Vinaros fournit une nouvelle occasion de gloire à Boussard ; il fondit sur les assaillants à la tète de quelques escadrons de cuirassiers , les enfonça ej les poursuivit jusqu'à Benicarlos. Il ne tut pas moins heureux à la bataille de Sagonte; la cavalerie ennemie s'était emparée de nos pièces , et faisait main basse sur les colonnes qui
les appuyaient ; Boussard accourt au bruit de ce désastre, s'élance sur les' Espagnols, les sabre, reprend nos canons, et enlève l'artillerie de ceux qui emmenaient la nôtre. Enhardi par ces succès, il ne compta t plus, et attaquait quel que lût le nombre d'ennemis qu'il eût en téte. Cette confiance faillit lui devenir funeste; il rencontra vingt escadrons espagnols en bataille en avant de Torrente; il n'avait avec lui qu'une soixantaine de hussards ; ii n'hésite pas néanmoins à faire sonner la charge ; il se précipite sur l'ennemi avec un abandon sans exemple; mais la disproportion était trop considérable; il est entouré, couvert de coups de sabre, et eût péri si le général Delort ne fût accouru pour le dégager. Nommé général de division, mais épuisé, couvert de cicatrices, il vint à BagnèreS de Ëigorre pour réparer ses forces, et y mourut le 11 août 1813.
Boussard (Geoffroi). né au Mans en 1439 , professa la théologie avec beaucoup de succès, et devint, en 1487, recteur de l'université, et chancelier de l'Église de Paris. En 1511, il fut député par l'université au concile de Pise, transféré à Milan. Il mourut vers 1522, avec la réputation d'un des plus savants hommes de son temps. Il a publié quelques ouvrages , dans l'un desquels, intitulé de Contlnentia sacerdotum, Paris, 1505, in-4°f il examine si le pape peut dispenser les
Îirêtres du célibat, et se prononce pour 'affirmative dans p'usieurs cas. En 1497, il avait donné une édition nouvelle et beaucoup plus correcte de YHistoire ecclésiastique par Ruffin.
La préface de son Interpretatio in septem psalmos pœmtentiates .attira sur lui quelques persécutions de la part de l'archevêque de Sens et de l'évêque de Paris. Ces deux prélats prétendant qu'il avait censuré le grand nombre de bénéfices qu'ils possédaient, le traduisirent detant le parlement; mais il se tira avec honneur de ce procès scandaleux. Il existe aussi de lui un manuscrit en français : le Régime et gouvernement pour les dames et femmes de chacun
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état 9 gui veulent vivre dans le mande selon Dieu. On remarquera la distinction qu'établit lui-même entre les dames et femmes, le ministre d'un dieu mort pour l'égalité. Et cependant, d'après ses démêlés avec l'archevêque de Sens et l'évéque de Paris , d'après ses opinions sur le célibat, ce prêtre paraît avoir été l'ennemi plutôt que le partisan des privilèges. Si donc nous avons relevé le singulier titre de son manuscrit français, c'est que ce titre était dans l'esprit du temps, et qu'il montre quel progrès ont accompli depuis les idées religieuses.
Boussard (J.-A.), pilote-lamaneur de Dieppe, mérite, pour son humanité et son courage, une mention particulière. En 1778, un bâtiment battu par la tempête, devant la côte de Dieppe, allait être englouti sous les flots. Boussard se jette à la mer, et parvient, à travers mille dangers et des fatigues inouïes, à sauver l'équipage, composé de quinze hommes; mais au moment où il atteint le rivage, ses forces étant épuisées, il s'évanouit. On le rappelle à lui ; tout à coup un cri qu'il a entendu lui apprend qu'un malheureux reste encore à sauver; il se précipite de nouveau , et arrache à la mort un infortuné matelot qui allait se noyer. Ce beau trait lui mérita l'admiration générale. Le roi Louis XVI le fit dîner à sa table et lui accorda une pension sur sa cassette. Boussard mourut en
Bousseau (Jacques), sculpteur, naquit en 1681, à Chavagnes, en Poitou. Il étudia à l'école de Nicolas Coustou,et acquit bientôt assez de réputation pour être admis à l'Académie de peinture et de sculpture , où il entra en novembre 1715. Son morceau de réception fut Ulysse bandant son arc. Ses principaux ouvrages sont le tombeau de M. d'Argenson, à la Madeleine de Trenel, les statues de saint Maurice et de saint Louis dans la chapelle de Noailles, à Notre-Dame de Paris, et un bas-relief représentant le Christ qui donne les clefs à saint Pierre, dans la même église; enfin, le grand autel de la cathédrale de Rouen re-
présentant d'une manière allégorique l'ancienne loi accomplie par rétablissement de la nouvelle. Nommé premier sculpteur du roi d'Espagne, il se rendit dans ce pays, et y resta jusqu'à sa mort , arrivée en 1740. On voit à Madrid de nombreux ouvrages de cet artiste. Bousseau est l'un des hommes qui ont le plus contribué à répandre en Europe le goût et l'art français, et auquel revient ainsi une part de l'influence qu'obtinrent nos idées dans le mouvement de la civilisation européenne au dix-huitième siècle. (Voyez Sculptube).
