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thier y déposa des pierres gravées, qui, en 1815, ne furent point reprises par les ennemis, parce que c'était un présent fait par le pape au général, et non le fruit do la conquête. Le cabinet s'enrichit encore, la même année, de la célèbre table isiaque du musée de Turin, du testament d'Epicteta, citoyenne de Sparte, du musée de Vérone, et des médailliers du Vatican, contenant plus de dix mille médailles grecques et romaines.
Barthélémy de Courçav mourut le 30 octobre 1799, et fut remplacé par le célèbre Gosselin.
Un événement malheureux pour le cabinet signala Tannée 1804; des voleurs y pénétrèrent, et parvinrent à s'emparer de l'agate de la Sainte-Chapelle, du vase des Ptolémées, de la couronne d'Agilufus, du calice de l'abbé Suger, de plusieurs vases d'agate provenant du trésor de Saint-Denis, du poignard de François Ier, d'un diptyque d'ivoire, etc. Heureusement ils furent arrêtés, et ces objets furent tous restitués, excepté la couronne d'Agilufus qui avait été fondue, le calice de Suger, qui avait été vendu en Angleterre, le poignard de François Ier et le diptyque, qu'on ne put jamais retrouver.
Le cabinet reçut la même année cent quatre-vingt deux pièces d'or de la
f>remière race des rois de France , que 'on avait trouvées dans les ruines de l'ancien palais de justice de Bordeaux.
On y déposa en 1807 le sacro catino de Gènes, et en 1808, les médailles du cabinet de Berlin (trois mille cinq cents
Eièces romaines en grand et moyen ronze, et trois mille cinq cent trentequatre bracteates).
Quoique le traité de Tolentino eût garanti à la France la possession des objets d'arts qui avaient été le fruit de ses conquêtes, et qu'elle avait préférés à quelques millions, qu'on n'eût pu ensuite lui réclamer, à peine les étran-
gers furent-ils maîtres de Paris, qu'ils rent entendre des réclamations. Cependant, nous devons le dire, les commissaires montrèrent des égards
f>our le cabinet des médailles; dans 'impossibilité où l'on était de recon-
naître dix mille pièces dont la plupart étaient depuis longtemps insérées dans les suites, ils se contentèrent d'un échange qui pût balancer la somme que l'on réclamait. Les collections demeurèrent ainsi intactes; mais tout ce qui n'y avait pas été inséré fut rendu, ainsi que les autres objets qu'il était facile de reconnaître.
Milita mourut en 1818, et fut remplacé par M. Raoul -Rochette.
Les années suivantes furent signalées par d'importantes acquisitions; parmi les objets qu'elles firent entrer dans le cabinet, nous citerons les monuments rapportés d'Égypte par M. Cailliaud, et des médailles espagnoles, cédées par M. Durand , en 1821 ; près de six mille médailles de peuples, villes et rois, cédées par M. Cousinéry, en 1824; cinq cents médailles de Sicile, cédées par M. Rollin, et environ huit mille médailles grecques, cédées par M. Édouard de Cadalvène, en 1826; enfin , en 1829, la collection de M. Allier de Hauteroche.
Gosselin mourut en 1830, et ne fut point remplacé; M. Raoul-Rochette resta seul conservateur. En 1831 , un second vol vint dépouiller le cabinet d'une partie de ses richesses les plus précieuses. Un forçat libéré, nommé Fossard , y pénétra pendant la nuit, et parvint à s emparer de la suite des médailles impériales, en or, et d'une grande partie des médailles modernes du même métal. Arrêté peu de temps après, ainsi que son frère, chez lequel il avait déposé les objets qu'il avait volés , il les restitua ; mais les plus précieux, les médailles impériales, au nombre de deux mille , avaient été fondues
On rétablit, en 1832, la seconde
Îilaee de conservateur , et cette place utdonnéeàM.Letronne(*). Depuis, le cabinet s'est enrichi par de nombreuses et importantes acquisitions ; nous citerons, entre autres, les médailles apportées par MM. de Cadalvène, de Gayengos, Durand et Rollin; la col- (*) M. Letronne, nommé en 1840 garde général des archives du royaume , a été rem-
|)lacé au cabinet des médailles , par M. Char» es Lenormant.