Boussingault ( Jean-Baptiste- Joseph-Dieudonné), fut l'un de ces jeunes savants qui pnrtirent de France, il y a une vingtaine d'années , pour la Colombie, et qui rendirent dfe grands services à ce pays, en même temps qu'à la science. M. Boussingault a fait a Antioquia , département de Cundinamarca, l'importante découverte d'une mine de platine qui paraît riche, et dont l'exploitation doit avoir d'immenses résultats pour le commerce et les arts chimiques. M. de Humboldt annonça cette découverte à l'Académie des sciences, dans une des séances de juillet 1826. On trouve dans les Annales de chimie et de physique un grand nombre de mémoires dus à la plume de M. Boussingault, et pleins d'intérêt. Ce savant fait partie de l'Académie des sciences depuis l'année 1839.
Boussole. — Au dire de quelques historiens , l'importation de la boussole en Europe devrait être attribuée au Vénitien Marc Paul , qui aurait rapporté de la Chine, au treizième siècle, ce précieux instrument., connu des Chinois douze cents ans avant notre ère. Suivant d'autres, la découverte de la boussole serait due au Napolitain Flavio Gioja , qui vivait en 1300. Ces deux assertions sont également erronées; en effet, il est fait mention de la boussole chez deux auteurs français , antérieurs à Marc Paul et à Flavio Gioja. Le premier est un poète du douzième siècle, Guyot de Provins qui , dans la Bible portant son nom , désigne la boussole assez clairement
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pour ne laisser aucun doute sur l'objet dont il parle. Le passage de la Bible de Guvot ayant été souvent cité d'une manière inexacte , nous croyons devoir le donner ici tout entier. Après avoir dit que le pape devrait être pour tous les fidèles, ce que la trémontaigne (l'étoile polaire), seule étoile immobile , est pour les navigateurs , le poète ajoute :
Cn art font qui mentir ne puet, Par la vertu de la marnîère ; Une pierre laide et brunière Ou li fers volontiers se joint Ont , si eygardent le droit point :
Puis c'une nguile i ont tonchié Et en un feslu l'ont couchié En l'eue la ni et en t sans plus ; Et li festu la tient desus.
Puis se tourne la pointe toute Contre l'est oile
Quant la mer est obscure et Imne Quant ne voit estoile ne lane, Dont font à l'aguile aluiner Puis n'oi.t-i I garde d'esgarer, Contre l'esloile va la pointe.
Le second auteur qui ait parlé de la boussole est Jacques de Vitry , qui dans le chapitre 89e de son histoire de Jérusalem, écrite vers l'an 1225, s'exprime ainsi :
«Une aiguille de fer, après qu'elle «a touché le diamant, se tourne vers « fétoile du nord , qui comme Taxe du « ciel reste immobile pendant que se ■ meuvent les autres étoiles. D'où « cette pierre est très-nécessaire à tous « ceux qui naviguent sur mer. »
Ces deux passages sont très-précis ; mnis ils ne nous apprennent rien sur l'époque ni sur les lieux où fut découverte la propriété de l'aiguille aimantée. Toutefois, il y a lieu de penser que, pendant les croisades, les Européens empruntèrent cette découverte aux Arabes qui , peut-être eux-mêmes, l'avaient reçue des Chinois. On sait que, jusqu'au huitième siècle , ceuxci firent jusque sur les bords de la mer Rouge un commerce très-actif.
Quoi qu'il en soit, la fleur de lis qui , chez toutes les nations maritimes, désigne le nord sur le carton où est figurée la rose des vents , ne permet pas de douter que la boussole n'ait reçu des Français de notables perfectionnements.
Bous si (Jacques), d'une ancienne famille du Hainaut, a écrit une Histoire de la ville de Mons ancienne et moderne , contenant tout ce qui s'y est passé de plus curieux depuis son origine Jusqu'en 1725. Il mourut en
Boussuet (François), né à Seurre en Bourgogne, en 1520, pratiqua la médecine avec distinction, et consacra une partie de ses loisirs à* l'étude des sciences naturelles. Assez mauvais poète, il aimait particulièrement à écrire en vers latins, même des ouvrages de médecine. A en croire l'abbé Papillon, Boussuet et Bossuet ne sont qu'un nom désignant la même famille. S'il en est ainsi, le plus grand titre de gloire de François Boussuet est, sans contredit, le lien de parenté qui l'unissait aux ancêtres de l'aigle de Meaux.
Bot tard ( François ), né à Troyes en Champagne, en 1664, gagna la protection de Bossuet par une ode latine qu'il lui adressa. Ce prélat l'ayant engagé à entrer dans les ordres, lui fit avoir l'abbaye de Bois-Groland, et, peu de temps après , Boutard fut reçu de l'Académie des belles-lettres. Il ne laissait guère passer d'événement important sans le célébrer par une ode, et s'intitula poète des Bourbons. Il composait avec facilité d'assez bons vers latins, mais l'amitié de Bossuet contribua surtout à sa fortune. Horace était le modèle qu'il avait choisi; il croyait ressemblerai! poète latin, non - seulement par ses vers, mais encore par la taille, les traits du visage et toutes les manières. Ce ridicule égayait ses rivaux , et quelquefois Bossuet, son protecteur, en riait luimême. A part un nombre considérable d'odes de tous les genres , on a encore de lui deux traductions latines de deux ouvrages de Bossuet , l'une, de ta Relation sur le quiétisme, l'autre, de Y Histoire des variations. Il mourut le 9 mars 1729.
Boiîtabic (Franç. de), savant professeur de droit français à l'université de Toulouse, naquit a Figeacen 1672, et mourut, en 1733, à Toulouse, où il
avait été capitoul et chef du consis- T. ni. 19e Livraison. (Dict. encyclop, etc.) 19
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L'UMVERS.
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toire. Il a laissé un grand nombre d'ouvrages de jurisprudence que Ton a longtemps estimés.
Boutàuld (Michel), jésuite, né à Paris en 1607, mort à Pontoise en 1688, fit, de son temps, quelque bruit comme prédicateur et comme écrivain.
Il publia les Conseils de la sagesse, ou Recueil des maximes de Salomon les plus nécessaires à l'homme , Paris , 1677, in-12, ouvrage qui obtint un grand succès, et fut attribué au surin- •lendant Fouquet. On a encore de lui : le Théologien dans les conversations avec les sages et les grands du monde y Paris, 1683, in-4°. Ce livre, qui est suivi d'une Histoire de r impératrice Adelais, est un recueil de diverses réponses faites par le P. Cotton aux objections de quelques incrédules de la cour de Henri IV. .
Boutavans , terre et seigneurie de la Franche-Comté, à quinze kilomètres sud d'Orgelet , érigée en marquisat en
Bouteillkbs (grands).— -La charge de ces officiers était, à peu peu de chose près, la même que celle des grands échansons. Le premier grand bouteiller de France fut Herbert de Serons, qui vivait au commencement du onzième siècle. Il eut pour successeurs :
2° Hugues, qui vivait en 1060,
3° Et Engenoul, en 1065 et 1067.
C'est en 1067 qu'il est fait, pour la première fois, mention d'un écnanson de France. Depuis cette époque , les échansons de France exercèrent leur charge concurremment avec les grands boutnllers. Les successeurs d'Engenoul furent :
4° Renaud, en 1067;
5° Guy, en 1071 et 1074;
6° Hervé de Montmorency, en 1075 et 1079 *
7° Adelard,en 1085;
8° Lancelin, en 1086;
9° Payen d'Orléans , en 1106 et 1107;
1 0° Guy II, de Seniis , seigneur de Chantilly, en 1108 et 1111;
11° Gilbert de Garlande , en 1114 et 1 126 *
12° Louis de Sentis , en 1130;
13° Guy de Sentis, dit le Loup, en 1131 et 1147;
14° Guy deSenlis, en 1550; mort en 1188;
15° Guy ir, de Sentis, en 1188; mort en 1231 ;
16° Robert de Courtenay, seigneut de Champignelles, en 1223; mort en 1239;
17° Êtienne de Sancerre, seigneut de Saint-Brisson, en 1248;
18° Jean de Brienne, dit d'Acre, en 1258; mort en 1296; '
19° Guy de Châtillon , comte de Saint-Pot, en 1296; mort e.i 1317;
20° Henri IF, sire de Sulli, depuis 1317 jusqu'en 1334;
21° Miles ï l, sire de Noyers, en 1336, 1346 et 1361;
22° Jean III, île Châlons , ; comte d'Auxerre, en 1350 et 1361;
23° Jean II, comte de Sarrebruck, en 1365 et 1381;
24° Enguerrandï'II, sire de Coucv, en 1384 et 1389;
25° Jacques de Bourbon , seigneur de Préaux , en 1397 et 1417;
26° Guillaume If \ de Melun, comte de Tancarville, en 1402 et 1415;
27° Pierre des Essors, en 1410; décapité en 1413;
28° IValeran III, de Luxembourg, comte de Saint-Pol, en 1410, Mil et 1415;
29° Jean , sire de Croï et de Renti, en 1412; tué en 1415;
30° Robert de Bar, comte de Soissons, en 1413; tué en 1415;
31° Jean II, sire d'Estouteville, en 1415 et 1436;
32° Jean de Neufchâtel, seigneur à*
Montagu, en 1418 et 1433;
33° Jacques de Dinan, seigneur de Beau manoir, en 1427 et 1444;
34° Louis /ir, sire d'Estouteville, en 1443; mort avant 1463;
35° Antoine de Châteauneuf, baron du Lau, en 1484, disgracié en 1468, et qui vivait encore en 1483.
Il paraît que ce fut le dernier grand bouteiiler de France. Depuis lui, on n'a pas de preuve que cette charge ait été exercée par un officier particulier.
Bouteiluer (Jean), jurisconsulte
fiot FRANCE. HOU S'il
du quatorzième siècle. Les seuls détails que Ton possède sur la personne de cet auteur sont donnés par son testament qui porte la date du 16 septembre 1402. Nous y lisons que Bouteillier était «conseiller du roy », c'est-à-dire, membre du parlement de Paris, et qu'il appartenait à une famille noble, car cet acte contient .la dause suivante : « Je veux et ordonne «que devant part Iacquet mon (ils ait «toutes mes armures et xx livres pa- « risis pour un cheval , comme à noble « homme doit appartenir. » La vie de Bouteillier ne fut probablement marquée par aucun événement important; et, sans le livre de jurisprudence qu'il composa, son nom ne serait point parvenu jusqu'à nous. Cet ouvrage, intitulé : La Somme rurale ou le grand coustumier gênerai de practique civil H canonique y est un dés monuments les plus curieux de notre ancien droit coutumier. Il a été réimprimé plusieurs fois (Bruges , 1 479 ; Paris , 1 603 , 1 6 1 1 , 1612, 1621), et Charondas leCaron en adonné un commentaire fort détaillé.