lection entière du général Guilleminot, faction des eabochiens ou bouchera estimée dix-huit mille francs; une par- se forma sous le règne désastreux de tie de celle du musée Hedervar, esti- Charles VI. Depuis que ce prince niée plus de trente mille francs ; les avait perdu la raison, le duc de Bourmédailles de la Bactriane , rapportées gogne et le duc d'Orléans se dispude l'Inde par le général Allard ; la col- taient le pouvoir. Ce dernier, appuyé lection de M. Brondstedt; les m a g ni- sur le parti des Armagnacs, avait pris fiques vases en argent, découverts à en main les intérêts de la noblesse. Berthouville , près Bernay ( voyez les Le duc de Bourgogne , au contraire, planches 115, 120 et 127); enfin, une avait affecté de rechercher la populapartie des antiquités du cabinet Du- rité. Le peuple de Paris lui était dérand , et de celles du prince de Ca- voué. Il avait surtout un grand crénino. Aujourd'hui , sans parler des dit sur les bouchers , qui formaient monuments, le cabinet contient envi- alors une corporation puissante (*). ron cent cinquante mille médailles en De nombreux valets , toujours aror, en argent et en bronze. C'est la més de couteaux, robustes, vaillants, collection la plus complète et la plus habitués à verser le sang , étaient a précieuse qui existe au monde (*). leurs ordres. Leurs chefs étaient Le- Cabinet noie. — Le nom de cet goix, Denis de Chaumont, les Saintétablissement, qui à lui seul est une ion, lesThibert, et Simonet Cabocbe, flétrissure pour les gouvernements Qui a donné son nom à la faction. Ils qui en ont fait usage, désigne le bu- lurent tout - puissants à Paris, après reau secret entretenu dans des temps l'assassinat du duc d'Orléans, en 1407. de funeste mémoire à l'intendance gé- La demeure royale elle-même ne fut néra le des postes , et dont l'infâme pas à l'abri de leurs insultes. Le fameux spécialité consistait à amollir les ca- Jean de Troyes, qui était l'orateur du chets et à violer le secret des corres- parti, envahit un jour , à la tête d'une
f>ondances pri a monarchie jeu de ce crime,
largement pour perdre de bons ci- bouchers augmenta encore leur inso-
tovens, complaire au roi et à ses mai- lence. Ils essayèrent en même temps
tresses et grossir le nombre des vie- de se rattacher à la haute bourgeoi-
times de la Bastille. Cette inquisition sie, qui avait régné un instant pendant
de la police ne tomba qu'avec la la captivité du roi Jean , mais qui
royauté, et l'on eût dû croire qu'elle avait été décimée au commencement
n'avait pas survécu aux honteux abus du règne de Charles VI. A l'exemple
, dont la révolution nous a débarrassés, des compagnons d'Etienne Marcel, ils
Malheureusement il n'est que tcQp adoptèrent le chaperon blanc, sym-
prouvé qu'il faut compter le cabinet bole de la liberté chez les Gantais,
noir au nombre des attentats commis et que les ducs de Bourgogne, de
par l'empire et la restauration contre Guyenne et de Berri consentirent aussi
la liberté des citoyens. Nous nous plai- à porter. Mais les bouchers n'étaient
sons à croire que cette scandaleuse pas les dignes successeurs de ces pre-
institution sera laissée désormais aux nners martyrs de la liberté française,
monarchies absolues. Us se déshonorèrent par leurs cruau-
Caboche et Cabochiens. — La tés. L'ancien prévôt de Paris, Pierre
des Essarts, la Rivière, du Mesnil,et
(')Noiis avons puisé les faits dont se d'autres magistrats encore dont ils
compose cet article dans la préface du cata- redoutaient le talent et le courage,
logue de la bibliothèque royale, dans V Essai périrent par leurs ordres. Ils se renlin tonque sur cet établissement , par le •
Prince, et surtout dans ['Histoire du cabinet (*) Voy., t. III, p. 1 5g et suiv., l'article que
des médailles f par M. du Mersan. nous avons consacré à cette corporation.
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dirent plus odieux encore par l'emprunt forcé qu'ils levèrent sur les bourgeois de Paris, car on reconnut bientôt à leur luxe extravagant que leurs intentions n'avaient pas été exclusivement patriotiques. Le duc de Bourgogne lui-même se dégoûta de ses allies, qui avaient cessé de le respecter. Enfin, la bourgeoisie, poussée a bout, prit les armes et força le dauphin de sortir de sa honteuse' apathie pour secouer le joug des bouchers.
Ceux-ci , retranchés sur la place de l'hôtel de ville , n'osèrent pas résister à la bourgeoisie, et la domination des cabochiens parut anéantie (1413).