Longtemps avant Bouteillier, le droit coutdmier de la France, ou de certaines parties du royaume, avait été /oftjet de recherchés intéressantes, mais incomplètes. Le l ieux coustutnier de Normendie, les Fstablissenenls de saint Louis, le Grand coutumier de Charles VI , témoignent des efforts que les jurisconsultes du moyen âge ne cessaient de faire pour assujettir la coutume à des règles positives, et la rattacher au droit romain et au droit canonique. Ces tentatives ayant eu lieu à des époques où les notions de droit et les méthodes de raisonnement étaient peu avancées et peu répandues, n'ont obtenu presque aucun succès; et le droit coutumier n'en restait pas moins, au milieu du quatorzième siècle, exposé à ces incertitudes, à ces nombreuses variations qui , sans doute, étaient dans sa nature, mais dont une critique prudente et éclairée aurait pu restreindre l'autorité. Doué de connaissances étendues, d'un esprit positif, quoique abondant, et d'une logique sévère, Bouteillier reprit l'œuvre de
ses prédécesseurs, et mit dans tout leur jour les principes généraux de droit qui existaient au sein de la coutume et qui n'y avaient pas encore été aperçus. Ajoutons que, sous le rapport 'historique, son livre a un trèsgrand mérite, car on ne trouve nulle part ailleurs un tableau aussi exact et aussi étendu des lois civiles, crimi^ nelles et de procédure qui régissaient la France au milieu du quatorzième siècle. Il ne faut donc pas s'étonner que la Somme rurale ait conservé de l'autorité auprès des jurisconsultesqui, de nos jours, étudient les antiquités du droit français, et dont l'opinion s'accorde parfaitement avec celle qu'exprimait Charondas le Caron, lorsque, dédiant sa nouvelle édition de la Somme au président Jeannin, en 1603, il disait : « Je vous rends tesmoi«nage « par ce livre de la Somme rurale , le- « quel je vous offre et dédie, l'aiant k revueu et illustré d'annotations , pouf « l'auctorité qu'il auroit justement ac- « qulse, tant pour la doctrine meslée « qui s'en peut recueillir, que pour les1
• marques de l'antiquitéfrançoise qu'oit « y peut observer en diverses manières* « non-seulement pour les coustumes « de? pays et principalement de la « Gaule Belgique, ains aussi pour les « anciens droicts et prérogatives de la
* couronne de France. « BotiTEBOUE (Claude), savant antn
quaire, né à Paris, mort dans cetté ville vers 1780, a publié des Recherches curieuses sur les monnaies de France } avec des observations, des preuves et des figures de monnaies t. Ie', 1666, in-fol. Ce volume devait être suivi de plusieurs autres, que l'auteur n'eut pas le temps de publier.
Bouteville, bourg avec titre dé duché, dans l'ancien Gatinais, à vingt kilomètres d'Àngoulême, aujourd'hui département de la Charente.
Bouteville (François, comte de)< gouverneur de Senlis/fils de Louis de Montmorency qui avait été vice-amiral de France sous Henri IV, mourut sur Pécnafaud en 1627, victime de sa fureur pour les duels. Bien d'autre*
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et lui avaient pour ainsi dire donné l'exemple de l'impunité dans ce genre de crimes; bien d'autres le suivirent encore et l'imitèrent sans subir le même châtiment. Aussi , aux yeux de beaucoup de critiques indulgents, ne fut-il coupable que d'avoir attiré sur lui l'attention générale dans un moment où le sentiment public et le gouvernement s'étaient élevés avec force contre l'usage des cartels, et n'eut-il d'autre tort que d'être né un peu trop tard ou un peu trop tôt. Pour nous qui pensons que le devoir de tout homme ùui se respecte est de ne jamais reculer devant le sacrifice de sa vie quand ce sacrifice est véritablement indispensable à son honneur, nous ne nous en associons pas moins, ou plutôt, précisément pour cela , nous nous associons avec d autant plus de force au blâme qui flétrit l'abus des combats singuliers.
Au commencement du dix-septième siècle, le duel était devenu, chez la noblesse française , quelque chose d'inconcevable, oui se commettait avec un sang -froid et une légèreté inouïs.
Ce n'était plus un préjugé chevaleresque auquel on ne cédait qu'avec autorisation supérieure: c'était une habitude sans conséquence, un passetemps comme un autre, une manière reçue de faire parler de soi, ou plutôt c'était moins que cela encore, c'était une mode. On sait avec quelle rigueur le cardinal de Richelieu et Louis XIII résolurent de détruire ce travers. Le comte de Route vil le, qui, en 1626, avait déjà tué le marquis Desportes et le comte de Thorigny, fut l'année suivante contraint de sortir du royaume et de se réfugier à Bruxelles, pour s'être battu avec un nouvel adversaire, avec la Frette. Le marquis de Beuvron , parent du comte de Thorigny, l'une des premières victimes de Bouteville, vint trouver ce dernier à Bruxelles; mais la rencontre n'eut pas lieu , grâce à l'intervention de l'archiduchesse,
Îjouvernante des Pays-Bas. Cependant 'affaire n'était qu'ajournée, car le marquis de Beuvron avait dit à Bouteville en l'embrassant : « Je ne seiai jamais content que je ne vous aie vu
l'épée à la main. » Sur ces entrefaites, l'archiduchesse ayant prié Louis XIII de révoquer. Tordre qui bannissait de France le comte de Bouteville, le roi s'y refusa. En apprenant cette nouvelle, Bouteville s écria: •Puisqu'on m'a refusé une abolition, je me battrai dans Paris, et sur la place Jiçyale. »
Quelques jours après, entre deux et trois heures de l'après-midi, six champions dégainaient l'épée à l'endroit désigné. C'étaient d'abord le comte de Bouteville et le marquis de Beuvron, puis le comte des Chapelles et le marquis de Bussy d'Amboise, puis enfin la Berthe et Buquet. Ainsi non-seulement le fou avait tenu parole, mais, pour plus de scandale, il ne se contentait même pas d'une partie carrée comme cela n'avait que trop souvent lieu alors, et il avait voulu qu'on arrivât sur le terrain trois contre trois. 11 aurait cru manquer à son honneur s'il n'eût pas appelé à la fête des Chapelles, son cousin, son ami, et son compagnon d'exil pour lui avoir toujours servi de second ; la Berthe lui paraissait avoir les mêmes titres à sa considération.
Quant au marquis de Beuvron, trop bien élevé, trop bon gentilhomme pour jamais rester en arrière, il ne lui fut pas difficile de se procurer deux seconds; il n'eut qu'un mot à dires son écuyer Buquet et à Bussy, il fut compris à l'instant.
Dès lors, toutes les dispositions étant prises, commença une véritable parodie de combat des Horaces et des Curiaces, parodie qui n'eût été que ridicule si elle n'avait eu des conséquences funestes. Nous n'essayerons pas de décrire cette lutte dont les acteurs déployèrent un courage digne d'une meilleure cause ; qu'il suffise de dire qu'après s'être successivement servis de
I épée et du poignard sans pouvoir s'atteindre, Bouteville et Beuvron se reconnurent d'égale force, et se disposèrent à aller séparer leurs seconds.
II était trop tard , des Chapelles venait de porter un coup mortel à Bussy, qu'ils trouvèrent expirant.
Averti de ce qui s'était passé sur la
place Royale, le gouvernement donna il appuya la suspension de Louis XVI, des ordres pour qu'on se mît à la pour- jusqu'à l'achèvement delà constitution, suite des coupables, qui avaient pris De retour à Péronne après la dissolula fuite; mais Bouteville et des Cha- tion de l'Assemblée nationale, il fut pelles ne tardèrent pas à être arrêtés , élu président du tribunal civil de cette à Vitry en Champagne, dans la ville ville, et chercha le plus possible à s'efmême'dont le pauvre Bussy d'Am- facer pendant la tourmente révolu-
boise était gouverneur. Vainement la comtesse de Bouteville, la princesse de Condé, les duchesses de Montmorency, d'Angoulême et de Ventadour supplièrent a genoux, et les larmes aux yeux, Louis XIII de leur faire grâce, Louis XIII resta inflexible, et la sentence rendue par le parlement fut maintenue. Le 21 juin 1627, Boute-
tionnaire. Les allures du Directoire convenaient mieux à son caractère sans énergie, et il se fit nommer membre du Conseil des Anciens, qui appuya sa candidature comme secrétaire. Après le 1S brumaire, il entra au tribunat où il prit part aux travaux de législation. Pendant les cent jours , il siégeait à la chambre des représen-
ville et des Chapelles furent remis aux tants. Il mourut le 7 avril 1821, prinmains de l'exécuteur. A ce moment cipalement recommandante comme juextrême, Bouteville se montra tel qu'il risconsulte et comme magistrat.
avait toujours été, plein de courage , mais aussi frivole que brave. Quand on lui eut coupé les cheveux, prenant un air encore plus moqueur qu'auparavant, il passa négligemment les doigts dans ses belles moustaches.
Cependant, sur une observation de l'évéque de Nantes qui l'assistait, il devint un peu moins léger et mourut avec fermeté, sans avoir permis qu'on lui bandât les yeux.
Il fut universellement regretté; la seule faute qu'on ne lui pardonna jamais, c'est qu'en 1624 il n'avait pas
Boutières , terre et seigneurie du Dauphiné, érigée en marquisat en 1680.
Boutiehes (Guigues-Guiffrey de), né dans la vallée de Grésivaudan, patrie de Bavard , dont il fut le lieutenant et l'émule , se distingua au siège de Padoue , dans les guerres d'Italie et à la défense de Mezières. Il s'enferma, en 1524, dans Marseille, assiégée par Charles-Quint et le connétable de Bourbon, qu'il repoussa après leur avoir fait éprouver de grandes pertes.