Mais ils reparurent après la conspiration de Périnet Leclerc , en 1418, et trempèrent dans les massacres qui ensanglantèrent la capitale. Jean sans Peur fut réduit à donner une poignée de main au bourreau Capeluene , qui 6e signalait à la téte des massacreurs. Il ne fallut rien moins que la domination des Anglais pour -mettre fin à ces épouvantables désordres. Quant à l'histoire de Simonet Caboche, elle ne peut pas être séparée de celle de son parti. On ignore comment il a fini.
Cabot (Vinc. ), jurisconsulte du seizième siècle, professa le droit avec distinction à Paris, à Orléans et à Toulouse , sa ville natale. Il mourut dans les premières années du dixseptième siècle. Il avait composé plusieurs ouvrages, dont le plus remarquable est intitulé : les Politiques de Vincent Cabot, publiées par Léonard Campistron, Toulouse, 1630, in-8°. Ce n^est que le premier volume d'un ouvrage projeté par Cabot, et qui devait avoir vingt-huit livres.
Léonard Campistron mit en ordre ce qui était fait, c'est-à-dire, seulement six livres , et les dédia au cardinal de Richelieu. Il les avait trouvés assez beaux pour les présenter aux ministres, au parlement et à l'université de Paris, en 1624, et il dit qu'on s'accorda généralement à reconnaître que Cabot y avait mis « plus de secrets de eette science ( la politique), qu'on n'en trouvoit dans tous les autres livres qui en avoient traité jusqu'alors. »
Cabotage. — On appelle ainsi la navigation qui se fait le long des côtes, pour aller d'un port à un autre, dans le même pays. Le mot cabotage paraît venir de cabo, qui veut dire cap en espagnol , étymologie d'autant plus naturelle que les navires caboteurs ont besoin de doubler un grand nombre de caps pour arriver à leur destination ; les caps jouant un grand rôle dans ce genre de navigation , lui ont naturellement donné leur nom.
Bien différent de la navigation intérieure qui s'effectue sur les rivières ou sur les fleuves, et de la grande navigation qui a les mers du monde entier pour théâtre, le cabotage n'en rend pas moins au commerce des services d'une très-grande importance. C'est un voyage de circumnavigation que des milliers de navires de toutes les grandeurs opèrent sans relâche autour de nos provinces maritimes, pour distribuer à chaque port la part quilui revient dans le mouvement général du commerce. Il produit en outre d'excellents marins, toujours aux prises avec la mer, toujours infatigables pour lutter contre les vents, les écueils et les dangers de tout genre; aussi les caboteurs offrent-ils à la marine militaire une pépinière abondante où elle recrute son personnel de matelots. La marine marchande n'en fournit de meilleurs que pour les manœuvres hautes.
A l'époque de son projet de descente en Angleterre, Napoléon a employé avec beaucoup de succès un genre de tactique , emprunté pour ainsi dire au cabotage , et qui a déjoué toutes les tentatives de la flotte anglaise, même commandée par Nelson. Une multitude de petites embarcations, sortant de toutes les embouchures des rivières de la Franco et de la Hollande , et longeant les côtes, vinrent, en dépit des efforts de l'ennemi, se joindre à la flottille de Boulogne, qui lutta avec une rare audace contre les plus gros vaisseaux. Dans tous les engagements , les marins caboteurs montrèrent autant d'expérience que de courage. On trouve dif-
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ficilement aussi des hommes plus déterminés, lorsqu'il s'agit d'armer des corsaires pour courir sus à ia marine marchande de l'ennemi.
La Convention, qui avait si bien le sentiment de tout ce qui est sérieusement utile, s'est occupée du m bot âge avec un intérêt tout particulier. L'acte de navigation décrété par elle, le 21 septembre 1793, sur le rapport du comité de salut public , interdisait le cabotage français à tout navire étranger, et ne le permettait qu'aux navires nationaux, aont les officiers et les trois quarts de l'équipage devaient être Français. La faculté d'accorder aux bâtiments neutres l'autorisation de faire le cabotage était réservée au gouvernement. Cette exclusion des étrangers , contraire à nos principes habituels de sociabilité , était nécessaire au rétablissement de notre puissance maritime : on pouvait d'ailleurs y voir une mesure de représailles, puisque l'Angleterre avait défendu le cabotage de ses côtes aux autres nations dès le règne d'Elisabeth, et peutêtre auparavant.
Le 7 avril 1814, le comte d'Artois, alors lieutenant général, abolit quelques formalités imposées au cabotage français, mais conserva aux navires nationaux le privilège de ce genre de navigation, qui est demeuré soumis, pour les dispositions principales , aux règlements énoncés dans l'acte de navigation de 1793. Le 6 septembre 1817, un arrêté ministériel du duc de Richelieu accorda aux navires espagnols la faculté de participer au cabotage sur les côtes de France.