Il succéda ensuite à l'amiral d'Annebaud dans le commandement des trou-
craint de donner rendez- vous à un de pes frauçaises en Piémont, et fut
ses adversaires le jour de Pâques ; on nommé gouverneur de Turin, qu'il
s'accorda même à voir dans cette im- sauva deux fois en 1537 et 1543 ; mais
piété la cause première de son mal- ayant, par négligence , laissé prendre
neur. Pourquoi Bouteville, au lieu de là ville de Carignan, il tomba dans la
prodiguer sa vie pour des riens , n'a- disgrâce de François Ier, qui nomma
t-il pas réservé pour les ennemis de la le duc d'Enghien à sa place; ce qui
France cette fougue belliqueuse qui n'empêcha pas Boutières de contri-
l'aurait rendu si redoutable sur le huer au gain de la bataille de Cérisol-
champ de bataille? Néanmoins sa vail- les. La dernière expédition à laquelle
lance ne fut pas complètement perdue il ait pris part est celle de l'île de
pour l'État , car il l'avait transmise Wight On ignore la date de sa mort, avec son sang à un fils qui devint plus Boutigny (Roland le Vaver de),
tard le célèbre maréchal de Luxem- maître des requêtes et intendant de
bourg
Bouteville -Dumetz (Louis-Cuilain), né à Péronne en 1745, avait emla carrière du barreau. Élu
Soissons, mort en 1685, a laissé une Dissertation sur l'autorité des rois en matière de régale, Paris, 1753 , avec une suite en 1756; De V autorité du
membre de l'Assemblée nationale en roi sur l'âge nécessaire à la profes- 1789, et devenu, peu de temps après, sion religieuse, 1669; Traité de la l'un des secrétaires de cette assemblée, peine du péculat, 1669.
BOU
L'UNIVERS
BOU
Boutin (Vincent- Yves), né en 1772, au Loroux-Bottereau, près de Nantes, fit avec distinction , dans Parme du génie , les campagnes de Sambreét-Meuse, du Rhin, d'Italie, de la
grande armée, et gagna, sur le champ e bataille, le grade de colonel. Il fut, en outre, choisi par le gouvernement impérial pour plusieurs missions importantes. En 1807, il alla à Constnntinople avec les chefs de bataillon Foyet Hnxo. A cette époque, jalousede la prépondérance qu'exerçait la France en Turquie, l'Angleterre déclara la guerre à cette dernière puissance , et donna l'ordre à sa flotte de franchir en toute hâte le détroit des Dardanelles. La flotte anglaise, commandée par l'amiral Duckworth parut, en effet, devant Constantinople ; mais le général Horace Sébastiani, ambassadeur de France, déploya en cette circonstance une énergie digne des plus grands éloges , et qui . dissipant la consternation générale, secommuniqua au peuple turc et au sultan Sélim , et força les vaisseaux anglais de battre en retraite pour éviter une destruction complète. Ils en furent pour une démonstration ridicule, et les troupes qu'ils portaient entendirent, en se retirant, les sarcasmes injurieux des Ottomans, battant des mains en l'honneur de la France.
Boutin contribua puissamment à l'expulsion des Anglais : c'était lui que le général Sébastiani avait chargé des travaux de défense du sérail.
Quelque temps après , il accepta la mission périlleuse d'aller visiter les villes d'Alger et de Tunis, et d'en lever secrètement les plans. Le brick le Requin, sur lequel il s'était embarqué , ayantété capturé, après une vigoureuse résistance, par la frégate anglaise la folage, Boutin fut mené prisonnier à Malte. Il trouva moyen de s'en échapper et d'atteindre la côte africaine, où il fit, au milieu de mille dangers, des études consciencieuses , qui devaient servir, non pas à Napoléon qui l'avait envoyé, mais au gouvernement de la restauration, lorsqu'en 1830 on eut résolu l'expédition d'Alger.
De retour en France, Boutin fit la
seconde guerre d'Autriche, en 1809, et, après avoir assisté à la bataille de Wagram , il se remit de nouveau en voyage pour parcourir l'Égvpte et la Syrie , contrées sur lesquelles Napoléon conserva toujours des vues.
* Pour Boutin , cette mission devait être la dernière : s' étant aventuré dnns les montagnes de la Syrie, il fut assassiné au mois d'août 1813, près du village d'El-Blatta, entre Geblé. et le Markbab, par des brigands instruits qu'il portait sur lui des médailles d'or et d'argent. La mort de cet officier distingué fut une véritable perte pour l'armée, pour le gouvernement, et même pour la science, car, à chaque nouvelle expédition, il rapportait une riche collection de notes sur la géographie et la statistique des pays qu'il visitait. Heureusement aucun des matériaux qu'il avait réunis n'a été perdu; avant de s'engager dans l'intérieur de la Syrie, il avait eu la précaution de laisser en dépôt ses cartes et ses manuscrits entre les mains dq vice-consul de France à Latakié , qui les fit parvenir à Paris, où ils sont maintenant. Ils ont été d'une grande utilité au gouvernement, lorsqu'en 1830 1e dépôt général de la guerre publia un Aperçu historique, statistique ettopogràphique sur Vétat d'Alger, à fitsage de formée expéditionnaire d'Afrique, Paris, in-8°, avec un atlas in-4* de sept plans et douze vues.
Boutique. — Ce terme, qui tend actuellement à disparaître , au moins à Paris, du langage parlé , pour faire place aux noms plus nobles de ma gasin, d'étude, batelier, de bureau , dérive du grec arco^r] {apothiki). Botica se trouve employé dans une charte de 1352. Le notaire, le peintre disaient jadis : nostre boutique. Des ordonnances royales , des arrêts du parlement , et des règlements de police défendaient à nos bons aïeux de travailler avec boutiues ouvertes les dimanches et jours e fête. Cette observance est, comme le mot boutique , complètement tombée en désuétude.