La configuration particulière de la France, dont les côtes méditerranéennes sont séparées des côtes qu'elle possède sur l'Océan par la péninsule espagnole, a donné naissance à deux espèces de cabotage : le grand et le petit. On désigne sous le nom de petit cabotage le commerce que fait un bâti nient qui transporte des marchandises d'un port de l'Océan dans un autre port de l'Océan , ou d'un port de la Méditerranée dans un autre port de la Méditerranée. Le grand cabotage
exécute ses opérations en allant d'un port de l'Océan dans un port de la Méditerranée, et réciproquement, mais en côtoyant toujours le rivage.
Le nombre des- navires qui font le cabotage en France est très-considérable. Pour bien déterminer l'importance de ce genre de commerce, il suffira de dire que sur un chiffre moyen de quatre-vingt mille navires qui prennent annuellement part au mouvement de la navigation , soixante-quatre mille font le cabotage; c'est la proportion des quatre cinquièmes. En Angleterre, le cabotage occupe quatre fois plus de navires que chez nous. Pendant Vannée 1832, le cabotage anglais a employé dix millions de tonneaux, tandis que le nôtre n'en a employé que deux millions cinq cent mille; nous avons donc encore de grands progrès à faire. De 1820 à 1830, notre commerce de cabotage avait presque doublé : il a con* tinué à s'accroître jusqu'en 1 833 ; mais, à partir de cette époque, il a fléchi. Avant la révolution de 1789, Nantes et Bordeaux étaient deux points trèsfréquentés par les caboteurs. Aujourd'hui, ils vont de préférence à Marseille et au Havre, qui reçoiveut plus de marchandises, et qui sont aussi les deux premiers ports pour la grande navigation.
Il serait a craindre, pour quelque temps du moins, que le perfectionnement des voies de communication et l'établissement des canaux et des chemins de fer ne fissent perdre de son importance au cabotage, qui est une si précieuse ressource pour la marine militaire. Heureusement l'exemple de l'Angleterre est là pour montrer que le remède est à côté du mal; la multiplication des canaux et des chemins de fer paraît y avoir augmente plutôt que diminué les opérations du cabotage. Le long détour que nécessitt le prolongement de la péninsule espagnole n'est pas non plus sans de graves inconvénients; et voilà pourquoi maintenant, pour éviter les retards, Rayonne expédie directement à Dunkerque par la voie de terre, et Marseille au Havre. Du reste ce détour forcé a aussi ses
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avantages; il nous donne pour ainsi dire pied sur les côtes de l'Espagne, à qui nous accordons le droit de réciprocité. Mais sans renoncer aux avantages de cet échange, il ne serait pas très-diflicile de rapprocher les deux mers, en améliorant le canal du Languedoc, et en réalisant enfin ce que Louis XIV avait si grandement projeté.
Cabrera, nom d'un îlot désert qui fait partie des îles Baléares, et qui est devenu célèbre dans nos annales militaires. Après la capitulation de Baylen , nos malheureux soldats, retenus prisonniers au mépris des traités, furent jetés sur ce sol aride. Tandis que, chez nous , les prisonniers espagnols , logés dans les casernes et recevant la ration des soldats, trouvaient encore à utiliser leur temps, et pouvaient, par leur travail, quand ils voulaient travailler, se procurer une sorte d'aisance, entassés par milliers à Cabréra , manquant de tout, de vivres, d'eau et de vêtements, nos infortunés compatriotes moururent presque tous. L'unique source de l'île fournissait à chaque homme un demi-verre d'eau par jour, et l'on était obligé d'attendre a la file pendant plusieurs heures pour obtenir cette faible ration ; une once de viande de mulet, par semaine et pour chaque homme, avec deux onces de pain ou quelques fèves de marais, étaient les seuls aliments que l'Espagne envoyât aux prisonniers : encore les convois, empêchés par la mer, tardaient-ils quelquefois pendant plusieurs semaines. Le nombre de ces malheureux, sans cesse renouvelé par les nouveaux prisonniers que le sort des armes faisait tomber entre les nirins des ennemis, et cependant diminuant sans cesse, était réduit à quelques centaines, lorsqu'en 1814, après six ans d'une captivité inouïe dans l'histoire militaire, ces nobles victimes d'une infâme trahison purent enfin revoir le sol de la patrie. (Voyez Pontons.)
Cabrières, ancienne seigneurie du comtat Venaissin (aujourd'hui département de l'Hérault), à douze kilomètres de Cavaillon, célèbre dans l'his-
toire par l'horrible massacre que François Ier fit faire de ses habitants en 1545. Nous avons déjà dit, dans les Annales, que le 18 novembre 1540, le parlement d'Aix avait prononcé contre les Vaudois un arrêt en vertu duquel les hommes appartenant à cette secte devaient être brûlés, les femmes vendues et leurs maisons démolies.
Comme cet arrêt avait été rendu par défaut, on en suspendit l'exécution.
Mais après la paix de Crépy, François Ier résolut de détruire l'hérésie dans son royaume. Accablé de ce mal
« Qui n'épargnoit ne couronne ne crosse (*)»•
et qui le retenait malade et en danger de mort(**), sollicité d'ailleurs par le cardinal de Tournon, qui lui remontrait que Dieu seul pouvait le sauver, et qu'il ne pouvait mieux lui prouver sa piété que par sa sévérité envers les hérétiques, il se décida à ordonner la destruction des Vaudois. En conséquence, il envoya, le 1er janvier 1545, au parlement de Provence, l'ordre de mettre à exécution l'arrêt rendu contre ces malheureux, en lui recommandant « de faire en sorte que le pays de Pro- « vence fût entièrement dépeuplé et « nettoyé de tels séducteurs. » Ces ordres furent rigoureusement exécutés, le 18 avril suivant, par le baron d'Oppède. (Voy. les Annales, t. I*r, p. 289, et Vaudois.)
Cabriolet. Voyez Voitures.
Cabrol (Barth.), chirurgien, né à Gaillac (Languedoc), dans le seizième siècle, fut chargé, par Henri IV, de professer l'anatomie à l'école de Montpellier. On a de lui un Alphabet anatomique, imprimé en dernier lieu à Lyon, en 1624, iri-4°. Cet ouvrage a eu une grande vogue jusqu'à la lin du dix-septième siècle.
Cacabellos (combat de). — Le général sir John Moore était à Toro, le 21 décembre 1808, avec une armée anglaise de trente-cinq mille combat-
(*) Jean Lemaire , poêle du seizième siècle. Il est question de ce mal qui a tué cinq rois , Charles VIII , François Ier, Henri II, Charles IX et Lonis XV.
(**) Paradin, 1. iv, p. 141.
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tants, ei se disposait à pousser sur Madrid, lorsqu'il apprit que cette capitale était tombée au pouvoir des Français; il sut en même temps que le maréchal Souit d'une part, l'empereur en personne de l'autre, arrivaient sur lui à marches forcées. Dès lors, il ne songea plus qu'à battre en retraite.
Pressé par les deux divisions françaises, il se retira par Benavente et Astorga sur la Galice. Les Anglais, dans leur précipitation , abandonnaient leurs malades, coupaient les jarrets des chevaux qui ne pouvaient suivre, et détruisaient la plus grande partie de leurs bagages et de leurs munitions.
Au prix de ces sacrifices, sir John Moore espérait ne pas être atteint par le maréchal Soult, à qui l'empereur avait laissé le soin de la poursuite.
Mais le 3 janvier 1809, les Français joignirent farrière-garde anglaise au défilé de Cacabellos , entre le village de ce nom et celui de Pierros. Le corps ennemi était d'à peu près six mille hommes. Quoiqu'il occupât une position d'un accès fort difficile, Soult ne balança point à attaquer, et culbuta les Anglais, qui perdirent trois cents des leurs tant tués que prisonniers. Quarante-huit heures après ce combat, sir John Moore, toujours fuyant, était arrivé à Lugo en Galice, à plus de vingt-cinq lieues de Cacabellos.
Cacault (François), ancien ambassadeur et membre du sénat , naquit à Nantes en 1742. Nommé, en 1785, secrétaire d'ambassade à Naples, il fut rappelé en 1791, et envoyé immédiatement à Rome, comme chargé d'affaires du gouvernement français., en remplacement de Basseville, qui venait d y être assassiné. (Voyez Basseville.) Il ne put parvenir à sa destination, et s'arrêta à Florence, où il parvint à détacher le grand-duc de la coalition. Il résidait à Gênes à l'époque du traité de Tolentino, qu'il signa avec le général Bonaparte. Rappelé en France en 1798, il fut élu député au Conseil des Cinq-Cents; fit ensuite
{>artie du nouveau Corps législatif après e 18 brumaire, et fut nommé, en 1800, ambassadeur à Rome. Rappelé
en France en 1803, il mourut à Clisson en 1805.
Cacault (Jean-Baptiste) , né à Sur* gère, département de la Charente-Inférieure, en 1769, s'engagea, en 1783, comme simple soldat. Il passa par tous les grades inférieurs, rut promu au grade de générai de brigade à la bataille de Wagram, et mourut à Torgau, par suite de deux amputations, au moment où il venait d'être fait général de division.