Bouton (Jacques), jésuite, mort en
BOU
1658, est auteur d'une Relation de l'établissement des Français dans l'ile de la Martinique , depuis l'an 1635, Paris, 1640, i.i-8°.
Bouton niebs. — La corporation des boutonmers se composait des artisans qui fabriquaient les boutons en métal , en verre ou en pierreries , les épingles à chatons et les dés à coudre. Il n'y en avait peut-être aucune dont les statuts fussent plus détaillés. C'est une chose curieuse à voir que la multiplicité des entraves imposées , dans le registre des métiers d'Etienne Boileau, à ces malheureux artisans.
Il leur était défendu , sous peine d'amende, d'avoir plus d'un apprenti, dont ils devaient exiger au moins huit années de travail, avec argent, ou dix années sans argent. Ils ne pouvaient exercer leur industrie les jours des fêtes fériées dans leur paroisse ; tout travail à la lumière leur était interdit, et ils devaient , sous peine d'amende, fermer leurs boutiques, lésier leurs œvre en charnage, au premier trieur du soir , et en quaresme sitost corne compile estait sonée ou qu'il Voioient soner. Enfin , les préeautons les plus minutieuses leur étaient prescrites dans la fabrication des objets qui faisaient la matière de leur commerce, et deux jurés choisis parle prévôt de Paris étaient chargés de faire exécuter toutes ces prescriptions.
Les premiers statuts des boutonniers sont de la fin du treizième siècle : ils furent renouvelés par des ordonnances royales, en 1558 et en 1653. Dans la dernière, qui était encore en vigueur à l'époque de l'abolition des Jurandes et des maîtrises, ces artisans étaient qualifiés de boutonniers, passementiers , crépiniers, blondiniers , faiseurs de boutons , olives et autres enjolivements pour garnitures d'habits, meubles , équipages , etc On voit que, depuis
'établissement de leur corporation , eurs attributions s'étaient considérablement augmentées. Au moment de l'abolition de la communauté , l'apprentissage avait été réduit à qua-
tre ans; mais on exigeait en outre quatre ans de compagnonnage. Le prix du brevet était de trente-six livres , celui de la maîtrise de trois cents livres. L'apprenti (fui épousait une fille de maître était exempt du compagnonnage , dispensé de présenter un chef-d'œuvre, et ne payait que cent livres pour la maîtrise.
BOUTBAYS OU BOUTTEBAIS (Raoul),
en latin Rodolphus Dotherius , né à Chateaudun vers 1552, mort en 1630, a publié entre autres ouvrages : De rébus in Gallia et toto pene orbe gestiSy ab anno 1594 ad annum 1610, commentariorum libri XVI y Paris, 1610, 2 vol. in-8° ; Henrici magni vita, Paris, 1611, in-8°, et Vrbis gentisque Carnutum historia, Paris, 1 624, in-8°.
Boutboue ( Jules -Alexandre- Léger), colonel, partit comme volontaire à l'époque où les armées ennemies envahirent nos frontières , et fut nommé , le 5 septembre 1791 . capitaine du Ier bataillon de la Sarthe.
Au 1er janvier suivant , il passa souslieutenànt dans un régiment de ligne, et gagna tous ses autres grades sur le champ de bataile. Il succomba à l'âge de quarante-cinq ans, des suites d'une blessure qu'il avait reçue à l'affaire de Caldero. Sa mort prématurée a enlevé à la France un bon citoyen , et à l'armée un de ses meilleurs et de ses plus braves officiers.
Boutboue ( Louis-Martial-Stanislas) , frère du précédent , né à Chartres, le 11 mars 1757, fut envoyé, en 1792, à la Convention riationalé, où il siégea pendant toute la durée de cette assemblée. Il vota la mort du roi.
Pendant les cent jours , il signa l'acte additionnel ; mais résolu de ne plus rentrer dans la carrière politique, il refusa l'une des sous-préfectures de la Snrthe , qui lui fut offerte par Napoléon. La loi de 1816 , qui proscrivait les conventionnels dits votants.
allait le bannir de la France, lorsqu'il mourut. Mais la haine de la restauration le poursuivit jusque dans la tombe, et on lui refusa les cérémonies de la religion.
296 bou L'UN
' Bouts-rimés. — Ce jeu d'esprit, qui consiste à remplir, avec plus ou moins d'à-propos, des rimes choisies d'avance et souvent bizarres , doit son origine à un mauvais poète du dix-septième siècle, nommé Dulot, qui en fut , à vrai dire , ^inventeur malgré lui. Plusieurs centaines de sonnets, disait-il en se lamentant, lui avaient été dérobés, et il les regrettait fort , quoiqu'ils ne fussent que des sonnets en blanc; car, ajoutait-il, son habitude était de toujours commencer par les rimes. Ce procédé sembla si singulier, que les beaux esprits du temps s'en emparèrent et en firent un jeu littéraire. Sarrasin , auteur du "même siècle , a écrit un poème intitulé : Dulot vaincu ou la défaite des bouts-rimés. Les bouts-rimés étaient encore assez en vogue à la fin du dernier siècle , et partageaient , avec la charade, l'énigme et le logogriphe, le privilège d'amuser les- lecteurs du Mercure de France. Le marquis de Montesquiou leur devait même une partie de la grande célébrité dont il jouissait à la cour de Monsieur, frère de Louis XVI. On ne fait plus maintenant de bouts-rimés , et ceux même qui ont eu le plus de vogue, sont aujourd'hui ensevelis dans un oubli mérité.