Cachemire. — On donne en France le non de cachemire au duvet de la chèvre du Thibet, qui sert à fabriquer ces châles somptueux que le commerce tire de l'Inde, et que, par extension, nous appelons aussi des cachemires.
Quoique ces riches produits de l'industrie asiatique aient été signalés depuis longtemps à l'Europe, notamment par v Histoire philosophique de Raynal , ce n'est que depuis l'expédition française en Êgypte qu'ils ont fait irruption chez nous, et sont devenus un objet d'engouement à cause de leur finesse, de leur légèreté, de la bizarrerie de leurs dessins et surtout de leur prix excessif. Cette dernière cause de faveur auprès des classes opulentes, en nuisant aux cachemires auprès des fortunes de second et troisième ordre qui les convoitaient sans pouvoir y atteindre, stimula les fabricants français, qui cherchèrent à les remplacer par des productions d'un prix moins élevé. On employa, dans les imitations que l'on en ht, le coton , la soie et la laine, seules matières que l'on eût d'abord à sa disposition, et on fit des ouvrages riches de finesse, de dessin et de couleur, mais peu moelleux, et hors d'état de soutenir la comparaison avec ceux qui avaient servi de modèles. Mais un fabricant ayant imaginé d'employer le duvet des chèvres de Kirghiz, ui nous vient de Russie par la loire e Nij ni -Novgorod, et qui , jusque-là, n'avait servi qu'à la chapellerie, obtint un succès complet, et le cachemire français fut inventé.
Envisagés comme moyen de séduction auprès des femmes, les cachemires furent une fois frappés publique-
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ment d'anathème par M. de Broè\ substitut du procureur du roi; mais cette incartade d'un magistrat, qui sortait mal à propos de la dignité de son ministère, valut à son auteur, de la part de Béranger, un coup d'aiguillon qui dut longtemps le faire souffrir.
Cachet (Christophe), médecin ordinaire du duc de Lorraine, naquit à Neufchâteau en Lorraine, le 26 novembre 1572, et mourut à Nancy en 1624. Ce fut un des premiers commentateurs d'Hippocrate. On a de lui, entre autres ouvrages : 1° Controversé théories practicae in primam aphorismorum Hippocratis seclionem, Toul, 1612, in-12; 2° f rai et assuré préservatif de petite vérole et rougeole, divisé en trois livres, Toul, 1617, in-8°-
Cachet (lettres de). Voyez Lettres.
Cachet. — M. de Wailly, dans ses Éléments de paléographie, donne pour origine aux cachets l'usage où l'on était, au quinzième siècle, d'employer le contre-scel à la place du sceau, lorsqu'on voulait authentiquer des actes peu importants. Nous ne pouvons adopter cette opinion; nous croyons, au contraire, que les contre-sceaux et les cachets étaient choses tout à fait distinctes! Les cachets étaient sans doute des sceaux privés ; nous serions même tenté de regarder comme de véritables cachets les pierres gravées romaines qui nous sont parvenues enchâssées dans des anneaux ; et les fameux actes de Pépin et de Charlemagne, rendus valables par l'empreinte d'une tête de Jupiter-Sérapis ou de Bacchus, ne nous semblent attestés que par des sceaux privés ou cachets.
Le cachet aurait donc eu pour origine le petit sceau. Il faut convenir pourtant que ce petit sceau était quelquefois employé comme contre-scel. Ainsi, au revers du grand sceau de Jean, duc de Bretagne (1275), nous trouvons un sceau secret portant la légende suivante : SI • DVCIS . B BIT AN . AD . LITTE-
bas.clav... (Sigillum duels Britanniât ad lit ter as clausas). Eu résumé, sans chercher à déter-
miner rigoureusement la différence qui existe entre le cachet et les autres espèces de sceaux , nous croyons que le cachet était un sceau non authentique et n'ayant que peu de valeur en justice. Le lecteur trouvera sur ce sujet plus de détails aux articles Sceaux et Contée-Sceaux.
Cachin (Joseph-Marie-François), inspecteur général des ponts et chaussées, né, en 1757, à Castres, mort à Paris en 1825, a dirigé pendant vingt ans les travaux de la digue de Cherbourg. Il a publié quelques ouvrages ?
parmi lesquels nous citerons son Mémoire sur la digue de Cherbourg, comparée au breakwattr ou jetée de Plymouth, 1820, in 4*, destiné à réfuter certains auteurs anglais qui avaient vanté outre mesure la digue de Plymouth , en dépréciant celle de Cherbourg.
Cadastbe. — Selon le Dictionnaire de V Académie , le cadastre est un registre public dans lequel la quantité et la qualité des biens-fonds sont marquées en détail. En administration, on appelle ainsi la levée du plan d'un territoire, par nature, quantité et qualité de biens-fonds, pour servir de base à la répartition de la contribution foncière.
A l'article Cens on verra que, dans le temps de la domination romaine , le comte des largesses avait, pour la répartition de la capitation et des impôts assis sur les propriétés, un tableau général des biens-fonds de chaque province de l'empire. Après l'invasion, celui de la Gaule servit aux rois visigoths, bourguignons, francs, etc.
(qui s'étaient substitués aux droits des empereurs), pour connaître les terres domaniales et bénéficiâtes que leur attribuait la conquête comme propriétés publiques,nourconnaître les terres privées, en taire le partage entre eux et les anciens possesseurs , et enfin pour percevoir sur ceux-ci , dans la proportion des biensqui leur étaient laissés, les tributs qu'ils étaient accoutumés de payer au trésor impérial. Cet ordre de choses se maintint sous les rois de la première race, qui prirent le soin de
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faire établir ou reviser le cadastre des provinces dont le partage de la succession de leurs pères avait fait des royaumes. En 590, Childebert, roi d'Âustrasie, donna commission à Florentius , maire de son palais , et à l\omulfus, un de ses comtes, de réformer celui de ces états, qui , dressé sous le règne de son père Sigobert , était devenu défectueux. A peu près dans le même temps, Chilperic , qui régnait à Soissons, fit faire, pour la rectification du cadastre de son royaume, un recensement si onéreux au peuple, que plusieurs possesseurs abandonnèrent leurs biens et leurs cités pour se soustraire à des impôts qu'ils prévoyaient devoir être écrasants. Sur ces entrefaites, la mort ayant frappé les enfants de Chilpéric, ce prince, q.ui regardace malheur comme une punition du ciel , brûla, à la prière de sa femme Frédégonde, les nouveaux recensements , et laissa le cadastre dans l'état où il se trouvait précédemment. Plus tard, la négligence que Ton apporta à constater, sur les cadastres, les accroissements, mutations et changements de nature des propriétés, y jeta de la confusion. Ensuite, les dons excessifs, faits au clergé, de terres toujours affranchies d'impôts , joints à l'affaiblissement graduel du pouvoir royal, affaiblissement à la faveur duquel tout le monde trouva le moyen , ou de se soustraire aux impositions publiques, ou de les confisquer à son profit, rendirent les cadastres inutiles, et il n'en fut plus question. Alors, les seigneurs, pour la levée des redevances auxquelles ils avaient assujetti les terres cédées par eux à des vassaux , tenanciers ou colons, firent faire des descriptions particulières de leurs domaines, et ces descriptions furent appelées terriers.
Quand la taille fut devenue une imposition permanente, on éprouva le besoin de la répartir avec égalité , et plusieurs provinces firent dresser le cadastre de leurs propriétés foncières.
La Guyenne, la Bourgogne, l'Alsace, la Flandre, le Quercy, l'Artois et la Bretagne eurent les leurs ; celui de Dauphiné , appelé Péréquaire, date de
1359; celui du Languedoc portait le nom de Compoix ; celui de l'Agénois fut exécuté d'après un règlement du 17 novembre 1604; l'arpentage général des terres du Condomois eut lieu en vertu d'une déclaration du roi , de février 1666. La généralité de Montauban avait aussi un cadastre qui fut revisé par suite d'un arrêt du conseil, du 13 février 1664. Ce n'est pas que, pendant ce long espace de temps, l'idée d'un recensement général et d'une appréciation de tous les biens-fonds du royaume ne fût venue à personne.
Charles VII l'avait eue, et en avait ordonné l'application le 26 juin 1461 ; mais cette idée était restée à peu près en projet et n'avait reçu d'exécution qu'en Provence. Un arpentage détaillé ou parcellaire de toutes les propriétés foncières formait la base du grand projet qu'avait conçu Colbert de rendre la taille réelle pàr toute la France, et que la mort l'empêcha d'exécuter. Enfin , par déclaration du 21 novembre 1763, rendue sous le ministère de Bertin, Louis XV ordonna que, pour exclure tout arbitraire et toute inégalité dans la répartition des impositions, il fût procédé à la confection d'un cadastre général embrassant tous les biens-fonds, même ceux du domaine, du clergé, dès princes. Ce projet, comme beaucoup de ceux que l'on faisait alors, n'eut pas de suite.