Bouvard (Alexis) , né le 27 juin 1767, dans le haut Francigny, au pied du mont Blanc, vint à Paris, en 1785, et se livra à l'étude des mathématiques et de l'astronomie. Il fut admis provisoirement à l'observatoire , en 1793, et fut nommé astronome adjoint, en 1795 , époque de l'organisation définitive de cet établissement. Il devint, en 1804 , membre titulaire du bureau des longitudes. Entre autres travaux distingués , on lui doit le calcul des éléments paraboliques de huit comètes qu'il a découvertes. Il a travaillé au grand ouvrage de la Mécanique céleste du marquis de La-
})lace, qui , connaissant son habileté, ui avait entièrement abandonné les recherches de détail et les calculs astronomiques. La publication de Nouvelles Tables des planètes Jupiter et
Saturne , livrées à l'impression en 1808, lui valut une mention honorable au concours décennal. Il a donné, dans le volume de Tables astronomiquesy publié en 1821, Paris, in-4°, par le bureau des longitudes, une seconde édition de ces tables , augmentée, ainsi qu'il l'avait promis, de celles &Uranus. La découverte d'Uranus date seulement de l'année 1781 ; sa révolution est de quatre-vingt-quatre ans ; quand on en composa les premières tables, pour l'usage des astronomes , on n'avait que nuit années d'observations : M. Bouvard a trèshabilement fait tourner à l'avantage de la science les observations plus nombreuses qui ont été faites depuis, et il a donné à son travail un haut degré de précision. M. Bouvard a enrichi de notes l'ouvrage de l'astronome arabe Ebn-Iounis , traduit par M. Caussin, et chaque année il donne, dans I Annuaire du bureau des longitudes, des tables du plus haut intérêt, telles que celles des plus grandes marées, etc. Ce savant fait partie de l'Académie des sciences r depuis 1803.
Bouvard (Charles), né à Montoire, près de Vendôme, en 1572, embrassa la carrière médicale. Nommé professeur au Collège de France , en 1625, il fut ensuite chargé de la surintendance du Jardin des plantes. En 1628, il devint premier médecin du roi Louis XIII. S'il faut en croire la Houssaie, Bouvard traitait les maladies de ce prince avec une singulière vigueur : dans un an, il lui aurait fait prendre deux cents médecines, autant de lavements , et l'aurait fait saigner quarante-sept fois. Un pareil traitement n'était pas de nature à donner au roi l'énergie dont il manquait ; et si le fait est vrai , on serait porté à croire que Richelieu ne tolérait ce régime débilitant que parce qu'il y trouvait son compte.
Les disputes de Bouvard avec la Faculté de Paris avaient assez mal disposé l'opinion publique à son égard. On l'a accusé de s'être servi de son pouvoir pour tenir la Faculté dans sa dépendance, et il parait
BOU FRA
qu'une fois, entre autres, il mit empécnement à ce gu'on y soutînt une thèse, contraire a son opinion, sur les eaux de Forges qu'il avait prescrites au roi. Sa faveur à la cour n'en fut pas ébranlée ; il y jouissait de grandes prérogatives, et avait obtenu le droit de siéger en robe de conseiller d'État. Il mourut le 22 octobre 1658.
Bouvart (Michel-Philippe) , médecin, naquit à Chartres , le 11 janvier 1717. Reçu docteur à la faculté de Reims , en 1730 , Bouvart retourna à Chartres pour y pratiquer la médecine sous les auspices de son père, jusqu'en 1736, époque où il s'établit à Paris. Deux ans après , il se lit recevoir docteur de la faculté de cette ville , où il devint un des premiers praticiens. En 1743, l'Académie des sciences l'admit au nombre de ses associés. La faculté de médecine le proposa comme professeur des écoles, et en 1747, il ouvrit son cours de physiologie par un discours latin qui fut fort applaudi. La même année, il remplaça Burette à la chaire de médecine du Collège de France, où il obtint les plus grands succès. Sa tonte s'étant altérée , et se trouvant d'ailleurs chargé de trop de travail, il se démit, en 1756, de cette dernière place, et en même temps de celles de médecin de l'hôpital de la Charité et des Enfants -Trouvés. Par les mêmes motifs, il fut empêché d'accepter la place de premier médecin du roi , qui mi fut offerte après la mort de Senac; H n'en continua pas moins à jouir de l'estime du roi et des princes, qui le consultèrent plusieurs fois. Il reçut, en 1768 et 1769, des lettres de noblesse et le cordon de Saint-Michel , faveurs que , dit-on , il n'avait point sollicitées. Il mourut, après plusieurs années de souffrances, le 19 janvier I787.0n lui reprochait un caractère difficile , une grande propension à la moquerie, et d'avoir abuse delà supériorité que sa réputation lui donnait sur ses confrères, envers lesquels il affectait un dédain insultant. Cette disposition d'esprit l'engagea souvent dans d'interminables controverses, et le porta