On sait que lorsque les trois ordres furent appelés à nommer des députés aux états généraux de 1789, ils furent autorisés à dresser des cahiers, contenant l'exposé des griefs dont ils désiraient le redressement, et des améliorations qu'ils croyaient possibles et nécessaires. Soixante-treize assemblées électorales de la noblesse et cinquantehuit du tiers état, en tout cent trente et une, demandèrent la confection d'un cadastre général. L'Assemblée nationale crut devoir faire droit à une manifestation aussi imposante; et, le lrr décembre 1790, elle décréta le principe. Par la loi du 21 août 1791, les administrations de département , sur l'avis des conseils municipaux des communes et des administrations de dis-
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trict , furent autorisées à ordonner la levée du plan du territoire et l'évaluation du revenu d'une commune, lorsque cette demande serait faite par te conseil municipal, même avant qu'il fût formé aucune demande en réduction d'impôt; et, par une autre loi du 16 septembre de la même année, l'Assemblée nationale régla le mode par lequel on lèverait le plan topographique d'une commune.
' «Lorsqu'il sera procédé, est-il dit dans cette loi , à la levée du territoire d'une commune, l'ingénieur chargé de l'opération fera d'abord un plan des masses , qui présentera la circonscription de la commune et sa division en sections, et formera ensuite les plans de détail qui composeront le parcellaire de la commune. » L'Assemblée constituante se sépara après avoir réglé, le 20 aoiU 1791 , les dépenses du bureau du cadastre et voté des fonds pour y pourvoir.
L'Assemblée législative respecta ce qu'avait fait sa devancière, mais n'y ajouta rien pendant un an qu'elle exista. La Convention vota , le 21 mars
1793, la confection d'un cadastre général , prescrivit des mesures pour atteindre ce but , et organisa le service. Le 3 novembre de la même année, elle plaça le bureau du cadastre sous la surveillance du comité des subsistances et approvisionnements ; le 27 janvier
1794, elle ordonna l'impression d'un rapport sur la confection d'un grandlivre des propriétés territoriales; et le 22 octobre 1795, le directeur du cadastre et les diverses administrations qui avaient besoin d'un géographe, furent autorisés à le demander, chaque année, au ministère de l'intérieur. Sous ces trois assemblées , par des raisons que tout le monde connaît , la cadastration de la France n'avait pas marché avec une grande célérité : cepen-, daut , elle était déjà assez avancée le 22 novembre 1798, pour que le Directoire exécutif autorisât les contrôleurs et répartiteurs de l'impôt à se servir des résultats déjà obtenus pour distinguer chaque article de propriété.
Parvenu au consulat, Napoléon char-
gea , le 26 décembre 1800 , un conseiller d'État de l'administration du cadastre, et dix-huit mois plus tard, quand il examina à fond cette immense entreprise , il en fut presque effrayé , lui qui , plus tard, ne devait s'étonner de rien. « Un cadastre général, disait- « il, est uneopération monstrueuse qui « coûtera plus de trente millions et exi- « géra au moins vingt ans. La mensu- « ration et l'évaluation ne sont pas les « plus difficiles, c'est la connaissance « des rapports des divers départements « entre eux.» Ce qui est rigoureusement vrai.
Le 30 juin 1802, il ordonna la formation d'une commission de sept membres pris dans les diverses parties du territoire français , pour s'occuper de répartir la contribution foncière avec la plus grande égalité. Cette commission ne vit pas de meilleur moyen d'arriver à ce but que la continuation du cadastre. Mais, effrayée de la nécessité où l'on était, en suivant le plan décrété par l'Assemblée constituante, de mesurer et d'évaluer la totalitédes parcelles de terrain dont se compose le sol de la France , elle proposa d'abord de fixer invariablement et contradictoirement les limites des communes sur lesquelles il y avait contestation; ensuite, d'arpenter par section et nature de culture au moins deux et au plus huit communes par chaque souspréfecture; de former, sur une échelle uniforme, une carte figurative et géométrique des communes arpentées, et enfin , d'en évaluer les produits imposables. Quant aux communes qui ne se seraient point soumises à l'arpentage , il devrait en être dressé, d'après les matrices ou états de sections , un dépouillement présentant les contenances ainsi que les revenus alors imposés, et l'évaluation nouvelle devait être faite par comparaison avec les communes arpentées et évaluées. Tout cela fut adopté par arrêté du 2 novembre 1802.
Cette manière de procéder , qui livrait tout aux hypothèses et aux suppositions , fut tort mal accueillie par les préfets et les conseils généraux.